Le message, c’est … le messager!

thyvyt8iwg

ou, le rôle  souvent biaisé des moyens de communication.

Qui ne connaît Marshall McLuan, intellectuel canadien, fondateur des études contemporaines sur les médias. Constatant que les moyens de communication  avaient souvent plus d’importance que leur contenu, il a fait fureur dans les années 80 en forgeant cette formule: « The message is the medium » (Le message, c’est le messager). En 2017, alors que les élections présidentielles sont à la une, la question est revenue en force (soulignée avantageusement par le président Trump): Ne sommes-nous pas trop naïfs face aux moyens de communication?

Au-delà de la partisanerie évidente de certaines chaînes de télévision, je constate que la désinformation est flagrante sur internet, surtout dans les médias sociaux comme Facebook où aucune censure n’est possible sinon par le truchement des échanges d’opinion. Le résultat est, à mon humble avis, catastrophique pour qui y cherche un minimum de vérité. Je retiens en particulier ces groupuscules de chrétiens qui déforment quotidiennement et allègrement les dires du Saint-Siège sans aucun fondement réel si ce n’est  l’écho d’une interprétation journalistique imparfaite. Nos voisins américains, soit dit en passant, détiennent facilement le palmarès en ce domaine. Tous n’ont évidemment pas les moyens de s’abonner à l’édition hebdomadaire française (ou anglaise) du journal L’Osservatore Romano … une lecture qui néanmoins solutionnerait facilement et rapidement  la plupart de ces problèmes.

Il n’en reste pas moins que nous sommes littéralement écrasés par une avalanche d’affirmations de tout acabit qui envahit quotidiennement notre petit écran. Nous sommes à la merci des  verres teintés non seulement des politiciens mais aussi des journalistes, des fiscalistes, des populistes, des environnementalistes, des féministes, des racistes, et finalement … des extrémistes! Autant d’informations biaisées au départ par la pauvre nature humaine et retransmises vaille que vaille par des communicateurs dont l’agenda nous est malheureusement caché. Que Dieu nous donne de surnager, ou mieux encore, de «surfer» ce raz-de-marée … tout en nous efforçant de garder le cap sur la vérité objective qui seule mérite notre attention!

Publié dans Écriture, calme, Création, Démocratie, Dieu, Formation permanente, Monde, Opinion publique, Parole, Perplexité, Politique, Société, Temps présent, vie moderne | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Le secret de la paix intérieure

5af

Moine en prière à l’église (Chartreuse de Scala Coeli, Portugal)

Dans notre société moderne, le bruit nous est tellement devenu familier que certains jeunes ne peuvent plus supporter le silence et beaucoup d’adultes ne sauraient envisager  vivre sans leur téléphone intelligent. Si le silence extérieur est devenu une denrée rare, que dire alors du silence intérieur ? Dom Augustin Guillerand nous partage aujourd’hui son expérience de moine chartreux en ce domaine :

« La paix est comme l’atmosphère de l’âme qui tend vers Dieu ; cette âme a besoin de se sentir tranquille sur le dur chemin qui y mène. Sa tranquillité ne vient pas de ce qu’elle se sent forte et bonne, mais de ce qu’elle s’appuie sur Celui qui est le Dieu fort  et le Dieu bon. L’âme qui a la conviction de cet appui ne craint plus rien et ne peut plus rien craindre.  (…) La confiance en Jésus forme dans nos âmes comme une retraite cachée qui nous abrite et nous garde contre tous les coups de la vie. Rien ne peut atteindre là. (…)

