La vie est une bataille!

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La vie sur terre est une bataille … rien de plus évident pour qui l’a vécue quelque peu.  Mais qu’en est-il de la vie spirituelle et plus particulièrement de la vie de prière? Laissons à notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, le soin d’y répondre adéquatement:

« Dieu veut faire circuler en nous son Esprit qui est amour ou don de soi, et il nous trouve entre les mains d’un autre esprit qui est égoïsme. Ce négatif doit disparaître. Il ne cède qu’à la lutte. La vie est une bataille: la bataille de Dieu contre le mal. Une âme où on ne se bat pas est une âme perdue sans espoir. Une âme qui ne prie pas est une âme battue sans combat. La paix règne en elle, mais c’est la paix des pays soumis par l’envahisseur et résignés à sa domination.

Ce qu’il faut reprocher aux écrivains spirituels, ce n’est pas de se répéter, c’est plutôt d’avoir peur de le faire. Nous vivons à une époque de savoir plus que d’intelligence. La raison et la mémoire sont à l’honneur; on écrit pour elles, pour les emplir de notions; on ne songe plus à enrichir son âme et à approfondir sa vie. Nous sommes à l’ère des ouvrages de vulgarisation et des articles de revue; il faut être au courant de tout et pouvoir dire son mot sur le dernier ouvrage ou la découverte la plus récente. Les esprits ressemblent à ces parterres artificiels des jours d’apparat où l’on dispose des fleurs dont on jouit sans les avoir cultivées, sans savoir leur nom … et qu’on aura oubliées demain.

La prière, sa nécessité, sa grandeur, les immenses bénéfices qu’elle procure, sa douceur féconde, la gloire qu’elle assure à Dieu, son rôle dans le monde … il ne faut pas seulement avoir lu et compris cela un jour, il faut y revenir sans fin, se le redire à chaque instant et en vivre. Ainsi font l’Esprit Saint dans la bible, l’Église dans ses offices, les saints dans leurs oraisons quotidiennes et leurs incessantes méditations. Il nous faut remonter sans cesse de la beauté des choses à la Beauté essentielle d’où elles procèdent, de la faiblesse de notre nature tombée à la forte tendresse de Celui qui s’est fait notre Rédempteur et qui s’offre à nous reprendre en lui, de la continuelle menace que le monde et le démon font peser sur nous au continuel secours dont nous enveloppe Celui qui veut nous arracher à leur tyrannie. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 16 s)

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Exulter de joie en Dieu?

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La Vierge Marie au matin de Pâques  (Zeffirelli)

En cette toute fin du temps pascal, alors que, dans notre société, s’amorce timidement le déconfinement tant attendu, l’Église, elle, s’ouvre spirituellement (et  physiquement en certains endroits) à la joie de la Pentecôte!

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur »  s’exclamait la Vierge lors de sa visite à sa cousine Élisabeth (Luc 1, 46) … et il est probable qu’elle expérimenta cette même exultation au matin de Pâques ainsi qu’au soir de la Pentecôte! La joie spirituelle est un fruit de l’Esprit. Il ne s’agit pas de l’enthousiasme passager que peut susciter l’écoute de la Parole et qui disparaît souvent dans l’épreuve. La véritable joie spirituelle des croyants est plus profonde et elle se manifeste souvent dans les difficultés de toutes sortes qui exigent générosité et fidélité. Cette joie, que le monde ne peut connaitre ni même désirer, découle de la foi éprouvée! Ainsi, les Apôtres ne cessent-ils de surabonder de joie dans leurs épreuves : « Dans la mesure ou vous participez aux souffrances du Christ, dit saint Pierre, réjouissez-vous » (2 Pierre 4, 13); « Tenez pour une joie suprême, mes frères, d’être en butte à toutes sortes d’épreuves » ( Jacques 1,2); « Je surabonde de joie dans toutes nos tribulations », avoue saint Paul ( 2 Cor 7, 4).

