Dans l’Évangile, Jésus me parle!

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Dom Augustin Guillerand aborde aujourd’hui la lecture de l’Évangile au cours de la messe. Dans cette méditation, écrite pour sa sœur âgée et infirme qui ne peut plus se rendre à l’église, ce moine chartreux explique comment la lecture de l’Évangile est la continuation de la prédication de Jésus sur les routes de Galilée:

« Seigneur, toutes les paroles de vos envoyés ne tendent qu’à vous préparer les voies et à vous ouvrir les âmes. Vous êtes, vous, la Parole unique et vivante qui renferme, éclaire et fait vivre toutes les autres. Votre Évangile offre à mon cœur la riche substance de votre Parole elle-même. Je vous y entends, je vous y vois; j’y découvre à chaque page, à chaque ligne, à chaque mot la physionomie de Celui que seul je veux connaître, aimer, imiter. L’Évangile, c’est déjà l’Eucharistie: vous vous y donnez, vous vous y faites notre aliment spirituel. Les mots sont les voiles sous lesquels vous vous cachez; mais c’est bien vous qu’ils livrent dès que par la foi j’en dépasse l’écorce. Vous êtes le fruit savoureux qu’elle enveloppe; je veux m’en nourrir, comme je me nourrirai tout à l’heure de votre Corps sacré.

En le lisant, je vous rejoindrai et je vous suivrai sur cette terre de Palestine où vous avez vécu votre vie terrestre, dont votre Eucharistie n’est que la continuation et la reproduction. Ce que vous redites sans cesse à chaque Messe, c’est ce que vous avez dit. Ce que j’entends quand je fais silence dans mon âme, ce que je vais entendre durant ces minutes sacrées de mon Dimanche solitaire, ce sont les divines paroles dont a vibré l’air de Palestine. Mon âme sera cet air dont les couches dociles s’ébranlaient au passage de vos mots pour les porter jusqu’aux cœurs, hélas! beaucoup plus rebelles. Puisse-t-elle en retenir et en répercuter à jamais la céleste harmonie! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 117)

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La FRATERNITÉ à toutes les sauces …

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S’il existe une fraternité humaine qui tient de notre commune origine, il existe également une fraternité  chrétienne qui, elle, vient de notre baptême et de notre union au Christ. Malheureusement pour nous, qui vivons au 21e siècle, il existe également et ce, même dans certains milieux ecclésiaux, une mixité de ces deux notions qui aboutit à une dilution de notre identité chrétienne: chrétiens ou musulmans, nous serions tous frères!

« Va trouver mes frères » dit Jésus ressuscité à Marie-Madeleine (Jean 20,17) ou encore, à Saul sur le chemin de Damas: « Pourquoi me persécutes-tu? » (Actes 9,4). Jésus s’identifie ici clairement et exclusivement à ses disciples qu’il appelle «frères». Au 4e siècle, saint Augustin nous parle de façon catégorique  du devoir d’aimer tout le monde, croyants et incroyants, sans pour autant biffer les distinctions:

« Mes frères, nous vous exhortons très vivement à la charité: non seulement envers nous-mêmes, mais aussi envers ceux qui sont au dehors; qu’ils soient païens, ne croyant pas encore au Christ, ou bien qu’ils soient séparés de nous, reconnaissant le même chef tout en étant retranchés du corps 〈 il s’agit des chrétiens schismatiques de  son temps 〉. Bon gré, mal gré, ces derniers sont nos frères. Ils cesseraient d’être nos frères s’ils cessaient de dire: Notre Père …  .  Le psalmiste nous invite à aimer nos frères (psaume 32/33) ; nous ne disons pas que les païens sont nos frères, selon les Écritures et selon le langage de l’Église; le psalmiste parlait-il des Juifs, qui n’ont pas cru au Christ? Lisez saint Paul, et vous verrez que le mot «frère», quand l’Apôtre l’emploie tout court, ne peut que s’entendre des chrétiens. » ( Sermon sur le psaume 32/33)

Il existe donc deux notions importantes de fraternité qui malheureusement ne sont pas toujours explicitées comme telles : frères en humanité et frères en Jésus Christ. Les deux ne sont pas interchangeables. Et rien ne légitime, à mon avis, cette tendance actuelle à rechercher coûte que coûte un commun dénominateur qui nous rapprocherait des autres religions tout en passant sous silence notre propre identité. Qu’il s’agisse de diplomatie ou de timidité, on ne peut bâtir des ponts en se reniant soi-même. Ces paroles de Jésus sont toujours d’actualité: « Que votre parole soit oui, oui; non, non; le surplus vient du Mauvais » (Matthieu 5,37) ou encore: « Celui qui rougira de moi devant les hommes, je  rougirai de lui devant mon Père qui est au Cieux. » (Luc 9,26)

S’il y a un temps pour se rapprocher des croyants des autres religions, il y a également un temps pour le faire entre chrétiens et c’est précisément le but de la Semaine de prière pour l’unité des Chrétiens … Bonne réflexion!

