COMPASSION : luxe ou nécessité ?

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En ce temps de la Passion, il convient de se pencher sur nos relations avec le Christ souffrant. Pouvons-nous cultiver une grande amitié avec Jésus tout en faisant abstraction de son parcours ultime, à savoir son offrande pour le salut du monde ? La réponse se trouve peut-être dans ce que l’Église appelle la compassion de Marie « et toi-même, un glaive te transpercera l’âme ! » (Luc 2, 35). Laissons la parole à un maître spirituel averti, dom Augustin Guillerand :

« Jésus veut l’union ; il ne peut pas ne pas la vouloir, car il est l’Amour. Il faut que ceux qu’il aime soient là où il est ; quand il est en croix, il faut qu’ils souffrent avec lui ; quand son cœur est percé d’un glaive, il faut que la pointe s’enfonce au cœur des siens. On ne peut être « sien » qu’à cette condition. Il ne peut se passer d’eux sous le pressoir parce qu’il ne veut pas être sans eux dans le triomphe et le bonheur.

Il passera sa vie sous la menace, l’annonce claire et précise du glaive, et cette menace sera une souffrance qui ne lui laissera pas de trêve. Nous ne comprenons pas cette continuité ; heureusement, ou malheureusement, nous avons des heures innombrables d’inconscience; le mal est là mais nous ne le sentons plus, le mal moral surtout. D’autres pensées ou d’autres sentiments le remplacent, le relèguent dans l’ombre. Jésus a vécu dans le sentiment constamment présent et vif de la prédiction de Siméon, dans l’impression de la grande souffrance qui l’attend ; il a vécu sans arrêt cette souffrance en son cœur et il l’a fait participer à Marie. Ils ne font qu’un pendant trente-trois ans sous la pointe du glaive. Les deux cœurs n’en font qu’un, et tous deux ensemble sont frappés constamment, et tous deux souffrent de leur propre souffrance et de celle de l’autre.

Tous deux souffrent mais tous deux voient. La Lumière illumine cette souffrance, la traverse, en montre le par-delà, et ce par-delà c’est la joie car c’est l’amour, et c’est l’union. La souffrance est un chemin qui débouche sur le bonheur. En route on ne voit rien que la souffrance ; elle fait ombre de tous côtés ; à peine, à travers le mouvement des branches noires qui bordent le chemin, quand un coup de vent les agite ou quand la lumière est très vive, à peine devine-t-on que le grand soleil illumine toutes choses et qu’on le trouvera au bout du parcours.

Jésus a voulu cela pour lui et sa mère … et après eux pour tous ceux qui voudront venir à leur suite. Il a voulu le parcours, il a voulu la foi qui soutient en le faisant, il a voulu le terme qui paye l’effort et réconforte dans la route. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 84 s)

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De pécheresse à missionnaire

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La Samaritaine est une femme qui aime … et elle se révèle telle quelle dans sa conversion: une nature toute en bonté, expansive, et qui ne peut que se communiquer. « Elle montre ainsi ce qui a dicté le choix divin à son égard » signale dom Guillerand. Écoutons la suite du commentaire de ce chartreux sur cet épisode évangélique :

« À l’arrivée des disciples, la femme disparaît ; elle s’en va en hâte. Saint Jean a noté un détail suggestif de son état d’âme : elle oublie sa cruche. Elle n’était venue que pour puiser de l’eau matérielle. L’entretien l’a complètement retournée. L’orientation de son âme est vers cette eau supérieure dont un inconnu lui a parlé. Elle ne songe plus qu’à cela ; elle est désaltérée. Jésus lui a communiqué son indépendance à l’égard des réalités matérielles. Elle n’a plus soif, comme il n’a plus faim. Ils sont accordés sur un terrain plus haut dont la pensée les emplit. La Samaritaine a hâte de communiquer son trésor, et Jésus de verser à d’autres le flot vivifiant dont il vient de lui révéler l’existence et le prix. Indépendante à l’égard des besoins de son corps, la Samaritaine l’est également à l’endroit de sa réputation et de son honneur. Jésus a sacrifié les siens pour l’entretenir et l’éclairer ; elle le suit dans cette voie du sacrifice. Elle publie ses désordres; elle les fait connaître elle-même. Puisque Celui qui lui a parlé les connaît, elle ne craint pas que le monde entier les connaisse. Le monde entier, et ce qu’il peut penser, ne compte plus à ses yeux. Un seul être compte, la fait parler, marcher, agir, emplit sa vie : « Ne serait-ce pas le Christ? » (Jean 4, 29). Le Christ, une heure plus tôt, ne tenait pas grande place en son esprit. Sa venue était une préoccupation reléguée dans un plan de son âme qu’elle ne regardait guère. Maintenant elle en déborde ; elle se répand ; il faut que d’autres en jouissent comme elle.

