Mon ami FRANÇOIS DE SALES

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J’ai eu la chance de grandir dans une paroisse québécoise dédiée à saint François de Sales, cet évêque savoyard du 16e-17e siècle, canonisé en 1665 et déclaré docteur de l’Église en 1877 pour avoir su proposer aux chrétiens ordinaires une voie de sainteté « sûre, facile et douce» (Pie IX).  François de Sales peut-il encore parler aux fidèles du 21e siècle? Oui, nous répond le Pape François à travers une copieuse lettre apostolique d’une vingtaine de pages dédiée à ce saint évêque et publiée récemment pour souligner le 400e anniversaire de sa mort (28 décembre 1622). Pour ma part, je vous présente aujourd’hui un extrait de son best-seller Introduction à la vie dévote où saint François explique que la vie spirituelle n’est pas réservée aux religieux et religieuses, et encore moins aux moniales et moines contemplatifs :

[À noter que l’expression « vie dévote » n’avait pas, au 16e siècle, le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui, mais bien celui plus large de « vie spirituelle »]

« Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre; ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Serait-il à propos que l’Évêque voulût être solitaire comme les Chartreux? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’Évêque, cette dévotion ne serait-elle pas ridicule, déréglée et insupportable? Cette faute néanmoins arrive bien souvent. (…)

C’est une erreur et même une hérésie de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent dans les états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. » (Édition Ravier & Devos, 1,36-37)

Bien avant Vatican II, ce saint évêque a donc su adapter la vie spirituelle au laïcat tout en respectant les diverses branches de leur activité séculière. Un aggiornamento plus que bienvenu en ces siècles de jansénisme étouffant. J’en profite, ici, pour adresser une certaine mise en garde à mes lecteurs et lectrices : en citant régulièrement sur mon blogue la spiritualité des Chartreux, mon intention n’est pas d’inciter à l’imitation matérielle de ce genre de vie monastique mais bien de vous encourager à y puiser une certaine émulation. En effet, la recherche de Dieu est ouverte indistinctement à tous les croyants et elle se doit de demeurer adaptée aux forces et situations concrètes d’un chacun !

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Une eau coulant depuis deux mille ans

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« De son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jean 7, 38)

La venue de Jésus sur terre a certainement marqué l’histoire humaine de façon extraordinaire et indélébile : le Créateur  s’est abaissé à notre niveau pour venir réparer le gâchis créé par sa créature. Heureuse faute, dira saint Augustin, qui nous a mérité un si grand Rédempteur. Prévue de toute éternité, l’Incarnation du Fils s’est révélée le sommet de la création … une création  n’ayant d’autre but que de dévoiler le mystère de Dieu : un Amour infiniment miséricordieux .

Dieu aurait pu décréter pour nous un salut définitif et obligatoire ; il a plutôt voulu nous associer à ce salut en nous laissant libres de l’accepter ou non. D’où l’envoi des Apôtres dans le monde entier, non pour nous contraindre mais pour nous inviter au festin messianique. Et depuis deux mille ans, l’Église ne cesse de remplir cette mission, grâce à l’Esprit Saint qui l’habite : une mission accomplie progressivement, conforme à la prophétie d’Ezéchiel qui déjà, vers l’an 580 avant notre ère, avait entrevu ce salut progressif dans la vision d’un mince filet d’eau coulant du côté droit du Temple de Jérusalem, et devenant peu à peu un fleuve infranchissable : eau miraculeuse se déversant dans les steppes  désertiques et  y assainissant tout ce qu’elle touchait (Ézéchiel 47, 1 ss).

Jésus est ce nouveau Temple auquel nous sommes intégrés. De son côté blessé par la lance, il laissa s’écouler de l’eau et du sang … symbole de l’Esprit Saint obtenu par son offrande sur la croix. Cette eau vive coule depuis 2000 ans et ne cesse de féconder le cœur des humains ; deux mille ans de générosité, de dévouement, de créativité, de présence fraternelle dans un monde presque toujours rébarbatif à ces appels. Un travail apostolique qui serait impossible de réaliser sans la présence bienfaisante de l’Esprit Saint. Quel honneur et quelle joie que d’être associé(e)s à ce processus de sanctification mondiale! On comprend avec quelle fierté saint Paul a pu s’écrier: « Grâces soient à Dieu qui, dans le Christ, nous emmène dans son cortège triomphal et qui , par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance » (2 Corinthiens 2, 14).

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Une Parole qui interpelle !

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« Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Ces paroles de Jésus nous font l’effet d’une douche froide, à nous, chrétiens du 21e siècle, qui essayons trop souvent d’unir confort et devoirs religieux. Car, le renoncement évangélique ne concerne pas uniquement les moines mais tous les baptisés (même si dans une moindre mesure). Au lendemain de la fête de saint Antoine le Grand, moine égyptien du 4e siècle, je vous présente un extrait de sa vie, telle que racontée par son contemporain, saint Athanase d’Alexandrie :

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux. Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. » ( Vocation d’Antoine, extrait de la Vie de saint Antoine par saint Athanase, évêque d’Alexandrie)

Détachement, humble travail, lectures bibliques, prières fréquentes, autant de moyens concrets pour faciliter le dialogue entre nous et Dieu. Tous n’ont peut-être pas la même vocation qu’Antoine mais la ferveur des chrétiens des premiers siècles ne peut que nous inspirer un mode de vie plus modeste, une attention à Dieu plus soutenue et des comportements à contre-courant de ceux de nos contemporains. Quant au jeune Antoine, on sait qu’il se retira au désert et y vécu très longtemps pour y mourir à l’âge de 105 ans (vers 356). Ajoutons que de nombreux disciples le suivirent dans ce genre de vie austère, ce qui lui valut le titre de Père des moines.

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Renaître en contemplant le Christ

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Lors d’un entretien nocturne avec Nicodème, notable juif passablement âgé, Jésus lui déclare qu’il lui faudra renaître de nouveau pour pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu. Dom Augustin Guillerand, moine chartreux, commente ainsi ce passage évangélique en en faisant une application très personnelle à quiconque recherche la Vérité:

« L’âme humaine est un miroir; elle réfléchit ce qui est en face d’elle; si une âme se met en face du Fils de Dieu fait homme, si elle le regarde, si elle fait attention à lui, si elle se tend vers lui pour le voir, la physionomie du Fils de Dieu fait homme se reproduit en elle, son Esprit l’illumine, la transforme, la fait image du Fils qui est l’image du Père. Ils ne font plus qu’un; le Fils vit en elle, le Père vit en elle, l’Esprit vit en elle; leur don mutuel se répète en elle; elle se donne comme ils se donnent: ils se donnent en elle, elle se donne en eux.

Elle ne fait plus qu’un avec eux: elle voit le Royaume de Dieu, elle possède la vie divine qui est cette vision; elle voit ce que voit Dieu; elle aime ce qu’il aime, elle dit ce qu’il dit. Elle est devenue, par l’Esprit de Dieu qui l’emplit, verbe de Dieu; elle est baptisée dans l’eau et l’esprit; elle a pris une nouvelle vie qui la fait fille de Dieu.

Voilà ce qu’est renaître, et ce que peuvent faire même les vieillards. Le corps vieillit; l’âme reste éternellement jeune comme Dieu dont elle est l’image, et comme l’Esprit qui la renouvelle en lui. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 215)

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Dans le vent de l’Esprit

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Les changements climatiques nous habituent peu à peu à ces sautes d’humeur de mère Nature qui ne cessent de nous impressionner. Mais, à bien y penser,  les bourrasques de vent existent depuis toujours et leur apparition soudaine n’a jamais cessé de nous surprendre.

 Jésus a utilisé ce phénomène naturel  pour nous parler de la vie dans l’Esprit qui caractérise si bien le modus vivendi (façon de vivre) du chrétien. « Le vent souffle où il veut, disait-t-il un jour à Nicodème, tu entends sa voix mais tu ne sais d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » (Jean 3,8). Jésus parle en connaissance de cause puisque tout  son ministère est redevable à cette mystérieuse influence de l’Esprit Saint.

Au lendemain de la fête du Baptême de Jésus, nous avons encore en mémoire cette descente de l’Esprit (sous la forme d’une colombe) alors qu’il était en prière, après avoir été baptisé par Jean dans le Jourdain. Ce fut pour lui le signal d’une nouvelle aventure qui le conduisit tout d’abord  au désert puis dans les divers villages de Galilée. Voici la raison qu’il en donne  à ses concitoyens de Nazareth réunis à la synagogue du village, tout ébahis de le voir agir ainsi: « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne nouvelle aux pauvres … » (Luc 4,18)

Se laisser  conduire par l’Esprit suppose évidemment une grande attention à ses inspirations, lesquelles peuvent être soudaines et déconcertantes. Le silence intérieur et l’esprit de prière sont essentiels non seulement pour entendre ces inspirations mais aussi pour bien décortiquer le vrai du faux. Serait-ce là une nouvelle spiritualité ? Pourtant l’apôtre Paul nous avertit que la vie dans l’Esprit est ce qu’il y a de plus essentiel et de plus normal chez un chrétien: « Tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. » (Romains 8,14)

Sommes-nous sous la mouvance de l’Esprit? Bonne question ! L’apôtre Jean nous répond, dans sa première lettre (1Jean 3 et 4), qu’il y a deux conditions à remplir : foi en Jésus-Christ et charité fraternelle. Si telle est notre situation, il n’y a plus qu’à prendre notre planche à voile et à se laisser emporter par le vent de l’Esprit. Bonne randonnée !

Planche à voile
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Double récompense pour les Mages

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Entreprendre un voyage, au temps du Christ, n’allait pas de soi. Les efforts consentis par les Mages pour suivre une étoile nous demeurent inconnus. Quoiqu’il en soit, notre ami dom Guillerand y voit, à bon droit, une source de mérites qui ne peut aller sans récompense devant Dieu. Écoutons-le :

« Quels efforts ont dû consentir les Mages pour entreprendre le voyage les amenant aux pieds du divin Roi ? Nous ne les connaissons pas avec précision. Nous n’en devinons que quelques-uns. A coup sûr, ils ont été énormes ; on ne voyageait pas alors en train de luxe, il fallait du temps, des préparatifs compliqués, toute une organisation très lourde ; on s’exposait à des dangers. Sur la seule indication d’un astre inaccoutumé, les Mages ont affronté tout cela. Il fallait qu’à l’appel extérieur Dieu joignît des invitations intimes bien pressantes et que ce double effort de sollicitations divines rencontrât des âmes bien généreuses et bien croyantes.

La récompense fut double, et le récit sacré a tenu à nous la décrire avec netteté. La première fut négative : elle consista à les garder des obstacles du voyage. Le grand obstacle fut le manque de foi de Jérusalem et des dirigeants juifs. A distance et avec l’habitude de lire ces récits, cela ne nous frappe plus. En fait, la surprise des Mages dut être formidable : cette naissance qui les avait mis en mouvement et pour un si grand voyage, elle n’avait pas même éveillé la curiosité des boutiquiers du pays, ni défrayé la conversation des blanchisseuses ! Indifférence complète ! Ignorance absolue à l’égard d’un événement devant soulever toutes les âmes et transformer le monde. Il est à peine croyable que devant cet état d’esprit de Jérusalem les Mages n’aient pas rebroussé chemin.

La seconde récompense est positive : c’est la vision de la lumière enfin accordée à une telle foi. L’étoile reparaît et se fait guide ; le ciel prend la direction effective du voyage. Alors, il n’y a plus qu’à marcher dans la clarté et la marche illuminée est très courte ; quelques heures consolées où leurs âmes sont soutenues et comme portées par la grâce, et le divin Soleil de justice se donne à contempler à ceux qui ont su lui garder confiance, malgré toutes les difficultés, tous les retards, toutes les éclipses. Le divin Soleil ne se donne lui-même que réduit et voilé. Même à ses pieds et quand on l’a rejoint, le regard de foi seul le découvre et s’en empare. Ce Roi n’est qu’un pauvre, ce Dieu n’est qu’un enfant, cette intelligence infinie est sans paroles, et la tendresse rayonnant de son cœur ne s’exprime qu’en cris et en vagissements inarticulés. Les Mages n’en sont pas plus troublés que par les périls du parcours, la longueur des chemins ou l’indifférence des Juifs. La Lumière brille en eux, leur faisant voir par delà les langes, le silence et le dénuement. L’étoile est entrée dans leur cœur et les éclaire de clartés nouvelles. Dieu resplendit à travers tout ce que les hommes méprisent. Rien ne leur paraît plus grand que ce mépris des mépris humains, et ils adorent ce Souverain Maître dans ce petit enfant à la merci des hommes et des choses.»

(Écrits spirituels tome 2, page 72 s)

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Solitude et vie fraternelle

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Chartreuse de Porta Coeli (Espagne)

Alors que le tintamarre des Fêtes commence à s’adoucir, plusieurs sentent un besoin réel de silence et de solitude. La vie en Chartreuse nous apparaît alors enviable avec ses caractéristiques de solitude que l’on connaît bien mais … la connaissons-nous vraiment cette vie ? S’il est vrai que ces moines vivent un retrait réel du monde dans leur ermitage respectif, il n’est pas moins vrai qu’ils ne sont pas des ermites à proprement parlé. Un minimum de vie fraternelle, voulu dès le commencement par leur fondateur, leur fournit une soupape bienfaisante lorsque la pression de la solitude s’avère dangereuse. Voici comment s’exprime à ce sujet le site officiel de l’Ordre des Chartreux :

3. Une communion de solitaires

« La grâce du Saint Esprit rassemble les solitaires pour en faire une communion dans l’amour, à l’image de l’Église, une et répandue en tous lieux » (Statuts 21.1). L’originalité de la chartreuse vient (en premier lieu de la solitude, et) en second lieu, de la part de vie commune qui est indissolublement liée à l’aspect solitaire. Ce fut le trait de génie de saint Bruno, inspiré par l’Esprit Saint, d’avoir dès l’origine su allier une juste proportion de vie solitaire et de vie commune de manière à faire de la chartreuse une communion de solitaires pour Dieu. Solitude et vie fraternelle s’équilibrent mutuellement. La vie commune permet au monastère de fonctionner, mais elle est aussi un élément important pour vérifier l’authenticité de notre charité car sinon il serait facile au solitaire de vivre dans l’illusion.

La vie communautaire se nourrit quotidiennement de la liturgie chantée à l’église, une œuvre commune pour la gloire de Dieu. Les jours ordinaires elle a lieu trois fois par jour : nous nous réunissons à l’église à minuit pour le long office de nuit (qui comprend Matines et Laudes), le matin pour la messe conventuelle et le soir pour les Vêpres.

Les dimanches et solennités sont des jours plus communautaires. Nous disons presque tous les offices à l’église. Nous prenons le repas de midi ensemble au réfectoire en silence (tout en écoutant une lecture). Et l’après-midi nous nous réunissons au chapitre, où sont traitées les affaires d’intérêt commun. Ensuite a lieu la récréation hebdomadaire. En outre, le premier jour libre de la semaine a lieu une longue promenade de quatre heures environ (le spaciement), durant laquelle nous pouvons parler librement, ce qui nous permet de mieux nous connaître et de nous soutenir les uns les autres. Plusieurs fois par an a lieu une récréation commune, où pères, frères et novices se retrouvent ensemble.

