Une messe célébrée en mon âme?

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Dans son opuscule Liturgie d’âme, dom Guillerand veut aider sa sœur, âgée et infirme, à s’unir à la messe dominicale de sa paroisse. Pour ce faire, il lui propose un monologue spirituel tout inspiré d’amour, de désirs et d’actions de grâce:

« Mon Dieu, je n’irai pas dans votre demeure de pierre aujourd’hui: je suis immobilisée dans la mienne et grande est la distance qui les sépare.

Votre vraie demeure c’est notre âme et c’est notre amour; « Si quelqu’un m’aime, avez-vous dit, il garde mes commandements et nous viendrons en lui et nous y demeurerons » (Jean 14, 23). Mon âme est donc un sanctuaire où vous résidez, Je puis vous y rejoindre, vous adorer, vous aimer, vous parler, vous dire mes besoins, ma faiblesse et aussi, pourquoi pas, mes bons mouvements et mes efforts. Je puis vous confier mes petites peines et les unir aux vôtres qui furent si grandes; je puis m’offrir à vous, avec tout ce que j’ai d’être et de vie, pour que vous fassiez de moi ce que vous voudrez … Je suis si sûre que ce que vous en ferez sera mon plus grand bien et votre plus grande gloire! Je puis vous demander de vous donner à moi, de me communiquer ces vertus qui me manquent et que vous possédez si parfaitement. Vous aimez tant cela, vous donner! Car vous êtes l’Amour même, c’est-à-dire le don de soi.

S’offrir, se sacrifier, se donner, n’est-ce pas là ce qui se fait à la messe? Offrande, immolation, communion. Je puis donc assister à une messe dans le temple de mon âme. Elle sera dite par vous et pour moi seule! Elle sera une heure douce et féconde dans la silencieuse solitude de mon dimanche. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 108)

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Ces Papes qui dérangent …!

 

Léon XIII  (1878 – 1903)                                              François  (2013 –     )

Ma vie d’ermite urbain ne se déroule pas en vase clos mais dans le monde d’aujourd’hui. En tant que catholique, je ne puis faire abstraction de l’Église dans laquelle je vis … de ses joies et de ses problèmes. Comme tout internaute, je suis bombardé quotidiennement de fake news, surtout en ce qui concerne le pape François: pape qui donnerait plus d’importance à l’immigration et à l’environnement qu’à la religion, pape hérétique qui serait ouvert à toutes les erreurs modernes, pape qui voudrait annuler le célibat des prêtres, etc. etc. Qu’en est-il vraiment de tout ça?

Il y a 2000 ans, un jeune prophète juif dérangeait ses coreligionnaires en leur enjoignant d’aimer leurs ennemis (à l’encontre de plusieurs psaumes qui imploraient  la vengeance divine). L’apôtre Pierre dérangeait lui aussi ses frères de Jérusalem en fraternisant avec des païens, des non-circoncis (Actes 11, 1-18). Au cours de l’histoire, on a vu des saints papes (Léon et Grégoire  le Grand, 4e et 5e siècle) quitter leurs occupations ordinaires et prendre les moyens nécessaires pour défendre la ville de Rome contre l’invasion des Barbares. Au 16e siècle, le pape saint Pie V incita  les pays catholiques d’Europe à se liguer  contre une imminente invasion turque; ce qu’ils firent victorieusement à la bataille de Lépante, en 1571. Et pourtant, que de critiques de la part des bien-pensants qui voyaient d’un mauvais œil toute action papale hors de la sacristie. 

À la fin du 19e siècle, face à la montée d’une industrialisation sauvage qui asservissait les classes les plus pauvres, le pape Léon XIII écrivit une encyclique sur la « question ouvrière », Rerum novarum. Comme le fait remarquer Lucio Brunelli (Oss. Rom. 2019, n. 43), aucun pape avant lui n’avait consacré un document magistériel solennel à une question  socio-économique. Aux catholiques de l’époque, il a pu paraître étrange de lire dans une encyclique des recommandations sur la nécessité d’un salaire minimum, d’une limite à l’horaire de travail et de conditions plus décentes pour le travail des enfants (en 1891, en effet, on pouvait légalement faire travailler des enfants de 10 ans!). Il faudra, ajoute Brunelli, attendre 20 ans après Rerum novarum pour que la loi fixe à 8 heures la limite maximum d’une journée de travail. Léon XIII était loin d’être un pape révolutionnaire mais cela lui valut néanmoins d’être étiqueté par certains de « Pape socialiste ».