WOW! Déçus peut-être?? Ce fruit de l’Esprit n’est donc pas quelque chose de passager qu’on pourrait obtenir automatiquement à la fin d’une neuvaine! Ce temps de prière, qu’est une neuvaine, prépare le cœur à quelque chose de bien plus robuste et de bien plus grand: le don d’une charité rayonnante qui pousse à sortir du cénacle de notre confort personnel! On aime  penser à la Vierge Marie dont le cœur fut transpercé d’un glaive au Calvaire mais qui expérimenta, par la suite, la joie de l’enfantement de l’Église. On comprend mieux également notre propre joie à la Pentecôte, celle qui nous inspire à vivre pleinement notre vie d’enfants de Dieu. Notons que cette joie spirituelle ne saurait exister sans une conversion de tout soi-même dans la recherche quotidienne du plus parfait: « Ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en-haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en-haut, non à celles de la terre »  (Colossiens 3, 1-2).

Le temps de la Pentecôte (appelé maintenant «  temps ordinaire ») s’échelonnant sur 34 semaines, je ne puis que vous souhaiter, à vous tous, la joie d’une constante recherche des choses qui plaisent à Dieu! 

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Prier la nuit ?

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La nuit est vraiment le moment idéal pour se mettre en présence de Dieu. Les distractions sont réduites au minimum, le calme facilite la réflexion et le repos de la Nature nous ouvre à l’écoute de la Parole. À l’exemple des pieux juifs, Jésus lui aussi aimait se recueillir dans le silence de la nuit. Les ordres monastiques ont conservé cette habitude héritée des premiers moines tout en l’adaptant aux santés fragiles de leurs membres … les Chartreux sont parmi les rares religieux à avoir conservé le lever entre deux périodes de repos, les autres se sont ralliés à un lever matinal plus hâtif  mais au terme de leur repos nocturne.

Quoiqu’il en soit, l’ermite de par sa vocation est voué à la prière continuelle et il ne peut oublier ces paroles de Jésus  sur la nécessité pour les disciples de prier constamment et de ne pas se décourager (Luc 18,1). Il aime offrir une heure de prière nocturne au moment qu’il juge le plus opportun: pour certains, ce sera vers minuit à l’exemple des Chartreux (même si ces derniers prolongent jusqu’à 3h00) pour d’autres, ce sera vers 2h00 car le premier sommeil est ainsi plus garanti. De toute façon, on ne peut en faire l’essai sans se sentir aussitôt accroché. En ce domaine également se vérifient ces paroles  : « Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience » ( Statuts des Chartreux, chapitre 6).

Prier la nuit? La réponse ne peut que dépendre des possibilités et des goûts d’un chacun. Personnellement, je ne pourrais m’en passer tellement j’y trouve de lumières et de consolations. Mais les voies de Dieu sont multiples et ce qui est bon pour un peut s’avérer néfaste pour l’autre. L’âge avancé peut également  devenir un facteur incontournable. À chacun d’y répondre selon ses possibilités et son inspiration!

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L’Esprit Saint, moteur de l’Ascension

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Des quatre évangélistes, saint Luc est le seul qui décrit quelque peu l’Ascension de Jésus en présence de ses disciples (Actes des Apôtres 1, 9-11). Et c’est sur ce récit que se base le chartreux, dom Guillerand, pour nous entretenir, dans un sermon, de notre éventuelle ascension dans la vie spirituelle; ascension attribuée à l’Esprit Saint que notre auteur aime désigner du nom de souffle ou de mouvement.  Écoutons-le:

〈 Les apôtres virent Jésus s’élever; puis une nuée vint le soustraire à leurs regards. Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu’il s’en allait, voici que leur apparurent deux hommes vêtus de blanc, qui leur dirent: Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel?  〉

« C’est ce Souffle, cet Esprit, ce mouvement intime qui se communiqua de nouveau au corps le matin de Pâques, et, cette fois, comme le Christ n’avait plus à nous ressembler dans la souffrance et la mort, l’Esprit se l’assimila complètement, le fit corps spiritualisé, lui communiqua  son agilité; et, un jour, à l’heure voulue, devant les apôtres et les disciples réunis, pour réaliser le dessein divin, pour faire connaître ce Souffle au monde, le Mouvement le souleva lentement et l’emporta au sein du Père.

Voilà ce que  nous célébrons aujourd’hui. c’est le terme définitif, le couronnement glorieux, l’éclatante manifestation du mouvement de l’Esprit d’amour qui a animé toute la vie de Jésus et toute son activité … et qu’il est venu manifester. Mais pour le voir, cet Esprit, il faut l’avoir. Les apôtres ne l’ont pas encore; voilà pourquoi, oublieux de la recommandation et de la promesse qui viennent de leur être faites, ils s’attardent à regarder ce corps et cette nuée qui le leur a ravi. Les anges doivent venir et leur rappeler: « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel? » Sous cette forme visible sa mission est achevée, il nous a donné tout ce qu’il devait nous donner.

