Savoir se mettre en présence de Dieu

5b

Nous voulons tous prier, et bien le faire, mais comme il est difficile de garder notre attention sur Dieu. Que de distractions dues à la fatigue, à notre imagination fertile (cette « folle du logis ») ou découlant tout simplement de notre tiédeur spirituelle.

C’est clair que nous ne pouvons pas débuter notre moment de prière aussi facilement que d’ouvrir un tiroir! Il nous faut tout d’abord aménager un environnement propice; Jésus  lui-même sentait le besoin de se réfugier dans la montagne lorsqu’il voulait prier. Si les moines ont toujours préférer le désert à la vie urbaine, c’est qu’ils y trouvent un moyen radical de fuir les attaches humaines et une ambiance idéale pour leurs colloques avec Dieu. Prier suppose donc un certain détachement de nos occupations quotidiennes et une démarche calme dans un environnement paisible.

Parvenus à ce stade, il nous reste à fixer notre regard sur Dieu! Même les chartreux doivent se recueillir avant de prier (voir la photo ci-dessus). Pour la récitation d’une prière, comme le chapelet par exemple, il suffira normalement de réciter le Je crois en Dieu très lentement, en réfléchissant  brièvement sur chaque vérité énoncée dans ce merveilleux résumé de notre foi chrétienne. Lorsqu’il s’agit d’une prière plus longue, comme l’Office des Heures (bréviaire) ou une «lectio divina» (lecture spirituelle), je conseille fortement un arrêt assez long pour bien identifier tant Celui à qui on s’adresse que ceux à qui on s’unit dans cet acte de prière (car on ne prie  jamais seul mais toujours uni au Corps mystique du Christ). Voici, par exemple, une petite formule que j’utilise à cet effet:

« En Jésus ressuscité, dans l’Esprit Saint, et tourné vers le Père;

Avec Marie, Joseph, mon ange, Charbel (patron de mon ermitage), parents et amis dans la lumière divine, les saints du jour et toute la cour céleste;

Uni également à mes frères et sœurs dans la foi, dans la patience (âmes du Purgatoire), la souffrance, le combat, le témoignage et la prière. »

Cette formule, je l’utilise dans une version un peu plus détaillée lorsque je débute ma journée (lors de ma prière nocturne) mais, quoiqu’il en soit, elle n’est pas une garantie contre les distractions bien qu’elle s’avère souvent un prix de consolation en ce sens que si, à la fin de ma prière, je me désole d’avoir été distrait, je sais néanmoins que je l’ai accomplie dans une bonne intention!

Publié dans Adoration, Église, Érémitisme, calme, Contemplation, Désir de Dieu, Dévotion mariale, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Jésus, Marie, Monachisme, Prière, Recueillement, Solitude, Trinité, Vie cachée, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , , | 2 commentaires

Seigneur, prends pitié!

Brooklyn_Museum_-_The_Healing_of_Ten_Lepers_(Guérison_de_dix_lépreux)_-_James_Tissot_-_overall

Guérison des dix lépreux (par James Tissot)

On ne peut s’approcher de Dieu sans ressentir aussitôt nos limites et nos pauvretés. Dans son opuscule rédigé pour sa sœur âgée qui ne peut assister à la messe dominicale, dom Guillerand l’invite à s’unir spirituellement à cette liturgie paroissiale en commençant par demander pardon de ses propres fautes: Kyrie eleison! Voici la prière qu’il suggère à sa sœur:

« Seigneur Jésus, je crois bien ce que vous m’avez dit. Je crois que mon âme en grâce avec vous est un temple où réside réellement le Dieu trois fois saint, le Dieu en trois Personnes. En vous et par vous je possède ce Dieu, je possède ces trois Personnes. Elles déploient en moi cette vie éternelle qui est leur amour mutuel et infini; elles me communiquent cette vie; elles me font entrer dans cette grande circulation de leur être unique que le Père verse tout entier dans son Fils et que le Fils retourne à son Père et fait rentrer tout entier dans son Père; elles vivent en moi ce don mystérieux et plein de tout leur être qui est leur Esprit commun, leur unique amour. Elles me demandent de me donner comme elles se donnent et m’apprennent à le faire.

