La Vierge Marie est-elle morte ?

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En cette veille de la Solennité de l’Assomption de Marie au ciel, il peut s’avérer intéressant de se demander si cette assomption s’est effectuée du vivant de la Vierge ou après sa mort. Car, à proprement parler, ayant été conçue sans la tache du péché originel, Marie n’était pas soumise à la loi générale de la mort. Les opinions sont partagées (du moins dans l’Église catholique) et cette question n’a jamais été réglée. C’est le pape Pie XII qui définit l’Assomption de Marie comme dogme de foi par la constitution apostolique Munificentissimus Deus (1950): « Par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par Notre propre autorité, Nous prononçons, déclarons, et définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste ». L’expression «après avoir achevé le cours de sa vie terrestre» utilisée par le Pape, laisse ouverte la question de savoir si la Vierge Marie est décédée ou non avant son Assomption. On sait que l’Église orthodoxe, tout en professant la même foi mariale, incline vers la mort de Marie et préfère donner à cette fête du 15 août le nom de «Dormition de la Vierge».

Quelque soit la réponse à cette question (peut-être un peu hasardeuse), il est encore plus important de se pencher sur le fait-même de l’enlèvement de Marie au Ciel qui est, pour nous chrétiens, comme un avant-goût du bonheur promis. Laissons la parole à notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, qui, tout en acceptant l’opinion de la mort de Marie, nous présente sa compréhension de l’Assomption :

« Le mystère de l’Assomption de la Vierge, comme d’ailleurs tous, ou à peu près tous, les mystères célébrés dans nos solennités chrétiennes, présente un double aspect: un aspect extérieur et un aspect intérieur.

L’aspect extérieur, c’est d’abord le trépas de la Vierge, cet instant qui put être très simple en soi mais ne peut pas ne pas être très grand pour nous: pour se conformer à son divin Fils et pour partager, autant que possible, le sort de ses enfants adoptifs, elle se soumit à la loi de mort, qui cependant n’était pas faite pour elle, et elle connut la séparation de son âme d’avec son corps. C’est ensuite, et plus proprement, la réunion de ce corps et de cette âme et le glorieux enlèvement par les anges qui la transportèrent vivante au ciel. C’est enfin l’accueil que lui fit la cour céleste, tout spécialement son divin Fils et le geste par lequel, avec une tendresse et une noblesse qu’on devine, il déposa sur son front de mère la couronne de gloire. (…)

Le mystère de l’Assomption a un autre aspect, un aspect plus voilé parce que plus intérieur, et non moins réel cependant: c’est le mouvement d’amour qui, l’heure venue, tira l’âme (de la Vierge) hors de son corps, puis l’y ramena pour pouvoir emporter ce corps avec elle dans la jouissance de Celui pour lequel ils avaient été faits et unis. Ce mouvement, par un privilège unique, commença avec la vie même de Marie, avec sa Conception Immaculée. (…) Elle vit [par la foi, au cours de sa vie] ce Dieu dont l’être est amour. Elle le vit qui l’aimait et se donnait, et elle se prit à faire cela, comme lui, à l’aimer et à se donner. Et ce fut toute sa vie en son fond radical et vrai. Les personnes, les choses avec lesquelles elle entrait en contact, les événements qui se produisaient, c’était la surface changeante qui passe; sous cette surface, sous la pauvreté de la crèche, l’exil forcé en Égypte, les longues années d’humble travail à Nazareth, le supplice même de la croix, elle voit la même réalité profonde et unique qui se donne et l’appelle à se donner. L’aspect intérieur de l’Assomption, c’est ce don arrivé à son terme, c’est la somme de ces dons répétés, sans cesse renouvelés … de ces lumières par lesquelles Dieu se fait connaître et que Marie accueille, de ces mouvements par lesquels Dieu se communique et auxquels répond l’élan de sa charité qui s’accroît. (…) Et nous arrivons ainsi à ce sommet, à cet élan suprême de l’Assomption, où l’amour indéfiniment accru fit éclater, Dieu le permettant enfin, les liens qui unissaient son âme à son corps et ensuite rétablit ces liens pour l’élever, triomphante, en corps et en âme. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 44 ss)

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Réconciliation sans humiliations ?

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Qu’il est difficile de s’évaluer soi-même ! Certains le font avec complaisance, d’autres avec humilité. Les premiers s’appuient souvent sur leurs propres critères alors que les seconds se réfèrent de préférence à des critères extérieurs. Les premiers sont aveuglés par une confiance exagérée en eux-mêmes, les seconds se laissent éclairer par une autorité en dehors d’eux-mêmes. Finalement, les premiers sortent de cet exercice avec une certaine paix intérieure bercée d’illusions … les seconds avec une certaine culpabilité baignée de réalisme. Voilà ce qui, à mon sens, explique non seulement la motivation des montées au Temple de Jérusalem du pharisien et du publicain de la parabole, mais aussi le résultat de leur démarche réciproque: la suffisance de l’un bloqua toute éventuelle amélioration alors que l’humilité de l’autre l’ouvrit à la réconciliation avec Dieu. Et pourtant, les deux avaient la lumière de la foi !

En introduisant sa parabole, le Seigneur nous en donne le but, qui est de stigmatiser deux états d’âme souvent rencontrés chez certains croyants: la suffisance vaniteuse et le mépris du prochain : « Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autresla parabole que voici » (Luc 18, 9). Hélas, ce genre de pharisaïsme nous guette nous aussi à tout moment. Oh oui, nous, qui cherchons à plaire à Dieu (ce qui est très louable) en nous laissant aller à des comparaisons (ce qui est très humain) avec quelquefois une certaine inclination méprisante envers les autres (ce qui est fort peu charitable). Il ne s’agit pas de vivre en vase clos, car il y aura toujours des personnes meilleures ou pires que nous (les comparaisons sont quasi inévitables), mais il s’agit avant tout de vivre dans le monde réel avec humilité et charité. Plutôt que de nous comparer aux autres, mieux vaudrait nous comparer à nous-même, à notre passé et aux multiples leçons qui en découlent. Refuser de se voir avec ses propres faiblesses peut inciter à se croire «arrivé», alors qu’on est toujours « en chemin ». La suffisance du pharisien de la parabole l’empêchait de voir ses carences et de rechercher aide et pardon, d’où un retour à la maison moins gratifiant que celui du publicain : « Je vous le dis, ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non ».

