Lumière révélatrice

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Jésus nous fait avancer en nous révélant à nous-mêmes. Ce processus est souvent humiliant pour notre amour-propre mais incontournable pour une conversion sincère. Lors de sa rencontre avec la Samaritaine, le Maître arrive à ce point tournant dont dépend l’avenir spirituel de cette femme. Laissons dom Guillerand nous en décrire le processus:

« Va, appelle ton mari et reviens ici » (Jean 4, 16). Le divin Maître donne soudain à la conversation un tour tout nouveau. Lui-même suit son idée et son amour. Il voit en cette âme des dispositions à accueillir la lumière et il lui en verse le rayon qu’elle acceptera. Mais il le fait par des moyens inattendus. Cette femme a mené, et mène encore, une vie de désordre. Elle s’est donnée successivement à cinq hommes, et celui avec lequel elle est liée maintenant n’est pas un mari. Le Sauveur le savait quand il a engagé l’entretien; il le savait de toute éternité quand il formait ce cœur, quand il unissait cette âme à ce corps qui l’entraînerait à l’abîme; mais il sait que son amour éclate à se donner, et que le relèvement des êtres tombés est une des formes les plus glorieuses du don de soi. Il voulait cette gloire … et il préparait tout ce qui devait la manifester. Toutes les circonstances de sa vie terrestre, toutes les rencontres et tous les mots prononcés sont ordonnés à ce but qui, pour lui, est unique et s’impose.

La Samaritaine ne se ferme pas à cette lumière qui la découvre; elle reconnaît de plus en plus en celui qui lui parle un être supérieur qui lui inspire toute confiance, et elle se courbe devant cette lumière qui pourtant l’humilie. Elle reconnaît sa misère, et elle en fait l’aveu: « Je n’ai pas de mari ». Peut-être pourrait-on entendre cette réponse dans un sens plus sévère et y voir une «dérobade». L’aveu me semble beaucoup plus dans le style de cette âme essentiellement sincère et qui a conquis la grâce par cette sincérité. Le divin Maître ne lui donne pas le temps de s’expliquer; il a hâte de poursuivre et d’achever son œuvre. La terre est bonne; elle peut porter moisson; il presse la levée du grain et la récolte: « Tu as parlé juste en disant: Je n’ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari: en cela tu as dit la vérité ».

L’entretien reste manifestement confiant de part et d’autre. Jésus ne s’arrête pas à la faute; il ne cherche pas à humilier. Nul reproche et même aucune allusion à ce qu’il y a de répréhensible dans la situation de cette femme. Elle a été sincère; elle a reconnu ses fautes; il ne relève que cela; et il le fait avec insistance: « Tu as dit vrai ». Il reprend deux fois la formule en ces quelques mots qui sont en définitive des félicitations. Il ferme les yeux sur le mal pour ne voir que le bien et préparer la magnifique récompense. La Samaritaine le sent; consciemment ou inconsciemment, l’attrait divin l’envahit, la rapproche, éveille en son âme des soucis et des mouvements nouveaux. La pénétration de celui qui parle révèle un homme en contact avec le ciel et qui peut éclairer les problèmes religieux dont son âme est tout de même préoccupée en son fond: « Je vois, dit-elle, que vous êtes prophète ».

(Écrits spirituels, tome 1, page 227 s)

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Petits enfants, gardez-vous des idoles!

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Initialement publié sur Carnet d'un ermite urbain :
Le mot « idole » peut être compris de diverses manières: Dans le domaine des religions, l’idole est synonyme de «faux dieux» (dieux des païens) à l’opposé du Dieu unique des Juifs,…

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Eau dormante ou jaillissante?

