La louange éternelle des saintes âmes

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La proximité de la fête de la Toussaint m’incite à vous présenter un texte de dom Augustin Guillerand sur la louange des bienheureux, louange déjà commencée sur terre par de saintes âmes, et qui attise notre espérance de la vie éternelle:

« Toute prière est une louange; celle même du publicain qui se frappe la poitrine est une hymne à la grandeur de Dieu. Elle proclame sa miséricordieuse bonté qui est la cime même de cette grandeur. L’Amour qui relève après la faute c’est l’Amour qui récompense au soir de la lutte. Lui demander son soutien, c’est affirmer sa force.

On semble réserver cependant ce titre de « louange » au chant des âmes pour lesquelles le combat a cessé, ou parce qu’elles ont quitté le champ de bataille et gagné la patrie, ou parce que leur adhésion au Maître est telle qu’elles ont trouvé en lui le lieu de repos. N’ayant plus rien à craindre ni à demander, toute transformation accomplie, elles n’ont plus qu’à vivre selon cette forme nouvelle; toute leur activité est de se tenir dans la grande joie d’être à lui, d’être pour lui, par lui, en lui … Cette joie est leur prière. « L’allégresse éternelle est la couronne de leurs têtes » dit Isaïe (35, 10); elle rayonne et ce rayon chante Celui qui le produit: c’est le « candor lucis aeternae » (Sagesse 7, 26), le rayon éclatant de l’éternelle Lumière. « Heureux ceux-là, dit le psalmiste, heureux ceux qui sont logés dans la demeure de Dieu, cette demeure est la louange éternelle » (Psaume 83, 5).

L’Église, épouse de Jésus et de l’Esprit-Saint, mère des âmes, institutrice des chrétiens, a rempli ses Offices de louanges, et la prière de jubilation devant Dieu en est la forme habituelle. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 65)

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Prier Dieu, le Père!

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Jésus est l’image du Dieu invisible (Colossiens 1, 15) et, comme tel, nous dévoile le Père de façon tout à fait unique. C’est pourquoi notre dévotion envers le Christ, toute légitime qu’elle puisse être, ne doit pas nous obnubiler au point d’en arriver à oublier ou, tout au moins, à mettre de côté le Père! Notons que Jésus se présente à nous dans l’Évangile comme Fils sans jamais prendre la place de Dieu: ses multiples exemples de prière personnelle ainsi que son enseignement sur la prière nous réfèrent essentiellement et exclusivement à Dieu. D’ailleurs, l’Église elle-même lui a emboîté le pas en adressant normalement ses prières liturgiques à Dieu le Père, prières qu’elle termine tout aussi normalement par un appel à l’intercession de Jésus, son Fils, notre Seigneur.

« Repentez -vous car le Royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 4, 17). La Royauté de Dieu est au centre de la prédication évangélique. Dieu Roi et Dieu Père sont deux thèmes chers au cœur du Christ mais qui méritent une certaine explication car, en 2020, force est de constater que la royauté et la paternité ont drôlement évolué depuis 2000 ans.

De nos jours, les têtes couronnées ne sont plus que des figures emblématiques d’un pouvoir exercé par d’autres instances du pays, et c’est bien ainsi … car, la mémoire aidant, personne ne désire retourner en arrière! Mais au temps de Jésus, il en était autrement: le roi cumulait tous les pouvoirs du pays tant militaire que législatif et administratif. Aussi, lorsque les Apôtres à la suite du Christ en appellent au futur Royaume des Cieux, ils ne font que reconnaître à Dieu un rôle de Providence toute-puissante et universelle. De son côté, et ce depuis 2000 ans, le Christ ressuscité ne cesse d’étendre sa conquête des âmes et y établir son propre règne spirituel pour en arriver, un jour, à « remettre sa royauté à Dieu le Père … et Dieu sera tout en tous » (1 Corinthiens 15, 24-28). « Tout en tous », voilà bien l’aboutissement normal du Royaume de Dieu.

Que le rôle du père dans la famille post-moderne ait évolué (ou dévolué), nul besoin de s’étendre sur le sujet, il suffit d’ouvrir les yeux. En effet, et les récents papes l’on souvent rappelé, la famille est de plus en plus la cible d’attaques féroces de la part de certains milieux soi-disant progressistes qui promeuvent un individualisme néfaste. Au temps de Jésus, la famille était tout autre alors que le père, chef incontesté, y exerçait un pouvoir quasi absolu. « Sa tendresse, disait dom Guillerand, valait la tendresse des pères d’aujourd’hui mais il savait qu’aimer c’est vouloir le bien et non pas seulement le plaisir de ceux qu’on aime. Pour procurer ce bien, qui était son seul but, il savait commander, imposer sa volonté, contrarier les caprices, diriger et discipliner les énergies, tailler les pousses folles, en un mot, façonner dans son enfant un homme. Si la fermeté était nécessaire, il était ferme, si la punition était utile, il punissait, il avertissait, grondait, ordonnait selon les besoins de l’être qui était comme le prolongement du sien et qu’il continuait à enfanter pendant longtemps. Il était vraiment le représentant du Créateur auprès de cet être et, comme le Créateur, il unissait la justice à l’amour, il aimait en corrigeant, il corrigeait par amour. » Autres temps autres mœurs, diront certains; oui, et les piètres résultats sont là qui crèvent les yeux. Il existe donc un écart notable entre la paternité au temps de Jésus et celle d’aujourd’hui. Pas facile donc pour nous de comprendre à sa juste valeur l’exercice par Dieu d’une paternité à l’ancienne! Disons que celle-ci, tout comme sa royauté, ne peut s’entendre que dans l’optique de la Providence universelle, mystère qui résume et unifie dans l’amour ces deux concepts.

De toute évidence, Dieu n’est pas un Être lointain et désintéressé mais bien Celui qui désire tisser des liens étroits avec ses créatures. Que Dieu soit notre Roi nous incite à une soumission toute confiante; qu’il soit notre Père nous pousse à un amour filial rempli de reconnaissance. Notre réponse globale ne saurait être qu’un filial et total abandon à sa Providence et finalement à son Amour miséricordieux qui en est la source: « Confie-toi au Seigneur et fais le bien; habite la terre et vis tranquille; mets en lui ta joie, il te donnera les désirs de ton cœur » (Psaume 37, 3).

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Des prières stériles?

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Toute prière n’est pas nécessairement bonne: elle peut être accomplie par routine, par orgueil ou par méfiance. Si tel est le cas, nul doute qu’elle sera ignorée de Dieu et donc sans effets escomptés! Dans ses écrits sur la prière, dom Augustin Guillerand a abordé le cas des prières stériles, écoutons-le:

« Il n’y a pas de prière stériles, il y a des âmes desséchées. La prière de l’âme desséchée n’est pas une prière, n’est pas une élévation vers Dieu. Cette âme-là n’est pas en face de Dieu, à sa hauteur. Elle reste en elle-même, et elle y végète et elle y meurt. Seules les lèvres murmurent des mots qui pourraient être des prières, ou les bras se tendent en des gestes qui ressemblent à un mouvement vers le ciel. Rien, dans les profondeurs spirituelles, n’accompagne ces manifestations extérieures qui mentent. « Ces lèvres m’honorent, dit Jésus, mais leur cœur est loin de moi! » Il ne déteste rien de plus que ce mensonge. Et je le comprends! Il déchire l’unité humaine. Il donne au corps et à l’âme, substantiellement unis, deux mouvements divergents. Il nous abaisse au-dessous de nous-mêmes.

La prière de l’orgueil ne vaut pas beaucoup mieux: c’est celle du Pharisien au Temple. Il ne se met pas en face de Dieu, mais en face de lui-même, et il demande à Dieu d’en faire autant. Il cesse d’être en rapport avec la Personnalité infinie en laquelle toute personnalité humaine s’achève. Il reste séparé d’elle. Il n’est plus que « l’autre », celui qui n’a pas su se constituer en se libérant de lui-même et entrer dans la vérité de Dieu.

L’humilité n’est cependant pas la défiance (ou méfiance). Elle s’y oppose plutôt. Elle est une équation: c’est le juste rapport perçu, accepté, aimé, de ce qui est. Ce qui est, c’est que Dieu est l’Être même et que nous ne sommes qu’en lui. La prière de l’âme défiante ne dit que la moitié de cette vérité. Elle oublie la seconde, si capitale et si douce. Dieu ne peut fixer en elle ses traits; elle n’est pas le miroir transparent où il puisse reproduire son image et engendrer. En un mot, aux pieds du Seigneur, quand on prie, il faut être fils et dire: « Notre Père ». »

(Écrits spirituels, tome 1, page 61)

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Confiné et … missionnaire?

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En ce dimanche mondial des Missions, on peut se demander où en est la mission de cette Église qui se dit missionnaire? Car, dès sa fondation, l’Église en a reçu l’ordre formel: « Allez, de toutes les nations faites des disciple les baptisant … et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Matthieu 28, 19-20). Tous les baptisés sont donc concernés par ce commandement du Christ ressuscité et personne n’est dispensé de cette obligation. Se pose alors la question: Peut-on être confiné, isolé, et être missionnaire en même temps? La réponse est affirmative et la simple nomination de la carmélite Thérèse de l’Enfant-Jésus comme co-patronne des Missions en est la preuve indubitable. La prière, en effet, est une dimension essentielle de cet apostolat: « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc 10, 2).

Cet apostolat spécial de la prière serait-il réservé uniquement aux moines et moniales? Dans son livre « Poustinia ou le désert au cœur des villes », Catherine Doherty nous dit que le poustinik (l’habitant de la poustinia, un laïque normalement) n’est jamais seul parce que le monde entier est avec lui, « et c’est pour le monde qu’il pleure, qu’il se mortifie, qu’il pénètre dans le silence de Dieu, qu’il combat les tentations de Satan » (page 107). Et comment cela peut-il se faire? Elle répond: « Car le poustinik vit dans le Christ, et le Christ a pris sur lui l’humanité. Et lui aussi, le poustinik, par la grâce de Dieu, prend sur lui toute l’humanité et, avec l’aide de Dieu, devient un holocauste pour tous les hommes. Il devient un Simon de Cyrène, une Véronique ». Cet aspect de la spiritualité russe se retrouve depuis longtemps en Occident dans la vie des reclus(es) où la prière, la mortification et l’isolement n’ont de sens qu’en fonction du mieux-être des autres membres du Corps mystique du Christ.

Il existe aux États-Unis une association de laïques chrétiens contemplatifs qui regroupe des personnes lourdement handicapées les obligeant à garder la chambre: Hermits of the Holy Cross (ou Ermites de la Sainte Croix). En plus de promouvoir chez ces personnes une certaine spiritualité monastique, l’association en question les invite à offrir leurs prières et leurs souffrances pour le bien-être de l’Église et du monde entier. Quelle belle illustration du sacerdoce baptismal et de l’action missionnaire chez ces chrétiens confinés dans leur logis et quel bel exemple pour nous, en ce moment de pandémie.

Confinés et missionnaires? Oui, si nous le voulons! Notre vie d’aujourd’hui, même ralentie, peut devenir une merveilleuse occasion d’approfondir le sens de notre vie chrétienne en nous ouvrant à la solidarité spirituelle, comme dit l’Apôtre: « Ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres » (Romains 12, 5). Une âme qui s’élève soulève le monde.

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Amour et Justice en Dieu

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La réalité parentale, de nos jours, est en constante évolution … et spécialement le rôle du père! Ce qui peut nous paraître normal en 2020 s’éloigne néanmoins de plus en plus de cette notion de paternité si familière à nos prédécesseurs et particulièrement à Jésus qui, dans l’Évangile, nous parle de Dieu comme étant Père. Parler de Dieu Père aujourd’hui risque donc de lui attribuer des sentiments qu’il n’a pas. Pas facile pour nous d’unir en lui Amour et Justice ou même de comprendre le véritable sens des difficultés de la vie. Laissons dom Guillerand nous éclairer sur ce point:

