La liturgie: un oasis dans le désert de ce monde

Carthusian monks

Nos styles de vie moderne nous astreignent à prendre soin d’une foule de besoins immédiats et  nous laissent très peu de temps pour penser et réfléchir.  Dieu ne nous demande pas de vivre comme des moines mais il n’exige pas non plus que nous soyons des bourreaux de travail (destinés à nous retrouver un jour ou l’autre sur le canapé d’un psy). Heureuses ces personnes qui ont décidé d’insérer des temps de silence dans leur agenda personnel. Pour nous, croyants, la liturgie est le moyen rêvé pour s’échapper du terrible quotidien et entrer en contact avec le monde spirituel. Écoutons ce que dom Guillerand a à nous dire sur ce sujet:

« Les fêtes chrétiennes sont des heures d’union. Pour tous et toujours l’activité terrestre est plus ou moins dévorante. Heureuses les âmes qui le comprennent et ont faim et soif de lui échapper. Pour elles, s’arrêter un instant, consacrer quelques heures  à regarder par delà le mouvement qui les emporte, fixer leur cœur «où sont les vraies joies» dans la paix des choses qui ne passent pas … tout cela est doux, espéré, reposant, un oasis frais dans le désert.

Nous avons tendance à reléguer dans l’irréel tout ce qui nous dépasse. Dès qu’une réalité déborde notre esprit, ou nous la nions, ou nous vivons pratiquement à son égard comme si elle n’existait pas. Ce n’est pas seulement une inintelligence, c’est une perte pratique immense. Nos relations avec ce monde de là-haut, avec toute cette famille céleste, qui constituent notre vraie vie dès ici-bas, et en préparent l’épanouissement plein, emprunteraient à une foi vive une douceur et une force qui seraient le trésor de la terre. Mais il faudrait s’arracher (ou mieux se laisser arracher par l’Esprit d’amour) à la mouvante et insignifiante bagatelle qui nous tient. Peu d’âmes ont assez de courage pour le faire, et Dieu, qui exige ce courage, se contente de ce petit nombre: « Quand le Fils de l’homme reviendra sur la terre trouvera-t-il  encore la foi ? » (Luc 18, 8)

(Écrits spirituels, tome 2, page 281)

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Ce pâturage céleste qu’est la face de Dieu

LEROY André

Après avoir célébré les Jours saints et nous être repus des vérités fondamentales de la Foi, il nous reste maintenant à les digérer tout au long du temps pascal. Par sa victoire sur la mort, le Christ nous invite à le suivre avec confiance jusque dans l’éternité bienheureuse. Il est la porte de cette bergerie qu’est l’Église, porte qui nous permet non seulement d’y entrer mais aussi d’en sortir à sa suite, selon ses propres paroles: « Je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage » (Jean 10, 9). Quel est ce pâturage? Laissons la réponse à un saint moine du 6e siècle, devenu par la suite évêque de Rome et docteur de l’Église:

« Le baptisé entrera pour avoir la foi; il sortira en passant de la foi à la vision, de la croyance  à la contemplation, et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel. Les brebis du bon Pasteur trouvent donc un pâturage parce que tout homme qui le suit avec un cœur simple est nourri dans la pâture des prairies intérieures. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies éternelles d’un paradis toujours vert? Car le pâturage des élus, c’est le visage de Dieu, toujours présent: puisqu’on le regarde sans interruption, l’âme se rassasie sans fin de l’aliment de vie. (…)

Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse  nous y invite. Réchauffons nos cœurs, mes frères, que notre foi se ranime envers ce qu’elle croit, que nos désirs s’enflamment pour les biens célestes: c’est déjà partir à leur rencontre que de les aimer. Aucun obstacle ne doit nous enlever la joie de la solennité intérieure, car si l’on désire se rendre à un endroit qu’on s’est fixé, aucune difficulté ne peut changer ce désir. Aucune prospérité flatteuse ne doit nous en détourner; il est fou, ce voyageur qui, apercevant sur sa route de gracieuses prairies, oublie le but de son voyage. »  (Homélie de saint Grégoire le Grand, PL 76, 1129-1130)

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Comment s’aime-t-on en Dieu?

