Vous avez dit … mystères lumineux?

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En cette fête de saint Jean-Paul II (22 octobre), et en ce mois du Rosaire, permettez-moi de revenir sur sa lettre apostolique (publiée le 16 octobre 2002) traitant  de l’utilité de la récitation du Rosaire et de l’instauration de cinq nouveaux mystères  soit les mystères lumineux.

En écrivant ce document intitulé « Rosarium Virginis Mariae », le Pape ne faisait qu’imiter ses prédécesseurs, notamment Léon XIII et Paul VI, en encourageant cette dévotion mariale qui se présente comme un résumé de l’évangile, une façon de contempler le Christ à travers les différentes étapes de sa vie; d’où les quinze mystères (5 joyeux, 5 douloureux et 5 glorieux) pour un total de 150  «Je vous salue Marie». Mais voici le hic … cette récitation traditionnelle, présentée souvent comme le bréviaire des laïcs par comparaison aux 150 psaumes récités par les clercs, avait omis une partie importante de l’existence terrestre de Jésus soit son ministère public: des mystères joyeux on passait  immédiatement aux mystères douloureux!

En instaurant cinq nouveaux mystères, Jean-Paul II n’a voulu que rétablir le message de Jésus au cœur de cette dévotion mariale et compléter ainsi le cycle des mystères de sa vie. Voici donc la liste des choix arrêtés:

  1. Le baptême de Jésus au Jourdain   (Matthieu 3, 13-17)
  2. Les noces de Cana   (Jean 2, 1-12)
  3. La proclamation du Royaume et l’invitation à la conversion  (Marc 1, 15)
  4. La transfiguration du Christ sur la montagne  (Luc 9, 28-36)
  5. L’institution de l’Eucharistie   (Matthieu 26, 26)

Malgré les réticences de certains dévots (et dévotes) qui se voyaient bousculés dans leur récitation quotidienne, la très grande majorité des Catholiques fut unanime à accepter avec enthousiasme cet ajout papal. La canonisation subséquente de Jean-Paul II ne put que renforcer le bien-fondé de cette initiative appelée à vivifier encore davantage notre contemplation du Christ dans ses différents mystères.

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Mon cher Maxime

thMaxime Guillerand (jeune prêtre de Nevers)

Voici quelques extraits des écrits qui m’ont impressionné durant mon noviciat (dans un monastère trappiste des années 50). Ces écrits anonymes étaient d’un auteur chartreux (décédé en 1945) qui faisait alors la une dans les milieux romains, dom Augustin Guillerand.

LETTRE À UN AMI SUR LE SILENCE

« Le silence n’est pas l’oubli. Nous croyons et nous nous efforçons de vivre cela en Chartreuse … Le silence et le souvenir s’accordent très bien ensemble. Nous savons que le silence n’est pas vide; il est au contraire essentiellement plein … et c’est une Plénitude où l’on parle. Les paroles qui sortent de l’agitation et du bruit sont nécessairement superficielles.Le fond d’un être doit être occupé par le silence … et cet être ne parle une parole vraie et profonde que si elle part de ce silence, si elle en est l’expression.

Voilà pourquoi le langage du monde, les conversations, les journaux sont vides et fatiguent au lieu de reposer et de nourrir. Voilà pourquoi au contraire en Chartreuse on goûte tant de paix. Tout y procède des profondeurs calmes de l’âme où elle se recueille et fait silence. C’est là que Dieu demeure et qu’on le trouve infailliblement si on y réside soi-même.

Il est clair que les conditions de leur vie ne permettent pas à tous de réaliser ce recueillement comme en Chartreuse. Ne craignons pas néanmoins, dans la mesure du possible, de nous réserver quelques instants, très courts s’il le faut, pour nous recueillir et donner quelques minutes à Celui qui demeure en nous, qui y parle silencieusement, et qui nous invite à venir l’écouter. »    (Écrits Spirituels, tome 2, page 254 ss)

