Ce cher François de Sales!

St. Francis de Sales painting

« Que Dieu doit-être bon, puisque Monsieur de Sales est si bon! » Cette exclamation de Vincent de Paul en dit long sur la réputation de son contemporain décédé en 1622, à l’âge de 55 ans. J’ai eu la chance de grandir dans une paroisse dédiée à cet évêque savoyard de Genève, qui fut déclaré en 1877 docteur de l’Église pour avoir su proposer aux chrétiens ordinaires une voie de sainteté « sûre, facile et douce ».  Voici un extrait de son best-seller (Introduction à la vie dévote) où il explique que la vie spirituelle n’est pas réservée aux religieux(ses) et encore moins aux membres des ordres contemplatifs: [À noter que le terme «dévotion» n’avait pas alors le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui, mais celui plus large de « vie spirituelle »]

« Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre; ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit-être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Serait-il à propos que l’Évêque voulût être solitaire comme les Chartreux? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’Évêque, cette dévotion ne serait-elle par ridicule, déréglée et insupportable? Cette faute néanmoins arrive bien souvent. (…)

C’est une erreur et même une hérésie de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent dans les états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. » (Édition Ravier & Devos, 1,36-37)

Donc,une saine MISE EN GARDE à l’endroit de certains visiteurs occasionnels de ce blogue qui risquent de se méprendre sur les intentions de l’auteur: il ne s’agit pas d’imiter matériellement la vie des Chartreux mais de nous en inspirer pour aller plus loin dans une recherche contemplative de Dieu, recherche adaptée à nos forces et à notre situation personnelle!

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« Je l’ai attiré dans la maison de ma mère,

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dans la chambre de celle qui m’a conçue » (Cantique 3,4)

Quoique puissent en penser certains Protestants, la Vierge Marie a été appelée par Dieu à jouer un rôle très important dans la vie de l’Église et plus particulièrement dans celle de ses membres. Cette conviction nous est transmise par la foi bi-millénaire de l’Église, par sa Tradition et par l’expérience personnelle qu’en ont fait des milliers de fidèles.

Ma journée en ermitage est scandée par des arrêts «marials», comme la prière de l’angélus et celle du rosaire. Au fil des jours et même des années, je m’aperçois que ces arrêts m’introduisent peu à peu dans le mystère des Personnes divines; je ne puis que m’en réjouir! Mais il y a plus:  je ressens nettement que ma relation à Marie n’a qu’un seul but: m’unir davantage  à son Fils. Union encore très incomplète ici-bas mais néanmoins apprentissage de celle qui nous est promise au Ciel. À l’image de l’Église, le croyant est donc appelé à être lui-aussi  «épouse du Christ». D’où, l’à-propos de la photo (ci-dessus) et  de la citation tirée du Cantique des Cantiques qui illustrent fort bien ce désir de la bien-aimée de s’unir à « celui que son cœur aime ».

Et dans ce contexte précis, la «maison de ma mère» peut, à mon humble avis,  s’entendre de la médiation de la Vierge dans notre vie spirituelle. Cette interprétation, donnée à un texte qui primitivement ne prétendait qu’à décrire la relation amoureuse du roi Salomon avec l’une de ses épouses, est quand même dans la ligne de l’interprétation spirituelle des Pères  qui y voient une image privilégiée de l’amour du Christ pour son Église. En ce qui me concerne, je reçois comme une grâce insigne cette façon de comprendre ma relation à Marie, mère de l’Église et mère des hommes. Je vous en fait donc part en toute simplicité.

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Savoir passer à l’acte, par un chartreux.

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Grand cloître de la Chartreuse de Pleterje (Slovénie)

Le danger qui nous guette tous, mais de façon particulière les contemplatifs, c’est d’en rester à de belles pensées et de saints désirs … sans aboutir aux actes. Dom Augustin Guillerand a toujours été conscient de ce péril, et à bon droit, vu son inclination innée à planer dans les hautes sphères de la spiritualité. Voici comment il s’exprime sur le sujet dans une lettre à un correspondant :

« Connaître, aimer et servir: voilà la Vie, voilà le salut. Connaître, aimer, c’est bien, c’est nécessaire, mais insuffisant ; il faut ajouter des actes. Quand nous nous présenterons devant Dieu, il ne se contentera pas de nos pensées et de nos sentiments, il nous demandera : «Qu’avez-vous fait à mon service ?» Bien des hommes, ayant merveilleusement parlé de lui, apparaîtront vides parce qu’ils n’auront pas réalisé leurs paroles.