La sauvegarde de la création peut apparaître aujourd’hui moins dramatique que la question ouvrière au 19e siècle, mais (toujours selon Brunelli) les effets des catastrophes environnementales et des changements climatiques bouleversent déjà la vie de millions de personnes sur la planète. Saint Jean-Paul II, en 1990, signalait les signes avant-coureurs de nouveaux phénomènes climatiques préoccupants et le pape Benoît XVI, dans un discours en 2011,  affirmait sans ambages que « quelque chose ne va pas dans nos relations avec la nature ». Pourquoi Laudato si? Pourquoi le pape François s’occupe-t-il des changements climatiques, de biodiversité, de plastique et d’Amazonie? Si l’Église se taisait, elle pourrait être appelée un jour à rendre compte de ses silences, non pas au tribunal des médias, mais à celui de sa conscience. La voix de l’Église est une voix humble, politiquement impuissante mais objectivement libre et crédible. Remercions Dieu de nous avoir donné, en François, un pape éclairé, courageux et fidèle à sa mission de Pasteur universel.

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Le dimanche comme remède à l’oubli de Dieu

 

En 1928, dom Augustin Guillerand, jeune prêtre français entré depuis quelques années à la chartreuse de La Valsainte (Suisse), écrivit un opuscule Liturgie d’âme à l’intention de sa sœur, personne âgée et infirme qui ne pouvait plus se rendre à l’église. Son intention était de l’aider à s’unir aux Offices célébrées ce jour-là à la paroisse. Voici, pour aujourd’hui, un extrait de l’avant-propos qui traite de l’importance du dimanche, jour consacré au Seigneur:

« Le Dimanche est le jour du Seigneur. Le Maître, qui a fait les choses mobiles et le mouvement que le temps mesure, s’est réservé ce jour-là. Il aurait pu se les réserver tous: toute la durée des choses et toutes les choses qui durent lui appartiennent. Il a limité ses exigences à une journée par semaine. (…) À côté de quelques âmes pour qui Dieu est le compagnon aimé, qui peuple tous les lieux et anime toutes les choses, combien malheureusement pour qui il est le grand méconnu et le grand oublié. Le Dimanche est le remède à cette misère. (…) Le Père rappelle qu’il est le Maître; et le Dimanche est son bien réservé.

Par delà l’ordre du Maître, les doux appels du Père retentissent et invitent les âmes à des relations plus nombreuses et plus étroites. Lectures privées, cérémonies publiques, récitations du chapelet, chant des Vêpres, salut et bénédictions du Saint-Sacrement, ce sont autant de moyens que l’Église offre ou recommande à ses fidèles pour que la journée du Dimanche soit vraiment une journée passée à l’église, foyer  de notre Père des cieux. 

Ce ne sont pas les seuls. Chaque âme peut en découvrir, en préférer, en employer d’autres qu’elle trouve plus efficaces et plus doux. Sur ce point nulle obligation. Après l’assistance à la Sainte Messe, tout ce qui fait penser à Dieu, tout ce qui dirige vers lui le mouvement de nos cœurs, tout ce qui l’honore, tout ce qui le fait aimer et régner en nous, tout cela est bon, tout cela est occupation dominicale. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 105 s)

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Je suis la VÉRITÉ !

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Au cénacle, la veille de sa mort, Jésus répondant à une question de l’apôtre Thomas affirma solennellement: « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). Magnifique description de lui-même! Si l’on parle souvent, et à bon droit, de Jésus comme chemin qui mène vers le Père ou encore comme celui qui donne la vie éternelle, plus rares sont les commentaires sur Jésus comme vérité. Étrange appellation à vrai dire,  et pourtant lui-même reviendra sur ce terme le lendemain matin, face à Pilate, pour expliquer le but de sa mission: « Je suis venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18, 37).