CONFIANCE DEVANT LA MORT QUI VIENT

« Je te renouvelle l’assurance de ma pleine confiance que cette heure sonnera. Quand? Comment? Je n’en sais rien. C’est le secret de Dieu. Il en a beaucoup, non moins que de miséricorde. Il a des façons très mystérieuses de retourner les âmes et de les ramener à lui. Il faut savoir s’en remettre à lui, attendre ses moments qui sont les bons, attendre en se taisant et en priant, sans gâter le travail qui s’accomplit sous terre en voulant le réaliser en surface  quand il doit s’accomplir souterrainement. Il faut avouer que Dieu n’est pas pressé … et que nous le sommes beaucoup. Il faut avouer aussi que cela se comprend. Notre temps est court … et le sien très long. Mais il nous offre d’allonger le nôtre en entrant dans le sien et de  »faire de la vie éternelle » avec nos pauvres jours qui s’envolent si vite. »                                                                                                                                             (ibidem, page 263)

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Une création de plus en plus belle!

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Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents; voilà déjà tout un événement … mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu  (pour dire le moins!).  Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement  mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien; d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et pour lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen »

(Romains 11, 23.26)

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Le résultat ou … l’effort?

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Atelier de couture (Grande Chartreuse, France)

La maladie de notre temps, et même de tous les temps, c’est de se regarder et de se comparer! Nous hésitons à nous prendre tel que nous sommes … en oubliant que les personnes sont différentes et que nos efforts d’amélioration doivent tenir compte de cette diversité fondamentale. Voici ce que conseille à un ami notre cher mentor en la matière, dom Augustin Guillerand:

« Il ne faut pas oublier que, malgré tous les traitements et tous les efforts, nous sommes et resterons des êtres divers. Nous ne devons pas nous mettre en face des autres et vouloir être ce qu’ils sont. Le faire serait employer le moyen infaillible de devenir un être apparemment parfait et … parfaitement nul!

Je t’en prie: ne cherche pas à être ni supérieur ni inférieur à la moyenne. Cherche à être toi et à réaliser la plénitude de ta vie, sans te soucier de devenir un sommet de la communauté humaine. Regarde avec beaucoup de calme tes qualités, tes défauts, tes tendances et tes possibilités; puis, avec les moyens dont tu disposes, dans les conditions d’intelligence, de volonté, de sensibilité, d’étude, de facilités ou de difficultés de vie, selon les forces et les circonstances, fais valoir tes talents.

Ce qui compte n’est pas le résultat mais l’effort. J’ajoute tout de suite que le résultat, dans une échéance plus ou moins lointaine, vient à peu près toujours payer l’effort. J’ajoute surtout: au point de vue définitif et suprême qui est le vrai (malheureusement très peu envisagé et apprécié), le résultat correspond toujours à l’effort, et Dieu, qui enregistre à chaque instant celui-ci, établira un jour une balance parfaitement égale entre les deux. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 202)

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Rendez au Seigneur la gloire de son Nom

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La nature automnale est un  moyen gracieusement fourni pour entrer en contemplation, une contemplation joyeuse du Dieu créateur: « les arbres des forêts dansent de joie »  et « la campagne tout entière  est en fête » (psaume 95/96). « C’est le Seigneur qui a fait les cieux », dit le même psaume, « devant lui, splendeur et majesté », d’où la consigne donnée: « Rendez au Seigneur  la gloire de son Nom ».

Et voilà … comment pouvons-nous rendre à Dieu la gloire de son Nom? Jeune moine, je me suis souvent posé la question. Bien sûr, la plus belle louange est notre vie de fidélité chrétienne… mais, cela mis à part, comment verbaliser dans l’instant présent cette réponse à Dieu? La Bible nous parle  de bénédictions et de louanges: deux concepts  souvent pris indistinctement l’un pour l’autre mais qui, pourtant, méritent d’être précisés. La bénédiction remercie  Dieu alors que la louange proclame sa grandeur. Je béni Dieu de m’avoir donné la santé, je le loue de me faire voir sa force et sa grandeur. La bénédiction suppose donc un bienfait reçu alors que la louange suppose plutôt la prise de conscience des attributs divins (force, grandeur, beauté, etc.).

Me promenant dans le parc-nature qui avoisine mon logement, je peut donc admirer la beauté du feuillage automnal et y voir un rayon de la clarté divine … je le loue de sa grandeur et de sa sagesse. Mais je peut aussi le remercier de me permettre une telle sortie et une telle expérience … je le béni alors de sa bonté envers moi. Ma louange vient de ma connaissance et ma bénédiction de mon affectivité; c’est donc tout mon être qui rend gloire à Dieu.

