Intermède cartusien (2): Serra San Bruno

Après avoir vécu 6 ans avec ses compagnons dans ce premier ermitage de la  Grande Chartreuse, en France, saint Bruno fut appelé à Rome en 1090 auprès du pape Urbain II. Quelques années plus tard, il se retrouva dans le sud de l’Italie et y fonda alors un deuxième ermitage, appelé actuellement Serra San Bruno. Après sa mort, en 1101, cette seconde fondation de vie chartreuse ne tint pas le coup et fut rapidement agrégée à un ordre monastique de type plus communautaire, l’Ordre Cistercien. Ce n’est qu’au 16e siècle (après la canonisation de Bruno) que les Chartreux revinrent s’y installer définitivement. Voici donc quelques photos de ce monastère qui se vante à bon droit de posséder les reliques du saint fondateur  (il suffit de pointer sur certaines photos pour les mieux identifier et/ou de cliquer sur elles pour les agrandir):

 

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Intermède cartusien (1): la Grande Chartreuse

La Grande Chartreuse est la maison-mère de l’Ordre des Chartreux. Elle fut fondée en 1084 par Bruno et six compagnons non loin de la ville de Grenoble, dans le massif montagneux de Chartreuse (d’où le nom attribué à la fondation). Six ans plus tard, en 1090, Bruno fut appelé à  Rome, auprès du pape Urbain II, et ne devait plus revenir en France. Il fonda un second ermitage au sud de l’Italie (Calabre) où il mourut en 1101. Vers 1127, le prieur de la Grande Chartreuse mit par écrit les coutumes pratiquées par les moines et ces Statuts devinrent par la suite la règle officielle de l’Ordre qui prit naissance officiellement en 1140 lors du premier chapitre général. Voici donc quelques photos de ce vénérable monastère qui se passent de commentaires (il suffit de pointer sur certaines images pour obtenir quelques renseignements; de plus un clic vous obtient un agrandissement ):

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En souvenir d’un beau geste

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 Le tableau de la Dernière cène par Salvador Dali a ceci de remarquable qu’il fait le lien entre le repas du soir et l’évènement du lendemain. Ce qui aurait pu n’être qu’un dernier repas entre amis est ainsi représenté comme une annonce du mystère qui va se dérouler dans les prochaines vingt-quatre heures. C’est là tout l’essentiel de l’Eucharistie, ce sacrement que Jésus a institué pour être le mémorial de sa mort.

« Ceci est mon corps qui va être donné pour vous; faites-ceci en mémoire de moi » (Luc 22,19). Jésus donne à ses apôtres et à leurs successeurs le commandement de refaire ce repas périodiquement afin de garder en mémoire qu’il est mort sur la croix pour chacun et chacune d’entre nous. Mais il y a plus. En distribuant la coupe de vin à la fin du repas, il ajoute une précision importante: « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous » (Luc 22,20). La «nouvelle» Alliance … par comparaison à l’ancienne contractée au Sinaï entre Dieu et le peuple juif. On se rappelle que Moïse avait alors prit la moitié du sang de la victime pour en asperger et l’autel (qui représentait Dieu) et le peuple en disant: « Ceci est le sang de l’alliance que Dieu a conclue avec vous …» (Exode 24,8). Bref, la mort de Jésus nous introduit donc dans une nouvelle relation avec le Créateur, une relation qui vise à nous introduire non plus dans un quelconque petit pays méditerranéen mais bien dans une union ineffable avec Celui qui se déclare notre Père … une union définitive et éternelle!

Cependant, le sacrement de l’Eucharistie, tout sublime qu’il puisse être, n’enlève rien à la beauté du geste que Jésus a posé sur la Croix. Au contraire, il en fait ressortir le caractère unique: le Fils de Dieu s’offre totalement à son Père dans un acte d’amour qui est l’écho de sa relation éternelle avec lui (le Verbe se donne au Père, le Père se donne au Verbe et de ce mouvement d’amour est produit l’Esprit Saint). Cette offrande éternelle ré-actualisée sur la Croix devient donc pour nous la source et le modèle de notre propre vie chrétienne. Il y a là un grand mystère d’amour qui ne peut s’expliquer par des mots mais qui se dévoile peu à peu à ceux et celles qui en vivent chaque jour.

Ne rougissons pas d’être chrétiens, c’est une faveur inouïe qui nous est faite de la part de Dieu et dont nous ne saisirons toute l’importance que dans l’Éternité!

À tous et à toutes, de  SAINTES ET JOYEUSES PÂQUES !

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Une opinion publique volatile et peu fiable

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 Dans nos sociétés démocratiques, les sondages revêtent une grande importance puisqu’ils sont une excellente façon de tâter le pouls du peuple … quitte ensuite aux élus d’agir en conséquence tout en se souvenant qu’eux-mêmes ont été choisis par voie de scrutin. Or le point faible de toute démocratie c’est que le peuple n’est pas toujours dans la vérité;  les gens peuvent être influencés par des démagogues ou divers autres facteurs qui les font pencher tantôt d’un côté tantôt de l’autre. D’où la beauté mais aussi la fragilité d’un tel système basé sur l’opinion publique.

Jésus ne vivait pas dans un État démocratique, peut s’en faut! Mais même de son temps, les tyrans ne méprisaient pas nécessairement l’opinion du peuple. Quant à Jésus, les évangiles nous disent qu’il  « ne tenait pas compte des personnes » dans son enseignement (Luc 20,21) et qu’il évitait les foules, connaissant leur enthousiasme facile.

En ce début de la Semaine sainte, un bel exemple nous est fourni par l’entrée messianique du Seigneur à Jérusalem, alors que la foule s’écrie « Béni soit celui qui vient ». Tout le monde est alors dans l’allégresse. Néanmoins, quelques jours plus tard, on insistera « à grands cris, demandant qu’il soit crucifié »  et leurs clameurs feront changé d’avis le gouverneur qui voulait le relâcher (Luc 23,23). Jésus est donc victime d’une opinion populaire …  opinion volatile et nourrie par ses adversaires.

Nous vivons dans un monde où il est difficile d’être soi-même, un monde réglé par des principes matérialistes qui ne cherchent pas tellement le bien des individus que celui des grands financiers et des multinationales, la vente d’armes plus que l’instauration de  la paix. Je pense également à tous ces lobbies ou groupes de pression concernant l’avortement, l’homosexualité et le suicide assisté. Et pourtant, c’est pour ce monde un peu tordu que Jésus n’a pas hésité à mourir sur la Croix. Quelle que soit la situation, Dieu ne perd pas courage … il nous garde sa confiance. Â nous  de prendre nos responsabilités et d’aller à contre-courant de toute opinion injuste ou défaitiste, sans pour autant tomber dans l’anarchie. Car il est toujours de mise ce conseil de saint Paul: « Agissez en tout sans murmures ni contestations, afin de vous rendre irréprochables et purs, enfants de Dieu sans tache au sein d’une génération dévoyée et pervertie, d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière. » (Philippiens 2,14s)

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«Marie près de la Croix» par un Chartreux

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Calvaire à la Grande Chartreuse  (France)

En ce vendredi précédant la Semaine Sainte, voici un beau texte de dom Augustin Guillerand sur le rôle de Marie dans le mystère de la Rédemption. Jésus y est présenté comme le Miroir de Dieu et Marie comme le miroir de Jésus; ne perdons pas de vue cette façon qu’a dom Augustin de nous parler de l’interaction entre Jésus et sa mère. Il faut lire ce texte lentement … et s’arrêter assez souvent pour en goûter tous les fruits.