Comprendre Dieu c’est comprendre cela. Dieu ne s’est pas contenté de songer à nous faire du bien et de le désirer ; il nous a vraiment donné notre être, notre vie, tous les biens qui les entretiennent, il nous a vraiment donné son divin Fils. La Passion de Notre-Seigneur, l’Eucharistie ne sont pas de vains rêves, ce sont des réalités. Le don de nous-mêmes, par lequel nous devons répondre aux dons de Dieu, doit être une réalité. Il est nécessaire de nous donner comme il se donne, c’est-à-dire jusqu’aux actes. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 275)

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Savoir faire son ascension …

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en progressant dans l’amour.

« C’est pourquoi, mes frères, puisque le Christ a dressé l’échelle de la charité, par laquelle tout chrétien peut monter au ciel, soyez courageusement fidèles à la pure charité, pratiquez-la entre vous et, en progressant dans la charité, faites votre ascension .» Ces paroles d’un moine du 6e siècle, Fulgence (évêque de Ruspe , en Afrique du Nord), ne sont pas des vœux pieux mais la conclusion d’un écrit ou il compare le premier martyr de l’Église, le diacre Étienne, à son jeune persécuteur le futur saint Paul qui assiste à sa lapidation: Étienne priait pour ses persécuteurs et il a obtenu ainsi la conversion de Paul. « Et voici que maintenant Paul partage la joie d’Étienne … Là ou Étienne est allé le premier, mis à mort par la lapidation de Paul, c’est là que Paul l’a suivi, secouru par les prières d’Étienne. »

En ces périodes de guerres et de persécutions religieuses que sont les nôtres, plusieurs chrétiens semblent oublier les préceptes évangéliques du pardon et de l’amour des ennemis. Comment peut-on oser se croire les amis de Dieu en oubliant la charité fraternelle? Voici comment s’exprimait un autre évêque d’Afrique du Nord, Augustin d’Hippone, sur le même sujet:

« Rappelez-vous avec moi, mes frères, quels sont ces deux préceptes qui résument la Loi et les prophètes. Car ils doivent être bien connus, et ne pas venir seulement à notre esprit de temps en temps, quand nous nous en souvenons; ils ne doivent jamais s’effacer de nos cœurs. Songez toujours qu’il faut absolument aimer Dieu et le prochain. (…) Parce que tu ne vois pas encore Dieu, c’est en aimant le prochain que tu mérites de voir Dieu; en aimant le prochain, tu purifies ton regard pour voir Dieu. C’est ce que dit saint Jean de façon évidente: « Si tu n’aimes pas le prochain que tu vois, comment pourrais-tu aimer Dieu que tu ne vois pas? » (…) En aimant ton prochain, en prenant soin de ton prochain, tu es en route. Où cela, si ce n’est vers le Seigneur Dieu, vers celui que tu dois aimer de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit? Car nous ne sommes pas arrivés jusqu’au Seigneur, mais nous avons le prochain avec nous. Porte donc celui avec qui tu marches, pour parvenir à celui avec qui tu désires demeurer. » (Homélie de saint Augustin sur l’évangile de Jean)

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La conversion des mœurs?

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Profession monastique  (Chartreuse de Miraflores,  Espagne)

Les moines chartreux, comme d’autres moines d’ailleurs tels les bénédictins, font leur profession monastique en promettant au supérieur de la maison « stabilité, obéissance et conversion de mœurs ». Ce dernier vœux, la conversion des mœurs,  est propre aux moines et peut paraître bizarre à première vue … même pour les intéressés!  Je me rappelle, pour l’avoir prononcé la première fois en 1957, l’avoir tenu comme bien moins important que celui de l’obéissance (qui inclut  pauvreté et  chasteté). Devenu octogénaire, je saisis davantage le besoin de ne jamais m’asseoir en me disant que l’essentiel est fait … et je comprends la nécessité de voir à m’améliorer chaque jour.