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Dans les prophètes, Dieu me parle!

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La première partie de la messe est en réalité une liturgie de la Parole: on y entend successivement des extraits de l’Ancien et du Nouveau Testament. Dans son opuscule « Liturgie d’âme », dom Guillerand explique à sa sœur âgée que Dieu, en inspirant les écrivains sacrés, se trouve à nous parler véritablement:

« Mon Dieu, vous avez vous-même tracé les avenues qui conduisent à vous; vous avez emprunté des voix qui sont l’écho de la vôtre. C’est vous qui me parlez dans les prophètes et les écrivains sacrés de l’ancienne Loi et dans les apôtres du Testament nouveau. Votre âme a animé leur âme; votre Esprit à inspiré leur esprit; dans leur pensées et leurs sentiments je reconnais vos pensées et vos sentiments et jusque dans leur voix le timbre aimé de la vôtre. Ils vous ont tant aimé! « Ce n’est plus moi qui vis, disait saint Paul, c’est Jésus qi vit en moi; Jésus qui m’a aimé jusqu’à se livrer pour moi » (Galates 2, 20).

Les entendre, c’est donc vous entendre. Il est délicieux de songer qu’en dictant ces pages dont mon âme se nourrit, vous prévoyiez et vous vouliez cette heure où elles tomberaient sous mes yeux, vous prépariez la grâce secrète qui les ferait descendre jusqu’à mon cœur et y éveillerait un nouvel amour pour vous. Je les lis avec cette conviction qui me ravit. Je me baigne dans la lumière bienfaisante des vérités qu’elles contiennent et dans la douceur de cette universelle tendresse qui a mêlé à toutes ses œuvres le souci de me sanctifier.

La première lecture me chante surtout l’amour de mes frères; c’est la forme la plus courante de l’amour du Père qui est aux cieux. Ne pas l’aimer dans ses images créées serait ne pas le connaître … il les a tant aimés, lui! Il ne vit pas dans mon âme sans lui communiquer cet amour; la Messe s’achève dans la communion, l’union commune du Père et de tous ses fils. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 116)

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Me voici, ô Dieu, pour faire ta volonté!

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Le grand jour est donc arrivé et … pas trop tôt! Après trente ans de vie à Nazareth, après de si longues années consacrées au travail manuel pour supporter sa famille élargie (sa mère, tante Marie, cousins et cousines), le charpentier Jésus peut maintenant quitter son atelier pour se lancer dans une folle aventure, une mission intuitionnée depuis longtemps et progressivement discernée dans la prière et la méditation des Écritures. Sa délicatesse d’âme lui aura ouvert les yeux depuis sa jeunesse sur l’état lamentable de ses frères humains et sur la gloire spoliée de Dieu, si mal aimé et si mal servi par son peuple choisi.

Son plan? S’offrir comme serviteur, ou mieux comme agneau voué à l’abattoir , tel que prédit par le prophète Isaïe ( 4e chant du Serviteur: 53, 2-12). La prédication de Jean, fils de Zacharie, et son baptême de pénitence au Jourdain lui offrent le moment providentiel pour s’y décider: l’heure est arrivée de se revêtir des péchés du monde pour en demander pardon. « Tu ne voulais ni sacrifice ni oblation … alors j’ai dit: me voici pour faire ta volonté » (psaume 40, 7) . Dieu saura-t-il agréer sa démarche?

Au Jourdain, malgré les réticences de Jean, Jésus se présente donc comme pécheur ayant besoin du pardon divin. Une fois l’immersion rituelle terminée, Jésus se met en prière sur la berge et y reçoit un deuxième baptême: « Voici que les cieux s’ouvrirent: il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venue des cieux disait: « Celui-ci est mon fils bien-aimé qui a toute ma faveur. » (Matthieu 3, 18 s) Dieu a manifesté clairement son approbation; il a accepté cette démarche pénitentielle extraordinaire; il confirme Jésus dans son lien filial et lui confère une force spéciale d’Esprit Saint l’habilitant à remplir magnifiquement sa difficile mission de salut.