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Dans son entretien avec la Samaritaine, Jésus demeure incompris lorsqu’il lui parle de l’eau appelée à devenir en elle une source. « Il ne s’en émeut pas, fait remarquer dom Guillerand, mais il se tient toujours sur les hauteurs pour nous y attirer ». Écoutons, encore une fois, notre ami chartreux:

« La Samaritaine en est encore à l’idée d’une eau ordinaire; Jésus l’en détrompe et l’ouvre au désir d’une eau supérieure qui désaltère pour toujours. Déjà même il laisse entrevoir la haute cime où il l’appelle: « L’eau que je donnerai deviendra en lui une source dont l’eau jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jean 4, 14). Jésus offre à la Samaritaine une eau qui deviendra en elle une source de vie inépuisable. Et déjà, dans une formule d’une richesse divine, il la définit. Cette eau est une source. Ce n’est pas une eau dormante, immobile; c’est une eau qui jaillit dans l’âme, mais qui ne vient pas de l’âme. Elle vient de plus haut que l’âme: c’est pourquoi elle rejaillit; elle tend à rejoindre les hauteurs de son origine. Elle vient des montagnes éternelles, et elle y tend; elle rejaillit en vie éternelle. Son mouvement est donc un mouvement immanent, qui demeure … ce n’est pas un mouvement qui vient d’ailleurs et qui s’achève ailleurs. Il vient de plus haut que nous, et cependant il vient de nous; il remonte aux cimes de son départ, et cette cime elle-même est en nous. C’est bien le mouvement de vie, et de vie qui ne s’épuise pas, puisqu’il se déploie uniquement dans le sujet.

La Samaritaine ne pénètre pas en ces profondeurs de pensée. Qui, ici-bas, en rejoindra l’immensité sans fond? Nous avancerons sans cesse de notre mouvement transformé, divinisé, et sans cesse nous aurons devant nous l’infini qui se donnera et qui déroulera sa plénitude inabordée. Le divin Maître ne s’émeut pas de rester incompris. Il se tient toujours sur les hauteurs pour nous y attirer, et sans cesse en mouvement pour que nous nous efforcions de le rejoindre. Sa joie c’est ce mouvement qu’il provoque: il le provoque dans l’âme; il est donc dans l’âme; l’âme lui est donc unie; c’est ce qu’il désire: se donner, s’unir dans ce mouvement qui est sa vie et qui devient notre vie.

La Samaritaine est dans un état d’âme qu’il est bien difficile d’exprimer. On le devine sans pouvoir l’analyser. C’est un mouvement; c’est le mouvement de l’eau divine que Jésus lui révèle; mais il se communique à un milieu bien réfractaire. La matière y a pris trop de place; elle reste donc dans l’idée d’une eau matérielle, d’une eau matérielle bien supérieure à celle du puits de Jacob. Elle suit Jésus, elle le suit à une grande distance, mais elle est en mouvement vers lui: le divin Maître est content. Elle désire cette eau dont elle ne saisit pas encore la nature spirituelle et divine, mais dont elle entrevoit le caractère et l’efficacité nouvelle: « Donnez-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir ici pour en puiser ». Si inférieur qu’il soit, ce désir de la pauvre femme tombée provoque la grâce qui relève. Parce qu’elle n’a pas rejeté le Sauveur, il lui offre le salut; elle a foi en lui; il récompense sa foi; il poursuit son œuvre en lui montrant de plus en plus combien il la mérite: « Va, appelle ton mari et reviens ici ».

(Écrits spirituels, tome 1, page 225 s)

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Narcisse et la tendance homosexuelle

Carnet d'un ermite urbain

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Pour nous qui vivons au début du troisième millénaire, il nous est difficile d’ignorer l’ampleur du mouvement gay qui ne cesse de faire les manchettes … et la question se pose: d’où vient cet engouement chez certains de nos contemporains pour un style de vie autrefois jugé  bizarre, pour ne pas dire anormal? Tous ces adeptes sont-ils « nés comme ça » ou ne seraient-ils pas en partie victimes d’une société hédoniste à outrance?

