Église abandonnée et déserte

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Dans son opuscule Liturgie d’âme, dom Guillerand invite sa sœur âgée et impotente à débuter sa messe spirituelle en entrant en elle-même pour y retrouver la présence de Dieu. Voici comment cet éminent chartreux s’exprime:

« Mon Dieu, mon âme est un temple; le baptême en a fait votre résidence aimée; vous en occupez cette part spirituelle et profonde qui en est le centre et qui est le foyer mystérieux de toutes mes facultés. Vous vous y tenez sans cesse; vous m’appelez à vous y rejoindre; vous voulez vous y donner à moi, me communiquer vos pensées, vos sentiments, vos vouloirs, toute votre vie qui est la vie éternelle.

Hélas! Je ne sais pas répondre à vos appels, je ne sais pas franchir ce seuil intime de mon être. Je reste dehors; je regarde par la fenêtre; mes yeux, mes oreilles, ma mémoire et mon imagination m’emportent sans cesse loin de vous vers les riens qui passent et je vous laisse tout seul, vous le seul Être qui demeure. Que vous êtes méconnu et abandonné ici-bas dans nos églises de pierre et dans les temples spirituels de nos âmes désertes!

Aujourd’hui du moins (et pourquoi ne le ferais-je pas souvent désormais) pour remplacer cette messe paroissiale à laquelle je ne puis me rendre, j’entrerai dans ce sanctuaire, je m’approcherai de cet autel de mon âme, je vous présenterai mon pauvre être qui se disperse et se fatigue à la poursuite de réalités vaines; je le recueillerai comme le moissonneur ses grains; je referai en vous et par vous son unité qui est sa force; au lieu de mille pensées en désordre et de désirs incohérents, je n’aurai plus qu’une pensée et qu’un désir: vous connaître, vous aimer vous seul et tout aimer en vous et pour vous. « Je m’approcherai de l’autel de Dieu, du Dieu qui fait aux âmes une éternelle jeunesse » (Psaume 43). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 110)

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Ces mêmes paysages toujours nouveaux!

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 Dieu est un mystère dont même les contours nous échappent. Lui seul peut se révéler … et c’est ce qu’il a fait par la Création et par ses interventions dans l’histoire de l’homme dont l’Incarnation  est le plus bel exemple.

Jésus est donc le chemin que nous devons emprunter pour arriver à la connaissance authentique du Père. Et c’est précisément ce chemin que l’Église, animée par l’Esprit, emprunte chaque année pour nous conduire progressivement à cette connaissance qui surpasse toutes les connaissances: ce processus a pour nom la contemplation liturgique.

Nous commençons, cette semaine, une nouvelle année liturgique qui nous fera gravir, comme par les années passées, la montagne de la connaissance de Dieu par un chemin en spirale alors que les mêmes paysages nous seront de nouveau présentés : naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires: Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et entre autres … la couleur! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois sur-utilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y faire répondre, à nouveau, sans défaillance:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

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Avons-nous vraiment le désir du Ciel?

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Nous sommes rendus à la toute fin de l’année liturgique. L’Église nous invite à méditer sur le triomphe final du Bien sur le Mal, sur le Jugement général  et sur l’éventualité  de notre propre mort. Notre espérance, à nous chrétiens, n’est pas de ce monde mais réside en Dieu lui-même. Chaque jour, nous demandons au Père que son règne vienne … alors pourquoi certains sont-ils craintifs face à la mort? C’est la question que se pose ce grand évêque de Carthage, saint Cyprien (+258), qui vivait durant les grandes persécutions romaines. Écoutons-le:

« Nous sortons de ce monde trop souvent par contrainte et nécessité, non par une libre obéissance. Et nous attendons de Dieu les honneurs de la récompense céleste, alors que nous venons à lui de mauvais gré! Pourquoi demandons-nous dans la prière que le règne des cieux vienne, si nous prenons un tel plaisir à la captivité de la terre? Pourquoi insistons-nous par des supplications répétées pour que le jour du règne se hâte, si nos plus grands désirs et nos vœux les plus ardents sont pour servir ici-bas le démon, plutôt que pour régner avec le Christ? Puisque le monde hait le chrétien, pourquoi aimes-tu celui qui te hait, au lieu de suivre le Christ, qui t’a racheté et qui t’aime? (…)