Ces récréations et spaciements ont pour but d’entretenir l’affection mutuelle et de favoriser l’union des cœurs, tout en assurant une bonne détente physique. » (https://chartreux.org/moines/la-voie-cartusienne/)

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Sainte Marie, Mère de Dieu

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Depuis la réforme liturgique, préparée par le Concile et décrétée par le pape Paul VI, le 1er janvier (jour octave de Noël) est devenu jour de « Sainte Marie, Mère de Dieu ». En effet, il importait de souligner en ce temps de Noël le rôle indispensable de Marie dans la naissance du Verbe incarné. Nous rejoignons ainsi nos frères orthodoxes qui aiment honorer la Vierge sous l’appellation grecque de Theotokos (littéralement, celle qui engendre Dieu). Mère, non pas de la divinité mais de l’humanité de Jésus ! Étant donné qu’il n’y a en lui qu’une seule Personne divine unissant les deux natures, la Vierge acquiert par le fait même le titre de Mère du Verbe incarné, d’où Mère de Dieu. Ce titre aura fait couler beaucoup d’encre au 5e siècle et susciter de nombreuses controverses pour finalement provoquer un concile œcuménique (Concile d’Éphèse, 431) qui déposera Nestorius, patriarche de Constantinople, lequel s’opposait à un telle appellation.

Dans une exhortation apostolique, le saint pape Paul VI n’hésite pas à affirmer que la dévotion mariale est un lieu commun où peuvent se retrouver la plupart des chrétiens: « Les catholiques rejoignent leurs frères des Églises orthodoxes, où la dévotion à la Vierge revêt des formes hautement lyriques et profondément doctrinales dans la vénération très aimante de la glorieuse «Theotokos» et dans les acclamations à Celle qui est «l’Espérance des chrétiens». Ils rejoignent aussi les Anglicans dont les théologiens classiques ont jadis mis en lumière la solide base scripturaire du culte rendu à la Mère de Notre-Seigneur, et dont les théologiens actuels soulignent davantage l’importance de la place que Marie occupe dans la vie chrétienne. Ils rejoignent aussi leurs frères des Églises Réformées, dans lesquelles fleurit avec vigueur l’amour des Saintes Écritures, quand ils proclament les louanges de Dieu avec les paroles mêmes de la Vierge.» (Marialis Cultus, no 32).

N’ayons donc aucune crainte de célébrer Marie, aujourd’hui, sous le titre de Mère de Dieu. Qu’elle nous obtienne de commencer la nouvelle année dans la joie toute spirituelle de notre vie chrétienne et dans la reconnaissance d’être destinés à hériter, comme elle, de l’éternité bienheureuse !

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Jésus à Nazareth

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Dans nos familles actuelles, les jeunes n’ont souvent qu’un seul désir: prendre leur envol le plus tôt possible et vivre leur vie à leur façon. Mais il se trouve parfois des situations qui invitent à retarder ce départ. La fête de la Sainte Famille m’incite à réfléchir, aujourd’hui, sur la durée inhabituelle de cette première étape dans la vie de Jésus.

Étant donnée l’importance capitale de la mission terrestre du Verbe incarné, sa vie familiale à Nazareth m’a toujours intrigué, ne fut-ce que par sa durée: 30 ans sur 33 ans d’existence parmi nous. Chez ses contemporains juifs, le jeune homme prenait femme vers l’âge de 16-18 ans et s’adonnait à  un métier quelconque pour gagner son pain et celui de sa petite famille. Avoir trente ans était donc vu, à l’époque, comme déjà avancé en âge. Pourquoi Jésus a-t-il consacré les 9/10 de sa vie à Nazareth? Je vous soumets mon humble hypothèse: remplir ses obligations de soutien familial !

