Médiatrice … et mère de sainteté.

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« Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2,5)

Le rôle de Marie dans notre vie spirituelle est toujours à découvrir: un mystère voulu par Dieu et qui, de ce fait, ne peut que nous être bénéfique. À la veille de faire son premier miracle aux noces de Cana, Jésus a voulu que sa Mère y participe afin de lever le voile sur cette collaboration exceptionnelle. Voici comment l’explique Dom Guillerand dans son commentaire sur l’évangile de Jean:

« Faites tout ce qu’il vous dira, dit-elle aux serviteurs de la noce. Et elle disparaît extérieurement de la scène, en apparence. Mais elle a déclanché une activité qui va très loin et dans laquelle elle a une part qui ne peut pas être oubliée. Nous l’oublions aisément parce que nous en restons aux apparences. Nous ne voyons que le Maître, les serviteurs, le chef des services, l’époux et, en perspective, la foi des Douze qui est capitale pour Jésus. Mais l’ombre dans laquelle la médiatrice s’est retirée est foyer de lumière féconde: c’est l’ombre de la toute-puissance qui l’a enveloppée quand l’Esprit Saint est survenu en elle et qu’elle a enfanté « le Saint qui aura nom  Fils de Dieu » (Luc 1,35). Cette ombre s’exprime à Cana comme à Nazareth: « Voici la servante du Seigneur ». Mais elle s’adresse aux serviteurs. Elle répand sa lumière, et elle l’enfante spirituellement. Elle devient mère de sainteté, de la sainteté que l’Esprit produit en elle et par elle. Son rôle dans l’Église et en toute l’histoire chrétienne est là tout entier, et avec ses caractères de discrétion et de confiance qui marquent si nettement ses vrais enfants. Elle redit cela très spécialement à ceux qui s’abandonnent entre ses mains: « Faites tout ce qu’il vous dira ».

(Écrits spirituels, tome 1, page 169)

 

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Une foi catholique qui ne cesse de progresser.

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 Progrès … ou changement?

Dans le monde d’aujourd’hui, plusieurs traditionalistes accusent à tort l’Église catholique de renier la Tradition et de se tourner vers les erreurs du modernisme (erreurs déjà condamnées par saint Pie X en 1907). Le modernisme était un courant de pensée qui se caractérisait par un relativisme vis-à-vis les valeurs de l’Église et une propension à la sécularisation. La mise à jour effectuée par le Concile Vatican II (1962-65) dans la vie  pastorale de l’Église n’a pas manqué évidemment de susciter quelques mouvements réactionnaires, comme la secte traditionaliste de Mgr Lefebvre. Une chose  est de toucher au contenant et une autre de toucher au contenu; les esprits un peu étroits n’y ont rien compris. Encore aujourd’hui, on accuse facilement Rome d’apporter des changements significatifs au dogme alors qu’il ne s’agit en réalité que de modifications liturgiques ou pastorales; un organisme vivant ne saurait subsister en demeurant dans un état momifié! Les traditionalistes d’aujourd’hui, qui rejettent en tout ou en partie les réformes issues du Concile Vatican II, le font en se réclamant d’une fausse conception de la Tradition: d’où leur rejet de la réforme liturgique, de la liberté religieuse, de l’œcuménisme et de la collégialité. Malheureusement pour eux, ils ne font que se méprendre sur la distinction entre «contenant» et «contenu».

Mais il faut savoir également que le dogme peut évoluer en se précisant davantage: on pense par exemple aux privilèges de Marie: immaculée dans sa conception (1854) et glorifiée dans son corps (1950). Déjà au 5e siècle, un moine de l’île de Lérins (en face de Cannes) s’était penché sur le sujet pour en arriver ensuite à bien formuler la règle à tenir. Écoutons-le:

«  Ne peut-il y avoir dans l’Église du Christ aucun progrès de la religion? Si assurément, et un très grand. Car qui serait assez jaloux des hommes et ennemi de Dieu pour essayer d’empêcher ce progrès? À condition du moins qu’il s’agisse d’un véritable progrès dans la foi et non d’un changement. Car il y a progrès si une réalité s’amplifie en demeurant elle-même; mais il y a changement si elle se transforme en une autre réalité. (…) Que la religion imite donc la croissance des corps dont les éléments évoluent et se développent au rythme des années, mais demeurent eux-mêmes. Il y a grande différence entre la fleur de l’enfance et la maturité de la vieillesse, et pourtant ceux qui maintenant deviennent des vieillards sont bien les mêmes que les adolescents qu’ils furent autrefois. (…)  Il en va de même pour les dogmes de la religion chrétienne: la loi de leur progrès veut qu’ils se consolident au cours des ans, se développent avec le temps et grandissent au long des âges. »  ( Commonitorium de Vincent de Lérins, PL 50, 667-668).