La vérité est une manne rare. Nous vivons dans un monde blessé par l’incompréhension, l’illusion et le mensonge: nous avons de la difficulté à nous connaître nous-même et encore plus les autres, d’où la multiplication de conflits personnels et sociaux qui sont notre lot de chaque jour. Nos convoitises nous aveuglent et nous blessent et la vérité semble toujours vouloir nous échapper. Il suffit de penser aux fake news qui pullulent, aujourd’hui, dans notre univers médiatique et qui ébranlent si facilement nos liens normaux de confiance mutuelle.

La situation serait-elle désespérée? Non, évidemment, puisque Dieu l’a prévue de toute éternité et nous a ménagé un moyen pour nous en sortir: le Christ! Jésus est venu sur terre pour rétablir la vérité sur Dieu et sur nous-mêmes: le Créateur, loin d’être un Dieu impassible et autoritaire, est avant tout un Père bon et miséricordieux; quant à nous, malgré nos ingratitudes, nous demeurons ses enfants destinés au bonheur éternel. Le Christ est donc venu faire la lumière sur ces deux pôles de notre vie humaine et, pour tout dire, faire le ménage dans notre univers poussiéreux … même si ce travail lui coûtera des souffrances indescriptibles et un don de soi inestimable.

« Je suis venu dans ce monde pour rendre témoignage à la vérité ». Le Verbe incarné étant lui-même Image du Dieu invisible (et donc vérité au sens le plus fort du terme) ne pouvait que désirer rétablir en nous l’image de Dieu déformée par le péché. Son obéissance jusqu’à la mort (et la mort de la croix) était prévue de toute éternité comme témoignage à rendre à la vérité en devenant modèle et source de notre éventuel retour au Père.

« Béni soit Dieu … qui nous a élus en Jésus, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour. » (Éphésiens 1, 4).

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L’essentielle beauté des splendeurs éphémères

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Fin de saison

À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses:

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

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La royauté comme service?

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 Couronnement de la Vierge (Fra Angelico)

Le corollaire de l’Assomption de la Vierge est évidemment son Couronnement au ciel. Mais ce qui peut être vu par certains comme quelque chose d’assez banal («récompense» pour services rendus, ou encore «dignité» attribuée à la mère du Roi) dépasse  en réalité tout ce qu’on peut imaginer, même  la promesse faite aux  Apôtres: « Vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël » (Matthieu 19,28). L’Église l’a vite compris, elle qui a vu dans ce geste symbolique du couronnement une association officielle de Marie à l’œuvre de son Fils, œuvre qui perdure encore aujourd’hui. Restant sauve l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes, la Vierge a toujours été honorée dans l’Église comme la Mère des fidèles et la Reine du Ciel, elle dont la toute-puissance réside non dans son être propre mais dans sa prière maternelle.

Répondant à une demande intempestive des jeunes apôtres,  Jacques et  Jean, à l’effet  de se faire attribuer (ni plus ni moins) les  premières places  dans le Royaume à venir, Jésus affirma clairement que les premiers dans le Royaume sont ceux qui se font  les serviteurs de tous: « Celui qui voudra être le premier d’entre vous, se fera votre esclave » (Matthieu 20,27). Remarquons qu’en Jésus, Dieu lui-même s’est fait notre serviteur et cela illustre de façon décisive cette règle générale du Royaume. Il est bon également de se souvenir que les anges, ces esprits célestes de beaucoup supérieurs à nous,  nous sont quand même attribués comme gardiens célestes. Il est donc tout à fait convenable de voir Marie dans ce rôle de service auquel la convie sa dignité royale;  quoi de plus normal d’ailleurs pour celle qui se disait déjà sur terre «la servante du Seigneur».

