Chanter les merveilles de Dieu est un devoir!

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En 1928, dom Augustin Guillerand, chartreux de la Valsainte (Suisse), rédigeait pour l’une de ses sœurs que sa santé retenait souvent loin de l’église du village une sorte de méditation sur la messe et les vêpres; ainsi, pensait-il, la malade pourrait participer spirituellement aux offices du dimanche. En voici un extrait qui, je l’espère, pourra nous donner le goût de célébrer nous aussi les merveilles du Seigneur:

« La terre est le pays de la foi qui prépare la vision. Croyez cela, croyez avec tout votre cœur, croyez et aimez, et déjà dans les parts profondes de vous-mêmes, vous serez unis à la louange éternelle que se donnent mutuellement les Trois qui ne font qu’Un. (…)

Seigneur, je vous découvre dans les créatures que vous avez faites et je vous trouve dans les événements que vous dirigez. Tout cela est merveille de votre tendresse. Vous avez multipliez des merveilles pour le peuple juif et vous lui avez accordé des privilèges uniques. La délivrance d’Égypte, la manne du désert, la Loi et l’Alliance tout à fait spéciales, dont vous l’avez honoré, réclament sa reconnaissance et sa louange. (…) Depuis la venue de mon Seigneur Jésus, le peuple élu c’est nous, ce sont les fidèles et les magnificences du divin amour se continuant sous une forme plus belle encore. Le rachat, la libération d’une tyrannie très dure, l’aliment céleste, la victoire sur nos passions, la conquête de la terre de nos âmes, l’accord avec vous, toutes ces merveilles de l’Ancienne Loi, vous les avez renouvelées en notre faveur. Les chanter, vous en bénir est un devoir. Il m’est doux de consacrer ma soirée du Dimanche à l’accomplir. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 142 s)

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Savoir pardonner de façon … charitable!

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« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »  (Luc 23, 34)

De tous ceux qui croient en Dieu, le chrétien est le seul qui ait reçu le commandement d’aimer ses ennemis … car, disait Jésus, nous sommes tous frères d’un même Père. Encore faut-il pardonner avec des sentiments de charité et non d’amour-propre, en culpabilisant outre mesure ceux ou celles qui ont osé nous insulter! Essayer de comprendre la motivation de nos ennemis n’est pas chose facile et il peut nous paraître plus expédient de leur pardonner tout en les laissant dans, ce qui nous semble être, leur piètre disposition! Jésus n’a pas agit ainsi … et un moine anglais du 12e siècle nous en rappelle le pourquoi:

« Rien ne nous encourage tant à l’amour des ennemis, en lequel consiste la perfection de l’amour fraternel, que de considérer avec gratitude l’admirable patience de Jésus durant sa passion. (…) En entendant cette admirable parole, pleine de douceur, d’amour et d’imperturbable sérénité: Père pardonne-leur, que pourrait-on ajouter à la douceur et à la charité de cette prière? Et pourtant le Seigneur ajouta quelque chose. Il ne se contenta pas de prier, il voulut excuser: Père, dit-il, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils sont sans doute de grands pécheurs, mais ils en ont à peine conscience; c’est pourquoi, Père, pardonne-leur. Ils crucifient, mais ils ne savent pas qui ils crucifient, car s’ils l’avaient su, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. C’est pourquoi, Père, pardonne-leur. Ils pensent qu’il s’agit d’un transgresseur de la Loi, d’un usurpateur de la divinité, d’un séducteur du peuple. Je leur ai dissimulé mon visage, ils n’ont pas reconnu ma majesté. C’est pourquoi, Père, pardonne-leur; ils ne savent pas ce qu’ils font.  (Le Miroir de la Charité, d’Aelred , abbé cistercien de Rievaulx, III, 5)

Si donc « pardonner à notre ennemi » est déjà un acte extraordinaire pour notre pauvre nature humaine, essayer de comprendre la motivation de l’injustice infligée dénote une humilité digne des grandes âmes et d’une véritable disposition à rétablir les liens brisés. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

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Nos épreuves … marque de prédilection?