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Se comprendre sans paroles … ou presque!

 

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« Ils n’ont plus de vin » (Jean 2,3)

Voyager avec des étrangers nous oblige quasiment à engager une conversation pour briser un silence gênant mais avec des intimes … c’est tout le contraire. Dom Guillerand, en commentant le récit des noces de Cana, attire notre attention sur l’union profonde qui existait entre Jésus et sa mère:

« Ils n’ont plus de vin. dit Marie. Nulle explication, nulle demande. La Vierge dit une situation; elle le fait dans le moins de mots possible; ce devait être l’usage de la maison où grandit le Verbe qui écrase tous nos mots. On y vivait par le dedans; on y parlait un langage intérieur, tout spirituel; on se comprenait sans paroles, par le mouvement même des âmes que des sensibilités parfaitement ordonnées traduisaient sans le déformer. C’est dans cette union intime qu’il faut comprendre les mots échangés ici, et ce qui à première vue semble dur dans la réponse du divin Maître (« Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi? »). Cette réponse est une suite; elle fait partie d’un ensemble qui l’explique. On ne peut pas la considérer comme une attitude nouvelle, inusitée dans les rapports de ces deux êtres qui n’ont vécu que l’un dans l’autre et l’un de l’autre. Marie dit à Jésus: « Ils n’ont plus de vin », comme elle lui disait chaque jour: « C’est l’heure du repas ». Elle se fait toute impersonnelle pour mieux se tenir dans cette personne qui est son fils et qui est l’Infini. Si grand qu’il soit, elle ne le voit pas dans un nuage; leur vie se passe toute dans la réalité concrète des incidents de chaque jour. En ce moment, elle connaît une situation pénible pour cette famille qui les accueille; elle le dit.

Ce qu’elle dit, Jésus le sait; mais elle n’hésite pas à lui dire ce qu’il sait; elle n’a pas à le lui apprendre, mais à intervenir dans une activité qui veut cette intervention, et qui la veut avec toutes ses circonstances. Ces brèves paroles et leur caractère appartiennent à un plan qu’ils doivent réaliser, et qui commande toute leur vie. (…)

Marie fait appel à ce plan et à ce que son Fils doit accomplir sur ce terrain où elle le suit. Elle n’est donc ni surprise quand Jésus s’y place («Mon heure n’est pas venue»), ni affectée par la façon dont il le fait. Tout, jusqu’aux moindres détails, est voulu par la volonté qui commande et accorde la leur, et qu’ils aiment comme la leur, plus que le vouloir inférieur de leur sensibilité. Si ce vouloir inférieur est blessé, il l’est comme au Calvaire; mais la blessure est ordonnée à un but qui les ravit. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 167s)

 

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Et si le véritable désert était en nous?

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Cloître de la Grande Chartreuse (France)

Dans son dernier livre « LA FORCE DU SILENCE », le cardinal Sarah fait référence aux Chartreux et plus spécialement à dom Augustin Guillerand (que nous connaissons très bien). Voici comment il réagit aux paroles de dom Guillerand sur le silence:

(Dom Augustin Guillerand) « La solitude et le silence sont hôtes d’âme. L’âme qui les possède les porte partout avec elle. Celle qui en manque ne les trouve nulle part. Pour rentrer dans le silence, il ne suffit pas d’arrêter le mouvement de ses lèvres et le mouvement de ses pensées. Ce n’est là que se taire. Se taire est une condition du silence, mais ce n’est pas le silence. Le silence est une parole, le silence est une pensée. C’est une parole et une pensée où se concentrent toutes paroles et toutes pensées. »

(Cardinal Robert Sarah) « Par la Sainte Écriture, écoutée et ruminée en silence, les grâces divines se déversent sur l’homme. C’est dans la foi, non en parcourant les pays lointains ou en traversant les mers et les continents, que nous pouvons trouver et contempler Dieu. En vérité, c’est en scrutant pendant de longues heures les Saintes Écritures, après avoir résisté à toutes les attaques du Prince de ce monde, que nous atteindrons Dieu.

Dom Augustin Guillerand ne fait pas fausse route: ce que les hommes possèdent en eux-mêmes, ils ne le trouvent nulle part ailleurs. Si le silence n’habite pas l’homme, et si la solitude n’est pas un état où il se laisse façonner, la créature est privée de Dieu. Il n’y a de lieu au monde où Dieu ne se trouve plus présent que dans le cœur humain. Ce cœur est vraiment la demeure de Dieu, le temple du silence.