La solution? Vivre dans la vérité ! Car l’humilité s’identifie à la vérité éclairée par la foi, une humilité semblable à celle de la Vierge. Visitant sa vieille cousine qui la confirme dans sa vocation de mère du Messie, Marie chante et exprime sa reconnaissance pour la grâce reçue sans pour autant s’y attarder car elle se plaît à considérer cette grâce bien au-delà de sa vie privée : « sa miséricorde, dit-elle, s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Luc 1, 50). Une humilité qui ne saurait exister sans une authentique charité envers Dieu et le prochain. C’est pourquoi Jésus, fruit lui-même de l’Amour du Père pour le monde, se fera un devoir de réhabiliter la charité comme fondement de toute la vie spirituelle : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur … et tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes » (Matthieu 22, 37-40).

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Une réconciliation fondamentale

S’il existe une réconciliation profitable entre divers peuples d’un même pays ou entre deux pays en guerre, il en existe une autre tout autrement importante et fondamentale … celle entre la petite créature et son Créateur. Fondamentale, oui, et pourtant si souvent déficiente car « le cœur de l’homme est compliqué et malade » (Jérémie 17, 9). Divorce, avortement, homosexualité, suicide assisté, éducation scolaire déficiente, autant de tristesses devenues monnaie courante ; adultes et surtout jeunes (souffrant de l’absence parentale) n’arrivent plus à se retrouver. D’où nous viendra donc le bonheur auquel nous aspirons de toutes nos forces ? Dieu aurait-il tourné le dos à ses brebis égarées ?

Malgré toutes apparences contraires, la réponse est un NON retentissant ! « L’appel et les dons de Dieu sont sans repentance », affirme clairement l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome (11, 29). Rien ne peut nous séparer de l’amour éternel de Dieu : « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit … même s’il s’en trouvait une, moi je ne t’oublierai jamais » (Isaïe 49, 15). Dieu nous a aimé jusqu’à mourir pour nous, en Jésus son Fils bien-aimé. Cette offrande du Fils sur la croix demeure un sommet dans l’histoire de la Révélation et rien ne saurait effacer ce salut universel offert à tous les humains. Néanmoins, combien de chrétiens croulent sous le poids de leurs fautes en oubliant que leurs nombreux péchés sont quasi pardonnés. « À tout péché, miséricorde » … encore faut-il y croire et demander humblement cette miséricorde ! Pour nous faciliter cette démarche pénitentielle, le divin Maître a prévu le sacrement de la Réconciliation. Rien de bien compliqué, sinon une façon d’expérimenter personnellement l’Amour miséricordieux du Père dans nos moments de tristesse et de déprime. Vivre avec un cœur compliqué et malade, sans espérance de s’en sortir, n’est certes pas la meilleure façon de vivre sa vie. Aurions-nous peur du confessional ? Après Vatican II, la démarche est quand même devenue moins fébrile  et plus mature : nous sommes passés d’une pratique pénitentielle tatillonne et culpabilisante à une rencontre plus relaxe où le confesseur ne fait souvent que confirmer l’état pardonné du pénitent déjà pleinement repenti. Mais, direz-vous, la contrition parfaite adressée à Dieu ne suffirait-elle pas ? Hum ! Hormis certaines situations exceptionnelles (telle une pandémie), l’expérience nous apprend qu’il existe souvent dans notre vie des nœuds insoupçonnés qui ne se dénouent que par une intervention sacerdotale (car notre combat n’est pas uniquement contre la chair et le sang …).

« À vous qui cherchez Dieu, vie et bonheur » (Psaume 69, 33). Nous sommes tous des chercheurs de Dieu voués au bonheur, quelque soit notre état actuel. « L’Esprit du Seigneur, disait Jésus, m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance » (Luc 4, 18). Notre religion en est une de libération et de joie, une religion qui espère contre toute espérance, car non fondée sur notre perfection individuelle mais sur la miséricorde du Très-Haut. Dieu seul est saint, Dieu seul est bon, Dieu seul est Père. Et si tel est le cas, on comprend mieux le cri de cœur de l’Apôtre : « Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Corinthiens 5, 20).

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Ces fameux pensionnats !

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(Élèves autochtones du pensionnat Assiniboia, Winnipeg, Manitoba)

Votre enthousiaste accueil pour mon récent article sur les pensionnats autochtones (« Au nom de la vérité intégrale ») m’incite à récidiver en vous refilant d’autres témoignages, puisés cette fois dans le site internet Pour une école libre au Québec (30 juin 2021) :

« Alors que les églises catholiques du Canada sont vandalisées ou incendiées [en 2021], il est bon de se rappeler que deux éminents autochtones ont attribué à leurs pensionnats le mérite de leur réussite dans la vie. Il s’agit du dramaturge cri de renommée mondiale Tomson Highway et de la défunte chef de bande dénée d’Inuvik, Cece Hodgson-McCauley. En outre, un certain nombre de personnes ont écrit des récits à la sénatrice Lynn Beyak, aujourd’hui à la retraite, témoignant avoir eu des expériences positives ou avoir entendu des récits de première main de bonnes expériences dans les pensionnats.

