Chante et marche!

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Nous sommes des voyageurs sur terre … et si nous chantons, ce n’est pas tellement pour agrémenter notre repos que pour alléger notre travail. C’est ce que nous disait en substance, au 5e siècle, un évêque de l’Afrique du Nord,  et cela demeure vrai pour nous, chrétiens du 21e siècle:

« Chantons ici-bas l’Alléluia (louange à Dieu) au milieu de nos soucis, afin de pouvoir le chanter un jour dans la paix. Pourquoi ici-bas au milieu des soucis? Tu ne veux pas que je sois soucieux quand je lis cette parole de Job: « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre n’est qu’une tentation (mise à l’épreuve) » ?  Tu ne veux pas que je sois soucieux quand on me dit encore dans l’évangile : « Veillez pour ne pas entrer en tentation » ? (…)

Même ici-bas, au milieu des dangers, au milieu des tentations, nous-mêmes et les autres, chantons Alléluia. Dieu est fidèle, dit saint Paul,  il ne permettra pas que vous soyez tentés au -dessus de vos forces. Il ne dit pas : Dieu ne permettra pas que vous soyez tentés, mais: il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter. (…)

Mais ce corps sera rendu immortel et incorruptible lorsque toute tentation aura disparu. Heureux alors l’Alléluia! Vie paisible, sans adversaire! Là, il n’y a plus aucun ennemi, et on ne perd aucun ami. Là-haut, louange à Dieu, et ici-bas, louange à Dieu. Mais ici, au milieu de soucis, et là dans la paix. Ici par des hommes destinés à mourir, là par ceux qui vivront toujours; ici en espérance, là en réalité; ici sur le chemin, là dans la patrie.

Chantons donc, maintenant, mes frères, non pour agrémenter notre repos, mais pour alléger notre travail. C’est ainsi que chantent les voyageurs: chante, mais marche! Soutiens ton effort par le chant, n’aime pas la paresse; chante et marche. Qu’est-ce que cela veut dire: marche? Progresse, progresse dans le bien. Car, selon l’Apôtre, il en est qui progressent de mal en pis. Toi, si tu progresses, c’est que tu marches; mais progresse dans le bien, progresse dans la vraie foi, progresse dans la bonne conduite. Chante et marche! »

(Saint Augustin, sermon 256, 1.3)

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Nouvelle apparence du Ressuscité

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« Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent » (Matthieu 28, 17)

Nous connaissons les faits grâce aux divers récits évangéliques : le Christ ressuscité apparaît à Marie-Madeleine et aux saintes femmes, aux deux pèlerins d’Emmaüs, aux apôtres réunis au cénacle, à une foule de disciples sur une montagne en Galilée et à quelques apôtres en train de pêcher sur lac de Tibériade. Or, dans toutes et chacune d’entre elles, le Ressuscité n’est pas physiquement reconnaissable et doit s’identifier d’une façon ou d’une autre : par la voix (Marie-Madeleine), par la bénédiction du pain (pèlerins d’Emmaüs), par les cicatrices (apôtres au cénacle), par la pêche miraculeuse (au lac de Tibériade). De toute évidence, le Ressuscité n’a pas voulu être reconnaissable par ses anciens traits physiques. Pourquoi ?

Loin de moi la prétention d’apporter une solution à ce mystère ! Je ne puis que proposer une tentative d’explication qui me semble conforme au Plan de Dieu sur nous. Ce Plan, saint Paul nous en parle comme étant la volonté de Dieu de tout réunir sous le Christ et dans le Christ (Éphésiens 1, 10). Nous sommes donc, depuis 2000 ans, dans un nouvel ordre des choses : le Christ nous rassemble en étant présent dans son Église d’une façon totalement différente du temps où il vivait en Galilée avec ses disciples. Avant de nous quitter visiblement, le Ressuscité nous rassura en disant: « Voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 20). Et nous savons que l’Esprit Saint prit la relève en vivant en chacun des baptisés et en les unissant les uns aux autres pour former un seul Corps. Dans une certaine mesure, la présence de Jésus se confond donc avec celle de l’Esprit Saint (son esprit à lui également, ne l’oublions pas) et donc, par le fait même, avec tous ses membres animés par l’Esprit (« ce que vous avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »). Et comment passer sous silence cette présence spéciale dans les chefs des communautés chrétiennes : « qui vous écoute m’écoute » disait-il aux Apôtres. Dans cette même ligne de pensée, il convient de mentionner également ces actions liturgiques où le Christ lui-même, par ses ministres, prie, baptise, célèbre, pardonne et prêche la Bonne nouvelle.

C’est donc par ses INTERVENTIONS CONCRÈTES (et non avec ses anciens traits physiques) que le Ressuscité a voulu se rendre présent à ses disciples : sa réponse à la prière fervente de Marie-Madeleine, la fraction du pain pour les pèlerins d’Emmaüs qui l’hébergent, le succès de l’effort communautaire (pêche miraculeuse), etc. Loin de nous priver de sa présence, Jésus l’a donc étendue à la totalité de la vie ecclésiale. Quelle merveille ! Même si un acte de foi demeure nécessaire, celui-ci par contre nous fait accéder à un niveau supérieur qui transcende aisément celui d’avant la Résurrection : « Là ou deux ou trois disciples sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Quelle joie, quelle immense consolation pour nous, mais aussi, avouons-le, quelle responsabilité !

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Vous avez dit «temps pascal » ?

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Le temps pascal est la période qui va de Pâques à la Pentecôte, de la Résurrection de Jésus à la descente du Saint Esprit, une période de cinquante jours, période de joie bien exprimée par le chant de l’Alléluia (mot hébreu, Hallelu – Ya,  qui signifie  : «Louons Yahvé »). Voici ce qu’en disait un écrivain chrétien du début du 5e siècle de notre ère:

« Il y a donc deux époques: l’époque actuelle qui se passe dans les tentations et les épreuves de cette vie, et une seconde époque, qui sera celle de la sécurité et de l’allégresse sans  fin. Aussi deux époques ont-elles été  instituées pour nous: avant Pâques et après Pâques. L’époque antérieure à Pâques (le carême) symbolise l’épreuve où nous sommes maintenant, et ce que nous célébrons en ces jours qui suivent Pâques (le temps pascal) symbolise la béatitude qui sera plus tard la nôtre. Avant Pâques nous célébrons donc ce que nous sommes en train de vivre; après Pâques, ce que nous ne possédons pas encore. C’est pourquoi, dans la première époque, nous nous entraînons par le jeûne et la prière, mais dans l’époque présente, nous abandonnons le jeûne et nous vivons dans la louange. Tel est le sens de l’Alléluia que nous chantons. »

(Homélie de saint Augustin sur le psaume 148)

 

 

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L’ESPÉRANCE DE VIVRE APRÈS LA MORT

CUERPO DE CRISTO

Si le Christ est mort pour nos péchés, n’oublions surtout pas qu’il est ressuscité pour nous donner la vie éternelle. Célébrer Pâques, c’est donc non seulement célébrer  un événement unique dans la vie de Jésus mais c’est aussi célébrer un événement central dans la vie de tout croyant : l’espérance de vivre après notre mort physique et surtout de vivre de la vie-même de Dieu, tout d’abord sur terre dans la foi puis au ciel dans la vision ! L’apôtre saint Pierre exprime très bien cette réalité lorsqu’il affirme: « Béni soit Dieu qui nous a régénérés, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, pour un héritage qui vous est réservé dans les cieux … Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves » (1 Pierre 1, 3-6).