Dans son article « Sommes-nous les enfants du narcissisme? », Renaud Beauchard note que la notion de narcissisme peut s’appliquer à l’observation des tendances actuelles des sociétés modernes occidentales. Mais, au préalable, notons  pour les non-initiés  que ce terme «narcissisme» provient du mythe grec de Narcisse, beau jeune homme qui, venant un jour à une source d’eau pour apaiser sa soif, vit son reflet dans l’eau et s’extasia devant lui-même: sans s’en douter, il se…

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Si tu savais le don de Dieu

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Être à l’écoute de Dieu, c’est s’exposer à en recevoir des enseignements imprévus qui nous attirent vers le haut. Ce fut le cas de Nicodème et c’est maintenant le cas de la Samaritaine. C’est également là le message que veut souligner dom Guillerand dans son commentaire biblique:

« Le tour que Jésus donne immédiatement à cet entretien n’est pas moins déconcertant. Il fait avec cette femme ce qu’il a fait avec Nicodème. Il l’entraîne du premier coup sur des terres et à des hauteurs où il est impossible qu’elle puisse atteindre. « Si tu savais le don de Dieu, et si tu connaissais celui qui te parle, c’est toi qui lui demanderais à boire et il te donnerait de l’eau vivre » (Jean 4, 10). Quelle impression exacte avait provoquée dans l’esprit de la Samaritaine la première parole du Sauveur (« Donne-moi à boire »)? Il est difficile de le préciser … et il est inutile de le faire puisque l’Esprit-Saint n’a pas cru devoir nous le dire. Mais à coup sûr elle était loin de la préparer à cet envolée subite de l’entretien. Il demandait alors, maintenant il offre de donner ce qui lui manquait; il s’agissait de l’eau du puits de Jacob, il s’agit maintenant d’une eau puisée à la source même de toute vie et que Dieu lui-même verserait; il apparaissait comme un pauvre Juif épuisé qui a besoin d’une gorgée … et le voilà maintenant avec les traits d’un personnage mystérieux qui dispose d’une eau vive et d’une puissance supérieure à la terre.

La Samaritaine en est manifestement saisie. Le titre qu’elle lui donne montre que la parole de cet étranger a quelque chose qui ne permet pas de la mépriser. Elle ne comprend pas; mais elle devine que ce qu’elle ne comprend pas peut être. En face de ce qu’on lui dit son esprit s’ouvre à un par-delà qu’elle croit possible. Le mystérieux étranger mérite qu’on l’écoute: et elle entre dans les rapports d’âme où il l’attire et qui la conduiront à la foi. Déjà elle croit que celui qui lui parle peut être un envoyé de Dieu. Quelques mots à peine ont établi le contact que quelques autres, presque aussi courts, transformeront en adhésion et en union d’âme. Cependant, elle reste encore sur le terrain matériel. Elle ne rejette pas l’idée d’une puissance divine, mais d’une réalité surnaturelle et spirituelle: « Seigneur, dit-elle, vous n’avez rien pour puiser et le puits est profond! Où prendrez-vous de l’eau vive? Êtes-vous plus grand que notre père Jacob, qui a creusé ce puits et qui nous a donné cette eau? » Elle est surprise et veut savoir; elle n’est pas incrédule et ne se ferme pas à la Lumière. Elle a bien l’état d’âme que Jésus aime, et il va la satisfaire.

Il précise le terrain où se meut sa pensée et où il veut attirer la pensée de son interlocutrice. Il ne s’agit pas d’une eau ordinaire qui calme une soif ordinaire. Il s’agit d’une eau qui supprime toute soif: « Quiconque boit de l’eau qui est dans le puits de Jacob, aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que je donnerai sera désaltéré pour toujours ». Jésus et la Samaritaine ne sont pas encore sur le même plan de pensée, mais déjà les âmes sont accordées. Le divin Maître a penché son âme vers cette âme en lui parlant malgré les différences de nationalités hostiles; la femme de Sichem n’a pas repoussé la divine avance. Il s’est présenté comme un envoyé du ciel, et elle admet qu’il puisse avoir une mission d’en haut. Rien ne les sépare que ce qu’il n’a pas fait encore, mais qu’il fera sans tarder. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 224 s)

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Adorable et Assimilable

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La Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (autre fois, Fête-Dieu) a toujours attiré l’attention affectueuse des Catholiques, et pour cause. Depuis le Moyen-Âge, l’Église a toujours entouré cette fête des plus grands honneurs: messe solennelle, processions, chants, fleurs, reposoirs, … sans oublier ses rejetons obligés: saluts du Saint-Sacrement et adorations des Quarante heures! Mais d’où vient cet engouement qu’on ne retrouve pas dans les Églises orientales? Et tout d’abord qu’est-ce que l’eucharistie?

