« Qui peut gravir la montagne du Seigneur


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… et se tenir dans le lieu saint ? » (Psaume 24,3)

 Tous nous voulons vivre et vivre pour toujours; c’est là un désir caché au fond de nous-mêmes et que nous ne pouvons pas ignorer. La vie nous fascine tout autant lorsqu’on est vieux que lorsqu’on est jeune, elle est collée à nous et d’une certaine façon elle est … nous!

«Gravir la montagne du Seigneur», c’était là le désir de tout juif fervent qui désirait se rendre au Temple de Jérusalem situé sur le mont Sion. Ces mots prennent une nouvelle coloration pour nous chrétiens et chrétiennes: nous aspirons à cette union ineffable avec Dieu telle que promise par Jésus lui-même. Union commencée ici-bas dans la foi et qui se terminera plus tard dans le face à face. Union impensable pour les incroyants mais qui, en réalité, ne fait que répondre à ce désir de vivre pour toujours qui est en tout être humain.

« Qui peut gravir … et se tenir dans le lieu saint? » Le psalmiste, qui n’a en vu que le Temple de Jérusalem, donne la réponse: « L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles ». Cependant, dans notre vision chrétienne, il nous faut ajouter une nuance importante: « Qui peut gravir? », qui peut rejoindre Dieu, sinon … Dieu lui-même. Et c’est là qu’est la réponse finalement: Jésus, Fils unique de Dieu! Lui seul est le chemin qui mène vers le Père. Tout l’effort du chrétien consiste donc à se rapprocher du Christ par la foi, la prière et les sacrements. Cet effort prend souvent le nom d’ascèse car il suggère un combat sur soi-même, une vigilance de tous les instants.

En ce Mercredi des cendres, nous commençons le Carême, un temps qui se veut préparation de quarante jours à la célébration des Jours Saints. Jésus lui-même n’a pas dédaigné se préparer à sa Mission par un séjour au désert de quarante jours. Ce temps de préparation a également pour but de nous faire mieux comprendre que « l‘homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Alors donc, bonne ascèse et bon Carême 2016!

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Qui est Dieu?

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 « Je veux louer le Seigneur tant que je vis » (Psaume 145,2)

Dans la société d’aujourd’hui, alors que la science fait de grands pas, il n’est pas facile de parler de mystère, c’est-à -dire d’une réalité qui échappe à nos explications; car nous nous sommes malheureusement habitués à penser qu’un jour tout mystère pourra éventuellement être expliqué … tellement est grande la foi en nous-mêmes et en nos capacités! Parler de Dieu, aujourd’hui, est donc une tâche quasi impossible.

Mais si Dieu est un Mystère (et le plus grand imaginable), il est également une Réalité qui se laisse percevoir à travers ses œuvres. On aura beau essayer de le remplacer par des théories scientifiques de la création, il n’en demeure pas moins que le Big Bang nécessite au départ un atome déclencheur qui ne peut s’être créé lui-même! D’ailleurs, l’harmonie des œuvres créées reflète une intelligence et même une bonté qui ne peuvent se retrouver qu’en un Être intelligent: « Ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste aux hommes , nous dit l’apôtre Paul, et ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres »(Romains 1,19).

Mais il y a plus! Ce besoin inné de Dieu en toute créature intelligente a été plus que satisfait par la Révélation historique … car qui, autre que Dieu, pouvait nous parler de Lui-même.  Moïse et les prophètes se sont avérés des porte-parole indispensables à ce sujet: « Écoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome 6,4s). Dieu s’est donc révélé comme un Être bon et digne d’être aimé.  Cette révélation sera finalement couronnée par l’incarnation de  son Fils, venu nous dévoiler le vrai visage du Père et faire de nous des humains équilibrés, promis à la vie éternelle.

En cette Année jubilaire de la Miséricorde divine, il n’est peut-être pas superflu de réfléchir sur la Création comme œuvre de miséricorde; car, quoi de plus misérable que le néant et quoi de plus miséricordieux que de donner l’existence à des êtres dépourvus de tout. Et si cette Bonté va jusqu’à pardonner les révoltes et  réhabiliter le pécheur … alors on ne peut que s’abimer dans l’action de grâce et s’exclamer avec le psalmiste: « Je veux louer le Seigneur tant que je vis ».

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Dom Guillerand sur la prière personnelle

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Cellule monastique (Chartreuse de San Jose, Argentine)

Dom Augustin Guillerand nous parle aujourd’hui de la prière personnelle. Comme toujours il nous élève dans une dimension de proximité avec Dieu qui nous désoriente au départ … mais qui est propre à celui ou à celle qui vit dans la solitude. Écoutons ce Chartreux nous révéler le secret de sa vie intérieure :

Lieu de la prière

 « Il faut s’habituer à prier en tout lieu comme en tout temps. Le lieu de la prière c’est l’âme et Dieu qui l’habite. Quand vous prierez, suivant le  conseil de Jésus, entrez dans la chambre intime et retirée de votre âme. Enfermez-vous là et parlez à votre Père dont le regard aimant cherche votre regard. Voilà le vrai temple, le sanctuaire réservé. On le porte avec soi; on peut sans cesse ou s’y tenir ou y rentrer bien vite après quelque sortie. Il faut en faire un lieu bien propre, il faut l’orner; le grand ornement c’est Dieu même. Il doit y retrouver ses traits: ses traits ce sont ses perfections. Participées par notre âme, elles prennent le nom de vertus. L’âme qui les porte est belle de la beauté divine. Les vertus nous refont à l’image de Dieu, à l’image de son divin Fils qui est venu les pratiquer ici-bas pour nous montrer les traits divins.

Dans ce sanctuaire réservé, nouveau ciel et royaume de Dieu, la solitude et le silence doivent régner. Dieu est seul avec lui-même; les Personnes divines ne portent pas atteinte à cette solitude, elles la constituent. L’amour qui les anime les ferme à tout ce qui n’est pas lui; la cité est immense mais close et Dieu seul l’occupe, lui qui est «tout en tous» (1 Corinthiens 15,28). L’âme qui prie doit reproduire cette solitude, s’emplir de Dieu, rejeter tout autre.

Le colloque qui s’engage alors est silence. Parole et silence ne s’opposent pas, ne s’excluent pas. Ce qui s’oppose au silence ce sont les paroles, c’est la multiplicité. (…) Il faut beaucoup de mots pour ne rien dire ou pour dire ce qu’on ne pense pas. Il n’en faut qu’un à l’Être pour s’exprimer tout entier. C’est vers cette unité que nous tendons quand nous sommes enfermés en Dieu. Il est devenu tout, nous le lui disons et nous ne savons plus dire autre chose. C’est le silence de l’âme rentrée en elle-même et occupée de Celui qu’elle y trouve. C’était le silence des longues nuits de Jésus passées sur quelques montagnes dans sa prière de Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 45s)

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Dom Guillerand : Jésus et la Samaritaine

Montrieux

Chartreuse de Montrieux (en Provence, France)

En cette année consacrée à la Miséricorde divine (2016), voici comment un moine chartreux nous en donne un bel exemple dans son commentaire de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Évangile de Jean, chapitre 4):

« La Samaritaine ne se ferme pas à la lumière qui la découvre: elle reconnaît de plus en plus en celui qui lui parle un être supérieur qui lui inspire toute confiance et elle se courbe devant cette lumière qui pourtant l’humilie. Elle reconnaît sa misère et elle en fait l’aveu: «Je n’ai pas de mari.» Peut-être pourrait-on entendre cette réponse dans un sens plus sévère et y voir une dérobade. L’aveu me semble beaucoup plus dans le style de cette âme essentiellement sincère et qui a conquis la grâce par cette sincérité. Le divin Maître ne lui donne pas le temps de s’expliquer; il a hâte de poursuivre et d’achever son œuvre. La terre est bonne, elle peut porter moisson; il presse la levée du grain et la récolte : «Tu as parlé juste en disant: Je n’ai pas de mari car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; en cela tu as dit la vérité.»

L’entretien reste manifestement confiant de part et d’autre. Jésus ne s’arrête pas à la faute ; il ne cherche pas à humilier. Nul reproche et même aucune allusion à ce qu’il y a de répréhensible dans la situation de cette femme. Elle a été sincère, elle a reconnu ses fautes. Il ne relève que cela et il le fait avec insistance : «Tu as dit vrai.» Il reprend deux fois la formule en ces quelques mots qui sont en définitive des félicitations. Il ferme les yeux sur le mal pour ne voir que le bien et préparer la magnifique récompense.

La Samaritaine le sent ; consciemment ou non l’attrait divin l’envahit, la rapproche, éveille en son âme des soucis et des mouvements nouveaux. La pénétration de celui qui lui parle révèle un homme en contact avec le Ciel et qui peut éclairer les problèmes religieux  dont son âme est tout de même préoccupée en son fond : «Je vois, dit-elle, que vous êtes prophète.» Une telle science , même quand elle reste dans les limites de notre nature, nous impressionne. Quand elle est la science même de Dieu communiquée à un homme, elle produit en nous un sentiment de grandeur , de puissance qui nous rappelle à notre mesure. Nous sommes arrachés au mouvement de la bagatelle et transportés dans le domaine de ce qui seul compte et demeure. Nous sommes mis en face de l’Être vrai, de la Lumière vraie; nous sommes dans la vérité.

La Samaritaine est soulevée au-dessus d’elle-même. Les pensées de religion, que  son existence pécheresse recouvrait et lui faisait perdre de vue habituellement, reviennent en surface ou, pour mieux dire, la lumière qui vient de pénétrer en elle les lui révèle au fond trop oublié de son âme. Et cette fois, elle se rapproche de celui qui lui parle, elle le rejoint sur le terrain spirituel où il l’attire: «Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là; et vous, Juifs, vous dites que Jérusalem est le lieu où il faut adorer

(Écrits spirituels, tome 1, page 227ss)

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Nul homme n’est une île

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Nous avons beau nous replier sur nous-mêmes et essayer d’oublier les autres, la vie est plus grande que notre petit univers. On n’y peut rien … le Créateur dans sa Sagesse l’a ainsi voulu. Lui qui dans son propre Mystère vit déjà la solidarité en trois Personnes ne pouvait que créer l’homme à son image, c’est-à-dire  solidaire des autres membres de la race humaine. Nul homme n’est une île, pas même au niveau des relations avec les  autres créatures, animales ou angéliques: tous, nous faisons partie d’un tout qu’on appelle la Création.

SOLIDARITÉ entre croyants. Elle est encore plus grande car elle est un don spécial de Dieu et le fondement de notre assimilation à son Fils.unique  C’est en Jésus que nous sommes devenus enfants de Dieu. Cette solidarité nous a été expliquée par l’apôtre Paul dans quelques unes de ses lettres, surtout dans la première aux Corinthiens  lorsqu’il compare l’Église à un corps humain: « Notre corps forme un tout même s’il a plusieurs membres … Il en est ainsi pour le Christ … tous nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps. » (1Cor 12,12s)  Rien de bien nouveau si l’on pense aux propres paroles de Jésus rapportées en l’évangile de Jean:  « Je suis la vigne, vous êtes les sarments, » ou encore, « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. »

« Si tu savais le don de Dieu » disait un jour le Seigneur à une femme samaritaine. Oui, ce don de Dieu qu’est l’Esprit Saint est le fondement non seulement de notre nouvelle solidarité avec le Créateur et ses fidèles  mais aussi de notre espérance de vivre avec lui éternellement: « Si l’Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, dit Paul, ce même Dieu donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Romains 8,11)  Et voilà bien ce qui nous sépare de toutes ces fausses théories ésotériques qui promettent une connaissance du mystère sans aucune implication personnelle!  Dieu, en bon père de famille, ne fait pas ainsi: il exige notre collaboration afin de nous octroyer le salut tout en nous valorisant. « En effet, dit l’apôtre, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu ». (Romains 8,14) Laissons-nous donc animer par cet Esprit reçu au baptême et vivons dans la paix et la joie; nous pourrons ainsi attendre avec confiance l’heure d’entrer pour de bon dans cette merveilleuse Solidarité qu’est la Vie éternelle!

 

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La puissance de l’artiste

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Détail de la Pietà  (Michel-Ange, 16e siècle)

 En contemplant ce chef-d’œuvre de sculpture qu’est la Pietà, la finesse des traits et l’unité de la composition, il nous est difficile de penser que tout cela n’était auparavant qu’un vulgaire bloc de marbre. La puissance de l’artiste n’en ressort que plus clairement.

En fait, tout travail d’artiste devrait nous jeter dans l’admiration (même si quelque fois le chef-d’œuvre escompté n’est pas toujours au rendez-vous). Je pense surtout  au poète qui donne suite à son inspiration, au chef cuisinier qui n’en finit pas de raffiner son plat, aux parents qui s’efforcent chaque jour de mieux inculquer à leur enfant des valeurs pas toujours évidentes, etc. etc. L’artiste en chacun de nous tient un peu du créateur qui fait du beau avec des riens … mais quelle patience exigée tout au long du travail!

La puissance de l’artiste. Le vulgaire bloc de marbre n’a pas découragé Michel-Ange … l’immensité du Néant n’a pas arrêté Dieu face à une éventuelle création. Que dire! La suite prévisible d’une liberté humaine mal utilisée l’a plutôt poussée à se dépasser par une Incarnation inspirée d’un grand amour: le Créateur se fait créature pour sauver la créature! On comprend la réaction d’un penseur chrétien comme le fut  Paul de Tarse: « Ô abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles! » (Romains 11,33)

S’il est un profit que l’on puisse tirer de la contemplation d’un chef-d’œuvre, c’est bien la perception que rien de beau ne peut se faire sans un certain acharnement au travail. Le rêveur est trop souvent un artiste paresseux qui veut la fin sans prendre les moyens. La passion et la fougue ont besoin d’une volonté efficace qui persévère contre vents et marées. Ne cessons pas de vouloir le beau et le bien … mais ayons l’humilité et le courage  de passer à l’acte!

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Croire au bien en nous et dans les autres !

0fiaf4 (vers l'ouest)Monastère de la Grande-Chartreuse (en Isère, France)

Dom Augustin Guillerand a vécu ses dernières années à la Grande-Chartreuse, maison-mère de son Ordre, non loin de Grenoble. Voici ce qu’il écrivait à un ami concernant la connaissance de soi et la juste mesure à observer dans ce domaine :

« Nous sommes meilleurs que nous ne pensons, et les autres aussi. Il existe une juste mesure assez difficile à trouver entre l’optimisme qui ne voit que le bien et le pessimisme qui ne voit que le mal ; c’est qu’il y a du bien et du mal mêlés dans l’œuvre divine. Le mal est plus visible que le bien parce qu’il est en surface, mais le bien l’emporte en définitive. Quand on a l’occasion de parler intimement  avec une personne, on est toujours favorablement surpris ; elle est meilleure qu’on ne croyait. Croyons donc au bien en nous et croyons au bien dans les autres. Ce sont là des vues divines. Le monde était affreusement mauvais quand Jésus est venu et ce mal ne l’a pas arrêté.

Il faut donc que nous n’ayons plus peur ni de nous-mêmes ni des autres. Il faut regarder la vie réelle en face. C’est ce regard profond et prolongé qui nous donnera Dieu, car Dieu est au fond de tout. Tout est parce qu’il l’a voulu ou permis. Et si le mal permis par Dieu nous effraie, disons-nous qu’au fond de ce mal il y a un bien, et c’est ce bien qui est voulu. Je puis donc dire, même en pensant au mal, qu’un vouloir de Dieu se cache au fond de tout. C’est ce vouloir que nous cherchons. Nous souffrons de ne pas le trouver autant que nous le voudrions. Cette souffrance est noble. Remercions Dieu de l’avoir déposée au fond de notre cœur comme un appel de lui à nous et de nous à lui.

Mais consolons-nous ; il y a un remède, c’est la foi vraie. Il existe une foi qui adhère aux vérités avec la seule intelligence et il en est une autre qui adhère avec le cœur. La première ne suffit pas, elle est froide et distante  ; elle n’unit pas, elle nous laisse loin de Dieu et vides. La deuxième nous comble parce qu’elle fait l’union. Cette foi vraie et vivante est comme une prise de possession de Dieu. Il devient nôtre, il devient l’Hôte aimé de l’âme. Et l’âme,  dégagée des choses, n’a plus qu’à se tourner vers lui par une pensée aimante pour réaliser l’intimité rêvée.

Voilà il me semble où Dieu nous appelle. On n’y arrive qu’après un long voyage qui nous sépare des créatures et de nous-mêmes. Nous aurons le courage d’accomplir ce long et dur parcours, et nous connaîtrons la joie du terme atteint. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 221s)

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La pièce manquante

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Tout au long de ma vie de prêtre , j’ai souvent eu l’occasion de rencontrer des personnes qui transpiraient la paix et la joie; on sentait en elles ce parfum propre aux êtres unifiés intérieurement, on y soupçonnait une force d’âme que rien ne pouvait ébranler. Par contre, j’ai également rencontrer de ces personnes à qui il manquait cette synthèse de vie; des êtres compliqués, tantôt en recherche tantôt  dans un état d’indifférence qui frôlait le désespoir.

Pourrais-je oublier le père X, confrère de noviciat, compagnon d’étude à Rome, prêtre ami qui malheureusement devait sombrer un jour dans  l’ésotérisme et plus particulièrement dans un engouement indéfectible pour la Cosmogonie d’Urantia. Je le revois encore assis au restaurant, en compagnie d’anciens confrères, tenant à la main ce fameux livre de la secte et essayant en vain de nous y intéresser. Après des déboires financiers sérieux, des querelles de famille et deux conjointes, il termina sa pauvre vie dans la solitude et la misère,  abandonné de tous y compris des membres de sa secte.

La pièce manquante? De toute évidence, c’est la foi! Et j’entends ici la vraie foi, celle qui nous met en communion avec le vrai Dieu et non avec une image fabriquée au gré de nos convoitises. On ne peut inventer Dieu … lui seul peut nous parler de lui-même et il l’a fait merveilleusement en se révélant par la Création et surtout par la Révélation historique telle que transmise par l’Ancien et le Nouveau Testament. On ne peut blâmer Dieu d’avoir été chiche avec nous!

Se priver de la foi, c’est demeurer éloigné de la paix intérieure et gaspiller beaucoup de temps à tourner en rond, du temps qui malheureusement ne reviendra pas. Je prie souvent pour mon ami, le père X, (car la Miséricorde de Dieu est infini) mais que de belles choses il aurait pu accomplir s’il avait conservé la foi.

« Tu nous a fait pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi! » (Saint Augustin)

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Les noces de Cana, en Galilée

 Jésus quitte donc sa famille à l’âge de trente ans pour se consacrer à son ministère publique. Il est intéressant de noter qu’après avoir passé les 9/10 de son existence humaine chez les siens à Nazareth (30 sur 33 ans), le premier miracle de sa vie publique concerne encore la famille et plus particulièrement son fondement naturel  … le mariage!

Le mariage est une institution malmenée à notre époque. Notre société moderne nous a inculqué une telle soif de bonheur matériel et une telle impatience à l’obtenir qu’il nous devient difficile d’assumer des obligations qui perdurent toute la vie et qui semblent retarder l’obtention de ce bonheur; et ce, qu’il s’agisse d’engagements à la vie conjugale ou à la vie religieuse. Le Pape François parle souvent d’immaturité juvénile face à tous ces devoirs qui faisaient autrefois la trame de notre vie quotidienne. On en arrive ainsi à vouloir se marier à l’église pour le spectacle avant tout.

Ancien curé, je me rappellerai toujours de ce mariage «avorté royalement» le jour même des noces, alors que je dus me tenir à l’entrée  de l’église pour avertir les arrivants qu’il n’y aurait pas de mariage ce jour-là  (la future étant derrière les barreaux pour la fin de semaine). Et pour cause! La jeune fille avait fait de la prostitution ces derniers mois afin de pouvoir se payer un mariage à l’italienne avec achat de robe dispendieuse, réservation de salle et de limousine, énorme gâteau, etc.  (Quelques unes de ses amies par contre ne semblaient pas trop surprises de la tournure des événements.) La vanité des apparences … un bel exemple où le contenant était manifestement plus important pour les protagonistes que le contenu.

Le Pape François cite souvent son prédécesseur sur le siège épiscopal de Buenos Aires, le cardinal   Quarracino, qui affirmait que la moitié des mariages célébrés de son temps étaient probablement invalides, dû justement au manque de maturité des couples. C’est probablement la raison pour laquelle le Saint-Père a décidé, il y a quelques mois, de faciliter l’annulation de ces mariages en en confiant la tâche à l’évêque du diocèse et en stipulant que ce processus serait désormais gratuit.

À Cana, Jésus à l’instigation de sa mère n’hésita pas à remédier à  la pénurie de vin par un geste de bonté et de miséricorde. L’Église semble vouloir lui emboiter le pas  durant cette Année jubilaire consacrée à la Miséricorde divine. Bravo!

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Les fêtes chrétiennes selon un Chartreux

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Chartreuse de Portes (en Ain, France)

 Nous venons de terminer la célébration de Noël et on peut se demander ce que la majorité des baptisés ont retenu de cette fête chrétienne. Déjà au milieu du siècle dernier, le sens chrétien de ces fêtes avait tendance à s’émousser. Voici ce qu’en écrit dom Augustin Guillerand, moine chartreux décédé en 1945:

« Les fêtes chrétiennes sont des heures d’union. Pour tous et toujours l’activité terrestre est plus ou moins dévorante. Heureuses les personnes qui le comprennent et ont faim et soif de lui échapper. Pour elles, s’arrêter un instant, consacrer quelques heures à regarder par delà le mouvement qui les emporte, fixer leur cœur où sont les vraies joies, dans la paix des choses qui ne passent pas, entrer en contact avec ce monde supérieur où l’on ne songe qu’à s’oublier pour se donner, où l’on trouve le repos et la joie dans la communion mutuelle et l’amour, où la mesquinerie de l’intérêt personnel cesse et n’obtient même plus ni un souvenir, ni un nom; tout cela est doux, espéré, reposant, un oasis frais dans le désert.

Nous avons tendance à reléguer dans l’irréel tout ce qui nous dépasse. Dès qu’une réalité déborde notre esprit, ou nous la nions ou nous vivons pratiquement à son égard comme si elle n’existait pas. Ce n’est pas seulement une inintelligence, c’est une perte pratique immense. Nos relations avec ce monde de là-haut, avec toute cette famille céleste, qui constituent notre vraie vie dès ici-bas et en préparent l’épanouissement plein, ces relations dis-je imprégnées d’une foi vive nous obtiendraient une douceur et une force qui seraient le trésor de la terre. Mais alors il faudrait s’arracher, ou mieux se laisser arracher par l’Esprit d’amour, à la mouvante et insignifiante bagatelle qui nous tient. Peu d’âmes ont assez de courage pour le faire, et Dieu qui exige ce courage se contente de ce petit nombre: « Quand le Fils de l’homme reviendra sur la terre, trouvera-t-il encore la foi? » (Luc 18,8)

(Écrits spirituels, tome 2, page 281)

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