Tel un prophète des temps anciens, « la main de Yahvé s’étant abattue sur lui », Jésus s’abandonne totalement à l’Esprit qui , en un premier temps, l’envoie au désert pour y méditer et approfondir cette déclaration officielle de filiation divine. C’est alors que débuteront pour lui ces incessantes tentations diaboliques ( « SI tu es vraiment Fils de Dieu …») qui se poursuivront jusqu’au Calvaire! Puis, en un deuxième temps, l’Esprit Saint le renvoie sur les routes de Galilée pour y proclamer la Bonne Nouvelle qu’est le Royaume de Dieu, opérer les signes authentifiant sa mission et, ultimement, offrir sa vie au Golgotha pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

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Prière d’ouverture

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La messe est une rencontre privilégiée avec Dieu. La joie et la louange qui rejaillissent de cette rencontre ne peuvent néanmoins nous faire oublier les immenses besoins qui nous habitent. La « prière d’ouverture » remplie ce rôle essentiel et c’est ainsi que le chartreux, dom Guillerand, l’explique à sa sœur aînée:

« Mon Dieu, quand on vous voit on a d’abord besoin de vous chanter. Vous êtes si grand, si bon et si beau que le premier mouvement des cœurs est une louange. Mais l’admiration ne fait pas oublier le besoin. Vous ne le voulez pas. Votre richesse à vous ne consiste pas à posséder mais à donner. Ou mieux, posséder et donner c’est tout un pour vous, car votre trésor, c’est votre amour, c’est-à-dire le don de soi. Voilà pourquoi vous nous avez créés. Vous avez fait des indigents pour avoir la joie de répandre vos biens. Vous demander c’est donc encore vous louer, et c’est surtout vous ravir.

Que vais-je vous demander? Vous! Vous seul! Toujours et uniquement vous, car en vous je trouve tous les biens. Les oraisons de nos Offices n’ont jamais d’autre but, elles ne peuvent pas en avoir d’autre. Mais la forme est variée presqu’à l’infini; notre prière s’y renouvelle sans cesse, sans changer; elle vous implore contre toutes les formes du mal; elle vous supplie d’écarter tour à tour le péché, la tentation, les maladies, tout ce qui peut menacer notre être; elle vous fait le protecteur de tout cet être, le pourvoyeur de tous ses besoins. Plus encore que la garde du mal, elle vous demande vos biens, et par-dessus tous ces seuls vrais biens: la grâce, la communication de votre vie. (…)

Les oraisons de l’Église demandent cela pour chacun; elles le demandent pour tous. L’Église est votre épouse; l’Église est notre mère. Ses enfants forment une famille; les intérêts d’un seul sont les intérêts de tous et une commune prière les prosterne à vos pieds pour implorer le bien commun. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 115)

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Cette profonde aspiration des peuples

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Comme tout bon juif de son temps, Paul de Tarse attendait avec impatience le Messie promis à Israël. Quelle ne fut pas sa surprise, une fois converti, de découvrir que le salut tant désiré n’était pas réservé uniquement aux fils de la Promesse mais à tout homme de bonne volonté. « Ce mystère resté caché depuis les siècles, écrivait-il aux païens convertis de Colosse, c’est le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire! » (Colossiens 1, 26 s)

Si Dieu a entouré avec beaucoup d’affection, et durant de longs siècles, ce petit peuple de nomades descendant d’Abraham, c’est qu’il avait depuis toujours un plan merveilleux pour tous les peuples de la terre et même pour toute la création: « se réconcilier toutes choses par le Christ, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20). La visite des Mages à Bethléem fut donc un avant-goût de cette future participation des peuples à l’héritage de bonheur promis à Israël. Et c’est pourquoi Paul nous invite « à rendre grâce au Père qui nous a appelés à avoir part à l’héritage des saints dans la lumière » (Col 1, 12).

Hélas! De même que beaucoup de coreligionnaires de Jésus ont refusé ce partage qui leur paraissait injuste, de même aujourd’hui (l’histoire tendant à se répéter) plusieurs chrétiens hésitent à élargir ce bonheur au reste du monde, pensant ainsi demeurer fidèles à l’enseignement du Christ … et c’est malheureusement la position tenue par certains catholiques qui n’en finissent pas de critiquer le pape François pour son ouverture en matière d’œcuménisme et de relations avec les autres religions. Remarquons que cette étroitesse d’esprit se rencontre spécialement, mais non uniquement, chez les nostalgiques du « bon vieux temps » (celui qui précéda Vatican II) alors qu’on avait de l’Église une image de forteresse, séparée du monde, et unique dépositaire de la Vérité.