La femme se révèle à cet élan qui se communique. Elle montre ce qui a dicté le choix divin à son égard. Elle aime ; c’est une nature toute en bonté, toute expansive, à l’image de Celui qui est « Charité ». Nul égoïsme en elle qui seul paralyse l’action de Dieu. Son âme est essentiellement communicative, et c’est ce qui a attiré le Maître. Il devait y avoir dans son élan quelque chose d’irrésistible. Le récit de l’évangéliste est, comme toujours, rapide et sans développements inutiles. Cependant il dit tout, et il reproduit fort bien la physionomie des événements et des âmes. Les Samaritains, à la voix de cette étrange missionnaire, sont immédiatement entraînés. Ils se lèvent, ils accourent, ils viennent au puits où le Maître les attend. Pourquoi la voix de cette pauvre créature a-t-elle suffi à provoquer cette démarche de tout un peuple ? Son enthousiasme s’est communiqué parce qu’il partait du fond de son âme et faisait oublier la surface de sa vie. Jésus avait, de sa parole pénétrante, rejoint et remué ces grandes profondeurs où sommeillait la vérité de son être. Elle était subitement devenue toute autre ; et c’est cette nouvelle personnalité qui parlait, agissait, se communiquait à ce peuple. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 233 s)

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Invitation à la contemplation du Christ

En de 2e dimanche du Carême qui traite de la Transfiguration de Jésus, il convient de s’arrêter quelques moments devant cet événement spécial de la vie du Seigneur. Voici donc un texte écrit au 7e siècle par un moine vivant dans la péninsule du Sinaï: Anastase le Sinaïte. Les moines ont toujours eu une grande dévotion à la Transfiguration de Jésus car porteuse, à leurs yeux, d’un appel à la sanctification personnelle dans la solitude, la prière et l’ascèse. Écoutons le moine Anastase :

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux, son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la neige. » (Matthieu 17, 1-2).  (…) C’est donc vers la montagne qu’il nous faut nous hâter, j’ose le dire, comme l’a fait Jésus qui, là comme dans le ciel, est notre guide et notre avant-coureur. Avec lui nous brillerons pour les regards spirituels, nous serons renouvelés et divinisés dans les structures de notre âme et, avec lui, comme lui, nous serons transfigurés, divinisés pour toujours et transférés dans les hauteurs.

Accourons donc, dans la confiance et l’allégresse, et pénétrons dans la nuée, ainsi que Moïse et Élie, ainsi que Jacques et Jean. Comme Pierre, sois emporté dans cette contemplation et cette manifestation divines, soit magnifiquement transformé, sois emporté hors du monde, enlevé de cette terre; abandonne la chair, quitte la création et tourne-toi vers le Créateur à qui Pierre disait, ravi hors de lui-même: Seigneur, il nous est bon d’être ici !

Certainement, Pierre, il est vraiment bon d’être ici avec Jésus, et d’y être pour toujours. Qu’y a-t-il de plus heureux, qu’y a-t-il de plus sublime, qu’y a-t-il de plus noble que d’être avec Dieu, que d’être transfiguré en Dieu dans la lumière ? Certes, chacun de nous, possédant Dieu dans son cœur, et transfiguré à l’image de Dieu doit dire avec joie : Il nous est bon d’être ici, où tout est lumineux, où il y a joie, plaisir et allégresse, où tout, dans notre cœur, est paisible, calme et imperturbable, où l’on voit Dieu. »

(Homélie de saint Anastase pour la fête de la Transfiguration)

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Si tu es vraiment Fils de Dieu …

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Après avoir accompli, au nom de l’humanité, sa démarche pénitentielle au Jourdain et y avoir reçu un double baptême (d’eau et d’Esprit Saint), à quoi Jésus pouvait-il s’attendre? Une mort sacrificielle à brève échéance? Un long apostolat du genre prophétique? Voici plutôt que l’Esprit le pousse au désert et lui procure, contre toute attente, un temps de solitude et d’approfondissement. Car les paroles entendues au Jourdain « Tu es mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma complaisance » résonnent encore aux oreilles du charpentier de Nazareth ; elles s’avèrent une approbation officielle de son projet de salut universel. Dieu approuve sa démarche … en plus de lui conférer l’Esprit Saint, l’habilitant à accomplir cette tâche.

La solitude désertique sera donc pour le Christ le lieu providentiel pour approfondir sa mission. Sa connaissance intime des saintes Écritures (on pense à l’intérêt qu’il y portait déjà, à l’âge de douze ans, au Temple de Jérusalem) tout comme sa mémoire humaine phénoménale lui permettront une méditation biblique continuelle qui se reflétera dans sa joute oratoire avec le Tentateur (Deutéronome 6 et 13 et psaume 91). Mais ces textes ne sont en fait que le pic de l’iceberg. On ne saurait passer sous silence les passages, entre autres, du prophète Isaïe concernant le Serviteur de Yahvé : plus spécialement Is 53 (qui inspira sa démarche au Jourdain) et Is 60 (qu’il commentera à son retour, à la synagogue de Nazareth).

« Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre… Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas … » (Luc 4, 1-13). N’allons pas sous-estimer l’astuce du Tentateur qui, conscient de l’importance de cette révélation de la filiation divine, s’y attaque immédiatement pour ébranler si possible cette conviction de Jésus. Il y reviendra sans doute tout au long du ministère public mais de façon plus intense au Golgotha par l’entremise des spectateurs « Si tu es Fils de Dieu, descends de la croix » . Jusqu’à quel point, ces paroles proférées par les passants, les grands prêtres, les anciens et les scribes auront pesé sur la dernière tentation du Christ, nous ne le saurons jamais … mais la plainte échappée du haut de la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » pointe vers une terrible angoisse difficile à oublier. Celui qui voulait sauver le monde aura donc bu la coupe jusqu’à la lie! Néanmoins, et dans un dernier sursaut de confiance, c’est dans un acte de filial abandon que le Sauveur va conclure sa vie terrestre: « Père, je remets mon esprit entre tes mains! » (Luc 23, 46).Et, ce disant, il expira. La terre trembla, nous dit saint Matthieu et, à la vue du séisme et de ce qui se passait, le centurion et les soldats qui le gardaient, saisis d’une grande frayeur, ne purent qu’avouer : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu! » (Matthieu 27, 54)

« Qui perd, gagne » dit l’adage. Par un renversement providentiel des situations, le Tentateur du désert qui croyait pouvoir triompher du Messie par sa crucifixion, aura finalement perdu le combat de façon définitive et irrévocable!

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Le dilemme du carême

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À la veille du carême, alors que nous vivons une situation mondiale dramatique, il importe de nous recentrer sur l’importance de cette période annuelle d’entraînement au combat spirituel. Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous rappelle cette vérité fondamentale: « Chaque arbre se reconnaît à son fruit » (Luc 6, 44). Qui sommes-nous et que faisons-nous ? À la différence des arbres fruitiers, les humains peuvent osciller entre arbre bon et arbre mauvais pour ensuite se reprendre ; à nous de faire le bon choix ! Voici, à ce sujet, un extrait d’homélie de Bruno Lachnitt (aumônier de prison) qui médite sur ce choix à faire en s’inspirant de la légende amérindienne des deux loups :

 » L’ Évangile de ce dimanche est particulièrement bienvenu à la veille d’entrer en carême. Jésus y dit en effet que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur mais ce qui en sort. Si nous décidions cette année de faire un jeûne de ce qui sort de notre bouche: insultes, médisance, mensonges…? «Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit», et «ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur». Ce que nous nommons si facilement «erreurs de langage» témoigne sûrement d’un mal plus profond. Ce jeûne de ce qui sort de la bouche engage un combat contre sa racine dans notre cœur: jalousie, jugements, rancune… C’est le lieu d’un véritable combat spirituel. Une écoute hâtive de cet Évangile pourrait nous laisser penser que certains hommes sont bons et d’autres mauvais: «L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais». Un vieux conte indien raconte qu’un homme explique la vie à son petit-fils. «Un combat a lieu à l’intérieur de moi», dit-il à l’enfant. «Un combat terrible entre deux loups. L’un est colère, envie, chagrin, avidité, arrogance, ressentiment, mensonges, vanité, ego. L’autre est joie, paix, amour, sérénité, humilité, bonté, bienveillance, générosité, confiance. Le même combat a lieu en chacun et en toi-même». Le petit-fils réfléchit puis demande: lequel l’emportera? Le vieil homme répond: Celui que tu nourris. » Il n’y a pas des hommes bons et d’autres mauvais, comme on tirerait un bon ou un mauvais ticket à l’entrée dans ce monde. En chacun de nous est gravée par Dieu l’image de son Fils et nous sommes appelés à vivre de la même liberté que Lui. Si toutefois nous ne cédons pas au refus de l’amour, à la jalousie qui est la racine du péché, l’orgueil qui nous fait nous prendre pour Dieu. «Le disciple n’est pas au-dessus du maître»: l’issue du combat n’est pas jouée d’avance, à nous de décider ce que nous allons nourrir en nous pendant ces quarante jours! » (Osservatore Romano, 22 fév., page 7)

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Plaisir ou Bonheur … un choix à faire !

