Jésus a-t-il vraiment prier ?

R

Pour certains théologiens amateurs, la prière de Jésus est quasiment de la comédie car « se sachant Dieu » (à ce qu’ils disent) il ne pouvait donc se prier lui-même mais plutôt faire semblant afin de nous donner l’exemple. Quelle ignorance biblique ! Le Verbe s’est fait homme, en tout point semblable à nous excepté le péché. Il a ainsi suivi le cours normal de la croissance humaine ( « en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes » Luc 2, 52). Jésus était-il conscient d’être le Verbe incarné ? Il ne semble pas l’avoir été avant son Ascension au ciel … à preuve, ses paroles à Marie-Madeleine le matin de Pâques : « Va dire à mes frères que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20, 17). Bon, cessons de défoncer des portes ouvertes et venons-en à la prière de Jésus telle qu’exprimée par les Saintes Écritures et la Tradition de l’Église :

541. De qui Jésus a-t-il appris à prier ?

Selon son cœur d’homme, Jésus a appris à prier de sa mère et de la tradition juive. Mais sa prière jaillit d’une source plus secrète, parce qu’il est le Fils éternel de Dieu qui, dans sa sainte humanité, adresse à son Père la prière filiale parfaite.

542. Quand Jésus priait-il ?

L’Évangile montre souvent Jésus en prière. Nous le voyons retiré dans la solitude, même la nuit. Il prie avant les moments décisifs de sa mission ou de celle des Apôtres. De fait, toute sa vie est prière, parce qu’il est en constante communion d’amour avec son Père.

543. Comment Jésus a-t-il prié durant sa passion ?

Pendant l’agonie au Jardin de Gethsémani, ainsi que par les dernières paroles sur la Croix, la prière de Jésus révèle la profondeur de sa prière filiale. Jésus porte à son achèvement le dessein d’amour du Père et prend sur lui toutes les angoisses de l’humanité, toutes les demandes et les intercessions de l’histoire du salut. Il les présente au Père qui les accueille et les exauce au-delà de toute espérance, en le ressuscitant des morts.

544. Comment Jésus nous enseigne-t-il à prier ?

Jésus nous enseigne à prier non seulement avec la prière du Notre Père, mais aussi quand il est en prière. De cette manière, en plus du contenu de la prière, il nous enseigne les dispositions requises pour une prière vraie : la pureté du cœur qui cherche le Royaume et qui pardonne à ses ennemis, la confiance audacieuse et filiale qui va au-delà de ce que nous ressentons et comprenons, la vigilance qui protège le disciple de la tentation. C’est la prière au Nom de Jésus, notre Médiateur auprès du Père.

545. Pourquoi notre prière est-elle efficace ?

Notre prière est efficace parce qu’elle est unie dans la foi à celle de Jésus. En lui, la prière chrétienne devient communion d’amour avec le Père. Nous pouvons alors présenter nos demandes à Dieu et être exaucés ; « Demandez et vous recevrez, et votre joie sera parfaite » (Jean 16, 24).

546. Comment priait la Vierge Marie ?

La prière de Marie se caractérise par sa foi et par l’offrande généreuse de tout son être à Dieu. La Mère de Jésus est aussi la Nouvelle Ève, la « Mère des vivants ». Elle prie Jésus, son Fils, pour les besoins des hommes.

547. Y a-t-il une prière de Marie dans l’Évangile ?

Hormis l’intercession de Marie à Cana en Galilée, l’Évangile nous mentionne le Magnificat (Luc 1, 46-55), qui est le cantique de la Mère de Dieu et celui de l’Église ; c’est le remerciement joyeux qui jaillit du cœur des pauvres parce que leur espérance est réalisée par l’accomplissement des promesses divines.

(Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)

Publié dans Adoration, Amour, Angoisse, Ascension, Écriture, Évangile, Compassion, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Incarnation, Jésus, Joie, Marie, Mort, Mystère, Obéissance, Péché, Prière, Rédemption, Solidarité, Souffrance, Tentation, Tradition, Trinité, Verbe, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Les origines de la prière

219392389_1413328535708861_7955759653743510756_n

La prière découle de notre foi. L’athée ne saurait prier car il nie l’existence de Dieu. Pour nous, croyants, la prière est le moyen par excellence d’entrer en contact avec la divinité. Cette pratique remonte à l’aube des temps et se retrouve dans toutes les religions. La prière chrétienne, quant à elle, est une relation personnelle et vivante des enfants de Dieu avec leur Père infiniment bon, avec son Fils et avec l’Esprit Saint qui habite leur cœur. Ceci étant dit, comment la prière s’est-elle développée chez le peuple juif de l’Ancienne Alliance et quels sont les modèles de prière qui s’y trouvent ? Voici la réponse autorisée de l’Église catholique à ce sujet :

535. Pourquoi y a-t-il un appel universel à la prière ?

Parce que Dieu, en tout premier lieu par la création, appelle tout être du néant. Et même après la chute, l’homme continue d’être capable de reconnaître son Créateur, gardant en lui le désir de celui qui l’a appelé à l’existence. Toutes les religions, et particulièrement toute l’histoire du salut, témoignent de ce désir de Dieu chez l’homme. Mais c’est Dieu le premier qui attire inlassablement chaque personne à la rencontre mystérieuse de la prière.

536. En quoi Abraham est-il un modèle de prière ?

Abraham est un modèle de prière parce qu’il marche en présence de Dieu, qu’il l’écoute et qu’il lui obéit. Sa prière est un combat de la foi parce que, même dans les moments d’épreuve, il continue de croire en la fidélité de Dieu. En outre, après avoir reçu sous sa tente la visite du Seigneur qui lui confie ses desseins, Abraham ose intercéder pour les pécheurs avec une confiance audacieuse.

537. Comment Moïse priait-il ?

La prière de Moïse est typique de la prière contemplative. Dieu qui, du Buisson ardent, a appelé Moïse, s’entretient avec lui souvent et longuement, « face à face, comme un homme parle à son ami » (Exode 33, 11). Dans cette intimité avec Dieu, Moïse puise la force d’intercéder avec insistance en faveur de son peuple : sa prière préfigure ainsi l’intercession de l’unique médiateur, Jésus Christ.

538. Dans l’Ancien Testament, quels sont les rapports du temple et du roi avec la prière ?

À l’ombre de la demeure de Dieu (l’Arche de l’Alliance, puis le temple) s’épanouit la prière du peuple de Dieu, sous la conduite de ses pasteurs. Parmi eux, il y a David, le roi « selon le cœur de Dieu », le pasteur qui prie pour son peuple. Sa prière est un modèle pour la prière du peuple, parce qu’elle est adhésion à la promesse divine et confiance remplie d’amour pour Celui qui est le seul Roi et le seul Seigneur.

539. Quelle est le rôle de la prière dans la mission des Prophètes ?

Les Prophètes puisent dans la prière lumière et force pour exhorter le peuple à la foi et à la conversion du cœur. Ils entrent dans une grande intimité avec Dieu et ils intercèdent pour leurs frères, auxquels ils annoncent ce qu’ils ont vu et entendu de la part du Seigneur. Élie est le père des Prophètes, c’est-à-dire de ceux qui cherchent le Visage de Dieu. Sur le Mont Carmel, il obtient le retour du peuple à la foi, grâce à l’intervention de Dieu qu’il supplie ainsi : « Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi » (1 Rois 18, 37).

540. Quelle est l’importance des Psaumes dans la prière ?

Les Psaumes sont le sommet de la prière dans l’Ancien Testament : la parole de Dieu y devient prière de l’homme. Tout à la fois personnelle et communautaire, cette prière, inspirée par l’Esprit Saint, chante les merveilles de Dieu dans la création et dans l’histoire du salut. Le Christ a prié les Psaumes et les a portés à leur accomplissement. C’est pourquoi ils demeurent un élément essentiel et permanent de la prière de l’Église, adapté aux hommes de toute condition et de tous les temps.

(Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)

Publié dans Adoration, Amitié, Amour, Angoisse, Église, Bonheur, calme, Compassion, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Humilité, Jésus, Joie, Liturgie, Miséricorde, Mystère, Obéissance, Paix, Pardon, Parole, Péché, Pédagogie divine, Prière, Révélation, Recueillement, Souffrance, Spiritualité, Trinité, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Royauté de Marie : dignité ou service ?

e3cef383d4cb2f5471ba478df7ee880a

En la veille de la fête de la Royauté de Marie (anciennement jour octave de l’Assomption), il importe de souligner le véritable sens de ce couronnement au ciel. Car, ce qui peut être vu par certains comme quelque chose d’assez banal (récompense pour services rendus, ou dignité attribuée à la mère du roi) dépasse  en réalité tout ce qu’on peut imaginer, même  la promesse faite aux  Apôtres de siéger « sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël » (Matthieu 19,28). L’Église l’a vite compris, elle qui a voulu transmettre par cette image symbolique du couronnement sa croyance en une association officielle de Marie à l’œuvre de son Fils, œuvre commencée il y a deux mille ans et qui perdure encore aujourd’hui. Restant sauve l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes, la Vierge est ainsi honorée par l’Église comme la Mère des fidèles et la Reine du Ciel, elle dont la toute-puissance s’exerce par sa prière maternelle.

Voici ce qu’affirmait le pape Pie XII, en 1954, lors de l’institution de cette nouvelle fête mariale : « Il est certain qu’au sens plein, propre et absolu, Jésus-Christ seul, Dieu et Homme, est Roi ; toutefois, Marie aussi participe à sa dignité royale, bien que d’une manière limitée et analogique parce qu’elle est la Mère du Christ Dieu et qu’elle est associée à l’œuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses ennemis et le triomphe qu’il a obtenu sur eux tous. En effet, par cette union avec le Christ Roi elle atteint une gloire tellement sublime qu’elle dépasse l’excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle cette puissance royale qui l’autorise à distribuer les trésors du royaume du Divin Rédempteur ; enfin, cette même union avec le Christ est source de l’efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père » (Encyclique Ad Coeli Reginam)

Retenons que le royauté de Marie, loin d’être une dignité statique, comme semble le suggérer les nombreuses représentations artistiques, est avant tout un service qu’elle assume avec la tendresse maternelle qu’on peut imaginer. Déclarée «mère» au pied de la croix, elle ne cesse d’accompagner ses enfants par sa toute-puissante intercession. Quelle consolation pour nous ! Et quelle révélation du genre de vie qui nous attend au Ciel, car vivre avec Dieu c’est vivre avec Celui dont Jésus disait qu’il travaille toujours (Jean 5,17). Grâce à la fête d’aujourd’hui, la vie des bienheureux,  loin de nous paraître comme un éternel repos dans un immense dortoir, se présente donc à nous comme quelque chose de dynamique : un banquet certes, mais aussi un échange de services où la charité est primordiale. «J’entre dans la vie» s’écriait la petite Thérèse sur son lit de mort … et la pluie de roses ne se fit pas attendre !

Publié dans Amitié, Amour fraternel, Arts, Église, Bonheur, Contemplation, Désir de Dieu, Dévotion mariale, Dieu, Esprit Saint, Foi, Humilité, Jésus, Joie, Liturgie, Prière, Solidarité, Spiritualité, Tradition, Travail, Trinité, Vie éternelle, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Catholiques face à Marie

228059071_1420985748276473_4501443387882250900_n

Nos frères Protestants nous accusent souvent, nous les Catholiques, d’adorer la Vierge Marie !! C’est que notre vénération de la Mère de Jésus, parfois assez exubérante, peut laisser croire à une réelle adoration de notre part. Allons-nous pour autant nous abstenir de prier avec amour filial celle qui nous entoure de si grandes consolations ? Que dit l’Église de nos rapports avec la Vierge Marie ? Pouvons-nous l’invoquer comme médiatrice, avocate et même comme notre mère ? Voici quelque réponses tirées du Compendium du Catéchisme de l’Église catholique :

95. Pourquoi Marie est-elle vraiment la Mère de Dieu ?

Marie est vraiment Mère de Dieu parce qu’elle est la Mère de Jésus (Jean 2, 1 et 19, 25). En effet, celui qui a été conçu par l’opération du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils est le Fils éternel du Père. Il est lui-même Dieu.

96. Que signifie l’ Immaculée Conception ?

De toute éternité et de façon toute gratuite, Dieu a choisi Marie pour être la Mère de son Fils. Pour accomplir cette mission, elle a été immaculée dès sa conception. Cela signifie que, par la grâce de Dieu et en vue des mérites de Jésus Christ, Marie a été préservée du péché originel dès sa conception.

97. Comment Marie collabore-t-elle au dessein divin du salut ?

Par la grâce de Dieu, Marie est restée préservée de tout péché personnel durant toute son existence. Elle est « pleine de grâce » (Luc 1, 28), la « Toute Sainte ». Quand l’ange lui annonça qu’elle mettrait au monde « le Fils du Très-Haut » (Luc 1, 32), elle donna librement son consentement dans « l’obéissance de la foi » (Romain 1, 15). Marie s’est livrée totalement à la Personne et à l’oeuvre de son Fils Jésus, acceptant de toute son âme la volonté divine du salut.

98. Que signifie la conception virginale de Jésus ?

Elle signifie que Jésus a été conçu dans le sein de la Vierge par la seule puissance de l’Esprit Saint, sans intervention de l’homme. Il est Fils du Père céleste selon sa nature divine, Fils de Marie selon sa nature humaine, mais vraiment Fils de Dieu dans ses deux natures, étant en lui-même une seule Personne, qui est divine.

99. En quel sens Marie est-elle « toujours vierge » ?

Dans le sens qu’elle est « restée vierge en concevant son Fils, vierge en l’enfantant, vierge en le portant, vierge en le nourrissant de son sein, vierge mère, vierge toujours » (saint Augustin). Cependant, quand les évangiles parlent de frères et sœurs de Jésus, il s’agit de parents proches de Jésus, selon une expression utilisée dans la Sainte Écriture.

100. De quelle manière la maternité spirituelle de Marie est-elle universelle ?

Marie a un Fils unique, Jésus, mais, en lui, sa maternité spirituelle s’étend à tous les hommes, qu’il est venu sauver. Obéissant au côté du nouvel Adam, qui est Jésus Christ, la Vierge est la nouvelle Ève, la véritable mère des vivants, qui coopère avec son amour maternel à leur naissance et à leur croissance dans l’ordre de la grâce. Vierge et Mère, Marie est la figure de l’Église, sa plus parfaite réalisation.

196. En quel sens la Bienheureuse Vierge Marie est-elle Mère de l’Église ?

La Bienheureuse Vierge Marie est Mère de l’Église dans l’ordre de la grâce parce qu’elle a donné naissance à Jésus, le Fils de Dieu, Tête de son Corps qui est l’Église. En mourant sur la croix, Jésus l’a donnée comme mère à son disciple, par ces mots : « Voici ta mère » (Jean 19, 27).

197. Comment la Vierge Marie aide-t-elle l’Église ?

Après l’Ascension de son Fils, la Vierge Marie a aidé, par ses prières, les débuts de l’Église et, même après son assomption au ciel, elle continue d’intercéder pour ses enfants, d’être pour tous un modèle de foi et de charité, et d’exercer sur eux une influence salutaire, qui vient de la surabondance des mérites du Christ. Les fidèles voient en elle une icône et une anticipation de la résurrection qui les attend, et ils l’invoquent sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secours, de médiatrice.

198. Quel type de culte convient-il à la Sainte Vierge ?

C’est un culte particulier, mais qui diffère essentiellement du culte d’adoration, réservé uniquement à la Sainte Trinité. Ce culte de vénération spéciale trouve une expression particulière dans les fêtes liturgiques dédiées à la Mère de Dieu ainsi que dans les prières mariales, comme le Rosaire, résumé de tout l’Évangile.

199. Comment la bienheureuse Vierge Marie est-elle l’icône eschatologique de l’Église ?

En regardant Marie, toute sainte et déjà glorifiée en son corps et en son âme, l’Église contemple en elle ce qu’elle-même est appelée à être sur la terre et ce qu’elle sera dans la patrie céleste.

Publié dans Adoration, Amour, Église, calme, Contemplation, Désir de Dieu, Dévotion mariale, Dieu, Espérance, Foi, Humilité, Incarnation, Jésus, Joie, Marie, Prière, Solidarité, Spiritualité, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , , , , , | 4 commentaires

La Vierge Marie est-elle morte ?

6-3

En cette veille de la Solennité de l’Assomption de Marie au ciel, il peut s’avérer intéressant de se demander si cette assomption s’est effectuée du vivant de la Vierge ou après sa mort. Car, à proprement parler, ayant été conçue sans la tache du péché originel, Marie n’était pas soumise à la loi générale de la mort. Les opinions sont partagées (du moins dans l’Église catholique) et cette question n’a jamais été réglée. C’est le pape Pie XII qui définit l’Assomption de Marie comme dogme de foi par la constitution apostolique Munificentissimus Deus (1950): « Par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par Notre propre autorité, Nous prononçons, déclarons, et définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste ». L’expression «après avoir achevé le cours de sa vie terrestre» utilisée par le Pape, laisse ouverte la question de savoir si la Vierge Marie est décédée ou non avant son Assomption. On sait que l’Église orthodoxe, tout en professant la même foi mariale, incline vers la mort de Marie et préfère donner à cette fête du 15 août le nom de «Dormition de la Vierge».

Quelque soit la réponse à cette question (peut-être un peu hasardeuse), il est encore plus important de se pencher sur le fait-même de l’enlèvement de Marie au Ciel qui est, pour nous chrétiens, comme un avant-goût du bonheur promis. Laissons la parole à notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, qui, tout en acceptant l’opinion de la mort de Marie, nous présente sa compréhension de l’Assomption :

« Le mystère de l’Assomption de la Vierge, comme d’ailleurs tous, ou à peu près tous, les mystères célébrés dans nos solennités chrétiennes, présente un double aspect: un aspect extérieur et un aspect intérieur.

L’aspect extérieur, c’est d’abord le trépas de la Vierge, cet instant qui put être très simple en soi mais ne peut pas ne pas être très grand pour nous: pour se conformer à son divin Fils et pour partager, autant que possible, le sort de ses enfants adoptifs, elle se soumit à la loi de mort, qui cependant n’était pas faite pour elle, et elle connut la séparation de son âme d’avec son corps. C’est ensuite, et plus proprement, la réunion de ce corps et de cette âme et le glorieux enlèvement par les anges qui la transportèrent vivante au ciel. C’est enfin l’accueil que lui fit la cour céleste, tout spécialement son divin Fils et le geste par lequel, avec une tendresse et une noblesse qu’on devine, il déposa sur son front de mère la couronne de gloire. (…)

Le mystère de l’Assomption a un autre aspect, un aspect plus voilé parce que plus intérieur, et non moins réel cependant: c’est le mouvement d’amour qui, l’heure venue, tira l’âme (de la Vierge) hors de son corps, puis l’y ramena pour pouvoir emporter ce corps avec elle dans la jouissance de Celui pour lequel ils avaient été faits et unis. Ce mouvement, par un privilège unique, commença avec la vie même de Marie, avec sa Conception Immaculée. (…) Elle vit [par la foi, au cours de sa vie] ce Dieu dont l’être est amour. Elle le vit qui l’aimait et se donnait, et elle se prit à faire cela, comme lui, à l’aimer et à se donner. Et ce fut toute sa vie en son fond radical et vrai. Les personnes, les choses avec lesquelles elle entrait en contact, les événements qui se produisaient, c’était la surface changeante qui passe; sous cette surface, sous la pauvreté de la crèche, l’exil forcé en Égypte, les longues années d’humble travail à Nazareth, le supplice même de la croix, elle voit la même réalité profonde et unique qui se donne et l’appelle à se donner. L’aspect intérieur de l’Assomption, c’est ce don arrivé à son terme, c’est la somme de ces dons répétés, sans cesse renouvelés … de ces lumières par lesquelles Dieu se fait connaître et que Marie accueille, de ces mouvements par lesquels Dieu se communique et auxquels répond l’élan de sa charité qui s’accroît. (…) Et nous arrivons ainsi à ce sommet, à cet élan suprême de l’Assomption, où l’amour indéfiniment accru fit éclater, Dieu le permettant enfin, les liens qui unissaient son âme à son corps et ensuite rétablit ces liens pour l’élever, triomphante, en corps et en âme. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 44 ss)

Publié dans Amour, Ascension, Église, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Cieux, Contemplation, Désir de Dieu, Détachement, Dévotion mariale, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Liturgie, Marie, Mort, Orthodoxie, Péché, Solidarité, Tradition, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , , | 1 commentaire

Réconciliation sans humiliations ?

pharisien-peager

Qu’il est difficile de s’évaluer soi-même ! Certains le font avec complaisance, d’autres avec humilité. Les premiers s’appuient souvent sur leurs propres critères alors que les seconds se réfèrent de préférence à des critères extérieurs. Les premiers sont aveuglés par une confiance exagérée en eux-mêmes, les seconds se laissent éclairer par une autorité en dehors d’eux-mêmes. Finalement, les premiers sortent de cet exercice avec une certaine paix intérieure bercée d’illusions … les seconds avec une certaine culpabilité baignée de réalisme. Voilà ce qui, à mon sens, explique non seulement la motivation des montées au Temple de Jérusalem du pharisien et du publicain de la parabole, mais aussi le résultat de leur démarche réciproque: la suffisance de l’un bloqua toute éventuelle amélioration alors que l’humilité de l’autre l’ouvrit à la réconciliation avec Dieu. Et pourtant, les deux avaient la lumière de la foi !

En introduisant sa parabole, le Seigneur nous en donne le but, qui est de stigmatiser deux états d’âme souvent rencontrés chez certains croyants: la suffisance vaniteuse et le mépris du prochain : « Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autresla parabole que voici » (Luc 18, 9). Hélas, ce genre de pharisaïsme nous guette nous aussi à tout moment. Oh oui, nous, qui cherchons à plaire à Dieu (ce qui est très louable) en nous laissant aller à des comparaisons (ce qui est très humain) avec quelquefois une certaine inclination méprisante envers les autres (ce qui est fort peu charitable). Il ne s’agit pas de vivre en vase clos, car il y aura toujours des personnes meilleures ou pires que nous (les comparaisons sont quasi inévitables), mais il s’agit avant tout de vivre dans le monde réel avec humilité et charité. Plutôt que de nous comparer aux autres, mieux vaudrait nous comparer à nous-même, à notre passé et aux multiples leçons qui en découlent. Refuser de se voir avec ses propres faiblesses peut inciter à se croire «arrivé», alors qu’on est toujours « en chemin ». La suffisance du pharisien de la parabole l’empêchait de voir ses carences et de rechercher aide et pardon, d’où un retour à la maison moins gratifiant que celui du publicain : « Je vous le dis, ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non ».

La solution? Vivre dans la vérité ! Car l’humilité s’identifie à la vérité éclairée par la foi, une humilité semblable à celle de la Vierge. Visitant sa vieille cousine qui la confirme dans sa vocation de mère du Messie, Marie chante et exprime sa reconnaissance pour la grâce reçue sans pour autant s’y attarder car elle se plaît à considérer cette grâce bien au-delà de sa vie privée : « sa miséricorde, dit-elle, s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Luc 1, 50). Une humilité qui ne saurait exister sans une authentique charité envers Dieu et le prochain. C’est pourquoi Jésus, fruit lui-même de l’Amour du Père pour le monde, se fera un devoir de réhabiliter la charité comme fondement de toute la vie spirituelle : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur … et tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes » (Matthieu 22, 37-40).

Publié dans Adoration, Amour fraternel, Évangile, Bonheur, Compassion, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Dieu Père, Foi, Humilité, Jésus, Marie, Miséricorde, Monde, Paix, Pardon, Péché, Pédagogie divine, Prière, Psychologie, Simplicité, Spiritualité, vie moderne, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Une réconciliation fondamentale

S’il existe une réconciliation profitable entre divers peuples d’un même pays ou entre deux pays en guerre, il en existe une autre tout autrement importante et fondamentale … celle entre la petite créature et son Créateur. Fondamentale, oui, et pourtant si souvent déficiente car « le cœur de l’homme est compliqué et malade » (Jérémie 17, 9). Divorce, avortement, homosexualité, suicide assisté, éducation scolaire déficiente, autant de tristesses devenues monnaie courante ; adultes et surtout jeunes (souffrant de l’absence parentale) n’arrivent plus à se retrouver. D’où nous viendra donc le bonheur auquel nous aspirons de toutes nos forces ? Dieu aurait-il tourné le dos à ses brebis égarées ?

Malgré toutes apparences contraires, la réponse est un NON retentissant ! « L’appel et les dons de Dieu sont sans repentance », affirme clairement l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome (11, 29). Rien ne peut nous séparer de l’amour éternel de Dieu : « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit … même s’il s’en trouvait une, moi je ne t’oublierai jamais » (Isaïe 49, 15). Dieu nous a aimé jusqu’à mourir pour nous, en Jésus son Fils bien-aimé. Cette offrande du Fils sur la croix demeure un sommet dans l’histoire de la Révélation et rien ne saurait effacer ce salut universel offert à tous les humains. Néanmoins, combien de chrétiens croulent sous le poids de leurs fautes en oubliant que leurs nombreux péchés sont quasi pardonnés. « À tout péché, miséricorde » … encore faut-il y croire et demander humblement cette miséricorde ! Pour nous faciliter cette démarche pénitentielle, le divin Maître a prévu le sacrement de la Réconciliation. Rien de bien compliqué, sinon une façon d’expérimenter personnellement l’Amour miséricordieux du Père dans nos moments de tristesse et de déprime. Vivre avec un cœur compliqué et malade, sans espérance de s’en sortir, n’est certes pas la meilleure façon de vivre sa vie. Aurions-nous peur du confessional ? Après Vatican II, la démarche est quand même devenue moins fébrile  et plus mature : nous sommes passés d’une pratique pénitentielle tatillonne et culpabilisante à une rencontre plus relaxe où le confesseur ne fait souvent que confirmer l’état pardonné du pénitent déjà pleinement repenti. Mais, direz-vous, la contrition parfaite adressée à Dieu ne suffirait-elle pas ? Hum ! Hormis certaines situations exceptionnelles (telle une pandémie), l’expérience nous apprend qu’il existe souvent dans notre vie des nœuds insoupçonnés qui ne se dénouent que par une intervention sacerdotale (car notre combat n’est pas uniquement contre la chair et le sang …).

« À vous qui cherchez Dieu, vie et bonheur » (Psaume 69, 33). Nous sommes tous des chercheurs de Dieu voués au bonheur, quelque soit notre état actuel. « L’Esprit du Seigneur, disait Jésus, m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance » (Luc 4, 18). Notre religion en est une de libération et de joie, une religion qui espère contre toute espérance, car non fondée sur notre perfection individuelle mais sur la miséricorde du Très-Haut. Dieu seul est saint, Dieu seul est bon, Dieu seul est Père. Et si tel est le cas, on comprend mieux le cri de cœur de l’Apôtre : « Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Corinthiens 5, 20).

Publié dans Amitié, Amour, Angoisse, Église, Évangile, Baptême, Bonheur, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Foi, Humilité, Jésus, Joie, Miséricorde, Mystère, Optimisme, Pardon, Péché, Pédagogie divine, Sacerdoce, Société, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Ces fameux pensionnats !

206743123_10158033420291884_5578344743030870281_n

(Élèves autochtones du pensionnat Assiniboia, Winnipeg, Manitoba)

Votre enthousiaste accueil pour mon récent article sur les pensionnats autochtones (« Au nom de la vérité intégrale ») m’incite à récidiver en vous refilant d’autres témoignages, puisés cette fois dans le site internet Pour une école libre au Québec (30 juin 2021) :

« Alors que les églises catholiques du Canada sont vandalisées ou incendiées [en 2021], il est bon de se rappeler que deux éminents autochtones ont attribué à leurs pensionnats le mérite de leur réussite dans la vie. Il s’agit du dramaturge cri de renommée mondiale Tomson Highway et de la défunte chef de bande dénée d’Inuvik, Cece Hodgson-McCauley. En outre, un certain nombre de personnes ont écrit des récits à la sénatrice Lynn Beyak, aujourd’hui à la retraite, témoignant avoir eu des expériences positives ou avoir entendu des récits de première main de bonnes expériences dans les pensionnats.

En 2015, Tomson Highway a déclaré au désormais défunt Huffington Post Canada qu’il avait passé neuf des « années les plus heureuses » de sa vie dans un pensionnat. L’école, appelée le pensionnat Guy Hill, était gérée par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Né dans le nord du Manitoba, Highway a été envoyé au pensionnat à l’âge de six ans et y est resté jusqu’à l’âge de 15 ans, rentrant chez lui pour les deux mois de vacances d’été. Il a ensuite été mis en pension dans des familles d’origine européenne tout en terminant ses études secondaires à Winnipeg. « Tout ce qu’on entend, ce sont les choses négatives ; personne ne s’intéresse au positif, à la joie dans cette école », a déclaré Highway au journaliste Joshua Ostroff à propos de Guy Hill. « Neuf des années les plus heureuses de ma vie, je les ai passées… dans cette école », a-t-il poursuivi. « J’ai appris votre langue, pour l’amour de Dieu. Avez-vous appris ma langue ? Non, alors qui est le privilégié et qui est le défavorisé. » M. Highway a laissé entendre qu’il y avait autant d’histoires « positives » sur les pensionnats que d’histoires « négatives » entendues par l’enquête « Vérité et réconciliation du Canada » sur le système de pensionnat qui a vu des dizaines de milliers d’enfants des communautés nordiques emmenés loin de leurs familles pour leur éducation. Il a également attribué à son école sa réussite, et aux autres pensionnats la réussite d’autres anciens élèves. « Vous avez peut-être entendu des histoires négatives de la part de 7 000 témoins dans le processus », a déclaré le dramaturge primé. « Mais ce que vous n’avez pas entendu, ce sont les 7 000 rapports qui étaient des histoires positives. Il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui ont réussi dans ces écoles, qui ont des carrières brillantes et qui sont des gens très fonctionnels, très heureux, comme moi. J’ai une carrière internationale florissante, et cela ne serait pas arrivé sans cette école ».

« La vérité les ronge parce qu’ils ont peur de dire du bien du pensionnat »

Cece Hodgson-McCauley a été la première femme chef parmi les 23 chefs de bande des Territoires du Nord-Ouest du Canada. Chroniqueuse de longue date pour le Northern News Service, Mme Hodgson-McCauley a écrit en 2012 une description de ce qu’elle a appelé « L’autre aspect du pensionnat ». Lorsque sa mère est morte, la future chef avait six ans et son frère deux ans et demi. Son père était trappeur et n’avait donc « pas d’autres choix » que d’envoyer ses enfants au pensionnat de Fort Providence, administré par des religieuses, pour qu’ils soient pris en charge pendant l’année scolaire. « J’ai passé 10 ans là-bas, rentrant chaque été pour les vacances sur le bateau de la mission », écrit Hodgson-McCauley. « Les nonnes nous ont appris tellement de choses. Je me souviens seulement d’une nonne qui était très stricte et d’une autre qui nous faisait trop prier. Dans chaque société, il y a des gens qui ont des personnalités qui sont du mauvais côté », a-t-elle poursuivi. « Mais je peux jurer sur la Bible que mon séjour au couvent a été bon. Nous mangions trois repas par jour, pas fantaisistes, mais nourrissants, beaucoup de loisirs, chaque hiver ils nous construisaient un grand toboggan et nous nous amusions à glisser et nous faisions beaucoup de pique-niques en été et en hiver nous faisions des promenades en foin, en traîneau tiré par des bœufs. » « On posait des collets à lapins et on mangeait du lapin. Ils avaient du pemmican, c’est de la viande pilée que les indigènes apprécient grandement. Ils nous ont appris à tricoter des bas pour nous-mêmes, à faire des perles fantaisie pour les mocassins et à faire du travail à la plume, de deux à douze plumes. Nous avons appris à faire nos propres robes, ils nous ont appris à cuisiner et à faire le ménage. » « Les garçons avaient le hockey et le baseball. Les garçons autochtones essayaient toujours de battre les garçons métis, c’était très amusant. » Hodgson-McCauley décrit ses années à l’école comme les meilleures de sa vie. « Ma famille dit la même chose, ma sœur ne jure que par elle », a-t-elle déclaré à un intervieweur. « Nous avons été traités merveilleusement bien ».

L’ancienne chef — qui est décédée d’un cancer à l’âge de 95 ans en 2018 — a hérissé des plumes en suggérant que certaines personnes ont menti au sujet du système de pensionnat pour de l’argent. Contacté par la CBC, Hodgson-McCauley a insisté sur la valeur sociale des pensionnats, affirmant que « pour beaucoup d’enfants pauvres, c’était le seul endroit où les gens pouvaient obtenir trois repas complets par jour. » Hodgson-McCauley a également déclaré que des aînés l’avaient contactée au sujet de leur peur de dire la vérité. « LA VÉRITÉ LES RONGE PARCE QU’ILS ONT PEUR DE DIRE DU BIEN DU PENSIONNAT », a-t-elle écrit en lettres majuscules. On ne nous donne qu’une seule version de l’histoire, honte à notre gouvernement ! La sénatrice Lynn Beyak, aujourd’hui à la retraite, n’a pas eu peur de sonder les Canadiens pour connaître leurs convictions, bonnes ou mauvaises, sur les pensionnats et en a publié 104 sur son site Internet en 2017. Cinq d’entre elles ont été jugées racistes et ont donc eu la part du lion de l’attention des médias.

Cependant, certaines des 99 autres contenaient des points de vue positifs sur les pensionnats, et ces points de vue ont été consignés par le journaliste Robert MacBain dans son article du 16 avril 2018 intitulé « Letters to Senator Beyak, Uncensored » dans C2C Journal : « En tant qu’éducateurs à la retraite, avec une expérience combinée de 26 ans dans des écoles autochtones et métisses, nous avons été témoin de première main des anecdotes et expériences positives de ceux qui ont tiré profit de leur fréquentation des pensionnats. Malheureusement, l’orthodoxie actuelle oblige à taire “leurs voix”. » « En tant que frère d’une religieuse qui a travaillé dans le système, et neveu d’un jésuite qui y a également travaillé, je refuse catégoriquement de croire que toutes les personnes qui ont travaillé dans ces écoles étaient aussi mauvaises qu’on les dépeint. Au contraire, ils cherchaient, selon les règles sociales généralement admises à l’époque, à faire le bien et à aider ces enfants. » « J’ai travaillé avec les Chipewyan en tant qu’employé de l’Église catholique de 1991 à 2001 […] J’ai entendu de nombreux commentaires positifs de la part des autochtones qui avaient fréquenté le pensionnat de Fort Resolution […] » Une femme, chef de sa communauté depuis quelques années, a déclaré : « J’avais hâte de retourner au pensionnat. Vous étiez propres et vous aviez de la bonne nourriture. » J’ai connu une autre famille de huit enfants. Le père était un trappeur qui passait l’hiver sur les terres arides. Sa femme a contracté la tuberculose et a été placée dans un hôpital d’isolement à Ft. Res. Les enfants étaient emmenés par le papa chaque année au pensionnat pour les garder en sécurité. C’était très dur pour le plus jeune, qui n’avait que 4 ans à l’époque — c’était même traumatisant d’être séparé de ses parents et de ses frères et sœurs plus âgés. Cependant, l’enfant a survécu alors qu’il ne l’aurait peut-être pas fait autrement. Les écoles doivent être considérées dans le contexte des circonstances sociales et économiques de l’époque. »

(tiré de Pour une école libre au Québec, 30 juin 2021)

Publié dans Amour fraternel, Angoisse, Église, Compassion, Conversion, Dévotion mariale, Dieu, Dieu Père, Foi, Formation permanente, Jésus, Joie, Monde, Nature, Opinion publique, Optimisme, Pardon, Politique, Société, Souffrance, Temps présent, Tradition, Vie cachée | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Au nom de la vérité intégrale !

294876433_1216842955557308_5878246672019012484_n

« Personne ne peut effacer la dignité violée, le mal subi, la confiance trahie » a affirmé le Pape François lors de sa visite à Edmonton. Le pèlerinage pénitentiel du Souverain Pontife au Canada n’aura pas été une comédie mais une démarche courageuse, humble et sincère. Les torts n’ont pas été cachés mais dénoncés. La question des pensionnats autochtones aura fait couler beaucoup d’encre et malheureusement, comme il fallait s’y attendre, d’aucun en ont profité pour noircir davantage le rôle des religieux et religieuses impliqués. La question des sépultures d’enfants, entre autres, me semble avoir été mal comprise ; qu’en pensent vraiment les survivants autochtones ? Voici le témoignage de Jim Bissell, amérindien non catholique, qui me semble apporter un nécessaire éclairage sur la réalité des faits (merci à Isabelle Bégin O’Connor d’avoir transmis ce témoignage) :

Lettre adressée au chroniqueur Lorne Gunter du Toronto Sun, à la suite du terrorisme dont font l’objet les églises catholiques du Canada.

« Lorne, je suis vos écrits depuis de nombreuses années, et bien que je sois d’accord la plupart du temps avec vos opinions, même lorsque je ne le suis pas, je respecte tout de même votre façon de les présenter. C’est pour dire que je suis un « fan ». Le temps est venu pour les gens de 70 ans comme moi de dire la vérité. Un peu de contexte. J’ai grandi entouré de quatre réserves et une grande communauté de personnes indigènes (95 %). C’étaient des gens merveilleux, gentils, très généreux et très drôles, qui le sont demeurés même lorsque très pauvres. J’ai une merveilleuse fille indigène, qui a bien réussi dans la vie, ainsi que des petits-enfants et des arrière-petites-filles. Je ne suis pas catholique et je n’appartiens à aucune église. J’appartiens à moi-même et à ma famille, mais j’aime les valeurs chrétiennes. Il doit être dit que les missionnaires étaient des plus essentiels à notre réussite dans les communautés du Nord à cette époque. C’est une missionnaire qui m’a administré mon premier test de tuberculose, dans un effort d’enrayer une éclosion de cette maladie. (Je lui en voulais, sur le moment, pour les égratignures sur mon dos – LOL). C’est une merveilleuse religieuse qui m’a fait mes premiers points de suture ; un missionnaire qui a extrait ma première dent ; des religieuses qui m’ont fait passer mes premières radiographies. Ma première institutrice était un ange appelée sœur Rita. Je ne l’oublierai jamais, ni son amour profond pour les enfants qu’elle a rencontrés et auxquels elle a enseigné au fil des ans. Ma meilleure enseignante de toutes, et, selon les normes gouvernementales, elle n’était pas qualifiée. Ainsi, même si je n’ai jamais été catholique, leur Église a été très bonne pour moi, et même si j’ai maintenant appris l’existence d’un très mauvais prêtre, la plupart des gens étaient merveilleux. Je peux encore voir le frère Fillion, devenu plus tard prêtre, travaillant tout seul à l’extérieur de l’école en train de monter un merveilleux carrousel pour la cour d’école. Il y avait également deux pensionnats au sein de la communauté. Lorsque je suis arrivé dans la communauté, il n’y avait pas de téléphones, des chemins très pauvres, surtout pour leur accès, l’hiver, et très peu de services autres que ceux des églises. L’école de la mission était là bien avant moi. Les aînés m’avaient dit que bien des petits enfants malades, dont certains bien en-deca de l’âge scolaire, étaient laissés aux missions dans l’espoir que les religieuses puissent les guérir. Tristement, plusieurs sont morts de la rougeole, de la diphtérie, de la tuberculose, de la variole, de l’influenza et de bien d’autres conditions affligeant les pauvres. C’était simplement la réalité du Grand Nord. Des années avant, la plupart des cadavres étaient placés dans des arbres pour que les oiseaux et les autres animaux puissent les réintégrer dans la nature. C’étaient les églises qui les ont convaincus que cette partie de leur culture devait être changée de sorte à endiguer la propagation de la maladie, alors ils ont commencé à les inhumer. Si les défunts étaient chrétiens, leur tombe était marquée d’une roche peinte ou d’une croix en bois, qui pourrissait en environ vingt-cinq ans. Personne ne pouvait se payer une pierre tombale, et s’ils le pouvaient, personne ne les fabriquait dans ce temps-là.

Les temps étaient difficiles et, au fait, désespérés, dans les années 1930. Bien des gens étaient redevables aux missionnaires pour leur survie et on a tendance à l’oublier. Ils n’avaient pas toujours raison, non, bien sûr que non, mais ils voulaient sincèrement éduquer, nourrir et améliorer la vie de toute personne, quelle que soit son origine. Les églises n’ont pas besoin de s’excuser pour avoir essayé d’éduquer les pauvres ; elles doivent s’excuser, toutefois, d’avoir protégé et déplacé les pommes pourries (certains prêtres). Que le gouvernement fasse des excuses est inutile. Il n’avait aucunement conscience de l’incidence de ses décisions, à l’époque, et c’est toujours le cas aujourd’hui. La grande part de la génération plus âgée qui a effectivement souffert est décédée depuis longtemps et a pardonné. Il me semble que plusieurs de la génération nouvelle cherche à se dire victime de sorte que l’argent puisse atténuer leur douleur. Il faut comprendre que la plupart des gens ne voulaient pas vivre dans le Grand Nord, si isolé à l’époque, simplement pour aider quelques personnes indigènes. Après que le gouvernement fédéral ait pris en charge le système scolaire, la plupart des mes enseignants, au secondaire, étaient des immigrants du Commonwealth britannique (Inde, Angleterre, Irlande et autres), puisqu’aucun enseignant albertain ne désirait vivre en ces contrées isolées et difficiles, alors qu’ils pouvaient vivre dans une ville ou près d’une ville dotée d’un médecin, d’une banque, d’une bonne épicerie, d’une ambulance et ma foi, même d’un policier. La qualité de mon instruction a souffert parce que tout d’un coup, en 1967, les religieuses n’étaient pas qualifiées pour nous enseigner, et ainsi je devais tenter d’intégrer des leçons de la part d’un enseignant ayant un très fort accent, très difficile à comprendre, et impatient de déménager en contrée urbaine dès que possible.

Une chance que les missionnaires ont été là pendant les trois cent ans qui ont précédé. Étaient-ils tous bons ? Non, mais plusieurs étaient merveilleux, et maintenant cela semble être oublié. Combien des critiques actuels ont des membres de leur parenté qui se sont rendus auprès de ces communautés pour tenter d’apporter de l’aide ? Je parierais qu’il n’y en a pas beaucoup. Les médias ne sont intéressés à raconter que la moitié de l’histoire, alors je sens qu’en tant que témoins directs, nous avons le devoir de dire la vérité. Si vous le désirez, je vous amènerai à une terre sacrée où des centaines de personnes ont été laissées dans les arbres ou encore simplement déposées sur le sol, après leur décès. Personne d’autre que la mémoire historique n’a marqué leurs tombes. Je vous prie de me croire lorsque je vous dis que les missionnaires n’étaient pas de sombres personnages tueurs d’enfants comme les médias le portent à croire aujourd’hui. Ce n’est pas ce que j’ai observé ni vécu. Les missionnaires savaient que les peuples anciens de nos terres ne pouvaient pas continuer d’exister en tant que société nomade et isolée, alors ils ont tenté de les éduquer, et bien sûr, de changer leur culture pour la rendre plus compatible avec les conditions de l’époque. Avaient-ils raison ? Peut-être, je ne le sais pas. Mais au moins ils avaient la volonté d’essayer d’aider. Comme je le dis à mes enfants, je ne peux pas être un Indigène comme eux, mais ils peuvent devenir des Canadiens comme moi, et ils le sont. Il y a encore plus d’histoires de réussite que vous ne pouvez l’imaginer.

Les missionnaires n’ont pas simplement jeté des corps dans le sol. La plupart était marquée d’une petite croix en bois confectionnée par les frères de la mission ou par les parents de l’enfant. Ces croix sont disparues depuis longtemps. Triste mais vrai. Je peux également vous amener aux tombes anonymes de bien des gens qui n’étaient pas indigènes, si vous le désirez. C’était simplement la façon de faire dans le Grand Nord. Désolé de radoter si longuement, mais de nombreuses choses doivent être dites, et si les aînés de notre société n’ont pas le courage de les dire, notre sort est scellé. Je vous prie d’encourager les gens à se lever et à se faire entendre autant pour le bien que pour le mal. Merci et continuez d’écrire. »

Jim Bissel

Publié dans Amour fraternel, Église, Évangile, Compassion, Dévotion mariale, Dieu, Dieu Père, Diocèse, Foi, Jésus, Joie, Ministère, Opinion publique, Pardon, Politique, Prière, Simplicité, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , | 7 commentaires

L’importance de l’ascèse chrétienne

82aae00580dc93d44a14c1a38e29bdd0

« Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Ces paroles de Jésus nous font l’effet d’une douche froide, à nous, chrétiens du 21e siècle, qui essayons trop souvent d’unir confort et devoirs religieux. Car, le renoncement évangélique ne concerne pas uniquement les moines mais tous les baptisés (même si dans une moindre mesure). Dans la foulée de la fête toute récente de saint Charbel Makhlouf, moine-ermite libanais du 19e siècle, je vous présente aujourd’hui un autre bel exemple de vie ascétique, celui d’Antoine, un Égyptien du 4e siècle :

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux. Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. » ( Vocation d’Antoine, extrait de la Vie de saint Antoine par saint Athanase, évêque d’Alexandrie)

Détachement, humble travail, lectures bibliques, prières fréquentes, autant de moyens concrets pour faciliter le dialogue entre nous et Dieu. Tous n’ont peut-être pas la même vocation qu’Antoine mais la ferveur des chrétiens des premiers siècles ne peut que nous inspirer un mode de vie plus modeste, une attention à Dieu plus soutenue et des comportements à contre-courant de ceux de nos contemporains. Quant au jeune Antoine, on sait qu’il se retira au désert et y vécu très longtemps pour y mourir à l’âge de 105 ans (vers 356). Ajoutons que de nombreux disciples le suivirent dans ce genre de vie austère, ce qui lui valut le titre de Père des moines.

Publié dans Adoration, Amour, Église, Érémitisme, Évangile, Baptême, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Humilité, Jésus, Joie, Liturgie, Messe, Moine, Monachisme, Moniales, Nature, Péché, Prière, Providence, Recueillement, Silence, Simplicité, Solitude, Spiritualité, Travail, Vie cachée, vie moderne | Tagué , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire