« Frère Jacques, Frère Jacques, dormez-vous? dormez-vous?

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SONNEZ les matines! SONNEZ les matines! Ding, dang, dong! Ding, dang, dong! » Qui d’entre nous n’a pas entendu chanter, durant son enfance, cette comptine faisant allusion à de mystérieuses matines dont le sens réel nous échappait? Disons-le immédiatement: les matines désignent cet office nocturne chanté par les moines et moniales et qu’on appelle maintenant « vigiles » ou « office des lectures ».

Mais pourquoi se lever la nuit pour prier et chanter? Dès le début de l’Église, les disciples ont senti le besoin de sanctifier tous les moments de la journée et de la nuit: les Actes des Apôtres nous rapportent que la communauté chrétienne priait d’un seul cœur (Actes 1, 14) et que les disciples se rassemblaient pour la prière à la troisième heure (2, 1-15), que Pierre priait vers la sixième heure (10, 9), que Paul et Silas faisaient de même au milieu de la nuit (16, 25). Ces prières faites en commun constituèrent très tôt un cycle d’heures bien défini qui fut à l’origine de l’Office divin, cet ensemble de psaumes bibliques répartis tout au long de la journée et réglementé par saint Benoît dans sa Règle des monastères. Ce cycle de prières, l’Église l’adopta progressivement comme sa prière officielle: appelé autrefois Bréviaire, il est maintenant connu comme Liturgie des heures et est obligatoire pour tous les ministres sacrés (évêques, prêtres et diacres) . En plus des moines et moniales (qui l’assument intégralement), on compte également plusieurs congrégations religieuses et même de nombreux fidèles qui en récitent diverses parties selon leurs possibilités.

Voici un bref schéma des diverses parties de la Liturgie des heures:

  • Office des lectures: célébration par excellence de la Parole de Dieu, on l’acquitte dans les monastères (sous le nom de Vigiles)  soit la nuit ou très tôt le matin. Pour les autres membres de l’Église, il peut être célébré à toute heure du jour.
  • Office du matin:  appelé aussi Laudes (louanges), cet office et celui du soir revêtent une grande importance (minimum requis pour qui ne peut réciter tout l’office) car ils se chantent au lever et au coucher du soleil et encadrent très bien les activités de la journée par des psaumes, des hymnes et des intercessions.
  • Offices de Tierce, Sexte et Nones: comme leurs noms l’indiquent, ces petits offices sont célébrés à la troisième, sixième et neuvième heure (heures romaines correspondant aujourd’hui à 9h, 12h et 15h). Ils peuvent être remplacés (et le sont généralement, hors des monastères)  par un unique petit office appelé Office du milieu du jour.
  • Office du soir: appelé également Vêpres (vespera, soir), il est chanté ou récité au coucher du soleil. Étant le pendant de l’Office du matin, il lui est semblable et plus détaillé que les petites heures.
  • Office des Complies: c’est une petite heure qui précède le coucher de la nuit. Tout est complété!

« Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse; par des psaumes, par des hymnes et de libres louanges, chantez à Dieu, dans votre cœur, votre reconnaissance. » (Col 3, 16 et Ep 5, 19)

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Escorte angélique

 

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La grande prière eucharistique de la messe débute par une action de grâce (appelée Préface) et celle-ci se termine par le chant angélique Saint, Saint, Saint. C’est l’occasion pour dom Guillerand, dans son explication à sa sœur ainée, de s’exprimer sur la présence de la cour céleste au saint sacrifice de la messe:

« Mon Dieu, j’ai supprimé les mots et les voix de la terre pour mieux entendre les mots et les voix du ciel. La Messe est votre venue; seul le chant de louange éternelle peut accueillir le divin Roi, qu’il célèbre à jamais.

