L’unique créature « nécessaire »

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En cette fête liturgique de la Conception immaculée de la Vierge, il convient de saluer cette femme admirable et unique, destinée à fournir le trait d’union entre la nature humaine et la nature divine, le Christ, vrai Dieu et vrai homme.

« Je te salue pleine de grâces ». Ces paroles de l’ange Gabriel à Marie résument bien le mystère que nous célébrons en ce jour: la jeune fille est pleines de grâces, elle est la toute-sainte, celle qui fut préservée de tout péché (y compris de la tache du péché originel) par une grâce venant déjà de la mort de son Fils. Car il ne convenait pas que celle qui fournirait au Verbe éternel un point d’ancrage en ce monde fusse un seul instant soumise à la domination du Prince des ténèbres.

De toute éternité, le Dieu tout-puissant a donc prédestiné Marie à devenir la Mère de son Fils … et c’est là le fondement  de toutes ses autres prérogatives: conception immaculée, assomption glorieuse, etc. Lorsque Dieu pense à Marie, il y voit, d’une certaine manière, la créature «nécessaire»  à la réalisation de son plan salvifique. Mais n’allons pas penser que la Vierge aura eu la vie facile pour autant … elle a dû collaborer à la réussite de sa mission: elle a souffert, elle a prié, elle a patienté, elle a espéré. Elle fut surtout un modèle de confiance inébranlable; une confiance qui se traduisait par une soumission totale à la Volonté de Dieu, soumission admirablement exprimée dans l’hymne de la fête: « Elle a bâti sa demeure dans les vouloirs du Père. »

Le temps de l’Avent, qui nous prépare à Noël,  est donc rehaussé (et non distrait) par la fête de l’Immaculée Conception; une fête  qui ennoblit celle qui, enceinte, se prépare à accoucher le Messie, le Sauveur du monde:

« Voici la nouvelle Genèse;

en toi, Vierge immaculée,

la grâce originelle refleurit.

Notre terre n’est plus maudite,

nous la verrons bientôt donner le fruit de vie. »

(Hymne de la Fête)

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Un homme de lumière

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Jean, fils de Zacharie, fut choisi comme précurseur du Messie: tâche des plus importantes qui nécessitait un être transparent et d’une fidélité exemplaire. Notre ami chartreux, dom Guillerand, l’a bien compris, lui qui aime parler de cet homme comme d’un être rempli de lumière ! Écoutons-le:

« Jean n’est qu’un homme, mais chez qui le rapport de lumière et d’amour avec Dieu est rétabli. C’est ce qui le classe au premier rang des prophètes, et même hors rang. Nul d’entre eux ne l’a eu au même degré et de la même façon. La Lumière est venue le visiter quand il était encore au sein de sa mère; elle l’a traversé de part en part; en lui il n’y a que lumière. Il en est plein « face à Dieu »; son âme reçoit toute le divin rayon; elle ne reçoit que cela; elle n’est faite que de cela; c’est sa grandeur propre: « il était grand devant Dieu».

Il reproduit , aussi parfaitement qu’un homme le peut, le Verbe qui reproduit infiniment le Père. Entre Jean et le premier homme d’une part, puis entre lui et le second Adam d’autre part, la relation est toute spéciale. Nul enfant des hommes, depuis la faute, ne l’égale. Nul n’est reflet aussi pur de Celui qui est Vie et Lumière. Le mouvement de Lumière qui est la Vie se communique sans obstacle, sans défaut, sans déperdition à cet homme qui, sans doute, n’est qu’un homme, mais en qui l’homme est tout à Dieu.

À ce mérite essentiel s’ajoute sa mission. Son mérite est pour lui; sa mission est sociale. Sans aucune mission, mais parfaitement dégagé de lui-même et tout tourné vers la Lumière, sa grandeur serait la même. Son dégagement qui le pose tout entier en face du Verbe de vie lui permettra de le représenter en perfection devant les hommes auxquels il est envoyé. Jean est un témoin; sa mission est de témoigner en faveur de Celui qui est la Lumière. C’est pourquoi il a été fait uniquement réflecteur ! »

(Écrits spirituels, tome 1, page 105)

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Notre mystérieuse collaboration

