Rendre à César ce qui est à César

images

Brève réflexion sur l’agir de nos gouvernants

En tant qu’ermite je me permets tout au plus une demi-heure de télé par jour et ce uniquement pour me tenir au courant des nouvelles … et c’est amplement suffisant! Le flux d’immigrés est évidemment à la une … ainsi que les pours et les contres. Le gouvernement canadien comme tout autre gouvernement a des choix à faire; en tant que citoyen et en tant que chrétien je me dois d’encourager les autorités à ouvrir les portes à ceux qui sont démunis de tout. Aucun scrupule à ce sujet.

«Rendez à César ce qui est à César» nous dit Jésus et cela implique beaucoup plus qu’un Oui à telle ou telle décision gouvernementale … cela implique tantôt une remarque, tantôt un conseil ou même un reproche en vue du bon fonctionnement de la société. Or notre gouvernement (comme beaucoup d’autres d’ailleurs) donne l’impression de ne voir les choses qu’à court terme. Je m’explique: tous savent que nous sommes confrontés à l’immigration d’une ethnie qui malheureusement n’est pas assimilable (il suffit  de penser à la France … plus d’un million!)  et comme me disait un ami libanais: «ces gens-là sont très paisibles lorsqu’ils sont minoritaires mais gare au jour où ils deviennent majoritaires.»  Tout gouvernement a l’obligation de voir à la bonne entente entre les  ethnies qui composent le pays; s’il laisse planer une incertitude quant à l’avenir de ce modus vivendi, il laisse alors le champs libre aux mouvements extrémistes qui, forts des aspirations légitimes de la population, risquent d’élever la voix pour défendre le statut quo. Par contre, ces mouvements nationalistes, comme on le voit en France et aux États-Unis, ne doivent pas être taxés trop vite de «fascisme» ou autres termes semblables car ils ne font que puiser dans les principes de base qui soutiennent la stabilité d’une nation.

Devant ce flux migratoire «spécial», l’absence de politiques à long terme ne peut que créer un vacuum dont plusieurs peuvent profiter pour déstabiliser le pays. Face à l’avenir, la naïveté n’est pas une réponse valable. On ne règle rien en faisant l’autruche …!

 

Publié dans Évangile, immigration, Politique | Tagué , , | Laisser un commentaire

C’était le 14 décembre … 1981

IMG_NEW

Déjà 34 ans se sont écoulés !

Qui aurait dit qu’un jour je serais moi aussi victime d’un acte criminel. Et pourtant quoi de plus anodine qu’une vie de vicaire paroissial !

En me couchant dans ma petite chambre du presbytère de  la paroisse Saint-Louis-de-Gonzague le soir du 13 décembre, j’étais loin de penser que je vivrais dans quelques heures une aventure rocambolesque qui ferait les manchettes du lendemain. Évidemment, j’ai failli y laisser ma peau car l’un des deux voleurs m’a tiré une balle en plein poumon (accident de travail sans doute car en fracassant ma porte de chambre à 2h00 du matin, il ne s’attendait pas à me voir debout devant lui et il a tiré plus par surprise que par mauvaise volonté).  Bon, même si quelques confrères m’ont accusé d’aller trop loin dans ma dévotion envers le Pape Jean-Paul II (tiré lui aussi sept mois auparavant, soit le 13 mai), le fossé est grand entre le Souverain Pontife et moi: lui a été attaqué en haine de la foi alors que moi je l’ai été par convoitise de l’argent … mais je crois néanmoins que la même Providence y a joué un rôle déterminant. Les voies de Dieu sont parfois étonnantes pour ne pas dire mystérieuses … rien ne lui échappe pas même un cheveu qui tombe de notre tête!

Toujours est-il qu’à chaque année, j’envoie en action de grâce  des fleurs au Carmel de la ville pour célébrer la fête de saint Jean de la Croix (14 décembre) sans pour autant leur faire connaître la raison précise de ce don. Petit clin d’œil à ce docteur mystique de l’Église: dans mon for intérieur j’aime croire avoir expérimenté, moi aussi, une certaine «transverbération» … non mystique évidemment (la balle m’ayant traversé de part en part) et c’est probablement là l’aspect le plus cocasse que je puisse en retirer. Tout pour la Gloire de Dieu!

Publié dans Dieu, Providence, Spiritualité, Tuerie | Tagué , , , , | 5 commentaires

Mon cher Maxime (5)

23b

Chartreuse de Vedana (au nord de Venise)

En janvier 1935, dom Augustin Guillerand est nommé prieur de la chartreuse de Vedana, près de Belluno au nord de Venise. Il y restera cinq ans. Excellent prieur, dom Augustin conserve néanmoins son tempérament nerveux et susceptible qu’il arrive quand même à maîtriser avec l’aide de Dieu et l’esprit de renoncement.

Voici de nouveau quelques extraits de son texte sur la Miséricorde :

LOUANGE DE LA DIVINE MISÉRICORDE  (suite et fin)

« La Miséricorde, vue du Calvaire, demanderait pour être qualifiée un qualificatif qui n’existe pas ! Il faudrait exprimer ce Dieu qui meurt (il est essentiellement inexprimable). Il faudrait sonder l’abîme qui sépare ces deux mots : Dieu et mourir. Il faudrait aussi sonder cette mort et toutes les circonstances  dont Celui qui mourait a voulu se parer (simples accidents sans doute et plus accessibles que l’être qui meurt et que la mort d’un tel être) mais qui n’en dépassent pas moins l’imagination. Il faudrait savoir toute la capacité de sentir, et par conséquent de souffrir, de cet organisme dont tout, littéralement tout, a été brisé, froissé, pressé comme un raisin bien mûr pour en exprimer tout le suc ; il faudrait donc connaître l’âme qui l’animait et en laquelle retentissaient tous ces coups.

Là encore, là comme toujours, il faut s’arrêter … Des perspectives sans fin de torture physique et de martyre moral s’allongent devant mon regard et semblent le défier, défier mon courage à les regarder comme il faudrait. Des âmes saintes l’on fait, n’ont fait que cela, et au terme de leur contemplation ont déclaré :  »Nous n’avons pas même entrevu le seuil de cet abîme ».

Du Calvaire, la Miséricorde a répandu ses eaux sur tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux (où elle les répand encore) et continuera de les répandre jusqu’à la fin du monde. Mais là encore, là toujours, le mystère se dresse devant moi, se joue de moi, me défie, m’écrase. Comment pénétrer les merveilles opérées par la grâce dans une seule âme ? Je dois me résigner encore à confesser une impuissance dont chaque méditation accroît l’évidence et aviverait la douleur si elle n’était pas une louange à Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 81)

Publié dans Angoisse, Carthusian, Certosa, Certosini, Chartreuse, Miséricorde, Spiritualité | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Tel fils … telle mère

images

En ce lendemain du 8 décembre

Si le Pape François a choisi de débuter l’Année de la Miséricorde le 8 décembre 2015, c’est qu’en ce jour l’Église célèbre la conception de la mère de Jésus, conception extraordinaire car exempte de ce péché communautaire qui entache tous les humains depuis la faute d’Adam.

Tel fils … telle mère: c’est en prévision de sa maternité divine que Marie, rachetée elle aussi par les mérites de son Fils,  a été préservée de toute souillure dès le premier instant de son existence. Dieu se préparait ainsi une demeure digne de lui sans pour autant dispenser la Vierge de vivre dans une nature humaine fragile et mortelle. Contempler Marie c’est donc d’une certaine façon contempler son Fils … et vice versa.

À notre époque où les avortements se banalisent, on ne peut que trembler à l’idée d’un tel malheur arrivant à la future Mère de Dieu. Qui peut nous dire l’avenir brillant qui attendait ces millions d’enfants sacrifiés sur l’autel de l’égoïsme?  Comment l’Église pourrait-elle garder silence face à cette dérive de la mentalité contemporaine?

Recevant récemment des représentants du Mouvement pro-vie italien, le Pape leur disait entre autres: « Ne vous lassez pas d’œuvrer pour la protection des personnes les plus démunies qui ont le droit de naître à la vie, ainsi que celles qui demandent une existence plus saine et plus digne. Il est particulièrement  nécessaire de travailler à la promotion et à la défense de la famille à divers niveaux et avec persévérance . » Et le Souverain Pontife d’ajouter en terminant: « Que cette Année de la Miséricorde soit pour vous un puissant stimulant au renouveau intérieur, afin de devenir miséricordieux comme notre Père céleste est miséricordieux. Je confie chacun de vous ainsi que votre beau travail à Marie, Mère des vivants.» (Oss Rom 46,p.6)

 

 

 

 

 

 

Publié dans Amour, Dieu Père, Miséricorde, Pro-vie, Vierge Marie | Tagué , , | Un commentaire

Tel père … tel fils

images (2)

ou mieux encore, tel fils … tel père!

« Oh, le p’tit Jacquot, comme il ressemble à son papa! » Eh oui, nous avons tous entendu cela un jour ou l’autre, et c’était souvent ennuyant pour l’enfant qui aurait bien voulu être apprécié pour lui-même et non pour un autre. Mais c’est ici que se termine la comparaison avec Jésus … car lui et le Père ne font qu’Un.

En la veille de l’Année jubilaire de la Miséricorde (qui débute demain, le 8 décembre), il est quand même intéressant de noter que toute la vie de Jésus a été marquée au sceau de la miséricorde, à commencer par son Incarnation dans notre chair mortelle , en passant par son ministère auprès des humbles et surtout par l’offrande de tout lui-même sur la croix. Tout en Jésus transpire la pitié pour les pauvres que nous sommes.

Je retiens entre autres sa sollicitude pour les nouveaux mariés de Cana dont les noces menaçaient d’être embarrassantes par manque de vin, sa pitié devant les foules juives qui étaient à la recherche d’un guide fiable, sa compassion envers cette veuve de Naïm qui venait de perdre son fils unique, ses pleurs en présence des deux sœurs de Lazare qui vient de mourir, etc, etc.

« Jésus est le visage de la Miséricorde du Père », ainsi débute la lettre du Pape François promulguant cette année jubilaire. Mais qui est le Père sinon Celui qui est à l’origine de tout … qui est le Fils sinon Dieu rendu visible à nos yeux … et qui est l’Esprit Saint sinon ce même Dieu qui vit en nous! Tout en Dieu respire donc l’Amour. En tant que créatures , nous sommes appelées à entrer nous aussi dans ce Cercle divin et à devenir Amour … et Amour éternel!

« O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables.» Après avoir entendu ces paroles proférées pas l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome, il ne nous reste plus qu’à nous retirer dans le silence et adorer le Mystère qui est au-dessus de tout mystère …

 

Publié dans Amour, Dieu Père, Esprit Saint, Miséricorde, Spiritualité, Trinité, Visage | Tagué , , , , | 2 commentaires

Mon cher Maxime (4)

 

certosa-gruppo-abele (1)

Ancienne chartreuse de San Francesco (Turin)

En septembre 1929, dom Guillerand est nommé «vicaire» (confesseur et supérieur religieux) des moniales chartreuses de San Francesco en Italie. Il se donne entièrement à ce nouveau ministère et  va s’y épanouir durant cinq ans. Voici un texte qui nous rejoint en cette année jubilaire de la  divine Miséricorde qui va débuter le 8 décembre:

LOUANGE À LA DIVINE MISÉRICORDE

( dom Guillerand se met dans la peau d’Adam après la faute originelle)       « Je ne comprends pas parce que je suis tombé dans la misère; je suis un déchu, j’ai quitté les hauteurs de l’être où vous m’aviez posé en me créant. Je n’ai pas su rester à ce niveau divin qui me mettait bien en face de vous pour accueillir et reproduire le mouvement de votre Esprit, pour m’emparer de lui et de son chant dans toutes les notes créées qui le reproduisaient  sans le savoir. J’avais reçu la lumière qui montre ce don de soi en tout et l’élan conscient, éveillé, en pleine clarté qui le fait rentrer en vous. Je vous ai frustré de cette gloire et je l’ai voulue pour moi, et je l’ai réduite à la mesure de mon être propre qui n’est pas. Je suis resté dans ce néant et j’ai obligé tous les êtres que je devais porter vers vous à y rester avec moi.

Quelle perte pour tous! Les conséquences de la faute primitive, et dans une certaine mesure de toute faute, sont épouvantables, si on les comprenait. Jésus les a comprises et a plié sous le poids: «Mon Père, si c’est possible, que ce calice passe loin de moi!»(Mt 16,39) criait-il, abîmé la face contre terre et suant du sang par tout le corps, tandis que son âme agonisait. Il était descendu aux grandes profondeurs de ma misère, il l’avait prise pour me relever: à l’abîme de cette misère il opposait un abîme plus profond, celui de la Miséricorde.

Celui-ci est si profond, qu’il rejoint Dieu et que, par ce chemin, nous remontons au sommet perdu. Il nous conduit au terme. Il achève le mouvement et, sans prétendre régler ce mouvement, j’ai l’impression que nul terme ne convient mieux à l’Amour. Se donner au néant, c’est beau, c’est une manifestation de bonté, mais se donner à la misère, c’est mieux. Relever est plus «amour», plus «don de soi» que créer. La Rédemption, le sang divin coulant à l’agonie, au Calvaire, au prétoire, voilà le dernier mot de l’Amour … si l’Amour peut avoir un dernier mot! »                     (Écrits spirituels, tome 1, page 80)

 

 

 

 

 

 

Publié dans Carthusian, Certosa, Certosini, Chartreuse, Dieu, Miséricorde, Monachisme, Spiritualité | Tagué , , | Laisser un commentaire

La fameuse question no.4 :

images

Pourquoi Dieu m’a-t-il créé ?

Les Canadiens français d’un certain âge se rappelleront peut-être ces questions du Petit Catéchisme qu’il fallait apprendre par cœur à l’école primaire. Parmi ces centaines de questions, quelques unes étaient évidemment plus importantes que d’autres et les élèves devaient s’attendre à être questionnés  sur celles-ci lors de la visite périodique du curé. La question no. 4 était de ce nombre: Pourquoi Dieu m’a-t-il créé? Réponse: « Dieu m’a créé pour le connaître, l’aimer et le servir en ce monde, et pour être heureux avec lui dans le ciel durant toute l’éternité ».

Quelle profondeur de pensée en peu de mots! Il va de soi qu’on ne peut espérer vivre éternellement auprès de Dieu sans lui être fidèle ici-bas («le servir en ce monde»); et comment le servir ici-bas sans l’aimer … et comment l’aimer sans le connaître ? Tout s’enracine donc dans la connaissance de Dieu qui nous vient par la Création et par la Révélation.  « La vie éternelle, dit saint Jean, c’est te connaître Toi le seul vrai Dieu et Celui que tu as envoyé Jésus Christ».

Dieu nous a donc créé pour que nous puissions en arriver à le connaître vraiment et à trouver dans cette connaissance le Bonheur dont Lui-même jouit de toute éternité. J’en déduis  deux conséquences:

  • Tout d’abord, l’importance de la formation permanente qui nous pousse à nous intéresser à Dieu et à tout ce qui traite du sérieux de la vie, tant par l’étude que par la lecture et la réflexion; le contraire du «couch potato», l’abruti installé à journée longue devant son téléviseur.
  • Mais aussi l’attention à apporter à la dignité de tout être humain quelque soit la couleur de sa peau ou son apparente insignifiance. Mère Teresa nous en a laissé de beaux exemples, elle qui entre autres se porta résolument à la défense des enfants dans le sein de leur mère … victimes d’une émancipation féminine mal comprise. Chapeau à ces organismes humanitaires qui militent dans le même sens en informant la population des risques de dérapage (Voir Campagne Québec-Vie,  cqv.qc.ca ).

Pourquoi Dieu m’a-t-il créé?  Pour mon bonheur … et certainement pas pour mon malheur. À moi de profiter pleinement de la vie en ne rougissant pas d’être créature mais, au contraire, en misant sur les bonnes dispositions du Créateur à mon égard.

« Mes pensées, dit le Seigneur, sont des pensées de paix et non de malheur. Appelez-moi et je vous écouterai. »  (Jérémie 29,11s)

Publié dans Amour, Écriture, Création, Dieu, Formation permanente, Islam, Miséricorde | Tagué , , , , | Un commentaire

Savoir mettre son cœur …

th (1)

… sur la douleur  des autres.

Le mot «miséricorde» est composé de deux éléments: misère et cœur. Être miséricordieux c’est donc mette son cœur sur la misère des autres. Mère Teresa de Calcutta nous en a donné de beaux exemples durant toute sa vie. À l’exemple du bon samaritain, elle savait prendre du temps pour s’arrêter devant les misérables et leur venir en aide. Mère Teresa était miséricordieuse parce qu’elle avait fait l’expérience de la Miséricorde de Dieu dans sa vie; on ne peut donner que ce que l’on a reçu.

Dans quelques jours (8 décembre) va  débuter l’Année sainte proclamée par le Pape François pour nous ouvrir davantage à la Miséricorde du Père telle qu’illustrée dans la vie et la mort de son Fils. «Jésus est le Visage de la Miséricorde du Père», ainsi commence la lettre du Souverain Pontife. En fait, toute la religion chrétienne est basée sur cette affirmation que Jésus est l’Image de Dieu, l’unique Chemin qui mène au Père. Les contrefaçons sont multiples, comme on le voit malheureusement aujourd’hui, mais l’authenticité de la vraie religion se dévoile par ses œuvres …!

Il y a quelques mois, un de mes amis me donnait un lift pour me rendre à une station de métro. Son GPS étant déjà activé pour une autre destination, nous avons écouté avec amusement cette voix qui nous donnait des indications (volontairement non observées) et qui, après chaque omission, nous redonnait immanquablement une solution de rechange! C’est alors que j’ai mieux compris  la Miséricorde de Dieu qui, à chaque faute que nous commettons, nous propose toujours un nouvel itinéraire pour le retrouver … quelle patience, quel amour paternel qui cherche continuellement notre bonheur et ce, sans se décourager!

En traitant du péché du premier homme, saint Augustin a laissé tomber ces paroles inoubliables: « Ô heureuse faute qui nous a valu un tel  Rédempteur! » Les voies de Dieu ne sont pas les nôtres … on ne peut que s’incliner devant cette capacité divine de tracer des chemins droits avec des lignes courbes. Bonne Année de la Miséricorde!

 

Publié dans Amour, Dieu Père, Islam, Miséricorde | Tagué , , , , | Un commentaire

Mon cher Maxime (3)

10

Chartreuse de Montrieux en Provence (France)

En 1928, dom Augustin Guillerand est envoyé dans le sud de la France pour y refaire sa santé. C’est ainsi qu’on le retrouve en avril 1929 à la Chartreuse de Montrieux au nord de Toulon; il va y demeurer quatre mois à titre de maître des novices.

En cette fin de l’année liturgique, j’ai pensé vous offrir un extrait de son commentaire sur l’évangile de Jean où il parle du jugement général qui adviendra à la fin des temps :

« C’est en face de Jésus que nous voyons ce que nous devons être et faire, et ce que nous ne sommes pas et ne faisons pas. Puis, ce sera le jugement, une double manifestation: la manifestation de sa vie et la manifestation de la nôtre. Une comparaison qui s’imposera de façon éclatante et qui montrera la conformité et la difformité, et qui fera d’un coup l’union ou la séparation définitive. (…)

Les premiers chrétiens, instruits par les apôtres qu’avait peut-être trompés la formule du Maître, vivaient dans l’attente de cette heure prochaine. Nous attendons encore, mais nous n’y pensons plus comme eux. Nous ne comprenons plus assez que le temps n’est rien, que des siècles et même des millénaires ne comptent pas devant Dieu, ne sont pour lui que le jour d’hier à jamais écoulé. (…)

Jésus apparaîtra un jour sur les nuées du ciel alors que tout homme reprendra son corps pour le jugement suprême qui portera sur toute vie individuelle et sur l’activité universelle du genre humain. À tout homme, il montrera ce qu’est ce Père, ce qu’il pense et aime, mais aussi ce que nous devons être et penser en tant que fils. Dans cette vision, chacun verra la place qu’il occupera dans l’éternité, ou en dedans du Royaume s’il est semblable, ou en dehors s’il ne l’est pas. La voix du Père qui est son Être et qui est Amour retentira en Jésus, sera répétée par lui et fera le partage équitable devant lequel, sans hésiter, tous s’inclineront. »  (Écrits spirituels, tome 1, page 264s).

Publié dans Carthusian, Certosa, Certosini, Chartreuse, Dieu Père, Spiritualité | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Tutoyer Dieu ?

ngc6388

 

J’avoue qu’après quelques années de vie solitaire  je me sens mal à l’aise à tutoyer Dieu. Ce qui me paraissait normal auparavant me devient de plus en plus difficile, comme par exemple à la célébration de la messe: « Toi qui es vraiment saint, Toi qui est la source de toute sainteté …», ou encore lors de la récitation du Notre Père «que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne …». Non que j’aie l’audace de vouloir changer quoique ce soit dans la célébration de la messe mais, intérieurement, je me sens mal à l’aise à tutoyer Celui qui transcende toutes choses, qui est à l’origine de tout et qui demeure le Mystère par excellence.

Dans notre langue française, surtout au Canada, le vouvoiement a perdu du terrain depuis l’après-guerre: les enfants ont  commencé à tutoyer leurs parents, leurs professeurs et même leurs curés (qui les encourageaient d’ailleurs à faire ainsi,  dans les années qui suivirent le Concile). Il faut dire également que la réforme liturgique emboîta le pas et introduisit le tutoiement de Dieu dans sa traduction des psaumes  sous prétexte que le latin ne faisait pas de différence à ce sujet (en effet, le latin comme d’autres langues ignore le vouvoiement). Je laisse aux experts le soin de discerner les conséquences d’un tel changement dans l’esprit des gens, spécialement en lien avec l’émergence d’une contestation virulente de l’autorité à tous les niveaux.

Mais le vouvoiement n’est pas disparu de la langue française pour autant … on vouvoie facilement les personnes en autorité ou les étrangers. Alors, pourquoi Dieu n’aurait-il pas droit à une telle marque de respect? Certains diront peut-être que ça nous rapproche de Lui… ah oui, je me rappelle une paroissienne qui se référait à Dieu comme au «bonhomme d’en haut»!! D’autres pourront peut-être alléguer la force de l’habitude qui en arrive à justifier tout ce que l’on fait, quelles qu’en soient les conséquences. Or justement, les conséquences m’apparaissent nuisibles pour le croyant ou la croyante qui cherche à mieux connaître Dieu.

Faisons quand même ici une distinction importante: en Jésus, Dieu s’est fait chair et il est ainsi devenu notre grand frère. Je n’ai donc aucune hésitation à tutoyer Jésus puisqu’il s’est lui-même rabaissé à mon niveau. Je le fais quand même avec respect car Il me dépasse infiniment par sa divinité.

Je termine par cette question: Pourquoi mon expérience de solitude m’a-t-elle  amené à vouvoyer Dieu (le Père)? Peut-être que le silence intérieur m’a-t-il fait voir davantage et la Grandeur de Dieu et la pauvreté de ma petite personne … peut-être que je rejoins  ainsi le respect divin si cher aux Juifs qui se défendent même de  prononcer le nom de Dieu? C’est également possible que la prière continuelle m’ait ouvert davantage à ce don de l’Esprit Saint qui s’appelait autrefois le don de la crainte (filiale) de Dieu et qui maintenant s’appelle plus justement le don du respect de Dieu? Pas facile d’en décider … mais je me console à l’idée que je me sens bien, et même très bien, à regarder Dieu avec un regard d’enfant:

« Car tout est de lui et pour lui et en lui. À lui soit la gloire pour les siècles des siècles! Amen. »   (Romains 11,36)

Publié dans Cieux, Dieu, Dieu Père, Prière, Spiritualité | Tagué , , , | 3 commentaires