O divin Roi, vous ne vous déplacez pas sans votre cour. Par quel mystère les anges et les saints vous escortent-ils? Je ne cherche pas à l’expliquer. Je sais que cela est; cela ne peut pas ne pas être; l’Amour n’est pas sans ses aimés. Voilà les voix que je veux entendre et auxquelles je veux unir ma voix: Anges et Archanges, Trônes et Dominations, Principautés et Puissances, Chérubins et Séraphins, vous dont la grandeur toute spirituelle et l’éclat simple et pur me dépassent, et qui n’en êtes pas moins pour moi si véritablement des amis et des frères … Et vous, saints et bienheureux, vous qui avez connu nos luttes de la terre et savez l’insuffisance de nos chants d’ici-bas, venez tous avec le divin Roi et dites-moi, chantez en moi et pour moi les hymnes dont vous le réjouissez là-haut: Sanctus, Sanctus, Sanctus!

Il est saint! Voilà le grand cantique du ciel. Saint! c’est-à-dire séparé. C’est vrai, vous ne ressemblez à rien. Vous êtes différent de tout, supérieur à tout. Je ne puis rien dire de plus. Tout ce que j’ajouterais serait indigne de votre gloire. Ce serait vous comparer à des créatures; vous les dominez toutes sans exception. Entre la plus haute et vous il y a l’infini. J’aime mieux vous séparer d’elles, vous regarder tout seul et chanter comme on chante au ciel: Saint! Saint! Saint! c’est-à-dire incomparable. Vous comparer serait vous diminuer. Votre gloire, c’est d’occuper des hauteurs inaccessibles. Hosanna in excelsis, gloire à vous sur ces hauteurs! Gloire à vous qui, sans les quitter et sans cesser d’être le Dieu unique, consentez à venir jusqu’à nous!

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux . »

(Écrits spirituels, tome 2, page 122)

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La dignité de la prière « chrétienne »

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Ce que Jésus faisait durant sa vie terrestre, lui-même nous a ordonné de le faire: Priez … implorez … et il nous a même donné un modèle de prière: le Notre Père. Et dans leurs épitres, les Apôtres ne cessent de nous inviter à la prière d’action de grâce, à la louange et à l’intercession pour tous.

Mais pourquoi l’être humain doit-il prier? Pourquoi consacrer à la prière des moments précieux de notre existence?  Simple: la foi nous dit que l’homme tient tout de Dieu. Il est donc normal pour lui de reconnaître et confesser cette souveraineté du Créateur; et c’est bien ce que les hommes religieux de tous les temps ont fait en priant.

La prière chrétienne, néanmoins, a ceci de particulier que soulignant l’unique médiation de Jésus entre Dieu et les hommes, elle n’existe qu’en étant reliée à lui. C’est par le baptême que s’établit ce lien intime entre nous et le Christ. Un chrétien ne prie donc pas comme un juif ou comme un musulman; il prie en tant que membre du Christ ressuscité, membre du Fils unique de Dieu. « C’est en ceci que réside la dignité de la prière chrétienne: elle participe de la piété du Fils unique » (Présentation générale de la Liturgie des heures, no 7). Et notons que cette prière de Jésus se perpétue sans interruption dans toute l’Église et en chaque membre, au nom du genre humain et pour le salut de tous.

Pour le chrétien, l‘obligation de prier n’est donc pas une obligation purement légale (imposée de l’extérieur) mais un besoin vital qui découle de l’essence même de sa vie en Église, une communauté unifiée par l’Esprit Saint. Aucune prière chrétienne ne peut exister sans l’action de l’Esprit; c’est lui qui vient au secours de notre faiblesse, qui nous infuse l’esprit d’adoption filiale en lequel nous crions Abba, Père! Nous pouvons prier seul ou avec d’autres: « Certes, la prière que l’on fait dans notre chambre, porte fermée, est toujours nécessaire et recommandée … mais la prière de la communauté possède une dignité spéciale. Le Christ lui-même n’a-t-il pas dit: « Là ou deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieux d’eux »  (Présentation générale, no 9).