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De l’aveu de dom Guillerand, la vraie consolation de la vie chrétienne est de pouvoir se tourner vers Dieu et de lui dire MERCI, quelque soit l’état dans lequel nous nous trouvons: bonne ou mauvaise santé, joie ou tristesse, paix ou épreuves de toutes sortes. Voici un extrait de ce qu’il veut dire, sous forme de monologue ou de prière:

« C’est en Jésus que nous faisons cette découverte. Dans toute sa vie, vous nous montrez comment vous, le Père par excellence, le Père qui est tout amour, vous aimez votre Fils unique et comment on peut devenir fils. La croix ne s’oppose pas à l’amour, puisque vous l’avez dressée au terme de sa vie et qu’elle en est le couronnement terrestre. Nos épreuves ne sont donc pas un signe de mécontentement ou d’oubli ou de moindre tendresse de votre part, puisque l’être que vous avez aimé le plus tendrement sur notre terre a été le plus lourdement chargé. Ne sont-elles pas plutôt une marque de prédilection! La grande grâce est l’union à Jésus, et l’union c’est la ressemblance. Comment ressembler à Jésus sans la croix? Il est né, il a grandi, il a vécu pour elle; il en est inséparable. Sans elle, il n’est plus lui. La croix est donc une grâce , la grande grâce.

Jésus crucifié est donc notre consolation, la grande consolation. Et vous, ô Père inexprimablement bon, qui avez poussé l’amour jusqu’à nous le donner, soyez béni de ce don qui change toutes nos peines en joies! Soyez béni pour vous être incliné par votre Fils et en lui jusqu’à notre misère et pour avoir engendré sur notre terre, par ce geste et par ce don de vous-même, cette forme spéciale de l’amour qui s’appelle MISÉRICORDE. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 154)

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Le malheur … un don de Dieu?

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Après avoir tout perdu, richesse, enfants et santé, Job assis sur son tas de fumier se fait dire par sa femme: «Maudis Dieu et meurs!».  Et lui de répondre: « Tu parles comme une folle! Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur! » (Job 2, 10).  Job n’est pas théologien mais, sans avoir d’explication rationnelle à son malheur, il sait pertinemment que tout dépend de Dieu et que la révolte ne réglerait rien. Qui de nous n’est pas confronté un jour ou l’autre à un malheur qui  nous semble sinon cruel du moins totalement immérité? Et en l’absence de madame Job …  le diable  la remplace très bien en nous inspirant des pensées de révolte ou même de désespoir. Avouons que, même pour nous croyants, l’image de la Bonté de Dieu s’estompe facilement dans certaines situations pénibles et que nous avons peine à croire à une «épreuve» destinée à notre avancement spirituel. Voici ce qu’en dit cet éminent docteur de l’Église que fut saint Augustin:

« Dans son voyage ici-bas, notre vie ne peut pas échapper à l’épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve; personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s’il n’a pas rencontré l’ennemi et les tentations. (…) On lisait tout à l’heure dans l’évangile que le Seigneur Jésus Christ, au désert, était tenté par le diable! Parfaitement! Le Christ était tenté par le diable! Dans le Christ, c’est toi qui étais tenté, parce que le Christ tenait de toi sa chair, pour te donner le salut; tenait de toi la mort, pour te donner la vie; tenait de toi les outrages, pour te donner les honneurs; donc il tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire. Si c’est en lui que nous sommes tentés, c’est en lui que nous dominons le diable. Tu remarques que le Christ a été tenté et tu ne remarques pas qu’il a vaincu? Reconnais que c’est toi qui es tenté en lui; et alors reconnais que c’est toi qui es vainqueur en lui. Il pouvait écarter de lui le diable; mais s’il n’avait pas été tenté, il ne t’aurait pas enseigné, à toi qui dois être soumis à la tentation, comment on remporte la victoire. » ( Homélie sur le psaume 60 )

CONCLUSION: ce que nous entrevoyons comme «malheur» est tout simplement une occasion voulue par Dieu, notre Père, pour nous mieux connaître et une occasion pour notre frère le Christ de nous inspirer une réponse positive en vue de notre croissance. À l’encontre de Job qui ne pouvait que s’incliner devant le mystère, nous chrétiens avons la grâce d’y percevoir un chemin vers la vie éternelle!

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Mon cœur: forteresse ou …ville ouverte?

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Chartreuse La Valsainte (Suisse)

L’attention à Dieu est belle en théorie mais … si difficile dans la vie de chaque jour! Nos saints désirs sont souvent mis à l’épreuve par l’attrait de choses insignifiantes et la paix escomptée n’est plus au rendez-vous. Laissons le chartreux, dom Augustin Guillerand, nous expliquer la difficulté  d’être attentif dans la prière:

« L’attention à Dieu est rare parce que rares sont les âmes qui le connaissent. Le péché nous a détournés de lui; nous vivons en face du créé; les images des créatures nous emplissent l’âme, nous retiennent et rendent l’attention à Dieu difficile. Il faut se retourner; c’est le sens du mot conversion.

La conversion a bien des degrés. Les Saints seuls sont de vrais convertis; seuls ils vont jusqu’au bout de leur mouvement. Ce «bout» c’est un regard qui ne veut plus faire attention qu’à Dieu, et peu à peu, à la suite d’exercices plus ou moins prolongés et avec l’aide de la grâce, ce regard se fixe en lui.

Les créatures (et le démon qui en use) ne se laissent pas évincer sans combat. La vie d’oraison exige des batailles continuelles; c’est le grand effort (et le plus long) d’une existence qui se voue à Dieu. Cet effort porte un beau nom: il s’appelle la garde du cœur. Le cœur humain est une cité; il devrait être une forteresse. Le péché l’a livré. Depuis, c’est une cité ouverte dont il faut rebâtir les murs. L’ennemi se jette sans cesse à la traverse. Il le fait avec son habilité et sa force, avec fourberie et avec fougue. Il présente des pensées si heureuses, parfois si utiles, des images si charmantes ou si redoutables, il enveloppe le tout de raisons si pressantes, qu’il arrive à chaque instant à nous distraire, à nous tirer hors de la divine présence. Il faut sans cesse s’y remettre. Ces reprises perpétuelles, ces recommencements sans fin, plus encore que la lutte proprement dite, nous lassent et nous abattent. Nous préférerions une violente bataille … violente mais définitive. Le bon Dieu ne le veut pas en général. Il préfère cet état de guerre, ces embûches et ces guet-apens, ces précautions et ces vigilances. Il est l’Amour et cette longue guerre exige en nous plus d’amour et le développe davantage. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 23 s)

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Un temps pour manger … un temps pour jeûner!

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« Bien que Jésus t’ait racheté au Calvaire sans ton aide, par contre il ne te sauvera pas sans ta collaboration ». Ces paroles éclairantes de saint Augustin m’ont toujours été comme un phare dans ma vie spirituelle … sage équilibre entre le Salut totalement gratuit d’une part, et l’effort  personnel  à fournir d’autre part. Car la vie éternelle ne nous est pas imposée mais proposée; ce qui suppose une acceptation personnelle! Dans cette optique, le jeûne, si familier à tout bon moine, est également  recommandé par la Bible et la Tradition à toute personne désireuse de s’approcher de Dieu. Jésus lui-même l’a pratiqué au désert avant de le proposer à ses disciples conjointement à la prière et à l’aumône … trois moyens de progresser dans notre vie d’enfant de Dieu en améliorant nos relations avec nous-même (jeûne), avec Dieu (prière) et avec le prochain (aumône).

En ce début de carême, permettez-moi néanmoins de m’attarder sur ce qui me semble prioritaire: la prière! En ces temps d’incertitudes et de scandales de toutes sortes (surtout au niveau ecclésial), notre vision de Dieu risque d’en être sinon oblitérée du moins drôlement affectée. Notre ascèse personnelle (jeûne, aumône, etc.) dépend en grande partie de la vision que nous avons du Créateur.

« Seigneur, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de répulsion pour aucune de tes œuvres; tu fermes les yeux sur les péchés des hommes: tu les invites à la pénitence, et tu leur pardonnes, car tu es le Seigneur notre Dieu » . Cette belle et réconfortante image de Dieu est tirée de la Sagesse (chap. 11), livre biblique écrit environ 50 ans avant la naissance de Jésus. Dans sa prédication, notre Seigneur a précisé cette image en déclarant qu’il était venu dans le monde « non pour les bien-portants mais pour les pécheurs ». En mourant sur la Croix, Jésus a comme signé dans son sang cette lettre d’amour que le Père lui avait confiée à notre égard: DIEU NOUS AIME. De toute éternité, le décret divin de la création n’avait finalement d’autre but que de révéler, par l’Incarnation rédemptrice du Verbe, cet amour miséricordieux du Père pour les humains. Voici comment l’Église résume, pour sa part, ce rôle salvifique de Jésus: « En naissant parmi les hommes, Jésus les appelle à renaître; en souffrant sa passion, il a supprimé nos fautes; par sa résurrection d’entre les morts, il donne accès à la vie éternelle, et par son ascension auprès de toi, notre Père, il nous ouvre le Ciel » (4e préface des dimanches).

Attachés donc à ce Père miséricordieux par le baptême, nous ne pouvons que désirer nous détacher de tout ce qui n’est pas Lui … et c’est là le sens de l’entrainement au combat spirituel que nous entreprenons aujourd’hui. Puissent nos jeûnes, nos prières et nos aumônes, dans les jours qui viennent, prendre une part significative à ce processus de sanctification!

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Se détacher pour mieux s’attacher

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Face à la beauté et à la grandeur du mariage (élevé par Jésus au niveau d’un sacrement), le célibat consacré, surtout dans sa forme monastique, semble poser problème: non seulement au niveau interrelationnel mais aussi au niveau plus ascétique du confort de vie … un style de comportement plus propre à être admiré qu’à être imité! Pourquoi tant de détachement, de solitude, de prière contemplative? La réponse est simple: l’amour! Ce que l’amour du conjoint exige dans le mariage, l’amour de Dieu l’exige dans la personne consacrée. Pour mieux le comprendre, écoutons dom Guillerand nous en parler en prenant comme modèle la Vierge Marie elle-même:

« Il est difficile de parler de Marie. Elle conduit immédiatement aux grandes profondeurs où un mot dit tout… et ce mot n’est pas exprimable par les nôtres. Mais nous ne devons pas craindre de regarder le mystère car c’est un mystère de lumière et d’amour; Dieu veut qu’on le regarde. La Vierge elle-même, si haute qu’ait été sa contemplation, a accepté de suivre nos sentiers obscurs de la vie de foi; nous devons les suivre, comme elle, mais avec elle, la main dans sa main très douce, le cœur dans son cœur très pur et très bon.

La virginité n’est pas le détachement; elle le produit et elle en procède. La virginité est un mouvement qui procède d’une lumière. La Vierge voit Dieu, elle le voit grand et beau; elle est attirée, emportée, elle se meut vers lui, elle s’attache à lui, elle se donne à lui, elle se détache de tout ce qui n’est pas lui.

Le détachement de la Vierge n’est donc que l’aspect négatif de son mouvement; elle ne tend pas à se séparer du créé, elle tend à s’unir à l’Incréé. Voilà pourquoi le créé qui est dans l’Incréé est aimé par elle. Elle se sépare de ce qui pourrait la retenir loin de Dieu. La séparation est un fait, ce n’est pas un but. Le but, c’est l’union. Si pour s’unir il faut se désunir, elle le fait, elle écarte tout ce qui s’oppose à l’union. En un mot, la Vierge aime. L’amour commande tout. L’amour est la fin, la lumière qui montre l’objet aimé, le mouvement qui y conduit, le terme qui le possède. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 283 s)

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« … homme et femme il les créa »

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En ces temps de cafouillage sexuel où chacun veut être reconnu par le grand public comme ayant des droits qui lui sont propres … (je vous fais grâce de la liste de ces mal-aimés qui ne cesse de s’allonger), voici un rappel de l’institution fondamentale qui a traversé les siècles et demeure un incontournable: l’amour conjugal. Le mariage n’est pas l’effet du hasard ou le produit de l’évolution de forces naturelles inconscientes: c’est une sage institution du Créateur pour réaliser dans l’humanité son dessein d’amour. Voici les paroles de ce grand pape que fut Paul VI, paroles prophétiques qui nous donnent l’heure juste à ce sujet:

« L’amour conjugal est avant tout un AMOUR PLEINEMENT HUMAIN, c’est-à-dire à la fois sensible et spirituel. Ce n’est donc pas un simple transport d’instinct et de sentiments, mais aussi et surtout un acte de la volonté libre, destiné à se maintenir et à grandir à travers les joies et les douleurs de la vie quotidienne, de sorte que les époux deviennent un seul cœur  et une seule âme et atteignent ensemble leur perfection humaine.

