Vivre en ermitage

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« Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience. »                        (Statuts de l’Ordre des Chartreux, chapitre 6)

La vie en ermitage n’est pas réservée aux seuls membres d’un ordre contemplatif, elle est également pratiquée de plus en plus par des chrétiens et des chrétiennes vivant dans le monde,  même en milieu urbain. Les santés ne sont plus ce qu’elles étaient au 19e siècle; l’austérité des ordres religieux empêche une foule de gens d’y entrer mais l’appel à la prière et au silence demeure bien vivant. Dieu n’est pas réservé à quelques uns mais il est  offert à  tous!

En tant qu’ermite urbain, j’ai senti dès le départ la nécessité  de me ménager non seulement un environnement silencieux qui puisse répondre à mes besoins de lecture et de prière mais aussi de me donner un horaire quotidien afin de bien répartir les diverses activités en vue d’équilibrer les besoins du corps et de l’esprit: une âme saine dans un corps sain! Mais peut-être que le plus important, surtout pour un néophyte , est de pouvoir compter sur une spiritualité qui a fait ses preuves: pensons à la spiritualité bénédictine, carmélitaine, franciscaine ou encore à celle des Chartreux. Personne ne peut s’improviser «ermite». Les présomptueux se sont souvent retrouvés dans la peau de personnes dévotes plus ou moins cinglées!

Ceci étant dit, la vie contemplative demeurera toujours «la meilleur part», la perle précieuse pour l’obtention de laquelle il faut tout sacrifier . Car, comme le dit si bien la suite du texte cité plus haut « Ici, on s’adonne à un loisir sans oisiveté et on s’immobilise en une tranquille activité. Ici, pour le labeur du combat, Dieu donne à ses lutteurs la récompense désirée: une paix que le monde ignore et la joie dans l’Esprit Saint

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Dieu en moi et moi en Lui

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Le confinement, imposé actuellement, attise en plusieurs de nous la faim eucharistique … et à bon droit! Nous ne pouvons vivre très longtemps comme chrétiens sans réunions fraternelles, sans pouvoir écouter ensemble la Parole de Dieu et participer à la Fraction du pain. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jean 6, 56). Si l’Eucharistie nous unit au Christ, elle nous unit également à tous nos frères et sœurs du monde entier et sert ainsi à bâtir l’Église; « l’Église vit de l’Eucharistie » selon la belle expression de saint Jean-Paul II dans sa dernière encyclique (Ecclesia de Eucharistia, 2003).

CECI ÉTANT DIT, il serait faux de penser que l’absence de l’Eucharistie nous enlève tout moyen de vivre en Église et d’expérimenter l’union au Christ. Rappelons-nous les premiers siècles de l’ère chrétienne, siècles de persécutions sanglantes alors que les réunions liturgiques étaient rarissimes mais où la vie chrétienne battait son plein. Et que dire des ermites qui, par la suite, peuplèrent les déserts d’Égypte et de Syrie dans un isolement quasi complet, sans autre secours spirituel que la prière quotidienne! Le même évangéliste saint Jean, si loquace quant à l’importance de l’Eucharistie, n’est-il pas celui qui rapporte également cette autre affirmation de Jésus: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23)? Ainsi la foi seule, même sans l’Eucharistie (dont elle est par ailleurs le cœur), peut devenir un moyen de contemplation et d’union à Dieu. C’est dans le cadre de cette foi que Jésus ressuscité affirmait aux disciples: « Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28, 20).

D’autres aspects de la vie chrétienne (tels les œuvres de charité) pourraient également être ajoutés comme preuves, mais pour l’instant retenons que notre confinement actuel, loin d’être synonyme d’absence de Dieu, peut devenir au contraire une merveilleuse occasion d’expérimenter cette présence tant par la prière que par divers renoncements: silence, lectures, réflexions, autant de grâces offertes pour notre avancement spirituel. Aux mordus de spiritualité monastique, j’ajouterai en guise de conclusion cette citation des Statuts de l’Ordre des Chartreux: « Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience » (chapitre 6). Merveilleux!  Voici donc l’occasion rêvée pour faire une telle expérience!