« L’eucharistie, est le sacrement de la tendresse de Dieu, écrit le père Rey-Mermet, car Dieu ne crée l’univers que pour s’unir tous les humains dans l’amour ». Et c’est pourquoi l’Incarnation ne se termine pas au Christ mais à tout individu, justement pour que tout individu devienne divin. Merveilleux! Mais mange-t-on le Christ en privé et pour nous-même seulement? Non, on le mange ensemble, communautairement: « Le pain que nous rompons, dit Paul aux Corinthiens, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, nous ne formons qu’un seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique ». La communion nous unis donc les uns aux autres tout en nous unissant à la victime de la croix; car, en nous invitant à manger son corps livré et à boire son sang versé, Jésus nous intègre à sa propre offrande pour ne faire qu’un avec lui. Dans l’eucharistie, Jésus ne pouvait que se faire assimilable. Sans être exclusif, l’eucharistie demeure donc le moyen par excellence de notre assimilation au Christ.

La présence réelle et substantielle de Jésus dans ce sacrement a souvent été mise en doute, et spécialement depuis 500 ans, par les Protestants qui n’y voient qu’un pur symbole. Face à cette hérésie, les réactions du magistère de l’Église ne se firent pas attendre avec la tenue du concile de Trente (16e siècle). Cependant, cette insistance sur la présence réelle repoussa dans l’ombre la dimension de nourriture du sacrement au profit de l’adoration: on encouragea avec succès diverses démonstrations publiques (processions, saluts et bénédictions) mais, le Jansénisme aidant, la communion, elle, devint plus rare. Quoiqu’il en soit, se développa peu à peu dans l’Église Catholique une dévotion eucharistique, inconnue (sous cette forme) de l’Église Orientale, qui parvint néanmoins à se comparer avantageusement à une autre dévotion propre aux Orientaux: celle des icônes. Faut-il s’en offusquer? À chaque Église sa grâce particulière! Quoique puissent en penser certains liturgistes, le culte eucharistique en dehors de la messe s’est quand même avéré source de grâces et de consolations pour de nombreux fidèles, au cours des siècles. Le Pape François lui-même n’a-t-il pas privilégié l’adoration silencieuse devant le Saint-Sacrement lors de sa prière publique à la basilique Saint-Pierre en 2020, au tout début de la pandémie?

Jésus adorable donc, mais aussi et surtout Jésus assimilable! Voila un mystère de foi qui ne cesse de révéler ses richesses spirituelles. Sacrement de la tendresse de Dieu, son but avoué est de nous unir à Lui dans une étreinte éternelle. Puissions-nous tous en profiter!

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Une demande inattendue

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Tout l’évangile nous montre Jésus penché vers la misère pour la guérir. Dans son commentaire sur la rencontre avec la Samaritaine, dom Guillerand s’extasie devant cette préférence du Maître pour ce qui est méprisé du monde. Écoutons-le:

« Donne-moi à boire » (Jean 4, 7). Cette demande est toute indiquée, surtout en ces pays d’Orient où les vertus sociales sont si bien observées. La femme a ce qu’il faut pour atteindre l’eau profonde; lui, n’a rien; elle ne peut refuser ce service. Mais les rivalités nationales, connues de tous, lui donnent un caractère inattendu qui frappe la Samaritaine: et c’est précisément ce que Jésus veut. Il veut attirer l’attention et l’esprit pour prendre contact avec ce cœur. La femme lui rappelle ce qui les sépare; elle est étonnée de ce rapport dont il prend l’initiative; elle ne comprend pas, elle suppose probablement quelque motif secret qu’elle veut connaître: « Comment vous, un Juif, pouvez-vous me demander à boire à moi, une Samaritaine? » Jésus attendait cette réponse; c’était ce qu’il voulait provoquer, non pour justifier sa demande, ni même pour la maintenir. Il l’oublie au contraire. Et il porte aussitôt la conversation sur son terrain. L’eau du puits de Jacob, sa soif et sa fatigue physique l’intéressent fort peu. Ce qui compte pour lui, c’est l’âme de cette personne … et par delà cette personne, toute cette région samaritaine pour laquelle son divin cœur nourrit la même charité que pour ses compatriotes. Il connaît la femme à qui il s’adresse et tous ceux dont elle est, malgré l’indignité de sa conduite, la représentante spirituelle choisie et dont elle sera la missionnaire. Cette indignité même l’attire, dicte son choix; elle est bien dans le style de sa mission et du divin amour qu’il vient révéler. Toute l’Écriture qui annonce cette mission le montre penché vers la misère pour la guérir, indifférent à toute grandeur naturelle ou l’abaissant pour s’en servir, tourné vers ce qui n’est pas pour l’exalter. Sa vie, sa naissance, sa situation, sa famille, ses premiers choix, ses premiers actes, tout est dans cet esprit; tout indique une préférence marquée pour ce que les hommes méprisent.