Nous sommes donc invités, dans l’immédiat, à deux sortes de réaction : la louange et la supplication. La louange que provoque en nous la prise de conscience que Dieu nous aime non seulement en parole mais aussi en acte, et la supplication face aux difficultés récurrentes de la vie.  Dans un sermon sur le psaume 148, saint Augustin résume bien ces deux attitudes du croyant: « La méditation, dans notre vie présente, doit consister à louer Dieu, car l’allégresse éternelle de notre vie future sera une louange de Dieu; et personne ne peut être adapté à la vie future s’il ne s’y exerce pas dès maintenant. Maintenant donc nous louons Dieu, mais nous le supplions aussi. Notre louange comporte la joie ; notre supplication, le gémissement. Car on nous a promis quelques chose que nous ne possédons pas encore ; et parce que l’auteur de la promesse est véridique, nous trouvons notre joie dans l’espérance ; mais parce que nous ne possédons pas encore, notre désir nous fait gémir. Il nous est bon de persévérer dans le désir jusqu’à ce que vienne le bonheur promis, jusqu’à ce que le gémissement disparaisse et que la louange demeure seule. »  (CCL 39, 2165-2166)

Retenons que si le temps du carême était propice à la supplication, par contre le temps pascal, lui, est propice à la louange ; c’est pourquoi nous chantons si souvent ALLÉLUIA , une exclamation hébraïque qui signifie littéralement « louons Yahvé » (allelu-Ya). À ce sujet, le même saint Augustin précise : « Nous vous exhortons, mes frères, à louer Dieu en ce moment, et c’est ce que nous faisons tous lorsque nous disons Alléluia. (…) Mais louez-le par tout vous-mêmes, c’est-à-dire que votre langue et votre voix ne doivent pas être seules à louer Dieu ; louez-le aussi par votre conscience, par votre vie, par vos actions. » Excellent programme … suivons-le dans la joie et l’action de grâce !

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L’horrible torture de la crucifixion

Les évangiles n’étant pas des biographies de Jésus mais des mises par écrit de la prédication apostolique, il est normal que ces documents, tout en privilégiant la mort du Christ, ne nous aient pas transmis un récit détaillé de la crucifixion. Ainsi, l’évangéliste Marc résume de façon très succincte cet évènement « Et ils (les soldats romains) lui donnaient du vin mêlé de myrrhe, mais il n’en prit pas. Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun » (Marc 15, 23-24). Les autres évangélistes ne sont pas plus loquaces à ce sujet et on peut le comprendre car ce genre de supplice, des plus humiliants à cause de la nudité des condamnés, était normalement réservé aux esclaves.

À deux mille ans de distance, il n’est peut-être pas inutile de se remémorer aujourd’hui certains éléments de la crucifixion de Jésus qui, pour diverses raisons, risquent d’être banalisés. S’il convient de ne pas tomber bêtement dans un certain voyeurisme, il faut bien avouer par ailleurs que plusieurs représentations du divin crucifié versent dans l’angélisme le plus naïf : par exemple, un beau Jésus, tout blanc et quasi intègre, qui tient de brefs discours avec son entourage pour ensuite mourir presque subitement, sans convulsions. Or la torture infligée aux crucifiés était toute autre chose qu’une mort tranquille !

Et tout d’abord, rappelons brièvement quelques-unes des souffrances infligées au Christ avant son arrivée au Calvaire : en premier lieu, une flagellation inhabituelle (imposée par un gouverneur désireux d’attendrir la foule), subterfuge cruel qui s’est avéré inutile mais dont Jésus a fait les frais. Puis vient une séance de moqueries et de sévices gratuits infligés par la garde du prétoire pour ridiculiser sa royauté messianique. Enfin, l’acheminement des condamnés au lieu d’exécution, chacun portant son patibulum (partie transversale de la croix). Déambulation pénible dans les ruelles mal pavées de Jérusalem, d’où chutes fréquentes et non protégées par les mains ligotées à la poutre : ecchymoses et visage tuméfié (le Saint Suaire de Turin, examiné soigneusement par Mgr Giulio Ricci, révèle entre autres blessures un nez fracturé ainsi qu’un œil droit complètement bouché). Au cours du trajet, l’état piteux de Jésus poussa les soldats à réquisitionner l’aide d’un passant pour porter la poutre derrière lui.

Quant à la crucifixion proprement dite, elle pouvait se faire de diverses manières, allant de l’attachement avec cordes (prolongeant ainsi des jours entiers la torture de la faim) au percement des mains et des pieds avec clous de fer. Le choix était souvent aléatoire et laissé aux exécuteurs mais, dans le cas de Jésus, on connaît bien la décision prise. Il était 9h, nous dit saint Marc. Les soldats commencèrent par clouer les mains au patibulum (le docteur Pierre Barbet suggère une percée aux poignets alors que le pathologiste Frédéric Zugibe opte vers le haut de la paume des mains). De toute façon, le sectionnement des muscles ne pouvait que provoquer une douleur atroce à la victime. Puis venait la fixation du patibulum au poteau vertical (déjà en place) et finalement le percement des deux pieds, l’un par dessus l’autre, à l’aide d’un seul clou. C’est alors que la souffrance du crucifié atteignait son paroxysme car, pour respirer, il devait se dresser vers le haut (en s’appuyant douloureusement sur le clou des pieds) pour ensuite s’abaisser et ressentir lpar ricochet les douleurs aux mains. La crucifixion des pieds nécessitait donc la flexion préalable des jambes de la victime pour permettre ce mouvement respiratoire, sinon c’était l’asphyxie au bout de quelques minutes. C’est dans ce contexte de mouvements pénibles et répétées qu’il nous faut placer les quelques mots prononcés par Jésus, balbutiements à peine audibles mais que les évangélistes nous ont minutieusement transmis. L’aggravation inexorable des convulsions du crucifié laisse présumer que la plupart des échanges verbaux eurent lieu dans les premières heures de la crucifixion. La posture du Christ en croix n’avait donc rien de statique (comme semblent le supposer nos crucifix traditionnels) et notons que ces spasmes ne prendront fin qu’à sa mort, vers 3h de l’après-midi. Les malfaiteurs, quant à eux, ont-ils été crucifiés comme Jésus ou attachés à leur croix avec des cordes ? Impossible de le savoir, mais leur facilité évidente de converser ainsi que la nécessité de leur fracturer les jambes pour hâter leur mort par asphyxie semblent l’indiquer.

Mort donc ignominieuse du Messie et mystère insondable de souffrances ! Pourquoi devait-il en être ainsi ? Avouons que toute réponse valable nous échappe et ne peut se retrouver que dans la sagesse infiniedu Plan divin. En célébrant la Passion du Christ, cette année, puissions-nous mieux saisir le prix énorme payé pour notre Rédemtion et lui répondre par une vie de plus en plus fidèle !

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En souvenir d’un beau geste

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Le tableau de la Dernière cène par Salvador Dali a ceci de remarquable qu’il fait le lien entre le repas du soir et l’évènement du lendemain. Ce qui aurait pu n’être qu’un dernier repas entre amis est ainsi représenté comme une annonce du mystère qui va se dérouler dans les prochaines vingt-quatre heures. C’est là tout l’essentiel de l’Eucharistie, ce sacrement que Jésus a institué pour être le mémorial de sa mort.

« Ceci est mon corps qui va être donné pour vous; faites-ceci en mémoire de moi » (Luc 22,19). Jésus donne à ses apôtres et à leurs successeurs le commandement de refaire ce repas périodiquement afin de garder en mémoire qu’il est mort sur la croix pour chacun et chacune d’entre nous. Mais il y a plus. En distribuant la coupe de vin à la fin du repas, il ajoute une précision importante: « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous » (Luc 22,20). La «nouvelle» Alliance … par comparaison à l’ancienne contractée au Sinaï entre Dieu et le peuple juif. On se rappelle que Moïse avait alors prit la moitié du sang de la victime pour en asperger et l’autel (qui représentait Dieu) et le peuple en disant: « Ceci est le sang de l’alliance que Dieu a conclue avec vous …» (Exode 24,8). Bref, la mort de Jésus nous introduit donc dans une nouvelle relation avec le Créateur, une relation qui vise à nous introduire non plus dans un quelconque petit pays méditerranéen mais bien dans une union ineffable avec Celui qui se déclare notre Père … une union définitive et éternelle!

Cependant, le sacrement de l’Eucharistie, tout sublime qu’il puisse être, n’enlève rien à la beauté du geste que Jésus a posé sur la Croix. Au contraire, il en fait ressortir le caractère unique: le Fils de Dieu s’offre totalement à son Père dans un acte d’amour qui est l’écho de sa relation éternelle avec lui (le Verbe se donne au Père, le Père se donne au Verbe et de ce mouvement d’amour est produit l’Esprit Saint). Cette offrande éternelle ré-actualisée sur la Croix devient donc pour nous la source et le modèle de notre propre vie chrétienne. Il y a là un grand mystère d’amour qui ne peut s’expliquer par des mots mais qui se dévoile peu à peu à ceux et celles qui en vivent chaque jour.

Ne rougissons pas d’être chrétiens, c’est une faveur inouïe qui nous est faite de la part de Dieu et dont nous ne saisirons toute l’importance que dans l’Éternité!

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Pour la transformation du monde …

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La Semaine sainte nous invite à mettre de côté nos activités pour consacrer plus de temps à la contemplation du Crucifié. Et c’est très bien ainsi, car le Carême ne revient qu’une fois par année. Subsiste néanmoins le risque de minimiser notre service terrestre des hommes comme étant très secondaire … Or, nous ne sommes pas, pour la plupart d’entre nous, voués à la contemplation pure à l’exemple des moines et des moniales. Voici comment s’exprime le magistère de l’Église en traitant de la transformation du monde par les chrétiens:

« Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est fait chair et est venu habiter la terre des hommes. Homme parfait, il est entré dans l’histoire du monde, l’assumant et la récapitulant en lui. Lui-même nous révèle que Dieu est amour et nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de la charité. À ceux qui croient en l’amour divin, il apporte la certitude que la route de la charité est ouverte à tous les hommes, que l’effort pour  instaurer une fraternité universelle n’est pas vain.

Jésus nous avertit aussi que cet amour ne doit pas seulement être recherché par des actions d’éclat, mais avant tout dans  le quotidien de la vie. En acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, il nous apprend, par son exemple, que nous devons aussi porter cette croix que la chair et le monde mettent sur les épaules de ceux qui recherchent la justice et la paix. (…) Sans doute, les dons de l’Esprit sont divers; il appelle les uns à témoigner ouvertement du désir de la demeure céleste et à garder vivant ce témoignage dans la famille humaine; et il appelle les autres à se vouer au service terrestre des hommes, en préparant par leur ministère la matière du royaume des cieux. Mais de tous il fait des personnes libres pour que, renonçant à l’amour égoïste et rassemblant toutes les énergies terrestres au service de la vie humaine, elles s’élancent vers cet avenir où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu. » (Concile Vatican II, L’Église dans le monde de ce temps, 37-38)

Conclusion: il nous faut donner des mains à notre foi. Notre effort de Carême ne s’arrête pas avec la Semaine Sainte mais il doit se poursuivre au delà … pour la transformation de notre société!

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L’ambivalence des foules

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Vos mains me tendent les rameaux
pour l’heure du triomphe:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi blesserez-vous mon front
de ronce et de roseaux,
en vous moquant ?

Je viens monté sur un ânon,
en signe de ma gloire:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi me ferez-vous sortir
au rang des malfaiteurs,
et des maudits ?

Voici que s’ouvrent pour le Roi
les portes de la Ville:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi fermerez-vous sur moi
la pierre du tombeau
dans le jardin ?

(Didier Rimaud)

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L’ange du Seigneur annonça à Marie …

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Plus j’avance en âge, plus je tends à simplifier ma vie de prière en me concentrant sur certaines données de la Foi qui  résument l’essentiel de notre religion. Le mystère de l’Incarnation du Verbe est l’une de ces vérités. Et je suis choyé … car l’Église invite également à souligner ce mystère trois fois par jour! Vous aurez compris qu’il s’agit de cette dévotion appelée l’Angélus, autrefois annoncée publiquement par le tintement de la cloche  paroissiale à 6h, midi et 18h.

Permettez-moi de vous partager brièvement ma récitation personnelle, laquelle entend souligner les liens trinitaires de cette dévotion :

       1. L’ange du Seigneur annonça à Marie, et elle conçut du Saint Esprit: 

Honneur à vous,  Père, qui avez décrété l’Incarnation rédemptrice du Verbe comme sommet de la révélation de votre amour pour nous.   « Je vous salue Marie … »

      2. Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole:

Honneur à vous, Esprit Saint, qui avez fait en Marie un chef d’oeuvre d’humilité et avez opéré en elle la merveille de l’Incarnation.    « Je vous salue Marie … »

      3. Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous:

Honneur à vous, Jésus Verbe éternel, qui vous vous êtes abaissé pour nous relever, et qui avez souffert la passion et la mort pour nous obtenir la vie éternelle.   « Je vous salue Marie … »

Priez pour nous sainte Mère de Dieu.      R/ Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.

Prions:  Répandez, Seigneur, votre grâce dans nos âmes; afin qu’ayant connu, par le message de l’ange, l’Incarnation du Christ votre Fils, nous soyons conduits par sa passion et par sa croix à la gloire de sa Résurrection. Par Jésus le Christ, notre Seigneur. Amen.

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COMPASSION : luxe ou nécessité ?

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En ce temps de la Passion, il convient de se pencher sur nos relations avec le Christ souffrant. Pouvons-nous cultiver une grande amitié avec Jésus tout en faisant abstraction de son parcours ultime, à savoir son offrande pour le salut du monde ? La réponse se trouve peut-être dans ce que l’Église appelle la compassion de Marie « et toi-même, un glaive te transpercera l’âme ! » (Luc 2, 35). Laissons la parole à un maître spirituel averti, dom Augustin Guillerand :

« Jésus veut l’union ; il ne peut pas ne pas la vouloir, car il est l’Amour. Il faut que ceux qu’il aime soient là où il est ; quand il est en croix, il faut qu’ils souffrent avec lui ; quand son cœur est percé d’un glaive, il faut que la pointe s’enfonce au cœur des siens. On ne peut être « sien » qu’à cette condition. Il ne peut se passer d’eux sous le pressoir parce qu’il ne veut pas être sans eux dans le triomphe et le bonheur.

Il passera sa vie sous la menace, l’annonce claire et précise du glaive, et cette menace sera une souffrance qui ne lui laissera pas de trêve. Nous ne comprenons pas cette continuité ; heureusement, ou malheureusement, nous avons des heures innombrables d’inconscience; le mal est là mais nous ne le sentons plus, le mal moral surtout. D’autres pensées ou d’autres sentiments le remplacent, le relèguent dans l’ombre. Jésus a vécu dans le sentiment constamment présent et vif de la prédiction de Siméon, dans l’impression de la grande souffrance qui l’attend ; il a vécu sans arrêt cette souffrance en son cœur et il l’a fait participer à Marie. Ils ne font qu’un pendant trente-trois ans sous la pointe du glaive. Les deux cœurs n’en font qu’un, et tous deux ensemble sont frappés constamment, et tous deux souffrent de leur propre souffrance et de celle de l’autre.

Tous deux souffrent mais tous deux voient. La Lumière illumine cette souffrance, la traverse, en montre le par-delà, et ce par-delà c’est la joie car c’est l’amour, et c’est l’union. La souffrance est un chemin qui débouche sur le bonheur. En route on ne voit rien que la souffrance ; elle fait ombre de tous côtés ; à peine, à travers le mouvement des branches noires qui bordent le chemin, quand un coup de vent les agite ou quand la lumière est très vive, à peine devine-t-on que le grand soleil illumine toutes choses et qu’on le trouvera au bout du parcours.

Jésus a voulu cela pour lui et sa mère … et après eux pour tous ceux qui voudront venir à leur suite. Il a voulu le parcours, il a voulu la foi qui soutient en le faisant, il a voulu le terme qui paye l’effort et réconforte dans la route. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 84 s)

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