«Près de la croix de Jésus se tenait Marie, sa mère» (Jean 19,25)

« Marie regarde et suit tout pour tout recevoir. C’est un des sens des mots «près de la croix». Et c’est une des raisons de cette position que l’attention chrétienne a justement notée: debout et tout près. Elle ne doit pas perdre un mouvement ni une douleur; elle ne reproduirait pas complètement. Elle est habituée à ce regard soutenu qui jamais ne se détourne ni ne fléchit; ce regard a été sa vie. Elle eût cessé de vivre s’il eût cessé. Il a été fixé par l’Immaculée Conception; l’ange l’a saluée quand il l’a nommée  «pleine de grâce». La tendresse maternelle en a accru sans cesse la fixité intense; la Passion, le désir de compatir pour garder, prolonger, transmettre, faire revivre, fonder une nouvelle famille, donner des frères à Jésus et des fils à son Père, lui font à cette heure quelque chose que nul mot ne peut exprimer …

Pour Marie, à cette heure, le divin rayon à travers ce supplice, cette croix, cet abandon si complet, est un rayon direct. Le divin objet (Jésus) est dépouillé: il ne lui reste plus qu’elle (Marie) qui n’est pas obstacle certes et que d’ailleurs il se prépare à donner. Plus rien de créé. Le créé jusque-là ne l’a jamais occupé mais enveloppé. Lui aussi, pour nous, touchait du pied le sol et vivait notre vie, comme elle le fera encore, toujours pour nous, pendant quelques années. Maintenant, c’est l’heure du passage, du retour. Il se sépare, se distingue de tout ce qui est ténèbres; il s’élève au-dessus; il est en pleine clarté; il s’y fixe. La croix le soutient, la croix longtemps obscure et désormais resplendissante de lui pour les siècles.

C’est en face de cette clarté, de ce resplendissement que Marie se tient «près de la croix». C’est cela qu’elle veut reproduire parfaitement et nous montrer et enfanter en nous, c’est la Lumière qui éclaire la vie et vivifie tout et tous: « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8,12).

Marie regarde cette lumière, s’en remplit; elle n’est plus que miroir pour la refléter, comme Jésus pour refléter son Père. Et c’est en se faisant reflet qu’elle achève d’enfanter, d’être mère. Aussi saint Jean, qui a tout suivi, tout compris, tout voulu, tout vécu, tient à rappeler son titre: « Près de la croix de Jésus se tenait Marie, sa mère.» C’est la dernière fois; sans se détourner de lui, pour le montrer, elle va devenir la mère des hommes. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 94 s)

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Se réjouir du bien de l’autre

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Détail de la fresque du Jugement dernier (Fra Angelico)

Se réjouir du bien de l’autre, de son succès, n’est pas toujours facile car nous nous croyons facilement lésé par l’honneur accordé à l’autre, surtout si cette personne fait partie de notre entourage. Que voulez-vous, la nature humaine est ainsi faite! Il nous est par contre facile de nous réjouir du succès de notre enfant ou  de notre équipe sportive favorite car leur gloire rejaillit en quelque sorte sur nous.

La vie d’ermite urbain, malgré toutes ses consolations intérieures, ne me dispense pas d’expérimenter de temps à autre des déprimes surtout lors des bilans périodiques de ma vie personnelle (et Dieu sait qu’à un certain âge ces bilans se font plus fréquents et plus pressants!). Un regard honnête sur soi-même ne peut qu’être bénéfique car il nous  fait voir nos limites: qui suis-je vraiment … et où vais-je?  Or, c’est dans ces moments que j’ai découvert une source de joie inédite, celle de se réjouir du bien et de la vertu qui existent chez les autres. Un saint moine russe, Silouane, aimait se voir en Enfer pour combattre les tentations d’orgueil … mais, il s’y réjouissait du bien de ceux et celles qu’il savait au Ciel et aussi du fait que la justice de Dieu y trouvait son compte. Aucun danger à faire cet exercice car  la joie et la damnation ne peuvent coexister!

Se réjouir de Dieu ou se réjouir des autres fait donc entrer dans une atmosphère d’humilité qui est source de joie spirituelle. Nous comprenons mieux alors que le Purgatoire a pour but de nous détacher de nous-mêmes et de nous oublier totalement afin de  ne vivre que pour le Bien et le Vrai. N’est-ce pas ce que Fra Angelico a voulu nous faire comprendre dans sa fresque magistrale du Jugement dernier en nous représentant les bienheureux se tenant par la main, chacun se réjouissant du mérite de l’autre, et tous s’acheminant dans une joyeuse farandole vers le but de leur existence: la vision de l’Amour pur …  la vision de Dieu?

 

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Le courage de se voir tel qu’on est

 

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«Deux hommes montèrent au Temple pour prier …»

Qui d’entre nous n’a pas été, un jour ou l’autre, objet d’un mépris en bonne et due forme, mépris qui nous a fait subitement descendre dans la poussière du plancher en nous dévalorisant royalement? Il est vrai que c’est souvent le prix à payer pour se découvrir tel qu’on est, surtout lorsqu’on est jeune et replié sur soi-même. Il n’en reste pas moins que le procédé est cuisant et presqu’impossible à supporter.

S’il est une catégorie de personnes que Jésus ne pouvait supporter, c’est bien celle des pharisiens de son temps. Des individus qui se prenaient pour justes, selon leurs propres critères (assez superficiels d’ailleurs) et qui méprisaient tous les autres. En Luc 18, 9-14, le Maître s’efforce de montrer que les courageux sont ceux qui se voient tels qu’ils sont, même si c’est à leur désavantage, alors que les faibles sont précisément ceux qui ont peur de la vérité et qui se maquillent pour cacher leur pauvreté spirituelle. Cette dernière catégorie est composée de personnes qui ont toujours raison, qui se cachent derrière une foule de petits détails et qui sentent le besoin de condamner les autres justement pour se hausser au dessus d’eux; somme toute, de pauvres types qui vivent dans leur bulle, se mentent à eux-mêmes et aux autres et  ne peuvent ainsi entrer en relation normale avec Dieu.

Dans la vie spirituelle, la tentation est grande de se bâtir une personnalité irréprochable par le truchement de pratiques extérieures en oubliant que la justice nous est donnée par Dieu et non par nous-mêmes: « Si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que travaillent les bâtisseurs. » (Psaume 127, 1) Les pharisiens du temps de Jésus sont tous disparus mais la tendance pharisaïque nous guette constamment. Dieu n’a pas besoin de notre «bonne réputation» … il ne nous demande que l’humilité de nous voir tels que nous sommes et de mettre notre confiance en son Amour miséricordieux. « Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé

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«Le désir d’aimer» selon un Chartreux

1b La chartreuse de Parkminster  (sud de l’Angleterre) 

D’après dom Augustin Guillerand, le «désir d’aimer Dieu» c’est déjà l’aimer ; c’est pourquoi il ajoute qu’il nous faut aimer un tel désir. Le texte qui suit est tiré de sa correspondance avec, semble-t-il, un ami italien :

 « C’est parce que Dieu est le centre où nos âmes s’unissent que les heures où nous parlons ensemble de lui nous sont brèves et chères … Vos conversations me rappellent le mot de Pascal : «Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé.» Désirer aimer, c’est déjà aimer : « Mon âme se consume à désirer vos jugements. »

Il faut aimer même ce désir. Nous souffrons de ce désir et nous avons bien tort. C’est le meilleur de notre âme. Il sort des profondeurs, de ces profondeurs que rien de créé ne peut combler et qui appellent Dieu. Chez nous, il y est. Mais nous ne le savons pas assez et nous voulons trop le savoir … ou mieux, le sentir. Nous voudrions le percevoir comme nous percevons une fleur, ou comme nous percevons une grande vérité. Dieu est tout autre chose que cela ; et nos rapports avec lui ont un tout autre caractère.

Que de fois nous avons dû pleurer sur les belles pages des Confessions où saint Augustin passe en revue toute la création et demande à tous les êtres de lui dire «Où est Dieu et ce qu’il est». Et tous lui répondent : « Cherchez plus haut. » En définitive, tout ce que nous savons de Dieu se ramène à peu près à cela : nous savons qu’il est plus grand que tout ce qu’il a fait, et que pour prendre possession de lui il faut dépasser toute son œuvre.

Ne nous étonnons donc pas quand sa présence au fond de notre âme ne se traduit pas comme celle des êtres qu’il a créé. C’est précisément le signe caractéristique de son action : il se donne à nous sous une forme essentiellement cachée et incompréhensible. Il se donne à percevoir à un organe supérieur … C’est «l’occhio di dentro, la luce interiore» (l’œil du dedans, la lumière intérieure). Prions pour que ce regard intérieur se développe. Pour cela, exerçons-le, mais exerçons-le dans la paix, et trouvons la paix dans la confiance. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 167s)

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Un accueil inespéré

Qui de nous n’a pas entendu parler un jour ou l’autre de la parabole de l’enfant prodigue? Cette histoire racontée par Jésus (en Luc 15,11-32) a fait fureur dans tous les milieux, même agnostiques. La raison en est probablement que chacun d’entre nous peut se reconnaître facilement dans l’un ou l’autre des protagonistes, surtout dans le plus jeune fils qui quitte sa famille sur un coup de tête pour aller ensuite se fourvoyer quelque part dans l’espérance d’être libre. « Ô Liberté, s’écriait madame Roland en montant sur l’échafaud, que de crimes on commet en ton nom! »

Que de désillusions dans la vie humaine … pas toujours acceptées comme telles, malheureusement, car l’amour-propre s’y refuse le plus souvent. Le jeune fils de la parabole a quand même eu cette humilité de reconnaître ses torts. Réduit à une cochonnerie répugnante, il a eu le mérite de réfléchir sur son sort et de vouloir s’en sortir coûte que coûte (ce qui n’est pas donné à tout le monde!). Remarquons que sa motivation n’était pas très noble: il ne voulait pas tellement réparer l’offense faite à son père que de se trouver un emploi  rémunérateur. Néanmoins, ce minimum essentiel fut agréé par son père d’une façon magnanime… «vite, faisons la fête, mon fils est revenu!»

On connaît la réaction colérique de son aîné. C’est celle de toute personne qui se croit lésée par ce qu’elle juge être une condescendance indue envers le prochain: on évalue mentalement les mérites et les démérites de l’autre en oubliant de le considérer comme personne humaine. Les pharisiens du temps de Jésus voyaient d’un mauvais œil le bon accueil qu’il faisait aux pécheurs repentis. C’est précisément leur triste réaction qui a poussé le Maître à nous donner la parabole en question.

C’est pourquoi la fine pointe de ce récit réside avant tout dans l’accueil inconditionnel du père envers son jeune fils. Un père prodigue lui aussi, prodigue de bontés et de miséricordes mais non de reproches (même si les raisons  ne manquaient pas), ni de froideur ou d’indifférence,  tout simplement la joie de retrouver un être aimé et jamais oublié. Cet amour de la personne, le père désire le partager avec son aîné, alors que  ce dernier semble se renfermer dans un égocentrisme qui le rend étroit d’esprit. N’était-ce pas là, d’ailleurs, la pierre d’achoppement de certains anges qui, bien conscients de leur perfection,  auraient refusé d’aller plus loin en partageant l’amour  miséricordieux de Dieu envers Adam et sa lignée pécheresse?? Mystère caché, qui ne fait que se répéter dans la vie d’aujourd’hui …  mais Dieu, lui, ne change pas:

«Point de prodigue sans pardon qui le cherche; nul n’est trop loin pour Dieu. (…) Point de blessure que sa main ne guérisse; rien n’est perdu pour Dieu.» (Hymne du Carême)

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Trois Dieux?

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La Trinité des Personnes divines  (Andreï Roublev)

 Dans un de ses livres, le jésuite Bernard Lonergan fait allusion à la foi du peuple chrétien qui, d’après lui, glisse souvent dans l’erreur (à son insu) en confessant, comme il se doit, un Dieu en trois Personnes mais en les traitant, en pratique, comme trois Dieux! Je dois avouer qu’après 55 ans de vie sacerdotale … il m’arrive quelque fois, non de penser mais d’agir ainsi; je prie le Père comme s’il était un tiers de la Divinité, et je fais inconsciemment la même chose pour Jésus et pour le Saint Esprit. De sorte que le Dieu de l’Ancien Testament risque de m’apparaître, du moins au niveau de mon subconscient, comme plus grand et plus complet que le Dieu Père des chrétiens.  La révélation du Nouveau Testament nous a mis devant un  Mystère qui dépasse évidemment tout entendement, à savoir celui d’un Dieu en trois Personnes. En tant qu’Être créateur et éternel, Dieu  est déjà assez mystérieux pour les Juifs et les Musulmans … mais que dire pour nous les chrétiens?

Avouons qu’au long des âges, les artistes chrétiens (reflétant la foi populaire) ont exercé malgré eux une influence non minime sur cette façon d’exprimer le mystère trinitaire. Soit dit en passant, les Musulmans aussi bien que les Juifs se défendent absolument de représenter Dieu en image, conscients du fossé qui les sépare du Très-Haut. Pour nous chrétiens, l’Incarnation du Verbe a balayé en quelque sorte les scrupules en ce domaine mais la représentation artistique  de la trinité des Personnes divines demeure, à mon humble avis, une pierre d’achoppement. Au 15e siècle, le moine russe Andreï Roublev nous a donné des chefs d’œuvres d’art byzantin, en particulier son icône de la Trinité (affichée plus haut). En représentant l’apparition de Dieu à Abraham sous les traits de trois voyageurs (Genèse 18),  Roublev n’a fait que reprendre un thème développé par d’autres artistes mais avec la finesse qu’on lui connaît. Ceci dit, si le mystère de la distinction des personnes y est bien représenté, par contre celui de leur unité ineffable ne dépasse pas l’allusion: on voit mal en effet que le Père soit dans le Fils, le Fils dans l’Esprit, etc. D’où l’impression, à première vue,  d’être en présence de trois Dieux …  même s’ils se regardent avec amour et semblent se  compléter!

Il ne fait aucun doute, par ailleurs, que l’Église ne se trompe pas en nous proposant la doctrine qu’elle a reçu des Apôtres, à savoir qu’il existe en l’unique Dieu de la Révélation biblique trois personnes bien distinctes mais subsistant en une seule nature divine. Jésus l’affirme sans ambages à son apôtre Philippe: « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » (Jean 14,10) et ce Père en question est bien le Dieu d’Abraham, celui qu’on entend parler en présence de Moïse et d’Élie lors de la transfiguration de Jésus sur la montagne: « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le.» (Marc 9,7)

Personnellement, je crois que ce mystère est et sera toujours  le Grand Mystère. Aucun artiste ne pourra jamais nous représenter ce mystère de façon satisfaisante: l’unité ou la trinité des Personnes risquant de l’emporter au détriment de l’autre aspect. La solution la plus humble et la plus simple est peut-être la suivante: s’efforcer de vivre notre vie nouvelle dans l’éclairage de la foi de l’Église, elle qui dans sa liturgie nous fait toujours prier le Père par le Fils dans l’Esprit Saint. Laissons à Dieu le soin de nous faire grandir dans cette connaissance imparfaite de Lui-même en attendant le jour bienheureux de la vision face à face. D’ici là, aimons redire souvent avec l’Église:

« Par lui, avec lui et en lui, à toi Dieu le Père tout-puissant dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. Amen »  (Conclusion de la Prière eucharistique de la messe)

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