Aucun prophète n’a jamais rencontré Dieu sans se retirer dans la solitude et le silence. Moïse, Élie et Jean le Baptiste ont rencontré Dieu dans le grand silence du désert. Aujourd’hui, les moines cherchent aussi Dieu dans la solitude et le silence. Je ne parle pas uniquement d’une solitude ou d’un mouvement géographique, mais d’un état intérieur. Il ne suffit pas non plus de se taire. Il faut devenir silence. Car, avant même le désert, la solitude et le silence, Dieu se trouve déjà en l’homme. Le véritable désert est au-dedans de nous, dans notre âme. »

(LA FORCE DU SILENCE,  par le Cardinal Robert Sarah, éd. Fayard, pages 27.28 et 30.31)

 

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Une création de plus en plus belle!

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Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents; voilà déjà tout un événement … mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu  (pour dire le moins!).  Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement  mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien; d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et pour lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen »

(Romains 11, 23.26)

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À la recherche de Dieu

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« Que cherchez-vous? ….. Maître, où demeures-tu? (Jean 1,38)

Nous sommes tous en mode de recherche … car nous sommes des êtres qui avons le pouvoir d’aimer, et l’amour n’est jamais satisfait. Nous sommes donc des êtres de désir et, pour les croyants, des êtres en recherche de Dieu. Dom Augustin Guillerand, en bon chartreux qu’il est, ne cesse d’être ébloui par cette attirance de Jésus. Voici comment il commente ce passage du quatrième évangile où deux jeunes disciples de Jean-Baptiste l’abordent:

« Que cherchez-vous?  La question du Maître qui se retourne amène les deux disciples à se manifester, à montrer la lumière qui brille en eux; «Que cherchez-vous? » On ne cherche que ce qu’on aime; on ne suit quelqu’un que pour entrer en rapport avec lui; un attrait conduit ces pas qui le suivent. Quel est cet attrait? Le Maître veut le connaître. Il veut entendre prononcer ce mot qui retentit pour la première fois pour lui sur terre: « Rabbi, c’est-à-dire, Maître. »

Les deux disciples de Jean Baptiste veulent des rapports avec lui pour qu’Il les éclaire: ils voient en lui un maître. Ils lui offrent leur être pour qu’il le conduise; ils lui offrent cet être qui veut être (mais qui n’est pas encore) et qui se cherche pour qu’il l’emplisse de lui; ils lui offrent leur être que le péché occupe pour qu’il l’ôte et leur rende tout ce que la faute leur a fait perdre. Ils lui offrent encore beaucoup d’autres choses auxquelles je ne songe pas et que la lumière faisait briller au fond de leurs âmes fraîches, jeunes, si ouvertes à son rayon aimé; et c’est à cette Lumière vraie que, sur le témoignage de Jean, ils disent: « Maître, où demeurez-vous? »

L’expression «demeurer» est un mot caractéristique de l’enseignement de Jésus conservé par saint Jean. Il avait produit en l’âme aimante du disciple une impression profonde; il lui avait trouvé immédiatement une résonance, une vibration qui avait ému tout son être. Entre ce mot et lui il y avait un accord de fond. Saint Jean (plus on l’étudie, plus on comprend cela) était essentiellement un  contemplatif. C’était sa marque: il aimait «demeurer», rester longtemps en face de ce qu’il regardait, parce qu’il aimait. Il se donnait tout de suite; c’était le propre de son âme, et c’est ce que Jésus a aimé en lui, comme en Marie-Madeleine; car Jésus est cela: quelqu’un qui aime, qui demeure, et qui veut qu’on demeure avec Lui. Ses délices, c’est d’être avec quelqu’un qui trouve ses délices en Lui. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 147s)

 

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Une liturgie mal comprise?

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Lorsque j’étais jeune, aller à l’église était toute une expérience car j’y retrouvais toujours cette atmosphère de mystère qui me laissait prévoir une belle rencontre avec Dieu. Le respect des lieux avec aspersion d’eau bénite, génuflexion, prière silencieuse,  sans oublier ces statues de saints et de saintes qui de leur pénombre semblaient veiller sur moi; tout contribuait à faire de cet endroit un lieu sacré. Beaucoup de monde allait à la messe et participait respectueusement aux célébrations avec chant grégorien, encens, etc … mais tous ne communiaient pas. J’ai retrouvé cette même atmosphère il y a quelques années lors d’une  messe dans une église orthodoxe: belle assistance, empressement à vénérer les icônes et chant magnifique … mais tous ne communient pas!