« Nous distinguons trop; nous faisons trop de science qui exige des distinctions. Justice et amour ne sont pas deux réalités différentes, mais seulement deux idées distinctes qui se rejoignent dans la même et unique réalité: l’amour. Nous sommes en face de Dieu comme l’enfant des anciennes familles où le père était tout et exerçait tout pouvoir. Sa tendresse valait la tendresse des pères d’aujourd’hui (ne la valait-elle pas beaucoup plus?) mais il savait qu’aimer c’est vouloir le bien et non pas seulement le plaisir de ceux qu’on aime. Pour procurer ce bien, qui était son seul but, il savait commander, imposer sa volonté, contrarier les caprices, diriger et discipliner les énergies, tailler les pousses folles, en un mot, façonner dans son enfant un homme. Si la fermeté était nécessaire, il était ferme, si la punition était utile, il punissait, il avertissait, grondait, ordonnait selon les besoins de l’être qui était comme le prolongement du sien et qu’il continuait d’enfanter pendant longtemps. Il était vraiment le représentant du Créateur auprès de cet être et, comme le Créateur, il unissait la justice à l’amour, il aimait en corrigeant, il corrigeait par amour.

L’enfant le comprenait, il répondait à cet amour vrai par une tendresse profonde. À mesure qu’il recevait communication de cette vie, qu’il devenait plus semblable, donc plus fils, plus image, une amitié, une intimité se développaient. On lui disait plus de secrets; on lui demandait plus de services; on l’initiait ainsi, par des services concrets et des exemples, plus encore que par des paroles, à son rôle de futur père et chef, on assurait en lui la continuité de la famille.

Ainsi fait Dieu à notre égard: il nous fait à son image, c’est là son amour paternel et son rôle. Il emploie à ce but des moyens très variés: la justice en est un. L’enfant doit avouer ses fautes, accepter les remontrances, en enrichir son amour, comprendre que l’amour et le souci de communiquer la vie dictent les avertissements et inspirent les reproches. Il grandit à ce régime, il participe plus largement à la vie paternelle, il reproduit mieux les traits du père, il est plus fils, plus de la famille. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 55 s)

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Une création de plus en plus belle

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Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents, voilà déjà tout un événement; mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu (pour dire le moins). Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien: d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et en lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen. » (Romains 11, 23-26)

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Icônes et coins de prière (suite et fin)

Un coin de prière est un endroit aménagé chez soi pour se retrouver dans le silence et la méditation. La décoration de ce lieu est laissé au goût personnel; libre à chacun d’y mettre un crucifix, image pieuse, fleurs, bougie, etc. mais le tout doit inviter au recueillement. Certains vont peut-être multiplier les images, c’est leur choix … bien qu’une certaine sobriété soit conseillée pour ne pas engendrer la dispersion du regard. De nos jours, plusieurs privilégient les icônes qui leur dévoilent quelque chose de la transcendance de Dieu, comme par exemple celles de la Trinité de Roublev ou du Christ Pantocrator (voir le précédent article du 4 octobre). Encore une fois, faut-il rappeler qu’une icône n’est pas une quelconque peinture religieuse laissée à l’imagination ou au goût de l’artiste (l’iconographe) mais bien une création artistique (sorte de collage composé de divers éléments) réalisée selon des critères très strictes et visant à exprimer une vérité religieuse. L’iconographe, très souvent moine ou moniale, s’y prépare dans la prière et le jeûne! Une fois l’œuvre accomplie, l’icône est présentée à un prêtre pour recevoir sa bénédiction et devenir ainsi un sacramental, propre à la vénération des fidèles.

On ne peut évidemment pas parler d’icônes religieuses sans faire allusion aux innombrables icônes mariales qui existent de par le monde. Avant de vous présenter quelques unes seulement des principales catégories des icônes de la Vierge, veuillez noter qu’elle y est normalement désignée comme la Theotokos (Génératrice ou Mère de Dieu) et toujours représentée avec l’Enfant Jésus:

  1. Vierge de tendresse (Eléousa): la Vierge de Vladimir en est un bel exemple (représentée en grand format ci-haut. En promenant votre souris sur chacune des quatre icônes vous pourrez mieux les identifier). On y remarque le contact des deux visages tout comme les regards affectueux de part et d’autre. Cette icône byzantine du 12e siècle fut donnée en cadeau par le patriarche de Constantinople au grand duc de Kiev; elle fut ensuite transférée à la ville de Vladimir (dont elle prit le nom) et finalement à Moscou.
  2. Vierge du chemin (Odigitria): c’est la catégorie la plus usitée par l’Église Orthodoxe. La Vierge y est représentée avec une certaine solennité et de sa main droite désigne son Fils comme le Chemin. Jésus également y apparaît plus mature soit en bénissant ou en tenant un rouleau de la Loi. Attribuée par la tradition à l’évangéliste saint Luc, cette catégorie d’icône se retrouve en Occident, notamment à la basilique romaine de Ste-Marie-Majeure sous le nom de Salus Populi Romani (bien que la position des mains soit un peu différente).
  3. Vierge du doux baiser (Glycophiloussa): très apparentée à la Vierge de tendresse, cette catégorie ajoute une note de douceur par le geste affectueux de Jésus qui caresse le visage maternel.
  4. Vierge de la passion (tou pathous): dans cette catégorie, les visages sont solennels, la Vierge tient la main de son enfant alors que celui-ci tourne la tête vers l’ange qui tient le symbole de la croix. Un autre ange se tient dans le coin supérieur opposé tenant la lance et l’éponge. Icône très répandue en Occident sous le nom de Notre-Dame du Perpétuel Secours, dont l’original est vénérée au sanctuaire romain des Pères Rédemptoristes.

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Icônes et coins de prière

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En ce temps de pandémie, nombreux sont les croyants qui se créent un coin de prière dans un endroit propice de leur logis: ce coin peut être une pièce ou tout simplement un coin de la chambre à coucher dédié à la prière silencieuse et favorable au recueillement. Généralement, on y expose une image qui nous dit quelque chose … qui est porteuse d’un message qui nous va droit au cœur, donc une image tout à fait personnelle. Pour certains, ce sera une image pieuse, pour d’autres une icône (mot grec qui signifie image). Une icône religieuse n’est pas une image pieuse mais plutôt une représentation théologique soumise à des règles artistiques très précises qui remontent à l’empire Byzantin. L’icône se veut surtout présence du divin et invite à un dialogue intérieur. Dans l’Église orientale (orthodoxe ou catholique), l’icône est vénérée soit à l’église soit au domicile d’un particulier; elle n’est pas « adorée » mais « vénérée » car elle n’est qu’un chemin vers la divinité, tout comme le sont la Bible et les sacrements.

Les icônes, qui sont très nombreuses, sont généralement classées de la façon suivante: les personnages (le Christ, Marie, les saints, les anges), les fêtes religieuses, soit du Christ (Noël, Pâques, etc.) soit de Marie (Nativité, Assomption, etc.) soit de l’Église (Exaltation de la Croix, etc.), et diverses représentations (miracles de Jésus, vie des saints, histoires de l’Ancien Testament, etc.). En voici quelques exemples:

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Il s’agit de l’icône de la Trinité de Andreï Roublev (moine russe du 15e siècle) qui relate l’hospitalité d’Abraham envers trois hommes en route vers Sodome (Genèse 18, 1-15). En traitant de ce thème, déjà populaire de son temps, Roublev innove en mettant de côté Abraham et Sarah pour se concentrer sur les trois anges représentant la Trinité des Personnes divines. Très belle catéchèse sur l’union ou communion entre le Père, le Fils et le Saint Esprit.

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Le Christ pantocrator (« tout-puissant ») est une présentation privilégiée de l’art byzantin qui montre le Christ en buste, tenant le livre des Saintes Écritures dans la main gauche et levant la main droite dans un geste de bénédiction, ses deux doigts tendus symbolisant sa double nature (humaine et divine) et les trois autres joints figurant la Trinité. Il s’agit d’une représentation du Christ eschatologique lors de la parousie à la fin des temps. Cette icône-ci se retrouve dans la basilique de Sainte-Sophie (Constantinople) et plus précisément dans la « déisis » (ensemble de personnages situé sur l’iconostase et où la Vierge et Jean-Baptiste sont représentés de part et d’autre du Christ, priant pour le salut des chrétiens).

(à suivre)

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Pouvons-nous être casse-pieds avec nos demandes?

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Peut-on importuner Dieu avec nos prières? Oui et non! Oui, si nous persistons à demander de façon exagérée des choses non-nécessaires à la vie spirituelle; non, lorsqu’il s’agit de vrais biens. Mais laissons dom Guillerand nous l’expliquer à sa façon:

« Dieu est Amour. Il aime et veut être aimé. C’est la loi profonde de son être. La connaître résout toutes les questions. Une âme qui se tend vers lui ne peut pas importuner; elle le ravit toujours et elle doit le savoir. Son insistance ne lui déplaît que si elle manifeste une attache: je veux à tout prix la santé. Il peut en être peiné, car je ne dois vouloir à tout prix que ce qu’il veut, et la santé n’est pas à ses yeux le bien nécessaire. Il est peiné parce que je me sépare de lui par ce vouloir mal réglé et non par mon insistance même.

Quand il s’agit des vrais biens, de ceux qu’il veut toujours et que nous pouvons demander sans nous écarter de lui, l’insistance est selon son cœur. C’est celle-là que Jésus recommande en deux ou trois paraboles charmantes: l’enfant qui demande du pain à son père; l’ami qui frappe à coups redoublés à la porte de son ami pour obtenir un pareil secours; la veuve qui ne cesse de demander justice à un juge méchant et qui l’obtient. Dieu est Père, Dieu est Ami, Dieu est Juge; mais Père dont la tendresse est sans bornes et la puissance égale à l’amour; mais Ami dont le sentiment est inaltérable et à la merci de tous nos besoins; mais Juge toujours juste, toujours ému de nos appels et pressé d’y répondre.

Dieu veut ces insistances, il impose ces appels, il réclame ces demandes pour être sûr de notre amour, pour goûter la douceur d’en avoir un témoignage même intéressé. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 52)

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Le désert au cœur des villes

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Confinement, déconfinement, reconfinement, chose certaine il va falloir nous habituer pour un court temps (espérons-le!) à une certaine solitude personnelle pour ne pas dire à un désert communautaire: la vie « comme avant 2020 » ne semble plus devoir revenir telle quelle. Faut-il s’en offusquer? Le monde a peut-être besoin d’entrer en poustinia (mot russe signifiant désert): une sorte de retraite planétaire qui nous aiderait à redécouvrir nos valeurs fondamentales.

En 1975, Catherine Doherty écrivait un livre, traduit en français sous le nom de « Poustinia ou le désert au cœur des villes », appelé à devenir un classique. Émigrée au Canada en 1921, cette Russe orthodoxe devenue catholique s’avéra une militante sociale hors-pair et une grande promotrice du laïcat chrétien. Elle devait s’éteindre en 1985 à Combermere (Ontario) et son procès de béatification fut ouvert en l’an 2000. Le mérite de Catherine fut de « semer dans le Nouveau Monde les germes de la vieille mystique slave en lui donnant la physionomie particulière de la poustinia du cœur, vécue aussi bien dans le silence d’une cabane en rondins qu’au cœur des grandes villes ». Au delà d’une solution concrète proposée à l’homme moderne pour se reposer de temps en temps dans le silence d’un lieu tranquille, Catherine nous invite à aller plus loin en développant en nous l’essence de la poustinia, à savoir, « ce lieu intérieur à soi-même, un résultat du baptême, où chacun de nous contemple la Trinité ».

Prophète pour notre temps, Catherine Doherty a senti le besoin de souligner le rôle essentiel d’un certain confinement volontaire pour découvrir notre vocation de baptisé; confinement, non comme état permanent bien sûr (elle ne veut pas faire de nous des poustiniki) mais comme remède intermittent à une certaine asphyxie qui guette sans cesse les chercheurs de Dieu. Voici comment elle décrit ce lieu de recueillement qu’est la poustinia: « Ce désert doit être à tout prix un lieu d’une extrême simplicité. Pas de livres, pas de rideaux, pas d’images sauf une icône. La poustinia n’est pas nécessairement une cabane en rondins à la campagne … non, ce serait là une fausse conception du désert, car celui-ci peut se situer n’importe où car il est foncièrement intériorisé. Si vous disposez d’une chambre ou d’un bureau chez vous, cela fera l’affaire. »

Ermite urbain, j’aime me considérer comme petit-cousin d’un poustinik et ne puis donc qu’encourager mes frères et sœurs à répondre aux appels de l’Esprit selon les possibilités d’un chacun. La poustinia est un endroit pour se reposer dans le Seigneur et le résultat final en est la paix intérieure. On devient ainsi non seulement des êtres pacifiés mais également, et surtout, des faiseurs de paix.

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