Que cette prière soit privée ou communautaire, elle n’en demeure pas moins un immense privilège. Comme l’écrivait à juste titre le saint pape Paul VI, en 1970: « La vie du Christ dans son Corps mystique perfectionne et élève la vie propre et personnelle de chaque fidèle » (Constitution apostolique pour la promulgation de l’Office divin). En Jésus, dans l’Esprit Saint, la prière nous permet ainsi d’actualiser notre nouvelle vie d’enfant de Dieu; elle nous fournit également l’occasion de nous unir étroitement à tous ceux qui prient: à Marie, aux saints du ciel et à tous nos frères et sœurs répartis dans le monde entier!

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Le langage silencieux de l’âme

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Dans l’ancien rite de la messe (avant Vatican II), la prière sur les offrandes (appelée «secrète») et quelques prières subséquentes étaient récitées à voix basse par le célébrant. Dans son explication de la messe adressée à sa sœur âgée (vers 1928), dom Guillerand  nous a ainsi laissé une belle méditation, toujours valable, sur les bienfaits de la prière silencieuse:

« Mon Dieu, j’ai besoin de vous demander cela dans une oraison spéciale; mais j’ai besoin aussi de le faire à voix basse; ce sera ma prière secrète. J’avais bien remarqué qu’à partir de l’Offertoire le prêtre prie souvent à voix basse; je n’en avais guère cherché la raison. Je commence à la deviner. Elle est belle et juste. Dieu approche; or, en face de lui les mots sont impuissants et le mouvement des lèvres distrait. Seul le langage d’âme, sans bruit, peut rejoindre ce Fils qui va descendre sur l’autel et qui est le Verbe du Père. Je vais prier en silence; je vais me taire, je vais jeter sur lui un regard de foi confiante et aimante dans le fond de mon âme, sur cet autel intime où le Père le prononce. Je vais m’unir à cette Parole du Père; je vais me livrer à elle et au Père qui la prononce pour entrer dans les divins rapports qui sont leur vie et leur joie infinies.

O Jésus, Verbe incarné, Parole éternelle qui voulez retentir aux entrailles profondes de mon être; le Gloria, l’Épitre, l’Évangile, c’étaient déjà des expressions de vous, mais multiples et brisées comme les couleurs de l’arc-en-ciel sur un ciel d’orage. Maintenant vous allez venir vous-mêmes; vous allez vous donner comme le soleil dans un ciel limpide; je ne veux plus de mots, plus de mouvement, plus de bruit dans mon âme … je me tais. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 121)

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Jésus pouvait-il réellement prier?

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Verbe fait homme, splendeur de la Gloire du Père, Jésus avait-il besoin de prier? Car,  la prière supposant une relation d’inférieur à supérieur, et les trois Personnes divines n’étant ni inférieures ni supérieures entre elles, il ne peut y avoir de prière véritable en Dieu! Et cependant, la révélation chrétienne nous dit que oui, Jésus priait sur terre, et même qu’il priait souvent. En se faisant homme, le Verbe éternel s’est abaissé en devenant en tout semblable à ses frères, à l’exception du péché. À quel point était-il conscient de lui-même? mystère … mais, ce qui est sûr, c’est qu’il a grandi comme tout être humain « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Luc 2, 52) .

Les évangiles nous montrent fréquemment Jésus en prière, surtout dans les moments solennels tels son baptême au Jourdain, la nuit précédant le choix des Douze, la multiplication des pains, sa transfiguration sur la montagne et la résurrection de Lazare. Mais qu’en est-il de sa vie routinière, celle de tous les jours? Avec l’Église, on peut affirmer que son activité quotidienne était non seulement liée à sa prière mais qu’elle en découlait en quelque sorte :

« Jésus se retirait dans le désert ou sur la montagne pour prier, en se levant de très bonne heure ou en passant la nuit à prier. Il participait également aux prières dites publiquement dans les synagogues, où il avait l’habitude de se rendre le jour du sabbat ainsi qu’au Temple (qu’il appelait une maison de prière); il participait également aux prières récitées en privé par les pieux Israélites (habituellement tous les jours). Il prononçait de même les bénédictions traditionnelles adressées à Dieu au moment des repas, tel que rapporté pour la multiplication des pains, la dernière Cène et le repas d’Emmaüs. Il chantait également des hymnes avec ses disciples, etc. » (Présentation générale de la Liturgie des heures, no 4)