Or, voici qu’une tendance est apparue dans notre Église catholique (après le Concile mais non à cause du Concile) qui voulait que la messe soit vue exclusivement comme un repas. D’où la conséquence néfaste: «Lorsque tu es invité à un repas, tu dois être capable de manger.» Non seulement beaucoup se sont-ils sentis exclus de la messe ainsi comprise mais toute cette atmosphère de piété et de religiosité s’est vue indiquée la porte de sortie. Finalement, les fidèles se sont retrouvés en petit nombre dans une grande salle, bien éclairée, belle sans doute mais plutôt impersonnelle. De verticale, la liturgie était devenue horizontale: l’adoration faisant place au dialogue fraternel. « Nous avons cérébralisé la liturgie », avouait un jour le cardinal Paul Grégoire, archevêque de Montréal.

Or la messe n’est pas uniquement un repas,  elle est aussi un sacrifice, le mémorial de la mort de Jésus, un acte de culte qui nous enrichit par une triple  présence du Seigneur: le rassemblement en son nom, l’écoute de sa Parole et la prière eucharistique. Les liturgistes nous ont donc joué un très mauvais tour en appauvrissant la messe pour la réduire à la seule communion et en excluant ainsi de l’eucharistie  beaucoup de fidèles qui ont peine à suivre le code moral de l’Église. « Nous avons cérébralisé la liturgie » …  j’oserais ajouter que nous avons également éloigné de la messe la catégorie la plus fragile de nos fidèles.

Dieu merci, les récents Papes sont très conscients de cette situation injuste. Benoît XVI  et François se sont efforcés à redonner à la religiosité la place qui lui revient dans la liturgie : je pense à la réhabilitation de la messe tridentine (l’ancienne messe) avec tout ce qu’elle comporte de rites et de chants mais aussi à la revalorisation de  la dévotion populaire (surtout mariale). Nos églises ne sont donc pas destinées à être uniquement des salles à manger …  mais aussi des lieux de culte! En ce temps qui succède à l’Année jubilaire de la Miséricorde divine, puissent les portes de l’Église catholique laisser entrer  à nouveau ces chrétiens et chrétiennes qui cheminent tant bien que mal sur les sentiers de l’Évangile; puissent-ils y retrouver un lieu sacré, propice à la prière personnelle, ainsi qu’une liturgie qui les console, les comprend et les laisse surtout marcher à leur rythme!

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Savoir s’éclipser au bon moment

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« Voici l’Agneau de Dieu » (Jean 1,36)

Le renoncement ne nous vient pas facilement. On se met souvent en avant, en avant même d’une cause très noble … car on a en soi un secret désir d’être valorisé, d’être reconnu. Les saints comme Jean Baptiste n’agissent pas ainsi car ils ont atteint, grâce à Dieu, un degré d’amour qui leur fait ignorer toutes revendications personnelles. Voici comment dom Guillerand commente la dernière rencontre entre Jésus et son précurseur:

«  Le lendemain (du baptême), Jean se tenait encore là avec deux de ses disciples. Fixant les yeux sur Jésus qui passait, il dit: «Voici l’Agneau de Dieu». Les deux disciples l’entendant parler ainsi suivirent Jésus. »  (…) Le regard du Baptiste sur Jésus n’est pas un regard de complaisance personnelle, c’est un regard de témoin: il fait partie de sa mission. Il regarde Jésus pour expliquer sa parole et mener à celui qu’il montre. Il regarde Jésus pour que d’autres le voient et le suivent.

La grandeur surhumaine du dernier des prophètes est dans ce renoncement. La nature en lui est anéantie, frustrée de tout: à son corps il ne donne que des aliments frustes, ce qu’il trouve sur place, et des vêtements durs, réduits à la plus simple expression. À son coeur, la solitude, le silence complets pendant trente ans dans le désert; pendant trois ans au milieu d’un monde qui ne le comprend pas, et de quelques disciples très chers qui doivent le quitter pour un autre … cet autre, il est vrai, lui est tout. Des liens se sont noués entre eux dès avant leur naissance qui des deux âmes n’ont fait qu’une seule; mais il ne le verra que pour un acte de justice officielle (le baptême) et ensuite en passant pour lui remettre ses disciples.

L’évangéliste qui a assisté à ces scènes, qui a connu cette grandeur, qui a pénétré ce renoncement, ne s’y arrête pas. Il nous a laissé le soin de le découvrir nous-mêmes, de le méditer, de le reproduire surtout. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 143)

 

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La fameuse question no.4 :

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Pourquoi Dieu m’a-t-il créé ?