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Vivant dans un monde bousculé, méfiant et en recherche, nous ne pouvons qu’aspirer à une société nouvelle, tissée de relations sincères et pacifiantes. Est-ce réaliste? Oui, si on y met le prix … à savoir, une conversion personnelle basée sur le respect et l’amour véritable. La vie religieuse en est un exemple, la vie familiale en est un autre. Dom Guillerand, en bon chartreux et donc en bon contemplatif, se délecte à la vision de l’harmonie qui règne dans la sainte famille de Nazareth. Voici comment il nous en parle:

« Saint Joseph est là, au premier plan, qui travaille. Son travail, sa face d’ouvrier, sa simplicité, son effort, le cadre pauvre où se déploie sa grande taille de père nourricier du Verbe incarné, me masquent l’incroyable réalité. En face de lui, déjà, je dois me tendre un peu pour croire et pour animer ma foi à ce que cachent ces dehors. Cette tension nécessaire m’humilie profondément. Comment ne pas me sentir envahi d’un excès de tendresse et de confiance devant cette réalité dont cependant je ne doute pas? Mystère étrange! Mystère que seule explique la déchéance humaine! Je dois en profiter pour reconnaître avec une profonde reconnaissance le grand bienfait du relèvement.

Près de Joseph, plus simple encore que lui, si possible, se perdant dans un effacement qu’on ne peut imaginer, ni surtout exprimer, l’adolescent qui grandit, le jeune homme en qui se prépare la maturité qui nous refera.

Et enfin, la Vierge-mère, simple galiléenne qu’un reflet d’âme et de divin illumine d’une clarté céleste, mais qui n’en livre le rayon qu’aux âmes modelées sur la sienne.

Voilà ce qu’on perçoit de ses yeux de chair et de son âme naturelle. Mais si je m’ouvre aux notes de la foi, quelle mélodie monte de chacun d’eux et quelle harmonie de leur union! C’est l’accord parfait, immense comme un concert qui tiendrait en une seule note et qui aurait l’ampleur et la beauté de tous les concerts réunis, avec toutes les nuances d’un art infini. Des comparaisons me viennent; je n’ose les écrire: je les sens si au-dessous de la réalité, presque ridicules d’insuffisance! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 87 s)

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Pourquoi vénérer la Vierge Marie?

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Marie est-elle imitable? Les Catholiques sont-ils les seuls à vénérer la mère de Jésus? Plutôt que de vous transmettre l’opinion de tel ou tel théologien digne de foi en ce domaine, je vous cite brièvement deux extraits d’un document du Magistère infaillible de l’Église, document provenant d’un pape dont l’intégrité et la sainteté ont été reconnues récemment, Paul VI:

Marie est-elle imitable? « La Vierge Marie a toujours été proposée par l’Église à l’imitation des fidèles, non point pour le genre de vie qu’elle a expérimenté (…) mais parce que, dans les conditions concrètes de sa vie, elle a adhéré totalement à la volonté de Dieu, elle a accueilli la parole et l’a mise en pratique, elle a été inspirée dans son action par la charité et l’esprit de service; bref, elle fut la première et la plus parfaite disciple du Christ. Tout cela a une valeur exemplaire universelle et permanente. » (Marialis Cultus, no. 35)

Les Catholiques sont-ils les seuls parmi les chrétiens a avoir une telle dévotion?       « Les Catholiques rejoignent leurs frères des Églises Orthodoxes, où la dévotion à la Vierge revêt des formes hautement lyriques et profondément doctrinales dans la vénération très aimante de la glorieuse « Théotokos » et dans les acclamations à Celle qui est « l’Espérance des chrétiens ». Ils rejoignent aussi les Anglicans dont les théologiens classiques ont jadis mis en lumière la solide base scripturaire du culte rendu à la Mère de Notre-Seigneur, et dont les théologiens actuels soulignent davantage l’importance de la place que Marie occupe dans la vie chrétienne. Ils rejoignent aussi leurs frères des Églises Réformées, dans lesquelles fleurit avec vigueur l’amour des Saintes Écritures, quand ils proclament les louanges de Dieu avec les paroles mêmes de la Vierge. » (Marialis Cultus, no. 32).