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Le Christ nous a racheté au Calvaire sans notre aide, affirme saint Augustin, par contre, il ne nous sauvera pas sans notre collaboration. Quelle est donc cette mystérieuse collaboration? D’aucuns penseront immédiatement, et à bon droit, à l’affirmation de Jésus: « Si quelqu’un veut  être mon disciple, qu’il se renonce, prenne sa croix et  me suive». Bien! mais dans quel esprit le faire?  Pour les uns, dans celui d’un ascète qui s’efforce d’escalader la montagne de la perfection; pour d’autres, dans celui d’un enfant qui s’offre à Dieu par le don quotidien de lui-même. Quelque soit notre choix personnel, tout ce travail se traduit comme l’exercice du sacerdoce des fidèles: un sacerdoce distinct de celui des prêtres mais enraciné, comme lui, dans celui du Christ, sacerdoce commun des baptisés auquel Pierre et Paul  font souvent allusion dans leurs lettres. Voici comment s’exprime à ce sujet un saint évêque de Ravenne (Italie) au 5e siècle:

« Écoutons l’adjuration de l’apôtre Paul: « Je vous adjure d’offrir vos corps » (Romains 12, 1). L’Apôtre, par cette demande, a fait accéder tous les humains au sommet du sacerdoce: offrir vos corps, comme un sacrifice vivant! Quelle fonction sans précédent que celle du sacerdoce chrétien! L’homme y est à lui-même et la victime et le prêtre; l’homme n’a pas à chercher au dehors ce qu’il doit immoler à Dieu; l’homme apporte avec lui et en lui ce qu’il doit offrir pour lui-même à Dieu en sacrifice. (…)

Sois donc et le sacrifice et le prêtre de Dieu. Ne néglige pas le don que t’a concédé la souveraineté divine. Revêts la robe de la sainteté; boucle sur toi le ceinturon de la chasteté; que le Christ vienne voiler ta tête; que la croix imprimée sur ton front te protège toujours; mets sur ton cœur le mystère de la science divine; fais brûler sans cesse l’encens de la prière; empoigne le glaive de l’Esprit; fais de ton cœur un autel. Et ainsi présente ton corps à Dieu, offre-le sans crainte en sacrifice. »  (Homélie de saint Pierre Chrysologue, PL 52, 499-500)

Le concile Vatican II, en faisant allusion au sacerdoce commun des fidèles, n’a donc rien inventé de neuf, mais n’a fait que remettre en lumière une vérité traditionnelle de notre foi: « Les fidèles  exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et la charité active » (Lumen Gentium, no 10). Voilà donc notre mystérieuse collaboration à l’œuvre du Christ Sauveur, voilà notre dignité chrétienne, voilà notre plan d’action pour le temps de l’Avent qui commence. Que Dieu nous vienne en aide!

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Bonne année et … bonne randonnée !

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Dieu est un mystère dont même les contours nous échappent. Lui seul peut se révéler et c’est ce qu’il a fait par la Création et par ses interventions dans l’histoire de l’homme dont l’Incarnation  est le plus bel exemple.

Jésus est donc le chemin que nous devons emprunter pour arriver à la connaissance authentique du Père. Et c’est précisément ce chemin que l’Église, animée par l’Esprit, emprunte chaque année pour nous conduire progressivement à cette connaissance qui surpasse toutes les connaissances; ce processus a pour nom la contemplation liturgique.

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique qui nous invitera, comme par les années passées, à continuer notre ascension de la montagne de Dieu par un chemin en spirale qui nous fera contempler à nouveau les mêmes paysages: naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires: Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et, entre autres, la couleur! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois surutilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un vibrant appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y être favorable:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

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Je crois en la vie éternelle

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En cette fin de l’année liturgique, nos regards se tournent tout naturellement vers l’héritage promis, le Ciel, la vie éternelle ! Nos contemporains, lors d’un décès, parlent facilement de cet outre-tombe, mais souvent de façon anodine en ignorant l’essentiel, à savoir, la vision de Dieu. Qu’en est-il réellement ? Je laisse la parole au « plus savant des saints et plus saint des savants », le docteur angélique, Thomas d’Aquin (que l’on aperçoit ci-dessus, dans la fresque de Fra Angelico, discourant avec saint Bernard) :

« Il est logique que la fin de tous nos désirs, c’est-à-dire la vie éternelle, soit indiquée à la fin de tout ce qui nous est donné de croire dans le Symbole des Apôtres, avec ces paroles: «Je crois … en la vie éternelle. Amen. » (…)

Dans la vie éternelle, il y a d’abord l’union de l’homme avec Dieu. Car Dieu lui-même est la récompense et la fin de tous nos travaux; Moi, je suis ton bouclier, et ta récompense très grande. Et cette union consiste dans la parfaite vision: Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir; ce jour-là, nous verrons face à face. (…)

La vie éternelle consiste encore dans la louange parfaite: On y entendra l’enthousiasme et la joie, l’action de grâce et le chant de louange.