Cependant, il n’a pas encore affiché cette préférence comme il le fait en ce moment; une Samaritaine, une femme tombée; rien jusque-là ne laissait prévoir qu’il quitterait la capitale, fuirait les Juifs, et surtout les purs, ceux qui représentaient le vieil esprit et les traditions du peuple choisi de Dieu, pour cette misérable, rencontrée seule au bord d’un puits. À cette date, une telle attitude était invraisemblable … et l’on comprend la stupéfaction des disciples à leur retour en face de ce spectacle. Même après 1900 ans de christianisme, nos âmes familiarisées avec ce récit, et avec un nouvel esprit qui l’anime, ont peine à mesurer l’étrange nouveauté d’un tel entretien. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 223 s)

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Ceci étant dit …

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La fête de la Très Sainte Trinité, si elle est mal abordée, peut devenir un cauchemar pour tout prédicateur bien intentionné. Si l’on s’arrête au casse-tête insurmontable de l’existence de trois personnes en un seul être … on ne peut que se perdre dans les dédales d’un raisonnement stérile. En nous présentant cette fête aujourd’hui, l’Église n’a aucunement l’intention de nous faire comprendre un mystère incompréhensible mais, bien plutôt, d’en vivre!

Et tout d’abord, rappelons-nous que Jésus n’est pas venu fonder une nouvelle religion mais uniquement accomplir les promesses de Dieu faites à Israël. Jésus est né juif et de religion juive; il a toujours été fier d’être membre du Peuple choisi et n’a jamais renié ses racines. S’il a critiqué les abus religieux de son temps, c’était par amour pour Dieu et pour ses congénères. Il est mort et ressuscité pour le salut de tous et, comme disait saint Pierre aux habitants de Jérusalem (le jour de la Pentecôte), « c’est pour vous qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin (les non-juifs), en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Actes 2, 39). Il est vrai que, par la suite, beaucoup de juifs vont refuser d’accepter Jésus comme Messie, iront même jusqu’à persécuter les premiers chrétiens pour finalement les expulser officiellement de la synagogue, vers les années 90, à Jamnia. Au dire de saint Paul, les juifs se sont eux-mêmes coupés inconsciemment de la racine sainte pour que les païens convertis puissent y être greffés mais leur retour est néanmoins prévu dans un avenir éventuel (Romains 11, 1-36). Notre religion «chrétienne» est donc en pleine continuité avec la religion vécue durant des siècles en Israël, religion nourrie par les prophètes, puis accomplie et simplifiée par le Christ pour être ensuite prêchée par les apôtres sous la mouvance de l’Esprit Saint.

Ceci étant dit, les précisions apportées au sujet de l’existence des trois Personnes divines ne sauraient être vues comme des nouveautés radicales mais bien pour ce qu’elles sont réellement, à savoir, des précisions! La lecture des derniers livres de l’Ancien Testament ( Proverbes, Ben Sira, Sagesse, etc.,) nous laisse en effet percevoir une évolution certaine de la pensée religieuse quant à la préexistence mystérieuse auprès de Dieu de cette Sagesse qui tantôt s’apparente au Verbe tantôt à l’Esprit. Le quatrième évangile ne pourra que porter à terme cette révélation en parlant clairement de la divinité et de Jésus et de l’Esprit de vérité. Confrontée à certaines hésitations doctrinales, l’Église du 4e siècle, réunie en concile, énoncera clairement le contenu de la Foi : « Un seul Dieu en trois Personnes » (Concile de Nicée, en 325, et celui de Constantinople, en 381).