Jusqu’à la fin de sa vie, Jésus nous aura donc montré que la prière était l’âme de son apostolat. Nul besoin de s’étonner, par conséquent, de ses conseils sur la prière fréquente (Luc 18, 1 et 11, 5-8) et il serait faux de croire que cette façon de prier ne doive concerner que les moines et moniales. En tant que membres du Christ ressuscité, nous sommes tous appelés à vivre nos engagements, quels qu’ils soient, dans une atmosphère de prière, joyeux d’expérimenter constamment la présence aimante de Dieu notre Père.

Y aurait-il des moments de notre vie où la prière s’impose de toute nécessité? Oui, évidemment; et, lors de ces heures cruciales, ayons également à cœur d’imiter notre Maître qui « aux jours de sa vie mortelle, présentant des prières et des supplications (avec un grand cri et des larmes) à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, a été  exaucé à cause de sa piété » (Hébreux 5, 7).

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Que puis-je offrir à Dieu?

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La messe n’est pas qu’une prière, c’est également un sacrifice! À la liturgie de la Parole succède la liturgie eucharistique. Que pouvons-nous offrir à Dieu? Écoutons les sages conseils de dom Guillerand à sa sœur âgée et impotente:

« Mon Dieu, jusqu’ici je n’ai que prié. Une messe n’est pas une prière ordinaire, c’est une prière très particulière qui s’appelle un sacrifice. Les prières que je viens de faire ont élevé mon âme jusqu’à vous, elles m’ont mis à votre hauteur, elles m’ont préparée au sacrifice. Maintenant je dois et je veux l’accomplir.

Que puis-je vous offrir? Que puis-je vous sacrifier? Le pain sur la patène d’or, le vin dans la coupe du calice ne vous attire pas par leur valeur propre; vous les agréez parce qu’ils vont devenir votre Corps  et votre Sang, et surtout parce que sous cette forme vous pouvez donner libre cours au désir immense qui vous consume de vous unir à nous et de nous transformer en vous. La transformation en vous, la communication de vous-même (infiniment et éternellement beau) à nous-mêmes, pauvres et si pleins de faiblesse et de misères, l’union c’est-à-dire la communauté de pensée, de sentiments, de volonté, d’activité, voilà votre rêve divin et aimant. Le pain et le vin dont vous voulez nous nourrir, c’est vous. Et le pain et le vin dont vous voulez vous nourrir, c’est nous. C’est moi, moi-même, mon corps et mon âme, mon être tel qu’il est et tel que vous le connaissez si bien, avec ses imperfections et ses insuffisances; voilà ce que je dépose à vos pieds, voilà mon offrande.

Faites-en ce que vous voulez. Vous voulez me transformer en vous; transformez! Vous voulez immoler en moi ce qui s’oppose à cette transformation, ce qui ne peut s’accorder à vous; immolez! Comme le pain et le vin que le prêtre vous offre sur l’autel, mon corps et mon âme sont à vous; ils viennent de vous; je n’en ai, moi, que l’usage. C’est cet usage que je vous sacrifie. Je vous le remets précisément pour reconnaître vos droits de Créateur et votre souverain domaine (…). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 119)

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Une longue attente récompensée

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Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem

À l’occasion de cette belle fête de la Présentation (2 février), voici un commentaire de dom Augustin Guillerand sur l’attente du vieillard Siméon, attente longue et patiente mais, finalement, merveilleusement récompensée:

« Siméon orné de justice et de crainte attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était en lui.  (Luc 2,25)  Saint Luc a dessiné en quelques mots un portrait précis et complet du saint vieillard Siméon. Sa vie merveilleusement une, et à cause de cela merveilleusement belle et forte; elle tient toute en un mot: Il attendait. (…)  Il attendait le Rédempteur, Celui qui devait refaire dans les âmes l’image et la ressemblance de Dieu déformée par le péché, Celui qui est cette image, cette ressemblance, Celui donc qui porte en lui les traits de l’infinie Beauté, la figure de sa Substance, l’éclat de l’éternelle Lumière. Il tenait toutes ses énergies, tendues par le désir, vers lui. (…)

L’issue d’une telle attente est facile à prévoir. Le jour même et à l’heure même où la voix intérieure dit: «Il est là, il est au Temple», toutes les énergies ordonnées de son être, les muscles de son corps, les puissances de son âme se déclenchaient simplement, sans effort, s’accordaient pour trouver, reconnaître, embrasser Celui qui était son seul désir; et de tout cet être satisfait s’éleva l’hymne du repos après l’effort, de la possession après l’attente, l’hymne de la paix: «Maintenant vous laissez votre serviteur partir en paix ... » (…) La paix l’enveloppe, le baigne, l’inonde de toutes parts.

Résultat splendide! Nous le désirons, nous aussi, nous en avons le droit; il peut, il doit devenir nôtre. Mais nous oublions l’attente qui le précède et le long effort qui le prépare. L’heure de la paix , de repos, ne sonne qu’après le travail, et elle ne sonne que pour ceux qui ont travaillé, pour ceux qui ont su construire et orner le temple intime où l’hôte divin doit venir, pour ceux qui ont longuement écouté la voix de l’Esprit Saint et qui, en collaboration avec ce dernier, se sont façonnés peu à peu des bras spirituels, des facultés rectifiées, surélevées, divinisées, nécessaires pour recevoir et embrasser le Rédempteur attendu. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 19 ss)

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Croire … c’est déjà communier!

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À la messe, après l’écoute de l’évangile vient le moment de manifester notre adhésion à cette Parole divine: c’est en se levant debout que nous récitons ensemble le Credo (notre profession de foi). Dom Guillerand commente cet instant avec des paroles sublimes qui nous transmettent ses convictions les plus profondes:

« Mon Dieu, voilà la vibration de mon âme; voilà sa réponse aux mots que vous avez prononcés jadis pour tous et que vous voulez lui redire à elle seule: « Je crois ». La foi unit une âme à l’âme qui lui parle. Le Credo est déjà une communion; la communion spirituelle. Votre Parole me livre cette vérité, et votre Vérité c’est vous. « Je suis la Vérité » avez-vous dit (Jean 14, 6). Et vous avez ajouté: « Je suis la Vie » et « Celui qui croit en moi, celui-là a la vie éternelle! »

Cela est vrai, la vie est un rapport intime entre deux êtres qui les fait passer l’un dans l’autre. L’être supérieur communique à l’autre la vie supérieure. Quand je mets mon corps en relation avec l’air ou les aliments matériels, je fais vivre mon corps. Quand je mets mon intelligence en contact avec des pensées, je nourris mon intelligence et je développe sa vie. Quand je mets mon âme en contact avec votre âme, votre âme devient mon aliment divin, elle me communique sa propre vie et je possède vraiment la vie éternelle: Credo! Je crois cela.

Je crois tous les enseignements de votre Évangile; je les accueille; je vous livre mon esprit pour que vous les y graviez; j’unis ma pensée à votre pensée pour qu’elles ne fassent plus qu’un. Je crois un Dieu, Créateur et Père; je crois que vous êtes son Fils fait homme, mort pour nous, puis ressuscité et remonté à votre Père. Je crois que vous demeurez sur la terre par votre Saint-Esprit, que vous vivez ainsi dans votre Église et dans vos saints. Je crois que ce Credo accorde ma vie à votre vie et que c’est pour moi la vie éternelle. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 118)

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L’Église dans la tourmente

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Entendons-nous … il ne s’agit pas de tourmente réelle mais médiatique. Le dernier livre du cardinal Sarah (en collaboration avec le pape émérite) n’est que le dernier épisode d’une longue liste de demandes d’éclaircissement sur des déclarations pontificales mal transmises par les moyens de communications. Le problème n’est certainement pas la foi solide et très catholique du Pape François mais plutôt une certaine ambiguïté venant d’un manque d’explications adéquates et exploitée par une presse partisane.

Sans revoir toute l’histoire de la papauté depuis 2000 ans, il suffit de la regarder depuis Pie XII pour constater la saine alternance entre pape cérébral et contemplatif et pape humble et engagé: ainsi Pie XII sera-t-il suivi par Jean XXIII, Paul VI par les deux Jean-Paul, Benoît XVI par François. Une belle et enrichissante complémentarité! Ne soyons donc pas surpris si le pape François n’a pas les charismes de son prédécesseur mais d’autres qui sont bien à lui et qui lui permettent de faire un certain ménage ecclésial, de se sentir libre envers certaines prises de positions traditionnelles et de jeter des ponts avec des groupes jusqu’ici ignorés ou laissés pour compte. Citant l’un de ses confrères jésuites, le regretté cardinal Martini, François déclarait récemment que l’Église catholique affichait un retard de 200 ans dans plusieurs domaines; déclaration apte à faire frémir les nostalgiques de l’époque préconciliaire!

Il n’en demeure pas moins que certaines réflexions du pape actuel concernant, par exemple, l’homosexualité, les divorcés-remariés, le dialogue inter-religieux, le célibat des prêtres dans l’Église latine, sans oublier la fameuse «Pachamama», mériteraient d’être plus amplement expliquées aux simples fidèles, incapables de vérifier par eux-mêmes de leur authenticité et de leur correcte signification.

Je termine par la citation d’un évêque belge: « Jamais il ne faut attaquer le Pape; au contraire il nous faut toujours respecter sa personne et sa mission. Mais il est permis et il s’impose parfois de lui demander humblement des éclaircissements » (Mgr Léonard, archevêque émérite de Bruxelles).

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Dans l’Évangile, Jésus me parle!

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Dom Augustin Guillerand aborde aujourd’hui la lecture de l’Évangile au cours de la messe. Dans cette méditation, écrite pour sa sœur âgée et infirme qui ne peut plus se rendre à l’église, ce moine chartreux explique comment la lecture de l’Évangile est la continuation de la prédication de Jésus sur les routes de Galilée:

« Seigneur, toutes les paroles de vos envoyés ne tendent qu’à vous préparer les voies et à vous ouvrir les âmes. Vous êtes, vous, la Parole unique et vivante qui renferme, éclaire et fait vivre toutes les autres. Votre Évangile offre à mon cœur la riche substance de votre Parole elle-même. Je vous y entends, je vous y vois; j’y découvre à chaque page, à chaque ligne, à chaque mot la physionomie de Celui que seul je veux connaître, aimer, imiter. L’Évangile, c’est déjà l’Eucharistie: vous vous y donnez, vous vous y faites notre aliment spirituel. Les mots sont les voiles sous lesquels vous vous cachez; mais c’est bien vous qu’ils livrent dès que par la foi j’en dépasse l’écorce. Vous êtes le fruit savoureux qu’elle enveloppe; je veux m’en nourrir, comme je me nourrirai tout à l’heure de votre Corps sacré.

En le lisant, je vous rejoindrai et je vous suivrai sur cette terre de Palestine où vous avez vécu votre vie terrestre, dont votre Eucharistie n’est que la continuation et la reproduction. Ce que vous redites sans cesse à chaque Messe, c’est ce que vous avez dit. Ce que j’entends quand je fais silence dans mon âme, ce que je vais entendre durant ces minutes sacrées de mon Dimanche solitaire, ce sont les divines paroles dont a vibré l’air de Palestine. Mon âme sera cet air dont les couches dociles s’ébranlaient au passage de vos mots pour les porter jusqu’aux cœurs, hélas! beaucoup plus rebelles. Puisse-t-elle en retenir et en répercuter à jamais la céleste harmonie! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 117)

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