Et vous, Seigneur Jésus, vous êtes venu sur la terre pour nous enseigner ce céleste secret. Vous restez là, présent dans le tabernacle, vous vous immolez sur l’autel, vous vous donnez à la communion pour nous montrer comment Dieu se donne et comment nous devons nous donner. Et quand je rentre en moi-même, quand je me recueille pour prier, je suis en face de ce Dieu infini, de ces trois Personnes, je suis en leur présence, à leurs pieds, pauvre petite créature si insignifiante, mais aimée, et si grande parce que tellement aimée. Je suis là avec mon néant et mes misères, mon intelligence pleine de ténèbres, ma volonté pleine de faiblesses, mon cœur plein d’attaches aux biens éphémères … et j’entre avec ces trois Personnes dans les rapports délicieux qui les unissent et qui les comblent éternellement; je partage leur vie, leur amour et leur joie infinie.

Je n’ai qu’une chose à faire pour cela: reconnaître mon néant et ma misère, demander que ces Personnes prennent pitié de moi et qu’elles me communiquent ce qu’elles possèdent et qui me manque … Kyrie eleison, ayez pitié ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 111)

Publié dans Adoration, Amour, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Dieu, Eucharistie, Humilité, Kartusija, Kloster, Liturgie, Pardon, Recueillement, Spiritualité, Trinité | Tagué , , , , , , , , | 3 commentaires

L’unique créature « nécessaire »

marie_12

En cette fête liturgique de la Conception immaculée de la Vierge, il convient de saluer cette femme admirable et unique, destinée à fournir le trait d’union entre la nature humaine et la nature divine, le Christ, vrai Dieu et vrai homme.

« Je te salue pleine de grâces ». Ces paroles de l’ange Gabriel à Marie résument bien le mystère que nous célébrons en ce jour: la jeune fille est pleines de grâces, elle est la toute-sainte, celle qui fut préservée de tout péché (y compris de la tache du péché originel) par une grâce venant déjà de la mort de son Fils. Car il ne convenait pas que celle qui fournirait au Verbe éternel un point d’ancrage en ce monde fusse un seul instant soumise à la domination du Prince des ténèbres.

De toute éternité, le Dieu tout-puissant a donc prédestiné Marie à devenir la Mère de son Fils … et c’est là le fondement  de toutes ses autres prérogatives: conception immaculée, assomption glorieuse, etc. Lorsque Dieu pense à Marie, il y voit, d’une certaine manière, la créature «nécessaire»  à la réalisation de son plan salvifique. Mais n’allons pas penser que la Vierge aura eu la vie facile pour autant … elle a dû collaborer à la réussite de sa mission: elle a souffert, elle a prié, elle a patienté, elle a espéré. Elle fut surtout un modèle de confiance inébranlable; une confiance qui se traduisait par une soumission totale à la Volonté de Dieu, soumission admirablement exprimée dans l’hymne de la fête: « Elle a bâti sa demeure dans les vouloirs du Père. »

Le temps de l’Avent, qui nous prépare à Noël,  est donc rehaussé (et non distrait) par la fête de l’Immaculée Conception; une fête  qui ennoblit celle qui, enceinte, se prépare à accoucher le Messie, le Sauveur du monde:

« Voici la nouvelle Genèse;

en toi, Vierge immaculée,

la grâce originelle refleurit.

