Vie cachée de Jésus dans les âmes

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Moine dans sa cellule  (Grande Chartreuse, France)

L’Eucharistie est comme l’aboutissement de la vie cachée de Jésus … une vie qui peut paraître banale à première vue mais qui résume d’une certaine façon les différents étapes du Salut. Voici comment nous l’explique, à sa façon, ce maître de la vie intérieure qu’est dom Augustin Guillerand:

« D’abord immobile et inagissant au sein maternel, Jésus agit dans l’atelier de Nazareth; puis il parle dans les campagnes de Galilée et sur les parvis du Temple de Jérusalem. La Passion couronne le tout, car elle est l’activité de nouveau silencieuse et impersonnelle où l’être semble se replier sur lui-même pour se concentrer dans la vie profonde, et l’Eucharistie la prolonge en ramassant dans un état d’anéantissement absolu toutes les phases de l’existence achevée. La même vie les fait unes. En toutes, Jésus est le Fils qui se tient tourné vers son Père et qui vit de ce rapport. C’est là sa soumission vivifiante qui le fait croître à chaque instant et l’amènera un jour, quand tous les élus se seront réunis à lui dans un rapport filial, à la plénitude de son développement et à son âge parfait (Éphésiens 4,13).

Car la vie cachée de Jésus durera jusqu’à la fin des temps et sera toujours sa vraie vie. En chacun de nous encore ce ne seront pas les paroles ni les manifestations extérieures qui occuperont la plus grande place et assureront sa croissance, ce sera le sentiment intérieur d’où elles procéderont et qui les animera. O mystère de cette longue vie cachée dans les âmes, faisant écho à la vie du Tabernacle et qui en est la raison d’être, comme elle est le but de tous les divins efforts près de nous! On ne peut trop s’en soucier, le méditer, s’efforcer de le pénétrer. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 78)

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Les premiers chrétiens et l’eucharistie

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Le banquet eucharistique (Catacombes de Saint-Calixte, Rome)

Le premier témoin de l’Eucharistie telle que célébrée à Rome est le philosophe saint Justin (†165) qui nous en décrit le déroulement dans sa première apologie:

« Personne ne doit prendre part à l’Eucharistie, sinon celui qui croit à la vérité de notre doctrine, qui a été baptisé pour obtenir le pardon des péchés et la nouvelle naissance, et qui vit selon l’enseignement que le Christ nous a transmis. (…) En effet, les Apôtres, dans leurs mémoires qu’on appelle évangiles, nous ont ainsi transmis l’ordre de Jésus: Il prit du pain, il rendit grâce et il dit: Faites cela en mémoire de moi. Ceci est mon corps. Il prit la coupe de la même façon, il rendit grâce et il dit: Ceci est mon sang. Et c’est à eux seuls qu’il le distribua. Depuis ce temps, nous n’avons jamais cessé d’en renouveler la mémoire entre nous. (…)

Le jour appelé jour du soleil, tous, qu’ils habitent la ville ou la campagne, ont leur réunion dans un même lieu, et on lit les mémoires des Apôtres et les écrits des prophètes aussi longtemps qu’il est possible.

Quand le lecteur a fini, celui qui préside fait un discours pour nous avertir et pour nous exhorter à mettre en pratique ces beaux enseignements.

Ensuite, nous nous levons tous et nous faisons ensemble des prières. Puis, lorsque nous avons fini de prier, ainsi que je l’ai déjà dit, on apporte le pain avec le vin et l’eau. Celui qui préside fait monter au ciel des prières et des actions de grâce, autant qu’il en est capable, et le peuple acclame en disant Amen. Puis on distribue et on partage à chacun les dons sur lesquels a été prononcée l’action de grâce; ces dons sont envoyés aux absents par le ministère des diacres.

Les fidèles qui sont dans l’aisance et qui veulent donner donnent librement, chacun ce qu’il veut; ce qu’on recueille est remis à celui qui préside et c’est lui qui vient en aide aux orphelins et aux veuves, à ceux qui sont dans le besoin par suite de maladie ou pour tout autre cause, aux prisonniers, aux voyageurs étrangers; bref, il vient en aide à tous les malheureux. »

(Apologie pour les chrétiens, 1, 66-67)

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Le Plan de Dieu comporte la souffrance

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Le monde est fait sur un plan que nous ne pouvons changer … et ce plan comporte la souffrance! Nous faut-il donc aimer la souffrance? Voici la réponse que donne un Chartreux (dom Augustin Guillerand, †1945) à cette question fondamentale:

« Il ne s’agit pas d’aimer ce qui est mal ou pénible; il s’agit de le supporter pour le réformer ou le supprimer. C’est ce que Dieu fait. Il n’aime pas le mal; mais il le permet pour le bien qu’il en retire. Le mal, comme toute réalité, est un instrument merveilleux entre les mains divines. Nous serons émerveillés un jour, là-haut, quand nous verrons ce que la souffrance devient dans les âmes courageuses qui savent l’accepter et la porter par amour. Elle est la plus profonde source de la vraie paix.