 Conversion des mœurs  … en d’autres mots,  amélioration continuelle de ma façon de vivre, d’aimer et de voir les choses,  me rapprocher du Seigneur et m’efforcer de faire miens ses sentiments. N’est-ce pas là finalement la tâche non seulement d’un moine mais aussi de tout chrétien fervent qui a à cœur de se laisser animer par l’Esprit Saint qui l’habite?

En 2017, nous vivons dans un monde déchristianisé et la tendance ne semble pas réversible à court et à moyen terme. Les mœurs dans nos pays, autrefois chrétiens, ont bien changé depuis cinquante ans et la foi s’est affaiblie chez beaucoup de baptisés. Conséquemment, selon le Pape émérite, « Les chrétiens devront  d’autant plus continuer à former et à porter énergiquement la conscience des valeurs de la vie » (Benoît XVI, dernières conversations, page 261). Notre responsabilité comme chrétiens est donc plus grande aujourd’hui. Afin de mieux jouer le rôle que Dieu nous a assigné dans le grand échiquier de ce monde, puissions-nous continuer cet effort d’amélioration de soi-même tout en sachant que la victoire nous est déjà acquise par Celui qui ne trompe pas!

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Combattre le démon, selon un Chartreux

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Dialogue monastique  (Chartreuse de Portes, France)

Le but de la mission du Christ sur terre est « de réduire à l’impuissance celui qui avait l’empire de la mort, le diable « (Hébreux 2,14). Si la résurrection de Jésus a consacré la défaite de Satan, le combat qui s’ensuit ne s’achèvera qu’à la fin des temps, alors que le Fils, ayant tout conquis, remettra le Royaume à son Père. Le chrétien, à l’exemple du Christ, doit donc confronter l’Adversaire, cet être néfaste dont saint Pierre dit qu’il est « comme un lion affamé rôdant sans cesse autour des fidèles, cherchant qui dévorer » (1 Pierre 5,8). Dans son opuscule sur la Prière, dom Augustin Guillerand nous met en garde contre les astuces du démon :

« Il faut sans cesse prier pour nous protéger. La vie est en nous comme une fleur fragile (…) nous vivons environnés d’ennemis : tout nous est devenu obstacle et danger depuis que nous avons rejeté la Lumière illuminant le chemin. Au lieu de nous montrer le Créateur et de nous conduire à lui, les créatures se montrent elles-mêmes et nous arrêtent à elles. Le démon, auquel nous les avons follement livrées en nous livrant à lui, nous parle par toutes leurs voix. (…) L’ennemi est en nous plus encore qu’à nos portes. Il est à nos portes parce qu’il est en nous. C’est nous qui l’avons introduit. En nous tournant vers lui nous avons détourné de Dieu le monde entier. Voilà pourquoi le monde est contre nous. (…)

Depuis lors, nous sommes en pays envahi ; il faut nous libérer, jeter l’ennemi dehors, nous détourner de lui, nous retourner vers Dieu. (…) Notre impuissance est la plus complète qui se puisse imaginer … sans Dieu. De là, la nécessité de la prière et la recommandation si pressante du Sauveur : Il faut prier et prier toujours. De là, sa déclaration accablante : « Sans moi vous ne pouvez rien » (Jean 15,5).  De là, son invitation qui console et réconforte : «Venez à moi » (Matthieu 11,28).

(Écrits spirituels, tome 1, page 5-6)

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« Sur tes remparts, Jérusalem,

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 j’ai placé des veilleurs »  (Isaïe 62)

La violence n’est pas d’hier. Les villes d’autrefois devaient se protéger en s’entourant de remparts car les villes ouvertes étaient nécessairement vouées aux caprices de l’envahisseur. Si les murailles entourant la vieille ville de Jérusalem subsistent encore, subsiste également cette parole de Dieu transmise par le prophète Isaïe: « Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai placé des veilleurs ». Alors que Jérusalem préfigure l’Église, les veilleurs en question désignent les évêques et les prêtres qui se doivent de veiller au bon grain.