Notre terre n’est plus maudite,

nous la verrons bientôt donner le fruit de vie. »

(Hymne de la Fête)

Publié dans Annonciation, Écriture, Évangile, Contemplation, Dévotion mariale, Dieu, Esprit Saint, Incarnation, Jésus, Liturgie, Mystère, Rédemption, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire

L’homme ici-bas n’est qu’un souffle

(45)

En tant que créatures, nous ne pouvons pas ne pas en arriver , un jour, à constater que nos limites sont bien réelles et que notre présence sur terre n’est pas éternelle! «L’homme ici-bas n’est qu’un souffle» disait le psalmiste (Ps 39, 6). Cette constatation s’accompagne d’une autre qui lui est semblable: les limites de notre société! En un temps où les lois deviennent précaires et où le fondement de l’ordre établi s’éloigne des valeurs évangéliques, alors que beaucoup de choses jadis jugées anormales tendent à devenir acceptables, on ne peut que se poser la question: la société est-elle là pour nous … ou sommes-nous là  pour la société? Dans l’évangile, Jésus nous rappelle que tous les maux viennent du cœur de l’homme (Matthieu 15, 19);  la société, elle, ne fait que refléter nos dispositions intimes. Les lois, même les meilleurs, n’ont aucune garantie de stabilité par elles-mêmes … toutes étant soumises au bon vouloir des législateurs et de leur électorat!

D’où l’importance évidente des convictions personnelles et de la vie intérieure de nos contemporains. Force est d’admettre que, dans notre monde occidental tout au moins, la foi chrétienne est en forte baisse alors qu’on note une  hausse non minime du style de vie matérialiste et égocentrique. Nombreux sont les « chrétiens non pratiquants » qui vivent en pure contradiction avec leurs promesses du baptême et qui malheureusement finissent par s’y complaire: « Ils se voient d’un œil trop flatteur pour trouver et haïr leurs fautes » (psaume 36, 3). Ces personnes sont comme en chute libre face à leurs obligations religieuses; elles ont cessé d’entretenir la maison qu’est leur cœur. Ce malheur n’est pas d’hier! Voici ce qu’en pensait un écrivain du 4e siècle:  « Malheur à la maison que son maître n’habite plus!  (…) Malheur à l’âme , si elle n’a pas son Maître, le Christ, habitant en elle! Car, déserte, elle est remplie par la puanteur des passions et elle devient l’auberge du vice. » (Homélie du 4e siècle, PG 34, 709)

En ce temps de l’Avent, temps de préparation spirituelle à la fête de Noël, écoutons attentivement la voix de l’Église qui  crie à nouveau dans le désert de ce monde: « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Matthieu 3, 3). Puissions-nous ouvrir notre cœur à Celui qui baptise « dans l’Esprit saint et dans le feu »!

Publié dans Adoration, Amour, Église, Évangile, Baptême, Conversion, Démocratie, Dieu, Humilité, Miséricorde, Politique, Société, Temps présent, vie moderne | Tagué , , , , , , , | 1 commentaire

Église abandonnée et déserte

bcd75b4e8ce9e8bdff72d1fe998b9158

Dans son opuscule Liturgie d’âme, dom Guillerand invite sa sœur âgée et impotente à débuter sa messe spirituelle en entrant en elle-même pour y retrouver la présence de Dieu. Voici comment cet éminent chartreux s’exprime:

« Mon Dieu, mon âme est un temple; le baptême en a fait votre résidence aimée; vous en occupez cette part spirituelle et profonde qui en est le centre et qui est le foyer mystérieux de toutes mes facultés. Vous vous y tenez sans cesse; vous m’appelez à vous y rejoindre; vous voulez vous y donner à moi, me communiquer vos pensées, vos sentiments, vos vouloirs, toute votre vie qui est la vie éternelle.

Hélas! Je ne sais pas répondre à vos appels, je ne sais pas franchir ce seuil intime de mon être. Je reste dehors; je regarde par la fenêtre; mes yeux, mes oreilles, ma mémoire et mon imagination m’emportent sans cesse loin de vous vers les riens qui passent et je vous laisse tout seul, vous le seul Être qui demeure. Que vous êtes méconnu et abandonné ici-bas dans nos églises de pierre et dans les temples spirituels de nos âmes désertes!