Nous devons considérer, mes frères bien-aimés, et méditer continuellement que nous avons renoncé au monde, que nous passons ici-bas provisoirement comme des étrangers et des voyageurs. Accueillons avec joie le jour qui fixe à chacun son véritable domicile, qui nous délivre de ce monde et de ses filets pour nous rendre au Paradis et au Royaume. Quel exilé ne serait pas pressé de rentrer dans sa patrie? Un grand nombre de ceux que nous aimons nous y attendent; une immense foule de pères, de fils, de frères nous désirent. Ils sont déjà sûrs de leur propre salut, et encore inquiets du nôtre. Quel bonheur partagé, pour eux et pour nous, de nous revoir, et de nous embrasser! Quel bonheur , dans ce royaume céleste, de ne plus craindre la mort! Quelle félicité parfaite et perpétuelle, de vivre pour l’éternité! (…)

Hâtons-nous de les rejoindre, frères bien-aimés, par un désir plein d’impatience. Que Dieu voie en nous cette pensée; que le Christ découvre cette résolution de notre âme et de notre foi. Il nous donnera d’autant plus largement sa gloire que nous l’aurons plus fortement désirée. »   (Traité sur la condition mortelle de l’homme, CSEL 308-314)

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Purification spirituelle et eau bénite

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Seau à eau bénite avec goupillon

Dans le passage suivant, tiré de son explication de la messe, dom Augustin Guillerand rappelle à sa sœur âgée les bienfaits du rite de l’aspersion d’eau bénite (au début de la messe dominicale) et l’invite à s’asperger de cette eau:

« L’amour veut l’union. S’il trouve des séparés il les rapproche. Mon Dieu, le péché nous a profondément séparés. Il a jeté sur le clair miroir de mon âme une fange horrible qui a sali votre image et défiguré vos traits. Il l’a remplie de ténèbres et je ne puis plus voir votre Vérité qui est le Bien même et la Beauté parfaite. Le Baptême l’a renouvelée sans doute; la Pénitence me purifie toutes les fois que j’ai l’honneur d’y implorer et d’y recevoir votre pardon. Mais les tendances au mal demeurent et, sans cesse, mille petites fautes étendent entre vous et moi comme des voiles. Sans cesse donc il faut que je me plonge dans le bain purifiant de votre grâce. Vous avez mis à ma disposition mille moyens de le faire. L’eau bénite en est un. J’aime l’eau bénite. L’eau est l’élément des purifications naturelles; elle refait les blancheurs perdues. Bénie par le prêtre, elle devient un élément de purification spirituelle; elle fait disparaître les dernières traces du péché; elle rend à l’âme sa netteté parfaite.

Je l’ai là sous la main; j’en baigne mon front et les pensées qui l’habitent, mon cœur et les sentiments dont il bat. Par elle, un peu de votre vie coule en moi et divinise ma propre vie. Je suis plus pure, plus à votre image, plus près et plus aimée de vous. Elle me permettra d’entendre avec plus de fruit cette Messe intime que vous allez célébrer dans le silence de mon âme. »

«Écrits spirituels, tome 2, page 109)

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Ai-je vraiment confiance en Dieu?

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Avouons-le, il y a des situations qui ne sont pas faciles à vivre! Comme si personne de notre entourage s’avérait capable de nous aider ! D’où un choix à faire: ou bien se référer à Dieu, ou bien se référer à soi-même! Pour ceux qui ont la foi, c’est la prière; pour ceux qui ne l’ont pas, c’est la déprime ou la panique. La Providence divine nous fait souvent passer par ce genre de difficultés qui fait toucher du doigt nos limites et, par ricochet, la place que Dieu devrait avoir dans nos projets de vie. Notre éducation d’enfant de Dieu invite et même exige ces mises à l’épreuve pour nous faire grandir. Personnellement, j’ai découvert peu à peu (et au fil de longues années) que l’ABANDON TOTAL à Dieu était la seule réponse valable.

