En fait, on se prépare comment ?

Le temps de l’Avent est un temps de préparation à la célébration de Noël, tout le monde en convient. Mais la question se pose : On se prépare comment ? Dans une société laïcisée (et nord-américaine comme la mienne), la question ne va pas de soi ! Demandez à monsieur Tout-le-monde et il vous répondra probablement par des projets de rencontres festives, de cadeaux, de voyages, peut-être même d’une timide assistance à la messe de Noël mais rarement (sinon jamais) de préparation spirituelle à la célébration de la Fête ! Pour lui, le mois de décembre n’est qu’un temps de décorations lumineuses qui agrémente une période sombre de l’année, et la fête du 25 tout au plus celle des enfants et des repas.

Et pourtant, sans tomber dans un excès d’austérité qui remplacerait le défilé du Père Noël par celui du prophète Jean, on peut quand même s’efforcer de christianiser ce folklore récurrent et souligner davantage la joyeuse expectative de la venue sur terre du Messie. Bien sûr, le respect de notre société pluraliste est important mais il ne nous oblige pas à masquer notre appartenance religieuse pour plaire à tout venant ! Trop de chrétiens, hélas, soucieux de ne pas faire de vagues, se réfugient dans une complaisante neutralité face à une société qui leur paraît intimidante.

« Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche » proclamait Jean le Baptiste, « Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendirent auprès de lui, et ils furent baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés » (Matthieu 3, 1-12). Voilà bien un bel exemple de préparation à Noël ! Que faut-il faire en ce temps de l’Avent ? Tout simplement se convertir en améliorant nos rapports avec Dieu. C’est en ce sens que la liturgie nous offre chaque semaine de merveilleux textes qui nous aident à discerner en Jésus de Nazareth celui qui vient sauver son peuple, celui qui, pour se faire, « baptisera dans l’Esprit Saint et le feu« . Quoi de plus indiqué que d’accepter humblement cette invitation de l’Esprit, et de prendre la main de notre mère la Sainte Église pour qu’elle nous conduise tout doucement à la crèche de Bethléem, unique source de la vraie Vie !

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Une, deux ou … trois venues du Christ ?

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Le mot Avent vient du latin « Adventus » qui signifie Venue. En effet, ce temps liturgique traite principalement des deux venues du Christ : celle d’il y a 2000 ans et celle de son retour glorieux à la fin des temps. Les chrétiens vivent donc dans l’attente ; mais, par ailleurs, nous savons bien qu’il est déjà là « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28, 20). Comment alors concilier ces deux notions de présence et d’absence du Christ ? Laissons la parole à un saint moine, docteur de l’Église, Bernard de Clairvaux qui nous l’expliquera aisément :

« Nous savons qu’il y a une triple venue du Seigneur, la troisième se situant entre les deux autres. Celles-ci, en effet, sont manifestes, celle-là, non. Dans sa première venue, Jésus a paru sur la terre et il a vécu avec les hommes, lorsque, comme lui-même en témoigne, ils l’ont vu et l’ont pris en haine. Mais lors de sa dernière venue, toute chair verra le salut de notre Dieu et ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. La venue intermédiaire, elle, est cachée : les élus seuls la voient au fond d’eux-mêmes, et leur âme est sauvée. Ainsi il est venu d’abord dans la chair et la faiblesse ; puis, dans l’entre-deux, il vient en esprit et en puissance ; enfin il viendra dans la gloire et la majesté. Cette venue intermédiaire est vraiment comme la voie par laquelle on passe de la première à la dernière : dans la première le Christ fut notre rédemption, dans la dernière il apparaîtra comme notre vie, et entre-temps, il est notre repos et notre consolation.

Mais pour que personne ne risque de penser que ce que nous disons de cette venue intermédiaire est une invention de notre part, écoutez ce que dit le Seigneur lui-même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera mes paroles, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui ». (…) Mais où ce croyant gardera-t-il ces paroles ? Dans son cœur, sans aucun doute. Comme le dit le prophète : « Dans mon cœur je conserve tes ordres pour ne point faillir envers toi ». Voici comment il te faut garder la parole de Dieu, Heureux en effet ceux qui la gardent : qu’on la fasse donc entrer dans ce qu’on peut appeler les entrailles de l’âme ; qu’elle passe dans les mouvements de ton cœur et dans ta conduite. (…) Si de la sorte tu t’es mis à garder la parole de Dieu, nul doute qu’elle ne te garde aussi. Le Fils viendra à toi, avec le Père. »

(Sermon de saint Bernard pour l’Avent, Éditions cisterciennes, 4 (1966) 188-190)

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Bonne et sainte année liturgique !

Année liturgique (Monique Berger)

(Dessin de Monique Berger)

Loin d’être des adultes avertis, nous sommes toujours des enfants face aux mystères de Dieu et de son Église. La raison en est que l’Esprit de Dieu nous échappe dans toutes ses ramifications et nous devons régulièrement l’écouter avec un cœur d’enfant. Comme une bonne maman, l’Église, animée par cet Esprit, nous aide à contempler le Christ dans ses divers mystères grâce à la succession des temps liturgiques.

Cette contemplation liturgique débute aujourd’hui avec le temps de l’Avent. Tel un cycliste qui gravit une haute montagne par un chemin en spirale, nous allons contempler à nouveau les mêmes paysages que l’an dernier mais vus d’un angle différent : naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires: Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et, entre autres, la couleur ! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois surutilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un vibrant appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y être favorable:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

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La vie des bienheureux, selon Thomas d’Aquin

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(Détail de la Fresque du Jugement dernier, par Fra Angelico)

« Bien-aimés, dit saint Jean, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’Il est. » (1 Jean 3,2). Il suffit d’avoir assisté à diverses liturgies dans des églises ou salons funéraires, et d’y avoir entendu certaines homélies, pour se rendre compte de la tendance à paganiser la vie après la mort : « Ah oui, le défunt a retrouvé sa conjointe (la dernière) et ils se donnent du bon temps », ou encore « Il a enfin réalisé son rêve de pouvoir aller visiter les diverses planètes », sans oublier l’inmanquable « Il ou elle nous regarde avec tendresse en ce moment et nous attend impatiemment ». Quand savons-nous … et où est Dieu dans tout ça ? « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et ton envoyé, Jésus Christ. » (Jean 17, 3). Voici ce qu’en dit le docteur angélique, saint Thomas d’Aquin, dans une homélie sur le Credo :

« Dans la vie éternelle, il y a d’abord l’union de l’homme avec Dieu. Car Dieu lui-même est la récompense et la fin de tous nos travaux. Et cette union consiste dans la parfaite vision. (…) La vie éternelle consiste encore dans la louange parfaite. (…) Et encore dans le parfait rassasiement du désir, car chaque bienheureux y possédera plus qu’il ne désirait et n’espérait. La raison en est que personne ne peut en cette vie combler son désir, et que jamais rien de créé ne rassasie le désir de l’homme. Dieu seul rassasie, et au-delà : à l’infini. C’est pourquoi on ne se repose qu’en Dieu, comme le dit saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi ». (…) La vie éternelle consiste encore dans la société jubilante de tous les bienheureux, et cette société sera extrêmement délicieuse parce que chacun possédera tous les biens que possèdent tous les bienheureux. Car chacun aimera l’autre comme soi-même et par suite se réjouira du bien de l’autre comme son bien-propre. De ce fait, l’allégresse et la joie d’un seul s’accroît dans la mesure où elle est aussi la joie de tous. » (Opuscula theologica 2, 216-217)

Ouf ! Comme nous sommes loins de ces paradis folkloriques que nous entretenons inconsciemment en nous-mêmes et qui laissent soupçonner, trop souvent, le désir d’une survie toute païenne. Faut-il encore le répéter, la vie éternelle n’est pas un droit humain mais un privilège accordé gracieusement à ceux et celles qui auront mis leur confiance en Jésus Sauveur. Lui seul est « le chemin, la vérité et la vie ». Dieu est Amour et c’est dans l’amour que nous devons vivre actuellement pour pouvoir, ensuite, en vivre éternellement : « La charité ne passera jamais … bref, la foi, l’espérance et la charité demeurent toutes les trois (durant cette vie terrestre) mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité » (1Corinthiens 13, 8.13).