Le royauté de Marie, loin d’être une dignité statique,  est donc un service qu’elle assume avec toute la tendresse maternelle qu’on peut imaginer. Déclarée «mère» au pied de la croix, elle ne cesse d’accompagner ses enfants par sa toute-puissante intercession. Quelle consolation pour nous, mais aussi quelle révélation du genre de vie qui nous attend au Ciel, car vivre avec Dieu c’est vivre avec Celui dont Jésus disait qu’il travaille toujours (Jean 5,17), occupation privée évidemment du caractère pénible que nous lui connaissons ici-bas.

La vie au Ciel,  loin de nous apparaître comme un éternel repos dans un immense dortoir, se présente donc à nous comme quelque chose de dynamique: un banquet,  un échange de services où la charité est primordiale! «J’entre dans la vie» s’écriait la petite Thérèse sur son lit de mort … et la pluie de roses ne se fit pas attendre!

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Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

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En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens décédés, et spécialement pour ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort? de la prière pour les défunts? de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout par le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Gardons-nous cependant d’en faire une fournaise en bonne et due forme … il s’agirait plutôt de l’amour du Père nous purifiant jusqu’à ce qu’il parvienne à nous enflammer d’amour.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de ces fidèles. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort ne fait plus un mort mais un vivant. Et, comme le remarque le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cette échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

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Marcher la main dans la main

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Marcher la main dans la main nous renvoie aux amoureux, au jeune enfant qui accompagne sa maman, à l’aveugle qui s’agrippe à son compagnon. Amour, confiance, sécurité: autant de motifs qui peuvent nous inciter à nous appuyer sur une autre personne. N’est-ce pas là le fondement de toute société …  une solidarité basée sur la confiance et l’entraide mutuelles?

 En la veille de la fête de la Toussaint (1er novembre), quoi de plus merveilleux que de se rappeler cette belle et unique solidarité qui fonde l’Église: la communion de tous les baptisés entre eux! En contemplant la fresque du Jugement dernier par Fra Angelico, je remarque la joie et la bonne entente qui règnent sur le visage de ces personnes qui viennent de se faire dire:« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Matthieu 25, 34). Cette bonne entente n’est évidemment  pas nouvelle pour eux puisqu’ils l’ont vécue durant leur vie terrestre, bon an mal an. Notons également que cette charité fraternelle ne vient pas vraiment d’eux mais plutôt de Celui qu’ils ont servi dans la foi et qui leur a donné en retour son Esprit Saint. Cette aide céleste, absolument gratuite, me semble rappelée par la présence des anges gardiens qui les accompagnent dans cette joyeuse farandole.

La fête de la Toussaint est donc le triomphe de l’Amour miséricordieux dans notre vie personnelle et dans celle de tous nos frères et sœurs; elle est également l’annonce du triomphe final du Bien sur le Mal. Bienheureux, oui, mille fois bienheureux, ceux qui participeront aux noces de l’Agneau dans le Royaume!

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Notre assimilation au Christ

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Il faut le dire, et même se le redire souvent: le Plan de Dieu sur nous est extraordinaire et dépasse notre entendement … et c’est normal, puisque Dieu lui-même est un Être unique et tellement mystérieux que nous aurions de la difficulté à nous l’imaginer sans l’aide de la Révélation. C’est justement grâce à la Révélation, transmise par la création et par les interventions divines dans l’histoire humaine, que nous pouvons discerner Dieu. Notre faiblesse elle-même lui devient une « excuse » pour nous unir à lui et nous acheminer à la pleine connaissance de son Être.

Chaque matin, après avoir célébré la sainte messe, je me sens de plus en plus attiré à unifier mes pauvres aspirations en un unique mouvement, une personne, le Verbe fait chair. J’ai la nette impression que, de toute éternité, Dieu voulait nous partager son bonheur en nous unissant à Lui par l’entremise de son Fils. Création, Incarnation, Rédemption … autant d’étapes qui ont préparé notre union à l’Homme-Dieu. C’est dans cette optique que Jésus a inventé l’Eucharistie … question de se faire assimilableQui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui »). La communion eucharistique devient ainsi le moyen idéal pour réaliser ce projet: unir le croyant  au Christ … et, non seulement à lui, mais aussi à son beau geste d’amour effectué sur la Croix (car nous communions à un corps «livré» et à un sang «versé»). Et qu’est donc cette dernière offrande totale de lui-même sinon la répercussion dans le temps de son élan éternel  vers le Père.