Avons-nous peur de Dieu? Je discutais récemment de cet abandon total à Dieu avec une personne consacrée et celle-ci, à ma grande surprise, m’avoua que ce genre d’abandon n’était pas indiqué pour certaines catégories de gens comme, par exemple, les jeunes couples qui doivent prévoir l’avenir de leur petite famille!! Comme si l’abandon à la divine Providence nous dispensait de prévoir notre avenir … et comme si cet acte de totale confiance s’avérait risqué, voire dommageable, laissant le champs libre au Créateur  de nous écraser dans les minutes qui viennent, une sorte d’épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes. Non! Non! Dieu n’est pas une force cosmique indifférente à nos besoins; il est un Père qui nous aime vraiment et qu’il l’a prouvé en nous tirant du néant, en nous rachetant de nos erreurs et en se faisant tout près de nous « doux et humble de cœur »! L’abandon total à Dieu n’est pas réservé aux franciscains ou autres personnes consacrées et, encore moins, ce genre d’abandon est-il une invitation masochiste à une plus grande souffrance! Ce geste est tout simplement un acte de confiance absolue envers Celui qui, connaissant nos besoins, peut nous inviter à une plus grande disponibilité à son service. Et voilà ce qu’il importe de retenir, ici : une plus grande disponibilité!

« On n’a jamais trop de confiance dans le Bon Dieu, si bon et si miséricordieux » aimait répéter Thérèse de l’Enfant-Jésus. Que faisait-elle alors de si spécial sinon de prendre au sérieux cette recommandation  de l’apôtre Paul aux chrétiens de son temps: « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu; c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Romains 12, 1). Et, remarquons-le, cette «hostie vivante» n’est rien d’autre qu’une décision à se laisser transformer: « Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. » (Romains 12, 2)

Par la grâce de notre baptême, nous sommes donc invités à vivre dès ici-bas ce don total, cette confiance  qui sera un jour l’apanage de notre vie céleste: l’offrande de tout nous-même à l’Amour miséricordieux. Puissions-nous  avoir sagesse et courage pour le réaliser dès aujourd’hui, non certes par nos propres forces mais en Celui qui se dit l’unique chemin qui mène vers le Père. Amen!

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Une messe célébrée en mon âme?

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Dans son opuscule Liturgie d’âme, dom Guillerand veut aider sa sœur, âgée et infirme, à s’unir à la messe dominicale de sa paroisse. Pour ce faire, il lui propose un monologue spirituel tout inspiré d’amour, de désirs et d’actions de grâce:

« Mon Dieu, je n’irai pas dans votre demeure de pierre aujourd’hui: je suis immobilisée dans la mienne et grande est la distance qui les sépare.

Votre vraie demeure c’est notre âme et c’est notre amour; « Si quelqu’un m’aime, avez-vous dit, il garde mes commandements et nous viendrons en lui et nous y demeurerons » (Jean 14, 23). Mon âme est donc un sanctuaire où vous résidez, Je puis vous y rejoindre, vous adorer, vous aimer, vous parler, vous dire mes besoins, ma faiblesse et aussi, pourquoi pas, mes bons mouvements et mes efforts. Je puis vous confier mes petites peines et les unir aux vôtres qui furent si grandes; je puis m’offrir à vous, avec tout ce que j’ai d’être et de vie, pour que vous fassiez de moi ce que vous voudrez … Je suis si sûre que ce que vous en ferez sera mon plus grand bien et votre plus grande gloire! Je puis vous demander de vous donner à moi, de me communiquer ces vertus qui me manquent et que vous possédez si parfaitement. Vous aimez tant cela, vous donner! Car vous êtes l’Amour même, c’est-à-dire le don de soi.

S’offrir, se sacrifier, se donner, n’est-ce pas là ce qui se fait à la messe? Offrande, immolation, communion. Je puis donc assister à une messe dans le temple de mon âme. Elle sera dite par vous et pour moi seule! Elle sera une heure douce et féconde dans la silencieuse solitude de mon dimanche. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 108)

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Ces Papes qui dérangent …!

 

Léon XIII  (1878 – 1903)                                              François  (2013 –     )

Ma vie d’ermite urbain ne se déroule pas en vase clos mais dans le monde d’aujourd’hui. En tant que catholique, je ne puis faire abstraction de l’Église dans laquelle je vis … de ses joies et de ses problèmes. Comme tout internaute, je suis bombardé quotidiennement de fake news, surtout en ce qui concerne le pape François: pape qui donnerait plus d’importance à l’immigration et à l’environnement qu’à la religion, pape hérétique qui serait ouvert à toutes les erreurs modernes, pape qui voudrait annuler le célibat des prêtres, etc. etc. Qu’en est-il vraiment de tout ça?

Il y a 2000 ans, un jeune prophète juif dérangeait ses coreligionnaires en leur enjoignant d’aimer leurs ennemis (à l’encontre de plusieurs psaumes qui imploraient  la vengeance divine). L’apôtre Pierre dérangeait lui aussi ses frères de Jérusalem en fraternisant avec des païens, des non-circoncis (Actes 11, 1-18). Au cours de l’histoire, on a vu des saints papes (Léon et Grégoire  le Grand, 4e et 5e siècle) quitter leurs occupations ordinaires et prendre les moyens nécessaires pour défendre la ville de Rome contre l’invasion des Barbares. Au 16e siècle, le pape saint Pie V incita  les pays catholiques d’Europe à se liguer  contre une imminente invasion turque; ce qu’ils firent victorieusement à la bataille de Lépante, en 1571. Et pourtant, que de critiques de la part des bien-pensants qui voyaient d’un mauvais œil toute action papale hors de la sacristie. 

À la fin du 19e siècle, face à la montée d’une industrialisation sauvage qui asservissait les classes les plus pauvres, le pape Léon XIII écrivit une encyclique sur la « question ouvrière », Rerum novarum. Comme le fait remarquer Lucio Brunelli (Oss. Rom. 2019, n. 43), aucun pape avant lui n’avait consacré un document magistériel solennel à une question  socio-économique. Aux catholiques de l’époque, il a pu paraître étrange de lire dans une encyclique des recommandations sur la nécessité d’un salaire minimum, d’une limite à l’horaire de travail et de conditions plus décentes pour le travail des enfants (en 1891, en effet, on pouvait légalement faire travailler des enfants de 10 ans!). Il faudra, ajoute Brunelli, attendre 20 ans après Rerum novarum pour que la loi fixe à 8 heures la limite maximum d’une journée de travail. Léon XIII était loin d’être un pape révolutionnaire mais cela lui valut néanmoins d’être étiqueté par certains de « Pape socialiste ».

La sauvegarde de la création peut apparaître aujourd’hui moins dramatique que la question ouvrière au 19e siècle, mais (toujours selon Brunelli) les effets des catastrophes environnementales et des changements climatiques bouleversent déjà la vie de millions de personnes sur la planète. Saint Jean-Paul II, en 1990, signalait les signes avant-coureurs de nouveaux phénomènes climatiques préoccupants et le pape Benoît XVI, dans un discours en 2011,  affirmait sans ambages que « quelque chose ne va pas dans nos relations avec la nature ». Pourquoi Laudato si? Pourquoi le pape François s’occupe-t-il des changements climatiques, de biodiversité, de plastique et d’Amazonie? Si l’Église se taisait, elle pourrait être appelée un jour à rendre compte de ses silences, non pas au tribunal des médias, mais à celui de sa conscience. La voix de l’Église est une voix humble, politiquement impuissante mais objectivement libre et crédible. Remercions Dieu de nous avoir donné, en François, un pape éclairé, courageux et fidèle à sa mission de Pasteur universel.

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Le dimanche comme remède à l’oubli de Dieu

 

En 1928, dom Augustin Guillerand, jeune prêtre français entré depuis quelques années à la chartreuse de La Valsainte (Suisse), écrivit un opuscule Liturgie d’âme à l’intention de sa sœur, personne âgée et infirme qui ne pouvait plus se rendre à l’église. Son intention était de l’aider à s’unir aux Offices célébrées ce jour-là à la paroisse. Voici, pour aujourd’hui, un extrait de l’avant-propos qui traite de l’importance du dimanche, jour consacré au Seigneur:

« Le Dimanche est le jour du Seigneur. Le Maître, qui a fait les choses mobiles et le mouvement que le temps mesure, s’est réservé ce jour-là. Il aurait pu se les réserver tous: toute la durée des choses et toutes les choses qui durent lui appartiennent. Il a limité ses exigences à une journée par semaine. (…) À côté de quelques âmes pour qui Dieu est le compagnon aimé, qui peuple tous les lieux et anime toutes les choses, combien malheureusement pour qui il est le grand méconnu et le grand oublié. Le Dimanche est le remède à cette misère. (…) Le Père rappelle qu’il est le Maître; et le Dimanche est son bien réservé.

Par delà l’ordre du Maître, les doux appels du Père retentissent et invitent les âmes à des relations plus nombreuses et plus étroites. Lectures privées, cérémonies publiques, récitations du chapelet, chant des Vêpres, salut et bénédictions du Saint-Sacrement, ce sont autant de moyens que l’Église offre ou recommande à ses fidèles pour que la journée du Dimanche soit vraiment une journée passée à l’église, foyer  de notre Père des cieux. 

Ce ne sont pas les seuls. Chaque âme peut en découvrir, en préférer, en employer d’autres qu’elle trouve plus efficaces et plus doux. Sur ce point nulle obligation. Après l’assistance à la Sainte Messe, tout ce qui fait penser à Dieu, tout ce qui dirige vers lui le mouvement de nos cœurs, tout ce qui l’honore, tout ce qui le fait aimer et régner en nous, tout cela est bon, tout cela est occupation dominicale. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 105 s)

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Je suis la VÉRITÉ !

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Au cénacle, la veille de sa mort, Jésus répondant à une question de l’apôtre Thomas affirma solennellement: « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). Magnifique description de lui-même! Si l’on parle souvent, et à bon droit, de Jésus comme chemin qui mène vers le Père ou encore comme celui qui donne la vie éternelle, plus rares sont les commentaires sur Jésus comme vérité. Étrange appellation à vrai dire,  et pourtant lui-même reviendra sur ce terme le lendemain matin, face à Pilate, pour expliquer le but de sa mission: « Je suis venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18, 37).

La vérité est une manne rare. Nous vivons dans un monde blessé par l’incompréhension, l’illusion et le mensonge: nous avons de la difficulté à nous connaître nous-même et encore plus les autres, d’où la multiplication de conflits personnels et sociaux qui sont notre lot de chaque jour. Nos convoitises nous aveuglent et nous blessent et la vérité semble toujours vouloir nous échapper. Il suffit de penser aux fake news qui pullulent, aujourd’hui, dans notre univers médiatique et qui ébranlent si facilement nos liens normaux de confiance mutuelle.

La situation serait-elle désespérée? Non, évidemment, puisque Dieu l’a prévue de toute éternité et nous a ménagé un moyen pour nous en sortir: le Christ! Jésus est venu sur terre pour rétablir la vérité sur Dieu et sur nous-mêmes: le Créateur, loin d’être un Dieu impassible et autoritaire, est avant tout un Père bon et miséricordieux; quant à nous, malgré nos ingratitudes, nous demeurons ses enfants destinés au bonheur éternel. Le Christ est donc venu faire la lumière sur ces deux pôles de notre vie humaine et, pour tout dire, faire le ménage dans notre univers poussiéreux … même si ce travail lui coûtera des souffrances indescriptibles et un don de soi inestimable.

« Je suis venu dans ce monde pour rendre témoignage à la vérité ». Le Verbe incarné étant lui-même Image du Dieu invisible (et donc vérité au sens le plus fort du terme) ne pouvait que désirer rétablir en nous l’image de Dieu déformée par le péché. Son obéissance jusqu’à la mort (et la mort de la croix) était prévue de toute éternité comme témoignage à rendre à la vérité en devenant modèle et source de notre éventuel retour au Père.

« Béni soit Dieu … qui nous a élus en Jésus, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour. » (Éphésiens 1, 4).

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L’essentielle beauté des splendeurs éphémères

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Fin de saison

À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses:

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

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