En 2015, Tomson Highway a déclaré au désormais défunt Huffington Post Canada qu’il avait passé neuf des « années les plus heureuses » de sa vie dans un pensionnat. L’école, appelée le pensionnat Guy Hill, était gérée par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Né dans le nord du Manitoba, Highway a été envoyé au pensionnat à l’âge de six ans et y est resté jusqu’à l’âge de 15 ans, rentrant chez lui pour les deux mois de vacances d’été. Il a ensuite été mis en pension dans des familles d’origine européenne tout en terminant ses études secondaires à Winnipeg. « Tout ce qu’on entend, ce sont les choses négatives ; personne ne s’intéresse au positif, à la joie dans cette école », a déclaré Highway au journaliste Joshua Ostroff à propos de Guy Hill. « Neuf des années les plus heureuses de ma vie, je les ai passées… dans cette école », a-t-il poursuivi. « J’ai appris votre langue, pour l’amour de Dieu. Avez-vous appris ma langue ? Non, alors qui est le privilégié et qui est le défavorisé. » M. Highway a laissé entendre qu’il y avait autant d’histoires « positives » sur les pensionnats que d’histoires « négatives » entendues par l’enquête « Vérité et réconciliation du Canada » sur le système de pensionnat qui a vu des dizaines de milliers d’enfants des communautés nordiques emmenés loin de leurs familles pour leur éducation. Il a également attribué à son école sa réussite, et aux autres pensionnats la réussite d’autres anciens élèves. « Vous avez peut-être entendu des histoires négatives de la part de 7 000 témoins dans le processus », a déclaré le dramaturge primé. « Mais ce que vous n’avez pas entendu, ce sont les 7 000 rapports qui étaient des histoires positives. Il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui ont réussi dans ces écoles, qui ont des carrières brillantes et qui sont des gens très fonctionnels, très heureux, comme moi. J’ai une carrière internationale florissante, et cela ne serait pas arrivé sans cette école ».

« La vérité les ronge parce qu’ils ont peur de dire du bien du pensionnat »

Cece Hodgson-McCauley a été la première femme chef parmi les 23 chefs de bande des Territoires du Nord-Ouest du Canada. Chroniqueuse de longue date pour le Northern News Service, Mme Hodgson-McCauley a écrit en 2012 une description de ce qu’elle a appelé « L’autre aspect du pensionnat ». Lorsque sa mère est morte, la future chef avait six ans et son frère deux ans et demi. Son père était trappeur et n’avait donc « pas d’autres choix » que d’envoyer ses enfants au pensionnat de Fort Providence, administré par des religieuses, pour qu’ils soient pris en charge pendant l’année scolaire. « J’ai passé 10 ans là-bas, rentrant chaque été pour les vacances sur le bateau de la mission », écrit Hodgson-McCauley. « Les nonnes nous ont appris tellement de choses. Je me souviens seulement d’une nonne qui était très stricte et d’une autre qui nous faisait trop prier. Dans chaque société, il y a des gens qui ont des personnalités qui sont du mauvais côté », a-t-elle poursuivi. « Mais je peux jurer sur la Bible que mon séjour au couvent a été bon. Nous mangions trois repas par jour, pas fantaisistes, mais nourrissants, beaucoup de loisirs, chaque hiver ils nous construisaient un grand toboggan et nous nous amusions à glisser et nous faisions beaucoup de pique-niques en été et en hiver nous faisions des promenades en foin, en traîneau tiré par des bœufs. » « On posait des collets à lapins et on mangeait du lapin. Ils avaient du pemmican, c’est de la viande pilée que les indigènes apprécient grandement. Ils nous ont appris à tricoter des bas pour nous-mêmes, à faire des perles fantaisie pour les mocassins et à faire du travail à la plume, de deux à douze plumes. Nous avons appris à faire nos propres robes, ils nous ont appris à cuisiner et à faire le ménage. » « Les garçons avaient le hockey et le baseball. Les garçons autochtones essayaient toujours de battre les garçons métis, c’était très amusant. » Hodgson-McCauley décrit ses années à l’école comme les meilleures de sa vie. « Ma famille dit la même chose, ma sœur ne jure que par elle », a-t-elle déclaré à un intervieweur. « Nous avons été traités merveilleusement bien ».

L’ancienne chef — qui est décédée d’un cancer à l’âge de 95 ans en 2018 — a hérissé des plumes en suggérant que certaines personnes ont menti au sujet du système de pensionnat pour de l’argent. Contacté par la CBC, Hodgson-McCauley a insisté sur la valeur sociale des pensionnats, affirmant que « pour beaucoup d’enfants pauvres, c’était le seul endroit où les gens pouvaient obtenir trois repas complets par jour. » Hodgson-McCauley a également déclaré que des aînés l’avaient contactée au sujet de leur peur de dire la vérité. « LA VÉRITÉ LES RONGE PARCE QU’ILS ONT PEUR DE DIRE DU BIEN DU PENSIONNAT », a-t-elle écrit en lettres majuscules. On ne nous donne qu’une seule version de l’histoire, honte à notre gouvernement ! La sénatrice Lynn Beyak, aujourd’hui à la retraite, n’a pas eu peur de sonder les Canadiens pour connaître leurs convictions, bonnes ou mauvaises, sur les pensionnats et en a publié 104 sur son site Internet en 2017. Cinq d’entre elles ont été jugées racistes et ont donc eu la part du lion de l’attention des médias.

