
◊
Dieu t’a choisi,
Que Dieu soit béni!
Fils de David,
Époux de Marie.
Entre tes mains,
le Christ enfant
a remis sa vie.
◊
(Hymne liturgique, Jacqueline-Frédéric Frié)

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Dieu t’a choisi,
Que Dieu soit béni!
Fils de David,
Époux de Marie.
Entre tes mains,
le Christ enfant
a remis sa vie.
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(Hymne liturgique, Jacqueline-Frédéric Frié)

Dom Antao Lopez (Chartreuse Scala Coeli, Portugal)
Nous confondons souvent la sensibilité avec l’âme ; ce sont deux réalités connexes mais différentes. Les troubles ne sont pas dans notre vouloir ; nous ne les cherchons pas, nous ne les désirons pas. Voilà pourquoi il nous est souvent difficile d’acquérir et de conserver la paix de l’âme. Laissons le chartreux dom Guillerand nous instruire sur ce point :
« C’est la grande erreur de notre vie … et d’ailleurs de presque toutes les vies à notre époque. Nous confondons la sensibilité avec l’âme. La sensibilité c’est la partie inférieure de l’âme, c’est l’âme ensevelie dans la matière et liée à toutes ses conditions si changeantes. Mais ce n’est pas la partie vraiment et proprement humaine ; la partie humaine c’est la raison spirituelle, qui est supérieure à toute la partie inférieure, qui est éclairée d’en haut et qui doit diriger tout notre être selon sa lumière plus pure.
Les troubles, les craintes, les amertumes c’est le monde d’en bas. Il dépend peu de notre volonté ; nous ne pouvons pas le gouverner à notre gré ; nous n’avons qu’un pouvoir politique, qui par une influence lente peut communiquer ses vues plus hautes.
Pratiquement, notre pouvoir se ramène à deux choses. et ne peut s’exercer que de deux façons :
1) L’acceptation. « Mon Dieu, j’accepte et je vous offre cet état pénible et l’impuissance à le faire cesser. » Cela nous le pouvons toujours. C’est une force énorme; malheureusement nous n’en comprenons pas la grandeur et nous n’en n’usons pas et nous perdons ainsi des trésors sans prix. (…)
2) La transformation. Elle résulte de l’acceptation. À force de prendre ces peines de la main de Dieu et de les lui donner, à force de les envisager dans cette lumière plus haute, on finit par en voir plus aisément le beau côté et par les trouver beaucoup moins pénibles. Les peines prennent pour nous une forme nouvelle. Mais pour cela, il faut se tenir en contact avec Dieu, et voilà pourquoi la prière et les sacrements sont indispensables. »
(Écrits spirituels, tome 2, page 247 s)

Prière en cellule (Chartreuse Transfiguration, Vermont, U.S.A.)
Les distractions dans la prière sont choses courantes mais elles peuvent devenir pour certaines personnes un obstacle insurmontable. Une bataille s’impose; un grand et long effort est de mise qui s’appelle en langage monastique « la garde du cœur ». Voici ce qu’en dit notre cher dom Guillerand :
« L’attention à Dieu est rare parce que rares sont les âmes qui le connaissent. Le péché nous a détournés de lui ; nous vivons en face du créé; les images des créatures nous emplissent l’âme, nous retiennent et rendent l’attention à Dieu difficile. Il faut se retourner; c’est le sens du mot conversion.
La conversion a bien des degrés. Les saints seuls sont de vrais convertis ; seuls ils vont jusqu’au bout de leur mouvement. Ce bout, c’est un regard qui ne veut plus faire attention qu’à Dieu … et peu à peu, à la suite d’exercices plus ou moins prolongés et avec l’aide de la grâce, se fixe en lui.
Les créatures (et le démon qui en use) ne se laissent pas évincer sans combat. La vie d’oraison exige des batailles continuelles ; c’est le grand effort, et le plus long, d’une existence qui se voue à Dieu. Cet effort porte un beau nom : il s’appelle la garde du cœur. Le cœur humain est une cité ; il devrait être une forteresse. Le péché l’a livré. Depuis, c’est une cité ouverte dont il faut rebâtir les murs. L’ennemi se jette sans cesse à la traverse. Il le fait avec son habilité et sa force, avec fourberie et avec fougue. Il présente des pensées si heureuses, parfois si utiles, des images si charmantes ou si redoutables, il enveloppe le tout de raisons si pressantes, qu’il arrive à chaque instant à nous distraire, à nous tirer hors de la divine présence. Il faut sans cesse s’y remettre. Ces reprises perpétuelles, ces recommencements sans fin, plus encore que la lutte proprement dite, nous lassent et nous abattent. Nous préférerions une violente bataille … violente mais définitive. Le bon Dieu ne le veut pas en général. Il préfère cet état de guerre, ces embûches et ces guet-apens, ces précautions et ces vigilances. Il est l’Amour et la longue guerre exige plus d’amour et le développe davantage. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 23)

À côté de ces gens qui, tout occupés d’eux-mêmes, donnent malheureusement l’impression d’avoir un cœur ratatiné, il existe également (Dieu merci!) des personnes à l’image de Mère Teresa qui embrassent quasiment à l’infini les personnes et les problèmes qu’elles rencontrent. Ces personnes ont un cœur épanoui et agrandi qui provoque notre admiration.
En ce début de Carême, il convient de nous demander quelle sorte de cœur nous avons. Et si , par hasard, nous étions un peu déçus de la réponse, écoutons saint Augustin nous indiquer comment remédier à cette carence d’amour:
LE DÉSIR ÉLARGIT LE CŒUR
« Toute la vie du vrai chrétien est un saint désir. Sans doute, ce que tu désires, tu ne le vois pas encore; mais en le désirant tu deviens capable d’être comblé lorsque viendra ce que tu dois voir.
Supposons que tu veuilles remplir une sorte de poche et que tu saches les grandes dimensions de ce qu’on va te donner, tu élargis cette poche, que ce soit un sac,une outre, ou n’importe quoi de ce genre. Tu sais l’importance de ce que tu vas y mettre, et tu vois que la poche est trop resserrée: en l’élargissant, tu augmentes sa capacité. C’est ainsi que Dieu, en faisant attendre, élargit le désir; en faisant désirer, il élargit le cœur; en l’élargissant, il augmente sa capacité de recevoir. (…) Voilà notre vie: nous exercer en désirant. Le saint désir nous exerce d’autant plus que nous avons détaché nos désirs de l’amour du monde. Nous l’avons déjà dit à l’occasion: vide ce qui doit être rempli. Ce qui doit être rempli par le bien, il faut en vider le mal. (…)
Ce que nous voulons acquérir, c’est Dieu. Et quand nous disons «Dieu», que disons-nous? Ce mot désigne tout ce que nous attendons. Tout ce que nous pouvons dire est en dessous de la réalité; élargissons-nous en nous portant vers lui, afin qu’il nous comble quand il viendra. Nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (Sermon sur la première lettre de Jean).

« L’Esprit le poussa au désert et il y demeura 40 jours » (Marc 1,12 s)
Les chrétiens commencent aujourd’hui cette période de quarante jours, appelée Carême, qui les préparera à la célébration de la fête chrétienne par excellence, celle de la Mort-Résurrection de Jésus. Et cette période est tellement importante que son premier et dernier jour sont jours de jeûne obligatoire: le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Je remarque que certains chrétiens d’aujourd’hui, facilement en pâmoison devant le Ramadan (période de jeûne annuel des musulmans), peinent néanmoins à observer les deux jours qui nous restent du jeûne obligatoire d’autrefois … ainsi va la nature humaine!
Mais dans l’esprit de l’Église, le Carême n’est pas uniquement une période de discipline corporelle, il est avant tout un temps de prière et de réflexion. À l’exemple du divin Maître au désert, les croyants sont invités à s’arrêter quelque peu pour réfléchir sur le sens de leur baptême, de leur alliance avec Dieu. Qui sont-ils, où vont-ils … sont-ils vraiment des disciples du Christ et sont-ils prêts à donner leur vie à sa suite? Bien que cette période liturgique soit riche de textes à écouter et à méditer, ce qui frappe avant tout l’imagination c’est l’exemple donné par Jésus lui-même: quarante jours de solitude et de privations sous l’inspiration de l’Esprit. Temps de recherche mais aussi de mise à l’épreuve, dont les fruits se révéleront magnifiquement tout au long de son court ministère publique. Chers amis, si le Maître a senti le besoin de s’asseoir et de réfléchir avant d’entreprendre sa mission, combien plus devons-nous nous arrêter pour voir si nous pouvons continuer à le suivre avec de si pauvres moyens.
À tous et chacun, un très saint Carême … dans la joie de l’Esprit!
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AVIS IMPORTANT
Ressentant moi aussi le besoin de consacrer plus de temps à une écoute priante, j’ai décidé de diminuer quelque peu la fréquence de mes articles hebdomadaires. Avis donc à ceux et celles qui se poseraient question à ce sujet.

Travaux agricoles (Chartreuse de Pleterje, Slovénie)
Si l’Église est souvent perçue par nos contemporains comme signe de contradiction, c’est que son Maître le fut le premier. Dom Guillerand médite aujourd’hui sur la réaction propre aux trois catégories de personnes qui eurent la grâce ineffable d’entendre les discours de Jésus et de voir ses miracles :
« En voyant les prodiges que Jésus accomplissait, les uns se taisent et se livrent ; les autres se taisent, croient, mais ne se donnent pas ; un troisième groupe parle, résiste et se refuse nettement. Les premiers sortent d’eux-mêmes, immolent leurs vues à des vues qu’ils estiment plus hautes que les leurs sans les comprendre ; les seconds le font aussi, mais n’en dégagent pas des résolutions pratiques ; ils ont peur d’accorder leurs actes à leur croyance; ils ont peur des efforts à faire … et probablement surtout de prendre position entre Jésus et ceux qui le contredisent. C’est pourquoi le Maître ne se livre pas à eux. Il attend une foi vraie qui peut-être viendra plus tard. Il attend un vrai don de soi. Il ne se donne que si on se donne; et il ne donne «de se donner» que quand il voit des cœurs prêts à répondre au don divin.
L’histoire chrétienne du monde est toute entière là, comme à Bethléem, à la naissance , à l’arrivée des Mages, comme à Jérusalem à la présentation au temple, ou même à la douzième année, comme en toutes les scènes de l’Évangile … ou à peu près. Jésus est toujours le signe de contradiction en face duquel les âmes se divisent. Il assiste à cette division, il la permet ; il fait tout pour attirer à lui, convaincre les esprits, conquérir les vouloirs et les cœurs … mais il ne s’impose pas. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 181 s)

« Car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Colossiens 2,9)
S’il est vrai que la formule de Marshall McLuan («Le message, c’est le messager») concerne avant tout le domaine des médias de communication, permettez-moi néanmoins d’en faire une application tout à fait personnelle au domaine de l’évangélisation. Au temps de Jésus, la prédication évangélique concernait avant tout la venue imminente du Royaume des Cieux. Puis, suite à la mort et résurrection du Christ, ce message s’est de plus en plus concentré, et à bon droit, sur la personne même de Jésus, personnification du Royaume, Premier-né d’entre les morts, Image du Dieu invisible en qui, selon saint Paul, « habite corporellement toute la plénitude de la divinité ». Le message est ainsi devenu le messager!
« Pour moi, vivre c’est le Christ » répétera désormais l’Apôtre, et sa vie reflétera cette affirmation tant par son empressement à prêcher l’Évangile que par sa sollicitude maternelle envers les premiers chrétiens. Paul a ainsi ouvert le chemin à tous ces prédicateurs et dévots du Christ qui ont pris sur eux de mourir à eux-mêmes pour ne plus vivre que pour Lui. L’union à Dieu, par et dans le Christ Jésus, est comme devenue la devise de tous ces apôtres au cœur de feu. La vie bi-millénaire de l’Église témoigne de ces milliers de chrétiens et chrétiennes totalement donnés au Seigneur, souvent au prix de leur sang. Ce sont les saints et les saintes que nous connaissons..
« Ne soyez qu’œil » conseillait à la fin de sa vie un moine du désert à ses jeunes disciples. Ce désir d’oubli de soi, ce désir de transparence et d’humilité face à Dieu, les grands spirituels l’ont cultivé eux-aussi, telle sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, cette jeune carmélite du 19e siècle qui aspirait à se présenter à sa mort devant Dieu les mains vides … mais tenant entre elle et Lui le voile de Véronique sur lequel s’était imprimé miraculeusement la face du Seigneur. Comme quoi Thérèse, dans son humilité, n’entendait plus se glorifier que de la présence de Jésus dans son humble vie . Pour moi, vivre c’est le Christ … et si c’était vrai pour chacun de nous également ?

Moine en prière à l’église (Chartreuse de Scala Coeli, Portugal)
Dans notre société moderne, le bruit nous est tellement devenu familier que certains jeunes ne peuvent plus supporter le silence et beaucoup d’adultes ne sauraient envisager vivre sans leur téléphone intelligent. Si le silence extérieur est devenu une denrée rare, que dire alors du silence intérieur ? Dom Augustin Guillerand nous partage aujourd’hui son expérience de moine chartreux en ce domaine :
« La paix est comme l’atmosphère de l’âme qui tend vers Dieu ; cette âme a besoin de se sentir tranquille sur le dur chemin qui y mène. Sa tranquillité ne vient pas de ce qu’elle se sent forte et bonne, mais de ce qu’elle s’appuie sur Celui qui est le Dieu fort et le Dieu bon. L’âme qui a la conviction de cet appui ne craint plus rien et ne peut plus rien craindre. (…) La confiance en Jésus forme dans nos âmes comme une retraite cachée qui nous abrite et nous garde contre tous les coups de la vie. Rien ne peut atteindre là. (…)
Notre erreur et la source de nos heures de détresse viennent de ce que nous voudrions que le sentiment de paix devienne le seul. Ce n’est pas le plan divin. Dieu a estimé, lui, dans son amour infiniment sage, qu’un monde mêlé de sérénité et de trouble, de joies et de peines, de bien et de mal procurerait mieux sa Gloire, qui est son but suprême. (…) Ne nous étonnons pas, ne nous étonnons jamais de la méchanceté, ni de celle des autres ni de la nôtre. Mais voyons toujours, en face de cette méchanceté, la Bonté infinie qui est venue la guérir. Voyons tout cela dans le plan divin. Dieu aurait pu vouloir une humanité sans la faute et sans le mal. Mais il ne s’agit pas de ce qu’il aurait pu vouloir et faire, il s’agit de ce qu’il a voulu et de ce qu’il a fait. Le grand secret de la paix réside dans l’acceptation de ce Vouloir. »
(Écrits spirituels, tome 2, page 235 ss)

« Marie retenait toutes ces paroles et les méditait dans son cœur » (Luc 2,19)
Il ne suffit pas d’avoir une mémoire … il faut savoir s’en servir, et à bon escient. Notre vie humaine et surtout notre vie de croyant ne peuvent s’épanouir sans une mémoire en exercice. S’il existe une mémoire implicite qui nous permet de faire machinalement les actions les plus ordinaires, il existe également une mémoire explicite qui entre dans l’accomplissement de nos activités humaines et qui exige un certain effort.
Notre vie d’enfant de Dieu est basée pour une bonne part sur le souvenir des grands gestes que Dieu a opérés dans l’histoire de l’homme: création, promesses de bonheur, interventions salvifiques (sortie d’Égypte, etc.). S’il est une expression qui revient souvent dans la Loi de Moïse, c’est bien le « Souviens-toi Israël ». Le Sabbat, les fêtes liturgiques, les saintes Écritures n’avaient d’autre but que de tenir le croyant dans le souvenir de l’Amour concret de Dieu à son égard.
Le Nouveau Testament, étant venu couronner pour ainsi dire la Révélation faite aux Juifs, ne pouvait que continuer ce processus en soulignant le besoin pour le chrétien de se souvenir de toute l’oeuvre de Dieu, et en particulier de la Rédemption accomplie par Jésus au Calvaire: c’est d’ailleurs là toute la raison d’être de l’eucharistie … « Faites ceci en mémoire de moi ». La mémoire étant essentielle au développement de la foi, on comprend mieux l’attitude des premiers chrétiens, et surtout de la Vierge Marie, face au besoin primordial de retenir et de réfléchir sur les faits et gestes de Jésus: « Marie conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait en son cœur » (Luc 2,19). La rédaction des quatre évangiles en fut le résultat: une oeuvre magnifique et inspirée, oeuvre de l’Esprit Saint dont Jésus avait promis qu’ il « vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14,26).
« Le chrétien est l’homme de la mémoire » disait récemment le Pape François, et il ajoutait que nous rappeler de la présence de Dieu dans notre vie est une grâce à demander. La mémoire nous est donc bénéfique à plus d’un point de vue; sachons en profiter!