REMARQUE IMPORTANTE:  «bénir» (du latin bene-dicere, dire du bien) se dit tantôt de Dieu, tantôt de la créature. Lorsque Dieu bénit, sa parole produit un effet mais lorsque la créature bénit Dieu, sa parole ne peut rien effectuer hormis le remercier. Ainsi, Dieu a béni Abraham et lui a donné d’avoir un fils dans sa vieillesse; Abraham, par contre, en bénissant Dieu ne fait que le remercier. Voilà la différence de sens qu’il ne faut jamais oublier. Une exception importante: celle du prêtre qui bénit! Agissant au nom de Dieu, le prêtre peut lui aussi bénir une personne ou un objet et produire un changement: soit en appelant sur la personne la faveur divine, soit en attribuant à l’objet (chapelet, médaille, etc.) un caractère religieux qu’il n’avait pas. Mais retenons que, ce faisant, le prêtre ne fait qu’agir au nom de Dieu et participe alors à son pouvoir.

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En la fête de notre bienheureux père, saint Bruno

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Visite de Jean-Paul II en 1984  (Chartreuse de Serra San Bruno, Italie)

Lors de sa visite en Calabre, en 1984, le Pape Wojtyla témoigna de son estime pour la vie contemplative en visitant les moines chartreux de Serra San Bruno le 5 octobre (veille de la fête de Bruno, leur fondateur). Cette abbaye, plusieurs fois détruite, abandonnée et reconstruite, rappelle le lieu de la 2e fondation de l’Ordre (après celle de la Grande Chartreuse, en 1084); elle a même l’honneur de conserver les restes du vénéré fondateur, décédé à cet endroit en 1101.

On ne saurait mieux célébrer aujourd’hui saint Bruno qu’en relisant attentivement deux extraits de sa lettre envoyée de Calabre aux moines de la Grande Chartreuse quelques mois avant sa mort:

« Réjouissez-vous donc, mes frères très chers, pour votre bienheureux sort et pour les largesses de grâce que Dieu répand sur vous. Réjouissez-vous d’avoir échappé aux flots agités de ce monde, où se multiplient les périls et les naufrages. Réjouissez-vous d’avoir gagné le repos tranquille et la sécurité d’un port caché; beaucoup désirent s’y rendre, beaucoup font même un effort pour l’atteindre et n’y parviennent point.  (…)

De vous, mes bien-aimés frères convers  [religieux, non-prêtres, consacrés aux travaux manuels], je dis: « mon âme glorifie le Seigneur », car je considère la magnificence de sa miséricorde sur vous, d’après l’exposé de votre prieur et père très aimant, qui est rempli de joie et de fierté à votre sujet. Je me réjouis  moi aussi, car bien que vous n’ayez pas la science des lettres, le Dieu tout-puissant grave de son doigt dans vos cœurs non seulement l’amour, mais la connaissance de sa loi sainte; vous montrez en effet par vos œuvres ce que vous aimez et ce que vous connaissez. » 

La fondation de l’Ordre des Chartreux se situe au 11e siècle, dans la foulée de la réforme de l’Église entreprise par le Pape Grégoire VII. Maître Bruno, ancien chanoine de Reims, instaura une nouvelle forme de vie monastique, assez semblable à celle qu’avait inaugurée  saint Romuald  (Camaldules), qui unit la vie érémitique à un minimum de vie communautaire. Comme quoi la vie silencieuse et solitaire est souvent le remède à apporter à une pratique religieuse tombée dans la tiédeur … saint Bruno serait-il de notre temps?

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Multitude d’anges en fête

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« (Par le baptême) vous êtes venus vers … la Jérusalem céleste et une multitude d’anges en fête », cette affirmation de l’auteur de la Lettre aux Hébreux (12, 22) réconforte notre foi en l’existence de ces purs esprits que sont les anges. Voici ce qu’en dit, à son tour, un docteur de l’Église du 6e siècle:

« Il faut savoir que le nom anges désigne leur fonction, et non leur nature. Car ces esprits bienheureux de la patrie céleste sont bien toujours des esprits, mais on ne peut  les appeler toujours des «anges», parce qu’ils ne sont des anges que lorsqu’ils portent un message. On appelle «anges» ceux qui portent les messages moins importants, et «archanges» ceux qui annoncent les plus grands événements. C’est pourquoi l’archange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie, et non pas un ange quelconque; pour ce ministère, il s’imposait d’envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut des événements. En outre, certains d’entre eux sont désignés par un nom propre, afin de signifier par les mots la nature de leur action. En effet, ce n’est pas dans la sainte cité, où la vision de Dieu  tout-puissant confère une connaissance parfaite, qu’ils reçoivent leurs noms particuliers, comme si, sans l’aide de ces noms, on n’avait pas pu connaître leurs personnes. C’est lorsqu’ils viennent vers nous pour exercer un ministère qu’ils reçoivent  chez nous des noms tirés de leur fonction. C’est ainsi que Michel veut dire: « Qui est comme Dieu? », Gabriel: « Force de Dieu », Raphaël: « Dieu guérit ». (Homélie de saint Grégoire le Grand, PL 1250-1251)

Et en ce qui concerne les Anges gardiens, écoutons brièvement un autre docteur de l’Église mais, lui, du 12e siècle: « Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins (Psaume 91, 11).  Quel n’est pas le respect que cette parole doit susciter en toi, la ferveur qu’elle doit faire naître, la confiance qu’elle doit inspirer! Le respect à cause de leur présence, la ferveur à cause de leur bienveillance, la confiance à cause de leur vigilance. Ils sont donc là, à tes côtés, non seulement avec toi mais pour toi. Ils sont présents pour te protéger, pour te secourir, et même si c’est Dieu qui leur en a donné l’ordre, on ne peut pour autant manquer de reconnaissance à leur égard, en raison de la si grande charité avec laquelle ils obéissent et du besoin si grand que nous avons de leur aide. Soyons donc pleins de respect et de reconnaissance pour une telle vigilance de leur part; aimons-les en retour et honorons-les autant que nous le pouvons, autant que nous le devons. »  (Homélie de saint Bernard de Clairvaux sur le psaume 90/91, Éd. cistercienne, 458-462)

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S’efforcer d’être « quelqu’un »!

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Pour être quelqu’un,  il faut être indépendant et libre … et ne pas se laisser troubler par une foule de pensées qui nous assaillent chaque jour et même à chaque instant. Comment trouver la paix intérieure, nécessaire à l’oraison, et se rendre indépendant de toutes ces distractions? La réponse est évidemment dans notre relation avec le Seigneur … et c’est précisément ce que nous dit dom Augustin Guillerand (à travers un correspondant trop facilement troublé ):

« Il faut que nous sortions de plus en plus des mille riens où se perdent la moitié de nos pensées et de nos sentiments. Pense beaucoup au ciel. Pense beaucoup à Notre-Seigneur qui est notre ciel de la terre et qui sera notre ciel de là-haut. Ce qui nous manque c’est cela. Il nous manque quelqu’un. Nous ne trouvons autour de nous que des choses ou des personnes qui ne sont pas assez quelqu’un. Et en nous surtout nous ne trouvons pas une personne qui soit assez une personne. Pour être quelqu’un, il faut se posséder, il faut se rendre indépendant; il ne faut pas être à la merci de tout ce qui nous entoure; il ne faut pas s’émouvoir et perdre la tête parce qu’il fait clair ou sombre, froid ou chaud, parce que les choux sont plus ou moins gras, parce que le porte-monnaie est plus ou moins garni, parce que l’âge emporte les années et apporte les rides, parce que les hommes nous témoignent estime ou antipathie, etc, etc …

Si on se trouble pour tout cela, on est l’esclave de tout cela; on n’est pas indépendant de tout cela; tout cela nous commande, nous fait parler, agir, nous en impose; on n’est pas quelqu’un, on n’est pas vraiment une personnalité, c’est-à-dire un être indépendant et libre. »

( Écrits spirituels, tome 2, page 214s )

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Posséder … sans être possédé!