Notre erreur et la source de nos heures de détresse viennent de ce que nous voudrions que le sentiment de paix devienne le seul. Ce n’est pas le plan divin. Dieu a estimé, lui, dans son amour infiniment sage, qu’un monde mêlé de sérénité et de trouble, de joies et de peines, de bien et de mal procurerait mieux sa Gloire, qui est son but suprême. (…) Ne nous étonnons pas, ne nous étonnons jamais de la méchanceté, ni de celle des autres ni de la nôtre. Mais voyons toujours, en face de cette méchanceté, la Bonté infinie qui est venue la guérir. Voyons tout cela dans le plan divin. Dieu aurait pu vouloir une humanité sans la faute et sans le mal. Mais il ne s’agit pas de ce qu’il aurait pu vouloir et faire, il s’agit de ce qu’il a voulu et de ce qu’il a fait. Le grand secret de la paix réside dans l’acceptation de ce Vouloir. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 235 ss)

Publié dans Angoisse, calme, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Monde, Paix, Pédagogie divine, Silence, Temps présent, vie moderne | Tagué , , , , , , | 2 commentaires

L’importance de la MÉMOIRE (2)

p1010694

« Marie retenait toutes ces paroles et les méditait dans son cœur » (Luc 2,19)

Il ne suffit pas d’avoir une mémoire … il faut savoir s’en servir, et à bon escient. Notre vie humaine et surtout notre vie de croyant ne peuvent s’épanouir sans une mémoire en exercice. S’il existe une mémoire implicite qui nous permet de faire machinalement les actions les plus ordinaires, il existe également une mémoire explicite qui entre dans l’accomplissement de nos activités  humaines et qui exige un certain effort.

Notre vie d’enfant de Dieu est basée pour une bonne part sur le souvenir des grands gestes que Dieu a opérés dans l’histoire de l’homme: création, promesses de bonheur, interventions salvifiques (sortie d’Égypte, etc.).  S’il est une expression qui revient souvent dans la Loi de Moïse, c’est bien le « Souviens-toi Israël ». Le Sabbat, les fêtes liturgiques, les saintes Écritures  n’avaient d’autre but que de tenir le croyant dans le souvenir de l’Amour concret de Dieu à son égard.

Le Nouveau Testament, étant venu couronner pour ainsi dire la Révélation faite aux Juifs, ne pouvait que continuer ce processus en soulignant le besoin pour le chrétien de se souvenir de toute l’oeuvre de Dieu, et en particulier  de la Rédemption accomplie par Jésus au Calvaire: c’est d’ailleurs là toute la raison d’être de l’eucharistie … « Faites ceci en mémoire de moi ». La mémoire étant essentielle au développement de la foi, on comprend mieux l’attitude des premiers chrétiens, et surtout de la Vierge Marie, face au besoin primordial de retenir et de réfléchir sur les faits et gestes de Jésus: « Marie conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait en son cœur » (Luc 2,19). La rédaction des quatre évangiles en fut le résultat: une oeuvre magnifique et inspirée, oeuvre de l’Esprit Saint dont Jésus avait promis qu’ il « vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14,26).

« Le chrétien est l’homme de la mémoire » disait récemment le Pape François, et il ajoutait que nous rappeler de la présence de Dieu dans notre vie est une grâce à demander. La mémoire nous est donc bénéfique à plus d’un point de vue; sachons en profiter!

Publié dans Adoration, Écriture, Évangile, Contemplation, Création, Désir de Dieu, Dieu, Esprit Saint, Eucharistie, Jésus, Pédagogie divine, Rédemption, Silence, Tradition, Vierge Marie | Tagué , , , , , , | Un commentaire

L’importance de la MÉMOIRE

jemesouviens

Armoiries du Québec avec devise  (Façade du Parlement, Québec, Canada)

Cette devise «Je me souviens» qui remonte à la construction du Parlement en 1883 témoigne de la mémoire encore toute fraîche de l’Ancien Régime français qui avait pris fin un siècle auparavant (1760). La façade de l’Hôtel du Parlement est ornée de 24 statues dont 18 représentent des personnages d’origine française qui ont marqué l’histoire de la Nouvelle France. Ce pays, avant la conquête britannique, comprenait plus ou moins le Québec, l’Ontario et toute la côte Est des États-Unis (appelée à devenir la «Nouvelle Angleterre»). En construisant cette façade, Eugène Taché, architecte et homme politique, semble avoir eu l’intention de créer un sanctuaire de la mémoire, de l’histoire et de l’identité des Canadiens-français.

Se souvenir, c’est donc avoir de nouveau présent à l’esprit quelque chose qui appartient à une expérience passée. S’il existent des choses qui méritent d’être oubliées … il y en a par contre dont le souvenir nous est  bénéfique.  C’est en ce sens que les récents Papes, depuis Jean-Paul II, n’ont cessé d’inviter les nations européennes à se souvenir de leur passé, et en particulier de leurs racines chrétiennes, car la connaissance du passé est garante d’un avenir équilibré et prometteur. Dans le domaine purement profane, on constate entre autre les efforts déployés par les instances politiques pour dénoncer les génocides récents et en conserver la mémoire.

La mémoire, en tant que faculté humaine, fait partie de notre vie personnelle. Aristote, auteur du premier traité sur la mémoire, considérait que le cœur humain était le siège de l’intelligence, du courage et de la mémoire (d’où l’expression « savoir par cœur »). Même si la science moderne a remplacé le cœur par le cerveau, il n’en demeure pas moins que la mémoire nous est  essentielle pour vivre, comprendre et aimer. Puissions-nous la cultiver chaque jour davantage!

Publié dans Amour, Angoisse, Arts, Église, Bonheur, calme, Dieu, Foi, Formation permanente, immigration, Monde, Opinion publique, Politique, Psychologie, Société, Temps présent, vie moderne | Tagué , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Un programme politique extraordinaire

05-sermon-on-the-mount-1800

à l’intention des gens ordinaires qui veulent plaire à  Dieu.

« Voyant les foules, Jésus monta dans la montagne, et quand il se fut assis, ses disciples s’avancèrent vers lui. Et, ouvrant la bouche, il les enseignait en disant:

 Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, parce que le royaume des Cieux est à eux.

Heureux les doux, parce qu’ils hériteront de la Terre.

Heureux ceux qui sont dans le deuil, parce qu’ils seront consolés.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu’ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde.

Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu.

Heureux ceux qui font oeuvre de paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu.

Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, parce que le royaume des Cieux est à eux. »    (Matthieu 5, 1-10)

Publié dans Amour, Église, Évangile, Bonheur, Conversion, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Espérance, Foi, Humilité, Jésus, Pardon, Pédagogie divine, Politique, Solidarité, Souffrance, Temps présent, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , | 3 commentaires

« Un jour passé dans ta maison

0_place_saint-pierre_-_vatican

en vaut pour moi plus que mille »  (Psaume 84,11)

Mieux vaut être près de Dieu que loin de lui. Seules les personnes qui en ont fait l’expérience peuvent le comprendre. Or, Dieu s’est fait homme et cet Homme s’est uni une foule immense de baptisés de sorte qu’il est devenu la Tête indiscutable d’un corps mystique qu’on appelle l’Église. Cette Église est représentée ci-dessus par une église de pierres … car elle est formée de pierres vivantes; on la dit également Église «de Pierre» car bâtie sur la foi personnelle de l’Apôtre en Jésus Sauveur.

« Un jour passé dans ta maison en vaut pour moi plus que mille » J’expérimente cette joie dans ma prière personnelle mais aussi et avant tout dans la prière liturgique et  voici pourquoi: « Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe; dans la personne du ministre, car celui qui offre maintenant par le ministère des prêtres est celui-là même qui s’offrit alors lui-même sur la croix. Il est présent surtout sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que, lorsque quelqu’un baptise, c’est lui qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis: « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. » (…) Dans la liturgie terrestre, nous participons, par un avant-goût, à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte Cité de Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs. »  (Vatican II, Constitution sur la Liturgie 7.8)

Cette présence ecclésiale du Christ je l’expérimente aussi dans ma vie quotidienne tant dans mes prières personnelles que dans mon service fraternel. Dieu est partout … il suffit de s’arrêter un moment pour le trouver. Bienheureux ceux qui à l’exemple de  la famille de Béthanie (Marthe et Marie) savent l’accueillir dans leur maison!

Publié dans Amitié, Amour fraternel, Église, Dieu, Foi, Jésus, Liturgie, Ministère, Parole, Prêtrise, Sacerdoce, Spiritualité, Vie cachée | Tagué , , , , , , , , | 2 commentaires

Une longue attente récompensée

13-j-presentation

Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem

À l’occasion de cette belle fête de la Présentation (2 février), voici un commentaire de dom Augustin Guillerand sur l’attente du vieillard Siméon, attente longue et patiente mais, finalement, merveilleusement récompensée:

« Siméon orné de justice et de crainte attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était en lui.  (Luc 2,25)  Saint Luc a dessiné en quelques mots un portrait précis et complet du saint vieillard Siméon. Sa vie merveilleusement une, et à cause de cela merveilleusement belle et forte; elle tient toute en un mot: Il attendait. (…)  Il attendait le Rédempteur, Celui qui devait refaire dans les âmes l’image et la ressemblance de Dieu déformée par le péché, Celui qui est cette image, cette ressemblance, Celui donc qui porte en lui les traits de l’infinie Beauté, la figure de sa Substance, l’éclat de l’éternelle Lumière. Il tenait toutes ses énergies, tendues par le désir, vers lui. (…)

L’issue d’une telle attente est facile à prévoir. Le jour même et à l’heure même où la voix intérieure dit: «Il est là, il est au Temple», toutes les énergies ordonnées de son être, les muscles de son corps, les puissances de son âme se déclenchaient simplement, sans effort, s’accordaient pour trouver, reconnaître, embrasser Celui qui était son seul désir; et de tout cet être satisfait s’éleva l’hymne du repos après l’effort, de la possession après l’attente, l’hymne de la paix: «Maintenant vous laissez votre serviteur partir en paix ... » (…) La paix l’enveloppe, le baigne, l’inonde de toutes parts.

Résultat splendide! Nous le désirons, nous aussi, nous en avons le droit; il peut, il doit devenir nôtre. Mais nous oublions l’attente qui le précède et le long effort qui le prépare. L’heure de la paix , de repos, ne sonne qu’après le travail, et elle ne sonne que pour ceux qui ont travaillé, pour ceux qui ont su construire et orner le temple intime où l’hôte divin doit venir, pour ceux qui ont longuement écouté la voix de l’Esprit Saint et qui, en collaboration avec ce dernier, se sont façonnés peu à peu des bras spirituels, des facultés rectifiées, surélevées, divinisées, nécessaires pour recevoir et embrasser le Rédempteur attendu. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 19 ss)

Publié dans Adoration, Évangile, Bonheur, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Liturgie, Paix, Rédemption, Révélation, Sainte Famille, Travail, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , | 2 commentaires

Une autre journée d’apprentissage …

Notre destinée d’enfants de Dieu est formidable et on ne peut rien y ajouter. Qu’une créature puisse oser prétendre  vivre un jour de la vie même du Créateur serait un non-sens si cela n’avait été révélé. Inutile de multiplier ici les citations bibliques … tout le Nouveau Testament transpire cette vérité décrite adéquatement par saint Jean dans sa première lettre: « Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous Lui serons semblables parce que nous Le verrons tel qu’il est. » (1 Jean 3,2)

C’est dans cette optique, que j’entreprends normalement ma journée d’ermite urbain. La pensée d’être destiné à vivre éternellement dans l’amour de Dieu et de ses créatures m’incite à changer ma façon de voir les choses (même les plus négligeables comme, par exemple, faire le ménage), ma façon également de voir mon prochain, non comme une personne affligée de tel ou tel défaut mais plutôt comme un frère ou une sœur qui possède telle ou telle qualité. Anxieux  par nature, je dois me faire violence pour cesser de prévoir l’avenir et me concentrer sur le moment présent: un exercice qui semble porter son fruit en me calmant et en me faisant progresser dans la confiance en la divine Providence.

Ma communion eucharistique du matin est sans nul doute le fondement de cet apprentissage quotidien de la vie qui m’attend au Ciel. J’aime y revenir tout au  long de ma journée, surtout dans les moments de prière. Qu’il s’agisse de la récitation de l’Office divin ou du chapelet, je m’efforce d’y retrouver Jésus dans ses divers états de vie: joyeux, lumineux, douloureux et glorieux. Tête du Corps mystique, sa solidarité foncière avec mes frères et sœurs de la terre inspire ma fidélité quotidienne ainsi que mes prières de demande et d’action de grâce.

À travers les joies et les peines incontournables, je me sens donc habité par une foi qui me fait discerner la main de Dieu dans ma journée, par  une espérance qui me laisse entrevoir cette réalité  qui m’attend au Ciel et par une charité qui tend à devenir de plus en plus universelle. Oui, mon existence quotidienne, toute routinière qu’elle puisse paraître, me laisse deviner de bien belles choses:

« Tel un brouillard qui se déchire et laisse émerger une cime,

Ce jour nous découvre, indicible, un autre jour que l’on devine. »

(Hymne liturgique)

Publié dans Adoration, Angoisse, Écriture, Érémitisme, calme, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Eucharistie, Foi, Jésus, Mystère, Poésie, Providence, Simplicité, Souffrance, Travail, Vie éternelle, Vie cachée, vie moderne | Tagué , , , , , , , | 2 commentaires

Une harmonie impossible?

99

Nous vivons dans un monde où la recherche de la paix et de la concorde entre les peuples semble devenir une utopie ou, tout au moins, une réalité difficilement réalisable. La politique, avec ses changements de gouvernements,  retient notre attention car elle semble être inspirée de plus en plus par l’égoïsme et les intérêts financiers. Et pourtant … il n’en était pas ainsi au commencement, dans le Plan créateur. L’harmonie initiale était et demeure le grand désir de Dieu; il reste à la créature de s’y insérer pour trouver enfin la paix et la joie.

L’harmonie de l’univers  est déjà réalisée (pour nous croyants) par Dieu lui-même. Voici comment l’explique un grand évêque égyptien du 4e siècle:  « La Sagesse de Dieu, le Verbe, tenant l’univers comme une lyre, unit les êtres de l’air avec ceux de la terre, et les êtres du ciel avec ceux de l’air; il combine l’ensemble avec les parties, il conduit tout par son commandement et sa volonté; il produit ainsi, dans la bonté et l’harmonie, un seul monde et un seul ordre du monde. (…) Pour faire comprendre une si grande chose par un exemple, prenons l’image d’un chœur composé de nombreux chanteurs. Ce chœur comporte des exécutants variés: hommes, enfants, femmes, vieillards et jeunes gens; sous la direction d’un seul chef, chacun chante selon sa nature et ses possibilités: l’homme comme un homme, l’enfant comme un enfant, le vieillard comme un vieillard, le jeune homme comme un jeune homme; mais tous exécutent une seule harmonie. (…)  Oui, par une seule impulsion, par le commandement du Verbe qui est Dieu, toutes choses sont organisées, chacune agit selon ce qui lui appartient en propre, et toutes ensemble réalisent un ordre unique. »  (Traité de saint Athanase contre les païens)

S’il en est ainsi des choses crées, il en va quand même autrement lorsqu’il s’agit des humains; ceux-ci ont peine à s’accepter les uns les autres. Les croyants sont donc appelés à donner l’exemple. Voici comment l’expliquait déjà au 2e siècle, aux chrétiens d’une église locale, un évêque de passage: « Aussi convient-il que vous viviez en accord avec la pensée de votre évêque. (…) Vos prêtres sont d’accord avec l’évêque comme les cordes avec la cithare. Ainsi, dans la concorde de vos sentiments et l’harmonie de votre charité, vous chantez Jésus Christ. Quant à vous, devenez un chœur de chant, afin que dans l’harmonie de votre concorde, adoptant la mélodie de Dieu dans l’unité, vous chantiez pour le Père, d’une seule voix, par Jésus Christ. Alors le Père vous écoutera et reconnaîtra en vous, grâce à vos bonnes actions, les membres de son Fils. » (Lettre de saint Ignace d’Antioche aux chrétiens d’Éphèse)

Une harmonie possible?  Oui, si nous la construisons sur les valeurs évangéliques d’obéissance et de respect mutuel qui seules peuvent remédier à nos carences évidentes!

Publié dans Amitié, Amour fraternel, Église, calme, Création, Dieu, Diocèse, Jésus, Monde, Paix, Politique, Solidarité, Temps présent, vie moderne | Tagué , , , , , , , , | Un commentaire

La dévotion, selon dom Guillerand

c6bsan-jose

Travail manuel  (Chartreuse de San Jose, Argentine)

Il y a des dévotions et il y a … la dévotion. Une chose en effet est d’avoir un certain attrait pour les choses religieuses, comme par exemple le chapelet, une autre d’avoir « le désir de se livrer promptement à ce qui concerne le service de Dieu », désir qui est à la base de la vie consacrée. Cette définition, qui nous vient de saint Thomas d’Aquin (II-II, quest.82, art.1), est également à la base du commentaire qui suit et que nous livre avec beaucoup de finesse cet éminent chartreux qu’est dom Augustin Guillerand:

« La dévotion est affaire de volonté. La volonté fait l’être, elle est l’être. On est dans la mesure où l’on veut; et on est ce qu’on veut. Et c’est pourquoi Dieu seul est juge d’une âme et d’une vie; seul il voit dedans. Les effets extérieurs du vouloir peuvent être nuls, et cela pendant longtemps; les hommes, qui ne voient que ces dehors, jugent sévèrement; Dieu, qui va jusqu’à l’intime où l’on aime, répond à cet amour par l’amour. Dieu sait que les résultats extérieurs peuvent être dangereux, il les refuse; il se réserve ainsi des âmes dans le secret sanctuaire où on le trouve: « Prie ton Père qui te voit dans le secret » (Matthieu 6,6).

Pourtant il faut tendre à l’effort; il est requis, car l’amour est dans l’effort. Effort calme et tranquille, non pour se réserver à soi-même, mais au contraire pour se donner en plein, car tout excès diminue et sépare de Celui qui est Ordre et Mesure. Il faut aimer Dieu avec modération, pour l’aimer sans  mesure. La modération est la mesure de Dieu. Ce que Dieu veut, c’est le don de soi; quand on a rien, on se donne en ne donnant rien. Si, à ces heures-là, on veut à tout prix donner quelque chose, on ne se donne pas et on se sépare.

Le secret de Marie, le secret de la sainte Famille est là, dans cette simplicité calme et mesurée. Ils faisaient ce que faisaient les autres, mais dans tout ce qu’ils faisaient, ils se donnaient pleinement. Ce don était le mouvement en eux de l’Esprit d’amour. Celui-ci les possédait et les menait entièrement. C’est à cette docilité que doit tendre une âme. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 65)

Publié dans Adoration, Amour, calme, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Détachement, Dieu, Esprit Saint, Kartusija, Kloster, Monastery, Paix, Paysage, Providence, Sainte Famille, Sérénité, Simplicité, Vie cachée | Tagué , , , , , , , | 5 commentaires