Dieu merci, le Christ veille … lui qui est la tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église. Ce Corps du Christ n’est pas une momie, toute belle dans son immobilité, mais un organisme vivant qui ne cesse de grandir. Puissions-nous continuer à nous laisser instruire par ses représentants attitrés et à nous réjouir de l’instauration progressive d’un royaume (celui du Christ), royaume global et universel dépassant facilement et fort heureusement toutes nos attentes. Amen!

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Le rôle de Marie dans l’Église

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Plus de 50 ans se sont écoulés depuis la tenue du Concile Vatican II, et il se trouve encore des chrétiens pour mettre en doute le rôle de Marie dans la vie de l’Église. On sait que ceux de nos frères séparés qui viennent du Protestantisme ont toujours eu de la difficulté à accepter notre dévotion mariale en lui opposant l’unique médiation du Christ comme Sauveur du monde. Encore aujourd’hui, alors que certains de nos catholiques s’appuient sur cette opinion pour minimiser et le rôle de Marie et celui des saints dans notre vie spirituelle, ils se trouvent encore d’autres qui, pensant bien faire, soutiennent le contraire au point d’attribuer à la Vierge un rôle de médiation parallèle à celui de son Fils. Voici donc un court extrait du document conciliaire sur l’Église qui traite clairement et définitivement de cette question :

« La bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’Avocate, d’Auxiliatrice, de Secourable, de Médiatrice. Mais il faut entendre cela de telle sorte que rien ne soit enlevé ni ajouté à la dignité et à l’efficacité du Christ, unique Médiateur.

En effet, aucune créature ne peut jamais être égalée au Verbe incarné, au Rédempteur. Mais, de même que le sacerdoce du Christ est participé de manières diverses soit par les ministres, soit par le peuple fidèle; de même que l’unique bonté de Dieu se répand réellement sur les créatures de diverses façons; ainsi l’unique médiation  du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite une coopération variée, participée différemment par les créatures, à partir d’une source unique.

Cette fonction subordonnée de Marie, l’Église la professe sans hésitation. Elle ne cesse d’en faire l’expérience et elle la présente avec ferveur à l’amour des fidèles, afin qu’ils s’appuient sur ce secours maternel pour s’unir plus profondément à notre Médiateur et Sauveur. »  (Lumen Gentium, no 62)

 

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Quelle famille !

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 Dans nos familles actuelles, les jeunes n’ont souvent qu’un seul désir: prendre leur envol le plus tôt possible et vivre leur vie à leur façon. Mais il se trouve parfois des situations qui invitent à retarder ce départ.

La vie cachée du Verbe de Dieu sur terre m’a toujours intrigué, ne fut-ce que par sa durée: 30 ans sur 33 ans d’existence terrestre. Chez ses contemporains juifs, le jeune homme prenait femme vers l’âge de 16-18 ans et s’adonnait à  un métier quelconque pour gagner son pain et celui de sa petite famille. Avoir trente ans était donc vu, à l’époque, comme déjà avancé en âge. Pourquoi Jésus a-t-il consacré les 9/10 de sa vie à Nazareth? Voici une humble tentative de réponse: remplir ses obligations de soutien familial!

Rappelons-nous que la situation conjugale de Marie et de Joseph était non seulement spéciale mais … unique! Joseph, homme juste, ne pouvait que respecter la virginité miraculeusement féconde de son épouse. Cette petite famille à trois, où régnait un immense amour, ne pouvait se replier sur elle-même mais était destinée tôt ou tard à s’ouvrir au partage. Et c’est probablement ce qui arriva avec la mort inopinée d’un des frères de Joseph (Clopas?) qui laissait dans le besoin  son épouse Marie ainsi que ses enfants Jacques, Jude, etc. Remarquons que Joseph lui-même ne fera pas long feu … décès prématuré et peut-être prévisible dans sa propre famille.

Quelle qu’en ait été la cause décisive, Jésus se sera donc retrouvé un jour comme soutien d’une famille élargie. Et, dans les circonstances, il  fit le bon choix : se consacrer totalement aux besoins essentiels des siens. Le contraire aurait été une impiété manifeste! Ce n’est donc que rendu à l’âge de trente ans, alors que ses «frères et sœurs» pouvaient se prendre en main, qu’il quittera son entourage pour entreprendre sa grande Mission.