Et encore dans le parfait rassasiement du désir, car chaque bienheureux y possédera plus qu’il ne désirait et n’espérait. La raison en est que personne ne peut en cette vie combler son désir, et que jamais rien de créé ne rassasie le désir de l’homme. Dieu seul rassasie, et au-delà, à l’infini. C’est pourquoi on ne se repose qu’en Dieu, comme le dit saint Augustin: « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi ».

Et puisque dans la patrie les saints posséderont Dieu parfaitement, il est évident que leur désir sera rassasié et qu’en outre il débordera de gloire. C’est pourquoi le Seigneur dit: Entre dans la joie de ton Seigneur. Et saint Augustin, à ce propos: « Toute la joie n’entrera pas en ceux qui se réjouissent, mais ceux qui se réjouissent entreront tout entiers dans la joie ». (…)

La vie éternelle consiste encore dans la société jubilante de tous les bienheureux, et cette société sera extrêmement délicieuse parce que chacun possédera tous les biens que possèdent tous les bienheureux. Car chacun aimera l’autre comme soi-même et par suite se réjouira du bien de l’autre comme de son bien-propre. De ce fait, l’allégresse et la joie d’un seul s’accroît dans la mesure où elle est aussi la joie de tous. » (Conférence sur le Credo, de saint Thomas d’Aquin, Opuscula theologica 2, 216-217)

Que nous sommes loin de toutes ces fadaises entendues lors de funérailles, genre « le disparu peut maintenant nous regarder et nous faire des grimaces » ou « il se promène parmi les planètes » ou encore « il prend l’apéro avec le Bon Dieu » … et j’en passe. Une chose est la science-fiction, une autre la foi catholique. Merci à l’Église de nous ramener, par sa doctrine, à un certain bon sens ! Le Ciel, ou la vision bienheureuse, n’est pas un droit mais un privilège, faut-il encore et toujours le rappeler; un privilège accordé miséricordieusement à tous ceux et celles qui auront eu le courage de suivre ici-bas le Christ dans l’amour de Dieu et du prochain. Qu’on se le dise !

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De quelle royauté s’agit-il ?

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En cette fête du Christ, Roi de l’univers, il convient de clarifier brièvement ces deux éléments si souvent mal compris: Royauté du Christ et Jugement dernier.

LE CHRIST ROI. Il importe de bien comprendre cette royauté qui n’a rien à voir avec celle des roitelets d’aujourd’hui. Jésus n’a rien d’un roi inactif, emblématique, vide de tout pouvoir politique, mais il se rapproche plutôt des anciens rois qui réunissaient en eux-mêmes les pouvoirs militaires, législatifs et économiques. Jésus est, plus précisément, une sorte de roi-général qui nous entraîne à sa suite dans la conquête du monde pour y établir le Royaume de Dieu son Père: « royaume de justice, d’amour et de paix ». Conquête, faut-il le préciser, non par les armes mais par le témoignage de l’amour et le service du prochain. D’après saint Paul, ce genre de royauté en devenir  ne serait que provisoire car une fois la conquête achevée, Jésus n’hésitera pas à tout remettre à Dieu le Père :  « Puis ce sera la fin, quand il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort (…) Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. » (1 Corinthiens 15, 24-28).

LE JUGEMENT DERNIER. La foi chrétienne distingue deux jugements. Le jugement particulier, lorsque l’homme, à sa mort, paraît devant Dieu: ce jugement met en lumière la vie unique de cette personne, sa liberté et sa responsabilité personnelles, et décide de sa destinée éternelle (voir le no 1022 du Catéchisme de l’Église catholique). Le jugement dernier, lui, coïncidera avec le retour du Christ et l’accomplissement du monde à la fin des temps. Ce dernier ne sera pas un procès mais un verdict ou jugement en ce qu’il mettra en lumière le bien comme bien, et le mal comme mal. Il sera aussi et avant tout l’accomplissement de la promesse de salut intégral de l’homme (âme et corps) en faisant partager à tous les fidèles le triomphe du Ressuscité: il va de soi que l’être humain, même béatifié, ne saurait être complet sans la présence de son corps. Enfin, selon l’évangile de Matthieu (25, 31-46), les critères de ce verdict-jugement porteront sur nos relations au prochain; il nous renvoie donc à notre agir chrétien.

CRAINDRE OU SE RÉJOUIR ? Pour les premiers chrétiens, le retour du Christ était objet d’attente joyeuse et impatiente et non de crainte (tel qu’il l’est pour certains d’entre nous, influencés par une iconographie médiévale se plaisant à détailler les châtiments). Après avoir rappelé aux chrétiens de Thessalonique l’avènement futur du Christ, l’apôtre Paul conclut tout naturellement: « Réconfortez-vous donc les uns les autres de ces pensées. » (1 Thess 4, 18). À leur exemple, demeurons nous-aussi dans une joyeuse expectative!

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Fin de saison

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À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses:

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

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« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant … »

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En ce monde où tout semble devoir être remis en question, y compris nos convictions religieuses les plus fondamentales, il est bon et même nécessaire d’affirmer l’importance du Symbole des Apôtres, merveilleux résumé de nos convictions chrétiennes, petit texte récité régulièrement, même si machinalement, à la messe dominicale. Un catéchète du 4e siècle, saint Cyrille de Jérusalem, nous en explique l’importance, lui qui fut appelé à souffrir de longues années d’exil pour son attachement à la vraie foi. Écoutons-le:

« Qu’il s’agisse d’étudier la foi ou de la confesser, acquiers et retiens seulement celle qui t’est transmise à présent par l’Église, celle qui a toutes les Écritures pour remparts. Or, tous ne peuvent lire les Écritures; les uns à cause de leur ignorance, les autres parce que leurs occupations les éloignent de la connaissance. Pour que cette ignorance n’entraîne pas la perte de l’âme, nous renfermons dans un petit nombre de versets toute la doctrine de la foi:« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus Christ … ». La foi dont tu viens maintenant d’entendre le texte, garde-la dans ta mémoire. Reçois aussi, quand le moment sera venu, le témoignage des divines Écritures sur chacun de ses articles. Car ce n’est pas le caprice des hommes qui a composé ce résumé de la foi; on a choisi les points les plus importants, à travers toute l’Écriture, pour récapituler l’ensemble de la foi. Et de même que la semence de moutarde renferme dans une petite graine de nombreux rameaux, de même ce symbole de la foi, en peu de mots, enveloppe toute la science de la piété contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Faites donc attention, mes frères, gardez l’enseignement qui vous est transmis maintenant, et gravez-le sur les tables de vos cœurs. Veillez religieusement à ce que l’ennemi ne vienne vous dépouiller dans un moment de négligence, à ce qu’un hérétique ne déforme pas une des vérités qui vous ont été transmises. Car la foi est comparable à de l’argent que l’on doit mettre à la banque, comme nous venons de le faire (en vous transmettant le symbole). Dieu vous demandera compte de ce qu’on vous a confié. Comme dit l’Apôtre, je vous en adjure, devant Dieu qui donne vie à toutes choses, et devant Jésus Christ qui a rendu témoignage devant Ponce Pilate dans une belle profession de foi: gardez sans tache cette foi qui vous a été transmise, jusqu’à la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ.

Un trésor de vie vient de t’être livré. Le Maître réclamera le dépôt qui lui appartient, au temps de sa manifestation que fera paraître aux temps fixés le bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs; le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir. À lui, gloire, honneur et puissance pour les siècles des siècles. Amen. »

(Catéchèse baptismale de saint Cyrille de Jérusalem, PG 33, 520-524)

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La face négative de l’amour

Le mois de novembre nous invite à regarder la dure réalité de la vie et de la mort. Personne ne peut y échapper alors que dame Nature elle-même se meurt. Pourquoi s’attacher si follement aux choses destinées à périr ? Un détachement est donc de mise, mais quelle sorte de détachement ? Dom Guillerand y répond magistralement en affirmant que le détachement chrétien n’est rien d’autre que la face négative de l’attachement, c’est-à-dire de l’amour. Écoutons-le:

« On se figure trop souvent que le détachement chrétien consiste à ne rien aimer. C’est horriblement inexact. Il n’y a jamais eu de cœur plus aimant que celui de Jésus; et nos cœurs doivent se modeler sur le sien. Aimer est le grand, et même l’unique, commandement: « Voilà le premier commandement … tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et … ton prochain ». Nous avons là tout l’Évangile et toute la vie et tout Dieu, qui est « Deus caritas »: l’amour. Mais un amour ordonné, un amour qui puisse vivre et se communiquer, et par conséquent qui puisse immoler tout ce qui l’empêche de se donner. Cette immolation, c’est le détachement. Le détachement c’est comme la face négative de l’attachement (ou amour). (…)

Le sacrifice et le dépouillement permettent de se donner à Dieu: ils brisent les liens créés qui retiennent l’âme; ils la libèrent et assurent le plein essor vers les hautes régions où l’on goûte la paix. Il faut que nous sortions de plus en plus des mille riens où se perdent la moitié de nos pensées et de nos sentiments. Pense beaucoup au ciel. Pense beaucoup à Notre-Seigneur qui est notre ciel de la terre et qui sera encore notre ciel de là-haut. Ce qui nous manque, c’est cela. Il nous manque quelqu’un. Nous ne trouvons autour de nous que des choses ou des personnes qui ne sont pas assez quelqu’un. Et en nous surtout nous ne trouvons pas une personne qui soit assez une personne. Pour être quelqu’un, il faut se posséder, il faut se rendre indépendant; il ne faut pas être à la merci de tout ce qui nous entoure; il ne faut pas s’émouvoir et perdre la tête parce qu’il fait clair ou sombre, froid ou chaud, parce que les choux sont plus ou moins gras, parce que le porte-monnaie est plus ou moins garni, parce que l’âge emporte les années et apporte les rides, parce que les hommes nous témoignent estime ou antipathie, etc., etc., etc.

Si on se trouble pour tout cela, on est esclave de tout cela; on n’est pas indépendant de tout cela; tout cela nous commande, nous fait parler, agir, nous en impose; on n’est pas quelqu’un, on n’est pas vraiment une personnalité, c’est-à-dire un être indépendant et libre. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 210-211 et 214-215)

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Conseils pour prêtres affairés

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Il y a malheureusement des prêtres qu’on ne voit jamais prier … affairés qu’ils sont à leurs tâches apostoliques, s’efforçant d’être des « prêtres en sortie » et fuyant comme la peste l’image du « prêtre de sacristie ». Noble désir de servir les autres tout en oubliant d’être un homme de Dieu. La difficulté n’est pas d’hier ! Voici ce que conseillait, au 16e siècle, un saint évêque de Milan à ses prêtres diocésains:

« Nous sommes tous faibles, je le reconnais, mais le Seigneur Dieu nous a donné des moyens où nous pouvons facilement trouver du secours si nous le voulons. Voici un prêtre qui voudrait mener la vie irréprochable à laquelle il se sait obligé, qui voudrait être chaste et avoir la conduite digne des anges qui lui convient; mais il ne décide pas d’employer les moyens voulus: le jeûne, la prière, la fuite des relations mauvaises, des familiarités nuisibles et dangereuses. (…)

Tu as la charge de la prédication et de l’enseignement ? Étudie, applique-toi à tout ce qui est nécessaire pour bien exercer cette charge. Soucie-toi d’abord de prêcher par ta vie et tes mœurs; évite qu’en te voyant dire une chose et en faire une autre, les gens ne se moquent de tes paroles en hochant la tête.

Tu as charge d’âmes ? Ce n’est pas une raison pour négliger la charge de toi-même et pour te donner si généreusement aux autres qu’il ne reste plus rien de toi-même pour toi. Car tu dois te souvenir des âmes dont tu es le supérieur, mais sans t’oublier toi-même.

Comprenez, mes frères, que rien n’est aussi nécessaire, pour des hommes d’Église, que l’oraison mentale qui doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre. Je chanterai, dit le Prophète, et je serai attentif. Si tu administres les sacrements, mon frère, pense à ce que tu fais; si tu célèbres la messe, pense à ce que tu offres; si tu psalmodies au chœur, réfléchis à qui tu parles et à ce que tu dis; si tu diriges les âmes, songe au sang qui les a lavées; ainsi faites tout avec amour. C’est ainsi que nous pourrons vaincre facilement les innombrables difficultés que nous rencontrons nécessairement chaque jour, du fait de notre position. C’est ainsi que nous aurons la force d’engendrer le Christ en nous et chez les autres. »

(Homélie de saint Charles Borromée aux prêtres réunis en synode, 18 avril 1584)

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