A la fin de sa vie, Charbel Makhlouf (moine maronite du 19e siècle et patron de mon ermitage) a été victime d’un AVC en célébrant la messe; alité durant huit jours dans un état semi-comateux, ce moine ermite ne cessait de répéter les mots de la prière de la messe qu’il avait dû interrompre, prière récitée après la consécration: « Ô Père de vérité, voici votre Fils victime pour vous plaire ».  Avec son biographe, j’y vois le résumé de toute sa vie: une vie d’assimilation progressive à  Jésus pour en arriver à ce que leurs deux êtres soient intimement unis dans une même offrande et un même amour du Père. Que, du haut du Ciel, saint Charbel daigne veiller sur nous et faciliter notre processus d’assimilation à Celui qui demeure, encore aujourd’hui,  l’unique Chemin qui mène vers le Père.

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Seuls les PETITS entreront au Ciel

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« Lorsque j’étais enfant, déclarait Paul aux Corinthiens, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant; une fois devenu homme, j’ai fais disparaître ce qui était de l’enfant » (1 Corinthiens 13, 11). Et à bon droit, puisque la maturité humaine ne s’acquiert qu’en délaissant les tâtonnements de l’enfance! Comment Jésus peut-il nous inviter à redevenir « comme des enfants » et en faire une condition essentielle pour entrer dans le Royaume de Dieu (Matthieu 18, 3)?

Tout d’abord, soyons clairs, seule la Foi (don d’en haut) peut nous ouvrir à la réalité de Dieu; en son absence, nous en resterions encore avec ce que la Bible appelle « un cœur malade et compliqué », incapables de saisir que la difficulté vient de notre nature blessée plus que de l’objet contemplé. Si Jésus est venu sur terre, c’est précisément pour nous guérir de cette cécité spirituelle; voila pourquoi  il se dit si souvent « la lumière du monde ». Nous sommes donc dépendants de ce rayon lumineux qui ne peut venir que du Christ « livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Romains 4, 25). Encore faut-il que cette lumière, cette foi chrétienne, puisse rayonner dans un cœur humble et réceptif!

Les Apôtres, ambitieux par nature, se demandaient souvent lequel d’entre eux serait le plus grand dans ce mystérieux royaume dont parlait leur Maître. Pour répondre à cette question, somme toute assez légitime, Jésus appela un jour un petit enfant et le plaça au milieu d’eux. Admirons cet enfant, inconnu mais obéissant, qui se laisse ainsi utilisé par un étranger; et c’est justement sa candeur et sa confiance innée qui vont servir d’exemple et … de réponse! Le Royaume des Cieux nous étant inaccessible (car au dessus de nos forces), la seule façon d’y entrer est de l’accepter dans une totale confiance en Dieu, sans questionnement superflu. Et, en plus, cette confiance se trouve être non seulement la condition d’entrée mais aussi l’élément essentiel  de la vie bienheureuse.

Le plus grand dans le Royaume? Tout d’abord le Verbe éternel  (totalement transparent et adapté au Père), puis les anges et les saints parmi lesquels, de façon toute spéciale, la Vierge Marie (amoureusement soumise au Seigneur). Mais le plus grand, c’est aussi celui qui vit de cet amour en se faisant le serviteur des petits: en tout premier lieu, le Verbe (venu sur terre pour servir et non pour être servi), puis les anges (nos fidèles accompagnateurs) et les saints parmi lesquels, encore une fois,   la Vierge Marie (Mère de l’Église).

Un cœur humble et réceptif, un cœur d’enfant, voilà donc l’attitude requise pour entrer et vivre dans l’éternité bienheureuse. Un cœur où l’amour de Dieu et du prochain nous apparente au plus haut point à Celui qui est essentiellement Amour et Miséricorde. Amen!

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