Si tu savais le don de Dieu

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Être à l’écoute de Dieu, c’est s’exposer à en recevoir des enseignements imprévus qui nous attirent vers le haut. Ce fut le cas de Nicodème et c’est maintenant le cas de la Samaritaine. C’est également là le message que veut souligner dom Guillerand dans son commentaire biblique:

« Le tour que Jésus donne immédiatement à cet entretien n’est pas moins déconcertant. Il fait avec cette femme ce qu’il a fait avec Nicodème. Il l’entraîne du premier coup sur des terres et à des hauteurs où il est impossible qu’elle puisse atteindre. « Si tu savais le don de Dieu, et si tu connaissais celui qui te parle, c’est toi qui lui demanderais à boire et il te donnerait de l’eau vivre » (Jean 4, 10). Quelle impression exacte avait provoquée dans l’esprit de la Samaritaine la première parole du Sauveur (« Donne-moi à boire »)? Il est difficile de le préciser … et il est inutile de le faire puisque l’Esprit-Saint n’a pas cru devoir nous le dire. Mais à coup sûr elle était loin de la préparer à cet envolée subite de l’entretien. Il demandait alors, maintenant il offre de donner ce qui lui manquait; il s’agissait de l’eau du puits de Jacob, il s’agit maintenant d’une eau puisée à la source même de toute vie et que Dieu lui-même verserait; il apparaissait comme un pauvre Juif épuisé qui a besoin d’une gorgée … et le voilà maintenant avec les traits d’un personnage mystérieux qui dispose d’une eau vive et d’une puissance supérieure à la terre.

La Samaritaine en est manifestement saisie. Le titre qu’elle lui donne montre que la parole de cet étranger a quelque chose qui ne permet pas de la mépriser. Elle ne comprend pas; mais elle devine que ce qu’elle ne comprend pas peut être. En face de ce qu’on lui dit son esprit s’ouvre à un par-delà qu’elle croit possible. Le mystérieux étranger mérite qu’on l’écoute: et elle entre dans les rapports d’âme où il l’attire et qui la conduiront à la foi. Déjà elle croit que celui qui lui parle peut être un envoyé de Dieu. Quelques mots à peine ont établi le contact que quelques autres, presque aussi courts, transformeront en adhésion et en union d’âme. Cependant, elle reste encore sur le terrain matériel. Elle ne rejette pas l’idée d’une puissance divine, mais d’une réalité surnaturelle et spirituelle: « Seigneur, dit-elle, vous n’avez rien pour puiser et le puits est profond! Où prendrez-vous de l’eau vive? Êtes-vous plus grand que notre père Jacob, qui a creusé ce puits et qui nous a donné cette eau? » Elle est surprise et veut savoir; elle n’est pas incrédule et ne se ferme pas à la Lumière. Elle a bien l’état d’âme que Jésus aime, et il va la satisfaire.

Il précise le terrain où se meut sa pensée et où il veut attirer la pensée de son interlocutrice. Il ne s’agit pas d’une eau ordinaire qui calme une soif ordinaire. Il s’agit d’une eau qui supprime toute soif: « Quiconque boit de l’eau qui est dans le puits de Jacob, aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que je donnerai sera désaltéré pour toujours ». Jésus et la Samaritaine ne sont pas encore sur le même plan de pensée, mais déjà les âmes sont accordées. Le divin Maître a penché son âme vers cette âme en lui parlant malgré les différences de nationalités hostiles; la femme de Sichem n’a pas repoussé la divine avance. Il s’est présenté comme un envoyé du ciel, et elle admet qu’il puisse avoir une mission d’en haut. Rien ne les sépare que ce qu’il n’a pas fait encore, mais qu’il fera sans tarder. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 224 s)

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Adorable et Assimilable

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La Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (autre fois, Fête-Dieu) a toujours attiré l’attention affectueuse des Catholiques, et pour cause. Depuis le Moyen-Âge, l’Église a toujours entouré cette fête des plus grands honneurs: messe solennelle, processions, chants, fleurs, reposoirs, … sans oublier ses rejetons obligés: saluts du Saint-Sacrement et adorations des Quarante heures! Mais d’où vient cet engouement qu’on ne retrouve pas dans les Églises orientales? Et tout d’abord qu’est-ce que l’eucharistie?

