Qui est ce blogueur appelé « moinillon » ?

 

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Après cinq ans d’anonymat sur WordPress, le temps semble être venu de lever le voile sur mon identité, tout au moins par délicatesse envers ceux et celles qui ont eu la patience de me lire ces dernières années. Rien de bien scabreux, rassurez-vous, mais tout simplement le compte rendu d’une entrevue «virtuelle» réalisée récemment par le journaliste québécois, Yves Casgrain. Mais précisons tout d’abord ce qui ne l’a pas été dans l’entrevue: je m’appelle Jacques Larose et je suis né le 18 octobre 1934 dans un petit village non loin d’Ottawa, capitale fédérale du Canada. Bonne lecture!

Année d’ordination (sacerdotale) ? Le 26 novembre 1960 à La Trappe d’Oka par l’évêque du diocèse (Saint-Jérôme), Mgr Émilien Frenette. À remarquer que j’étais entré au monastère en juin 1955 et que j’y avais fait profession solennelle le 17 juillet 1960.

Pourquoi être devenu prêtre ?  Tout moine de chœur devait monter au sacerdoce ; c’était la norme et je l’ai acceptée. Ce n’était pas là mon premier désir (sinon je serais allé au Grand séminaire d’Ottawa ; Pointe-Gatineau étant, en 1955, encore rattaché au diocèse d’Ottawa). Donc, après 4 années de théologie au monastère, j’ai été ordonné sous-diacre, diacre et finalement prêtre.

Pourquoi être devenu moine trappiste ? Par désir de vivre une vie toute consacrée à Dieu dans le silence, le travail et la prière. Les livres de Thomas Merton sur la vie monastique m’avaient beaucoup influencé à cette époque. J’ai donc vécu 15 ans au monastère : en 1961- 1963, l’abbé dom Pacôme Gaboury m’a envoyé à Rome obtenir une licence en théologie et son successeur dom Fidèle Sauvageau a fait de même, de 1965 à 1967, pour une licence en Écritures Saintes. De retour, dom Fidèle me nomma maître des novices.

Pourquoi avoir quitté le monastère ? Après le Concile (1962-1965), quelques théologiens invitaient les ordres contemplatifs à se rapprocher du monde moderne (par exemple, le père Tillard o.p. allait jusqu’à suggérer aux carmélites d’ouvrir un lavoir dans un quartier défavorisé !). L’idée m’est donc venu d’établir, si possible, une annexe de moines trappistes dans un quartier de Montréal … sans me douter qu’au même moment, à Paris, le père Delfieux préparait la fondation des Fraternités monastiques de Jérusalem (1975). Donc avec toutes les permissions canoniques requises, je quittai le monastère en janvier 1970 pour m’établir dans le quartier de Pointe-St-Charles (Montréal) où je travaillai  avec un organisme catholique anglophone Catholic Family and Children Services. Ayant rédigé un petit mémoire à l’intention du Chapitre Général de l’Ordre pour y présenter mon projet,  j’en reçu une réponse négative à l’effet que cela ne cadrait pas avec la vie monastique traditionnelle vécue depuis le 12e siècle !! Le choc fut évidemment brutal et je n’avais pas les reins assez forts pour aller de l’avant tout seul (comme me l’avait maintes fois suggéré dom Fidèle). S’en suivi une période de réflexion radicale sur ma vocation, d’autant plus que le monastère à cette époque évoluait de façon exponentielle vers une plus grande ouverture au monde au détriment d’un idéal de solitude et de silence qui nous rapprochait (de l’aveu de mon ancien père abbé dom Pacôme) de la spiritualité des Chartreux. Ajoutons que divers problèmes minant la tranquillité du monastère (départ forcé de quelques jeunes moines dont le prieur du temps) ne m’incitaient plus à y retourner  purement et simplement. Après quelques années de tergiversations et de prolongations d’indult, je pris la décision de demander mon incardination au diocèse de Montréal. Accepté temporairement en janvier 1978, je fus incardiné en janvier 1981.

En quelle année avez-vous choisi de vivre en ermite urbain ?  Après avoir été successivement aumônier, vicaire et curé dans diverses paroisses du diocèse, je devins directeur de la Résidence Ignace-Bourget (2003-2012) sur le bord de la rivière des Prairies. La fermeture de cette résidence pour prêtres âgés fut pour moi le signal de la retraite (à 78 ans). Aux prises avec les aléas d’un cancer de peau, cette retraite me permit de m’occuper de moi sans pénaliser les autres. M’ayant trouvé un logement dans le même quartier, près d’un parc-nature, je me résolu d’embrasser une vie de solitude et de prière plus intense qui me renvoyait à mes premières années monastiques … je bouclais la boucle !

Sur votre blogue vous publiez l’horaire d’un chartreux. Est-ce à dire que cet horaire est également le vôtre ?  Non, mais je m’en inspire beaucoup, d’autant plus qu’il me rappelle celui de la Trappe.

Vous demeurez dans un quartier où la nature a encore ses droits, l’avez-vous intégré dans votre vie d’ermite ?  Accolé au parc-nature et donc à la rivière adjacente, mon logement est nécessairement envahi par une certaine atmosphère de contemplation silencieuse qui me fait du bien. Au début, mes marches dans la nature étaient plus fréquentes, il faut l’avouer, mais mon balcon me fournit également l’occasion d’en profiter.

Le 5 juillet dernier, vous avez écrit : « l’Église est avant tout une église missionnaire ! ». Vous considérez-vous comme un missionnaire ?  Je me suis toujours considéré comme missionnaire dès le début de ma vie monastique en 1955. La mission est le propre de l’Église mais la forme missionnaire peut être différente selon nos vocations chrétiennes.

Un ermite urbain prend-il le temps de suivre l’actualité ? L’intègre-t-il dans sa prière ?  J’écoute les nouvelles du soir (une demi-heure environ de télé) et je l’intègre évidemment dans ma prière ainsi que dans ma prédication dominicale (je célèbre la messe publiquement dans ma résidence chaque dimanche).

Vous confiez avoir une prédilection pour la prière durant la nuit. Qu’elle est, selon vous, la qualité première de cette prière ? Est-ce que la prière de nuit est différente de la prière diurne ?  La prière nocturne est certainement différente de la prière diurne, mais il n’est pas facile de l’expliquer … est-ce dû au silence extérieur, au repos du corps, à une grâce spéciale accompagnant un certain sacrifice ??? Comme disent les Constitutions de l’Ordre des Chartreux, il est plus facile de l’expérimenter que de l’expliquer.

En 2015, vous avez décidé de publier votre blogue et votre page Facebook. Pourquoi ?  J’ai toujours aimé écrire mon journal intime, car le fait de verbaliser mes idées m’aide à les mieux comprendre. Donc, lorsque le pape François a demandé aux prêtres d’être présents sur les médias sociaux, j’ai senti le besoin d’obéir, voilà ! J’ai commencé par mon blogue sur WordPress (car j’y lisais déjà régulièrement un blogue sur la vie cartusienne) puis, quelques mois plus tard, je me lançai sur Facebook. À remarquer que mon public-cible sur WordPress est plus restreint (ceux et celles qui ont soif de Dieu) alors que celui de FB est plus général.

Combien d’heures consacrez-vous à votre blogue et à votre page Facebook ?  FB ne me demande généralement que quelques instants le matin et le soir (avec quelques visites durant le jour n’ayant  ni cellulaire, ni tablette, mais uniquement un vieil ordi de table). Mes articles de WordPress exigent, quant à eux, une bonne préparation et des révisions constantes, même si je n’en rédige que deux par semaine. En somme, on pourrait dire que ce ministère électronique exige deux à trois heures par jour.

Cette ouverture sur le monde a attiré des croyants et des pèlerins en recherche. Comment se concrétise votre interaction avec eux ?  Le plus souvent par de brèves réponses à leurs questions sur tel ou tel post de mon journal. J’ai aussi des contacts plus réguliers au moyen des courriels. Pas facile de repousser les demandes d’entrevue pour établir des contacts plus réguliers d’accompagnements spirituels … mais j’ai horreur de ces «pères spirituels» qui attisent la curiosité des foules et, malheureusement, la tentation est toujours là. Je me vois plus comme un éveilleur de conscience à la manière de Jean Baptiste … une voix qui crie dans le désert (et qui peut être remplacée facilement par une autre sans que le Royaume en souffre).

Peut-on dire que vous êtes un guide spirituel pour ces personnes ?   Ma dernière réponse devrait suffire à ce sujet.

Comment est votre relation avec les gens de votre quartier ? certains savent-ils que vous êtes un ermite ?  Non, je n’ai jamais senti le besoin de me présenter à eux comme tel.

Qu’apporte un ermite urbain dans la vie de son quartier,  de son secteur pastoral ? Humainement parlant, pas grand-chose et c’est très bien ainsi car, encore une fois, la tentation est grande de se singulariser. Spirituellement parlant, le Seigneur seul peut répondre à cette question. Quant au secteur pastoral, je ne suis qu’un prêtre âgé à la retraite qui habite dans le quartier.

Savez-vous si Montréal possède d’autres ermites urbains ?  Tout dépend de la définition donnée à « ermite urbain ». Officiellement, je ne crois pas qu’ils abondent … mais nombreux, je pense, sont ces croyants et croyantes qui vivent un idéal religieux dans le cadre de leur logement. J’ai été contacté par certains attirés par cet idéal, mais je dois avouer que leur premier attrait était plutôt la façon de s’habiller, etc. etc. ce qui ne laissait pas percevoir un appel très authentique de la part de Dieu.

Enfin, comment vivez-vous la crise planétaire provoquée par la covid-19 ?  Personnellement, cela n’a pas changé grand-chose à mon style de vie (comme il fallait s’y attendre) mais cette crise planétaire imprévue me fit toucher du doigt la précarité de nos sécurités sociales et, partant, le rôle irremplaçable de nos convictions religieuses les  plus fondamentales. Le Plan de Dieu se déroule fort bien … même si personne ne semble le comprendre!

 

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La prière face aux difficultés quotidiennes

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Que l’objet principal de la prière soit la vie divine en nous et les vertus par lesquelles cette vie s’exerce, tout cela est clair! Mais, comme ajoute dom Guillerand, « il y a des biens dont nous ne savons pas s’ils nous unissent à Dieu ou nous en éloignent ». Comment nous comporter face à ces difficultés quotidiennes? Écoutons-le:

« Il y a des biens dont nous ne savons pas s’ils nous unissent à Dieu ou nous en éloignent. Il en est de même de ce que nous nommons le mal naturel: d’une maladie je puis faire un moyen de sanctification en la supportant avec patience et par amour du Père céleste qui la permet; je puis aussi l’accepter avec révolte et maudire Celui qui me l’impose.

Quelle attitude prendre en face de tout cela quand je prie? L’attente calme et l’abandon confiant qui ne perdent pas leur temps à envisager des hypothèses et qui se reposent dans la réalité indubitable. Cette réalité est la suivante: Dieu est bon, Dieu est amour; il ne veut que mon bien, je m’en remets à lui du soin de le procurer. En face même des biens surnaturels cette attitude est admissible: c’est l’attitude d’enfant, du tout petit enfant. Il se blottit sur le cœur du Père, dans son amour; il y demeure, il attend. Ce calme repos de l’attente n’est pas indifférence inerte, c’est confiance assurée qui est une forme de désir. Il faut que le désir persiste et anime ce repos dont il ne faudrait pas abuser et qui pourrait devenir paresse. En général, l’Esprit Saint, qui est l’âme de nos prières, nous excite à préciser nos demandes. Il y a des avantages: la vue des biens surnaturels, la considération de leur valeur enflamme le désir qui n’est jamais trop vif et dont la vivacité n’exclut pas le calme. Tous les saints ont été des âmes d’ardents désirs.  »

(Écrits spirituels, tome 1, page 48 )

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Une fausse paix intérieure

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Qu’il est difficile de s’évaluer soi-même: certains le font avec complaisance, d’autres avec humilité. Les premiers s’appuient souvent sur leurs propres critères alors que les seconds se réfèrent de préférence à des critères extérieurs. Les premiers sont aveuglés par une confiance exagérée en eux-mêmes, les seconds se laissent éclairer par une autorité en dehors d’eux-mêmes. Finalement, les premiers sortent de cet exercice avec une certaine paix intérieure bercée d’illusions … les seconds avec une certaine culpabilité baignée de réalisme. Voilà ce qui explique, à mon sens, non seulement la motivation des montées au Temple du pharisien et du publicain de la parabole, mais aussi le résultat de leur démarche réciproque: la suffisance de l’un bloqua toute éventuelle amélioration alors que l’humilité de l’autre l’ouvrit à la justification et à un nouveau départ. Et pourtant … les deux avaient la Foi!

En introduisant sa parabole, Jésus nous en donne le but, à savoir, stigmatiser deux états d’âme souvent rencontrés chez certains croyants: la suffisance vaniteuse et le mépris du prochain: « Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, la parabole que voici » (Luc 18, 9). Hélas, ce genre de pharisaïsme nous guette nous aussi à tout moment. Oh oui, nous, qui cherchons à plaire à Dieu (ce qui est très louable) en nous laissant aller à des comparaisons (ce qui est très humain) avec quelquefois une certaine inclination méprisante envers les autres (ce qui est fort peu charitable). Il ne s’agit pas de vivre en dehors du réel, car il existera toujours des personnes pires que nous, mais de vivre avec humilité et amour. Il ne s’agit pas tellement de se comparer aux autres que de se comparer à soi-même, à notre passé et aux multiples leçons qui en découlent. Refuser de nous voir avec nos faiblesses peut nous inciter à nous croire « arrivés » alors que nous sommes toujours « en chemin ». La suffisance du pharisien de la parabole l’empêchait de voir ses carences et d’en demander aide et pardon; d’où un retour à la maison moins heureux que celui du publicain « Je vous le dis, ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non ».

La solution? Une humilité sincère, semblable à celle de la Vierge Marie. Visitant sa vieille cousine qui la confirme dans sa nouvelle vocation, elle chante et exprime sa reconnaissance pour la grâce reçue sans pour autant s’y attarder: elle avoue son indignité et se plaît à considérer cette grâce bien au-delà d’elle-même « sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Luc 1, 50). Une humilité, disons-le, qui ne saurait exister sans une charité authentique envers Dieu et le prochain. C’est pourquoi Jésus, fruit lui-même de l’Amour du Père, se fera un devoir de réhabiliter cette charité comme fondement de toute la vie spirituelle: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur … et ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi ainsi que les Prophètes » (Matthieu 22, 37-40).

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Quoi demander à Dieu?

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La prière, rencontre personnelle avec Dieu, peut être motivée par divers besoins: remerciement, louange, adoration ou encore une demande quelconque (pardon, aide, faveurs, etc.). Que faut-il demander à Dieu avant tout? Dom Guillerand répond à cette question en s’inspirant de la prière du Notre Père:

« À Dieu on ne peut demander que Dieu; il est tout; en se donnant il donne tout; en le demandant on demande tout; quand on l’a on ne peut plus rien demander, ni désirer. Si nous comprenions cela, écrire, parler deviendrait impossible. On ne pourrait plus que prier, et on ne demanderait plus rien en priant. Toute la première partie du Notre Père nous tient sur ce sommet. Les demandes venues de lui restent en lui. « Que votre nom ait toute gloire; que votre règne ait son avènement; que tous vos vouloirs soient accomplis. »  On ne peut rien demander de plus; on peut même supprimer les formules de ces demandes, s’en tenir au mouvement profond du cœur qu’elles gênent et qui les dit de son silence. On peut aussi les garder, les développer; c’est ce que font tant de prières connues, bienfaisantes, communes ou individuelles, où se traduit la diversité des âmes. À condition qu’elles demeurent sur ce plan de la gloire de Dieu, de son règne, de sa volonté, elles sont bonnes. Peu importe les mots ou les pensées! Quand on aime on ne voit que l’amour. Or Dieu nous est Père, c’est-à-dire tout Amour. « Il sait bien, nous redit sans cesse l’Écriture, ce qui nous convient ». Le mieux est de s’en rapporter à lui.

Sur cette base indispensable de la soumission à ses vouloirs d’amour, nous pouvons néanmoins exposer nos besoins et formuler nos désirs. C’est ce que nous enseigne le divin Maître dans la seconde moitié du Notre Père, et c’est ce que font les innombrables et si belles prières de la sainte Église, les oraisons de la messe, celles des Offices empruntées d’ailleurs à l’Esprit qui est la voix de toute prière.

La question qui se pose est celle de l’ordre à suivre dans les demandes. Elle est résolue en principe depuis longtemps. L’ordre à suivre est l’ordre de Dieu. Nous devons demander tout ce qui peut procurer sa gloire et son règne, et dans la mesure où cela les procure. C’est pourquoi le premier objet, l’objet essentiel, celui qu’il faudrait avoir toujours à l’esprit et au cœur, c’est notre salut éternel et notre union divine. Là est la fin de toute prière, de tout mouvement d’âme: Dieu possédé, l’âme unie à lui, transportée et transformée en lui, devenue à jamais son image, son enfant. La fin entraîne les moyens qui y conduisent: on ne peut demander le salut sans demander les vertus et la grâce. La grâce c’est la vie divine en nos cœurs; les vertus ce sont les  organes par lesquels elle s’exerce. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 47 s)

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Espère en Dieu!

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 En ce temps de déconfinement, des difficultés de toutes sortes font surface avec une acuité exacerbée: difficultés personnelles, familiales, financières, sociales … et j’en passe! Nos routines et nos sécurités sont bouleversées au point de nous laisser comme esseulés face à nos responsabilités. Que faire et à quoi s’accrocher? Le psalmiste, en homme averti, nous indique la planche de salut: « Pourquoi te désoler, ô mon âme et gémir sur moi? Espère en Dieu ! »  (Psaume 43, 5)

Espérer en l’aide de quelqu’un ne vient pas facilement et exige plusieurs conditions: tout d’abord il nous faut connaître cette personne,  puis sa fiabilité ainsi que sa capacité à nous rendre service, et finalement ses bonnes dispositions envers nous. Tout cela étant assuré, il ne nous reste plus qu’à lui demander son aide! Espérer en Dieu suppose donc que nous croyons en Lui, en son existence (les athées ne sauraient le faire, malheureusement); que nous sommes assurés qu’Il est bien disposé à notre égard (et c’est ici que nos connaissances religieuses entrent en jeu); finalement, que la chose demandée est conforme à la saine raison (inutile de s’attarder à Lui demander  de gagner le gros lot).

Un bel exemple d’espérance est celui de Dismas (nom attribué par la tradition au bon larron de l’évangile).  Ce Juif avait sûrement quelques notions de la Loi de Moïse qui lui défendait de mal agir; et il avait probablement entendu parler de Jésus précédemment (peut-être avait-il même écouté tel ou tel de ses discours) mais tout cela ne l’avait manifestement pas détourné de ses mauvais projets. Toujours est-il qu’une fois arrêté et condamné, nous le voyons au Calvaire, crucifié lui aussi, tout près de Jésus.  Lorsque son complice se fait narquois quant à la messianité de Jésus: « N’es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même et nous aussi » (Luc 23, 39), ses convictions religieuses l’incitent à le réprimander  « Tu n’as pas la crainte de Dieu … pour nous c’est juste … mais lui n’a rien fait de mal ». Puis se tournant vers Jésus: « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ». Ce cri du cœur de Dismas, cet acte d’espérance, n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe … mais il est de toute évidence l’aboutissement d’un cheminement spirituel: foi en Dieu, humble connaissance de soi-même et confiance en l’enseignement du Maître concernant son royaume à venir.

« Souviens-toi de moi »! Magnifique prière qui en appelle humblement à la Miséricorde divine. Nul besoin d’exposer sa situation dans le détail … tout se passe dans la simplicité d’une brève parole. Sublime et authentique demande que ne peut refuser un Jésus bon et miséricordieux: « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ».

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Le sanctuaire réservé

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Nos églises sont des lieux de prière privilégiés: les plus belles nous inspirent par leur ornementation, les plus laides par l’obligation de fermer les yeux pour nous concentrer sur l’essentiel! Encore faut-il que l’église soit ouverte … ce qui n’est pas  évident. Y aurait-il un autre lieu plus accessible? Laissons le pieux chartreux qu’est dom Guillerand répondre à cette question:

« Il faut s’habituer à prier en tout lieu comme en tout temps. Le lieu de la prière, c’est l’âme et Dieu qui l’habite. Quand vous prierez, suivant le conseil de Jésus, entrez dans la chambre intime et retirée de votre âme, enfermez-vous là, et parlez à votre Père  dont le regard aimant cherche votre regard. Voilà le vrai temple, le sanctuaire réservé. On le porte avec soi; on peut sans cesse ou s’y tenir ou y rentrer bien vite après quelque sortie. Il faut en faire un lieu bien propre; il faut l’orner: le grand ornement, c’est Dieu même. Il doit y retrouver ses traits. Ses traits, ce sont ses perfections. Participées par notre âme elles prennent le nom de vertus. L’âme qui les porte est belle de la beauté divine. Les vertus nous refont à l’image de Dieu, à l’image du divin Fils qui est venu les pratiquer ici-bas pour nous montrer les traits divins.

Dans ce sanctuaire réservé, nouveau ciel et royaume de Dieu, la solitude et le silence doivent régner. (…) Le colloque qui s’engage alors est silence. Parole et silence ne s’opposent pas, ne s’excluent pas. Ce qui s’oppose au silence, ce sont les paroles, c’est la multiplicité. On confond le silence de l’Être avec le silence du néant. Le néant ne sait ni parler ni se taire; il ne sait que s’agiter et dissimuler, avec des mouvements superficiels, le vide qui est en lui. Paroles des lèvres auxquelles ne répond aucune pensée, attitudes du corps, jeux de physionomie qui ne traduisent aucune réalité ou qui mentent proprement; voilà le langage du néant. C’est pourquoi il le multiplie. Il faut beaucoup de mots pour ne rien dire ou pour dire ce qu’on ne pense pas. Il n’en faut qu’un à l’Être pour s’exprimer tout entier.

C’est vers cette unité que nous tendons quand nous nous sommes enfermés en Dieu. Il est devenu tout, nous le lui disons et nous ne savons plus dire autre chose. C’est le silence de l’âme entrée en elle-même et occupée de Celui qu’elle y trouve. C’était le silence des longues nuits de Jésus, passées sur quelque montagne dans sa prière de Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 45 s)

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Ce Dieu qui est au ciel

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Certains chrétiens hésitent à voir Dieu au ciel, au-dessus d’eux; ils préfèrent de beaucoup un Dieu parmi eux, à la stature humaine. L’homme ancien, plus sensible à ses propres limites, n’avait pas cette tendance égalitaire. L’humilité n’aura jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui, alors que les images hiératiques de Dieu et des saints tendent à s’estomper … et pourtant, Jésus n’hésitait pas à affirmer: « Vous donc priez ainsi: Notre Père qui es dans les cieux » (Matthieu 6, 9). Malgré sa présence parmi nous, Dieu nous dépasse de beaucoup!

Un Dieu qui planifie. Il fut un temps où rien n’existait sinon Dieu; même la notion de temps, dans ce contexte, n’avait aucun sens. Inutile de chercher l’élément déclencheur de la Création, le domaine divin nous échappe! Nous savons quand même, par la Révélation, que Dieu est Amour et que l’amour authentique tend au partage. En réfléchissant sur les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, il est plausible d’y discerner une Pensée divine décrétant  de toute éternité  cette manifestation de l’Amour, manifestation réalisée par la Création et bonifiée par la Révélation. Cette planification, ce décret ou « dessein bienveillant » (Éphésiens 1, 9), s’exprime dans le temps par la Providence. C’est là l’œuvre attribuée au Père.

Un Dieu qui agit. Nous pouvons avoir de beaux projets mais la plupart d’entre eux demeurent souvent à l’état embryonnaire. Il n’en est pas ainsi en Dieu: pour lui, «vouloir» c’est «faire»! Notons que, dans la Bible, les grands moments de  l’agir  de Dieu sont souvent attribués à l’Esprit Saint. Ainsi, à la Création,  l’Esprit de Dieu planait sur les eaux originelles (Genèse 1, 2); au désert, la nuée lumineuse assurait la présence active de Dieu auprès du peuple (Exode 13, 21); dans l’Évangile, l’ange Gabriel annonce à Marie que cette même nuée, l’Esprit Saint, la couvrira de son ombre (Luc 1, 35); et c’est lors de son « baptême dans l’Esprit Saint » que Jésus débutera officiellement son ministère public (Jean 1, 32). En fin, la Pentecôte témoignera du don communautaire de l’Esprit comme étant l’élément fondateur de l’Église. Donneur de vie, l’Esprit sanctificateur est bien le Dieu qui agit.

Un Dieu qui réjouit. « Quand je rencontrais tes paroles, Seigneur, je les dévorais; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur » (Jérémie 15, 16). Cette affirmation du prophète exprime bien le rôle irremplaçable de la Parole de Dieu comme source de joie pour tout croyant. Parole créatrice, parole éclairante, encourageante ou réprimante, elle ne laisse personne indifférent car elle est d’origine divine … c’est le Verbe de Dieu! Et ce Verbe s’est fait chair il y a deux mille ans: sa vie, son ministère, sa mort et sa résurrection sont devenus autant de motifs de réjouissance pour tous les humains. Voilà donc une Parole qui réjouit en manifestant le plan miséricordieux du Père. Et quelle destinée nous propose-t-elle? « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12, 26).  Doux et humble de cœur, Jésus est bien ce Dieu qui nous réjouit en nous dévoilant l’Amour du Père ainsi que l’avenir prometteur qui nous attend!

En terminant, n’ayons garde d’oublier que ces images évoquées des Personnes divines ne sont qu’un faible aperçu de ce qu’Elles sont réellement: l’allusion au mystère trinitaire y est, en effet, minime. Des auteurs spirituels, tel dom Augustin Guillerand, se sont efforcés de discerner vaille que vaille les rapports intimes de ces Personnes entre elles dans la simplicité d’une seule Nature; force est d’avouer que les idées adéquates, en ce domaine, nous échappent. Ne pourrions-nous pas espérer quand même quelque chose de plus précis? Il semble que oui, car Jésus nous affirme que le meilleur est à venir: «Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 8).

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Le meilleur temps pour prier?

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Y aurait-il un moment «idéal» pour prier durant la journée? Il semble que oui selon notre ami chartreux, dom Guillerand. Mais laissons-le nous le dire en ses propres termes:

« La prière est de toutes les heures; c’est la respiration de l’âme; il faut prier sans arrêt comme on respire sans cesse. C’est le mouvement profond de l’âme dont on a à peine conscience. (…) Mais sur ce mouvement, dont la continuité n’est malheureusement perçue que par le très petit nombre, des prières spéciales, plus conscientes et plus voulues, doivent se greffer. Ce sont celles-là que nous appelons proprement «prières» et qui nous demandent des heures déterminées. La détermination pour les prêtres et les religieux est si précise que ces prières s’appellent les «Heures», c’est-à-dire des prières liées à certaines heures du jour et de la nuit. (…) Le simple chrétien n’est pas tenu par ce lien précis. Mais ce qu’il n’est pas obligé de faire par devoir, il peut le faire par amour, par un amour que soutient un intérêt bien compris. Pour lui aussi il y a des heures où il convient de se retourner et de reprendre le divin contact.

‘ Le matin ‘, disait déjà le psalmiste il y a trois mille ans, ‘ je me mettrai en votre présence et vous me donnerez de vous voir ‘ (Psaume 5, 4). (…) Au matin, quand le corps s’éveille, quand l’âme reprend conscience de cette vie humaine complète qu’elle exerce en lui, quand elle redevient par lui l’intermédiaire et l’interprète du monde créé, elle a besoin de renouveler le contact avec son Créateur. La prière prélude au mouvement du jour; elle le prépare. L’humanité se meurt de ne pas le comprendre! Ainsi replongé dans ce grand Tout, fait de Celui qui est et de tous les êtres auxquels il s’est communiqué, l’homme peut reprendre son labeur. Il n’est pas seul pour l’accomplir; il s’appuie sur Celui qui est; il puise en lui lumière et force; par delà ce qu’il fait, il voit Celui pour qui et par qui il le fait; il s’y unit. Tout acte prend une valeur immense, dépasse l’heure brève où il s’accomplit, s’en va s’inscrire dans la durée éternelle. Un jour n’est plus un jour, mais une préparation et déjà comme une participation à l’éternité. Sur ces hauteurs, l’homme peut affronter les difficultés de la vie passagère; il n’est pas abattu par l’épreuve; il n’est pas effrayé par la tentation. Quand elles se présentent, il renouvelle d’un vol d’âme, d’un coup d’aile rapide, la montée en Dieu, le contact avec la Source de vie, il fait front!

Mais pour de tels effets la prière doit vraiment être prière, élévation, ascension vers Dieu, dégagement du créé, de l’humain. La simple récitation mécanique ne suffit pas; la distraction entretenue volontairement paralyse; les occupations poursuivies sont un obstacle. On ne fait pas sa part à Dieu. On ne lui donne rien si on ne lui donne pas toute l’attention dont on dispose. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 42 s)

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Car il y a ermites et … ermites!

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Au début de sa Règle monastique, saint Benoît parle des ermites en ces termes: «Animés d’une ferveur qui n’est plus celle de la première conversion, car une longue période de probation au monastère leur a appris, avec l’aide et les leçons de plusieurs, comment l’on tient tête au démon, ces moines, aguerris, sortent des rangs serrés de leurs frères pour affronter le combat singulier du désert, et, assurés de pouvoir se passer désormais de l’encouragement d’autrui, ils ne comptent plus que sur le secours de Dieu et sur eux-mêmes dans la lutte  qu’ils soutiendront à la seule force de leur bras et de leur poing, contre les vices de la chair et des pensées » (Chap. 1). Le vingtième siècle a connu une certaine recrudescence de vocations d’ermite (hommes et femmes), surtout en France; plusieurs se rappelleront de dom André Louf, auteur spirituel de renom et moine de l’abbaye trappiste du Mont-des-Cats (Nord),  qui se retira (après 35 ans d’abbatiat) dans un petit ermitage adossé à  l’abbaye bénédictine de Sainte-Lioba (en Provence) où il vécu en solitaire durant 13 ans. 

Dans son nouveau Code de droit canonique (1983), l’Église catholique a reconnu  officiellement deux anciennes formes de vie consacrée (tombées en désuétude): la vie d’ermite et celle des vierges consacrées! Voici ce que dit le canon 603 au sujet des ermites: « §1. Outre les instituts de vie consacrée, l’Église reconnaît  la vie érémitique ou anachorétique, par laquelle des fidèles vouent leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de la solitude, dans la prière assidue et la pénitence. §2. L’ermite est reconnu par le droit comme dédié à Dieu dans la vie consacrée s’il fait profession publique des trois conseils évangéliques scellés par un vœu ou par un autre lien sacré entre les mains de l’Évêque diocésain, et s’il garde, sous la conduite de ce dernier, son propre programme de vie. » Comme on peut en conclure, la vie d’ermite «catholique» n’est pas laissée aux caprices d’un chacun mais elle suppose un minimum de maturité spirituelle ainsi qu’un lien étroit avec l’évêque du diocèse.

Ceci étant dit, qu’en est-il de l’ermite urbain? Les appels à la vie consacrée sont divers et difficiles à classifier. Force est d’admettre avec saint Paul, que « chacun reçoit de Dieu son don particulier, celui-ci d’une manière, celui-là de l’autre » (1 Corinthiens 7, 7). Pour plusieurs croyant(e)s, la vie urbaine s’est avérée une occasion  providentielle de vivre leur attachement au Christ dans l’anonymat et dans la prière contemplative, seul avec le Seul, à l’exemple des recluses du Moyen-Âge, tout en conservant un lien étroit avec la vie sacramentelle des paroisses environnantes. À ces personnes, isolées pour diverses raisons (âge, retraite, handicap ou tout simplement goût personnel), pourrait-on refuser l’appellation  générique d’ermite urbain? Pour ma part, prêtre à la retraite, je n’hésite pas à me désigner ainsi, sûr d’y trouver encouragement et réconfort dans le monde complexe et merveilleux du Corps mystique du Christ. Puisse l’exemple de Jeanne Le Ber, recluse à Montréal durant 35 ans et morte en odeur de sainteté († 1714), m’inciter à une plus grande fidélité à mon style de vie actuel pour en arriver à être une petite lampe, ou tout au moins une humble sentinelle, dans la nuit de la cité. Amen!

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Préparation immédiate à l’oraison

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Prier ou faire oraison? Dans notre vocabulaire moderne, on prie lorsqu’on se met en état de  demander, de remercier ou de louer le Seigneur; et l’on fait oraison lorsqu’on veut instaurer un colloque plus ou moins long avec lui. «Prier» n’exige, somme toute, qu’un motif raisonnable pour le faire, par contre «faire oraison» demande une certaine préparation plus poussée. C’est de cette préparation que veut nous entretenir, aujourd’hui, dom Augustin Guillerand:

« La prière est comme un face à face avec Dieu. Une âme ne prie que si elle se tourne vers lui; elle prie tant qu’elle reste ainsi tournée; elle cesse de prier quand elle se détourne. La préparation à la prière est donc le mouvement qui nous détourne de tout ce qui n’est pas Dieu et nous tourne vers lui. (…) ‘ Quand vous priez, retirez-vous dans votre chambre, fermez sur vous la porte et priez votre Père qui est là dans le secret ‘ (Matthieu 6, 6). En nous, comme en Dieu, il y a diverses demeures. Dieu occupe la demeure du fond, la plus reculée. Elle est en nous, mais par le péché nous en sommes sortis. Quand Ève a regardé le fruit défendu et a tendu la main pour le cueillir, les lèvres pour le manger, elle a quitté cette chambre intime, ce vrai paradis terrestre où Dieu venait visiter nos premiers parents et leur parler. Depuis lors, Dieu est en nous, mais nous n’y sommes plus.

La préparation à la prière (oraison) consiste à y rentrer. Renoncement, détachement, recueillement, quels que soient les mots dont on use, la réalité est la même et c’est tout le secret de la prière: ‘ Fermez et entrez ‘. Il faut deux mots pour traduire cette préparation, mais elle est unique. C’est un mouvement, car tout ce qui nous unit à Dieu est mouvement. Les deux mots se rapportent aux deux termes: ce qui est abandonné et ce qui est rejoint. Il faut se fermer à ce qui n’est pas, il faut entrer en Celui qui est. Tout le secret de la prière est là. (…)

Oui, la prière est comme un face à face . L’âme et Dieu sont sur le même plan. Ils occupent la même chambre intime; ils y sont comme père et enfant, comme époux et épouse, comme ami et ami. La conversation doit avoir ce caractère essentiel: l’intimité née des liens de famille les plus étroits. L’enfant voit et aime avec la lumière et l’amour du Père, et il voit ce qu’il voit. Il ne voit pas tout ce que voit le Père, mais il voit tout ce que celui-ci lui donne de voir … et il est heureux de cette union que le Père lui accorde, par laquelle il l’engendre et qui est, en toute vérité, communication de la propre vie divine. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 39 ss)

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