Pourquoi ne puis-je pas te suivre dès maintenant?

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Il n’est pas rare de vouloir entrer en action prématurément, faussement persuadés que nous en sommes capables. À la dernière Cène, alors que Jésus annonce son départ imminent, l’apôtre Pierre (angoissé, comme tous les autres d’ailleurs, devant cette absence imprévue) voudrait bien le suivre. Pierre ignore sa faiblesse et il lui faudra passer par bien des épreuves pour s’en convaincre; alors il pourra trouver en elle sa force et sa grandeur. Mais laissons notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, nous commenter plus adéquatement ce passage évangélique:

« En Dieu seul la lumière brille éternellement d’un éclat infini. En nous les ténèbres la précèdent, et elle ne les dissipe que peu à peu. Le lever de la lumière se fait généralement dans la lutte et par l’épreuve. Elle procède de la foi, et la foi est une nuit qui enveloppe en son ombre la clarté. Pierre et les apôtres doivent traverser cette nuit avant de jouir de la lumière: « Vous me suivrez plus tard, mais vous ne pouvez pas maintenant » (Jean 13, 36). Le miroir d’âme n’est pas purifié; l’épreuve est proche qui le purifiera. Elle le purifiera en révélant ce qu’un homme ne sait jamais assez, ce qu’il apprend en dernier lieu: sa faiblesse sans bornes, et qu’il faut trouver en elle sa force et sa grandeur. C’est ce qu’explique et annonce le divin Maître, aussi riche d’amour et de lumière en le faisant qu’en se mettant aux pieds des siens pour les laver: « Jésus lui répondit: Tu donneras ta vie pour moi? En vérité, en vérité, je te le déclare: avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois » (Jean 13, 38).

Tout ce chapitre 13 de saint Jean est une révélation aiguë de cette faiblesse dont la connaissance est si nécessaire, et à laquelle s’oppose, en contraste, la toute-puissance de Celui qui la révèle. Les hommes y apparaissent, avec Judas que la passion emporte au fond de l’abîme, avec Pierre et le groupe apostolique qu’anime la meilleur bonne volonté mais qui comprennent si peu et si mal. En face d’eux, Jésus se dresse immensément grand, grand de la science qui pénètre tout le dessein divin, « Jésus sachant que tout lui a été remis par le Père », grand de sa toute-puissance qui est la puissance sans limite, grand de son amour qui s’abaisse à soulever la misère humaine et qui accepte à la fois les résistances hostiles jusqu’à la trahison et les lenteurs de l’esprit qui égare les cœurs.

Le discours après la Cène ne se comprend bien que dans ce cadre: celui de la science et de l’amour infinis qui se communiquent sans réserve à des âmes si peu ouvertes ou si irrémédiablement closes. »

(Écrit spirituels, tome 1, page 419 s)

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Choisis de toute éternité, en Jésus!

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Tout projet humain (études, travaux, carrière, vie amoureuse) demande des efforts, et entre autres celui de garder les yeux fixés sur le but. Que de rêves manqués suite à un oubli graduel  de l’objectif initial. Savons-nous où nous allons?

La vie chrétienne ne fait pas exception! Que de piétinements pour plusieurs d’entre nous: d’où venons-nous et où allons-nous? Saint Paul y répond de façon magistrale:  « C’est ainsi que Dieu nous a choisis en Lui, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Éphésiens 1, 4). Il s’agit de l’appel des élus à la vie éternelle, vie déjà commencée d’ailleurs sur terre de façon mystique par leur union au Christ ressuscité. Nous avons été  voulus par Dieu (nous ne sommes pas un accident) et nous sommes appelés à retourner à lui saints et immaculés en sa présence. Comment y parvenir? L’Apôtre le précise : « … déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ » (1, 5). La filiation divine, avec Jésus comme source et modèle, est donc le mode de sanctification qui nous est proposé: enfants de Dieu par le baptême, fidèles au combat spirituel durant notre vie, nous attendons patiemment l’héritage promis! Avouons-le, cette belle et unique vocation serait irréalisable sans l’aide de Dieu: une aide quotidienne ressentie à travers la prière et les bonnes œuvres. Seuls ceux et celles qui prennent cette vocation au sérieux peuvent ressentir cette aide; car une foi tiède et superficielle s’avère trop souvent aride, pauvre qu’elle est en  activités spirituelles.

Dieu est Amour.  En Dieu, l’Amour ne peut que se partager! La création n’était pas nécessaire mais elle est devenue partage d’existence et de connaissance. La rédemption, après l’échec de l’homme, n’était pas  nécessaire mais elle est devenue révélation de  l’Amour miséricordieux. La béatification ou  jouissance éternelle de Dieu n’était pas nécessaire non plus, mais elle  s’inscrit dans la munificence du don de l’Amour. Face au Créateur et à son dessein bienveillant, nous ne pouvons que nous sentir petits et incroyablement favorisés: « O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses décrets sont insondables et que ses voies sont incompréhensibles! … Car tout est de Lui et par Lui et pour Lui. À Lui soit la gloire pour l’éternité! Amen. » (Romains 11, 33-36).

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Il sera grand devant le Seigneur

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En ce temps qui est le nôtre, la grandeur d’un personnage (civil ou religieux) n’a rien de très rassurant, tant il est vrai qu’un simple ragot à connotation sexuelle peut faire basculer une opinion publique toujours friande de scandales. Inutile de donner des exemples. En cette fête de Jean le Baptiste, dom Guillerand nous parle de la véritable grandeur du précurseur de Jésus, grandeur pas tellement devant les hommes mais devant Dieu. Écoutons-le:

« Saint Jean-Baptiste occupe dans l’Évangile et dans la piété chrétienne une place à part. C’est justice: par deux fois le bon Dieu lui-même a voulu affirmer sa grandeur. Au nom du ciel, l’ange Gabriel, en annonçant sa naissance, dit formellement: « Il sera grand » (Luc 1, 15). Trente-trois ans plus tard, quand, déjà en prison, il a achevé son ministère, le Maître dit de lui aux foules: « Parmi les enfants des hommes nul n’a été plus grand que Jean-Baptiste » (Matthieu 11,11). Toute sa vie se déploie entre ces deux attestations qui le qualifient.

Cette grandeur n’est pas une simple grandeur humaine. Ce n’est pas une de ces supériorités naturelles auxquelles le monde, et même parfois les âmes religieuses, attachent beaucoup trop d’importance, grandeurs d’un jour, plus ou moins factices, souvent seulement factices, et même quand elles sont réelles, toujours inférieures, très inférieures. De la grandeur de Jean-Baptiste, l’ange dit expressément: « Il sera grand devant le Seigneur ». Sa grandeur sera la grandeur qui peut soutenir le regard du Dieu de vérité et qui ne redoute pas sa lumière. Notre-Seigneur précise et renchérit: « Qu’êtes-vous allés voir au désert, dit-il aux Juifs? Est-ce un roseau agité par le vent? », c’est-à-dire un homme qui est à la merci des mouvements si capricieux de l’opinion humaine plus mobile que les roseaux des bords du fleuve qui coulait à quelques pas? Est-ce un homme vêtu de vêtements moelleux et soucieux de tout ce qui est caresse à ses sens? Non. Vous êtes allés voir un prophète, c’est-à-dire un homme de Dieu, qui voit tout et tous dans la lumière divine, qui apprécie tout et tous dans le rapport avec la gloire de Dieu. (…)

Les disciples de Jean se plaignaient un jour de ce que Jésus baptisait de son côté et que tous allaient à lui. Jean répondit: « Lui est l’époux, moi je ne suis que l’ami de l’époux ». Le rôle de l’ami consiste à se tenir aux côtés de l’époux, et toute sa joie est de l’écouter. Et il ajoutera: « C’est là ma joie, et elle est complète … Croire cela, croire au Fils qui est l’époux, se donner à lui, c’est la vie éternelle » (Jean 3, 29.36). Cette fois, nous sommes arrivés à l’extrême fonds de son âme et au sommet de sa grandeur. Le divin tressaillement qu’a été sa vie, s’achève là, aux côtés de l’époux, écoutant sa voix, ne faisant que cela, y trouvant repos et félicité, et convaincu que, sous le régime de la foi et dans les ombres de la terre, c’est vraiment cela la vie éternelle commencée: « Qui croit au Fils a la vie éternelle ».

(Écrits spirituels, tome 2, page 48 et 50)

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Savoir écouter

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Dans notre société impatiente, il n’est pas rare de rencontrer des interlocuteurs qui commentent nos paroles sans avoir vraiment écouté ce que nous disions. Et cela, malheureusement, s’avère également de nous à l’occasion … et à notre plus grande confusion! L’écoute de l’autre exige une certaine humilité: « je n’ai pas réponse à tout et j’aurais intérêt à écouter ce que l’autre a à me dire ». Facile à comprendre, plus difficile à mettre en pratique! Car l’humilité n’est pas uniquement un truc pour bien converser, c’est avant tout une vertu, c’est-à-dire une habitude enracinée dans l’être intime et qui dénote une certaine sagesse. Les vrais humbles ne courent pas les rues!

Il m’a été donné, récemment, d’en faire l’expérience. À un ami de Facebook qui avait présenté son interprétation personnelle (et un peu farfelue, avouons-le) d’un texte biblique, je crus bon lui signifier ma désapprobation. Quelle ne fut pas ma surprise, le lendemain, de le voir retirer son texte en avouant avoir besoin de le retravailler. Humilité, sérénité, simplicité … tout était au rendez-vous!

« J’écoute: que dira le Seigneur Dieu? » (psaume 85, 9). Qu’est-ce que la contemplation, le silence monastique, sinon une écoute du Seigneur? Écouter pour comprendre. La Vierge Marie ressassait en elle-même les faits et paroles de son Fils pour y découvrir leur sens profond (Luc 2, 19). Saint Paul invitait les chrétiens à renouveler leur jugement et à discerner la volonté de Dieu dans leur vie de chaque jour (Romains 12, 2); un discernement qui  présuppose une écoute et une certaine réflexion. Le chrétien doit donc écouter de ses deux oreilles, à savoir, non seulement avec prudence et humilité mais aussi avec ce don reçu qu’est la Foi.

Contemplata aliis tradere (transmettre aux autres les fruits de la contemplation) avaient comme devise les premiers religieux Dominicains. Ces frères prêcheurs ne faisaient que suivre le conseil du Christ: « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour; et ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits » (Matthieu 10, 27). En effet, toute écoute chrétienne authentique ne peut que devenir missionnaire et apostolique.

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Entrer en Jésus … pour qu’il entre en nous!

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« Il nous faut donc entrer en Lui et le rejoindre en son être intime; et Lui, de son côté, doit entrer en nous et venir occuper le fond de notre être ». C’est ainsi que s’exprime dom Guillerand dans son commentaire du discours de Jésus sur le Pain de vie ( Jean 6, 51 ss ). Au lendemain de la Fête-Dieu, relisons avec intérêt quelques pensées très personnelles de ce chartreux sur l’importance de la communion eucharistique:

« En vérité, en vérité, je vous le dis: si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jean 6, 53). On n’admire pas assez les discours de Notre-Seigneur. Ils se déploient avec une telle plénitude qu’on ne la remarque pas; il en est de sa parole comme de sa vie: la simplicité en masque la perfection et la beauté. Cherchez, a-t-il dit à ses auditeurs, un aliment qui demeure et donne de vivre à jamais. Demandez-moi cela, et non un aliment matériel qui refasse vos corps chaque jour et qui vous laisse dans la vie périssable de la matière. Ce pain, vous l’avez. Le Père vous l’a donné; je suis ce pain; si vous entrez en moi par la foi, vous l’y trouvez et vous êtes à l’abri de l’usure; vous n’aurez plus ni faim ni soif; vous ne mourrez plus, et même vos corps participeront au dernier jour à cette vie qui demeure.

Mais il faut me manger. Comment cela? En prenant ma chair, en vous unissant à moi dans la chair, comme je me suis uni à vous quand je l’ai prise. Je suis descendu, il faut que vous remontiez; je suis descendu par elle; vous devez remonter par elle. Entrez dans ma chair ⌈par la communion eucharistique⌉ et vous trouverez le Père, le principe de vie qui me la communique, vous accueillerez le souffle de vie par lequel il m’engendre, et vous vivrez de cette vie.

Vous ferez ce que je fais, vous vous donnerez comme je me donne. Vous donnerez votre esprit en croyant; vous donnerez votre volonté en aimant; vous donnerez votre sensibilité en réalisant votre foi et votre amour. Vous vous donnerez parce que l’Esprit d’amour qui m’unit au Père sera en vous, et vous unira à moi comme je m’unis à lui. Vous ferez ce que je fais comme je fais ce que fait le Père. Nous ne ferons plus tous que nous donner mutuellement: et c’est la vie éternelle. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 293 s)

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Tantum ergo sacramentum!

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« Un si grand sacrement! » La fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ (ou Fête-Dieu) ne laisse pas indifférents les catholiques de tous âges. Loin d’être une simple répétition de la fête du Jeudi Saint (institution de l’Eucharistie), elle est une affirmation solennelle de la Présence permanente du Seigneur dans son sacrement d’amour. Face aux hérétiques des 12e-13e siècles qui niaient ou limitaient cette présence, l’Église romaine a senti le besoin d’y répondre par l’institution, en 1264, d’une fête grandiose avec procession et adoration publiques.

Voici quelques strophes de la séquence Lauda Sion  composée pour la messe de cette fête, à la demande du pape, par cet éminent théologien que fut saint Thomas d’Aquin:

« C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang.

Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature.

L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin.

Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces.

On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser; il est reçu tout entier.

Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître.

Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. (…) 

Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens.

D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé. par la manne de nos pères.

Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. 

Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie des saints. Amen. »

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Joyeux de ne pas comprendre

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Après avoir célébré la fête de la Très Sainte Trinité, il peut s’avérer intéressant de connaître la réaction du contemplatif hors pair que fut dom Augustin Guillerand face à la transcendance divine. Sans entrer dans ses explications profondes et quelque peu techniques de la vie intime des Trois Personnes, voici ce qu’il pense du mystère de la Nature divine:

« A-t-on dit ce qu’est Dieu? On a dit seulement ce qu’il n’est pas. C’est tout ce que l’on peut faire. Nous ne devons pas nous en plaindre; nous devons-nous en féliciter. Car définir un être c’est en indiquer ses limites; or il est l’Infini. Cela doit nous ravir et éternellement cela nous comblera. Nous pourrons le contempler sans fin, et sans fin nous découvrirons en lui des perfections et des beautés nouvelles, et sans fin il nous apparaîtra  aussi inconnu, aussi inexploré et aussi attrayant que si l’œil de nos âmes, agrandi par la clarté du ciel, se levait sur lui pour la première fois. (…)

Où donc est le mystère des Trois qui ne font qu’Un? Le mystère est dans le fini; dans l’étroitesse de notre esprit borné en face de Dieu sans bornes. Le mystère, c’est la lumière du soleil que nos yeux ne peuvent percer; le mystère est l’éblouissement. Je ne puis enfermer en moi ce qui est plus grand que moi. En moi, je ne vois qu’une personne, j’en conclus: une nature ne peut être qu’une personne, trois personnes dans une seule nature, impossible. Impossible? Non, mais mystérieux à mon esprit. Je puis dire: je ne comprends pas, je ne puis pas dire: cela n’est pas. (…)

Même au ciel nous ne comprendrons pas entièrement Dieu. Comprendre, c’est prendre en soi, c’est tenir, contenir. Or Dieu déborde notre esprit. Nous le verrons; il surélèvera notre esprit pour accueillir sa propre Lumière. Mais il n’entrera pas dans notre esprit avec son infinité. Il se proportionnera à la mesure bornée de notre faculté surélevée. Océan infini, dont le fond recule à mesure qu’on avance, dont la largeur s’étend sans fin. Notre gloire et notre joie seront précisément d’avoir un Père qui nous dépasse à l’infini. Nous jouirons ainsi de ce que nous ne comprenons pas; nous exulterons de ne pas comprendre. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 257 ss)

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Au seuil de l’abîme …

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Parler de Dieu, même à l’aide des lumières reçues de la Révélation, peut sembler une tâche à tout le moins prétentieuse si ce n’était, aujourd’hui, la fête de la Très Sainte Trinité; étant prêtre, noblesse oblige!

DIEU. Autrefois, le simple mot suscitait respect et dévotion … aujourd’hui, beaucoup préfèrent n’en pas parler car la gêne suscitée risque d’incommoder les interlocuteurs. Dans nos sociétés occidentales, le mot est quasiment tabou dans les sphères politique et culturelle.  Et pourtant, Dieu existe depuis toujours et il n’est pas prêt à disparaître! Plusieurs philosophes païens ont su discerner son existence à partir de la Nature mais il aura fallu une intervention de Dieu lui-même dans l’histoire de l’homme pour consolider la foi en son existence: révélation juive d’abord, puis révélation  chrétienne.

CRÉATEUR. Car le Dieu en qui nous croyons n’est pas n’importe quel Être mystérieux, il est à l’origine et à la fin de toutes choses: Α et Ω (alpha et oméga, première et dernière lettre de l’alphabet grec).  Donc, Dieu est nécessairement unique, selon le bel énoncé: « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur » (Deut 6, 4). Jésus, dans l’Évangile, n’a-t-il pas lui-même cité ces paroles du Deutéronome en ajoutant la suite du texte « et tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, etc. »? Car l’amour appelle l’amour! Créatures, nous ne pouvons que rendre grâce à cet Être mystérieux qui nous a partagé non seulement l’existence mais aussi la connaissance et la faculté d’aimer.

UN DIEU EN TROIS PERSONNES. « C’est ici que les affaires se corsent » dirait mon ancien professeur. Avouons que cette révélation extraordinaire s’est faite progressivement dans la communauté chrétienne, tout au long du premier siècle jusqu’à la mort du dernier Apôtre. Les épitres et les évangiles laissent soupçonner, en effet, une précision graduelle du dogme des trois Personnes divines grâce au travail de l’Esprit Saint, tel que promis par Jésus ( « Il vous conduira dans la vérité toute entière » Jean 16, 13 ). En continuité avec l’Ancien Testament, Jésus nous a parlé plus à fond de la paternité et de l’infinie miséricorde du Père.  Fils de Dieu, image de cet Être invisible (Col 1, 18), il s’est également dit « le chemin » vers le Père. Et c’est précisément dans ce cheminement spirituel que se précisent l’existence et le rôle indispensable de l’Esprit Saint dans notre vie d’enfant de Dieu; animation vitale confirmée par la belle définition paulinienne du chrétien: « Tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu » (Romains 8, 14).

« Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant … en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu … en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie … ». Cette formulation fondamentale de notre foi chrétienne a nécessité, au 4e siècle, deux conciles œcuméniques (Nicée et Constantinople) afin de bien établir ce que la Tradition nous avait transmis: un Dieu en trois Personnes! Mystère de foi plus facile à vivre qu’à expliquer, avouons-le! Enfants de Dieu, puissions-nous vivre à fond ce mystère par une grande fidélité à l’enseignement du Christ, sous la sage direction de l’Esprit Saint. Amen!

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La vie est une bataille!

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La vie sur terre est une bataille … rien de plus évident pour qui l’a vécue quelque peu.  Mais qu’en est-il de la vie spirituelle et plus particulièrement de la vie de prière? Laissons à notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, le soin d’y répondre adéquatement:

« Dieu veut faire circuler en nous son Esprit qui est amour ou don de soi, et il nous trouve entre les mains d’un autre esprit qui est égoïsme. Ce négatif doit disparaître. Il ne cède qu’à la lutte. La vie est une bataille: la bataille de Dieu contre le mal. Une âme où on ne se bat pas est une âme perdue sans espoir. Une âme qui ne prie pas est une âme battue sans combat. La paix règne en elle, mais c’est la paix des pays soumis par l’envahisseur et résignés à sa domination.

Ce qu’il faut reprocher aux écrivains spirituels, ce n’est pas de se répéter, c’est plutôt d’avoir peur de le faire. Nous vivons à une époque de savoir plus que d’intelligence. La raison et la mémoire sont à l’honneur; on écrit pour elles, pour les emplir de notions; on ne songe plus à enrichir son âme et à approfondir sa vie. Nous sommes à l’ère des ouvrages de vulgarisation et des articles de revue; il faut être au courant de tout et pouvoir dire son mot sur le dernier ouvrage ou la découverte la plus récente. Les esprits ressemblent à ces parterres artificiels des jours d’apparat où l’on dispose des fleurs dont on jouit sans les avoir cultivées, sans savoir leur nom … et qu’on aura oubliées demain.

La prière, sa nécessité, sa grandeur, les immenses bénéfices qu’elle procure, sa douceur féconde, la gloire qu’elle assure à Dieu, son rôle dans le monde … il ne faut pas seulement avoir lu et compris cela un jour, il faut y revenir sans fin, se le redire à chaque instant et en vivre. Ainsi font l’Esprit Saint dans la bible, l’Église dans ses offices, les saints dans leurs oraisons quotidiennes et leurs incessantes méditations. Il nous faut remonter sans cesse de la beauté des choses à la Beauté essentielle d’où elles procèdent, de la faiblesse de notre nature tombée à la forte tendresse de Celui qui s’est fait notre Rédempteur et qui s’offre à nous reprendre en lui, de la continuelle menace que le monde et le démon font peser sur nous au continuel secours dont nous enveloppe Celui qui veut nous arracher à leur tyrannie. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 16 s)

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Exulter de joie en Dieu?

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La Vierge Marie au matin de Pâques  (Zeffirelli)

En cette toute fin du temps pascal, alors que, dans notre société, s’amorce timidement le déconfinement tant attendu, l’Église, elle, s’ouvre spirituellement (et  physiquement en certains endroits) à la joie de la Pentecôte!

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur »  s’exclamait la Vierge lors de sa visite à sa cousine Élisabeth (Luc 1, 46) … et il est probable qu’elle expérimenta cette même exultation au matin de Pâques ainsi qu’au soir de la Pentecôte! La joie spirituelle est un fruit de l’Esprit. Il ne s’agit pas de l’enthousiasme passager que peut susciter l’écoute de la Parole et qui disparaît souvent dans l’épreuve. La véritable joie spirituelle des croyants est plus profonde et elle se manifeste souvent dans les difficultés de toutes sortes qui exigent générosité et fidélité. Cette joie, que le monde ne peut connaitre ni même désirer, découle de la foi éprouvée! Ainsi, les Apôtres ne cessent-ils de surabonder de joie dans leurs épreuves : « Dans la mesure ou vous participez aux souffrances du Christ, dit saint Pierre, réjouissez-vous » (2 Pierre 4, 13); « Tenez pour une joie suprême, mes frères, d’être en butte à toutes sortes d’épreuves » ( Jacques 1,2); « Je surabonde de joie dans toutes nos tribulations », avoue saint Paul ( 2 Cor 7, 4).

WOW! Déçus peut-être?? Ce fruit de l’Esprit n’est donc pas quelque chose de passager qu’on pourrait obtenir automatiquement à la fin d’une neuvaine! Ce temps de prière, qu’est une neuvaine, prépare le cœur à quelque chose de bien plus robuste et de bien plus grand: le don d’une charité rayonnante qui pousse à sortir du cénacle de notre confort personnel! On aime  penser à la Vierge Marie dont le cœur fut transpercé d’un glaive au Calvaire mais qui expérimenta, par la suite, la joie de l’enfantement de l’Église. On comprend mieux également notre propre joie à la Pentecôte, celle qui nous inspire à vivre pleinement notre vie d’enfants de Dieu. Notons que cette joie spirituelle ne saurait exister sans une conversion de tout soi-même dans la recherche quotidienne du plus parfait: « Ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en-haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en-haut, non à celles de la terre »  (Colossiens 3, 1-2).

Le temps de la Pentecôte (appelé maintenant «  temps ordinaire ») s’échelonnant sur 34 semaines, je ne puis que vous souhaiter, à vous tous, la joie d’une constante recherche des choses qui plaisent à Dieu! 

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