Aujourd’hui du moins (et pourquoi ne le ferais-je pas souvent désormais) pour remplacer cette messe paroissiale à laquelle je ne puis me rendre, j’entrerai dans ce sanctuaire, je m’approcherai de cet autel de mon âme, je vous présenterai mon pauvre être qui se disperse et se fatigue à la poursuite de réalités vaines; je le recueillerai comme le moissonneur ses grains; je referai en vous et par vous son unité qui est sa force; au lieu de mille pensées en désordre et de désirs incohérents, je n’aurai plus qu’une pensée et qu’un désir: vous connaître, vous aimer vous seul et tout aimer en vous et pour vous. « Je m’approcherai de l’autel de Dieu, du Dieu qui fait aux âmes une éternelle jeunesse » (Psaume 43). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 110)

Publié dans Adoration, Église, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Eucharistie, Kartusija, Kloster, Liturgie, Prière, Solitude, Spiritualité, Vie cachée | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Ces mêmes paysages toujours nouveaux!

iti-01-img02

 Dieu est un mystère dont même les contours nous échappent. Lui seul peut se révéler … et c’est ce qu’il a fait par la Création et par ses interventions dans l’histoire de l’homme dont l’Incarnation  est le plus bel exemple.

Jésus est donc le chemin que nous devons emprunter pour arriver à la connaissance authentique du Père. Et c’est précisément ce chemin que l’Église, animée par l’Esprit, emprunte chaque année pour nous conduire progressivement à cette connaissance qui surpasse toutes les connaissances: ce processus a pour nom la contemplation liturgique.

Nous commençons, cette semaine, une nouvelle année liturgique qui nous fera gravir, comme par les années passées, la montagne de la connaissance de Dieu par un chemin en spirale alors que les mêmes paysages nous seront de nouveau présentés : naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires: Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et entre autres … la couleur! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois sur-utilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y faire répondre, à nouveau, sans défaillance:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

Publié dans Église, Contemplation, Création, Dieu, Esprit Saint, Incarnation, Jésus, Liturgie, Mystère, Paysage, Spiritualité | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Avons-nous vraiment le désir du Ciel?

220px-Saint_Augustine_and_Saint_Monica

Nous sommes rendus à la toute fin de l’année liturgique. L’Église nous invite à méditer sur le triomphe final du Bien sur le Mal, sur le Jugement général  et sur l’éventualité  de notre propre mort. Notre espérance, à nous chrétiens, n’est pas de ce monde mais réside en Dieu lui-même. Chaque jour, nous demandons au Père que son règne vienne … alors pourquoi certains sont-ils craintifs face à la mort? C’est la question que se pose ce grand évêque de Carthage, saint Cyprien (+258), qui vivait durant les grandes persécutions romaines. Écoutons-le:

« Nous sortons de ce monde trop souvent par contrainte et nécessité, non par une libre obéissance. Et nous attendons de Dieu les honneurs de la récompense céleste, alors que nous venons à lui de mauvais gré! Pourquoi demandons-nous dans la prière que le règne des cieux vienne, si nous prenons un tel plaisir à la captivité de la terre? Pourquoi insistons-nous par des supplications répétées pour que le jour du règne se hâte, si nos plus grands désirs et nos vœux les plus ardents sont pour servir ici-bas le démon, plutôt que pour régner avec le Christ? Puisque le monde hait le chrétien, pourquoi aimes-tu celui qui te hait, au lieu de suivre le Christ, qui t’a racheté et qui t’aime? (…)

Nous devons considérer, mes frères bien-aimés, et méditer continuellement que nous avons renoncé au monde, que nous passons ici-bas provisoirement comme des étrangers et des voyageurs. Accueillons avec joie le jour qui fixe à chacun son véritable domicile, qui nous délivre de ce monde et de ses filets pour nous rendre au Paradis et au Royaume. Quel exilé ne serait pas pressé de rentrer dans sa patrie? Un grand nombre de ceux que nous aimons nous y attendent; une immense foule de pères, de fils, de frères nous désirent. Ils sont déjà sûrs de leur propre salut, et encore inquiets du nôtre. Quel bonheur partagé, pour eux et pour nous, de nous revoir, et de nous embrasser! Quel bonheur , dans ce royaume céleste, de ne plus craindre la mort! Quelle félicité parfaite et perpétuelle, de vivre pour l’éternité! (…)

Hâtons-nous de les rejoindre, frères bien-aimés, par un désir plein d’impatience. Que Dieu voie en nous cette pensée; que le Christ découvre cette résolution de notre âme et de notre foi. Il nous donnera d’autant plus largement sa gloire que nous l’aurons plus fortement désirée. »   (Traité sur la condition mortelle de l’homme, CSEL 308-314)

Publié dans Angoisse, Église, Bonheur, Cieux, Désespoir, Désir de Dieu, Dieu, Espérance, Foi, Joie, Monde, Spiritualité, Vie éternelle, vie moderne | Tagué , , , , , , , | 2 commentaires

Purification spirituelle et eau bénite

thV11P1BZT

Seau à eau bénite avec goupillon

Dans le passage suivant, tiré de son explication de la messe, dom Augustin Guillerand rappelle à sa sœur âgée les bienfaits du rite de l’aspersion d’eau bénite (au début de la messe dominicale) et l’invite à s’asperger de cette eau:

« L’amour veut l’union. S’il trouve des séparés il les rapproche. Mon Dieu, le péché nous a profondément séparés. Il a jeté sur le clair miroir de mon âme une fange horrible qui a sali votre image et défiguré vos traits. Il l’a remplie de ténèbres et je ne puis plus voir votre Vérité qui est le Bien même et la Beauté parfaite. Le Baptême l’a renouvelée sans doute; la Pénitence me purifie toutes les fois que j’ai l’honneur d’y implorer et d’y recevoir votre pardon. Mais les tendances au mal demeurent et, sans cesse, mille petites fautes étendent entre vous et moi comme des voiles. Sans cesse donc il faut que je me plonge dans le bain purifiant de votre grâce. Vous avez mis à ma disposition mille moyens de le faire. L’eau bénite en est un. J’aime l’eau bénite. L’eau est l’élément des purifications naturelles; elle refait les blancheurs perdues. Bénie par le prêtre, elle devient un élément de purification spirituelle; elle fait disparaître les dernières traces du péché; elle rend à l’âme sa netteté parfaite.

Je l’ai là sous la main; j’en baigne mon front et les pensées qui l’habitent, mon cœur et les sentiments dont il bat. Par elle, un peu de votre vie coule en moi et divinise ma propre vie. Je suis plus pure, plus à votre image, plus près et plus aimée de vous. Elle me permettra d’entendre avec plus de fruit cette Messe intime que vous allez célébrer dans le silence de mon âme. »

«Écrits spirituels, tome 2, page 109)

Publié dans Adoration, Baptême, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Dieu, Eucharistie, Kartusija, Kloster, Liturgie, Pardon, Prêtrise, Prière, Spiritualité | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Ai-je vraiment confiance en Dieu?

thSJY8JEGC

Avouons-le, il y a des situations qui ne sont pas faciles à vivre! Comme si personne de notre entourage s’avérait capable de nous aider ! D’où un choix à faire: ou bien se référer à Dieu, ou bien se référer à soi-même! Pour ceux qui ont la foi, c’est la prière; pour ceux qui ne l’ont pas, c’est la déprime ou la panique. La Providence divine nous fait souvent passer par ce genre de difficultés qui fait toucher du doigt nos limites et, par ricochet, la place que Dieu devrait avoir dans nos projets de vie. Notre éducation d’enfant de Dieu invite et même exige ces mises à l’épreuve pour nous faire grandir. Personnellement, j’ai découvert peu à peu (et au fil de longues années) que l’ABANDON TOTAL à Dieu était la seule réponse valable.