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ROYAUTÉ du Christ et JUGEMENT dernier

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En cette fête du Christ, Roi de l’univers, il convient de clarifier brièvement ces deux éléments si souvent mal compris: Royauté du Christ et Jugement dernier.

LE CHRIST ROI. Il importe de bien comprendre cette royauté qui n’a rien à voir avec celle des roitelets d’aujourd’hui. Jésus n’a rien d’un roi inactif, emblématique, vide de tout pouvoir politique, mais il se rapproche plutôt des anciens rois qui réunissaient en eux-mêmes les pouvoirs militaires, législatifs et économiques. Jésus est, plus précisément, une sorte de roi-général qui nous entraîne à sa suite dans la conquête du monde pour y établir le Royaume de Dieu son Père: « royaume de justice, d’amour et de paix ». Conquête, faut-il le préciser, non par les armes mais par le témoignage de l’amour et le service du prochain. D’après saint Paul, ce genre de royauté en devenir  ne serait que provisoire car une fois la conquête achevée, Jésus n’hésitera pas à tout remettre à Dieu le Père :  « Puis ce sera la fin, quand il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort (…) Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. » (1 Corinthiens 15, 24-28).

LE JUGEMENT DERNIER. La foi chrétienne distingue deux jugements. Le jugement particulier, lorsque l’homme, à sa mort, paraît devant Dieu. Ce jugement met en lumière la vie unique de cette personne, sa liberté et sa responsabilité personnelles, et décide de sa destinée éternelle : purification, entrée au ciel ou damnation éternelle (Catéchisme de l’Église catholique, no 1022). Le jugement dernier, lui, coïncidera avec le retour du Christ et l’accomplissement du monde à la fin des temps. Ce dernier ne sera pas un procès mais un verdict ou jugement en ce qu’il mettra en lumière le bien effectué et le mal commis. Il sera aussi et avant tout l’accomplissement de la promesse de salut intégral de l’homme (âme et corps) : car, il va de soi que la personne humaine, même béatifiée, ne saurait être complète sans la présence de son corps. Enfin, selon l’évangile de Matthieu (25, 31-46), les critères de ce verdict-jugement porteront spécialement sur nos relations avec nos frères et sœurs ; il nous renvoie donc à notre agir chrétien sur terre.

CRAINDRE ou SE RÉJOUIR ? Pour les premiers chrétiens, le retour du Christ était objet d’attente joyeuse et impatiente et non de crainte (tel qu’il l’est pour certains d’entre nous, influencés par une iconographie médiévale plutôt épeurante). Après avoir rappelé aux chrétiens de Thessalonique l’avènement futur du Christ, l’apôtre Paul conclut tout naturellement: « Réconfortez-vous donc les uns les autres de ces pensées. » (1 Thess 4, 18). À leur exemple, demeurons nous-aussi dans une joyeuse expectative !

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La pièce manquante

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Tout au long de ma vie de prêtre, j’ai souvent eu l’occasion de rencontrer des personnes qui transpiraient la paix et la joie ; on sentait en elles ce parfum propre aux êtres unifiés intérieurement, on y soupçonnait une force d’âme que rien ne pouvait ébranler. Par contre, j’ai également rencontrer de ces personnes à qui il manquait cette synthèse de vie ; des êtres compliqués, tantôt en recherche tantôt  dans un état d’indifférence qui frôlait le désespoir.

Pourrais-je oublier le père X, confrère de noviciat, compagnon d’étude à Rome, prêtre ami qui malheureusement devait sombrer un jour dans l’ésotérisme et plus particulièrement dans un engouement indéfectible pour la Cosmogonie d’Urantia. Je le revois assis au restaurant, en compagnie d’anciens confrères, tenant en main ce fameux livre de la secte et essayant en vain de nous y intéresser. Après des déboires financiers sérieux, des querelles de famille, deux conjointes, il termina sa pauvre vie dans la solitude et la misère, abandonné de tous y compris des membres de sa secte.

La pièce manquante ? De toute évidence, c’était la foi ! Et j’entends ici la vraie foi, celle qui nous met en communion avec le vrai Dieu et non avec une image fabriquée au gré de nos convoitises. On ne peut inventer Dieu … lui seul peut nous parler de lui-même et il l’a fait merveilleusement par la Création mais surtout par la Révélation telle que transmise par l’Ancien et le Nouveau Testament. On ne peut blâmer Dieu d’avoir été chiche envers nous !

Se priver de la foi chrétienne, c’est se priver de la paix intérieure et se condamner à tourner en rond, perdre beaucoup de temps, du temps qui malheureusement ne reviendra plus. Je prie souvent pour mon ami, le père X, mais que de belles choses il aurait pu accomplir s’il avait conservé la foi.

« Tu nous a faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi! »  (Saint Augustin)

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Ces splendeurs éphémères

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À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses :

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

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La souffrance telle que vue par un Chartreux

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Notre vie sur terre est faite de joies et de souffrances mais on n’en retient souvent que ces dernières. Des souffrances de toutes sortes : psychiques, physiques, affectives, morales et spirituelles. Dans son infinie Miséricorde, Jésus a bien voulu nous précéder dans ces souffrances comme pour nous encourager à les supporter. Quelle bonté ! Mais y aurait-il une façon spéciale pour nous chrétiens de les assumer ? Écoutons ce que nous en dit ce cher dom Guillerand, moine chartreux du 20e siècle et éminent auteur spirituel :

« La souffrance est un vouloir divin : l’âme qui l’accepte avec amour s’unit à ce vouloir, ne fait plus qu’un avec Celui dont le vouloir c’est l’Être. Pourquoi Dieu nous appelle souvent sur ce chemin où on le rencontre le plus sûrement ? C’est une marque de prédilection. Ce sont des rendez-vous qu’il nous donne. Remercions-l’en et soyons fidèles. Être fidèle ne signifie pas ne pas souffrir. C’est notre grande illusion : nous nous figurons que nous souffrons mal, parce que nous souffrons. La souffrance est et restera toujours la souffrance, c’est-à-dire une violence faite à notre nature. Dieu lui-même ne peut pas changer cela. (…)

Nous verrons un jour que la dure période de vie que l’on doit quelquefois traverser n’est pas perdue. Elle a son sens, sa raison d’être, sa place et son rôle nécessaire dans le plan de notre vie. Il y a des choses que nous ne saurions pas et que nous ne pourrions pas comprendre si nous ne les avions pas vécues. Nous conseillerons, nous consolerons, nous soutiendrons un jour d’autres âmes d’une certaine façon et avec un certain cœur que nous devrons à notre épreuve ; et nous remercierons alors Dieu, qui voit mieux que nous, de nous l’avoir imposée. Ne nous troublons pas de n’avoir pu prier durant ce temps : pour une âme confiante, souffrir c’est prier, et c’est souvent la meilleure prière. (…)

Avec Jésus, la souffrance est devenue chemin, mais c’est accidentellement. Essentiellement et prise en elle-même, elle reste un contraire, un ennemi. C’est seulement quand on a engagé la bataille contre elle, quand on l’a vaincue, quand on a été plus fort qu’elle, en la portant, qu’elle devient un instrument et un serviteur. Continuons donc de porter vaillamment la souffrance, et de la faire servir à notre déploiement de vie ; et continuons d’aimer Dieu quand il nous prépare ces heures exceptionnellement développantes, où le cœur broyé garde juste la force de redire Fiat (que cela soit) ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 190 s)

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La souffrance : fatalité ou pédagogie divine ?

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Qu’on le veuille ou non, tout être vivant sur terre est un jour ou l’autre confronté à ce phénomène appelé « souffrance ». On peut s’y résigner à contre-coeur comme on peut l’assumer volontairement. Pour les disciples du Christ, ce phénomène n’est pas sans issue car il prépare le terrain à l’espérance chrétienne, l’espérance d’un bonheur promis.

Le Pape François disait un jour qu’il ne craignait pas la mort mais la souffrance ! En effet, on ne peut aimer la souffrance, la vraie, sans être un peu tordu. La souffrance demeure néanmoins un aspect fondamental de notre condition humaine, aspect que Jésus a voulu assumer sans pour autant l’affectionner : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse mais la tienne. » (Luc 22, 42). Et pourtant il l’aimait cette souffrance et même la désirait mais uniquement en tant qu’instrument de son amour salvifique : « C’est un baptême que j’ai à recevoir et comme il me tarde de le voir s’accomplir » (Luc 12,50).

Le mystère de la souffrance habite la Bible du commencement à la fin, du jardin de la Genèse jusqu’au triomphe des élus dans l’Apocalypse. La rédaction du livre de Job fut un noble effort de la part des sages de l’Ancienne Alliance pour expliquer la souffrance humaine mais il n’aboutit finalement qu’à une vague confiance dans le plan insondable du Créateur : « Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur » (Job 2, 10). Avec Judith, cette héroïne qui délivra momentanément son peuple des Assyriens, on commence à voir la souffrance comme une mise à l’épreuve providentielle : « Rendons grâce au Seigneur notre Dieu qui nous met à l’épreuve, tout comme nos pères. Rappelez-vous tout ce qu’il a fait à Abraham, toutes les épreuves d’Isaac, tout ce qui arriva à Jacob » (Judith 8, 25-26). Quant aux nombreuses lamentations des psalmistes et des prophètes, elles ne font que souligner opportunément les liens entre souffrances et infidélités : « Seigneur, nous connaissons notre mal, la faute de nos pères ; oui, nous avons péché contre toi » (Jérémie14, 20).

Le mystère de la Rédemption par la Croix est évidemment centré sur les souffrances du Messie offertes en expiation pour les péchés : une kyrielle de souffrances de toutes sortes, psychiques, physiques, affectives et même spirituelles. Souffrances volontaires certes, et combien précieuses aux yeux du Père, mais qui jouent également un rôle d’exemplarité pour ses disciples. Avec Jésus, nous sommes appelés non pas à aimer la souffrance mais à la supporter comme faisant partie de notre cheminement de foi : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Marc 8, 34). Souffrances quotidiennes, petites et grandes, mais sans mesure avec la gloire qui nous attend : « J’estime en effet, dit saint Paul, que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous » (Romains 8, 18). On est bien loin de l’esprit frileux de la société actuelle qui débouche comme tout naturellement sur le suicide assisté !

Souffrance fatidique ou pédagogique ? Un peu des deux, sans doute : car s’il nous est impossible, d’une part, de faire abstraction de notre fragile condition humaine, il est également vrai, tout au moins pour nous chrétiens, qu’on ne saurait passer sous silence l’utilisation par Dieu de nos souffrances dans le contexte plus large de notre sanctification personnelle (« Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » Romains 8, 25). Le mystère de la souffrance s’éclaire donc dans celui de la Révélation … et comment pourrait-il en être autrement ?? Aussi, concluons ces quelques remarques par un extrait d’hymne liturgique qui résume bien les convictions intimes qui doivent nous habiter :

« La création tend vers le jour

où l’on dira du Dieu d’amour :

il fait mûrir toute souffrance

en fruits de paix, en liberté,

pour que son Nom soit sanctifié.« 

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En ce 2 novembre …

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En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les « fidèles défunts » c’est-à-dire pour les chrétiens, les baptisés décédés, spécialement ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Bien, nous allons prier … mais non sans nous arrêter, au préalable, sur certains points de la foi catholique : qu’en est-il de la survie de la personne après la mort, de la prière pour les défunts, de l’existence du Purgatoire, de l’aide à apporter à ces âmes ?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II, Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout pas le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Quelle discrétion de la part du concile qui se refuse d’entrer dans les détails. Alors gardons-nous d’en faire un lieu tout feu tout flammes … il s’agirait plutôt, d’après Benoît XVI, de l’amour du Père nous purifiant jusqu’à ce qu’il soit parvenu à nous enflammer.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de nos proches. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort physique ne fait pas un mort mais un vivant. Cependant, nous dit le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cet échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

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