Notre nouvelle famille

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Nous concluons, aujourd’hui, la conférence de dom Guillerand sur le Notre Père alors qu’il fait longuement allusion à notre appartenance à la famille céleste, cette famille composée d’anges, de saints, de chrétiens convaincus, dont les membres font toujours la volonté du Père:

« Il y a encore une autre conséquence ou pour mieux dire cette conséquence peut être envisagée sous un aspect plus large et prolongé. L’Écriture appelle le Christ « premier-né de beaucoup de frères » (Romains 8, 29). Ces frères, il nous a dit lui-même qui ils sont, dans une circonstance et dans un mot que nous ne devrions pas nous lasser de méditer: « Qui sont ma mère, mes frères ? … Ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent » (Matthieu 12, 48.50). L’observation de la parole marque l’âme de traits qui sont les traits de famille. Car la parole c’est son Fils, c’est son Image. Ceux qui observent sa parole, ceux qui l’aiment, la font, la créent en eux; ils se font à l’image et à la ressemblance, ils se refont « à l’image et à la ressemblance de Dieu » et en Jésus, ils ne font qu’un. Quand nous disons bien ces mots « notre Père », nous ne sommes pas seuls. Une foule immense est avec nous, en Jésus et avec Jésus: « Vous en moi et moi en vous ».

Voilà pourquoi ce mot « notre » est nécessaire: il exprime une idée qui donne à notre prière et à notre âme une ampleur immense. Tout le ciel, et toute la terre, toute la famille céleste, la Trinité Sainte, les anges et les Saints le prononcent avec nous. Tel est le sens de la prière sacerdotale: « Qu’ils soient consommés dans l’unité, qu’ils soient un comme nous » (Jean 17, 11.22).

Vous voyez, ou mieux entrevoyez (car ce que je dis n’est qu’une petite, très petite part de la réalité) comme nous sommes grands quand nous disons ce mot « Père » et comme il faut le dire avec tout notre esprit, tout notre cœur, toutes nos forces, toute joie: il est le chant de la vie. Il importe souverainement de penser que tout ceci est réel, aussi réel que ce que nous voyons de nos yeux, et même plus. Ce qui manque aux âmes, c’est cela, c’est cette conviction. C’est elle qui fait les Saints; c’est elle qui les tenait longuement en oraison; c’est elle qui fait Jésus, la Sainte Famille; c’est elle qui fera le ciel. Cette conviction, son caractère profond et vivant dépend de Dieu et dépend de nous: il faut une grâce, et on la développe par l’exercice. Dieu donne sa grâce, si on s’y prépare. L’exercice dispose l’âme. Une âme qui renouvelle souvent un acte de foi à la paternité divine, à la divine présence, qui sans cesse pense à lui, est une âme à qui Dieu se donne; il la fait participer à l’âme de Jésus disant: « Il ne m’a pas laissé seul parce que je fais toujours ce qui lui plaît » (Jean 8, 29). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 27 s)

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Il s’agit bien de « notre » Père

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Dom Guillerand poursuit sa conférence sur la prière du Notre Père en s’arrêtant sur l’adjectif possessif «notre» qui renferme une grande vérité trop souvent négligée. Écoutons de nouveau ce maître incontestable de la vie spirituelle:

« Nous ne disons pas seulement «Père», ni «mon Père», nous disons «notre Père». Le mot «notre» a un double sens: il signifie d’abord la possession ou la libre disposition, c’est un adjectif possessif: il signifie donc, dans la circonstance, que le Père auquel nous nous adressons est vraiment à nous; il nous appartient, nous pouvons en disposer: c’est stupéfiant, et cependant, cela est. (…) Dieu est vraiment notre Père, et il veut que nous lui donnions ce titre. Lui-même nous a donné le droit d’employer cette formule, de prononcer ce nom. Ce droit, nous ne l’avons pas par nature: par nature, nous sommes des créatures, des serviteurs; la filiation, le titre de fils, est un don, un don gratuit, une grâce absolument imméritée. Jamais, s’il ne nous l’avait appris, nous n’aurions pu l’employer. Mais il l’a dit, il l’a voulu; il veut que nous nous comportions en enfants; il veut que nos rapports avec lui soient de rapports de fils à père, que nous considérions son sein comme le sein d’un père et comme notre demeure.