Cependant, certaines des 99 autres contenaient des points de vue positifs sur les pensionnats, et ces points de vue ont été consignés par le journaliste Robert MacBain dans son article du 16 avril 2018 intitulé « Letters to Senator Beyak, Uncensored » dans C2C Journal : « En tant qu’éducateurs à la retraite, avec une expérience combinée de 26 ans dans des écoles autochtones et métisses, nous avons été témoin de première main des anecdotes et expériences positives de ceux qui ont tiré profit de leur fréquentation des pensionnats. Malheureusement, l’orthodoxie actuelle oblige à taire “leurs voix”. » « En tant que frère d’une religieuse qui a travaillé dans le système, et neveu d’un jésuite qui y a également travaillé, je refuse catégoriquement de croire que toutes les personnes qui ont travaillé dans ces écoles étaient aussi mauvaises qu’on les dépeint. Au contraire, ils cherchaient, selon les règles sociales généralement admises à l’époque, à faire le bien et à aider ces enfants. » « J’ai travaillé avec les Chipewyan en tant qu’employé de l’Église catholique de 1991 à 2001 […] J’ai entendu de nombreux commentaires positifs de la part des autochtones qui avaient fréquenté le pensionnat de Fort Resolution […] » Une femme, chef de sa communauté depuis quelques années, a déclaré : « J’avais hâte de retourner au pensionnat. Vous étiez propres et vous aviez de la bonne nourriture. » J’ai connu une autre famille de huit enfants. Le père était un trappeur qui passait l’hiver sur les terres arides. Sa femme a contracté la tuberculose et a été placée dans un hôpital d’isolement à Ft. Res. Les enfants étaient emmenés par le papa chaque année au pensionnat pour les garder en sécurité. C’était très dur pour le plus jeune, qui n’avait que 4 ans à l’époque — c’était même traumatisant d’être séparé de ses parents et de ses frères et sœurs plus âgés. Cependant, l’enfant a survécu alors qu’il ne l’aurait peut-être pas fait autrement. Les écoles doivent être considérées dans le contexte des circonstances sociales et économiques de l’époque. »

(tiré de Pour une école libre au Québec, 30 juin 2021)

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Au nom de la vérité intégrale !

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« Personne ne peut effacer la dignité violée, le mal subi, la confiance trahie » a affirmé le Pape François lors de sa visite à Edmonton. Le pèlerinage pénitentiel du Souverain Pontife au Canada n’aura pas été une comédie mais une démarche courageuse, humble et sincère. Les torts n’ont pas été cachés mais dénoncés. La question des pensionnats autochtones aura fait couler beaucoup d’encre et malheureusement, comme il fallait s’y attendre, d’aucun en ont profité pour noircir davantage le rôle des religieux et religieuses impliqués. La question des sépultures d’enfants, entre autres, me semble avoir été mal comprise ; qu’en pensent vraiment les survivants autochtones ? Voici le témoignage de Jim Bissell, amérindien non catholique, qui me semble apporter un nécessaire éclairage sur la réalité des faits (merci à Isabelle Bégin O’Connor d’avoir transmis ce témoignage) :

Lettre adressée au chroniqueur Lorne Gunter du Toronto Sun, à la suite du terrorisme dont font l’objet les églises catholiques du Canada.

« Lorne, je suis vos écrits depuis de nombreuses années, et bien que je sois d’accord la plupart du temps avec vos opinions, même lorsque je ne le suis pas, je respecte tout de même votre façon de les présenter. C’est pour dire que je suis un « fan ». Le temps est venu pour les gens de 70 ans comme moi de dire la vérité. Un peu de contexte. J’ai grandi entouré de quatre réserves et une grande communauté de personnes indigènes (95 %). C’étaient des gens merveilleux, gentils, très généreux et très drôles, qui le sont demeurés même lorsque très pauvres. J’ai une merveilleuse fille indigène, qui a bien réussi dans la vie, ainsi que des petits-enfants et des arrière-petites-filles. Je ne suis pas catholique et je n’appartiens à aucune église. J’appartiens à moi-même et à ma famille, mais j’aime les valeurs chrétiennes. Il doit être dit que les missionnaires étaient des plus essentiels à notre réussite dans les communautés du Nord à cette époque. C’est une missionnaire qui m’a administré mon premier test de tuberculose, dans un effort d’enrayer une éclosion de cette maladie. (Je lui en voulais, sur le moment, pour les égratignures sur mon dos – LOL). C’est une merveilleuse religieuse qui m’a fait mes premiers points de suture ; un missionnaire qui a extrait ma première dent ; des religieuses qui m’ont fait passer mes premières radiographies. Ma première institutrice était un ange appelée sœur Rita. Je ne l’oublierai jamais, ni son amour profond pour les enfants qu’elle a rencontrés et auxquels elle a enseigné au fil des ans. Ma meilleure enseignante de toutes, et, selon les normes gouvernementales, elle n’était pas qualifiée. Ainsi, même si je n’ai jamais été catholique, leur Église a été très bonne pour moi, et même si j’ai maintenant appris l’existence d’un très mauvais prêtre, la plupart des gens étaient merveilleux. Je peux encore voir le frère Fillion, devenu plus tard prêtre, travaillant tout seul à l’extérieur de l’école en train de monter un merveilleux carrousel pour la cour d’école. Il y avait également deux pensionnats au sein de la communauté. Lorsque je suis arrivé dans la communauté, il n’y avait pas de téléphones, des chemins très pauvres, surtout pour leur accès, l’hiver, et très peu de services autres que ceux des églises. L’école de la mission était là bien avant moi. Les aînés m’avaient dit que bien des petits enfants malades, dont certains bien en-deca de l’âge scolaire, étaient laissés aux missions dans l’espoir que les religieuses puissent les guérir. Tristement, plusieurs sont morts de la rougeole, de la diphtérie, de la tuberculose, de la variole, de l’influenza et de bien d’autres conditions affligeant les pauvres. C’était simplement la réalité du Grand Nord. Des années avant, la plupart des cadavres étaient placés dans des arbres pour que les oiseaux et les autres animaux puissent les réintégrer dans la nature. C’étaient les églises qui les ont convaincus que cette partie de leur culture devait être changée de sorte à endiguer la propagation de la maladie, alors ils ont commencé à les inhumer. Si les défunts étaient chrétiens, leur tombe était marquée d’une roche peinte ou d’une croix en bois, qui pourrissait en environ vingt-cinq ans. Personne ne pouvait se payer une pierre tombale, et s’ils le pouvaient, personne ne les fabriquait dans ce temps-là.