« Ni de jour, ni de nuit, ils ne doivent se taire » poursuit le texte d’Isaïe. En tant que prêtre et ermite urbain, j’ai fait de ce texte ma devise préférée. Parler le jour par diverses interventions pastorales et parler la nuit par une prière silencieuse et contemplative. La préparation de mes homélies dominicales ainsi que mon implication quotidienne sur le Web (WordPress, Facebook, etc.) sont un champs d’action privilégié pour écouter, éclairer, rectifier et instruire; d’autre part, la prière de nuit, avec l’Office des lectures, est un temps propice à la réflexion ainsi qu’au dialogue avec le Seigneur. Parler à Dieu et parler de Dieu: deux temps nécessaires car complémentaires.

« Tenez en éveil la mémoire du Seigneur, ne prenez aucun repos » poursuit le même texte. Une incitation à ne pas rester au lit trop longtemps … et je l’ai écrite en grosses lettres sur le mur de ma chambre à coucher! Ces paroles peuvent être entendues de deux façons: ou bien rappeler à Dieu ses promesses de bonheur à notre égard (ce qui me paraît moins indiqué car Dieu a une très bonne mémoire), ou bien tenir mes contemporains éveillés au sens de Dieu, ce qui me semble beaucoup plus urgent.

Le prêtre d’aujourd’hui est souvent ignoré, minimisé et même bafoué par une opinion publique qui se veut «politiquement correcte». La grosse tentation de l’Église est de vouloir plaire à tout le monde et de cesser d’aller à contre-courant. Prions pour les prêtres, prions pour l’Église afin qu’elle ne manque jamais de veilleurs capables de reprendre, d’instruire et surtout de crier haut et fort lorsque l’envahisseur « tel un lion rugissant, cherchant qui dévorer »  tourne autour de ses remparts .

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Jésus, bouc émissaire?

En cette fête du Baptême de Jésus, fête qui commémore une démarche énigmatique  de la part du Seigneur et qui signale le début de son ministère publique, il convient de lever le voile un tant soit peu sur le sens de cet événement.

Dans la liturgie juive, le Jour de l’Expiation ou du Grand Pardon («Yom Kippour») était l’occasion pour le peuple de confesser ses péchés commis durant l’année et de les faire imputer, par le Grand Prêtre, à un bouc choisi à cet effet, lequel était par la suite envoyé au désert, repaire des démons … le rite du Bouc émissaire!  Ce rite juif a préparé les futurs chrétiens à mieux comprendre la démarche de Jésus, qui à l’âge de trente ans quitta son village de Nazareth pour aller  recevoir un baptême de pénitence des mains d’un prophète appelé Jean. La première réaction de ce dernier, qui le connaissait bien étant son lointain cousin, fut de refuser; puis, après insistance de Jésus, il finit par accepter.  Le lendemain, ce même prophète désignait Jésus publiquement comme étant « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29). Comment Jean en était-il arrivé à affirmer si rapidement une telle vérité si ce n’est grâce à une explication fournie par Jésus  lui faisant comprendre que sa mission  était de prendre sur lui les péchés du monde entier. Jésus, bouc émissaire, était donc destiné à expier et à effacer par sa mort rédemptrice tous les péchés possibles. Son baptême de pénitence, en notre nom, recevait ainsi tout son sens.

Dans cette démarche historique, Jésus se présente également comme le nouveau Jacob qui, on le sait, réussit à obtenir de son vieux père Isaac la bénédiction destinée à son frère Ésaü en empruntant subrepticement les vêtements de ce dernier. Belle prophétie de cette démarche vicariale du Verbe éternel qui endossa notre humanité pour accomplir sa mission; mission tout à fait spéciale qui n’était pas tellement de recevoir une bénédiction que de se faire «malédiction».

Finalement, il est intéressant de noter que ce baptême de Jésus dans l’eau est immédiatement suivi d’un deuxième, tout aussi important, alors qu’il est immergé dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, s’emparant de lui à la façon des anciens prophètes, l’envoie au désert pour y être tenté par le démon; lutte initiale qui laisse prévoir un ministère publique des plus combatifs. Bouc émissaire donc, nouveau Jacob, prophète charismatique, fils bien-aimé du Père … que de richesses spirituelles renfermées dans cet événement singulier que fut le Baptême de Jésus!

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Renaître de l’Esprit, selon un Chartreux

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Chartreuse de La Valsainte  (Suisse)

Lors d’un entretien nocturne avec Nicodème, notable juif passablement âgé, Jésus lui déclare qu’il lui faudra renaître de nouveau pour pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu. Dom Augustin Guillerand, ancien moine de La Valsainte, commente ainsi ce passage évangélique en en faisant une application très personnelle à quiconque recherche la Vérité :

« L’âme humaine est un miroir ; elle réfléchit ce qui est en face d’elle ; si une âme se met en face du Fils de Dieu fait homme, si elle le regarde, si elle fait attention à lui, si elle se tend vers lui pour le voir, la physionomie du Fils de Dieu fait homme se reproduit en elle, son Esprit l’illumine, la transforme, la fait image du Fils qui est l’image du Père. Ils ne font plus qu’un ; le Fils vit en elle, le Père vit en elle, l’Esprit vit en elle ; leur don mutuel se répète en elle; elle se donne comme ils se donnent: ils se donnent en elle, elle se donne en eux.

Elle ne fait plus qu’un avec eux : elle voit le Royaume de Dieu, elle possède la vie divine qui est cette vision ; elle voit ce que voit Dieu ; elle aime ce qu’il aime, elle dit ce qu’il dit. Elle est devenue, par l’Esprit de Dieu qui l’emplit, verbe de Dieu; elle est baptisée dans l’eau et l’esprit; elle a pris une nouvelle vie qui la fait fille de Dieu.

Voilà ce qu’est renaître, et ce que peuvent faire même les vieillards. Le corps vieillit ; l’âme reste éternellement jeune comme Dieu dont elle est l’image, et comme l’Esprit qui la renouvelle en lui. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 215)

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Ce grand Inconnu

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« Le vent souffle où il veut … ainsi en est-il de l’Esprit »  (Jean 3,8)

Parler de Dieu est déjà difficile … parler de l’Esprit Saint, ce « parent pauvre de la Trinité», est quasiment impossible …  on ne peut que balbutier! Néanmoins, c’est une vérité de foi qu’il existe en Dieu trois personnes distinctes, égales en majesté. Aucune d’entre elles n’est inférieure aux deux autres et les trois cohabitent, pour ainsi dire, l’une dans l’autre. Voilà pour le mystère! Au 12e siècle, saint Bernard écrivait: « Si l’on représente le Père donnant le baiser et le Fils le recevant, l’Esprit Saint sera ce baiser lui-même, comme étant du Père et du Fils l’indissoluble lien, l’inséparable amour, l’indivisible unité. »

C’est Jésus qui nous a révélé l’existence de l’Esprit mais cette révélation ne se fit que progressivement dans la première communauté chrétienne.  Les divers évangélistes se complétèrent l’un l’autre: ainsi, ce que Matthieu nous dit de la présence de Jésus dans son Église jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20), Luc et surtout Jean l’attribuent plus précisément à la présence de l’esprit de Jésus, l’Esprit Saint. Le 4e évangéliste, le dernier en date et qui profite pour ainsi dire de l’évolution de la pensée chrétienne, est le plus prolixe sur l’existence de l’Esprit Saint et son rôle de sanctification: « Jésus ressuscité  souffla sur eux en disant recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ». (Jean 20, 22-23) C’est en saint Jean que Jésus parle à Nicodème de l’obligation de renaître de l’Esprit, qu’il entretient la Samaritaine du « don de Dieu » ,  qu’il annonce à ses Apôtres réunis au Cénacle la venue de « Celui qui vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » . Enfin, et toujours en saint Jean, on saisit mieux que l’Esprit soit le moyen qui rende possible l’habitation et du Père et du Fils dans l’âme du fidèle, « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » (Jean 14,23)

Notre vie chrétienne ne peut donc se comprendre sans cette présence en nous de l’Esprit de Dieu, signe de la Nouvelle Alliance. La mission de Jésus sur terre n’avait d’ailleurs qu’un seul but: nous baptiser dans l’Esprit Saint. Encore faut-il, comme nous en avertit saint Paul, non seulement posséder en nous ce Don ineffable mais en vivre intensément: « Tout ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. » (Romains 8,14). Quelle belle définition du  chrétien !

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