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La messe qu’est la vie chrétienne

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En 1928, dom Augustin Guillerand affirmait déjà dans ses écrits l’existence du sacerdoce commun des fidèles qui sera explicité et mis à l’honneur par le Concile Vatican II. Dans son dernier chapitre de Liturgie d’âme (écrit, faut-il le rappeler, pour sa sœur âgée et impotente), ce moine chartreux conclut sa longue méditation sur la messe en des termes des plus consolants pour tout baptisé qui aspire à l’union transformante en Jésus:

« Seigneur Jésus, cette fois je suis au terme. Le terme, c’est vous et je vous possède. Je n’ai plus qu’à demeurer: « Demeurez en moi, demeurez dans mon amour, demeurez unis à moi comme la branche de vigne au cep qui la porte et la nourrit … » (Jean 15, 4), avez-vous dit à vos apôtres après la première communion du Cénacle. Vous me le redites; et rien ne m’est plus doux que cette invitation à ne plus vous quitter. Dans cette union continue, en effet, c’est ma vie entière qui devient une messe. À tout instant, en tout lieu et en toute circonstance je puis m’offrir à vous, m’immoler avec vous et pour vous, communier à vos pensées et à vos sentiments, et me transformer peu à peu en vous. C’est la Messe éternelle: elle est le but de l’autre.

Dans le secret du tabernacle vous vous offrez à votre Père dans l’anéantissement des saintes espèces, dans le silence et trop souvent l’oubli indifférent des âmes. Vous vous immolez aussi dans le sanctuaire de nos âmes. Toute âme chrétienne est prêtre; c’est l’Esprit Saint lui-même qui l’affirme dans nos Saints Livres (1 Pierre 2, 9). Elle possède en dedans d’elle-même un autel et son Dieu. Elle peut l’offrir et l’immoler. Et quand elle le fait, c’est elle-même qu’elle offre et qu’elle immole, car elle ne fait plus qu’un avec son Dieu: « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, celui-là demeure en moi et moi en lui » (Jean 6, 57). Hélas! je ne sais pas croire et vivre cette réalité. Je ne sais pas assister à ma Messe d’âme! Je ne sais pas le faire, mais je puis l’apprendre. La vie de la terre n’est qu’un apprentissage. Vous vous êtes fait mon Maître pour m’enseigner la vraie vie et l’union éternelle.

Ce que vous faites au tabernacle, ce que vous avez fait durant les trente-trois années de votre existence terrestre, je le ferai un jour avec vous et comme vous. Éternellement nous nous offrirons et nous nous unirons au Père dans la plénitude reposée d’un amour définitif et ce sera la Messe du ciel. En attendant, je consens à n’être qu’une élève et une apprentie, souvent distraite et gâchant beaucoup de ces minutes avec lesquelles je pourrais faire des trésors et de l’éternité. Je ne me découragerai pas, je reprendrai chaque jour et mille fois par jour la marche vers vous, qui est aussi la marche avec vous. Le secret de la victoire, c’est la continuité. C’est notre façon à nous d’imiter votre éternité et d’y entrer un jour. « Demeurez en nous » signifie cela: il ne s’agit pas encore de la permanence du ciel, mais de l’exercice et de la lutte qui la préparent. La victoire est belle, mais la bataille doit l’acheter.

Je me battrai donc, je me battrai avec vous contre moi. Je briserai peu à peu toutes ces résistances de ma nature déchue qui s’opposent à notre union. Je ferai la conquête de mon être pour vous le donner. Je soumettrai ma sensibilité à ma raison et ma raison à votre raison. Je construirai ainsi une belle demeure ordonnée, pacifiée, dont vous serez le Maître. Les sacrifices quotidiens dont j’achèterai cette paix divine seront la Messe de ma vie et l’union qui les couronnera sera la communion éternelle du ciel! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 133 s)

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AVIS aux intéressé(e)s:  le début de la parution de cet opuscule de dom Guillerand sur mon blogue se trouve en date du 13 novembre 2019; elle se poursuit chaque mercredi pour se conclure aujourd’hui.

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L’inconcevable MISÉRICORDE !

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Jésus miséricordieux  (E. Kazimirowsky, 1934)

En ce 2e dimanche de Pâques (jour octave de la Fête ou dimanche in albis), l’Église catholique célèbre désormais la fête de la Divine Miséricorde. Suite à la décision de saint Jean-Paul II (prise le 30 avril 2000, lors de la canonisation de sœur Faustine Kowalska), l’Église universelle est invitée à vénérer chaque année cet inconcevable mystère qui est à la base de tous les autres: l’Amour miséricordieux de Dieu envers nous, pauvres  pécheurs!

Loin d’introduire un élément discordant au déroulement des Fêtes pascales, cette célébration nous fait entrer au cœur même du mystère de Pâques: révélation d’une dimension insoupçonnée de l’amour du Créateur pour nous, dévoilement des sentiments éternels d’un Père qui n’hésite pas à mettre son cœur sur la misère humaine, un Père vraiment «miséri-cordieux»!

« La Fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques. Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de ma Miséricorde. » (Petit Journal, § 699). Ces paroles ne viennent pas du pape Wojtyla mais du Seigneur Jésus lui-même à sœur Faustine, religieuse polonaise, le 22 février 1931. Jésus lui apparut, portant un vêtement blanc, comme le « Roi de la Miséricorde divine ». Sa main droite se levait en signe de bénédiction et l’autre touchait le vêtement sur sa poitrine. De dessous ses vêtements sortaient deux grands rayons, l’un rouge, l’autre blanc. Se conformant aux ordres qu’elle avait reçus du Christ, Faustine fit peindre une représentation de cette vision, Jésus lui promettant de défendre l’âme qui honorerait cette image. Et le Seigneur de préciser: « Mon regard sur cette image est le même que celui que j’avais sur la croix. » (P. J. 326). À noter que la peinture en question fut réalisée par Eugène Kazimirowsky, en 1934; le seul qui ait été peint sous les indications de sœur Faustine, contrairement au tableau d’Adolf Hyla peint en 1943 ( cinq ans après la mort de la sainte) et souvent plus connu.

On sait que le pape Jean-Paul II décéda en 2005, lors des premières vêpres de la fête de la Divine Miséricorde. Étant donné la grande dévotion qu’il portait à cet attribut divin, sa béatification (2011) ainsi que sa canonisation (2014) eurent lieu en ce même dimanche consacré à la Miséricorde. Puissent la vie et la mort de ce saint pape nous inciter à célébrer avec ferveur et reconnaissance cette fête qui souligne merveilleusement l’affirmation de l’apôtre saint Jean, « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 8).

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Nous ne faisons plus qu’un!

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À l’exemple de saint Pierre qui, témoin de la transfiguration de Jésus sur la montagne, voulait prolonger ce moment de grâce, dom Guillerand se livre à de semblables sentiments lorsqu’il en arrive à commenter la communion eucharistique. « Gardez-moi » se rencontre plusieurs fois dans la prière qu’il met sur les lèvres de sa sœur âgée. Lisons attentivement cette avant-dernière méditation de son opuscule  Liturgie d’âme alors qu’il nous ouvre son cœur de façon tout à fait spéciale:

« Seigneur Jésus, votre immolation m’a réaccordée avec Dieu; elle m’a fait rentrer dans la grande paix infinie de son sein; je vous y rejoins, vous le Fils unique qui l’emplissez à jamais. Maintenant plus rien ne s’oppose à notre union. Mes fautes passées, mes faiblesses présentes et mes craintes à venir ne m’arrêtent pas et ne m’effrayent pas. Sans doute, je ne suis pas digne de vous recevoir, mais vous n’avez qu’un mot à dire pour opérer guérison complète. Vous êtes meilleur que je ne suis mauvaise et plus fort que je ne suis faible. Vous êtes le Créateur, c’est-à-dire Celui qui fait quelque chose de rien; c’est votre privilège de travailler sur le néant; c’est là qu’éclate votre Toute-Puissance. Est-ce pour cela que vous avez permis la chute première et que vous permettez encore tant de fautes quotidiennes? Le néant révolté est plus complet que le néant créé; le relever est plus glorieux … et vous êtes le Rédempteur.

« Venez à moi … et je vous referai » (Matthieu 11, 28). Votre appel d’amour couvre la voix de ma misère. Je vous écoute; je viens! Je vous suis par delà les apparences, dans la Vérité. Je vais à vous jusqu’à l’extrême anéantissement de ma vie propre et de mon égoïsme étroit, et je trouve la vraie vie et le véritable amour. Je trouve mon moi divin, ma physionomie éternelle, mes traits d’enfant de Dieu. Je trouve cela en vous. Le péché avait recouvert ces traits d’un masque hideux à l’image du diable. C’est ce masque que j’ai rejeté en vous rejoignant dans le sacrifice. Je croyais me perdre et mourir: je tuais en moi la mort et je gagnais la vie. Me voilà refaite, ressuscitée, recréée. L’œuvre de votre amour rédempteur est accomplie en moi.

Maintenant, gardez-moi. Que votre Corps me conserve dans la vie éternelle. Gardez-moi avec vous dans l’immolation et le sacrifice. La mort m’a quittée; je l’ai, en vous accueillant, mise dehors. Mais elle m’entoure encore; Satan vaincu n’a pas abandonné la lutte. Il est la haine; la haine ne désarme pas … Gardez-moi! Vous êtes dans mon âme un germe de vie éternelle; vous voulez devenir fleur épanouie et à jamais féconde. Vous voulez vivre et c’est là ma vie, car nous ne faisons plus qu’un. Gardez-moi, cela veut dire: gardez-vous en moi, vivez en moi, croissez en moi, prenez en moi toute votre taille, tout ce développement que le Père a contemplé et aimé de toute éternité et qu’il attend pour me faire place au foyer.

En attendant, gardez-moi dans ce foyer intime qu’il possède au plus profond de moi-même; gardez-moi dans un regard de plus en plus habituel et aimant sur lui qui me regarde si constamment et si tendrement. N’est-ce pas cela la vie éternelle, votre vie à vous et sa vie à lui, dans la grande union de votre amour qui vous lie si intimement que vous ne faites plus qu’un seul et même Dieu?

Seigneur, je crois, je vois, je sens que c’est là le terme rêvé par votre tendresse et que je n’ai qu’à m’y tenir, à apprendre à m’y tenir. C’est le foyer, c’est la patrie, c’est le sein infini d’où je suis sortie, où je rentre avec vous. Que votre Corps sacré me garde là, dans la vie éternelle et dans le sacrifice qui la procure et la protège! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 131 s)

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La sainte nuit qui s’illumine

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Voici la nuit,

La sainte nuit qui s’illumine,

Et rien n’existe hormis Jésus,

Hormis Jésus où tout culmine:

En s’arrachant à nos tombeaux,

Dieu conduisait au jour nouveau

La Terre où il était vaincu.

(Didier Rimaud)

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Clou devenu clef … pour m’ouvrir au mystère!

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Trop souvent, des croyants écrasés par leurs fautes cessent d’espérer en la miséricorde de Dieu! Saint Bernard, abbé de Clairvaux, nous invite à ne jamais perdre espérance: la contemplation de Jésus crucifié devrait suffire pour nous redonner courage. Écoutons-le:

« Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur? Je m’y sens d’autant plus protégé que son salut est plus puissant. L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges: je ne tombe pas, car je suis campé sur un roc solide. J’ai commis quelque grave péché: ma conscience se trouble, mais elle ne perd pas courage, puisque je me souviens des plaies du Seigneur, qui a été transpercé à cause de mes fautes. Rien n’est à ce point voué à la mort que la mort du Christ ne puisse le libérer. Dès que je pense à cette médecine si forte et efficace, la pire des maladies ne m’effraie plus.

Il se trompait donc, celui qui a dit (il s’agit du psalmiste): Mon péché est trop grand pour que j’en obtienne pardon. Il est vrai qu’il n’était pas un membre du Christ, et que les mérites du Christ ne le concernaient pas; il n’avait pas le droit de les revendiquer pour lui, comme un membre peut dire siens les biens de la tête.

Pour moi, ce qui me manque par ma faute, je le tire hardiment des entrailles du Seigneur, car la miséricorde y abonde, et elles sont percées d’assez de plaies pour que l’effusion se produise. Ils ont percé ses mains, ses pieds, et d’un coup de lance son côté. Par ces trous béants, je puis goûter le miel de ce roc et l’huile qui coule de la pierre très dure, c’est-à-dire goûter et voir combien le Seigneur est bon. Il formait des pensées de paix et je ne le savais pas. Qui, en effet, a connu la pensée du Seigneur? Qui a été son conseiller? Mais le clou qui pénètre en lui est devenu pour moi une clef qui m’ouvre le mystère de ses desseins. Comment ne pas voir à travers ces ouvertures? Les clous et les plaies crient que vraiment, en la personne du Christ, Dieu se réconcilie le monde. »

(Homélie sur le Cantique des Cantiques, Éd. cistercienne 2, 1957, 150-151)

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En souvenir d’un beau geste

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 Le tableau de la Dernière cène par Salvador Dali a ceci de remarquable qu’il fait le lien entre le repas du soir et l’évènement du lendemain. Ce qui aurait pu n’être qu’un dernier repas entre amis est ainsi représenté comme une annonce du mystère qui va se dérouler dans les prochaines vingt-quatre heures. C’est là tout l’essentiel de l’Eucharistie, ce sacrement que Jésus a institué pour être le mémorial de sa mort.

« Ceci est mon corps qui va être donné pour vous; faites-ceci en mémoire de moi » (Luc 22,19). Jésus donne à ses apôtres et à leurs successeurs le commandement de refaire ce repas périodiquement afin de garder en mémoire qu’il est mort sur la croix pour chacun et chacune d’entre nous. Mais il y a plus. En distribuant la coupe de vin à la fin du repas, il ajoute une précision importante: « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous » (Luc 22,20). La «nouvelle» Alliance … par comparaison à l’ancienne contractée au Sinaï entre Dieu et le peuple juif. On se rappelle que Moïse avait alors prit la moitié du sang de la victime pour en asperger et l’autel (qui représentait Dieu) et le peuple en disant: « Ceci est le sang de l’alliance que Dieu a conclue avec vous …» (Exode 24,8). Bref, la mort de Jésus nous introduit donc dans une nouvelle relation avec le Créateur, une relation qui vise à nous introduire non plus dans un quelconque petit pays méditerranéen mais bien dans une union ineffable avec Celui qui se déclare notre Père … une union définitive et éternelle!

Cependant, le sacrement de l’Eucharistie, tout sublime qu’il puisse être, n’enlève rien à la beauté du geste que Jésus a posé sur la Croix. Au contraire, il en fait ressortir le caractère unique: le Fils de Dieu s’offre totalement à son Père dans un acte d’amour qui est l’écho de sa relation éternelle avec lui (le Verbe se donne au Père, le Père se donne au Verbe et de ce mouvement d’amour est produit l’Esprit Saint). Cette offrande éternelle ré-actualisée sur la Croix devient donc pour nous la source et le modèle de notre propre vie chrétienne. Il y a là un grand mystère d’amour qui ne peut s’expliquer par des mots mais qui se dévoile peu à peu à ceux et celles qui en vivent chaque jour.

Ne rougissons pas d’être chrétiens, c’est une faveur inouïe qui nous est faite de la part de Dieu et dont nous ne saisirons toute l’importance que dans l’Éternité!

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Victime et nourriture!

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La communion eucharistique, à la messe, est précédée respectivement par le souhait de la paix, la fraction du pain et le chant de l’Agneau de Dieu. Ces rites deviennent, pour dom Guillerand, l’occasion d’approfondir notre union au Christ et la paix qui en découle. Écoutons, encore une fois, ce chartreux si éloquent en la matière:

« Seigneur Jésus, mourir n’est pas un terme. Vous êtes la Vie infinie; c’est pour vivre et faire vivre que vous êtes mort et que vous renouvelez votre mort sur l’autel. Votre rêve, c’est l’union et c’est la communication de votre vie par l’union. Vous l’avez dit en termes inoubliables, immédiatement après votre première messe au Cénacle: « Mon Père, je vous en prie, que tous ceux qui croient en moi soient un comme vous et moi nous sommes Un; faites-les entrer dans l’unité parfaite de votre amour » (Jean 17, 20-21). Cette unité, ce terme suprême de votre vie et de votre mort, votre immolation la prépare et la permet; elle ne la réalise pas. La messe n’est un sacrifice que pour être une communion. La communion, c’est-à-dire l’union qui fait que tout est commun, voilà où vous me conviez et où vous voulez me conduire.

« Voici l’Agneau de Dieu » (Jean 1, 29) disait saint Jean-Baptiste en vous montrant. L’agneau pascal dont vous venez de prendre la place était une victime, une victime dont on se nourrissait: victime et nourriture! C’est ce que vous avez voulu, c’est ce que vous avez exprimé au Cénacle: « Prenez et mangez », c’est ce que vous répétez sur l’autel. Quand il s’agit de manger, il faut que l’aliment soit à la portée de celui qui mange; il doit être rompu, divisé, réduit en morceaux. O divine nourriture, vous ne reculez pas devant cette extrémité. Vous vous laissez briser comme vous vous êtes laissé tuer … afin de nous unir!

« Voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte les péchés ». Voilà la victime très pure qui m’offre sa pureté infinie. L’horrible tache qui nous faisait dissemblables et distants, son sacrifice l’a effacée. Plus rien ne nous sépare. Alors, il se fait aliment: « Prenez et mangez » (Matthieu 26, 26); asseyez-vous avec moi à la table du Père de famille. Tout désaccord est supprimé. La paix du Seigneur, la paix des fils qui sont aimés et qui aiment, la paix qui nous unit, mon Père et moi dans notre commun amour, vous unit à moi et au Père et entre vous: « La paix du Seigneur soit toujours avec vous ». Mon anéantissement a supprimé tout ce qui divise. En moi il n’y a plus rien en propre, rien qui oppose une âme à une autre âme; j’ai tout immolé; et maintenant je suis un être sans borne, où tous peuvent s’accorder et s’unir. La paix soit avec vous, la paix de l’Amour (…). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 129 s)

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Pourquoi?

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Vos mains me tendent les rameaux
pour l’heure du triomphe:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi blesserez-vous mon front
de ronce et de roseaux,
en vous moquant ?

Je viens monté sur un ânon,
en signe de ma gloire:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi me ferez-vous sortir
au rang des malfaiteurs,
et des maudits ?

Voici que s’ouvrent pour le Roi
les portes de la Ville:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi fermerez-vous sur moi
la pierre du tombeau
dans le jardin ?

(Didier Rimaud)

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