Du jamais vu !

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Tombeau de saint Charbel

En ce 24 juillet, fête liturgique de saint Charbel Makhlouf (moine maronite du 19e siècle), plutôt que de vous livrer un résumé de sa vie (que plusieurs d’entre vous connaissent d’ailleurs fort bien), je préfère attirer votre attention sur le prodige posthume du suintement de son cadavre … prodige unique en son genre dans l’histoire de l’Église et dans celle de la médecine. Le texte qui suit est tiré de Wikipédia :

« Premières exhumations du corps. Dans les heures qui suivent sa mort (24 décembre 1898), les moines qui le veillent remarquent qu’une exsudation sanguine suinte à la surface de son corps. Après les obsèques qui ont lieu le jour de Noël, il est enterré sans cercueil, à même la terre, selon la tradition de l’ordre monastique auquel il appartient. La rumeur de la sainteté de Charbel se répand ; bientôt une foule, qui ne cessera de grossir dans les jours suivants, viendra prier et se recueillir devant son humble sépulture à laquelle les moines acceptent de donner accès ; on y vient de toutes les localités des environs. Au bout de 45 jours d’expectative et d’hésitations, les autorités ecclésiastiques finissent par ordonner une première exhumation, le 8 février 1899. Une fois nettoyé de la terre, on trouve son corps absolument intact et souple, sans la moindre décomposition. Il est alors relavé, revêtu de vêtements monastiques neufs et placé cette fois dans un cercueil de bois, qu’on transfère à la chapelle du monastère où il est emmuré. C’est ce nouveau tombeau qui, à travers le mur, suinte bientôt comme un constant exsudat sanguin. Après quelques semaines, une nouvelle exhumation est autorisée ; l’ouverture du tombeau a lieu en présence de plusieurs médecins qui constatent qu’un liquide « huileux », ayant une odeur de sang frais, est en train de sourdre des pores du saint moine sur toute la surface de son corps. Cet épanchement au cours des semaines écoulées avait été si abondant que les vêtements monastiques durent être à nouveau changés. On emmure à nouveau le cercueil derrière une paroi maçonnée sans interstices.

Exhumations officielles ordonnées par Rome. Vingt-huit ans plus tard, en 1927, le pape Pie XI ordonne une première exhumation officielle, pour une nouvelle expertise médicale. Le même phénomène d’épanchement est de nouveau constaté. Le corps fut cette fois placé dans un cercueil de bois de cèdre doublé d’un cercueil de zinc. Le rapport d’examen médical, établi par le professeur Armand Jouffroy, de la Faculté française de médecine de Beyrouth, secondé par le docteur Balthazar Malkonian, est scellé dans un tube métallique et déposé aux pieds du saint. Le cercueil est cette fois surélevé et penché de manière oblique afin que l’exsudat coule vers les pieds. Puis il est de nouveau emmuré dans la chapelle du monastère avec des pierres épaisses, non poreuses, jointoyées au ciment, et le maître maçon se porte garant de l’étanchéité de cette nouvelle cloison. À la suite de cette première exhumation, et en conclusion d’une première cause introduite près le Saint-Siège, le pape Pie XI déclare Charbel vénérable serviteur de Dieu et autorise l’ouverture de son procès de béatification.