Ce qu’il nous faut maintenant, c’est de nous livrer totalement à ce Souffle d’amour qui a animé sa vie, c’est de nous plonger, nous immerger en cet Esprit comme dans un bain qui  fera de nous des hommes nouveaux. Il faut que, mus par ce souffle sacré, nous refassions à sa suite cette lente ascension de sa vie, en suivant le chemin qu’il a suivi: car, nous dit saint Paul, nous sommes appelés à rentrer avec lui dans le sein du Père, à y régner éternellement avec lui, mais nous ne régnerons avec lui que si nous avons souffert avec lui: «Si nous tenons ferme, avec lui nous régnerons» (2 Timothée 2,12). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 39)

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Conseils à un ermite

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Vivre en confinement exige certains comportements si l’on veut vraiment en profiter tant au spirituel qu’au physique. Un bon dosage d’alimentation, de lecture et de détente s’impose en ce domaine. Voici quelques conseils que  dom Guillerand n’hésite pas à donner à ses correspondants:

Modération en tout

« Pour le corps, il faut, par une série d’expériences (faites d’ailleurs sans préoccupation) découvrir à peu près la quantité et la qualité d’aliments qui conviennent le mieux à la vie, et régler cela par la raison, sans tenir compte de la sensibilité. Quant c’est fait une bonne fois et que l’habitude est prise, on n’y pense plus, et c’est un dégagement précieux. Même principe dans la vie intellectuelle. À noter aussi sur ce second terrain: nourrit uniquement ce qui est assimilé; ce qui ne l’est pas encombre et appesantit. L’assimilation se fait peu à peu, lentement, dans les profondeurs de la subconscience. Ce qui n’est pas immédiatement utilisé n’est ni perdu, ni encombrant. Cela sommeille et, durant ce sommeil, subit de mystérieuses élaborations qui le préparent à jouer un rôle plus tard.

Savoir profiter des lectures

Une lecture peut profiter sans laisser aucune trace dans la mémoire. Il faut, à cet égard, bien distinguer entre la mémoire et l’intelligence. Pour fixer en mémoire il faut faire attention: on remarque ce qui entre et reste. L’intelligence au contraire se laisse imprégner sans qu’on s’en doute. Les choses se fixent alors dans une partie de la mémoire, la subconscience (au-dessous de la conscience claire) et, quand on en a besoin, elles reparaissent. Ce n’est donc pas du temps perdu. Pour profiter des lectures, il faut lire lentement. C’est là surtout que le détachement est nécessaire. On veut trop lire et l’on se fatigue. Et il ne reste que de vagues notions, sans lien, sans clarté, qui encombrent l’esprit au lieu de le nourrir, comme des aliments non digérés. Faire peu et bien.

Savoir se détendre

La détente est nécessaire après l’effort. Savoir se reposer est rare à notre époque trépidante. On use sa vie, on la gâte ou du moins on la diminue autant par l’intempérance dans le travail que par la paresse. J’ajoute néanmoins que je préfère beaucoup les excessifs aux paresseux! Seul l’organisme se fatigue dans le travail intellectuel. C’est donc lui qu’il faut reposer. On le repose en le détendant. Le repos n’est pas l’inertie. On ne se repose pas en cessant de travailler, à moins d’épuisement, mais en changeant de travail. Le nouveau travail doit mettre en jeu des énergies, musculaires ou puissances, qui n’agissaient pas ou peu dans l’action précédente. Il faut donc continuer de travailler mais exécuter un travail différent. »

(Écrits spirituels, volume 2, page 267 ss)

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Vivre à fond le moment présent

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On dit que la réaction normale d’un moine, arrivé pour la première fois dans son ermitage, ressemble beaucoup à celle-ci: « Bon, m’y voici enfin! Alors …  qu’est-ce que je vais manger ce soir?? ». C’est que tous les attraits spirituels d’une vie de prière ne peuvent faire oublier l’aspect contraignant du besoin de se sustenter, fut-il des plus minimes. Et à côté de ce besoin  existe également celui de l’entretien,  car il ne saurait être question de miser, ici, sur les bons soins d’une femme de ménage!  Tout ça pour dire que la vie réelle, même en ermitage, est nécessairement composée de moments très terre à terre et apparemment vides de valeur spirituelle. Or, tel n’est pas le cas, car Dieu est bien réel et il se manifeste dans le moment présent, quel qu’il soit. Comme le disait, un jour,  le Pape François : « L’aujourd’hui est le plus semblable à l’éternité: l’aujourd’hui est une étincelle d’éternité, car dans l’aujourd’hui se joue la vie éternelle » (JMJ de Rio, 2013). 

La vie éternelle se joue donc dans le moment présent! Incidemment, la vie contemplative nous fait facilement discerner toute la valeur d’un geste très humble, comme par exemple: passer la vadrouille ou faire la vaisselle.  Certains actes, en soi, seront évidemment plus importants que d’autres; ainsi, célébrer la messe ou recevoir un sacrement. Cependant, la valeur d’un acte ne réside pas tellement en lui-même que dans l’intention avec lequel il est posé et c’est ce qui peut faire la grandeur de notre « terrible quotidien ».

Voici ce qu’écrivait un moine chartreux à un correspondant qui s’efforçait de vivre le moment présent: « Nous ne sommes obligés qu’à une seule chose: à bien employer le temps et les forces dont nous disposons. On réalise ainsi sa destinée, et nul n’est tenue à autre chose. (…) Notre vie n’est pas nécessairement celle d’un grand homme. C’est celle d’un homme; et tout est là. Être grand ou petit ne dépend pas de nous. Réaliser l’être que nous avons dépend de nous à chaque minute, et c’est de cette réalisation continue qu’est fait un homme » (dom Augustin Guillerand).

Le confinement actuel nous prive des rassemblements liturgiques mais non de la prière. Notre bouche peut être muette mais notre vie vécue dans la fidélité  est une acclamation, et  Dieu prête l’oreille au chant de notre cœur!

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Croire au bien en nous, et dans les autres!

0fiaf4 (vers l'ouest)Monastère de la Grande-Chartreuse (en Isère, France)

Dom Augustin Guillerand a vécu ses dernières années à la Grande-Chartreuse, maison-mère de son Ordre, non loin de Grenoble. Voici ce qu’il écrivait à un ami concernant la connaissance de soi et la juste mesure à observer dans ce domaine:

« Nous sommes meilleurs que nous ne pensons, et les autres aussi. Il existe une juste mesure assez difficile à trouver entre l’optimisme qui ne voit que le bien et le pessimisme qui ne voit que le mal; c’est qu’il y a du bien et du mal mêlés dans l’œuvre divine. Le mal est plus visible que le bien parce qu’il est en surface, mais le bien l’emporte en définitive. Quand on a l’occasion de parler intimement  avec une personne, on est toujours favorablement surpris; elle est meilleure qu’on ne croyait. Croyons donc au bien en nous et croyons au bien dans les autres. Ce sont là des vues divines. Le monde était affreusement mauvais quand Jésus est venu et ce mal ne l’a pas arrêté.

Il faut donc que nous n’ayons plus peur ni de nous-mêmes ni des autres. Il faut regarder la vie réelle en face. C’est ce regard profond et prolongé qui nous donnera Dieu, car Dieu est au fond de tout. Tout est parce qu’il l’a voulu ou permis. Et si le mal permis par Dieu nous effraie, disons-nous qu’au fond de ce mal il y a un bien, et c’est ce bien qui est voulu. Je puis donc dire, même en pensant au mal, qu’un vouloir de Dieu se cache au fond de tout. C’est ce vouloir que nous cherchons. Nous souffrons de ne pas le trouver autant que nous le voudrions. Cette souffrance est noble. Remercions Dieu de l’avoir déposée au fond de notre cœur comme un appel de lui à nous et de nous à lui.

Mais consolons-nous; il y a un remède, c’est la foi vraie. Il existe une foi qui adhère aux vérités avec la seule intelligence et il en est une autre qui adhère avec le cœur. La première ne suffit pas, elle est froide et distante ; elle n’unit pas, elle nous laisse loin de Dieu et vides. La deuxième nous comble parce qu’elle fait l’union. Cette foi vraie et vivante est comme une prise de possession de Dieu. Il devient nôtre, il devient l’Hôte aimé de l’âme. Et l’âme,  dégagée des choses, n’a plus qu’à se tourner vers lui par une pensée aimante pour réaliser l’intimité rêvée.

Voilà il me semble où Dieu nous appelle. On n’y arrive qu’après un long voyage qui nous sépare des créatures et de nous-mêmes. Nous aurons le courage d’accomplir ce long et dur parcours, et nous connaîtrons la joie du terme atteint. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 221s)

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Un jour à la fois, ô mon Dieu, c’est tout ce que je demande!

Allons-y

En tant que jeune curé, il m’a été donné  d’organiser des voyages paroissiaux d’un jour. Immanquablement, après une courte prière, les participant(e)s entonnaient le chant  d’André Breton «Un jour à la fois …», ce qui m’intriguait quand même quelque peu. Aujourd’hui, ayant atteint un âge respectable, je commence à comprendre. Oui, finis pour moi les projets et les activités de toutes sortes; le passé et l’avenir semblent s’éloigner de mon champs de vision, le temps présent est celui qui m’intéresse le plus car la vie concrète est là, et surtout Dieu est là!  Je rejoins ainsi la sagesse de mes passagers qui poursuivaient le chant en question « (ce que je demande) Le courage de vivre, d’aimer, d’être aimé, un jour à la fois. Hier, c’est passé, ô mon Dieu, et demain ne m’appartient pas. Mon Dieu aide-moi, aujourd’hui guide-moi, un jour à la fois. »

Vivre dans la réalité, savoir vivre dans le présent (éclairé par la foi chrétienne)! Je remarque avec étonnement, dans l’évangile, l’insistance de Jésus à nous ramener à l’aujourd’hui de notre courte vie:  «donnez-nous notre pain de ce jour», «qu’il prenne sa croix à chaque jour», « à chaque jour suffit sa peine», «pourquoi vous inquiéter du lendemain», etc. Nous avons malheureusement cette tendance à nous empoisonner la vie avec des regrets inutiles ou des appréhensions dommageables. Le passé et l’avenir ne nous appartiennent pas vraiment; et je note que le présent est souvent mis de côté comme quelque chose de banale, un obstacle même à nos désirs impatients. Dans le monde d’aujourd’hui, beaucoup de gens ont cessé de jouir de la vie; ils ne font que rêver d’utopies qui ne se réaliseront jamais. Pensons à l’engouement pour les loteries nationales … signe indubitable d’une société matérialiste bâtie sur la convoitise permanente!

Prendre le temps de respirer, de cueillir une fleur, de sourire à quelqu’un, de l’écouter ou de dire quelques mots aimables; ou, tel le bon Samaritain, savoir s’arrêter pour mettre son cœur sur la misère d’un autre. Au fond, savoir privilégier la gratuité sur la rentabilité. Vivre complètement le temps présent, n’est-ce pas là  le plan initial de Dieu sur nous, lui dont la vie  est un éternel présent?

 

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Réflexions d’un moine chartreux

Avec la pandémie actuelle, il est difficile de ne pas se retrouver dans une situation de moine chartreux: confinement, silence et ample temps pour réfléchir sur l’avenir. Belle occasion d’écouter dom Augustin Guillerand qui invite ses correspondants à méditer sur le vrai silence et sur l’éventualité de la mort:

LETTRE À UN AMI SUR LE SILENCE

«Notre silence n’est pas le vide et la mort; il doit au contraire se rapprocher et nous rapprocher de la vie pleine. Nous nous taisons parce que les paroles, dont nos âmes désirent vivre, ne s’expriment pas en mots de la terre. Vous savez que ce que les lèvres cartusiennes ne prononcent pas, ou ce que nos plumes n’ont pas le temps d’écrire, nous le disons à Dieu pour ceux que nous aimons. Notre silence n’est pas un recueillement de mort, c’est le recueillement d’un sanctuaire. Nos maisons et nos âmes sont occupées par quelqu’un: « Le Maître est là, et il te demande. » Il est le patron, il a droit à tout; il nous prend nos heures, les unes après les autres, et il les remplit.

Le silence n’est pas l’oubli. Nous croyons et nous nous efforçons de vivre cela en Chartreuse. Votre souvenir a donc rempli ces mois de long silence et il s’est traduit dans cette parole intime, qui ne rompt pas le silence, mais lui donne valeur et vie. Le silence et le souvenir s’accordent très bien ensemble. Nous savons que le silence n’est pas vide; il est au contraire essentiellement plein, et c’est une Plénitude où l’on parle. Les paroles qui sortent de l’agitation et du bruit sont nécessairement superficielles. Le fond d’un être doit être occupé par le silence, et cet être ne parle une parole vraie et profonde que si elle part de ce silence, si elle en est l’expression.
Voilà pourquoi le langage du monde, les conversations, les journaux sont vides et fatiguent au lieu de reposer et de nourrir. Voilà pourquoi au contraire en Chartreuse on goûte tant de paix. Tout y procède des profondeurs calmes de l’âme où elle se recueille et fait silence. C’est là que Dieu demeure et qu’on le trouve infailliblement si on y réside soi-même.

Il est clair que les conditions de leur vie ne permettent pas à tous de réaliser ce recueillement comme en Chartreuse. Ne craignons pas néanmoins, dans la mesure du possible, de nous réserver quelques instants, très courts s’il le faut, pour nous recueillir et donner quelques minutes à Celui qui demeure en nous, qui y parle silencieusement, et qui nous invite à venir l’écouter. » (Écrits Spirituels, tome 2, page 254 ss)

CONFIANCE DEVANT LA MORT QUI VIENT

« Je te renouvelle l’assurance de ma pleine confiance que cette heure sonnera. Quand? Comment? Je n’en sais rien. C’est le secret de Dieu; il en a beaucoup, non moins que de miséricorde. Il a des façons très mystérieuses de retourner les âmes et de les ramener à lui. Il faut savoir s’en remettre à lui, attendre ses moments qui sont les bons, attendre en se taisant et en priant, sans gâter le travail qui s’accomplit sous terre en voulant le réaliser en surface quand il doit s’accomplir souterrainement.

Il faut avouer que Dieu n’est pas pressé … et que nous le sommes beaucoup. Il faut avouer aussi que cela se comprend. Notre temps est court et le sien très long. Mais il nous offre d’allonger le nôtre en entrant dans le sien, et de faire «de la vie éternelle» avec nos pauvres jours qui s’envolent si vite. »  (ibidem, page 263)

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Petits enfants, gardez-vous des idoles!

Le mot « idole » peut être compris de diverses manières:

  1. Dans le domaine des religions, l’idole est synonyme de «faux dieux» (dieux des païens) à l’opposé du Dieu unique des Juifs, des Chrétiens ou des Musulmans. Dans l’Ancien Testament, le terme idole pouvait également désigner toute représentation sculptée du vrai Dieu.
  2. Dans le domaine séculier contemporain, l’idole désigne souvent une personne qui sert de faux modèle à une partie de la population (ou même à une génération). Cette idole peut être incarnée par une vedette de cinéma, de la chanson ou encore du monde sportif ou autre.
  3. Dans le domaine de la vie spirituelle, (et c’est celui qui nous intéresse!) l’idole représente tout ce qui nous empêche de servir le Seigneur. « Petits enfants, gardez-vous des idoles » recommande saint Jean aux lecteurs/trices de sa première lettre (1 Jean 5, 21). L’apôtre avait sans doute en vue l’enseignement des antichrists de son temps, source d’erreurs et d’esclavage de toutes sortes. En effet, dès qu’on cesse de servir le Seigneur, on devient vite esclave de nombreux maîtres: l’argent, la cupidité, la sensualité, le culte du corps, l’exhibitionnisme, le narcissisme, et j’en passe! Derrière ces vices qui sont idolâtriques se cache une méconnaissance du Dieu unique qui seul mérite notre confiance.

Dans un réquisitoire terrible, saint Paul dénonce le péché universel des hommes qui, au lieu de reconnaître le Créateur à travers sa création, ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation de ses créatures (statues divinisées ou fresques lubriques) alors que l’apôtre y voit la source de leur déchéance: « C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions avilissantes: leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature; les hommes de même, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant l’infamie d’homme à homme et recevant en leur personne le juste salaire de leur égarement » (Romains 1, 26-27).

Petits enfants, gardez-vous des idoles!  Un travail quotidien et de tout instant, du moins pour nous chrétiens! Puisse notre société se réveiller de sa torpeur et de son matérialisme ambiant et se reprendre en mains. Puisse l’Église, toute l’Église, redevenir un phare dans un monde enténébré qui cherche la vérité comme à tâtons. Tâche impossible? Rêve irréalisable? Qu’en dit le Christ? « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais prenez courage! J’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33).

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