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Facile de vivre uni à Jésus?

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Comme il est facile de dire que l’on veut vivre uni à Jésus et comme il est difficile d’en prendre les moyens! La distinction entre la velléité et le vouloir vrai, le voici: le vouloir vrai veut la fin et les moyens alors que la velléité ne veut que la fin. La velléité, c’est le conditionnel: « Je voudrais bien … mais il y a telle ou telle difficulté » et on reste dans les intentions sans passer à l’exécution. Cette dernière réflexion, tirée des écrits de dom Guillerand, nous invite à aller plus loin et à le questionner sur l’effort humain à faire dans ce domaine:

« Il est facile de vivre uni à Notre-Seigneur. Facile! J’emploie là un mot qui a besoin d’être expliqué. Facile! Cela ne veut pas dire qu’on arrive à cela en un instant et sans effort. Non! Il faut beaucoup de temps et beaucoup d’effort. Il faut tout le temps et tout l’effort dont on dispose. Facile! Cela veut dire que c’est à la portée de tous, que cela ne réclame pas des conditions réservées à des privilégiés, à des catégories spéciales d’êtres humains. Cela veut dire que toute âme qui le veut et qui a confiance en Dieu peut y arriver. (…)

L’effort consiste dans le recueillement des facultés; au lieu de les laisser courir à droite et à gauche, on les concentre sur l’objet à fixer. L’effort est aidé par le détachement qui est le calme de l’âme; il faut secouer toute préoccupation, tout souci de succès, tout souci de réussir ou d’en finir, d’être puni ou récompensé. Il faut se mettre tout entier et tranquillement en face de l’objet, lui consacrer toutes ses forces. De même, quand on se détend, il convient de le faire en plein, sans penser à autre chose. Se plonger à fond dans ce que l’on fait en le faisant de toutes ses forces est le secret des vrais développements et des vraies joies. (…)

La volonté est une maîtresse qui n’agit pas par elle-même. Elle a des serviteurs et des instruments. Elle doit les faire marcher. Elle doit leur communiquer le vouloir qui l’anime. Or les serviteurs ne sont pas toujours dociles. L’intelligence, la mémoire, l’imagination, les sens externes, l’œil, la main n’exécutent pas ses ordres quand et comme elle l’ordonne. Elle doit les soumettre, elle doit les former. C’est un long et dur travail. La décision prise un beau matin n’y suffit pas; elle n’y arrive que par des exercices répétés. Ceux-ci créent des habitudes et l’acte s’accomplit facilement, avec plaisir, seulement quand les habitudes sont créées. »

(Écrits spirituels, tome 2, pages 206 s)

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Le Ressuscité aux mille visages

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Christ aux mille visages (oeuvre de catéchistes, Péronne, 1982)

La liturgie du Temps pascal nous rappelle, pour notre plus grand bonheur, les diverses apparitions du Ressuscité à ses disciples. Tout en demeurant réellement lui-même, corps et âme, Jésus se présente néanmoins à eux sous les apparences d’un inconnu, avec un visage non immédiatement identifiable. Que ce soit au sépulcre, au cénacle, sur la route d’Emmaüs ou au bord du lac de Galilée, le Ressuscité semble affectionner l’incognito pour ensuite provoquer chez le disciple une prise de conscience plus pertinente. Ainsi en fut-il, par exemple, des Apôtres lors de cette apparition au bord du lac: « Jésus leur dit: «Venez déjeuner». Aucun des disciples n’osait lui demander «Qui es-tu?», car ils savaient bien que c’était le Seigneur. » (Jean 21, 12)

Si le Seigneur ressuscité n’a pas voulu se présenter à ses disciples avec les mêmes traits qu’autrefois, la raison me semble être une décision de sa part de mettre désormais l’accent non plus sur son apparence habituelle mais sur son action cachée telle que manifestée, par exemple, dans l’intelligence des Écritures (disciples d’Emmaüs), la réussite apostolique (pêche miraculeuse), sa présence aux réunions dominicales (cénacle), la consolation dans la prière (Marie de Magdala),  etc. Mille façons donc de nous être présent à nous ses disciples, mais dans la foi et non dans la vision: « Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu » (Jean 20, 29)

« Si Jésus nous a racheté au Calvaire sans notre aide, par contre il ne nous sauvera pas sans notre collaboration » (saint Augustin). Cette collaboration exigée c’est la foi chrétienne, moyen choisi pour nous communiquer les effets de la Rédemption, moyen offert à tous mais efficace chez les seuls croyants. Si donc, par la foi, nous pouvons discerner le Christ dans une foule de situations humaines, nous pouvons et devons le voir avant tout dans nos frères et sœurs baptisés, conformément à cette belle affirmation de l’apôtre Paul: « Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ; il n’y a plus ni Juif ni païen, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28)

Mystère du Fils de Dieu, image du Dieu invisible, tête de l’Église qui est son corps, plénitude destinée à réunir en elle tous les êtres sur terre et au ciel … au seul Seigneur Jésus, gloire et puissance pour les siècles des siècles, Amen!

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Il s’est levé …

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Il s’est levé d’entre les morts,

Le Fils de Dieu, notre frère.

Il s’est levé libre et vainqueur ;

Il a saisi notre destin

Au cœur du sien

Pour le remplir de sa lumière.

(Hymne liturgique)

 

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JOYEUSES PÂQUES à tous et à chacun!

Dieu le voulant, nous nous reverrons dans dix jours;  d’ici là, bon repos pascal!

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Comme il était bon!

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À la disparition d’un être cher, on n’entend souvent que des éloges à son endroit car on met vite au rancart tout souvenir désagréable … et c’est très bien ainsi, car le décès nous invite à faire un bilan positif du passage du défunt parmi nous. En se Samedi Saint, nul besoin de faire un tri parmi les souvenirs que nous a laissés Jésus de Nazareth … tout en lui transpirait bonté et miséricorde. Profitons de cette accalmie liturgique pour réentendre, de la part d’un évêque du 2e siècle, un panégyrique du Seigneur émaillé d’allusions aux grandes figures de l’Ancien Testament:

« Bien des choses ont été annoncées par de nombreux prophètes en vue du mystère de Pâques qui est le Christ: à lui la gloire pour les siècles des siècles, Amen. C’est lui qui est venu des Cieux sur la terre en faveur de l’homme qui souffre; il a revêtu cette nature dans le sein de la Vierge et, quand il en est sorti, il était devenu homme; il a pris sur lui les souffrances de l’homme qui souffre, avec un corps capable de souffrir, et il a détruit les souffrances de la chair; par l’esprit incapable de mourir, il la tué la mort homicide.

(…) C’est lui qui endura bien des épreuves en un grand nombre de personnages qui le préfiguraient: en Abel il a été tué; en Isaac il a été lié sur le bois; en Jacob il a été exilé; en Joseph il a été vendu; en Moïse il a été exposé à la mort; dans l’agneau il a été égorgé; en David il a été en butte aux persécutions; dans les prophètes il a été méprisé.

C’est lui qui s’est incarné dans une vierge, a été suspendu au bois, enseveli dans la terre, ressuscité d’entre les morts, élevé dans les hauteurs des cieux. C’est lui, l’agneau muet; c’est lui, l’agneau égorgé; c’est lui qui est né de Marie, la brebis sans tache; c’est lui qui a été pris du troupeau, traîné à la boucherie, immolé sur le soir, mis au tombeau vers la nuit. Sur le bois, ses os n’ont pas été brisés; dans la terre, il n’a pas connu la corruption; il est ressuscité d’entre les morts et il a ressuscité l’humanité gisant au fond du tombeau. »

(Homélie de Méliton de Sardes sur la Pâque, SC 123, 95-101)

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Tu les sauvais …

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Tu les sauvais, mais ils ne t’ont pas vu.

Qu’était pour eux le fils du charpentier ?

Sur la colline ils t’ont abandonné,

toi, Dieu vivant, qu’ils n’ont pas reconnu.

Ils n’ont su voir qu’un homme rejeté,

ils ont moqué le faux prophète mort,

ils ont plongé la lance dans ton corps,

ils n’ont pas vu l’espoir qui se levait.

Ils n’ont pas vu le signe sur ta main,

la main crispée du Maître et créateur

qui bénissait le monde des pécheurs;

ils n’ont pas vu mourir le Saint des saints.

Vienne le jour de toute Vérité

où nous aurons enfin les yeux ouverts

sur cette grâce et cet amour offerts.

Vienne le jour du Christ en majesté !

(G. de Lioncourt)

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En souvenir d’un beau geste

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 Le tableau de la Dernière cène par Salvador Dali a ceci de remarquable qu’il fait le lien entre le repas du soir et l’évènement du lendemain. Ce qui aurait pu n’être qu’un dernier repas entre amis est ainsi représenté comme une annonce du mystère qui va se dérouler dans les prochaines vingt-quatre heures. C’est là tout l’essentiel de l’Eucharistie, ce sacrement que Jésus a institué pour être le mémorial de sa mort.

« Ceci est mon corps qui va être donné pour vous; faites-ceci en mémoire de moi » (Luc 22,19). Jésus donne à ses apôtres et à leurs successeurs le commandement de refaire ce repas périodiquement afin de garder en mémoire qu’il est mort sur la croix pour chacun et chacune d’entre nous. Mais il y a plus. En distribuant la coupe de vin à la fin du repas, il ajoute une précision importante: « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous » (Luc 22,20). La «nouvelle» Alliance … par comparaison à l’ancienne contractée au Sinaï entre Dieu et le peuple juif. On se rappelle que Moïse avait alors prit la moitié du sang de la victime pour en asperger et l’autel (qui représentait Dieu) et le peuple en disant: « Ceci est le sang de l’alliance que Dieu a conclue avec vous …» (Exode 24,8). Bref, la mort de Jésus nous introduit donc dans une nouvelle relation avec le Créateur, une relation qui vise à nous introduire non plus dans un quelconque petit pays méditerranéen mais bien dans une union ineffable avec Celui qui se déclare notre Père … une union définitive et éternelle!

Cependant, le sacrement de l’Eucharistie, tout sublime qu’il puisse être, n’enlève rien à la beauté du geste que Jésus a posé sur la Croix. Au contraire, il en fait ressortir le caractère unique: le Fils de Dieu s’offre totalement à son Père dans un acte d’amour qui est l’écho de sa relation éternelle avec lui (le Verbe se donne au Père, le Père se donne au Verbe et de ce mouvement d’amour est produit l’Esprit Saint). Cette offrande éternelle ré-actualisée sur la Croix devient donc pour nous la source et le modèle de notre propre vie chrétienne. Il y a là un grand mystère d’amour qui ne peut s’expliquer par des mots mais qui se dévoile peu à peu à ceux et celles qui en vivent chaque jour.

Ne rougissons pas d’être chrétiens, c’est une faveur inouïe qui nous est faite de la part de Dieu et dont nous ne saisirons toute l’importance que dans l’Éternité!

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