Ceci également étant dit, comment pouvons-nous vivre de ce Mystère ineffable? Tout simplement à la façon des justes de l’Ancien Testament (amour de Dieu et amour du prochain) mais avec une intensité et une nouveauté extraordinaires: la vie dans l’Esprit! Même s’il opérait silencieusement depuis toujours dans les membres du Peuple élu, cet Esprit ne le faisait qu’en lien avec des lois écrites et non comme Loi intérieure gravée dans le cœur des croyants. Grâce à cette Onction qui désormais les habite, les chrétiens comprennent mieux les Écritures, la personne du Christ, sa relation avec le Père, et l’héritage qui les attend au Ciel. Si Jésus de Nazareth n’est pas venu fonder une nouvelle religion, il a su néanmoins mener à son accomplissement le potentiel insoupçonné de la religion révélée. Au niveau organisationnel, il est également vrai que, tout comme le vin nouveau requiert de nouvelles outres, ce nouvel Esprit, en regard des institutions dépassées de Moïse, ne pouvait qu’évoluer dans un cadre totalement renouvelé: l’Église.

Vivons donc en paix, chers amis, car nous sommes dans la bonne voie: « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous. » (Éphésiens 4, 4-6)

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Donne-moi à boire!

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L’entretien de Jésus avec la Samaritaine (Jean 4, 1-42) a toujours fasciné les lecteurs du 4e évangile. C’est une page sublime où saint Jean se surpasse dans la description de la scène avec distribution des détails, peinture des cœurs et profondeur des paroles qui lui donnent un charme incomparable. Dom Augustin Guillerand ne pouvait manquer de s’y arrêter longuement dans son commentaire biblique … laissons-lui la parole:

« C’était en plein jour, après une course sous le soleil qui avait fatigué le Maître, et ces détails ont aussi leur importance. Des âmes, dans la suite des temps, en seront émues; elles penseront à l’amour de Jésus pour les âmes, à ses efforts humains pour les rechercher, à ses heures d’épuisement, à toute cette nature humaine dont il a voulu prendre et ressentir toutes les misères pour les guérir et les relever, aux pensées et aux sentiments qui étaient les siens à cette heure … et que d’ailleurs il exprimera à la fin de la scène quand il montrera à ses disciples les immenses champs de blé qui jaunissent au monde des âmes et qu’ils devront moissonner. « Or il lui fallait traverser la Samarie ». Jésus fuit une haine pour en trouver une autre; mais la haine des Samaritains ne s’oppose pas à son rôle de Sauveur; elle s’attaque seulement à son titre de juif. Or son rôle de Sauveur déborde sa nationalité et il en profitera pour le faire connaître en son ampleur.

« Donne-moi à boire » (Jean 4, 7). Saint Jean, l’homme des petits détails qui peignent une scène et font vivre un personnage, nous montre le Christ épuisé par une course pénible et par la chaleur du plein jour. Il avait dû probablement fuir en hâte et fournir une longue étape pour échapper à une menace que le récit ne précise pas. Le récit court au but, et le but est l’entretien qui suit. Jésus reste seul pendant que ses disciples vont au ravitaillement; il se laisse tomber sur la margelle du puits et y attend les vivres. Mais un dessein secret dirige et anime tous ces détails. Une femme de la cité voisine vient à cette heure-là au puits pour prendre de l’eau.