« L’eucharistie, est le sacrement de la tendresse de Dieu, écrit le père Rey-Mermet, car Dieu ne crée l’univers que pour s’unir tous les humains dans l’amour ». Et c’est pourquoi l’Incarnation ne se termine pas au Christ mais à tout individu, justement pour que tout individu devienne divin. Merveilleux! Mais mange-t-on le Christ en privé et pour nous-même seulement? Non, on le mange ensemble, communautairement: « Le pain que nous rompons, dit Paul aux Corinthiens, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, nous ne formons qu’un seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique ». La communion nous unis donc les uns aux autres tout en nous unissant à la victime de la croix; car, en nous invitant à manger son corps livré et à boire son sang versé, Jésus nous intègre à sa propre offrande pour ne faire qu’un avec lui. Dans l’eucharistie, Jésus ne pouvait que se faire assimilable. Sans être exclusif, l’eucharistie demeure donc le moyen par excellence de notre assimilation au Christ.

La présence réelle et substantielle de Jésus dans ce sacrement a souvent été mise en doute, et spécialement depuis 500 ans, par les Protestants qui n’y voient qu’un pur symbole. Face à cette hérésie, les réactions du magistère de l’Église ne se firent pas attendre avec la tenue du concile de Trente (16e siècle). Cependant, cette insistance sur la présence réelle repoussa dans l’ombre la dimension de nourriture du sacrement au profit de l’adoration: on encouragea avec succès diverses démonstrations publiques (processions, saluts et bénédictions) mais, le Jansénisme aidant, la communion, elle, devint plus rare. Quoiqu’il en soit, se développa peu à peu dans l’Église Catholique une dévotion eucharistique, inconnue (sous cette forme) de l’Église Orientale, qui parvint néanmoins à se comparer avantageusement à une autre dévotion propre aux Orientaux: celle des icônes. Faut-il s’en offusquer? À chaque Église sa grâce particulière! Quoique puissent en penser certains liturgistes, le culte eucharistique en dehors de la messe s’est quand même avéré source de grâces et de consolations pour de nombreux fidèles, au cours des siècles. Le Pape François lui-même n’a-t-il pas privilégié l’adoration silencieuse devant le Saint-Sacrement lors de sa prière publique à la basilique Saint-Pierre en 2020, au tout début de la pandémie?

Jésus adorable donc, mais aussi et surtout Jésus assimilable! Voila un mystère de foi qui ne cesse de révéler ses richesses spirituelles. Sacrement de la tendresse de Dieu, son but avoué est de nous unir à Lui dans une étreinte éternelle. Puissions-nous tous en profiter!

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Une demande inattendue

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Tout l’évangile nous montre Jésus penché vers la misère pour la guérir. Dans son commentaire sur la rencontre avec la Samaritaine, dom Guillerand s’extasie devant cette préférence du Maître pour ce qui est méprisé du monde. Écoutons-le:

« Donne-moi à boire » (Jean 4, 7). Cette demande est toute indiquée, surtout en ces pays d’Orient où les vertus sociales sont si bien observées. La femme a ce qu’il faut pour atteindre l’eau profonde; lui, n’a rien; elle ne peut refuser ce service. Mais les rivalités nationales, connues de tous, lui donnent un caractère inattendu qui frappe la Samaritaine: et c’est précisément ce que Jésus veut. Il veut attirer l’attention et l’esprit pour prendre contact avec ce cœur. La femme lui rappelle ce qui les sépare; elle est étonnée de ce rapport dont il prend l’initiative; elle ne comprend pas, elle suppose probablement quelque motif secret qu’elle veut connaître: « Comment vous, un Juif, pouvez-vous me demander à boire à moi, une Samaritaine? » Jésus attendait cette réponse; c’était ce qu’il voulait provoquer, non pour justifier sa demande, ni même pour la maintenir. Il l’oublie au contraire. Et il porte aussitôt la conversation sur son terrain. L’eau du puits de Jacob, sa soif et sa fatigue physique l’intéressent fort peu. Ce qui compte pour lui, c’est l’âme de cette personne … et par delà cette personne, toute cette région samaritaine pour laquelle son divin cœur nourrit la même charité que pour ses compatriotes. Il connaît la femme à qui il s’adresse et tous ceux dont elle est, malgré l’indignité de sa conduite, la représentante spirituelle choisie et dont elle sera la missionnaire. Cette indignité même l’attire, dicte son choix; elle est bien dans le style de sa mission et du divin amour qu’il vient révéler. Toute l’Écriture qui annonce cette mission le montre penché vers la misère pour la guérir, indifférent à toute grandeur naturelle ou l’abaissant pour s’en servir, tourné vers ce qui n’est pas pour l’exalter. Sa vie, sa naissance, sa situation, sa famille, ses premiers choix, ses premiers actes, tout est dans cet esprit; tout indique une préférence marquée pour ce que les hommes méprisent.

Cependant, il n’a pas encore affiché cette préférence comme il le fait en ce moment; une Samaritaine, une femme tombée; rien jusque-là ne laissait prévoir qu’il quitterait la capitale, fuirait les Juifs, et surtout les purs, ceux qui représentaient le vieil esprit et les traditions du peuple choisi de Dieu, pour cette misérable, rencontrée seule au bord d’un puits. À cette date, une telle attitude était invraisemblable … et l’on comprend la stupéfaction des disciples à leur retour en face de ce spectacle. Même après 1900 ans de christianisme, nos âmes familiarisées avec ce récit, et avec un nouvel esprit qui l’anime, ont peine à mesurer l’étrange nouveauté d’un tel entretien. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 223 s)

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Ceci étant dit …

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La fête de la Très Sainte Trinité, si elle est mal abordée, peut devenir un cauchemar pour tout prédicateur bien intentionné. Si l’on s’arrête au casse-tête insurmontable de l’existence de trois personnes en un seul être … on ne peut que se perdre dans les dédales d’un raisonnement stérile. En nous présentant cette fête aujourd’hui, l’Église n’a aucunement l’intention de nous faire comprendre un mystère incompréhensible mais, bien plutôt, d’en vivre!

Et tout d’abord, rappelons-nous que Jésus n’est pas venu fonder une nouvelle religion mais uniquement accomplir les promesses de Dieu faites à Israël. Jésus est né juif et de religion juive; il a toujours été fier d’être membre du Peuple choisi et n’a jamais renié ses racines. S’il a critiqué les abus religieux de son temps, c’était par amour pour Dieu et pour ses congénères. Il est mort et ressuscité pour le salut de tous et, comme disait saint Pierre aux habitants de Jérusalem (le jour de la Pentecôte), « c’est pour vous qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin (les non-juifs), en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Actes 2, 39). Il est vrai que, par la suite, beaucoup de juifs vont refuser d’accepter Jésus comme Messie, iront même jusqu’à persécuter les premiers chrétiens pour finalement les expulser officiellement de la synagogue, vers les années 90, à Jamnia. Au dire de saint Paul, les juifs se sont eux-mêmes coupés inconsciemment de la racine sainte pour que les païens convertis puissent y être greffés mais leur retour est néanmoins prévu dans un avenir éventuel (Romains 11, 1-36). Notre religion «chrétienne» est donc en pleine continuité avec la religion vécue durant des siècles en Israël, religion nourrie par les prophètes, puis accomplie et simplifiée par le Christ pour être ensuite prêchée par les apôtres sous la mouvance de l’Esprit Saint.

Ceci étant dit, les précisions apportées au sujet de l’existence des trois Personnes divines ne sauraient être vues comme des nouveautés radicales mais bien pour ce qu’elles sont réellement, à savoir, des précisions! La lecture des derniers livres de l’Ancien Testament ( Proverbes, Ben Sira, Sagesse, etc.,) nous laisse en effet percevoir une évolution certaine de la pensée religieuse quant à la préexistence mystérieuse auprès de Dieu de cette Sagesse qui tantôt s’apparente au Verbe tantôt à l’Esprit. Le quatrième évangile ne pourra que porter à terme cette révélation en parlant clairement de la divinité et de Jésus et de l’Esprit de vérité. Confrontée à certaines hésitations doctrinales, l’Église du 4e siècle, réunie en concile, énoncera clairement le contenu de la Foi : « Un seul Dieu en trois Personnes » (Concile de Nicée, en 325, et celui de Constantinople, en 381).