On ne se souhaite pas de souffrir, mais on se souhaite d’aimer la souffrance comme Dieu l’aime; c’est-à-dire d’aimer ses effets de relèvement et de pacification. (…) Le plan de Dieu comporte la souffrance. C’est le chemin de la joie; tout comme la mort à soi (la mortification) est le chemin de la vie: « Celui qui perd son âme la trouvera ». Nous sommes de petites semences jetées en terre pour y mourir et ensuite refleurir en Dieu. Dans le psaume 125/126, on trouvera en quelques versets le plus magnifique exposé de ce plan divin, qu’il ne faut pas seulement subir comme une nécessité, mais qu’il faut aimer comme l’expression du divin Amour.

Pour cela il faut être fort. Être fort, cela ne veut pas dire: se dresser contre ce qui nous blesse, pour le supprimer. Il existe une autre force, bien plus haute. C’est la force qui accepte ce qu’elle ne peut pas supprimer et qui demeure souriante sous la croix. Ce n’est pas à la croix qu’on sourit, mais à Celui qui l’a portée avant nous et pour nous, et qui la porte encore avec nous.

(Écrits spirituels, tome 2, page 192)

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Les Chrétiens et le monde actuel

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Profanation d’une église de Santiago de Chili, en 2016

Il y a quelques années, le cardinal Kurt Koch. président  du Conseil pontifical pour l’Unité des Chrétiens, avouait sans ambages que le Christianisme était la religion la plus persécutée de nos jours. Cet état malheureux n’est pas sans rappeler la vie des chrétiens dans le monde romain des premiers siècles de notre ère. Voici en quels termes nous en parle  un écrivain de cette époque:

« Les chrétiens habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveaux-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils  sont citoyens du ciel.

Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. (…)

En un mot, ce que l’âme est dans le corps. les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres comme les chrétiens dans les cités du monde. (…) La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait de tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs; de même le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs. (…) L’âme immortelle campe dans une tente mortelle; ainsi les chrétiens campent-ils dans le monde corruptible, en attendant l’incorruptibilité du ciel. L’âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif; et les chrétiens. persécutés, se multiplient de jour en jour. Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter. » (Lettre à Diognète, 5-6,  rédigée avant l’an 190)

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Savoir bien employer son temps

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À un correspondant qui s’efforce de vivre le moment présent, dom Guillerand offre quelques conseils pour le rassurer sur la rectitude de son cheminement. Voici ce qu’il lui écrit:

« Nous ne sommes obligés tous qu’à une seule chose: à bien employer le temps et les forces dont nous disposons. On réalise ainsi sa destinée, et nul n’est tenu à autre chose.

La conscience aussi actualisée que possible de ce que nous sommes et de ce que nous faisons, la concentration de tout l’être sur l’acte présent font la valeur d’un homme et en assurent le développement.

Quand on a compris cela et quand on a le courage de le vivre, quand tranquillement, sans surtension (mais avec la tension dont on est actuellement capable) on se ramasse pour se mettre en plein dans ce que l’on fait, on vit sa pleine vie.

Cette pleine vie n’est pas nécessairement celle d’un grand homme. C’est celle d’un homme: et tout est là. Être grand ou petit ne dépend pas de nous. Réaliser l’être que nous avons dépend de nous à chaque minute, et c’est de cette réalisation continue qu’est fait un homme.

Poursuivez votre route, vous êtes sur la bonne voie; donnez-vous à ce que vous faites, sans souvenir d’hier, sans souci de demain, tout à aujourd’hui et à l’instant de ce jour qui est vôtre … et qui bientôt ne le sera plus. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 267)

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Serions-nous sans péché?

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Si Dieu, dans son infinie Miséricorde, nous a envoyé son Fils pour nous redonner espoir, c’est qu’il existait un vrai problème … et nous aurons beau vouloir ignorer notre condition de pécheur en prétextant toutes sortes d’explications farfelues, la dure réalité ne peut qu’un jour nous frapper de plein fouet. Dans l’Ancien Testament, le roi David demeure l’exemple le plus frappant du pécheur qui reconnaît sa faute. Écoutons saint Augustin (†430) commenter le psaume 50/51 attribué à ce roi repentant:

« Mon crime, dit David, moi, je le reconnais.  Si moi, je le reconnais, c’est donc à toi  de fermer les yeux. Ne prétendons aucunement que notre vie est vertueuse et que nous sommes sans péché. Pour que notre vie mérite l’éloge, demandons pardon. Les hommes sans espérance, moins ils font attention à leurs propres péchés, plus ils sont curieux des péchés d’autrui. Ils ne cherchent pas ce qu’ils vont corriger, mais ce qu’ils vont critiquer. Et puisqu’ils ne peuvent pas s’excuser, ils sont prêts à accuser les autres.

Ce n’est pas l’exemple de prière et de satisfaction envers Dieu que nous donne le psalmiste lorsqu’il dit: Car mon crime, moi, je le reconnais; et mon péché est toujours devant moi. Celui-là n’était pas attentif aux péchés d’autrui. Il invoquait son propre témoignage contre lui-même, il ne se flattait pas, mais il s’examinait, il descendait profondément en lui-même. Il ne se pardonnait pas et c’est justement pour cela qu’il pouvait demander sans impudence d’être pardonné.

Tu veux te réconcilier avec Dieu? Apprends à te comporter de telle sorte que Dieu se réconcilie avec toi. Remarque ce qu’on lit  dans le même psaume: Car, si tu avais voulu un sacrifice, je te l’aurais bien offert; tu ne prendras pas plaisir aux holocaustes. Tu n’auras donc pas de sacrifice? Tu n’auras rien à offrir, tu n’auras aucune offrande pour te réconcilier avec Dieu? Écoute la suite et dis à ton tour:  Le sacrifice pour Dieu, c’est un esprit brisé. Le cœur brisé et humilié, Dieu ne le méprise pas. (…) Cherche dans ton cœur ce qui peut plaire à Dieu. Il faut briser ton cœur. Ne crains pas qu’il en meure! On te le dit ici: O Dieu, crée en moi un cœur pur.  Pour que soit créé un cœur pur, il faut briser le cœur impur. Il faut nous déplaire à nous-mêmes quand nous péchons, parce que les péchés déplaisent à Dieu. » (Sermon de saint Augustin sur l’Ancien Testament, 19 2-3)

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La prière … la vraie!

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Moine s’adonnant au travail manuel (Grande Chartreuse)

« Ce n’est pas en me disant: « Seigneur, Seigneur » qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les Cieux. »  Ces paroles de Jésus sont une mise en garde pour tout chrétien (et pour toute âme contemplative) qui voudrait se contenter d’une approche cérébrale de Dieu, dans la prière, en oubliant les exigences de renoncement, d’obéissance et de charité fraternelle. Certes, les lectures et la méditation ont leur place dans la vie d’un priant mais le but visé est avant tout de laisser ses convictions descendre dans sa vie concrète, pour en faire une offrande à Dieu. Voici comment l’explique dom Augustin Guillerand à l’un de ses correspondants (un confrère chartreux, semble-t-il ) :

« Prenons les pensées de Jésus, ses sentiments, ses manières d’être et d’agir, et nous lui serons unis; notre esprit ne fera plus qu’un avec le sien; il vivra en nous et nous en lui. C’est pour cela qu’il faut l’étudier! (…) Il ne s’agit pas de longues formules à réciter ni d’exercices de piété à accomplir. Il s’agit d’un état d’âme. On prie en balayant son escalier (ce que j’oublie souvent de faire), en sciant son bois et en le mettant au poêle, en approchant du tuyau ses mains gercées par le froid, et en usant ses derniers regards sur quelque travail de fantaisie. On offre tout cela à Dieu de temps en temps; on reste, sans y penser, dans cette intention et dans ce regard échangé; et c’est la prière, la vraie, celle qui part du cœur et qui devient la vie; celle qui relie la formule du matin à celle du soir et qui remplit la journée; c’est elle qui fait les journées pleines et qui les rend douces (ou au moins supportables) quand elles se présentent avec des épines à la main. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 182 s)

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Que ta volonté soit faite …

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Soyons clairs! Personne ne peut empêcher Dieu de faire ce qu’il veut … mais parce que le diable empêche nos pensées et nos actes d’obéir à Dieu en tout, nous prions et demandons que la Volonté de Dieu se fasse en nous. Personne ne peut compter sur ses propres forces et c’est pourquoi notre appui réside dans la bonté et la miséricorde de Dieu. Mais de fait, à quoi rime concrètement cette si importante Volonté de Dieu? Écoutons la réponse de saint Cyprien († 258):

« La Volonté de Dieu, c’est ce que le Christ a fait et enseigné: l’humilité dans la conduite, la fermeté dans la foi, la retenue dans les paroles, la justice dans les actions, la miséricorde dans les œuvres, la rectitude dans les mœurs; être incapable de faire du mal, mais pouvoir le tolérer quand on en est victime, garder la paix avec les frères, chérir le Seigneur de tout son cœur, aimer en lui le Père, et craindre Dieu, ne préférer absolument rien au Christ, car lui-même n’a rien préféré à nous; s’attacher inébranlablement à son amour; se tenir à sa croix avec force et confiance; quand il faut lutter pour son nom et son honneur, montrer de la constance dans notre confession de foi; montrer, sous la torture, cette confiance qui soutient notre combat et, dans la mort, cette persévérance qui nous obtient la couronne. C’est cela, vouloir être héritier avec le Christ, c’est cela obéir au précepte de Dieu, c’est cela, accomplir la volonté de Dieu. » ( Commentaire sur la Prière du Seigneur, 13-15)

Retenons deux choses: tout d’abord l’accent mis sur l’amour de Jésus (saint Benoît va reprendre textuellement, dans sa Règle des monastères, la phrase Ne préférer absolument rien au Christ), puis la préparation au martyr, mise en garde si importante aux chrétiens et chrétiennes des premiers siècles … et de tous les temps!

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Dom Guillerand nous parle du «Notre Père»

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Rencontre fraternelle à la Grande Chartreuse (France)

Comme tout vrai contemplatif, dom Guillerand se plaît dans les prières simples et courtes car l’attention se porte ainsi  plus facilement sur l’objet visé. Dans une conférence donnée aux frères convers de son monastère, voici comment ce moine chartreux aborde l’explication de la  prière enseignée par Jésus, le Notre Père:

« L’oraison dominicale, le Pater, est la prière parfaite, la prière par excellence, la prière qui résume toutes les autres. Elle établit entre l’âme et Dieu un rapport qui est proprement et véritablement la vie éternelle.

Quand nous prononçons bien ce simple mot «Père», quand nous y mettons bien toute la richesse de sens qu’il comporte, quand , en le prononçant, nous nous tenons bien détournés de tout ce qui n’est pas lui et tout tournés vers lui seul, quand nous voyons bien par la foi le mouvement de ce Père qui verse sa vie et son être en notre âme, qui y grave ses traits, qui nous fait fils, à son image et à sa ressemblance, quand nous accueillons avec amour  ces traits, quand, en un mot, nous nous donnons comme il se donne, il est certain, absolument certain, que les trois Personnes de la Sainte Trinité sont là, en nous, que la félicité infinie qui est cette vie même est participée par notre âme, sous un voile, sans doute, le voile de la foi, mais, encore une fois, très réellement, et il faut y penser.

Et c’est pourquoi, une âme, si elle y est attirée par la grâce, peut se contenter de cette prière, et même, ce qui est évidemment plus rare et exceptionnel, s’en tenir au premier mot qui dit tout. Le divin Maître, cependant, en dictant cette prière, en a ajouté d’autres, non pour le changer ni pour le compléter, mais pour le mettre en une lumière plus vive. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 26)

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Nous sommes tous en orbite de quelque chose!

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Le Seigneur Jésus est venu sur terre pour nous guérir de nos faiblesses et nous réorienter définitivement vers notre Créateur et Père. À ceux et celles qui lui font confiance, il enlève de leur cœur, ou du moins atténue, cette  tendance égocentrique qui est la leur pour les ouvrir à autres choses. Avouons-le, malgré toute notre bonne volonté, nous demeurons souvent en orbite de nous-mêmes … et ce, même dans notre vie de prière. Voici ce qu’en écrivait déjà, au 3e siècle, un saint évêque du nord de l’Afrique qui devait par la suite verser son sang pour le Christ:

« Avant tout, le Christ, Docteur de la paix et Maître de l’unité, n’a pas voulu que la prière soit individuelle et privée, comme si l’on ne priait que pour soi. Nous ne disons pas « Mon Père qui est aux cieux », ni « Donne-moi aujourd’hui mon pain de ce jour ». Chacun ne demande pas pour lui seul que sa dette lui soit remise, qu’il ne soit pas soumis à la tentation et qu’il soit délivré du Mal. Notre prière est publique et communautaire, et quand nous prions, ce n’est pas pour un seul, mais pour tout le peuple, car nous, le peuple entier, nous ne faisons qu’un. (…) Nous voyons les Apôtres prier ainsi avec les disciples, après l’Ascension du Seigneur: D’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes et Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères. D’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière: l’assiduité en même temps que la concorde de leur prière montrait que Dieu, qui fait habiter dans sa maison, ceux qui ont un seul cœur, n’admet dans sa demeure éternelle que ceux qui prient d’un seul cœur. » (Commentaire de saint Cyprien, évêque de Carthage, sur la Prière du Seigneur, 8-9)

Cette réflexion de Cyprien nous invite à revaloriser nos rencontres paroissiales et diocésaines; nous sommes les membres du Christ et nous ne pouvons agir spirituellement qu’en union avec lui,  la Tête. Cette réflexion souligne également l’importance de toutes ces vies humaines consacrées à la prière officielle de l’Église ( l’Office divin ) dans les Ordres contemplatifs. Et finalement, en tant que chrétiens destinés à la vision céleste, posons-nous encore la question: Sommes-nous habituellement en orbite de Dieu ou en orbite de nous-mêmes?

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