Les temps étaient difficiles et, au fait, désespérés, dans les années 1930. Bien des gens étaient redevables aux missionnaires pour leur survie et on a tendance à l’oublier. Ils n’avaient pas toujours raison, non, bien sûr que non, mais ils voulaient sincèrement éduquer, nourrir et améliorer la vie de toute personne, quelle que soit son origine. Les églises n’ont pas besoin de s’excuser pour avoir essayé d’éduquer les pauvres ; elles doivent s’excuser, toutefois, d’avoir protégé et déplacé les pommes pourries (certains prêtres). Que le gouvernement fasse des excuses est inutile. Il n’avait aucunement conscience de l’incidence de ses décisions, à l’époque, et c’est toujours le cas aujourd’hui. La grande part de la génération plus âgée qui a effectivement souffert est décédée depuis longtemps et a pardonné. Il me semble que plusieurs de la génération nouvelle cherche à se dire victime de sorte que l’argent puisse atténuer leur douleur. Il faut comprendre que la plupart des gens ne voulaient pas vivre dans le Grand Nord, si isolé à l’époque, simplement pour aider quelques personnes indigènes. Après que le gouvernement fédéral ait pris en charge le système scolaire, la plupart des mes enseignants, au secondaire, étaient des immigrants du Commonwealth britannique (Inde, Angleterre, Irlande et autres), puisqu’aucun enseignant albertain ne désirait vivre en ces contrées isolées et difficiles, alors qu’ils pouvaient vivre dans une ville ou près d’une ville dotée d’un médecin, d’une banque, d’une bonne épicerie, d’une ambulance et ma foi, même d’un policier. La qualité de mon instruction a souffert parce que tout d’un coup, en 1967, les religieuses n’étaient pas qualifiées pour nous enseigner, et ainsi je devais tenter d’intégrer des leçons de la part d’un enseignant ayant un très fort accent, très difficile à comprendre, et impatient de déménager en contrée urbaine dès que possible.

Une chance que les missionnaires ont été là pendant les trois cent ans qui ont précédé. Étaient-ils tous bons ? Non, mais plusieurs étaient merveilleux, et maintenant cela semble être oublié. Combien des critiques actuels ont des membres de leur parenté qui se sont rendus auprès de ces communautés pour tenter d’apporter de l’aide ? Je parierais qu’il n’y en a pas beaucoup. Les médias ne sont intéressés à raconter que la moitié de l’histoire, alors je sens qu’en tant que témoins directs, nous avons le devoir de dire la vérité. Si vous le désirez, je vous amènerai à une terre sacrée où des centaines de personnes ont été laissées dans les arbres ou encore simplement déposées sur le sol, après leur décès. Personne d’autre que la mémoire historique n’a marqué leurs tombes. Je vous prie de me croire lorsque je vous dis que les missionnaires n’étaient pas de sombres personnages tueurs d’enfants comme les médias le portent à croire aujourd’hui. Ce n’est pas ce que j’ai observé ni vécu. Les missionnaires savaient que les peuples anciens de nos terres ne pouvaient pas continuer d’exister en tant que société nomade et isolée, alors ils ont tenté de les éduquer, et bien sûr, de changer leur culture pour la rendre plus compatible avec les conditions de l’époque. Avaient-ils raison ? Peut-être, je ne le sais pas. Mais au moins ils avaient la volonté d’essayer d’aider. Comme je le dis à mes enfants, je ne peux pas être un Indigène comme eux, mais ils peuvent devenir des Canadiens comme moi, et ils le sont. Il y a encore plus d’histoires de réussite que vous ne pouvez l’imaginer.

Les missionnaires n’ont pas simplement jeté des corps dans le sol. La plupart était marquée d’une petite croix en bois confectionnée par les frères de la mission ou par les parents de l’enfant. Ces croix sont disparues depuis longtemps. Triste mais vrai. Je peux également vous amener aux tombes anonymes de bien des gens qui n’étaient pas indigènes, si vous le désirez. C’était simplement la façon de faire dans le Grand Nord. Désolé de radoter si longuement, mais de nombreuses choses doivent être dites, et si les aînés de notre société n’ont pas le courage de les dire, notre sort est scellé. Je vous prie d’encourager les gens à se lever et à se faire entendre autant pour le bien que pour le mal. Merci et continuez d’écrire. »

Jim Bissel

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L’importance de l’ascèse chrétienne

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« Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Ces paroles de Jésus nous font l’effet d’une douche froide, à nous, chrétiens du 21e siècle, qui essayons trop souvent d’unir confort et devoirs religieux. Car, le renoncement évangélique ne concerne pas uniquement les moines mais tous les baptisés (même si dans une moindre mesure). Dans la foulée de la fête toute récente de saint Charbel Makhlouf, moine-ermite libanais du 19e siècle, je vous présente aujourd’hui un autre bel exemple de vie ascétique, celui d’Antoine, un Égyptien du 4e siècle :

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux. Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. » ( Vocation d’Antoine, extrait de la Vie de saint Antoine par saint Athanase, évêque d’Alexandrie)

Détachement, humble travail, lectures bibliques, prières fréquentes, autant de moyens concrets pour faciliter le dialogue entre nous et Dieu. Tous n’ont peut-être pas la même vocation qu’Antoine mais la ferveur des chrétiens des premiers siècles ne peut que nous inspirer un mode de vie plus modeste, une attention à Dieu plus soutenue et des comportements à contre-courant de ceux de nos contemporains. Quant au jeune Antoine, on sait qu’il se retira au désert et y vécu très longtemps pour y mourir à l’âge de 105 ans (vers 356). Ajoutons que de nombreux disciples le suivirent dans ce genre de vie austère, ce qui lui valut le titre de Père des moines.