L’adjectif «notre» a un second sens qui se rattache intimement au précédent. Nous ne sommes pas, nous, fils unique. Il n’y en a qu’un: Celui qui est son Image parfaite, qui le reproduit tout entier. Nous devenons fils si nous sommes en Celui-ci. De là, ces mots, ces recommandations du Fils unique: « Venez à moi (Matthieu 11, 28), Demeurez en moi (Jean 15, 4) ». De là, sa prière: « Père, faites qu’ils soient un, qu’ils soient en moi comme je suis en vous et vous en moi » (Jean 17, 22). Mais si nous répondons à ces appels, alors il vit en nous et nous vivons en lui, nous ne faisons qu’un: « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20).

Vous voyez aussitôt les conséquences. Notre voix n’est plus seulement notre voix, c’est la Voix aimée qui ravit le Père. En nous entendant, c’est Lui qu’il entend. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 26 s)

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Patienter ou se décourager ?

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La vie chrétienne est essentiellement faite d’attentes de toutes sortes car le processus de conversion commencé au baptême demande du temps … beaucoup de temps! On n’y peut rien car c’est ainsi que la Providence en a décidé: l’image de Dieu dans l’homme ne peut être rétablie qu’au prix d’une longue collaboration à l’action salvifique du Christ. « Si le Christ t’a racheté au Calvaire sans ton aide, disait saint Augustin, par contre il ne te sauvera pas sans ta collaboration ». Cette longue collaboration s’impose pour pouvoir séparer le vrai du faux, le disciple authentique du disciple superficiel, l’ami sincère de l’ami intéressé.

Nous voilà donc obligés de patienter, même dans l’amour du bien et le désir du Royaume ! Ce problème n’est pas nouveau, car dès l’Ancien Testament les justes aspiraient à être immédiatement récompensés de leurs peines. Les premiers chrétiens n’étaient pas tellement différents: la vue des persécutions les horrifiaient car ils y voyaient le diable triompher dans ses desseins maléfiques. Et nous? Comment voyons-nous les scandales à répétition sur la scène ecclésiale ? Cette révélation douloureuse nous jette-elle dans le dégoût de l’Église ou dans un désir exacerbé du retour du Christ qui mettrait fin à cette honte collective ? Devons-nous nous décourager? Serions-nous ennuyés de devoir revoir à la baisse notre vision quelque peu idyllique de notre sainte Église ou de faire face à la dure réalité et passer aux actes ? Allons-nous perdre la paix intérieure durant tout ce processus? À vous, simples fidèles, qui souffrez pour elle sans pouvoir espérer modifier grand chose, je redis ces sages paroles du prophète: « Va, mon peuple, entre dans tes chambres et ferme sur toi tes portes. Cache-toi un instant, le temps que passe la colère » (Isaïe 26, 20). Il ne s’agit pas de faire distraction et de « passer à autres choses » mais de souffrir en silence (en union avec les victimes) tout en sachant que de bons prêtres sont toujours là pour nous accompagner.

Ce processus peut prendre du temps, beaucoup de temps. Voici comment un ecclésiastique s’exprimait à ce sujet dans une homélie du 2e siècle: « Ayons la foi, mes frères et mes sœurs: le combat que nous menons est l’épreuve que nous impose le Dieu vivant, et nous luttons dans la vie présente pour être couronnés dans celle qui vient. Parmi les justes, aucun n’a recueilli un fruit précoce; il faut savoir attendre. Si Dieu donnait immédiatement aux hommes justes leur récompense, ce serait bientôt un marché que nous pratiquerions, et non le culte de Dieu.  »  (Homélie d’un  anonyme du 2e siècle, PA 1, 206-210)

Patience ne veut pas dire inertie ! Un gros changement s’annonce dans l’Église catholique avec le Synode actuel qui porte justement sur la synodalité, c’est-à-dire sur l’implication concrète de tous les membres de l’Église (tant universelle que diocésaine). Soyons patients, et laissons mûrir cette espérance de nouveauté appelée à transformer le cléricalisme actuel en une véritable collaboration de tous. D’ici là, prions et gardons la foi !

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La prière par excellence

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Comme tout vrai contemplatif, dom Guillerand se plaît dans les prières simples et courtes car l’attention se porte ainsi  plus facilement sur l’objet visé. Dans une conférence donnée aux frères convers de son monastère, voici comment ce moine chartreux aborde l’explication de la  prière enseignée par Jésus, le Notre Père:

« L’oraison dominicale, le Pater, est la prière parfaite, la prière par excellence, la prière qui résume toutes les autres. Elle établit entre l’âme et Dieu un rapport qui est proprement et véritablement la vie éternelle.