Rappelons-nous que la situation conjugale de Marie et de Joseph était non seulement spéciale mais unique! Joseph, homme juste, ne pouvait que respecter la virginité miraculeusement féconde de son épouse. Cette petite famille à trois, où régnait un immense amour, ne pouvait vivre repliée sur elle-même mais devait tôt ou tard s’ouvrir au partage. Et c’est probablement ce qui arriva avec la mort inopinée d’un des frères de Joseph (Clopas) qui laissait dans le besoin  son épouse Marie ainsi que ses enfants Jacques, Jude, et autres. Décès prématuré et peut-être prévisible dans cette famille où Joseph, lui-même, ne fera pas long feu. Quoiqu’il en soit, à la mort de son père adoptif, Jésus se sera donc retrouvé comme soutien d’une famille élargie. Dans les circonstances, il  fit évidemment le bon choix : se consacrer totalement aux besoins essentiels des siens. Le contraire aurait été une impiété manifeste! Ce n’est donc que rendu à l’âge de trente ans, alors que ses « frères et sœurs » pouvaient se prendre en main, qu’il quittera son entourage pour entreprendre sa grande Mission.

Soit dit en passant, remarquons qu’au pied de la croix de Jésus se trouvaient plusieurs femmes dont « sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala » (Jean 19,25). Il est évident que la mère de Jésus ne pouvait avoir pour sœur biologique une femme portant le  même nom qu’elle (!) mais bien plutôt une belle-sœur  qui, de surcroit,  vivait avec elle depuis plusieurs années. Seraient ainsi résolues, à mon humble avis,  les difficultés soulevées par l’existence des « sœurs et frères de Jésus » ainsi que par la durée inhabituelle de la vie cachée du Messie.

La fête de la Sainte Famille de Nazareth nous rappelle donc que toute notre existence sur terre n’a de sens qu’en tant qu’enracinée dans ce phénomène qu’est l’amour humain : amour de dévouement, amour de respect de l’autre, amour d’oubli de soi. On comprend dès lors que Celui qui, appelé à proclamer haut et fort la primauté de l’amour de Dieu et du prochain, ait senti très tôt le besoin de vivre à fond cet amour familial, pâle image, mais image quand même, de cet Amour qui existe en Dieu et qui fera un jour notre bonheur !

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La paix des choses qui ne passent pas

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 Nous venons de terminer la célébration de Noël et on peut se demander ce que la majorité des baptisés ont retenu de cette fête chrétienne. Déjà au milieu du siècle dernier, le sens chrétien de ces fêtes avait tendance à s’émousser. Voici ce qu’en écrit dom Augustin Guillerand, moine chartreux décédé en 1945:

« Les fêtes chrétiennes sont des heures d’union. Pour tous et toujours, l’activité terrestre est plus ou moins dévorante. Heureuses les personnes qui comprennent cette triste situation et ont faim et soif de lui échapper. Pour elles, s’arrêter un instant, consacrer quelques heures à regarder par delà le mouvement qui les emporte, fixer leur cœur où sont les vraies joies, dans la paix des choses qui ne passent pas, entrer en contact avec ce monde supérieur où l’on ne songe qu’à s’oublier pour se donner, où l’on trouve le repos et la joie dans la communion mutuelle et l’amour, où la mesquinerie de l’intérêt personnel cesse et n’obtient même plus ni un souvenir, ni un nom ; tout cela est doux, espéré, reposant, un oasis frais dans le désert.

Nous avons tendance à reléguer dans l’irréel tout ce qui nous dépasse. Dès qu’une réalité déborde notre esprit, ou nous la nions ou nous vivons pratiquement à son égard comme si elle n’existait pas. Ce n’est pas seulement une inintelligence, c’est une perte pratique immense. Nos relations avec ce monde de là-haut, avec toute cette famille céleste, qui constituent notre vraie vie dès ici-bas et en préparent l’épanouissement plein, ces relations dis-je imprégnées d’une foi vive nous obtiendraient une douceur et une force qui seraient le trésor de la terre. Mais alors il faudrait s’arracher, ou mieux se laisser arracher par l’Esprit d’amour, à la mouvante et insignifiante bagatelle qui nous tient. Peu d’âmes ont assez de courage pour le faire, et Dieu qui exige ce courage se contente de ce petit nombre: « Quand le Fils de l’homme reviendra sur la terre, trouvera-t-il encore la foi? » (Luc 18,8)

(Écrits spirituels, tome 2, page 281)

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