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Du jamais vu !

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En ce 24 juillet, fête liturgique de saint Charbel Makhlouf (moine maronite du 19e siècle), je voudrais vous partager un peu de ma vénération pour ce moine entré dans ma vie le 5 décembre 1965, alors qu’aux études à Rome j’avais la grâce d’assister à sa béatification (par le pape Paul VI, entouré des Pères du concile). Plutôt que de livrer ici un résumé de sa vie, que plusieurs d’entre vous connaissent d’ailleurs, je préfère attirer votre attention sur le prodige du suintement de son cadavre, unique en son genre dans l’histoire de l’Église et peut-être même dans celle de la médecine. Le texte qui suit est tiré de Wikipédia.

« Premières exhumations du corps. Dans les heures qui suivent sa mort (24 décembre 1898), les moines qui le veillent remarquent qu’une exsudation sanguine suinte à la surface de son corps. Après les obsèques qui ont lieu le jour de Noël, il est enterré sans cercueil, à même la terre, selon la tradition de l’ordre monastique auquel il appartient. La rumeur de la sainteté de Charbel se répand ; bientôt une foule, qui ne cessera de grossir dans les jours suivants, viendra prier et se recueillir devant son humble sépulture à laquelle les moines acceptent de donner accès ; on y vient de toutes les localités des environs. Au bout de 45 jours d’expectative et d’hésitations, les autorités ecclésiastiques finissent par ordonner une première exhumation, le 8 février 1899. Une fois nettoyé de la terre, on trouve son corps absolument intact et souple, sans la moindre décomposition. Il est alors relavé, revêtu de vêtements monastiques neufs et placé cette fois dans un cercueil de bois, qu’on transfère à la chapelle du monastère où il est emmuré. C’est ce nouveau tombeau qui, à travers le mur, suinte bientôt comme un constant exsudat sanguin. Après quelques semaines, une nouvelle exhumation est autorisée ; l’ouverture du tombeau a lieu en présence de plusieurs médecins qui constatent qu’un liquide « huileux », ayant une odeur de sang frais, est en train de sourdre des pores du saint moine sur toute la surface de son corps. Cet épanchement au cours des semaines écoulées avait été si abondant que les vêtements monastiques durent être à nouveau changés. On emmure à nouveau le cercueil derrière une paroi maçonnée sans interstices.

Exhumations officielles ordonnées par Rome. Vingt-huit ans plus tard, en 1927, le pape Pie XI ordonne une première exhumation officielle, pour une nouvelle expertise médicale. Le même phénomène d’épanchement est de nouveau constaté. Le corps fut cette fois placé dans un cercueil de bois de cèdre doublé d’un cercueil de zinc. Le rapport d’examen médical, établi par le professeur Armand Jouffroy, de la Faculté française de médecine de Beyrouth, secondé par le docteur Balthazar Malkonian, est scellé dans un tube métallique et déposé aux pieds du saint. Le cercueil est cette fois surélevé et penché de manière oblique afin que l’exsudat coule vers les pieds. Puis il est de nouveau emmuré dans la chapelle du monastère avec des pierres épaisses, non poreuses, jointoyées au ciment, et le maître maçon se porte garant de l’étanchéité de cette nouvelle cloison. À la suite de cette première exhumation, et en conclusion d’une première cause introduite près le Saint-Siège, le pape Pie XI déclare Charbel vénérable serviteur de Dieu et autorise l’ouverture de son procès de béatification.

Vingt-trois ans plus tard encore, le 25 février 1950, le suintement rosâtre se reproduit de nouveau hors du tombeau, cette fois au pied du mur de cloison. Après un délai, le pape Pie XII autorise une nouvelle exhumation. Elle a lieu en présence du supérieur de l’Ordre libanais maronite, des moines du couvent, d’autres autorités ecclésiastiques, du docteur Chekri Bellan, directeur du Service de Santé et d’Assistance près le gouvernement libanais, du docteur Théophile Maroun, professeur d’Anatomie pathologique à la Faculté française de médecine de Beyrouth, de Joseph Hitti, député du Mont-Liban, et de diverses autorités civiles et militaires. Le suintement rosâtre est attesté de nature physiologique ; il emplit le fond du cercueil de cèdre sur une épaisseur de 8 centimètres. Le corps de saint Charbel était toujours identiquement intact, sa chair toujours parfaitement souple, aucunement dégradée, et le rapport d’expertise précise : « Tous les vêtements étaient littéralement imbibés de liquide séreux, et, çà et là, tachés de sang, spécialement l’aube. Le liquide, répandu sur tout le corps, s’était coagulé, comme solidifié par endroits. Cependant, le corps conservait toute sa souplesse, et on pouvait plier bras et jambes ». A la surprise générale, tous les témoins présents constatent avec émotion que le voile dont on avait recouvert le visage et les mains du Vénérable Charbel, lors de la première exhumation officielle, portait l’empreinte de ceux-ci, à la manière du Linceul de Turin. Par contre, le tube métallique renfermant l’expertise de 1927 était très corrodé. Le 4 août 1950, par autorisation du pape Pie XII, on expose solennellement le corps de Charbel, dans un cercueil de verre, au cours d’une cérémonie religieuse qui attire des foules énormes, tant chrétiennes que musulmanes du Liban et des pays arabes voisins. Le patriarche maronite la préside ainsi que les différents patriarches catholiques orientaux, chefs d’Église. Puis le corps est de nouveau remis au tombeau et emmuré. C’est à partir de cette date que des registres officiels commencent à tenir le compte des miracles, tant corporels que spirituels, qui se produisent devant le corps ou la tombe de Charbel. Leur liste est innombrable, mais seul un certain nombre parmi eux ont été attestés (les autorités médicales déclarant officiellement ne pouvant les expliquer en l’état actuel des connaissances scientifiques) et sont donc reconnus par l’Église catholique. Ils permettront par la suite l’aboutissement des deux procès romains de béatification puis de canonisation, en 1965 et en 1977.

Le procès de béatification progressant, le Vatican ordonne une troisième exhumation officielle. Elle a lieu le 7 avril 1952. Le prêtre maronite Joseph Mahfouz témoigne : « Moi-même j’ai touché, personnellement, son corps (…) ; on aurait dit qu’il était mort, mais vivant. Qu’un cadavre se conserve, ce n’est pas un phénomène unique. Mais qu’une dépouille mortelle reste souple, tendre, pliante, et qu’elle transpire incessamment, c’est un cas unique… Un Signe ». Les rapports médicaux et les procès-verbaux établis, on emmure de nouveau le corps dans son tombeau. Du monde entier affluent désormais à Ananya des lettres de fidèles de toutes langues. Le monastère en recevra 41 530 entre 1950 et 1957. Toutes témoignent de détresses, morales ou physiques, et d’espérance. Beaucoup réclament des reliques du Serviteur de Dieu, et certains correspondants envoient des linges, à leur renvoyer après les avoir mis en contact avec l’exsudat qui ne cesse de suinter du corps du Vénérable. » (Wikipédia)

Conclusion : ce prodige se continue-t-il encore aujourd’hui, je ne puis l’assurer mais, en tout état de cause, il aura servi son rôle de signe mystérieux pour attirer l’attention du monde entier. La sainteté de Charbel Makhlouf, relevant avant tout de sa vie héroïque de moine-ermite, n’en est pas tributaire bien sûr, mais on ne peut nier tout l’intérêt que ce prodige aura soulevé pour la faire mieux connaître.

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Cette terrible réalité qu’est la souffrance !

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Notre vie sur terre est faite de joies et de souffrances mais on n’en retient souvent que ces dernières. Souffrances de toutes sortes : psychiques, physiques, affectives, morales et spirituelles. Dans son infinie Miséricorde, Jésus a bien voulu nous précéder dans ces souffrances comme pour nous encourager à les supporter. Bien ! Mais y aurait-il une façon spéciale pour nous chrétiens de les assumer ? Écoutons ce que nous en dit ce cher dom Guillerand :

« La souffrance est un vouloir divin : l’âme qui l’accepte avec amour s’unit à ce vouloir, ne fait plus qu’un avec Celui dont le vouloir c’est l’Être. Pourquoi Dieu nous appelle souvent sur ce chemin où on le rencontre le plus sûrement ? C’est une marque de prédilection. Ce sont des rendez-vous qu’il nous donne. Remercions-l’en et soyons fidèles. Être fidèle ne signifie pas ne pas souffrir. C’est notre grande illusion : nous nous figurons que nous souffrons mal, parce que nous souffrons. La souffrance est et restera toujours la souffrance, c’est-à-dire une violence faite à notre nature. Dieu lui-même ne peut pas changer cela. (…)

Nous verrons un jour que la dure période de vie que l’on doit quelquefois traverser n’est pas perdue. Elle a son sens, sa raison d’être, sa place et son rôle nécessaire dans le plan de notre vie. Il y a des choses que nous ne saurions pas et que nous ne pourrions pas comprendre si nous ne les avions pas vécues. Nous conseillerons, nous consolerons, nous soutiendrons un jour d’autres âmes d’une certaine façon et avec un certain cœur que nous devrons à notre épreuve ; et nous remercierons alors Dieu, qui voit mieux que nous, de nous l’avoir imposée. Ne nous troublons pas de n’avoir pu prier durant ce temps : pour une âme confiante, souffrir c’est prier, et c’est souvent la meilleure prière. (…)

Avec Jésus, la souffrance est devenue chemin, mais c’est accidentellement. Essentiellement et prise en elle-même, elle reste un contraire, un ennemi. C’est seulement quand on a engagé la bataille contre elle, quand on l’a vaincue, quand on a été plus fort qu’elle, en la portant, qu’elle devient un instrument et un serviteur. Continuons donc de porter vaillamment la souffrance, et de la faire servir à notre déploiement de vie ; et continuons d’aimer Dieu quand il nous prépare ces heures exceptionnellement développantes, où le cœur broyé garde juste la force de redire Fiat (que cela soit) ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 190 s)

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Cette nuit qui devient lumière

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La foi chrétienne est une grâce en constante évolution ! Ce don extraordinaire, qui échappe malheureusement à beaucoup de personnes aujourd’hui, ne peut s’enraciner en nous sans des éclipses brutales et douloureuses. Tous les auteurs spirituels nous parlent de ces nuits obscures que doivent traverser les âmes ferventes sous peine de stagner dans une spiritualité sans lendemain. Dom Augustin Guillerand, cet écrivain éclairé et bien-aimé, nous en parle ici en des termes qui laissent voir le fruit de son expérience en la matière :

« Ce n’est pas dans la lumière d’une parole qu’il faut chercher la lumière. La lumière d’une parole c’est encore du créé, de l’éphèmère, du néant. Si nous nous y attachons, nous restons en route, nous n’atteindrons jamais le terme. Voilà pourquoi Dieu fait aux âmes qu’il aime la grâce de la leur refuser. Il les laisse dans la nuit. Et c’est la nuit qui devient la lumière. La vraie lumière brille dans les ténèbres. Mais il faut s’habituer à l’y trouver. Au début, on est épouvanté : la lumière est chose si douce et si nécessaire ! Peu à peu cependant le jour se lève. On voit que la lumière qui manque est une lumière inférieure, et que celle qui grandit est plus pure.

La lumière qui manque à cette heure-là c’est la nôtre. Nous ne voyons plus notre état de grâce, ou mieux nous ne la sentons plus. Nous ne trouvons plus en nous-mêmes la douce assurance d’être à Dieu. Ce que nous trouvons en nous-mêmes c’est la division et la nuit. Il faut dépasser cela : il faut sortir de nous ; il faut mépriser la voix qui doute, ou qui discute, ou qui se désespère. Il faut écouter l’autre, celle du fond intime et qui nous dit : « Dieu est amour. Pour se séparer de lui il faut un acte de la faculté d’aimer, il faut un amour qui s’oppose à son amour. Je ne vois pas cela en moi, donc … ». Voilà la lumière vraie, celle qui brille dans les ténèbres. Mais parce qu’elle brille dans les ténèbres, il faut connaître des heures de ténèbres. (…)

Le brouillard, la nuit et l’anxiété sont dans le plan divin, qui mène à la grande clarté. Il faut croire avant de voir, il faut croire à Celui qui voit, pour voir un jour ce qu’il voit et comme il voit. Il l’a voulu ainsi. Il y trouve gloire et joie. Celui qui ne voit que la nuit et qui lui dit : « Mon Dieu, je ne vois rien ; mais puisque vous me dites que cette nuit c’est votre lumière, je le crois. Tout en moi me dit le contraire ; j’immole ce moi, je vous écoute contre lui, je vous préfère à lui », celui-là met Dieu à sa vraie place, la première. Il est clair que c’est le grand sacrifice : « qu’il se renonce » ; car la raison qui dit : « C’est la nuit », est la citadelle du moi ; quand on l’immole, on donne tout : « Et la nuit devient ma lumière dans mes délices ». Cette nuit acceptée. cette nuit, que la raison nomme nuit, mais que Dieu appelle lumière, s’éclaire soudain et devient le rayon délicieux, l’aube naissante de l’éternelle Clarté. « 

(Écrits spirituels, tome 2, page 216 s)

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Église catholique et foi en Dieu

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La Foi est ce qui nous fait vivre, nous, chrétiens. Cette Foi nous a été transmise par les Apôtres et elle est contenue essentiellement dans les deux grands Symboles de la foi : le Symbole des Apôtres (qui est l’antique symbole baptismal de l’Église de Rome) et le Symbole de Nicée-Constantinople (fruit des deux premiers Conciles œcuméniques, soit Nicée en 325 et Constantinople en 381). Il est important d’ajouter que ces deux anciens symboles ou professions de foi sont propres à toutes les grandes Églises d’Orient et d’Occident. Voici comment l’Église Catholique explicite l’essentiel de sa foi en Dieu, source de toutes les autres vérités:

36. Pourquoi la profession de foi commence-t-elle par « Je crois en Dieu » ?

Parce que l’affirmation « Je crois en Dieu » est la plus importante. Elle est la source de toutes les autres vérités sur l’homme et sur le monde, et de toute la vie de ceux qui croient en Dieu.

37. Pourquoi professons-nous un seul Dieu ?

Parce que Dieu s’est révélé au peuple d’Israël comme l’Unique, lorsqu’il dit : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique » (Deutéronome 6, 4), « Il n’y en a pas d’autre » (Isaïe 45, 22). Jésus lui-même l’a confirmé: Dieu est « l’unique Seigneur » (Marc 12,29). Professer que Jésus et l’Esprit Saint sont, eux aussi, Dieu et Seigneur, n’introduit aucune division dans le Dieu unique.

43. Que comporte la foi en un seul Dieu ?

Croire en un seul Dieu comporte de connaître sa grandeur et sa majesté, de vivre en lui rendant grâce, d’avoir toujours confiance en lui, même dans l’adversité, de reconnaître l’unité et la vraie dignité de tous les hommes, créés à son image, d’user avec rectitude de sa création.

44. Quel est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne ?

Le mystère central de la foi et de la vie chrétienne est le mystère de la Sainte Trinité. Les chrétiens sont baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

45. Le mystère de la Sainte Trinité peut-il être connu par la seule raison humaine ?

Dieu a laissé des traces de son être trinitaire dans la création et dans l’Ancien Testament ; mais la profondeur de son Être comme Trinité sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison humaine, et même à la foi d’Israël avant l’Incarnation du Fils de Dieu et l’envoi de l’Esprit Saint. Ce mystère a été révélé par Jésus-Christ et il est à la source de tous les autres mystères.

46. Qu’est-ce que Jésus Christ nous révèle du mystère du Père ?

Jésus Christ nous révèle que Dieu est « Père », non seulement parce qu’il est le Créateur de l’univers et de l’homme, mais surtout parce qu’il engendre éternellement en son sein le Fils, qui est son Verbe « reflet resplendissant de la gloire du Père, expression parfaite de sa substance » (Hébreux 1, 3).

47. Qui est l’Esprit Saint, que Jésus Christ nous a révélé ?

Il est la troisième Personne de la Sainte Trinité. Il est Dieu uni au Père et au Fils, et égal à eux. Il « procède du Père » (Jean 15, 26) qui, en tant que principe sans commencement, est l’origine de toute la vie trinitaire. Il procède aussi du Fils (Filioque) par le don éternel que le Père fait de lui au Fils. Envoyé par le Père et le Fils incarné, l’Esprit Saint conduit l’Église à la connaissance de « la Vérité tout entière » (Jean 16, 13).

48. Comment l’Église exprime-t-elle sa foi trinitaire ?

L’Église exprime sa foi trinitaire en confessant un seul Dieu en trois Personnes: Père, Fils et Esprit Saint. Les trois Personnes divines sont un seul Dieu, parce que chacune d’elles est identique à la plénitude de l’unique et indivisible nature divine. Elles sont réellement distinctes entre elles par les relations qui les mettent en rapport les unes avec les autres. Le Père engendre le Fils, le Fils est engendré par le Père, le Saint Esprit procède du Père et du Fils.

(Extrait du Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)

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