Quand nous prononçons bien ce simple mot «Père», quand nous y mettons bien toute la richesse de sens qu’il comporte, quand, en le prononçant, nous nous tenons bien détournés de tout ce qui n’est pas lui et tout tournés vers lui seul, quand nous voyons bien par la foi le mouvement de ce Père qui verse sa vie et son être en notre âme, qui y grave ses traits, qui nous fait fils, à son image et à sa ressemblance, quand nous accueillons avec amour  ces traits, quand, en un mot, nous nous donnons comme il se donne, il est certain, absolument certain, que les trois Personnes de la Sainte Trinité sont là, en nous, que la félicité infinie qui est cette vie même est participée par notre âme, sous un voile, sans doute, le voile de la foi, mais, encore une fois, très réellement, et il faut y penser.

Et c’est pourquoi, une âme, si elle y est attirée par la grâce, peut se contenter de cette prière, et même, ce qui est évidemment plus rare et exceptionnel, s’en tenir au premier mot qui dit tout. Le divin Maître, cependant, en dictant cette prière, en a ajouté d’autres, non pour la changer ni pour la compléter, mais pour la mettre en une lumière plus vive. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 26)

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Une tâche pas facile, avouons-le !

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Les temps où nous vivons ne sont pas de tout repos. Réfugié dans mon ermitage, j’essaie néanmoins de vibrer avec ceux et celles qui m’entourent. Je vous fait grâce de tous les soubresauts de notre société actuelle (que vous connaissez mieux que moi) mais j’attire votre attention, encore une fois, sur la tâche surhumaine du pape actuel qui s’efforce de mener à bon port la barque de Pierre. Quel est son rôle dans l’Église d’aujourd’hui ?

Le rôle du pape dans l’Église est double: tout d’abord,  aimer le Christ de tout son cœur et dans une mesure qui surpasse celle des autres évêques « M’aimes-tu plus que ceux-ci? » demandait le Ressuscité à Pierre (Jean 21, 15), et puis ensuite aimer les fidèles à lui confiés en se dévouant chaque jour à leur bien-être, surtout spirituel. Le rôle global du pape, de tout pape, est donc de paître l’Église universelle  dans l’amour total et dans l’oubli de soi.

Il fut un temps où l’on voyait le Souverain Pontife comme au sommet d’une pyramide, alors que les évêques étaient perçus comme ses lieutenants: vision fausse de l’Église qui fut définitivement écartée par le concile Vatican II. D’ailleurs, la simple lecture des évangiles et surtout des Actes nous montre clairement la vie collégiale des apôtres. Le Synode sur la synodalité dans l’Église, qui s’ouvre aujourd’hui à Rome, en est un très bel exemple. Et tant pis pour ces nostalgiques qui demeurent attachés à cette vieille notion d’Église autoritaire et pyramidale. Pour ceux qui fréquentent les médias sociaux, tel Facebook, il n’est pas rare de rencontrer des groupuscules de catholiques qui mettent en doute ou même critiquent ouvertement l’action du Pape François, certains se réclamant des Lefebvristes, d’autres opposant superficiellement les deux rites de la liturgie (messe tridentine et messe de Paul VI) pour en déduire l’invalidité de l’un par rapport à l’autre; d’autres enfin ne prêtant attention qu’aux «secrets» des apparitions de la Vierge pour en soutirer injustement des reproches envers  l’Église actuelle, etc., etc.

Dans une société aux mille visages, nous sommes donc appelés à revoir les fondements de notre foi personnelle afin de pouvoir justifier publiquement l’espérance qui nous habite. Le rôle du Pape, dans ce domaine,  est primordial en nous confirmant dans la foi des Apôtres. Sa fonction pastorale s’exerce quotidiennement dans ses multiples interventions, discours ou gestes, qui nourrissent nos besoins de connaître la volonté de Dieu sur nous en notre temps. Même si son charisme d’infaillibilité n’est pas toujours en cause, il ne nous est pas permis d’ignorer ses paroles qui n’ont pour but que d’aider les disciples que nous sommes à se nourrir de la saine doctrine … « Pais mes brebis! » (Jean 21, 16 ).

Avouons-le, dans une société de plus en plus individualiste, l’obéissance à toute autorité ne sera jamais facile (les précautions sanitaires, contestées ici et là, en sont un bel exemple). L’Église, forcément composée d’hommes et femmes de notre temps, ne saurait être dispensée de soubresauts similaires. Puissions-nous, néanmoins, nous souvenir en ces moments critiques des paroles du Seigneur à ses apôtres: « Qui vous écoute m’écoute » (Luc 10, 16). Oui, souvenons-nous de ceux qui nous dirigent et imitons leur générosité au service de la Foi.

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Bonne fête, saint Bruno

Lors de sa visite en Calabre, en 1984, le Pape Wojtyla témoigna de son estime pour la vie contemplative en visitant les moines chartreux de Serra San Bruno le 5 octobre (veille de la fête de Bruno, leur fondateur). Cette abbaye, plusieurs fois détruite, abandonnée et reconstruite, rappelle le lieu de la 2e fondation de l’Ordre (après celle de la Grande Chartreuse, en 1084); elle a même l’honneur de conserver les restes du vénéré fondateur, décédé à cet endroit en 1101.

On ne saurait mieux célébrer aujourd’hui saint Bruno qu’en relisant attentivement deux extraits de sa lettre envoyée de Calabre aux moines de la Grande Chartreuse quelques mois avant sa mort:

« Réjouissez-vous donc, mes frères très chers, pour votre bienheureux sort et pour les largesses de grâce que Dieu répand sur vous. Réjouissez-vous d’avoir échappé aux flots agités de ce monde, où se multiplient les périls et les naufrages. Réjouissez-vous d’avoir gagné le repos tranquille et la sécurité d’un port caché; beaucoup désirent s’y rendre, beaucoup font même un effort pour l’atteindre et n’y parviennent point.  (…)

De vous, mes bien-aimés frères convers  [religieux, non-prêtres, consacrés aux travaux manuels], je dis: « mon âme glorifie le Seigneur », car je considère la magnificence de sa miséricorde sur vous, d’après l’exposé de votre prieur et père très aimant, qui est rempli de joie et de fierté à votre sujet. Je me réjouis  moi aussi, car bien que vous n’ayez pas la science des lettres, le Dieu tout-puissant grave de son doigt dans vos cœurs non seulement l’amour, mais la connaissance de sa loi sainte; vous montrez en effet par vos œuvres ce que vous aimez et ce que vous connaissez. » 

La fondation de l’Ordre des Chartreux se situe au 11e siècle, dans la foulée de la réforme de l’Église entreprise par le Pape Grégoire VII. Maître Bruno, ancien chanoine de Reims, instaura une nouvelle forme de vie monastique, assez semblable à celle qu’avait inaugurée  saint Romuald  (Camaldules), qui unit la vie érémitique à un minimum de vie communautaire. Comme quoi la vie silencieuse et solitaire est souvent le remède à apporter à une pratique religieuse tombée dans la tiédeur … saint Bruno serait-il de notre temps?

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Un débordement de couleurs

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Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents, voilà déjà tout un événement; mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu (pour dire le moins). Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien: d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et en lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen. » (Romains 11, 23-26)

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L’énorme fossé entre Jésus et les Juifs

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La guérison de l’infirme à la piscine de Bethesda, un jour de sabbat, a provoqué la fureur des adversaires de Jésus. Le long discours qui s’en suit révèle l’énorme fossé qui sépare le Maître et les Juifs de Jérusalem. Voici la conclusion qu’en tire notre commentateur attitré, dom Augustin Guillerand:

« Je vous connais, je sais que vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu » (Jean 5, 42). Jésus n’est animé que par l’amour; il ne veut que se donner et donner, se donner à son Père dans les hommes en donnant son Père aux hommes et les hommes à son Père. Les Juifs ne songent qu’à rester dans leur étroitesse légale et à y maintenir les âmes autour d’eux. L’opposition est complète. (…) Jésus ne se présente pas en son nom, mais au nom de Celui que ses adversaires lui opposent. Mais il y a entre lui et ses adversaires une différence énorme. Lui, il entend sa voix, il voit sa face; eux ils n’entendent ni ne voient. Et c’est pourquoi ils ne le reconnaissent pas en Celui qui leur parle et leur révèle cette face: « Vous n’avez jamais entendu sa voix, ni vu sa face ». Ils ne portent pas en eux-mêmes cette parole qui procède du sein du Père, et qui reçue par le Fils le fait image et expression parfaite du Père. Ils ne portent en eux que la parole de leur « moi » que heurte la prédication de Jésus.

De là leur incompréhension à son égard … et leur opposition. Jésus voit et reproduit: il est Fils … et il représente le Père; il se présente en son nom; le Père parle et se montre en Jésus, parce que Jésus se tient tourné vers lui, ne regarde que lui et ne fait que ce qu’il lui voit faire. Les Juifs se tiennent tournés vers la créature, ne voient qu’elle, ne reproduisent qu’elle, ne cherchent leur gloire qu’en elle, sont incapables de chercher leur gloire en Dieu et de se soucier de sa gloire à lui: « Comment pourriez-vous croire, vous qui tirez gloire les uns des autres, et ne recherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? » Le divin Maître revient, sous cette forme nouvelle, à l’affirmation qu’il a posée au début de la discussion et qui la domine. Il y revient pour marquer toute la distance qui le sépare de ses ennemis, après avoir établi nettement les deux positions. Lui est en face de Dieu, porte ses traits, est Fils, donc égal. Image parfaite où brille sa beauté, où retentit sa vérité. Eux sont en face d’eux-mêmes, sur le plan humain … comme le premier homme, Adam, dont ils reproduisent la faute, à la merci du démon qui les arrête à leur vérité et à leur bien propre.

Dans un dernier trait à dessein écrasant (où, si l’on osait, on serait tenté de voir un peu de ce sarcasme divin qui est assez fréquent dans l’Ancien Testament) il les renvoie de nouveau à toutes les autorités sur lesquelles ils croient pouvoir s’appuyer. Il se dégage d’eux; il ne veut même pas se faire leur accusateur; il veut qu’il n’y ait rien entre lui et eux; il leur enlève ce point d’appui dont ils se glorifient devant le peuple. Moïse et toute l’Écriture les condamnent: car ils enseignent ce que lui-même enseigne et ils ne parlent que de lui. Les Juifs ne croient pas au Maître parce qu’ils ne comprennent pas le sens caché des Saintes Lettres. Toute l’Écriture est éclairée par la Lumière qui leur parle; et en refusant cette lumière, c’est toute la Bible qui leur reste fermée. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 270 ss)

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Va et ne pèche plus !

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Après avoir guéri l’infirme à la piscine de Bethesda, Jésus le rencontre de nouveau au Temple de Jérusalem et le prévient d’un plus grand malheur si le pauvre homme ose vivre dans le péché. C’est toute la question du lien entre péché et souffrance que nous avons tendance à minimiser. Écoutons, à ce sujet, dom Augustin Guillerand:

« Le rencontre de Jésus et du miraculé après l’intervention des Juifs a un double résultat: elle permet au divin Maître de préciser le lien entre le péché et la souffrance; elle provoque surtout la discussion capitale qui va suivre. « Tu es guéri, dit le Sauveur au paralytique, ne retombe pas dans le péché pour ne pas connaître un état de santé plus grave que le précédent » (Jean 5, 14). Ce lien entre péché et souffrance est à la fois connu et pratiquement oublié des hommes. Notre-Seigneur le rappelle pour qu’on s’en souvienne et qu’on vive dans ce souvenir. En pratique, nous avons horreur de la souffrance et nous y allons tout droit et sans cesse par un chemin qui y mène infailliblement. C’est que dans le péché nous ne voyons pas le terme lointain qui est douloureux, mais la conséquence immédiate qui est un plaisir. Le péché originel a profondément faussé la machine humaine dans l’esprit qui doit la conduire. Nos vues ne sont plus justes, c’est pourquoi notre conduite est défectueuse. Nous ne tendons plus au vrai bien parce que nous ne le connaissons pas. Le fameux début de l’Épitre aux Romains est profondément exact: nous sommes des « pervertis ». Notre activité est orientée vers le faux bien qui est la créature; nous la poursuivons en tout; nous ne cherchons notre complément d’être qu’en elle. Or, elle n’a rien à nous donner que ce que Dieu lui donne: elle est vide et nous laisse vides. Nous nous nourrissons de viandes creuses et nous mourons d’inanition. Dieu seul est; Dieu seul vit; la source d’eau est là; en le délaissant nous allons à la mort. Tout mal a là sa racine. La mission du Fils a pour but de démontrer cela; il surgira un jour au sommet du Calvaire et de la Croix pour qu’on le voie et le comprenne: « Pour que le monde sache que j’aime le Père » (Jean 14, 31). Il révèlera au monde, par cette mort et après sa vie, que le créé n’est pas, que Dieu est tout.

C’est ce dont il avertit le paralytique remis sur pied, et, par lui, le monde qu’il va racheter. Si on ne comprend pas, si on se détourne de nouveau de la vie restaurée par sa mort, le monde ira à un paganisme plus profond que le premier et à des désastres auprès desquels les misères du monde païen n’étaient qu’un jeu. Les Juifs de Jérusalem ne le suivent pas sur ce vaste terrain. Eux surtout sont des malades de l’esprit, des têtes qui se sont fermées à la grande lumière de l’Amour et ne voient plus que l’étroitesse de leurs pauvres prescriptions. La loi qui mène à Dieu par la charité n’est plus, pour eux, que la série longue et croissante des vétilles dont ils l’ont surchargée. Jésus est venu appeler le monde à l’amour et le débarrasser de ces vétilles. De là la lutte où il périra et où il trouvera le triomphe dans sa perte. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 255 s)

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Veux -tu guérir ?

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La guérison du paralytique à la piscine de Bethesda (Jean 5, 1-16) illustre très bien l’attachement exagéré des contemporains de Jésus à certains préceptes de la Loi au détriment de la charité fraternelle. Laissons-nous éclairer en ce domaine par nul autre que notre commentateur chartreux préféré, dom Augustin Guillerand:

« Pourquoi ce pauvre paralytique, après trente-huit ans de mal, seul, abandonné de tous ? Qu’était cette âme ? Qu’avaient été ces longues années de souffrance ? Il faut se refuser à ces vaines questions, regarder Celui qui agit, croire que ce qu’il fait est bon. Sa présence au milieu de cette foule douloureuse dans laquelle son regard divin lit la cause profonde de tous ces maux et plus encore les merveilleux effets de sanctification et de gloire que l’Amour en fera sortir, est infiniment émouvante. Ainsi, tout ce qu’il voyait se découvrait à lui dans une lumière qui procédait de l’amour et tendait à le manifester: lumière simple où tout est vrai et beau. En face de ces déshérités Dieu avait posé un remède, mais un remède dont quelques-uns seulement pouvaient user. Quand l’eau se mettait-elle en mouvement ? Combien de temps fallait-il attendre ? Pouvait-on prévoir ? Devait-on se tenir constamment là dans une attente anxieuse ?

La question du divin Maître au pauvre paralytique: « Veux-tu guérir ? » est volontairement naïve, d’apparence même puérile. Aussi celui-ci n’y répond pas, il se contente d’expliquer son cas pour appeler une pitié qu’il devine émue, et obtenir le secours qui lui a manqué jusque-là. Jésus attend cette explication qui va faire mieux éclater le prodige. À peine est-elle donnée que d’un mot il l’accomplit. Comme d’habitude, c’est un ordre à forme brève, en mots qui s’imposent et commandent des actes précis, immédiats: « Debout, prends ton lit et marche ». Le malade obéit, est guéri.

C’est cette guérison et les actes commandés par Notre-Seigneur qui vont provoquer le long discours suivant. C’était un jour de sabbat. Ce jour-là le peuple de Dieu devait supprimer tout travail. Les Juifs avaient peu à peu donné à cette loi un caractère de prescription capitale dont l’observation était déterminée jusque dans ses moindres détails. L’âme du commandement était noyée sous ces précisions auxquelles on donnait, au temps de Jésus, beaucoup plus d’importance qu’au précepte lui-même. Ce que les hommes avaient ajouté à ce précepte comptait plus, à leurs yeux, que ce que Dieu avait imposé. C’est contre cela que Jésus veut réagir. Il vient réordonner, remettre les personnes et les choses à leur place: Dieu et sa Loi avant tout et tous. Le paralytique guéri comprend aussitôt. La joie l’illumine, et aussi sa droiture simple qui probablement avait attiré la pitié du Maître. Il comprend que si la Loi est de Dieu, le prodige accompli et Celui qui l’a opéré en viennent également, qu’entre eux il n’y a pas de contradiction. (…) Les Pharisiens ne s’élèvent pas à ce plan vaste; ils restent en eux-mêmes, dans leurs vues. La Loi c’est eux; la Loi est violée, et celui qui a commandée cette violation ne peut être de Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 254 s)

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