Ceci également étant dit, comment pouvons-nous vivre de ce Mystère ineffable? Tout simplement à la façon des justes de l’Ancien Testament (amour de Dieu et amour du prochain) mais avec une intensité et une nouveauté extraordinaires: la vie dans l’Esprit! Même s’il opérait silencieusement depuis toujours dans les membres du Peuple élu, cet Esprit ne le faisait qu’en lien avec des lois écrites et non comme Loi intérieure gravée dans le cœur des croyants. Grâce à cette Onction qui désormais les habite, les chrétiens comprennent mieux les Écritures, la personne du Christ, sa relation avec le Père, et l’héritage qui les attend au Ciel. Si Jésus de Nazareth n’est pas venu fonder une nouvelle religion, il a su néanmoins mener à son accomplissement le potentiel insoupçonné de la religion révélée. Au niveau organisationnel, il est également vrai que, tout comme le vin nouveau requiert de nouvelles outres, ce nouvel Esprit, en regard des institutions dépassées de Moïse, ne pouvait qu’évoluer dans un cadre totalement renouvelé: l’Église.

Vivons donc en paix, chers amis, car nous sommes dans la bonne voie: « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous. » (Éphésiens 4, 4-6)

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Donne-moi à boire!

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L’entretien de Jésus avec la Samaritaine (Jean 4, 1-42) a toujours fasciné les lecteurs du 4e évangile. C’est une page sublime où saint Jean se surpasse dans la description de la scène avec distribution des détails, peinture des cœurs et profondeur des paroles qui lui donnent un charme incomparable. Dom Augustin Guillerand ne pouvait manquer de s’y arrêter longuement dans son commentaire biblique … laissons-lui la parole:

« C’était en plein jour, après une course sous le soleil qui avait fatigué le Maître, et ces détails ont aussi leur importance. Des âmes, dans la suite des temps, en seront émues; elles penseront à l’amour de Jésus pour les âmes, à ses efforts humains pour les rechercher, à ses heures d’épuisement, à toute cette nature humaine dont il a voulu prendre et ressentir toutes les misères pour les guérir et les relever, aux pensées et aux sentiments qui étaient les siens à cette heure … et que d’ailleurs il exprimera à la fin de la scène quand il montrera à ses disciples les immenses champs de blé qui jaunissent au monde des âmes et qu’ils devront moissonner. « Or il lui fallait traverser la Samarie ». Jésus fuit une haine pour en trouver une autre; mais la haine des Samaritains ne s’oppose pas à son rôle de Sauveur; elle s’attaque seulement à son titre de juif. Or son rôle de Sauveur déborde sa nationalité et il en profitera pour le faire connaître en son ampleur.

« Donne-moi à boire » (Jean 4, 7). Saint Jean, l’homme des petits détails qui peignent une scène et font vivre un personnage, nous montre le Christ épuisé par une course pénible et par la chaleur du plein jour. Il avait dû probablement fuir en hâte et fournir une longue étape pour échapper à une menace que le récit ne précise pas. Le récit court au but, et le but est l’entretien qui suit. Jésus reste seul pendant que ses disciples vont au ravitaillement; il se laisse tomber sur la margelle du puits et y attend les vivres. Mais un dessein secret dirige et anime tous ces détails. Une femme de la cité voisine vient à cette heure-là au puits pour prendre de l’eau.

C’est elle que Jésus attend; c’est d’elle qu’il va se nourrir de la seule nourriture qui compte vraiment pour lui et qui consiste à se donner. La conversation s’engage tout de suite et c’est lui qui l’engage, sans aucun souci ni de la fatigue, ni de la réputation. Il lui donne un tour de simplicité aisée qui caractérise tout ce qu’il dit et fait, mais qui ici atteint un degré extrême: il est fatigué; il fait très chaud; il a soif: il demande à boire. Cette demande est toute indiquée, surtout en ces pays d’Orient où les vertus sociales sont si bien observées. La femme a ce qu’il faut pour atteindre l’eau profonde; lui, n’a rien; elle ne peut refuser ce service. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 222 s)

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Une vie auréolée par l’Esprit

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La Pentecôte est l’aboutissement de la mission de Jésus: le « don de Dieu » nous est finalement octroyé! C’est l’accomplissement des prophéties portant sur la Loi intérieure devant être inscrite dans le cœur des croyants. Cadeau inestimable qui justifie le pécheur tout en l’unissant aux autres disciples: union personnelle à Dieu et à l’Église. Source également d’une multitude de charismes valorisant chaque fidèle et organisant ainsi le témoignage communautaire du groupe. On pourrait s’étendre longuement sur la liste des bienfaits de la Pentecôte dont le premier fruit visible fut de lancer les Apôtres sur les chemins de la mission (Actes 2, 1-11) et le premier fruit invisible celui de justifier le cœur des croyants (Jean 20, 22-23). En ce temps de confinement 2021, période d’ermitage non désirée mais imposée par la force des choses, permettez-moi de m’étendre sur une conséquence de la Pentecôte, sur un aspect de la vie spirituelle qui m’apparaît primordial en la circonstance: la valorisation du moment présent.

Dieu vit dans un éternel présent … ce qui évidemment n’est pas notre cas! Nous sommes des êtres plutôt instables et nerveux. Dans une société qui fonctionne régulièrement à haute vitesse, notre attention ignore facilement le moment présent pour privilégier quelques actions à venir; et nous voilà en avance de deux semaines sur notre quotidien. Dans ce contexte, le moment actuel peut nous paraître assez banal, voire un obstacle à nos désirs insatiables; à l’exception de quelques moments intéressants, tout le reste de la journée peut nous sembler du remplissage. Et pourtant, notre existence sur terre ne sautille pas d’un point à l’autre … mais elle se déroule calmement, une minute à la fois. À nous de la savourer cette petite minute car elle ne reviendra pas!

S’il est normal de savoir s’arrêter et respirer un peu, il nous est par contre plus difficile d’apprécier les petites choses qui composent notre « terrible quotidien ». Si nous sommes croyants, de véritables croyants bien sûr, le cadre de notre vie se métamorphose et tout s’illumine de la présence de Dieu. Au dire du pape François: « L’aujourd’hui est le plus semblable à l’éternité, et même plus: l’aujourd’hui est une étincelle d’éternité, car dans l’aujourd’hui se joue la vie éternelle » ( JMJ de Rio, 2013). Le moment présent peut donc être porteur d’une valeur insoupçonnée. Cette vision de foi, si elle est cultivée, peut transformer notre confinement actuel en un exercice tout à fait exceptionnel et bénéfique. La valeur morale d’un acte ne réside pas tellement en lui-même mais dans l’intention avec lequel il est posé; et c’est ce qui fait la grandeur de notre routine lorsqu’elle est vécue dans la foi et l’amour. Incidemment, cette vie monacale de prière et de silence qu’est la vie contemplative incline ses membres à discerner toute la valeur d’un geste très humble accompli avec foi, qu’il s’agisse de passer le balai ou de faire la vaisselle. Rien d’insignifiant en une vie qui se déroule en présence de Dieu! N’est-ce pas d’ailleurs, au dire de saint Paul, ce que devrait être la vie de tout baptisé? « Tout ce que vous dites, tout ce que faites, dit-il aux chrétiens de Colosse, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père. » (Colossiens 3, 17).

Vivre le confinement dans la déprime, les yeux rivés sur des activités provisoirement inaccessibles, ou le vivre positivement comme un jardin spirituel qui attend nos semis, voilà bien le dilemme! Puisse cette fête de la Pentecôte nous aider à le résoudre en acceptant de vivre chaque moment comme une étincelle d’éternité, un moment de vie auréolé par l’Esprit, un magnifique don de Dieu !

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Pourquoi restez-vous à regarder le ciel?

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L’Ascension de Jésus, vue par dom Guillerand, est le couronnement glorieux du mouvement de l’Esprit d’amour qui a animé toute la vie du Maître. Les apôtres n’ayant pas encore reçu cet Esprit ne peuvent le voir à l’œuvre ce jour-là et, donc, ne peuvent que s’attarder à regarder ce corps qui disparaît sous leurs yeux. Laissons notre chartreux bien-aimé, lors d’une homélie pour la fête, en tirer quelques leçons pour nous:

« Ce souffle, cet Esprit, ce mouvement intime se communiqua de nouveau au corps de Jésus le matin de Pâques, et, cette fois, comme le Christ n’avait plus à nous ressembler dans la souffrance et la mort, il se l’assimila complètement, le fit corps spiritualisé, lui communiqua son agilité; et, un jour, à l’heure voulue, devant les apôtres et les disciples réunis, pour réaliser le dessein divin, pour faire connaître ce Souffle au monde, le mouvement le souleva lentement et l’emporta au sein du Père.

Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui: c’est le terme définitif, le couronnement glorieux, l’éclatante manifestation du mouvement de l’Esprit d’amour qui a animé toute la vie et toute l’activité de Jésus … et qu’il est venu manifester. Mais pour le voir, cet Esprit, il faut l’avoir. Les apôtres ne l’ont pas encore; voilà pourquoi, oublieux de la recommandation et de la promesse qui viennent de leur être faites, ils s’attardent à regarder ce corps et cette nuée qui le leur a ravi. Les anges doivent venir et leur rappeler: « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel? ». Sous cette forme visible sa mission est achevée, il nous a donné tout ce qu’il devait nous donner.

Ce qu’il faut maintenant, c’est nous livrer totalement à ce Souffle d’amour qui a animé sa vie, c’est de nous plonger, de nous immerger en cet Esprit comme dans un bain qui, de nous, fera des hommes nouveaux. Il faut que, mus par ce souffle sacré, nous refassions à sa suite cette lente ascension de sa vie, en suivant le chemin qu’il a suivi; car, nous dit saint Paul, nous sommes appelés à rentrer avec lui dans le sein du Père, à y régner éternellement avec lui, mais nous ne règnerons avec lui que si nous avons soufferts avec lui: « Si nous tenons ferme, avec lui nous règnerons » (2 Timothée 2, 12). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 39)

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Plus présent par sa divinité que par son humanité

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L’Esprit Saint envoyé aux disciples les a fait entrer peu à peu dans la vérité toute entière, tel que promis par Jésus (Jean 16, 13). Un grand théologien du 5e siècle, saint Léon le Grand, nous parle précisément de cette progression de la foi de l’Église suite à l’Ascension du Seigneur: les croyants découvrent peu à peu la présence de leur Maître, davantage sous le couvert de sa divinité que de son humanité. Écoutons le pape Léon:

« Les saints Apôtres eux-mêmes, fortifiés par tant de miracles, instruits par tant de discours, avaient cependant été terrifiés par la cruelle passion du Seigneur et n’avaient pas admis sans hésitation la réalité de sa résurrection. Mais son Ascension leur fit accomplir de tels progrès que tout ce qui, auparavant, leur avait inspiré de la crainte, les rendait joyeux. Ils avaient dirigé leur contemplation vers la divinité de celui qui avait pris place à la droite du Père. La vue de son corps ne pouvait plus les entraver ni les empêcher de considérer, par la fine pointe de leur esprit, qu’en descendant vers nous et qu’en montant vers le Père il ne s’était pas éloigné de ses disciples.

C’est alors, mes bien-aimés, que ce fils d’homme fut connu, de façon plus haute et plus sainte, comme le Fils de Dieu. Lorsqu’il eut fait retour dans la gloire de son Père, il commença d’une manière mystérieuse, à être plus présent par sa divinité, alors qu’il était plus éloigné quant à son humanité. C’est alors que la foi mieux instruite se rapprocha, par une démarche spirituelle, du Fils égal au Père; elle n’avait plus besoin de toucher dans le Christ cette substance corporelle par laquelle il est inférieur au Père. Le corps glorifié gardait sa nature, mais la foi des croyants était appelée à toucher, non d’une main charnelle mais d’une intelligence spirituelle, le Fils unique égal à celui qui l’engendre. » (Sermon de saint Léon le Grand pour l’Ascension, Sources chrétiennes, 139-141).

De tout ceci, je retiens avant tout l’importance du don et du rôle de l’Esprit Saint qui, sans changer le dépôt de la Foi, nous le fait mieux connaître en le précisant davantage. Cette progression de la foi, transmise par la Tradition, est essentielle à la vie de l’Église. Il est donc fautif, comme le soutiennent couramment nos frères Protestants, que les Saintes Écritures suffisent (Sola Scriptura) et que la Tradition de l’Église n’apporte rien. Nier la Tradition, c’est nier le rôle de l’Esprit dans le Peuple de Dieu; c’est également nier les promesses du Christ et par là-même méconnaître les Saintes Écritures!

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« Il fut enlevé au Ciel » (Marc 16, 19)

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L’Ascension de Jésus nous rappelle le but ultime des croyants: vivre auprès de Dieu durant toute l’éternité. Or, nous vivons actuellement dans une société qui s’est éloignée des valeurs évangéliques tout en conservant la nostalgie de la vie après la mort … et ce à l’aide d’images souvent rocambolesques! Il suffit d’entendre les réactions des gens après le décès d’un individu pour se rendre compte du fossé qui sépare leurs convictions de la foi authentique de l’Église: on y parle de toutes sortes d’activités, genre « il doit bien rire de nous » ou encore « elle peut enfin se promener parmi les étoiles », sans aucune allusion à la vision de Dieu. C’est comme si on avait peur de mentionner Dieu! Un ciel pour athées? Soyons bons; peut-être sommes-nous encore sous l’influence d’une ancienne prédication qui préférait parler de l’enfer plutôt que du ciel: faire peur a toujours été plus facile que de s’étendre sur la description de la vie bienheureuse. Or, que nous dit la foi chrétienne à ce sujet?

Tout d’abord, souvenons-nous que tout être vivant sur terre est mortel: les plantes meurent, les animaux meurent, les hommes meurent. Que reste-t-il après la mort d’un être humain? Une amie juive m’avouait, après le décès de son mari, que ce dernier ne continuait à vivre que dans la mémoire de ses parents et connaissances. Telle n’est pas la foi chrétienne! Créé à l’image de Dieu (Genèse 1, 27), l’être humain a conservé, malgré sa chute originelle, la nostalgie de rencontrer Dieu et de vivre auprès de lui. Jésus, dans sa prédication, n’a fait que remettre en lumière cette aspiration à une destinée éternelle. « L’âme immortelle campe dans une tente mortelle » s’écriait un chrétien du 2e siècle (Lettre à Diognète). Dans une déclaration en date du 17 mai 1979, la Congrégation romaine pour la Doctrine de la foi précise ceci: « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le « moi humain » subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot « âme » consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition ». D’ici la résurrection générale, il n’y a donc place dans l’au-delà que pour des âmes, formes humaines incomplètes (selon Thomas d’Aquin) en attente d’une future et nécessaire réunion avec leurs corps spiritualisés. Ceci étant dit, on peut maintenant aborder la question du sort réservé à ces âmes immortelles.

« Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Marc 16, 16). Ces paroles du Maître, adressées aux disciples avant son départ, nous dévoilent un grand mystère: celui d’un tri final entre personnes sauvées et personnes condamnées, entre âmes immortelles vouées à deux avenirs diamétralement opposés. Cependant, remarquons-le, cette finalité diversifiée n’est pas inscrite dans l’ordre des choses mais découle uniquement d’un choix tout à fait libre de la part de la créature (celui qui croira … celui qui ne croira pas …). Mystère de la liberté humaine! Mystère également d’une possible et merveilleuse union au Christ dans sa gloire: « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi, pour qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée » (Jean 17, 24). Le salut promis aux baptisés, loin d’être un voyage interplanétaire, est donc une permanence de vie auprès du Christ ressuscité: vie de joie et de bonheur, exemplifiée par les images bibliques de festin et de noces éternelles.

« Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ». Ces mots « la vie éternelle » de notre profession de foi indiqueraient-elles que cette vie ne débute qu’à la mort physique? Oh, que non! Par le baptême nous avons déjà reçu en nous cette vie, ces « prémices de l’Esprit Saint »; un Esprit appelé à nous conduire à la pleine connaissance de la Vérité. Cette présence mystérieuse ne peut que grandir et être expérimentée: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23). Saint Paul, pour sa part, n’hésitera pas à définir les chrétiens par cette habitation dynamique: « tous ceux qu’animent l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu » (Romains 8, 14). La vie au Ciel ne saurait donc être totalement différente de celle déjà initiée sur terre; les valeurs de foi, d’amitié et de partage y trouveront un épanouissement extraordinaire! Néanmoins, avouons-le, l’essentiel nous échappe … car comment parler de Dieu sans risquer de projeter sur lui nos vues et nos désirs les plus terrestres. C’est pourquoi l’apôtre Jean résume cette espérance chrétienne, au contenu solide mais aux contours nébuleux, en avouant: « Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est » (1 Jean 3, 2).

Favorisés d’une telle espérance, nous ne pouvons que remercier ce Dieu Père qui nous a appelés à l’existence, rachetés par son Fils et destinés à un bonheur inespéré dans l’Esprit: « À Celui qui siège sur le trône et à l’Agneau, gloire, honneur, puissance et action de grâce pour les siècles des siècles, amen ! »

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Nicodème peut se retirer …

OIP

Docteur en Israël et homme droit, Nicodème est venu à la Lumière car il « fait la vérité ». À la fin de son entretien avec Jésus, il en reçoit une tacite approbation et repart le cœur rempli de clartés qu’il ne saurait épuiser. Laissons à notre ami chartreux, dom Augustin, le soin de nous l’expliquer:

« Quiconque fait le mal hait la Lumière. Celui au contraire qui fait la vérité, vient à la Lumière, pour que ses œuvres soient illuminées, car elles sont faites en Dieu » (Jean 3, 20-21). La pensée du divin Maître est très claire. Il veut affirmer l’amour qui anime Dieu à l’égard des hommes. Il leur donne tout, en leur donnant son Fils unique; il leur offre d’entrer en lui par la foi et de prendre place à jamais au sein d’amour où réside ce Fils: « Celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu » (1 Jean 4, 16). Le Fils ne vient pas pour perdre ni pour condamner ces hommes; bien au contraire, il vient « pour que nul ne périsse, mais ait la vie éternelle », il vient offrir cette vie en s’offrant; il vient en Sauveur. Mais il ne peut pas changer les conditions du salut, précisément parce qu’il est l’Amour. L’Amour veut l’union; il ne peut pas vouloir ni faire autre chose; l’union exige que deux êtres se rapprochent, viennent l’un à l’autre. (…)

Comme toujours, Jésus finit son exposé sur une parole qui éclaire comme il l’a commencé: c’est le tableau de l’âme qui se donne: elle se donne en venant: « Celui qui fait la vérité vient à la Lumière ». Il faut faire la vérité. Faire la vérité! Quelle parole inépuisable! Nulle peut-être ne nous introduit plus avant dans le divin mystère. (…) Faire la vérité, c’est entrer dans l’Être; c’est le reproduire, le répéter; c’est le faire connaître, et c’est être connu soi-même en lui. Quiconque croit au Fils de Dieu, le reçoit comme tel, entre dans sa vérité; il participe à son Esprit qui est l’Esprit du Père, il fait ce qu’il fait; il voit ce qu’il voit; il aime ce qu’il aime; il n’y a qu’un seul agir: et c’est cela « faire la vérité ». La vérité éternelle du Père est répétée sur la terre: on voit le royaume de Dieu; on vit la vie de Dieu. Ce royaume, cette vie: voilà ce que le divin Fils est venu montrer à la terre, et offrir aux hommes qui croient en lui.

Nicodème peut se retirer; il emporte des clartés que ni lui ni personne jamais n’épuisera. Il part sans un mot, l’âme trop pleine pour parler, pleine de germes comme une terre ensemencée à l’automne. Les germes lèveront, car la terre est bonne. Il faudra du temps pour qu’ils germent et apparaissent, et recouvrent le sol. Mais le temps n’est pas pour Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 204 ss)

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