L’ambivalence des démonstrations populaires

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Vos mains me tendent les rameaux
pour l’heure du triomphe:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi blesserez-vous mon front
de ronce et de roseaux,
en vous moquant ?

Je viens monté sur un ânon,
en signe de ma gloire:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi me ferez-vous sortir
au rang des malfaiteurs,
et des maudits ?

Voici que s’ouvrent pour le Roi
les portes de la Ville:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi fermerez-vous sur moi
la pierre du tombeau
dans le jardin ?

(Didier Rimaud)

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En cette fête du 25 mars

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L’Angelus   (Jean-François Millet, 1859)

Plus j’avance en âge, plus je tends à simplifier ma vie de prière en me concentrant sur certaines données de la Foi qui résument l’essentiel de notre religion. Le mystère de l’Incarnation du Verbe, fêté le 25 mars, est l’une de ces vérités. Et je suis choyé car l’Église nous invite à souligner ce mystère trois fois par jour! Vous aurez compris qu’il s’agit de cette dévotion appelée l’Angélus, si bien représentée par le peintre français Jean-François Millet, et autrefois annoncée publiquement par le tintement de la cloche paroissiale à 6h, midi et 18h.
Permettez-moi de vous partager brièvement ma récitation personnelle, laquelle entend souligner l’aspect trinitaire de cette dévotion :

1. L’ange du Seigneur annonça à Marie, et elle conçut du Saint Esprit:
Honneur à vous, Père, qui avez décrété l’Incarnation rédemptrice du Verbe comme sommet de la révélation de votre amour pour nous. « Je vous salue Marie … »

2. Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole:
Honneur à vous, Esprit Saint, qui avez fait en Marie un chef d’œuvre d’humilité et avez opéré en elle la merveille de l’Incarnation. « Je vous salue Marie … »

3. Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous:
Honneur à vous, Jésus Verbe éternel, qui vous êtes abaissé pour nous relever, et qui avez souffert la passion et la mort pour nous obtenir la vie éternelle. « Je vous salue Marie … »

Priez pour nous sainte Mère de Dieu. R/ Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.

Prions: Répandez, Seigneur, votre grâce dans nos âmes; afin qu’ayant connu, par le message de l’ange, l’Incarnation du Christ votre Fils, nous soyons conduits par sa passion et par sa croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus Christ, notre Seigneur. Amen.

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Fin du commentaire du Prologue de Jean

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Intéressant de noter que dom Guillerand termine son commentaire avec le verset 14, alors que le Prologue se poursuit jusqu’au verset 18. Pour quelle raison? Probablement parce que, de son temps (et ce, depuis des siècles), tout prêtre catholique récitait cette version abrégée du Prologue (appelée « dernier évangile ») à la toute fin de la messe latine. Cette récitation quotidienne aura contribué à en faire, dans son esprit, un tout complet en lui-même.

Et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique

(Jean 1, 14)

« L’âme se donne parce qu’elle voit l’Amour qui se donne, comme le Verbe se donne à son Père parce qu’il voit le Père qui se donne, pour faire comme lui: « Il fait de même ». Elle voit l’Amour dans les détachements du Verbe incarné. Elle le voit s’élevant au-dessus de tout le créé, brisant tout lien, s’en dégageant, emporté par le seul souci de son Père. Dans ce mouvement qui l’emporte elle reconnaît le mouvement du Principe qui le lui communique: « Et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique ». (…)

Vivre, c’est voir la gloire du Fils unique dans la chair; cette gloire, c’est de reproduire le Père qui le donne: « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3, 16). Vivre, c’est voir ce don du Père et du Fils dans la chair où celui-ci s’est incarné et se donne. Mais on ne le voit que si on l’accueille et le possède en soi; c’est lui qui doit voir en nous; il y voit s’il y est, si nous avons son Esprit d’amour, si nous nous donnons comme il se donne, si nous nous arrachons comme lui à tous les liens de la chair et de la vie naturelle humaine. Il ne l’a prise que pour s’immoler. Cette vie est ténèbres enveloppant la Lumière. La Lumière brille si elle brise cette enveloppe. Les âmes qui voient et qui vivent sont les âmes qui ont consenti ce brisement. Brisement total: car la Lumière est au fond; elle est toute grâce et toute vérité: « plein de grâce et de vérité ». Elle est l’Amour et elle l’exprime. Mais cette expression se cache dans les ténèbres, et les ténèbres la masquent si elles ne sont dissipées.

CONCLUSION

Tel est ce Prologue de saint Jean, cette présentation large de toute la doctrine que cet évangile développera. Tous les discours et tous les récits qu’il contient y sont en germe. En eux il faut retrouver les lignes du Prologue, et dans le Prologue les développements de l’évangile. En tous parle la voix divine qui dit: « J’éclaire et j’aime. J’éclaire mon amour; je révèle que mon Être c’est d’aimer et de se donner. Quiconque entend cela me connaît, me voit. Il reçoit en lui mes traits; il devient mon image, et en moi il voit le Père ». J’aurais pu me contenter d’écrire cette dernière phrase. Elle dit tout; mais elle ne représentait pas au début ce qu’elle exprime maintenant à mon esprit cependant si court. Ainsi se lève en nous la lumière, par petites touches successives dont la suivante ne semble rien ajouter à la précédente, et dont l’ensemble sera néanmoins l’ineffable splendeur de ma vie éternelle.

Il ne faut donc ni cesser d’écrire, ni cesser de méditer, de regarder, de tendre mon âme vers la Lumière vraie qui sans cesse se donne, accueillir ce qu’elle donne, quand et comme elle se donne. Le temps successif prépare la durée stable; les mouvements répétés s’achèvent dans le mouvement qui persiste. Je fais des exercices; j’apprends à voir et à vivre. Tout effort est un pas vers la vérité même et la vraie vie. Ceux-là seuls y arrivent qui se résignent à cette marche et qui ont le courage de recommencer. Je ne regrette pas les heures consacrées à écrire ces pages, si j’ai compris la nécessité de ce courage et la valeur pratique de ces recommencements.

L. J. C. (Laudetur Jesus Christus) 17 septembre 1942. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 124 ss)

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Ils sont nés de l’Esprit

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Bien que le Verbe incarné ait été rejeté par la majorité des siens, sa lumière n’en fut pas moins accueillie par de nombreux disciples, ceux dont saint Jean dit qu’ils « ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jean 1, 13). Laissons notre chartreux nous le redire en ses propres termes:

« Enfin la Lumière est venue. Le grand fait est accompli: « Il est venu dans sa propriété », il est venu chez lui, il a paru, il a parlé, et on n’a pas su le reconnaître et le recevoir. Les âmes sont restées closes à ce rayon qui était la Lumière vraie, le Verbe de la Vérité et de la Vie. Heureusement, il y a eu des exceptions. Elles retiennent seules l’attention de l’évangéliste. Les autres sont des possibilités manquées, des êtres qui pouvaient s’unir à l’Être qui est et trouver en lui le complément de leur néant, mais ils l’ont manqué.

Celles qui l’ont reçu ont sacrifié ce néant, elles l’ont dépassé; elles sont allées courageusement jusqu’au fond de ce néant, et dans ce fond secret elles ont trouvé l’Être vrai, elles l’ont reconnu, elles s’y sont unies, et maintenant elles sont nées de lui à la vraie vie. Par delà les liens du sang qu’elles ont sacrifiés, par delà les désirs de la chair et les vues mêmes de leur raison, par delà les vouloirs de tout leur être naturel qu’elles ont immolé, elles ont rejoint la Lumière qui se donne, l’Amour qui s’illumine, elles l’ont reconnu sous les voiles de cette nature dont il s’était revêtu, elles l’ont vu sous ces traits qui paraissent et qui restent (car l’Amour veut l’union, l’union stable, sans fin), et son image s’est engendrée en elles, elles sont nées de Dieu dans le temps comme lui-même est engendré de toute éternité. Il a pris en elles une vie nouvelle, il s’y est fait chair, il y a fixé sa demeure, il y reste, il est leur vie; elles vivent en lui, de lui; c’est lui qui vit en elles, sans détruire leur vie, mais en la transformant, en lui communiquant une forme supérieure, la forme même de Dieu: « ex Deo nati ».

Cette naissance se fait dans le temps parce qu’elle se fait dans la chair: « et le Verbe s’est fait chair ». Elle renouvelle, elle continue et étend la naissance dans le sein de Marie. Ce n’est pas une autre naissance: le même Verbe est conçu du Saint-Esprit par la même opération spirituelle qui est communication de lui-même. Le Verbe y procède de l’Amour qui se répand dans une âme et qui déclenche dans l’âme un même mouvement d’amour. Le Verbe par amour vient à l’âme, et l’âme vient au Verbe. Le Verbe vient en illuminant son amour, il montre à l’âme son amour et l’âme en face de cette lumière reconnaît l’Amour même, elle l’accueille, elle fait ce que fait le Verbe éternel et elle reçoit la vie du Verbe: « Le Père aime et révèle … le Fils fait de même ». Alors le Verbe qui était dans le Principe est prononcé par le Principe dans cette âme, et par l’âme dans la chair qu’elle anime. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 122 s)

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Joseph le Juste

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Le 8 décembre 2020, le pape François, célébrant le 150e anniversaire de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle, a écrit une lettre apostolique dans le but avoué « de faire grandir l’amour envers ce grand saint, pour être poussés à implorer son intercession et pour imiter ses vertus et son élan ».

Après y avoir parlé de Joseph comme « père » dans divers secteurs de la vie familiale (tendresse, obéissance, accueil, courage créatif, travail, etc.), le Saint-Père termine son panégyrique par une courte prière qui invite à « aller à Joseph » avec grande confiance:

« Salut, gardien du Rédempteur,
époux de la Vierge Marie.
À toi Dieu a confié son Fils ;
en toi Marie a remis sa confiance ;
avec toi le Christ est devenu homme.

O bienheureux Joseph,
montre-toi aussi un père pour nous,
et conduis-nous sur le chemin de la vie.
Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage,
et défends-nous de tout mal. Amen.
»

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Notre réponse à la Lumière

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L’Incarnation du Verbe exige une réponse libre de la part de la créature: elle doit accueillir la Lumière où la refuser. Blessés par le péché, nous devons nous détacher des ténèbres et nous attacher à cette Lumière. Dom Guillerand nous explique ici cette lutte incessante de détachement et d’attachement:

« Notre vie divine est là: dans notre réponse à la Lumière. C’est cette réponse qui accroît notre être. C’est elle que le Verbe, Lumière vraie, est venu faire ici-bas pour que nous voyions comment répond le Fils et comment, à son exemple, nous pouvons devenir fils. Voilà pourquoi « il est venu parmi nous », dans ce monde qui est son œuvre, dans cette terre juive, qui était plus particulièrement sa terre. Et voilà pourquoi il se présente à chacun de nous pour que chacun puisse le recevoir, faire ce qu’il a fait, devenir peu à peu ce qu’il est . (…) Mais en nous son image est ensevelie dans la matière comme la petite semence dans la terre, comme le fœtus au sein maternel, comme l’idée naissante dans l’esprit qui l’a conçue. Cette image peut devenir « enfant de Dieu »; mais elle ne l’est pas encore. Non seulement elle n’a pas acquis le développement qui la fera passer dans tout l’être et lui donnera les traits du Père céleste, mais cet être dont elle doit s’emparer pour le faire à la ressemblance divine est occupé par celui qui est l’adversaire de Dieu. Le développement du germe divin rencontre cette opposition; la lutte s’ensuit, incessante et terrible … et néanmoins très belle dans le plan de l’Amour.

La lutte, c’est la recherche de Dieu caché dans les choses. Nous sommes pour lui, et il est là, dans ces choses, pour nous. Mais il faut l’y rejoindre. Le mouvement qui le rejoint, c’est le mouvement du petit germe. L’Esprit qui l’occupe l’éclaire et le dirige. Il est le moteur secret, l’âme vivante et qui se communique à tout ce qui l’entoure. Nous pouvons et devons « naître à lui » à chaque instant. Cette naissance s’exprime par deux formules, mais s’accomplit par un acte unique. Nous devons nous arracher au créé; nous devons nous attacher à Celui qui nous engendre. L’arrachement n’est qu’un moyen, l’attachement est tout. Il faut voir et vouloir l’union; il faut consentir les séparations qu’elle impose. Accueillir la lumière du Verbe, c’est fermer la porte et expulser les ténèbres.

Mais la Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres peuvent devenir lumière. Les créatures, celles qui nous sont liées par le sang, celles qui sollicitent nos sens, celles qui devenues les idées de notre esprit veulent mener notre existence, peuvent nous conduire à la Lumière. Aimées pour elles-mêmes (ou mieux pour nous-mêmes) elles sont ténèbres et elles nous laissent dans notre nuit. Aimées pour la Lumière qu’elles enferment, elles deviennent ses instruments et nous la livrent. Or, l’ennemi de la Lumière s’est emparé de nous; il est en nous; il règne en nous; il provoque en nous l’amour des choses pour elles-mêmes et pour nous-mêmes: il produit en nous les ténèbres où il peut nous tromper. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 118 s)

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L’Incarnation suffirait-elle?

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Dom Guillerand en arrive à commenter le point central du Prologue, soit l’Incarnation du Verbe. Il va le faire en mettant l’accent sur l’habitation du Verbe en nous personnellement (« et habitavit IN nobis ») plutôt que de s’étendre sur la notion plus générale de son habitation parmi nous (« et il a habité PARMI nous »). Car il ne suffit pas que Dieu se fasse homme … il doit être accueilli par chacun d’entre nous. Écoutons encore une fois ce chartreux nous l’expliquer à sa façon:

Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jean 1, 14)

« L’Incarnation ne suffit pas, il faut l’habitation en nous. L’Incarnation nous offre le Verbe; elle le met à notre disposition: elle nous permet de l’accueillir, si nous voulons, elle donne le pouvoir de devenir enfants; elle ne nous constitue pas « enfants ». Nous devenons enfants si le Verbe devenu l’un de nous, homme comme nous, par l’Incarnation, entre en nous, en chacun de nous, y renouvelle pour chacun et en chacun cette Incarnation, s’empare de notre nature individuelle comme, par l’Incarnation en Marie, il s’est emparé de la nature humaine en général, y vit sa vie terrestre, en renouvelle plus ou moins toutes les étapes. Il ne le fait que si nous lui sommes un sein de mère entièrement livré à l’action de l’Esprit-Saint.

De là le rôle de la Sainte Vierge et celui de l’Esprit-Saint (et aussi la place nécessaire plus effacée de saint Joseph et des saints Anges) dans une vie chrétienne. La Vierge doit être là pour nous aider à livrer notre corps à l’Esprit. Sans elle il n’a jamais été dit: « Qu’il me soit fait selon votre parole » (Luc 1, 38), et il ne sera jamais dit « Me voici, je suis à vous » à Dieu qui offre son Fils par son Esprit. Elle doit être là dans la préparation plus ou moins longue, souterraine et cachée, où l’Esprit enfante l’amour dans notre esprit pour se communiquer à partir de là à notre chair. Tout ce qui s’est fait en elle doit donc se faire en nous … et par elle. Elle est mêlée (et indispensablement) à tous nos divins rapports. Elle est toujours « Marie de qui Jésus naît » (Matthieu 1, 16).

L’action de l’Esprit qui se fait en nous comme en elle présente un mystère analogue: « Il te couvrira de son ombre » (Luc 1, 35). Jésus s’incarne dans l’ombre, dans une ombre qui est le reflet même de la Lumière vraie. Le Saint-Esprit ne peut pas se donner à une âme humaine dans sa clarté propre tant qu’elle est encore ici-bas. Car il est esprit pur, et l’âme ensevelie dans un corps. L’ombre dont il s’enveloppe est une précaution de l’Amour; il veut se communiquer; et il ne peut le faire que dans cette ombre. Dans la matière sa Lumière s’incarne; l’ombre est le reflet de la Lumière dans la matière à travers laquelle elle se donne à nous.

Pour nous cette ombre c’est la foi. La foi est la lumière de l’Esprit-Saint tamisée pour nous rejoindre. Elle se tamise en traversant l’écorce de notre corps et de nos sens; elle s’adapte à notre esprit plongé dans la matière. Elle s’entoure elle-même de matière: ce sont les mots, les phrases, les Livres Saints, tout l’appareil extérieur qui recouvrent la vérité et nous l’approprient. Notre esprit la découvre sous ces voiles qui sont à sa mesure; il y découvre la Lumière vraie, le Verbe, et son Esprit d’amour qui se cache ainsi pour se donner. Cette foi, cet acte rejoint l’Esprit de Dieu dans ses présentations humaines; il nous unit à lui. Il nous unit à condition que nous le reconnaissions. Il faut voir en lui la Lumière qui se donne, la Lumière-Amour. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 116 s)

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Le pouvoir de devenir enfants de Dieu

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Dieu envoie son Fils dans le monde pour qu’on le reçoive et qu’il fasse de ceux qui l’accueillent des fils et des filles. Comment s’accomplit concrètement cette nouvelle naissance? Laissons la parole à notre commentateur chartreux, dom Augustin Guillerand:

Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom (Jean 1, 12)

« Le mot Verbe que saint Jean donne à ce Fils est très significatif. Ce Fils est une Parole dans laquelle et par laquelle s’exprime Celui qui parle. Le Fils est donc l’expression de Dieu. Dieu l’engendre en disant son Être. (…) Et moi, comme Jésus, je dit: « Quiconque accueille en son âme le Verbe, le Verbe dans cette âme fait ce qu’il fait au sein du Père, et cette âme est un enfant de Dieu comme le Verbe qu’elle reproduit ». Il y a cependant une différence: le Fils unique était au sein du Père de toute éternité, et il ne faisait qu’un avec le Père; il était en Dieu et Dieu comme le Père. Les enfants de Dieu, que le Père engendre quand le Verbe incarné est reçu par les âmes, commencent dans le temps et ne se constituent que peu à peu. Ils reçoivent seulement le pouvoir de devenir, de devenir enfants; l’image divine est en eux un germe qui doit se développer. Comment se fait ce développement? La question est intéressante au premier chef … et le disciple aimé va y répondre aussitôt avec précision.

« Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom ». On devient enfants de Dieu par la foi; on développe le germe de vie divine en développant la foi. La foi est tout dans l’Évangile. Je l’ai remarqué nettement. J’y reviendrai; l’idée est absolument capitale.

Croire n’est pas seulement donner son esprit à la vérité, c’est livrer son âme et tout son être à celui qui la parle et qui est cette vérité. Croire, c’est vivre … et cette vie est la Vie même: « Croyez en moi, dit Jésus. Celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jean 6, 47). L’enfant de Dieu, c’est celui qui croit à la présence de cette vie en Jésus et qui, par cette foi, s’unit à elle en lui, s’en empare, la fait sienne et devient sien. Croire, c’est le recevoir. C’est recevoir l’Esprit que le Père lui communique: c’est sa vie, et c’est la vie du Père. Elle le fait fils, et elle nous fait enfants. Ceux qui croient en lui sont donc enfants en lui et comme lui, mais adoptés.

En entrant dans une âme par la foi, Jésus ne donne que de pouvoir devenir enfants. Il faut vivre ce titre pour le réaliser; il faut vivre en enfants. C’est la loi de tous les développements de vie créée. Dieu ne donne que le germe. L’être vivant trouve dans le germe une énergie qui lui permet de devenir. Le devenir est sa loi. L’être est la loi de Dieu. La créature vivante n’est pas uniquement l’œuvre du Créateur, elle est aussi son œuvre à elle, la fille de ses propres œuvres. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 114 s)

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Les siens ne l’ont pas reçu!

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Le drame de l’amour divin rebuté se poursuit … péché originel, péchés personnels, refus même du peuple élu! Dom Guillerand aborde brièvement, aujourd’hui, cette dernière étape de l’histoire du salut:

Il est venu dans sa propriété et les siens ne l’ont pas reçu

(Jean 1, 11)

« Dans le monde qui lui appartient tout entier, le Verbe s’est choisi une terre et un peuple dont il a fait plus spécialement sa terre et son peuple. C’est là qu’on devait attendre et préparer sa venue. Les Juifs sont séparés des autres peuples pour jouer ce rôle. Leur histoire est étrange, leurs idées à part; tout les isole et forme comme une barrière entre eux et les nations qui les entourent. Souvent vaincus, soumis, conquis, exilés, transportés en masse à l’étranger et remplacé par ces étrangers sur leur propre territoire, ils ne se mêlent pas aux autres. Une littérature, un corps de doctrine, des rites particuliers les distinguent. Une espérance invincible, basée sur des promesses divines qui sont leur raison d’être les anime tous et partout, les fait conquérants de leurs vainqueurs.

C’est dans cette propriété, dans cet enclos réservé, dans ce fief choisi, que le Verbe s’est présenté. D’un mot effrayant l’évangéliste décrit l’accueil reçu: « Et les siens ne l’ont pas reçu ». Ils sont à lui; ils sont son œuvre; il les a faits; il leur a donné d’être un peuple à part; ils lui appartiennent à tous les titres qu’on puisse imaginer; leur terre, leurs lois, leur esprit, leur culte, tous ces détails de leur vie ont été déterminés par lui; il est intervenu dans les moindres incidents de leur histoire. Tout était ordonné à lui et par lui; et quand il est venu il a été repoussé: l’évangile qui développe ce prologue dira comment. Le Prologue ne fait qu’annoncer ce récit qui suivra mais en quels termes: « On lui a fermé la porte de son domaine, et on l’a jeté dehors ».

Il faut essayer de se représenter ce qu’étaient de telles paroles sur les lèvres de celui qui voyait en lui la Lumière et l’Amour infinis et qui ne vivait que de cette vision. Il faut songer que tout le long des siècles ce refus se renouvelle … et que l’Amour repoussé ne cesse de frapper à la porte des cœurs. Il faut penser aussi que c’est un passant qui s’offre à pleine âme, mais qui ne revient pas. Il faut songer au trésor qu’il offre et que saint Jean va nous dire maintenant: « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». »

(Écrits spirituels, tome 1, page 112 s)

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Adam après la faute

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Poursuivant son commentaire du Prologue de Jean, et plus particulièrement du verset 10 « et le monde ne l’a pas connu », dom Guillerand aborde ici la deuxième partie de son exposé soit la faute originelle et ses conséquences:

« La faute consista dans un mouvement qui détourna Adam de Dieu. Ce fut la grande habilité du démon: « Pourquoi ne mangez-vous pas du fruit de cet arbre? … Ève regarda le fruit, elle vit qu’il était beau aux yeux, doux au goût » (Genèse 3, 6). Ève vit cela en dehors de Dieu, sans la lumière de l’amour. Elle ne vit plus que des ombres passagères: la beauté qui ravit les yeux, la suavité qui flatte le goût. Vus en Dieu, ces attraits sensibles sont de la lumière; ils reçoivent de la Lumière vraie dans laquelle on les regarde une beauté surélevée qui est la beauté même du Verbe. La plus humble fleur, le fruit le plus vulgaire, l’être le plus banal, participent à cette beauté. Vus en dehors de Dieu, ce sont les ténèbres. Ève s’arrêta à cette surface ténébreuse; elle ne regarda plus avec la lumière du Verbe qui la dépasse; elle ne vit plus l’Être vrai qui se cachait sous ces dehors sensibles; elle n’entendit plus la voix qui disait: « Je suis la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il a la lumière qui est la vraie vie » (Jean 8, 12). Il a la vie qui est la lumière vraie. La voix avait dit: « Si vous mangez de ce fruit vous mourrez ». Une autre voix disait: « Vous ne mourrez pas … vous deviendrez comme des dieux ».

Le fruit, entre ces deux voix, fait entendre la sienne, la voix de ses attraits extérieurs. Ève écoute cette voix, la voix de cette forme qui est belle, qui promet aux sens du plaisir. Ève reste dans cette région des ténèbres, est sourde à la voix de Celui qui s’est caché sous ces attraits pour se donner à ceux qui sauront les dépasser. Elle est faite pour lui et elle reste en dehors de lui. Elle perd ses rapports avec lui qui est Lumière et Vie; elle leur préfère ses rapports avec le créé qui est ombre et néant; et elle reste dans cette « ombre de la mort ». Elle y reste … et elle y entraîne Adam avec elle. Ensemble ils engendrent des enfants de ténèbres au lieu d’enfants de Dieu qui est Lumière. Les enfants des ténèbres forment « le monde ».

Le péché divise de Dieu son œuvre créée. Il l’avait faite hors de lui pour qu’elle rentrât en lui. Elle était l’expression extérieure du Verbe qu’il engendre éternellement dans son sein. Elle devait à ce rapport toute sa raison d’être et toute sa beauté. Séparée, elle perdait l’une et l’autre. Le monde né de la faute est un non-sens, une réalité affreuse, un enfer. Saint Jean résume tout cela d’un mot qui semble nu et froid, et qui est total et terrible: « Il était dans le monde qui a été fait par lui et le monde ne l’a pas connu ». »

(Écrits spirituels, tome 1, page 111 s)

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