Vingt-trois ans plus tard encore, le 25 février 1950, le suintement rosâtre se reproduit de nouveau hors du tombeau, cette fois au pied du mur de cloison. Après un délai, le pape Pie XII autorise une nouvelle exhumation. Elle a lieu en présence du supérieur de l’Ordre libanais maronite, des moines du couvent, d’autres autorités ecclésiastiques, du docteur Chekri Bellan, directeur du Service de Santé et d’Assistance près le gouvernement libanais, du docteur Théophile Maroun, professeur d’Anatomie pathologique à la Faculté française de médecine de Beyrouth, de Joseph Hitti, député du Mont-Liban, et de diverses autorités civiles et militaires. Le suintement rosâtre est attesté de nature physiologique ; il emplit le fond du cercueil de cèdre sur une épaisseur de 8 centimètres. Le corps de saint Charbel était toujours identiquement intact, sa chair toujours parfaitement souple, aucunement dégradée, et le rapport d’expertise précise : « Tous les vêtements étaient littéralement imbibés de liquide séreux, et, çà et là, tachés de sang, spécialement l’aube. Le liquide, répandu sur tout le corps, s’était coagulé, comme solidifié par endroits. Cependant, le corps conservait toute sa souplesse, et on pouvait plier bras et jambes ». A la surprise générale, tous les témoins présents constatent avec émotion que le voile dont on avait recouvert le visage et les mains du Vénérable Charbel, lors de la première exhumation officielle, portait l’empreinte de ceux-ci, à la manière du Linceul de Turin. Par contre, le tube métallique renfermant l’expertise de 1927 était très corrodé. Le 4 août 1950, par autorisation du pape Pie XII, on expose solennellement le corps de Charbel, dans un cercueil de verre, au cours d’une cérémonie religieuse qui attire des foules énormes, tant chrétiennes que musulmanes du Liban et des pays arabes voisins. Le patriarche maronite la préside ainsi que les différents patriarches catholiques orientaux, chefs d’Église. Puis le corps est de nouveau remis au tombeau et emmuré. C’est à partir de cette date que des registres officiels commencent à tenir le compte des miracles, tant corporels que spirituels, qui se produisent devant le corps ou la tombe de Charbel. Leur liste est innombrable, mais seul un certain nombre parmi eux ont été attestés (les autorités médicales déclarant officiellement ne pouvant les expliquer en l’état actuel des connaissances scientifiques) et sont donc reconnus par l’Église catholique. Ils permettront par la suite l’aboutissement des deux procès romains de béatification puis de canonisation, en 1965 et en 1977.

Le procès de béatification progressant, le Vatican ordonne une troisième exhumation officielle. Elle a lieu le 7 avril 1952. Le prêtre maronite Joseph Mahfouz témoigne : « Moi-même j’ai touché, personnellement, son corps (…) ; on aurait dit qu’il était mort, mais vivant. Qu’un cadavre se conserve, ce n’est pas un phénomène unique. Mais qu’une dépouille mortelle reste souple, tendre, pliante, et qu’elle transpire incessamment, c’est un cas unique… Un Signe ». Les rapports médicaux et les procès-verbaux établis, on emmure de nouveau le corps dans son tombeau. Du monde entier affluent désormais à Ananya des lettres de fidèles de toutes langues. Le monastère en recevra 41 530 entre 1950 et 1957. Toutes témoignent de détresses, morales ou physiques, et d’espérance. Beaucoup réclament des reliques du Serviteur de Dieu, et certains correspondants envoient des linges, à leur renvoyer après les avoir mis en contact avec l’exsudat qui ne cesse de suinter du corps du Vénérable. » (Wikipédia)

Conclusion : ce prodige se continue-t-il encore aujourd’hui, je ne puis l’assurer mais, en tout état de cause, il aura servi son rôle de signe mystérieux pour attirer l’attention du monde entier. La sainteté de Charbel Makhlouf, relevant avant tout de sa vie héroïque de moine-ermite, n’en est pas tributaire bien sûr, mais on ne peut nier tout l’intérêt que ce prodige aura soulevé pour la faire mieux connaître.

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L’amour de nos tâches quotidiennes

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Travail manuel en la Chartreuse de Pleterje (Slovénie)

Nous sommes portés à limiter la présence de Dieu à nos activités «pieuses» et nous déplorons trop souvent l’absence de Dieu dans nos activités de tous les jours. Serions-nous, par ailleurs, voués à vivre une certaine schizophrénie bénigne … tantôt présents à la réalité qui nous entoure tantôt à la spiritualité à laquelle nous croyons ?  Dom Guillerand, s’adressant probablement à des membres de sa famille, répond que l’amour de Dieu et l’amour de nos tâches quotidiennes ne sont pas opposés et peuvent même devenir un enrichissement. Écoutons-le :

« Et vous, de votre côté, vous vous efforcerez d’acquérir des mérites pour qu’après nous être séparés pour quelques jours nous soyons réunis pendant les années éternelles. Cela n’est pas si difficile qu’on le croit communément. Il suffit d’offrir à Dieu ce que l’on fait. Cela n’empêche pas de gérer tous les intérêts temporels dont on a la charge. Au contraire, on le fait avec d’autant plus de courage et de soin qu’on est inspiré par un double amour : celui de la terre et celui du ciel. Ils ne sont pas opposés en principe. Ils ne le deviennent qu’en fait quand on ne sait pas faire à l’un et à l’autre la place à laquelle ils ont droit.

Dieu fait pousser les plantes et grandir les animaux ; vous ne contrariez donc pas ses desseins en mettant les grands bœufs dans les regains et en arrosant vos salades ; vous êtes ses collaborateurs. Malheureusement nous oublions le Collaborateur ; nous vivons comme s’il ne vivait pas ; et nous nous comportons comme s’il n’agissait pas. Nous nous privons d’un secours indispensable et d’un soutien très doux et très aimant. Nous n’y gagnons rien et nous y perdons beaucoup. Vous ne faites pas cela, vous. Mais faites-vous bien le plein dans vos cœurs et dans leurs cœurs ? Dieu, Notre-Seigneur, la Sainte Vierge et les saints y ont-ils toute la place à laquelle ils ont droit et qui donne à la vie tant de fécondité et de charme ? »

(Écrits spirituels, tome 2, page 183 s)

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Notre mystérieuse collaboration

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Le Christ nous a racheté au Calvaire sans notre aide, affirme saint Augustin, par contre, il ne nous sauvera pas sans notre collaboration. Quelle est donc cette mystérieuse collaboration? D’aucuns penseront immédiatement, et à bon droit, à l’affirmation de Jésus: « Si quelqu’un veut  être mon disciple, qu’il se renonce, prenne sa croix et  me suive». Bien! mais dans quel esprit le faire?  Pour les uns, dans celui d’un ascète qui s’efforce d’escalader la montagne de la perfection; pour d’autres, dans celui d’un enfant qui s’offre à Dieu par le don quotidien de lui-même. Quelque soit notre choix personnel, tout ce travail se traduit comme l’exercice du sacerdoce des fidèles: un sacerdoce distinct de celui des prêtres mais enraciné, comme lui, dans celui du Christ, sacerdoce commun des baptisés auquel Pierre et Paul  font souvent allusion dans leurs lettres. Voici comment s’exprime à ce sujet un saint évêque de Ravenne (Italie) au 5e siècle:

« Écoutons l’adjuration de l’apôtre Paul: « Je vous adjure d’offrir vos corps » (Romains 12, 1). L’Apôtre, par cette demande, a fait accéder tous les humains au sommet du sacerdoce: offrir vos corps, comme un sacrifice vivant! Quelle fonction sans précédent que celle du sacerdoce chrétien! L’homme y est à lui-même et la victime et le prêtre; l’homme n’a pas à chercher au dehors ce qu’il doit immoler à Dieu; l’homme apporte avec lui et en lui ce qu’il doit offrir pour lui-même à Dieu en sacrifice. (…)

Sois donc et le sacrifice et le prêtre de Dieu. Ne néglige pas le don que t’a concédé la souveraineté divine. Revêts la robe de la sainteté; boucle sur toi le ceinturon de la chasteté; que le Christ vienne voiler ta tête; que la croix imprimée sur ton front te protège toujours; mets sur ton cœur le mystère de la science divine; fais brûler sans cesse l’encens de la prière; empoigne le glaive de l’Esprit; fais de ton cœur un autel. Et ainsi présente ton corps à Dieu, offre-le sans crainte en sacrifice. »  (Homélie de saint Pierre Chrysologue, PL 52, 499-500)

Le concile Vatican II, en faisant allusion au sacerdoce commun des fidèles, n’a donc rien inventé de neuf, mais n’a fait que remettre en lumière une vérité traditionnelle de notre foi: « Les fidèles  exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et la charité active » (Lumen Gentium, no 10). Voilà donc notre mystérieuse collaboration à l’œuvre du Christ Sauveur, voilà notre dignité chrétienne, voilà notre plan d’action pour le temps de l’Avent qui commence. Que Dieu nous vienne en aide!

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Le silence comme prière

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« En Chartreuse les paroles que nous ne disons pas deviennent des prières. C’est là notre force et nous ne pouvons faire quelque bien que par ce grand moyen du silence. Nous parlons à Dieu de ceux auxquels nous ne parlons pas.

Il faut demander à Dieu la grâce de nous trouver au lieu de nous fuir. Se trouver, se fuir ce ne sont que des formules. Voilà ce qu’elles signifient et dans quelle vérité plus profonde qu’elles-mêmes elles s’accordent. Il y a en nous l’objet de nos aspirations. Il y est vraiment; il y est de façon personnelle et vivante ; il y est comme un frère, un ami, un père. Il s’y donne intimement et continuellement. Il est notre être vrai, la part de nous-mêmes qui n’est pas emportée à chaque instant par le flux des choses, ce qu’il y a d’immuable et d’éternel. Se trouver, c’est le trouver en soi. Cette découverte est l’œuvre de la foi aimante. Les âmes qui aiment ont une certaine façon de croire qui les fait comme sortir d’elles-mêmes et entrer dans l’objet de leur croyance. Elles comprennent cette parole de l’Évangile : « Si quelqu’un m’aime, il observe mes commandements: et alors nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure. »  Voilà où il faut nous enfuir, et où il faut nous trouver: dans la demeure de notre âme où réside Dieu. Et quand nous aurons trouvé ce Dieu en nous, quand nous en aurons fait le compagnon aimé de nos jours et de nos heures, nous ne trouverons plus la vie si lourde et la société de nos semblables si ennuyeuse. En eux, comme en nous, nous verrons et nous aimerons Celui qui est leur vrai fond de beauté. »

(Dom Augustin Guillerand dans Écrits spirituels, tome 2, page 171)

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Dom Guillerand et l’Eucharistie

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Messe conventuelle (Grande Chartreuse, France)

Dans son commentaire sur l’évangile de Jean, dom Guillerand nous a laissé des aperçus tout à fait sublimes sur l’eucharistie et la vie trinitaire. Il lui semble d’ailleurs impossible de traiter d’un sujet sans faire référence à la vie intime de Dieu. Le discours que Jésus a prononcé sur le pain de vie (chapitre 6)  se prêtait évidemment à une telle interprétation dont voici un extrait :

« On n’admire pas assez les discours de Notre-Seigneur. Ils se déploient avec une telle plénitude qu’on ne la remarque pas ; il en est de sa parole comme de sa vie: la simplicité en masque la perfection et la beauté.  Cherchez, a-t-il dit à ses auditeurs, un aliment qui demeure et donne de vivre à jamais. Demandez-moi cela, et non un pain matériel qui refasse vos corps chaque jour et qui vous laisse dans la vie périssable de la matière. Ce pain spirituel, vous l’avez ; le Père vous l’a donné. Je suis ce pain ; si vous entrez en moi par la foi, vous l’y trouverez et vous serez à l’abri de l’usure ; vous n’aurez plus ni faim ni soif ; vous ne mourrez plus, et même vos corps participeront au dernier jour à cette vie qui demeure. Mais il faut me manger. Comment cela ? En prenant ma chair, en vous unissant à moi dans la chair, comme je me suis uni à vous quand je l’ai prise. Je suis descendu, il faut que vous remontiez ; je suis descendu par elle ; vous devez remonter par elle. Entrez dans ma chair et vous trouverez le Père, le principe de vie qui me la communique, vous accueillerez le souffle de vie par lequel il m’engendre, et vous vivrez de cette vie.

Vous ferez ce que je fais, vous vous donnerez comme je me donne. Vous donnerez votre esprit en croyant ; vous donnerez votre volonté en aimant ; vous donnerez votre sensibilité en réalisant votre foi et votre amour. Vous vous donnerez parce que l’Esprit d’amour qui m’unit au Père sera en vous, et vous unira à moi comme je m’unis à lui. Vous ferez ce que je fais comme je fais ce que fait le Père. Tous, nous ne ferons que nous donner mutuellement … et ce sera la vie éternelle. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 293s)

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Une vie auréolée par l’Esprit

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La Pentecôte est l’aboutissement de la mission de Jésus: le « don de Dieu » nous est finalement octroyé! C’est l’accomplissement des prophéties portant sur la Loi intérieure devant être inscrite dans le cœur des croyants. Cadeau inestimable qui justifie le pécheur tout en l’unissant aux autres disciples: union personnelle à Dieu et à l’Église. Source également d’une multitude de charismes valorisant chaque fidèle et organisant ainsi le témoignage communautaire du groupe. On pourrait s’étendre longuement sur la liste des bienfaits de la Pentecôte dont le premier fruit visible fut de lancer les Apôtres sur les chemins de la mission (Actes 2, 1-11) et le premier fruit invisible celui de justifier le cœur des croyants (Jean 20, 22-23). Permettez-moi de m’étendre sur une conséquence de la Pentecôte, sur un aspect de la vie spirituelle qui m’apparaît primordial en la circonstance: la valorisation du moment présent.

Dieu vit dans un éternel présent … ce qui évidemment n’est pas notre cas! Nous sommes des êtres plutôt instables et nerveux. Dans une société qui fonctionne régulièrement à haute vitesse, notre attention ignore facilement le moment présent pour privilégier quelques actions à venir; et nous voilà en avance de deux semaines sur notre quotidien. Dans ce contexte, le moment actuel peut nous paraître assez banal, voire un obstacle à nos désirs insatiables ; à l’exception de quelques moments intéressants, tout le reste de la journée peut nous sembler du remplissage. Et pourtant, notre existence sur terre ne sautille pas d’un point à l’autre mais elle se déroule calmement, une minute à la fois. À nous de la savourer cette petite minute car elle ne reviendra pas !

S’il est normal de savoir s’arrêter et respirer un peu, il nous est par contre plus difficile d’apprécier les petites choses qui composent notre « terrible quotidien ». Si nous sommes croyants, de véritables croyants bien sûr, le cadre de notre vie se métamorphose et tout s’illumine de la présence de Dieu. Au dire du pape François: « L’aujourd’hui est le plus semblable à l’éternité, et même plus: l’aujourd’hui est une étincelle d’éternité, car dans l’aujourd’hui se joue la vie éternelle » ( JMJ de Rio, 2013). Le moment présent peut donc être porteur d’une valeur insoupçonnée. Cette vision de foi, si elle est cultivée, peut transformer notre vie actuelle en un exercice tout à fait exceptionnel et bénéfique. La valeur morale d’un acte ne réside pas tellement en lui-même mais dans l’intention avec lequel il est posé ; et c’est ce qui fait la grandeur de notre routine lorsqu’elle est vécue dans la foi et l’amour. Incidemment, cette vie monacale de prière et de silence qu’est la vie contemplative incline ses membres à discerner toute la valeur d’un geste très humble accompli avec foi, qu’il s’agisse de passer le balai ou de faire la vaisselle. Rien d’insignifiant en une vie qui se déroule en présence de Dieu ! N’est-ce pas d’ailleurs, au dire de saint Paul, ce que devrait être la vie de tout baptisé ? « Tout ce que vous dites, tout ce que faites, dit-il aux chrétiens de Colosse, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père. » (Colossiens 3, 17).

Vivre tout confinement dans la déprime, les yeux rivés sur des activités provisoirement inaccessibles, ou le vivre positivement comme un jardin spirituel qui attend nos semis, voilà bien le dilemme! Puisse cette fête de la Pentecôte nous aider à le résoudre en acceptant de vivre chaque moment comme une étincelle d’éternité, un moment de vie auréolé par l’Esprit, un magnifique don de Dieu !

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Cette fontaine qu’est l’Esprit Saint

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Fontaine de la cour intérieure (Chartreuse Scala Coeli, Portugal)

Dans son commentaire de l’évangile de Jean, dom Augustin Guillerand nous parle de l’Esprit Saint comme d’un mouvement qui unit le Père et le Fils et qui, jaillissant du cœur du Christ à la manière d’une fontaine, tend à se répandre dans le cœur des croyants. Écoutons attentivement ce cher dom Augustin :

« L’Esprit qui unit le Père au Fils et le Fils au Père, qui part du Père pour se donner au Fils et repart du Fils pour entrer dans le Père, est dans le Fils fait homme pour se donner aux hommes. Il part de Jésus comme un fleuve pour répandre en eux son eau jaillissante, et il doit repartir d’eux pour rentrer dans le Verbe incarné et, par lui, dans le Père.

Son eau est la vie éternelle; son mouvement est le mouvement intérieur qui la constitue et qui s’est répandu hors de l’océan infini pour se communiquer aux eaux de l’abîme et les faire rentrer transformées et divinisées dans l’océan. Ce fleuve est le fleuve de paix. Il se répand sans se répandre ; c’est un mouvement qui comble, qui communique l’être au néant et le fait être. Il n’est pas exact de dire qu’il est reçu ni qu’il n’est pas reçu. Il reçoit en lui en même temps qu’il est reçu. Voilà pourquoi Jésus emploie le mot «baptiser». Il baptise dans l’Esprit, c’est-à-dire qu’il plonge dans l’Esprit ; et nous recevons l’Esprit dans la mesure de notre être. L’Esprit est l’océan plein et débordant qui se répand en tout vase vide … et dans la mesure de ce vide. Les vases doivent donc se vider de tout ce qui les emplit. Le Fils demande ce vide pour se donner à eux. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 214)

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Savoir se mettre en présence de Dieu

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Nous voulons tous prier, et bien le faire, mais comme il est difficile de garder notre attention sur Dieu. Que de distractions dues à la fatigue, à notre imagination fertile (cette « folle du logis ») ou découlant tout simplement de notre tiédeur spirituelle.

C’est clair que nous ne pouvons pas débuter notre moment de prière aussi facilement que d’ouvrir un tiroir! Il nous faut tout d’abord aménager un environnement propice; Jésus  lui-même sentait le besoin de se réfugier dans la montagne lorsqu’il voulait prier. Si les moines ont toujours préférer le désert à la vie urbaine, c’est qu’ils y trouvent un moyen radical de fuir les attaches humaines et une ambiance idéale pour leurs colloques avec Dieu. Prier suppose donc un certain détachement de nos occupations quotidiennes et une démarche calme dans un environnement paisible.

Parvenus à ce stade, il nous reste à fixer notre regard sur Dieu! Même les chartreux doivent se recueillir avant de prier (voir la photo ci-dessus). Pour la récitation d’une prière, comme le chapelet par exemple, il suffira normalement de réciter le Je crois en Dieu très lentement, en réfléchissant  brièvement sur chaque vérité énoncée dans ce merveilleux résumé de notre foi chrétienne. Lorsqu’il s’agit d’une prière plus longue, comme l’Office des Heures (bréviaire) ou une «lectio divina» (lecture spirituelle), je conseille fortement un arrêt assez long pour bien identifier tant Celui à qui on s’adresse que ceux à qui on s’unit dans cet acte de prière (car on ne prie  jamais seul mais toujours uni au Corps mystique du Christ). Voici, par exemple, une petite formule que j’utilise à cet effet:

« En Jésus ressuscité, dans l’Esprit Saint, et tourné vers le Père;

Avec Marie, Joseph, mon ange, Charbel (patron de mon ermitage), parents et amis dans la lumière divine, les saints du jour et toute la cour céleste;

Uni également à mes frères et sœurs dans la foi, dans la patience (âmes du Purgatoire), la souffrance, le combat, le témoignage et la prière. »

Cette formule, je l’utilise dans une version un peu plus détaillée lorsque je débute ma journée (lors de ma prière nocturne) mais, quoiqu’il en soit, elle n’est pas une garantie contre les distractions bien qu’elle s’avère souvent un prix de consolation en ce sens que si, à la fin de ma prière, je me désole d’avoir été distrait, je sais néanmoins que je l’ai accomplie dans une bonne intention!

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Le Christ ne meurt plus, alléluia!

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Le Ressuscité  (oeuvre de Pericle Fazzini, salle Paul VI, Vatican)

Si le Christ est mort pour nos péchés, n’oublions surtout pas qu’il est ressuscité pour nous donner la vie éternelle. Célébrer Pâques, c’est donc non seulement célébrer  un événement unique dans la vie de Jésus mais c’est aussi célébrer un événement central dans la vie de tout croyant: l’espérance de vivre de la vie-même de Dieu, dans la foi tout d’abord puis dans la vision! L’apôtre saint Pierre exprime très bien cette réalité lorsqu’il affirme: « Béni soit Dieu qui nous a régénérés, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, pour un héritage qui vous est réservé dans les cieuxVous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves » (1 Pierre 1, 3-6).

Nous sommes donc voués, dans l’immédiat, à deux sortes de réaction: la louange et la supplication. La louange que provoque en nous la prise de conscience que Dieu nous aime non seulement en parole mais aussi en acte, et la supplication face aux difficultés récurrentes de la vie.  Dans un sermon sur le psaume 148, saint Augustin résume très bien ces deux attitudes du croyant: « La méditation, dans notre vie présente, doit consister à louer Dieu, car l’allégresse éternelle de notre vie future sera une louange de Dieu; et personne ne peut être adapté à la vie future s’il ne s’y exerce pas dès maintenant. Maintenant donc nous louons Dieu, mais nous le supplions aussi. Notre louange comporte la joie; notre supplication, le gémissement. Car on nous a promis quelques chose que nous ne possédons pas encore; et parce que l’auteur de la promesse est véridique, nous trouvons notre joie dans l’espérance; mais parce que nous ne possédons pas encore, notre désir nous fait gémir. Il nous est bon de persévérer dans le désir jusqu’à ce que vienne le bonheur promis, jusqu’à ce que le gémissement disparaisse et que la louange demeure seule. »  (CCL 39, 2165-2166)

Retenons, enfin, que si le temps du carême était propice à la supplication, par contre le temps pascal, lui, est propice à la louange; c’est pourquoi nous chantons si souvent ALLÉLUIA , une exclamation hébraïque qui signifie littéralement « louons Yahvé » (allelu-Ya). À ce sujet, le même saint Augustin précise: « Nous vous exhortons, mes frères, à louer Dieu en ce moment, et c’est ce que nous faisons tous lorsque nous disons Alléluia. (…) Mais louez-le par tout vous-mêmes, c’est-à-dire que votre langue et votre voix ne doivent pas être seules à louer Dieu; louez-le aussi par votre conscience, par votre vie, par vos actions. »

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Véritablement HOMME, véritablement DIEU.

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Malgré les différents aspects de la foi en Dieu qui peuvent nous unir aux Juifs et aux Musulmans, il en est un qui  demeure un obstacle insurmontable: la DIVINITÉ de Jésus! N’ayant pas reçu le don de la foi chrétienne, ces croyants ne peuvent intuitionner (comme nous) ce beau mystère d’un Dieu en trois Personnes ni celui de l’union ineffable des deux natures, divine et humaine, en la personne de Jésus. «Véritablement homme, véritablement Dieu»  …  laissons cet expert en la matière, que fut au 5e siècle le pape saint Léon, nous introduire un tant soit peu à ce mystère fondamental:

«La petitesse a été assumée par la majesté, la faiblesse par la force, l’asservissement à la mort par l’immortalité; et  pour payer la dette de notre condition humaine, la nature inaltérable s’est unie à la nature exposée à la souffrance. C’est ainsi que, pour mieux nous guérir, le seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus Christ devait d’un côté, pouvoir mourir et, de l’autre, ne pas pouvoir mourir. C’est donc dans la nature intégrale et complète d’un vrai homme que le vrai Dieu est né, tout entier dans ce qui lui appartient, tout entier dans ce qui nous appartient. (…) Les défauts que le démon trompeur a introduit dans l’homme, et que l’homme trompé a contractés n’ont aucunement marqué le Sauveur. Aussi, bien qu’il ait accepté de partager nos faiblesses humaines, n’a-t-il pas participé à nos fautes. Il a pris la condition de l’esclave sans la souillure du péché; il a rehaussé l’humanité sans abaisser la divinité. (…)

En effet, le même qui est vrai Dieu est aussi vrai homme, et il n’y a aucun mensonge dans cette unité, puisque la bassesse de l’homme et la hauteur de la divinité se sont unies dans cet échange. De même que Dieu n’est pas altéré par sa miséricorde, de même l’homme n’est pas anéanti par sa dignité. Chacune des deux natures agit en communion avec l’autre, mais selon ce qui lui est propre: le Verbe opère ce qui appartient au Verbe, et la chair exécute ce qui appartient à la chair. L’un brille par ses miracles, l’autre succombe aux outrages. Et de même que le Verbe ne perd pas son égalité avec la gloire du Père, de même la chair ne déserte pas la nature de notre race humaine. C’est un seul et même être, il faut le dire souvent, vraiment Fils de Dieu et vraiment fils d’homme. »

(Lettre de saint Léon le Grand à Flavien, PL 54, 763-767)

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