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En tant que chrétiens, nous sommes appelés à user des biens terrestres mais aussi, et surtout, à désirer les biens éternels: deux devoirs qui ne font pas toujours bon ménage car l’utilisation des biens terrestres risque souvent de nous préoccuper au point de nous faire oublier l’essentiel. Évidemment, le dilemme serait facilement résolu par l’entrée dans la vie religieuse mais … tous n’y sont pas appelés. Le problème n’est pas d’hier; voici donc quelques conseils judicieux provenant d’un ancien moine devenu évêque de Rome en 590:

« Si vous ne pouvez pas abandonner entièrement le monde, retenez les biens de ce monde, mais de telle façon qu’ils ne vous retiennent pas dans le monde. Possédez, mais ne vous laissez pas posséder. Il  faut que votre esprit domine ce que vous avez; autrement, si votre esprit est vaincu par l’amour des biens terrestres, c’est plutôt lui, votre esprit, qui sera possédé par les biens qui lui appartiennent. (…)

Il faut extirper radicalement les vices, non seulement en éliminant leur pratique, mais encore en les arrachant de votre esprit. Ni les jouissances de la chair, ni la démangeaison de la curiosité, ni la fièvre de l’ambition ne doivent nous écarter de la Cène du Seigneur; mais  les activités honnêtes elles-mêmes que nous menons dans le monde ne doivent toucher notre esprit qu’à la dérobée, afin que les activités terrestres qui nous plaisent rendent service  à notre corps sans créer aucun obstacle à notre cœur.

Donc, je n’ose pas vous dire de tout abandonner; mais si vous le voulez, vous abandonnerez toutes choses même en les gardant, si vous vous conduisez dans le temps en aspirant de tout votre esprit à l’éternité. On use du monde, mais comme n’en usant pas, si l’on réduit tous les biens extérieurs à servir notre vie sans leur permettre de dominer l’esprit; dans cette subordination, ils sont utiles au-dehors sans jamais briser l’élan de l’âme qui se porte vers les hauteurs. Ceux qui agissent ainsi ont tous les biens du monde à leur disposition pour en user, non pour les désirer. (…) Pour nous comporter ainsi, nous avons un médiateur entre Dieu et l’homme, un protecteur, par qui nous obtiendrons bientôt toute chose, si nous l’aimons d’un amour sincère. lui  qui vit et règne, avec le Père et le Saint Esprit, car il est Dieu, pour les siècles des siècles. Amen. »    ( Homélie de saint Grégoire le Grand sur l’évangile, PL 1272- 1274 )

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La religion n’est pas une science

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Moniale chartreuse (Benifaça, Espagne)

À lire superficiellement certains manuels de vie spirituelle, on a l’impression que seules les personnes avancées dans la connaissance du mystère de Dieu peuvent aspirer à l’union parfaite … FAUX. L’Église a toujours enseigné que « la science enfle et que la charité édifie » (saint Paul) et que « la foi sans les œuvres est une foi morte » (saint Jacques). Il n’est donc pas étonnant que notre mentor en la matière, le chartreux dom Guillerand, s’exprime ainsi à un correspondant:

« N’attendez pas la science pour agir dans le domaine de vos relations avec Dieu. La religion est une croyance et surtout une pratique. Ce n’est pas une science. Elle est un commerce d’amitié avec Dieu. Lui-même se révèle dans ce commerce. Il se révèle dans la mesure où nous l’aimons, non pas dans la mesure où nous sommes savants, même en religion.

Il n’est pas requis de connaître avec précision toutes les perfections que Dieu possède, ni de pouvoir exposer avec éloquence tous les arguments prouvant son existence. Que d’âmes passent leur vie sans cette science et ont sur lui des vues très sûres, nourrissent pour lui des sentiments très vifs et entretiennent avec lui des relations très vivantes. Elles le voient comme un Père qui sans cesse leur communique ses pensées, ses sentiments, les fait vivre de ces pensées, de ces sentiments, qui est comme leur âme et leur vie profonde, dont l’Esprit est au fond de leur esprit pour les éclairer, les encourager, diriger vers lui toutes les énergies dont elles disposent. Elles aiment ce Père et lui parlent, elles lui disent leurs joies et leurs peines, il est le confident secret de toutes les heures; il est là , au plus profond d’elles-mêmes, pour les accueillir en sa demeure spirituelle quand elle se tournent vers lui. Elles le savent, elles savent que lui-même les appelle quand une voix intime les invite à penser à lui. Leur pensée rencontre toujours la sienne; des rapports vivants, incessants, délicieux peuvent se nouer et se développer ainsi avec l’Hôte divin de leur cœur. »

(Textes spirituels, tome 2, page 175)

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