Les Canadiens français d’un certain âge se rappelleront peut-être ces questions du Petit Catéchisme qu’il fallait apprendre par cœur à l’école primaire. Parmi ces centaines de questions, quelques unes étaient évidemment plus importantes que d’autres et les élèves devaient s’attendre à être questionnés  sur celles-ci lors de la visite périodique du curé. La question no. 4 était de ce nombre: Pourquoi Dieu m’a-t-il créé? Réponse: « Dieu m’a créé pour le connaître, l’aimer et le servir en ce monde, et pour être heureux avec lui dans le ciel durant toute l’éternité ».

Quelle profondeur de pensée en peu de mots! Il va de soi qu’on ne peut espérer vivre éternellement auprès de Dieu sans lui être fidèle ici-bas («le servir en ce monde»); et comment le servir ici-bas sans l’aimer … et comment l’aimer sans le connaître ? Tout s’enracine donc dans la connaissance de Dieu qui nous vient par la Création et par la Révélation.  « La vie éternelle, dit saint Jean, c’est te connaître Toi le seul vrai Dieu et Celui que tu as envoyé Jésus Christ».

Dieu nous a donc créé pour que nous puissions en arriver à le connaître vraiment et à trouver dans cette connaissance le Bonheur dont Lui-même jouit de toute éternité. J’en déduis  deux conséquences:

  • Tout d’abord, l’importance de la formation permanente qui nous pousse à nous intéresser à Dieu et à tout ce qui traite du sérieux de la vie, tant par l’étude que par la lecture et la réflexion; le contraire du «couch potato», l’abruti installé à journée longue devant son téléviseur.
  • Mais aussi l’attention à apporter à la dignité de tout être humain quelque soit la couleur de sa peau ou son apparente insignifiance. Mère Teresa nous en a laissé de beaux exemples, elle qui entre autres se porta résolument à la défense des enfants dans le sein de leur mère … victimes d’une émancipation féminine mal comprise. Chapeau à ces organismes humanitaires qui militent dans le même sens en informant la population des risques de dérapage (Voir Campagne Québec-Vie,  cqv.qc.ca ).

Pourquoi Dieu m’a-t-il créé?  Pour mon bonheur … et certainement pas pour mon malheur. À moi de profiter pleinement de la vie en ne rougissant pas d’être créature mais, au contraire, en misant sur les bonnes dispositions du Créateur à mon égard.

« Mes pensées, dit le Seigneur, sont des pensées de paix et non de malheur. Appelez-moi et je vous écouterai. »  (Jérémie 29,11s)

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Le Verbe éclaire et … il aime.

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Lecture méditée de la Bible (Chartreuse de Portes)

Comme tout prologue, celui du quatrième évangile signale les thèmes qui seront ensuite développés dans l’œuvre: Jésus  lumière du monde (ch. 8), pain de vie (ch.6), etc. Mais il y a plus: cette révélation du Verbe incarné se fait manifestement en petites touches successives, propres au style de Jean dont la pensée  se déploie non de façon rectiligne mais circulaire! Laissons la parole à dom Guillerand qui termine ainsi son commentaire du Prologue :

« En toutes ces paroles nous parle la Voix divine qui dit: « J’éclaire et j’aime. J’éclaire mon amour; je révèle que mon Être c’est d’aimer et se donner. Quiconque entend cela me connaît, me voit. Il reçoit en lui mes traits; il devient mon image, et en moi il voit le Père.» J’aurais pu me contenter d’écrire cette dernière phrase. Elle dit tout; mais elle ne représentait pas au début ce qu’elle exprime maintenant à mon esprit cependant si court. Ainsi se lève en nous la lumière, par petites touches successives dont la suivante ne semble rien ajouter à la précédente, et dont l’ensemble sera néanmoins l’ineffable splendeur  de ma vie éternelle.

Il ne faut donc ni cesser d’écrire, ni cesser de méditer, de regarder, de tendre mon âme vers la Lumière vraie qui sans cesse se donne, accueillir ce qu’elle donne, quand et comme elle se donne. Le temps successif prépare la durée stable; les mouvements répétés s’achèvent dans le mouvement qui persiste. Je fais des exercices; j’apprends à voir et à vivre. Tout effort est un pas vers la vérité même et la vraie vie. Ceux-là seuls y arrivent  qui se résignent à cette marche et qui ont le courage de recommencer.

Je ne regrette pas les heures consacrées à écrire ces pages, si j’ai compris la nécessité de ce courage et la valeur pratique de ces recommencements.       (17 septembre 1942) »

(Écrits spirituels, tome 1, page 125)

 

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