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Paul et son compagnon chantent les louanges de Dieu  (Actes 16,25)

Tout être humain désire le bonheur car il en va de son aspiration la plus profonde : le plus saint des hommes comme le plus abjecte désire être heureux et surtout l’être le plus longtemps possible. De tout temps, mais surtout aujourd’hui, nombreux sont ceux qui croient pouvoir l’obtenir en accumulant les plaisirs : plaisirs du corps, plaisirs des possessions matérielles, plaisirs des divertissements, etc. Pourtant, malgré cette convoitise rarement assouvie, le bonheur ne semble pas être au rendez-vous (à preuve, cet engouement pour le suicide assisté). À côté des accros du sexe, du jeu ou de la drogue, se trouvent également ces personnes résignées à vieillir devant leur écran de télévision, sans aucun souci du pauvre Lazare qui gît à leur porte. Rien de bien inspirant !

Toute autre est la vie de cette foule de petites gens, moins visible certes mais bien présente dans la société. À l’exemple des Apôtres, ces chrétiens ont su mettre leur ambition première dans le respect de la Volonté divine. Ce sont des personnes qui ont misé sur le Christ, sur sa parole et ses promesses de vie éternelle. Des gens qui, arrivés la fin de leur vie, peuvent se retourner pour la contempler avec une certaine fierté ; des personnes qui ont fait confiance à Dieu et qui, après avoir eu  la sagesse de semer (souvent dans les difficultés et les pleurs), récoltent maintenant  dans la joie.

En ce Carême qui approche, l’occasion nous sera donnée de réexaminer notre choix de vie. Est-ce que j’existe pour moi seul ou pour les autres ? Suis-je attaché aux plaisirs matériels ou au bonheur spirituel ? Ai-je la patience de semer ? Ai-je, comme saint Paul dans sa prison, assez de foi pour discerner la main de Dieu derrière mes difficultés et conserver un bon moral ? Autant de questions pour qui cherche le vrai bonheur. Si quaeritis, quaerite!, aimait dire le prophète Isaïe : si vous cherchez, alors cherchez vraiment !

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La simplicité de la vie

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Atelier de couture  (Grande Chartreuse, France)

Nous avons tendance à nous compliquer la vie alors que la réalité est toute autre.  Dieu dépasse tellement nos calculs et nos prévisions, surtout lorsqu’il s’agit de la vie spirituelle. Écoutons ce qu’un chartreux, dom Augustin Guillerand (†1945), a à nous dire à ce sujet :

« Si l’on savait combien nous compliquons la vie qui est si simple. Toutes nos angoisses viennent de là. Nous ne savons pas voir Dieu où il est . Nous le cherchons très loin alors qu’il est très près : « En lui, nous vivons, nous nous déplaçons, nous sommes ». C’est vrai au point de vue naturel, c’est vrai surtout au point de vue surnaturel. Dieu est l’âme de notre âme ; il est le principe qui la fait vivre. C’est là qu’il faut le chercher et le trouver sans cesse. Les saints ne faisaient que cela : se tenir « devant la face du Dieu vivant ». Ce Dieu, ainsi  contemplé d’un regard intérieur, se communiquait à eux : il vivait en eux. C’était donc bien la vie divine reproduite en eux, et devenue leur vie.

Voilà ce que nous pouvons faire à travers nos heures très occupées. Il n’est pas nécessaire d’être tranquille dans une église ou devant un prie-Dieu pour cela ; il suffit d’un acte de foi et d’amour : « Mon Dieu, je crois en vous et je vous aime ». Un simple mouvement au fond du cœur qu’on actualise de temps en temps : voilà la vie. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 168 s)

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La longue attente de Siméon

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À l’occasion de cette belle fête de la Présentation de Jésus au Temple (2 février), voici un commentaire de notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, sur l’attente du messie vécue par le vieillard Siméon, attente longue et patiente mais, finalement, merveilleusement récompensée:

« Siméon orné de justice et de crainte attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était en lui.  (Luc 2,25)  Saint Luc a dessiné en quelques mots un portrait précis et complet du saint vieillard Siméon. Sa vie merveilleusement une, et à cause de cela merveilleusement belle et forte; elle tient toute en un mot: Il attendait. (…)  Il attendait le Rédempteur, Celui qui devait refaire dans les âmes l’image et la ressemblance de Dieu déformée par le péché, Celui qui est cette image, cette ressemblance, Celui donc qui porte en lui les traits de l’infinie Beauté, la figure de sa Substance, l’éclat de l’éternelle Lumière. Siméon tenait toutes ses énergies, tendues par le désir, vers lui. (…)

L’issue d’une telle attente est facile à prévoir. Le jour même et à l’heure même où la voix intérieure dit: «Il est là, il est au Temple», toutes les énergies ordonnées de son être, les muscles de son corps, les puissances de son âme se déclenchaient simplement, sans effort, s’accordaient pour trouver, reconnaître, embrasser Celui qui était son seul désir; et de tout cet être satisfait s’éleva l’hymne du repos après l’effort, de la possession après l’attente, l’hymne de la paix: «Maintenant vous laissez votre serviteur partir en paix ... » (…) La paix l’enveloppe, le baigne, l’inonde de toutes parts.

Résultat splendide! Nous le désirons, nous aussi, nous en avons le droit; il peut, il doit devenir nôtre. Mais nous oublions l’attente qui le précède et le long effort qui le prépare. L’heure de la paix , de repos, ne sonne qu’après le travail, et elle ne sonne que pour ceux qui ont travaillé, pour ceux qui ont su construire et orner le temple intime où l’hôte divin doit venir, pour ceux qui ont longuement écouté la voix de l’Esprit Saint et qui, en collaboration avec ce dernier, se sont façonnés peu à peu des bras spirituels, des facultés rectifiées, surélevées, divinisées, nécessaires pour recevoir et embrasser le Rédempteur attendu. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 19 ss)

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Ce cher François de Sales!

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« Que Dieu doit-être bon, puisque Monsieur de Sales est si bon! » Cette exclamation de Vincent de Paul en dit long sur la réputation de son contemporain décédé en 1622, à l’âge de 55 ans. J’ai eu la chance de grandir dans une paroisse dédiée à cet évêque savoyard de Genève, qui fut déclaré en 1877 docteur de l’Église pour avoir su proposer aux chrétiens ordinaires une voie de sainteté « sûre, facile et douce ».  Voici un extrait de son best-seller (Introduction à la vie dévote) où il explique que la vie spirituelle n’est pas réservée aux religieux(ses) et encore moins aux membres des ordres contemplatifs: [À noter que le terme «dévotion» n’avait pas alors le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui, mais celui plus large de « vie spirituelle »]

« Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre; ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit-être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Serait-il à propos que l’Évêque voulût être solitaire comme les Chartreux? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’Évêque, cette dévotion ne serait-elle par ridicule, déréglée et insupportable? Cette faute néanmoins arrive bien souvent. (…)

C’est une erreur et même une hérésie de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent dans les états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. » (Édition Ravier & Devos, 1,36-37)

Donc, une saine MISE EN GARDE à l’intention de certains visiteurs occasionnels du présent blogue qui risquent de se méprendre sur les intentions de l’auteur: il ne s’agit pas  d’encourager l’imitation matérielle de la vie des Chartreux mais de s’en inspirer pour aller plus loin dans une recherche de Dieu, recherche adaptée à nos forces et à notre situation personnelle!

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Une Parole qui interpelle !

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« Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Ces paroles de Jésus nous font l’effet d’une douche froide, à nous, chrétiens du 21e siècle, qui essayons trop souvent d’unir confort et devoirs religieux. Car, le renoncement évangélique ne concerne pas uniquement les moines mais tous les baptisés (même si dans une moindre mesure). En la fête de saint Antoine le Grand, moine égyptien du 4e siècle, je vous présente un extrait de sa vie, telle que racontée par son contemporain, saint Athanase d’Alexandrie :

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux. Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. » ( Vocation d’Antoine, extrait de la Vie de saint Antoine par saint Athanase, évêque d’Alexandrie)

Détachement, humble travail, lectures bibliques, prières fréquentes, autant de moyens concrets pour faciliter le dialogue entre nous et Dieu. Tous n’ont peut-être pas la même vocation qu’Antoine mais la ferveur des chrétiens des premiers siècles ne peut que nous inspirer un mode de vie plus modeste, une attention à Dieu plus soutenue et des comportements à contre-courant de ceux de nos contemporains. Quant au jeune Antoine, on sait qu’il se retira au désert et y vécu très longtemps pour y mourir à l’âge de 105 ans (vers 356). Ajoutons que de nombreux disciples le suivirent dans ce genre de vie austère, ce qui lui valut le titre de Père des moines.

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