L’amour conjugal est ensuite un AMOUR TOTAL, c’est-à-dire une forme toute spéciale d’amitié personnelle, par laquelle les époux partagent généreusement toutes choses, sans réserves indues ni calculs égoïstes. Qui aime vraiment son conjoint ne l’aime pas seulement pour ce qu’il reçoit de lui, mais pour lui-même, heureux de pouvoir l’enrichir du don de soi.

L’amour conjugal est encore un AMOUR FIDÈLE ET EXCLUSIF jusqu’à la mort. C’est bien ainsi, en effet, que le conçoivent l’époux et l’épouse le jour où ils assument librement et en pleine conscience l’engagement du lien matrimonial. Fidélité qui peut parfois être difficile, mais qui est toujours possible et toujours noble et méritoire, nul ne peut le nier. L’exemple de tant d’époux à travers les siècles prouve non seulement qu’elle est conforme à la nature du mariage, mais encore qu’elle est source de bonheur profond et durable.

Enfin, l’amour conjugal est un AMOUR FÉCOND, qui ne s’épuise pas dans la communion entre époux, mais qui est destiné à se continuer en suscitant de nouvelles vies. »

(Paul VI, Encyclique Humanae Vitae, D.C. 1445-1446)

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Le triomphe du Chef garantit le triomphe des soldats

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Cimetière monastique (Chartreuse Serra San Bruno, Italie)

« Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi », ces paroles étonnantes (et combien consolantes) de saint Paul s’appliquent également à tout baptisé, quoique dans une mesure différente selon la vie de foi d’un chacun. Notre vie mouvementée nous distrait des vérités de la foi et nous donne souvent  l’impression d’être laissés seuls face à nos obligations. Dans son commentaire du psaume 109/110, psaume messianique par excellence, dom Guillerand en propose une application particulière à tout baptisé appelé, comme Jésus, à boire aux eaux amères de l’épreuve mais aussi à siéger sur le trône glorieux du Messie. Écoutons les paroles de ce chartreux inspiré et … inspirant:

« Oracle du Seigneur à mon seigneur: Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône.  (Psaume 110,1)  Le psaume continue à se réaliser. Il a eu sa première réalisation dans notre divin Chef au jour de l’Ascension; il l’a chaque jour et des milliers de fois par jour dans ses membres. Toute âme chrétienne qui accomplit ses devoirs, domine ses passions, résiste aux occasions du péché et porte sa croix, c’est un nouveau triomphe de Jésus sur ses ennemis; car ce n’est pas cette âme qui le fait, c’est Jésus, c’est l’Esprit de Jésus en elle. Cette âme, elle, suit le dur chemin de la vallée où l’on pleure; elle boit l’eau du torrent qu’alimentent ses larmes. Qu’elle ne se décourage pas; elle est sur les pas de Celui qui a dit: « Je suis la Voie, je suis la Résurrection et la Vie .. Je suis le grain de froment qu’on jette en terre, qui y meurt, mais pour revivre en épis couronnés de nouveaux grains. » Cette âme est un de ces grains, elle fait partie de cette couronne dorée et féconde.

Cependant, elle est encore dans la période des préparations souterraines. C’est le temps des combats. Ses ennemis ne sont pas encore réduits à ses pieds; elle n’est pas sur le trône dont ils seront un jour l’escabeau. Elle n’est pas dans la splendeurs des saints. L’heure du grand rendement de compte où mon Seigneur Jésus apparaîtra resplendissant dans sa gloire n’a pas encore sonné. Elle sonnera un jour, j’en suis bien sûr. Le triomphe du Chef garantit le triomphe des soldats. Les membres rejoindront la tête divine; éternellement ils lui seront unis dans la victoire. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 140 s)

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Mourir ou … s’endormir?

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Catacombe chrétienne à Rome

La mort est un fait universel … et depuis longtemps! Un fait qui, pourtant, est perçu différemment selon qu’on est athée ou croyant: dans le premier cas, la mort est une fin de vie, point final; dans le second (et je pense surtout au croyant chrétien) elle n’est pas réellement une fin de vie mais plutôt un passage, ou mieux une espérance de continuation de vie!  Dans le tout premier écrit du Nouveau Testament (vers l’an 51), l’apôtre Paul fait allusion aux chrétiens décédés comme étant « ceux qui se sont endormis en Jésus » (1 Th 4, 14). Si l’on s’endort c’est donc que le réveil n’est pas éloigné. En utilisant ce terme, Paul ne faisait que refléter la conviction des premiers disciples au sujet de leurs frères et sœurs décédés; aussi, les endroits de sépultures chrétiennes ont-ils été désignés depuis ce temps du beau nom de CIMETIÈRES (mot d’origine grecque signifiant « dortoir »). Et c’est ainsi que se formula le souhait bien connu « Qu’ils reposent dans la paix » (R.I.P. … Requiescant In Pace).

Depuis 2000 ans, la coutume s’est maintenue dans certains ordres monastiques (mais aussi dans plusieurs Églises orientales) de faire allusion à la mort d’un des leurs comme d’un sommeil dans le Seigneur. Ainsi pouvons-nous lire dans cette notice nécrologique: «Notre bien-aimé père, frère et serviteur de Dieu, l’archimandrite P.  s’est endormi dans le Seigneur,  … ». Avouons que cette façon chrétienne de parler de la mort s’est quelque peu estompée dans nos mœurs occidentales.

N’oublions pas, enfin, que la personne humaine est composée de deux éléments essentiels: le corps et l’âme. Si le corps peut être dit se reposer au cimetière (dans l’attente de la résurrection) , l’âme immortelle, quant à elle, ne peut que se reposer en Dieu … d’où le double sens possible au souhait ci-haut mentionné (qu’il repose dans la paix ), selon qu’on l’adresse à la dépouille mortelle ou à la personne elle-même. Quoiqu’il en soit, pour nous chrétiens, cet instant fatidique qu’est la mort humaine est désormais auréolé par celle du Christ … transformé en un passage vers un repos mérité. Espérance merveilleusement bien formulée dans cette hymne en l’honneur des personnes consacrées:

« Et maintenant voici le grand repos dans la lumière d’un bonheur accueilli;                                 vous contemplez le Père,  frères et sœurs élus dans le Christ,                                                             et son amour offert à tous les hommes. »

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Cette lumière qui éclaire le monde de Dieu

7d

Chapelle de la chartreuse de La Valsainte  (Suisse)

Quelle est cette vie divine qui nous habite? Nous ne pourrons jamais l’expliquer totalement ici-bas mais nous essayons quand même d’en parler … et nous faisons bien, car cet effort indique combien cette réalité nous intéresse. Laissons dom Guillerand lever le voile un tant soit peu sur ce mystère, alors qu’il utilise (dans un sermon à ses frères chartreux) des comparaisons qui donnent quelque idée de cette réalité:

« Entrez dans cette chapelle en pleine nuit; tout ce que vous voyez d’habitude est là, l’autel et ses ornements, les statues, les tableaux, les bancs, la disposition des choses, mais vous ne les apercevez pas. Il manque la lumière. Pressez le bouton électrique et en un instant ils vous apparaissent. La lumière fait voir ce qui est.  La lumière nous met en rapport avec les choses; la lumière physique nous met en rapport avec les choses corporelles, la lumière de l’intelligence, de la raison, nous met en rapport avec les vérités de l’ordre naturel. Il existe une lumière plus haute qui nous met en rapport avec le monde supérieur, surnaturel, qui est le monde de Dieu.

La grâce, c’est cette lumière qui éclaire, pour une âme, le monde de Dieu, qui montre ce qu’il est, sa vérité, sa bonté, son amour, sa sagesse et sa puissance, toutes ses perfections qu’il contemple lui-même, qui le ravissent éternellement, que nous contemplerons un jour en lui et qui nous raviront à jamais. L’âme qui vit vraiment la vie de grâce voit Dieu; elle le voit en tout, elle le voit partout, elle le découvre dans les hommes, dans les choses, dans les événements, elle ne voit que lui. Saint Paul de la Croix, un soir de printemps, se promène dans la campagne, il traverse les champs de luzerne en fleurs, son âme s’élève de ces beautés naturelles à la Beauté infinie de Celui qui les a faites, qui les fait à chaque instant, il s’arrête, il tombe en extase, il y reste longtemps, perdu en Dieu, emporté et ravi par la divine lumière de grâce. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 9 s)

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