C’est elle que Jésus attend; c’est d’elle qu’il va se nourrir de la seule nourriture qui compte vraiment pour lui et qui consiste à se donner. La conversation s’engage tout de suite et c’est lui qui l’engage, sans aucun souci ni de la fatigue, ni de la réputation. Il lui donne un tour de simplicité aisée qui caractérise tout ce qu’il dit et fait, mais qui ici atteint un degré extrême: il est fatigué; il fait très chaud; il a soif: il demande à boire. Cette demande est toute indiquée, surtout en ces pays d’Orient où les vertus sociales sont si bien observées. La femme a ce qu’il faut pour atteindre l’eau profonde; lui, n’a rien; elle ne peut refuser ce service. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 222 s)

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Une vie auréolée par l’Esprit

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La Pentecôte est l’aboutissement de la mission de Jésus: le « don de Dieu » nous est finalement octroyé! C’est l’accomplissement des prophéties portant sur la Loi intérieure devant être inscrite dans le cœur des croyants. Cadeau inestimable qui justifie le pécheur tout en l’unissant aux autres disciples: union personnelle à Dieu et à l’Église. Source également d’une multitude de charismes valorisant chaque fidèle et organisant ainsi le témoignage communautaire du groupe. On pourrait s’étendre longuement sur la liste des bienfaits de la Pentecôte dont le premier fruit visible fut de lancer les Apôtres sur les chemins de la mission (Actes 2, 1-11) et le premier fruit invisible celui de justifier le cœur des croyants (Jean 20, 22-23). En ce temps de confinement 2021, période d’ermitage non désirée mais imposée par la force des choses, permettez-moi de m’étendre sur une conséquence de la Pentecôte, sur un aspect de la vie spirituelle qui m’apparaît primordial en la circonstance: la valorisation du moment présent.

Dieu vit dans un éternel présent … ce qui évidemment n’est pas notre cas! Nous sommes des êtres plutôt instables et nerveux. Dans une société qui fonctionne régulièrement à haute vitesse, notre attention ignore facilement le moment présent pour privilégier quelques actions à venir; et nous voilà en avance de deux semaines sur notre quotidien. Dans ce contexte, le moment actuel peut nous paraître assez banal, voire un obstacle à nos désirs insatiables; à l’exception de quelques moments intéressants, tout le reste de la journée peut nous sembler du remplissage. Et pourtant, notre existence sur terre ne sautille pas d’un point à l’autre … mais elle se déroule calmement, une minute à la fois. À nous de la savourer cette petite minute car elle ne reviendra pas!

S’il est normal de savoir s’arrêter et respirer un peu, il nous est par contre plus difficile d’apprécier les petites choses qui composent notre « terrible quotidien ». Si nous sommes croyants, de véritables croyants bien sûr, le cadre de notre vie se métamorphose et tout s’illumine de la présence de Dieu. Au dire du pape François: « L’aujourd’hui est le plus semblable à l’éternité, et même plus: l’aujourd’hui est une étincelle d’éternité, car dans l’aujourd’hui se joue la vie éternelle » ( JMJ de Rio, 2013). Le moment présent peut donc être porteur d’une valeur insoupçonnée. Cette vision de foi, si elle est cultivée, peut transformer notre confinement actuel en un exercice tout à fait exceptionnel et bénéfique. La valeur morale d’un acte ne réside pas tellement en lui-même mais dans l’intention avec lequel il est posé; et c’est ce qui fait la grandeur de notre routine lorsqu’elle est vécue dans la foi et l’amour. Incidemment, cette vie monacale de prière et de silence qu’est la vie contemplative incline ses membres à discerner toute la valeur d’un geste très humble accompli avec foi, qu’il s’agisse de passer le balai ou de faire la vaisselle. Rien d’insignifiant en une vie qui se déroule en présence de Dieu! N’est-ce pas d’ailleurs, au dire de saint Paul, ce que devrait être la vie de tout baptisé? « Tout ce que vous dites, tout ce que faites, dit-il aux chrétiens de Colosse, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père. » (Colossiens 3, 17).

Vivre le confinement dans la déprime, les yeux rivés sur des activités provisoirement inaccessibles, ou le vivre positivement comme un jardin spirituel qui attend nos semis, voilà bien le dilemme! Puisse cette fête de la Pentecôte nous aider à le résoudre en acceptant de vivre chaque moment comme une étincelle d’éternité, un moment de vie auréolé par l’Esprit, un magnifique don de Dieu !

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