Notons enfin qu’au pied de la croix de Jésus se trouvaient plusieurs femmes dont « sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala » (Jean 19,25). Il est évident que la mère de Jésus ne pouvait avoir pour sœur une femme portant le  même nom qu’elle … mais plutôt une belle-sœur  qui, de surcroit,  vivait probablement avec elle depuis plusieurs années.

Seraient ainsi résolues, à mon humble avis,  les difficultés soulevées par l’existence des «sœurs et frères de Jésus» ainsi que par la durée quasi exagérée de sa vie cachée. L’image qui en résulte ne peut que souligner en Lui une dimension plus humaine et plus solidaire des préoccupations quotidiennes de la vie. Quelle consolation pour nous, petites gens, qui peinons chaque jour à  bien remplir nos humble tâches loin des projecteurs; le Fils de Dieu lui-même n’y a-t-il pas consacré les 9/10 de son existence sur terre? Enfin, on comprend aussi pourquoi la charité fraternelle occupera tout naturellement une place centrale dans sa prédication évangélique.

Rêve ou réalité ?  À vous de juger …  mais, au pis aller, peut-être me ferez-vous la gentillesse de conclure comme diraient les Italiens:  Se non è vero … è ben pensato!

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L’heureuse nuit …

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« Voici la nuit,

L’heureuse nuit de Palestine,

Et rien n’existe hormis l’Enfant,

Hormis l’Enfant de vie divine;

En prenant chair de notre chair,

Dieu transformait tous nos déserts

En Terre d’immortels printemps. »

(Didier Rimaud)

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À tous et à toutes, un joyeux et saint Noël!

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En la veille de Noël

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Le monastère de la Grande Chartreuse

En juin 1940, dom Guillerand quitte l’Italie et avec d’autres chartreux français, passe la frontière avant qu’elle ne se ferme et entre en France. Après quelques mois à la chartreuse de Sélignac, il réintègre avec un groupe de moines la maison-mère de l’Ordre, la Grande-Chartreuse, fermée depuis le début du siècle. Nommé coadjuteur du monastère, il va y mourir le 12 avril 1945.

En la veille de Noël, voici donc un  texte qui laisse percevoir la profondeur de sa contemplation:

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« Noël est la fête souriante et douce par excellence. Le charme d’un berceau l’enveloppe d’une atmosphère qui attire et épanouit. Les cœurs s’ouvrent devant cet enfant sachant déjà la vie et ses peines et qui ne craint pas de les affronter pour nous. Son âme toute fraîche renouvelle les nôtres. Les années éternelles ayant précédé sa naissance ne l’ont pas vieilli; il a l’expérience de tout  ce qui a été, il connaît tout ce qui sera et il est jeune comme une fleur qui s’ouvre. Il a la jeunesse de ce qui ne passe pas, la jeunesse de l’éternel présent. Du haut de cette jeunesse, comme d’un sommet infini, il donne le mouvement des choses et il leur communique sa paix. Vues par lui, elles sont toutes belles et bonnes. Vues en lui, elles apparaissent toutes revêtues de cette douceur et de cette beauté.

Tous les mystères de Jésus baignent dans une lumière d’en-haut qui agrandit et pacifie les âmes. Toujours et partout il fait voir par delà les réalités éphémères et il découvre des profondeurs. Un rayon d’infini et d’éternité émane de tout ce qu’il dit, de tout ce qu’il fait. Son être sans bornes se projette dans toutes ses démarches et dans le plus simple de ses mouvements. (…)

Noël est la fête de la joie: «Je vous annonce une grande joie» (Luc 2,10) dit l’ange aux bergers. Cette joie a traversé l’histoire et elle est restée attachée à cet anniversaire. La joie de Noël n’est pas l’absence de peine. Il y a quelque chose de mieux que de supprimer la souffrance, c’est de l’utiliser. Le grand art de Dieu consiste à tout faire servir à ses desseins. Il est la joie infinie et il fait de la joie même avec de la douleur. Voilà pourquoi l’épreuve entoure le divin berceau: la pauvreté, l’indifférence, le mépris, la haine, la persécution et l’exil accueillent ce nouveau-né. Ce ne sont pas des ennemis qui le dominent, ce sont des serviteurs répondant à ses appels et exécutant ses ordres. »

 (Écrits spirituels, tome 2, page 67).

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