Avons-nous peur de Dieu? Je discutais récemment de cet abandon total à Dieu avec une personne consacrée et celle-ci, à ma grande surprise, m’avoua que ce genre d’abandon n’était pas indiqué pour certaines catégories de gens comme, par exemple, les jeunes couples qui doivent prévoir l’avenir de leur petite famille!! Comme si l’abandon à la divine Providence nous dispensait de prévoir notre avenir … et comme si cet acte de totale confiance s’avérait risqué, voire dommageable, laissant le champs libre au Créateur  de nous écraser dans les minutes qui viennent, une sorte d’épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes. Non! Non! Dieu n’est pas une force cosmique indifférente à nos besoins; il est un Père qui nous aime vraiment et qu’il l’a prouvé en nous tirant du néant, en nous rachetant de nos erreurs et en se faisant tout près de nous « doux et humble de cœur »! L’abandon total à Dieu n’est pas réservé aux franciscains ou autres personnes consacrées et, encore moins, ce genre d’abandon est-il une invitation masochiste à une plus grande souffrance! Ce geste est tout simplement un acte de confiance absolue envers Celui qui, connaissant nos besoins, peut nous inviter à une plus grande disponibilité à son service. Et voilà ce qu’il importe de retenir, ici : une plus grande disponibilité!

« On n’a jamais trop de confiance dans le Bon Dieu, si bon et si miséricordieux » aimait répéter Thérèse de l’Enfant-Jésus. Que faisait-elle alors de si spécial sinon de prendre au sérieux cette recommandation  de l’apôtre Paul aux chrétiens de son temps: « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu; c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Romains 12, 1). Et, remarquons-le, cette «hostie vivante» n’est rien d’autre qu’une décision à se laisser transformer: « Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. » (Romains 12, 2)

Par la grâce de notre baptême, nous sommes donc invités à vivre dès ici-bas ce don total, cette confiance  qui sera un jour l’apanage de notre vie céleste: l’offrande de tout nous-même à l’Amour miséricordieux. Puissions-nous  avoir sagesse et courage pour le réaliser dès aujourd’hui, non certes par nos propres forces mais en Celui qui se dit l’unique chemin qui mène vers le Père. Amen!

Publié dans Adoration, Angoisse, Dieu, Dieu Père, Foi, Monde, Obéissance, Pédagogie divine, Prière, Providence, Souffrance, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | 1 commentaire

Une messe célébrée en mon âme?

03n(G. Chart.)

Dans son opuscule Liturgie d’âme, dom Guillerand veut aider sa sœur, âgée et infirme, à s’unir à la messe dominicale de sa paroisse. Pour ce faire, il lui propose un monologue spirituel tout inspiré d’amour, de désirs et d’actions de grâce:

« Mon Dieu, je n’irai pas dans votre demeure de pierre aujourd’hui: je suis immobilisée dans la mienne et grande est la distance qui les sépare.

Votre vraie demeure c’est notre âme et c’est notre amour; « Si quelqu’un m’aime, avez-vous dit, il garde mes commandements et nous viendrons en lui et nous y demeurerons » (Jean 14, 23). Mon âme est donc un sanctuaire où vous résidez, Je puis vous y rejoindre, vous adorer, vous aimer, vous parler, vous dire mes besoins, ma faiblesse et aussi, pourquoi pas, mes bons mouvements et mes efforts. Je puis vous confier mes petites peines et les unir aux vôtres qui furent si grandes; je puis m’offrir à vous, avec tout ce que j’ai d’être et de vie, pour que vous fassiez de moi ce que vous voudrez … Je suis si sûre que ce que vous en ferez sera mon plus grand bien et votre plus grande gloire! Je puis vous demander de vous donner à moi, de me communiquer ces vertus qui me manquent et que vous possédez si parfaitement. Vous aimez tant cela, vous donner! Car vous êtes l’Amour même, c’est-à-dire le don de soi.

S’offrir, se sacrifier, se donner, n’est-ce pas là ce qui se fait à la messe? Offrande, immolation, communion. Je puis donc assister à une messe dans le temple de mon âme. Elle sera dite par vous et pour moi seule! Elle sera une heure douce et féconde dans la silencieuse solitude de mon dimanche. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 108)

Publié dans Adoration, Amour, Église, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Eucharistie, Kartusija, Kloster, Liturgie, Prière, Vie cachée | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire