Que pouvons-nous faire pour Lui?

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Les Jours Saints nous font contempler Jésus dans sa Passion et nous nous mettons souvent à envier ceux et celles qui ont eut la grâce d’assister en personne à ce drame central de notre foi chrétienne. Qu’aurions-nous fait à leur place? Aurions-nous été de ceux qui se réjouissaient de la disparition d’un importun … de ceux qui en demeuraient scandalisés … ou de ceux et celles qui, sans comprendre, lui conservaient tout leur amour? Et nous nous mettons à envier les Apôtres, les divers intervenants comme Simon de Cyrène, Joseph d’Arimathie, les saintes femmes et aussi, pourquoi pas, le malfaiteur repenti qui agonisait près de Lui. Écoutons brièvement un docteur de l’Église nous expliquer l’attitude à avoir face au Crucifié:

« Acceptons tout pour le Christ; par nos souffrances, imitons sa passion; par notre sang honorons son sang; montons vers la croix avec ferveur. Si tu es Simon de Cyrène, prends la croix et suis-le. Si tu es crucifié avec lui, comme le malfaiteur, reconnais, comme cet homme juste, qu’il est Dieu. Si lui-même a été compté parmi les pécheurs à cause de toi et de ton péché, toi, deviens un homme juste à cause de lui. En te crucifiant, adore celui qui a été crucifié à cause de toi, et tire quelque profit de ta méchanceté même; achète le salut au prix de la mort; entre au Paradis avec Jésus, pour comprendre de quels biens tu étais exclu. Contemple les merveilles qui sont là, et laisse mourir au-dehors, avec ses blasphèmes, celui qui l’injuriait.

Si tu es Joseph d’Arimathie, réclame le corps à celui qui l’a fait mettre en croix; que ton souci soit le rachat du monde. Si tu es Nicodème, cet adorateur nocturne de Dieu, mets-le au tombeau avec les parfums. Si tu es une des saintes femmes, l’une ou l’autre Marie, si tu es Salomé ou Jeanne, va le pleurer de grand matin. Sois la première à voir la pierre enlevée, à voir peut-être les anges, et Jésus lui-même. »

(Homélie de saint Grégoire de Nazianze pour la Pâque, PG 36, 653-656)

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Pourquoi ? Pourquoi ?

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Vos mains me tendent les rameaux

pour l’heure du triomphe:

Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !

Pourquoi blesserez-vous mon front

de ronce et de roseaux,

en vous moquant ?

Je viens monté sur un ânon,

en signe de ma gloire:

Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !

Pourquoi me ferez-vous sortir

au rang des malfaiteurs,

et des maudits ?

Voici que s’ouvrent pour le Roi

les portes de la Ville:

Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !

Pourquoi fermerez-vous sur moi

la pierre du tombeau

dans le jardin ?

(Didier Rimaud)

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«Marie près de la Croix» par un Chartreux

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Calvaire à la Grande Chartreuse  (France)

En ce vendredi précédant la Semaine Sainte, voici un beau texte de dom Augustin Guillerand sur le rôle de Marie dans le mystère de la Rédemption. Jésus y est présenté comme le Miroir de Dieu et Marie comme le miroir de Jésus; ne perdons pas de vue cette façon qu’a dom Augustin de nous parler de l’interaction entre Jésus et sa mère. Il faut lire ce texte lentement … et s’arrêter assez souvent pour en goûter tous les fruits.

«Près de la croix de Jésus se tenait Marie, sa mère» (Jean 19,25)

« Marie regarde et suit tout pour tout recevoir. C’est un des sens des mots «près de la croix». Et c’est une des raisons de cette position que l’attention chrétienne a justement notée: debout et tout près. Elle ne doit pas perdre un mouvement ni une douleur; elle ne reproduirait pas complètement. Elle est habituée à ce regard soutenu qui jamais ne se détourne ni ne fléchit; ce regard a été sa vie. Elle eût cessé de vivre s’il eût cessé. Il a été fixé par l’Immaculée Conception; l’ange l’a saluée quand il l’a nommée  «pleine de grâce». La tendresse maternelle en a accru sans cesse la fixité intense; la Passion, le désir de compatir pour garder, prolonger, transmettre, faire revivre, fonder une nouvelle famille, donner des frères à Jésus et des fils à son Père, lui font à cette heure quelque chose que nul mot ne peut exprimer …

Pour Marie, à cette heure, le divin rayon à travers ce supplice, cette croix, cet abandon si complet, est un rayon direct. Le divin objet (Jésus) est dépouillé: il ne lui reste plus qu’elle (Marie) qui n’est pas obstacle certes et que d’ailleurs il se prépare à donner. Plus rien de créé. Le créé jusque-là ne l’a jamais occupé mais enveloppé. Lui aussi, pour nous, touchait du pied le sol et vivait notre vie, comme elle le fera encore, toujours pour nous, pendant quelques années. Maintenant, c’est l’heure du passage, du retour. Il se sépare, se distingue de tout ce qui est ténèbres; il s’élève au-dessus; il est en pleine clarté; il s’y fixe. La croix le soutient, la croix longtemps obscure et désormais resplendissante de lui pour les siècles.

C’est en face de cette clarté, de ce resplendissement que Marie se tient «près de la croix». C’est cela qu’elle veut reproduire parfaitement et nous montrer et enfanter en nous, c’est la Lumière qui éclaire la vie et vivifie tout et tous: « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8,12).

Marie regarde cette lumière, s’en remplit; elle n’est plus que miroir pour la refléter, comme Jésus pour refléter son Père. Et c’est en se faisant reflet qu’elle achève d’enfanter, d’être mère. Aussi saint Jean, qui a tout suivi, tout compris, tout voulu, tout vécu, tient à rappeler son titre: « Près de la croix de Jésus se tenait Marie, sa mère.» C’est la dernière fois; sans se détourner de lui, pour le montrer, elle va devenir la mère des hommes. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 94 s)

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«Marie près de la Croix» par un Chartreux

49a

Calvaire à la Grande Chartreuse  (France)

En ce vendredi précédant la Semaine Sainte, voici un beau texte de dom Augustin Guillerand sur le rôle de Marie dans le mystère de la Rédemption. Jésus y est présenté comme le Miroir de Dieu et Marie comme le miroir de Jésus; ne perdons pas de vue cette façon qu’a dom Augustin de nous parler de l’interaction entre Jésus et sa mère. Il faut lire ce texte lentement … et s’arrêter assez souvent pour en goûter tous les fruits.

«Près de la croix de Jésus se tenait Marie, sa mère» (Jean 19,25)

« Marie regarde et suit tout pour tout recevoir. C’est un des sens des mots «près de la croix». Et c’est une des raisons de cette position que l’attention chrétienne a justement notée: debout et tout près. Elle ne doit pas perdre un mouvement ni une douleur; elle ne reproduirait pas complètement. Elle est habituée à ce regard soutenu qui jamais ne se détourne ni ne fléchit; ce regard a été sa vie. Elle eût cessé de vivre s’il eût cessé. Il a été fixé par l’Immaculée Conception; l’ange l’a saluée quand il l’a nommée  «pleine de grâce». La tendresse maternelle en a accru sans cesse la fixité intense; la Passion, le désir de compatir pour garder, prolonger, transmettre, faire revivre, fonder une nouvelle famille, donner des frères à Jésus et des fils à son Père, lui font à cette heure quelque chose que nul mot ne peut exprimer …

Pour Marie, à cette heure, le divin rayon à travers ce supplice, cette croix, cet abandon si complet, est un rayon direct. Le divin objet (Jésus) est dépouillé: il ne lui reste plus qu’elle (Marie) qui n’est pas obstacle certes et que d’ailleurs il se prépare à donner. Plus rien de créé. Le créé jusque-là ne l’a jamais occupé mais enveloppé. Lui aussi, pour nous, touchait du pied le sol et vivait notre vie, comme elle le fera encore, toujours pour nous, pendant quelques années. Maintenant, c’est l’heure du passage, du retour. Il se sépare, se distingue de tout ce qui est ténèbres; il s’élève au-dessus; il est en pleine clarté; il s’y fixe. La croix le soutient, la croix longtemps obscure et désormais resplendissante de lui pour les siècles.

C’est en face de cette clarté, de ce resplendissement que Marie se tient «près de la croix». C’est cela qu’elle veut reproduire parfaitement et nous montrer et enfanter en nous, c’est la Lumière qui éclaire la vie et vivifie tout et tous: « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8,12).

Marie regarde cette lumière, s’en remplit; elle n’est plus que miroir pour la refléter, comme Jésus pour refléter son Père. Et c’est en se faisant reflet qu’elle achève d’enfanter, d’être mère. Aussi saint Jean, qui a tout suivi, tout compris, tout voulu, tout vécu, tient à rappeler son titre: « Près de la croix de Jésus se tenait Marie, sa mère.» C’est la dernière fois; sans se détourner de lui, pour le montrer, elle va devenir la mère des hommes. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 94 s)

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Le sang du Crucifié

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Le sang, symbole de la vie, a toujours fasciné les esprits … en témoignent les diverses religions qui ont souvent inclus dans leurs rites des sacrifices d’êtres vivants. La religion chrétienne, issue de la religion juive, ne pouvait faire exception … même si elle a porté à son sommet cette offrande de la vie, celle d’un Homme-Dieu. Le sacrifice du Calvaire, unique en son genre, mérite donc qu’on s’y attarde; et c’est ce que nous faisons chaque année en célébrant le mystère pascal, la mort-résurrection de Jésus. Voici comment Jean Chrysostome, cet éminent docteur de l’Église,  en tire un enseignement valable pour tous:

« Veux-tu connaître la vertu du sang du Christ? Vois d’où il a commencé à couler et d’où il a pris sa source: il descend de la croix, du côté du Seigneur. Comme Jésus déjà mort, dit l’Évangile, était encore sur la croix, le soldat s’approcha, lui ouvrit le côté d’un coup de sa lance et il en jaillit de l’eau et du sang. Cette eau était le symbole du baptême, et le sang, celui de l’eucharistie. C’est donc le soldat qui lui ouvrit le côté; il a percé la muraille du temple saint; et moi, j’ai trouvé ce trésor et j’en ai fait ma richesse. Ainsi en a-t-il été de l’Agneau pascal; les Juifs égorgeaient la victime, et moi j’ai recueilli le salut, fruit de ce sacrifice.

Et il jaillit de son côté de l’eau et du sang. Ne passe pas avec indifférence auprès du mystère. (…) J’ai dit que cette eau et ce sang étaient le symbole du baptême et de l’eucharistie. Or, l’Église est née de ces deux sacrements; par ce bain de la renaissance et de la rénovation dans l’Esprit, par le baptême donc, mais aussi par l’eucharistie. Or, les signes de ces deux sacrements sont issus du côté. Par conséquent le Christ a formé l’Église à partir de son côté, comme il a formé Ève à partir du côté d’Adam. Aussi saint Paul dit-il: Nous sommes de sa chair et de ses os, désignant par là le côté du Seigneur. De même en effet que le Seigneur a pris de la chair dans le côté d’Adam pour former la femme, ainsi le Christ  nous a donné le sang et l’eau de son côté pour former l’Église. Et de même qu’alors il a pris de la chair du côté d’Adam, pendant l’extase de son sommeil, ainsi maintenant nous a-t-il donné le sang et l’eau après sa mort. (…) Vous avez vu quel aliment il nous donne à tous? C’est de ce même aliment que nous sommes nés et que nous sommes nourris. Ainsi que la femme nourrit de son propre sang et de son lait celui qu’elle a enfanté, de même le Christ nourrit constamment de son sang ceux qu’il a engendrés. »  (Catéchèses baptismales, 3, 13-19)

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Réflexion monastique sur l’Homme-Dieu

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« Ils le trouvèrent au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant » 

La personne de Jésus et son mystère ont toujours fasciné les âmes contemplatives et dom Augustin Guillerand, chartreux du 20e siècle, ne fait pas exception. Voici un extrait de sa réflexion sur Jésus, à l’âge de douze ans, assis au milieu des docteurs de Jérusalem:

« L’occupation de Jésus au Temple pendant ces trois jours n’est pas moins étrange que le mystère de son séjour loin des siens. Il était au milieu des docteurs; il les écoutait et il les interrogeait. Son attitude est bien de son âge. Il ne se pose pas en maître, il reste enfant. Cependant, là encore, sa divinité transparaît. Il étonne, il stupéfait. Ceux qui l’entendent sont renversés par la sagesse des réponses faites par lui aux questions posées. Ainsi, il apparaît toujours avec cette double face dont l’une ressemble à la nôtre et dont l’autre accuse sa divinité. C’est en effet ce qu’il y a de caractéristique en lui: il n’est ni seulement homme, ni seulement Dieu, il est Dieu et homme tout ensemble, il est l’Homme-Dieu.

De là, le résultat de son activité et l’impression qu’elle produit sur les âmes. Il convainc sans épouvanter; il s’impose sans repousser; il attire et séduit tout autant qu’il s’affirme. Il apparaît l’un de nous et en même temps supérieur à nous. Il peut donc servir d’intermédiaire. Son humanité le met à notre niveau, sa divinité nous élève au rang que nous avons perdu et qu’il faut reconquérir. Les enfants le voient enfant comme eux, écoutant et interrogeant comme eux. Les savants découvrent  en lui des abîmes de science auprès desquels leur savoir est une goutte d’eau. Goutte d’eau et océan sans rivage, Jésus est cela en même temps. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 82 s)

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Véritablement homme, véritablement Dieu.

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Malgré les différents aspects de la foi en Dieu qui peuvent nous unir aux Juifs et aux Musulmans, il en est un qui  demeure un obstacle insurmontable: la DIVINITÉ de Jésus! N’ayant pas reçu le don de la foi chrétienne, ces croyants ne peuvent intuitionner (comme nous) ce beau mystère d’un Dieu en trois Personnes ni celui de l’union ineffable des deux natures, divine et humaine, en la personne de Jésus. «Véritablement homme, véritablement Dieu»  …  laissons cet expert en la matière, que fut au 5e siècle le pape saint Léon, nous introduire un tant soit peu à ce mystère fondamental:

«La petitesse a été assumée par la majesté, la faiblesse par la force, l’asservissement à la mort par l’immortalité; et  pour payer la dette de notre condition humaine, la nature inaltérable s’est unie à la nature exposée à la souffrance. C’est ainsi que, pour mieux nous guérir, le seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus Christ devait d’un côté, pouvoir mourir et, de l’autre, ne pas pouvoir mourir. C’est donc dans la nature intégrale et complète d’un vrai homme que le vrai Dieu est né, tout entier dans ce qui lui appartient, tout entier dans ce qui nous appartient. (…) Les défauts que le démon trompeur a introduit dans l’homme, et que l’homme trompé a contractés n’ont aucunement marqué le Sauveur. Aussi, bien qu’il ait accepté de partager nos faiblesses humaines, n’a-t-il pas participé à nos fautes. Il a pris la condition de l’esclave sans la souillure du péché; il a rehaussé l’humanité sans abaisser la divinité. (…)

En effet, le même qui est vrai Dieu est aussi vrai homme, et il n’y a aucun mensonge dans cette unité, puisque la bassesse de l’homme et la hauteur de la divinité se sont unies dans cet échange. De même que Dieu n’est pas altéré par sa miséricorde, de même l’homme n’est pas anéanti par sa dignité. Chacune des deux natures agit en communion avec l’autre, mais selon ce qui lui est propre: le Verbe opère ce qui appartient au Verbe, et la chair exécute ce qui appartient à la chair. L’un brille par ses miracles, l’autre succombe aux outrages. Et de même que le Verbe ne perd pas son égalité avec la gloire du Père, de même la chair ne déserte pas la nature de notre race humaine. C’est un seul et même être, il faut le dire souvent, vraiment Fils de Dieu et vraiment fils d’homme. »

(Lettre de saint Léon le Grand à Flavien, PL 54, 763-767)

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À tout péché … miséricorde!

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Alors qu’un énorme manque de confiance commence à ébranler nos sociétés civiles et religieuses, on peut se demander si la miséricorde a encore sa place dans nos échanges. La justice ne risque-t-elle pas de prendre toute la place et discréditer ainsi toute mention de miséricorde qui oserait s’immiscer dans ces débats? Dieu lui-même ne serait-il pas à blâmer en prétendant faire la part des choses? Les revendications du fils aîné de la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15) ne semblent-elle pas plus appropriées qu’une absolution  jugée intempestive à l’endroit de son frère cadet? Voici, parmi plusieurs, une réponse positive et éclairante de la part d’un Père de l’Église du 5e siècle, saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne:

« Je me lèverai et j’irai vers mon père. Celui qui dit ces paroles gisait à terre. Il prend conscience de sa chute, il se rend compte de sa ruine, il se voit enlisé dans le péché et il s’écrit: Je me lèverai et j’irai vers mon père. D’où lui vient cet espoir, cette assurance, cette  confiance? Du fait même qu’il s’agit de son père. « J’ai perdu, se dit-il, ma qualité de fils, mais lui n’a pas perdu celle de père ». (…) Et le père, à la vue de son fils, voile immédiatement sa faute. À son rôle de juge, il préfère celui de père. Il transforme tout de suite la sentence en pardon, lui qui désire le retour de son fils et non sa perte. Il se jeta à son cou et l’embrassa. Voilà comment le père juge et comment il corrige; il donne un baiser au lieu d’un châtiment. La force de l’amour ne tient pas compte du péché, et c’est pourquoi le père remet d’un baiser la faute de son fils, il le couvre par ses embrassements. Le père ne dévoile pas le péché de son enfant, il ne flétrit pas son fils, il soigne ses blessures de sorte qu’elles ne laissent aucune cicatrice, aucun déshonneur. » (Homélie sur  le pardon, PL 52, 189)

Quel énorme fossé entre la miséricorde de Dieu et les accusations répétées de ceux et celles qui, face aux scandales actuels, jouent allègrement le rôle de vierges offusquées! Il ne s’agit ÉVIDEMMENT PAS  de pénaliser des victimes innocentes au profit d’abuseurs même repentants …  mais, ceci étant dit, quel spectacle navrant que de voir cette justice populaire se laisser aller à un pharisaïsme gratuit et bruyant. On se bouscule sur la place publique pour dénoncer haut et fort  … de crainte d’être jugé complice des faits. À côté de ce tintamarre, suscité en grande partie par des langues médisantes en mal de commérages, il y aura toujours place pour un aperçu plus sobre et réaliste des faits.  « À tout péché … miséricorde »,  cette justice divine serait-elle d’un autre âge ou trop élevée pour que certaines autorités civiles, voire religieuses, puissent s’en inspirer?

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Le recueillement en Dieu

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Nos facultés ont beau être adonnées à la recherche du bien et du vrai, elles risquent de demeurer loin de Dieu car ces objets, tout en étant de Dieu,  ne sont pas lui. Seul le recueillement peut nous faire goûter la présence de Celui qui est l’auteur de tout bien. Voici comment s’exprime dom Augustin Guillerand sur ce point important de la vie spirituelle:

« Le royaume des cieux est au-dedans de vous, a dit Jésus (Luc 17, 21). C’est la partie mystérieuse et profonde que l’on appelle le centre, le foyer, ou encore la cime de l’âme. C’est le temple, le sanctuaire, l’autel où le Père a fixé sa demeure au jour du baptême et où il nous appelle à le rejoindre. Nous répondons à son appel quand nous nous recueillons.

Nos facultés partent et s’en vont sans cesse , comme des abeilles, butiner sur tous les objets qui se présentent à elles. Ces objets sont bons, mais ne sont pas le bien; ils sont de Dieu mais ne sont pas Dieu; ils conduisent à lui, ils font penser à lui, mais ils ne le remplace pas. Les facultés doivent rentrer à la ruche et rapporter au divin Roi qui l’occupe toutes les richesses qu’elles ont butinées. Là se fait le miel. Leur rentrée est le recueillement; elles se rassemblent, elles se ramassent, elles rassemblent et ramassent les fruits de leur cueillette et les présentent à l’Être qui les a créées.

Et lui, verse sur ces fruits de l’âme, sur tous ces biens devenus en elle des souvenirs, des images, des pensées, le rayon de céleste lumière qui les transforme et les fait resplendir. Les fruits de l’âme offerts à Dieu deviennent les fruits de Dieu et de l’âme. Celle-ci rentrée en elle-même, chargée de ses trésors, s’unit au Père dans le foyer secret où il demeure. Elle y demeure avec lui; elle est la reine de ce royaume intérieur dont elle l’a fait roi; il lui fait place sur son trône; elle entre avec lui dans des rapports ineffables que nous essayons d’exprimer par des mots et de nous représenter, mais la réalité dépasse indiciblement tous les mots en profondeur et en charme. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 178 s)

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La Passion du corps mystique du Christ

JesusatGethsemane

L’identification des baptisés au Seigneur Jésus est l’une des plus grandes consolations qui puisse nous être donnée … en plus de constituer le fondement de notre espérance d’être un jour auprès de Lui. La célébration prochaine de la Mort et Résurrection du Christ ne se limite donc pas à un événement arrivé il y a 2000 ans … mais elle s’étend également aux souffrances et joies de tous les membres de son corps mystique, c’est-à-dire de l’Église! En effet, « la passion du Christ est celle de tout son corps » aimait à dire saint Augustin. Pour nous en mieux convaincre, relisons brièvement ce que ce saint docteur affirme à ce sujet:

« Seigneur, j’ai crié vers toi, écoute-moi! (psaume 140/141) Nous pouvons tous dire cela. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le Christ qui le dit. Mais cela est dit davantage au nom de son corps; car, lorsqu’il était ici-bas, il a prié son Père en portant notre chair, et c’est au nom de son corps qu’il a prié son Père. Tandis qu’il priait, de grosses gouttes de sang sortaient de tout son corps. C’est ce qui est écrit dans l’Évangile: Jésus priait avec plus d’insistance et il eut une sueur de sang. Ce sang qui jaillit de tout le corps, n’est-ce pas la souffrance des martyrs, qui appartient à toute l’Église?

Seigneur je crie vers toi, écoute-moi! Entends la voix de ma prière quand je crierai vers toi. Tu croyais, Jésus, avoir fini de crier quand tu disais: Seigneur, j’ai crié vers toi. Tu as crié, mais ne t’apaise pas encore. Si la détresse est finie, c’en est fini de crier; mais si la détresse de l’Église et de ton corps se maintient jusqu’à la fin du monde, il ne faut pas dire seulement: J’ai crié vers toi, écoute-moi, mais aussi Entends la voix de ma prière quand je crierai vers toi.

Que ma prière, devant toi, s’élève comme un encens, et mes mains, comme le sacrifice du soir. Tout chrétien reconnaît que cela s’entend habituellement de son chef en personne. En effet, tandis que le jour déclinait, vers le soir, le Seigneur sur la croix donna sa vie pour la reprendre; il ne l’a pas perdue contre sa volonté. Cependant, nous sommes représentés là aussi. Qu’est-ce qui a été cloué au gibet, sinon ce que le Seigneur a reçu de nous? Et comment peut-il se faire que Dieu le Père délaisse et abandonne son Fils unique, qui n’est avec lui qu’un seul Dieu? Cependant, en fixant notre faible nature sur la croix, puisque, selon l’Apôtre, l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui, c’est par la voix de cet homme qui est en nous qu’il a crié: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »

(Homélie de saint Augustin sur le psaume 140, CCL 2028-2029)

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