Mon cher Maxime (5)

23b

Chartreuse de Vedana (au nord de Venise)

En janvier 1935, dom Augustin Guillerand est nommé prieur de la chartreuse de Vedana, près de Belluno au nord de Venise. Il y restera cinq ans. Excellent prieur, dom Augustin conserve néanmoins son tempérament nerveux et susceptible qu’il arrive quand même à maîtriser avec l’aide de Dieu et l’esprit de renoncement.

Voici de nouveau quelques extraits de son texte sur la Miséricorde:

LOUANGE DE LA DIVINE MISÉRICORDE  (suite et fin)

« La Miséricorde, vue du Calvaire, demanderait pour être qualifiée un qualificatif qui n’existe pas! Il faudrait exprimer ce Dieu qui meurt (il est essentiellement inexprimable). Il faudrait sonder l’abîme qui sépare ces deux mots: Dieu et mourir. Il faudrait aussi sonder cette mort et toutes les circonstances  dont Celui qui mourait a voulu se parer (simples accidents sans doute et plus accessibles que l’être qui meurt et que la mort d’un tel être) mais qui n’en dépassent pas moins l’imagination. Il faudrait savoir toute la capacité de sentir, et par conséquent de souffrir, de cet organisme dont tout, littéralement tout, a été brisé, froissé, pressé comme un raisin bien mûr pour en exprimer tout le suc ; il faudrait donc connaître l’âme qui l’animait et en laquelle retentissaient tous ces coups.

Là encore, là comme toujours, il faut s’arrêter … Des perspectives sans fin de torture physique et de martyre moral s’allongent devant mon regard et semblent le défier, défier mon courage à les regarder comme il faudrait. Des âmes saintes l’on fait, n’ont fait que cela, et au terme de leur contemplation ont déclaré:  »Nous n’avons pas même entrevu le seuil de cet abîme ».

Du Calvaire, la Miséricorde a répandu ses eaux sur tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux (où elle les répand encore) et continuera de les répandre jusqu’à la fin du monde. Mais là encore, là toujours, le mystère se dresse devant moi, se joue de moi, me défie, m’écrase. Comment pénétrer les merveilles opérées par la grâce dans une seule âme? Je dois me résigner encore à confesser une impuissance dont chaque méditation accroît l’évidence et aviverait la douleur si elle n’était pas une louange à Dieu. »  (Écrits spirituels, tome 1, page 81)

 

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