
« Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2,5)
Le rôle de Marie dans notre vie spirituelle est toujours à découvrir : un mystère voulu par Dieu et qui, de ce fait, ne peut que nous être bénéfique. À la veille de faire son premier miracle aux noces de Cana, Jésus a voulu que sa Mère y participe afin de lever le voile sur cette collaboration exceptionnelle. Voici comment l’explique Dom Guillerand dans son commentaire sur l’évangile de Jean :
« Faites tout ce qu’il vous dira, dit-elle aux serviteurs de la noce. Et elle disparaît extérieurement de la scène, en apparence. Mais elle a déclenché une activité qui va très loin et dans laquelle elle a une part qui ne peut pas être oubliée. Nous l’oublions aisément parce que nous en restons aux apparences. Nous ne voyons que le Maître, les serviteurs, le chef des services, l’époux et, en perspective, la foi des Douze qui est capitale pour Jésus. Mais l’ombre dans laquelle la médiatrice s’est retirée est foyer de lumière féconde : c’est l’ombre de la Toute-Puissance qui l’a enveloppée quand l’Esprit Saint est survenu en elle et qu’elle a enfanté « le Saint qui aura nom Fils de Dieu » (Luc 1,35). Cette ombre s’exprime à Cana comme à Nazareth : « Voici la servante du Seigneur ». Mais elle s’adresse aux serviteurs. Elle répand sa lumière, et elle l’enfante spirituellement. Elle devient mère de sainteté, de la sainteté que l’Esprit produit en elle et par elle. Son rôle dans l’Église et en toute l’histoire chrétienne est là tout entier, et avec ses caractères de discrétion et de confiance qui marquent si nettement ses vrais enfants. Elle redit cela très spécialement à ceux qui s’abandonnent entre ses mains : « Faites tout ce qu’il vous dira ».
(Écrits spirituels, tome 1, page 169)








Se comprendre sans paroles, selon dom Guillerand
« Ils n’ont plus de vin » (Jean 2,3)
Voyager avec des étrangers nous oblige quasiment à engager une conversation pour briser un silence gênant mais avec des intimes c’est tout le contraire. Dom Guillerand, en commentant le récit des noces de Cana, attire notre attention sur l’union profonde qui existait entre Jésus et sa mère :
» Ils n’ont plus de vin » dit Marie. Nulle explication, nulle demande. La Vierge dit une situation; elle le fait dans le moins de mots possible; ce devait être l’usage de la maison où grandit le Verbe qui écrase tous nos mots. On y vivait par le dedans; on y parlait un langage intérieur, tout spirituel ; on se comprenait sans paroles, par le mouvement même des âmes que des sensibilités parfaitement ordonnées traduisaient sans le déformer. C’est dans cette union intime qu’il faut comprendre les mots échangés ici, et ce qui à première vue semble dur dans la réponse du divin Maître (« Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? »). Cette réponse est une suite ; elle fait partie d’un ensemble qui l’explique. On ne peut pas la considérer comme une attitude nouvelle, inusitée dans les rapports de ces deux êtres qui n’ont vécu que l’un dans l’autre et l’un de l’autre. Marie dit à Jésus : « Ils n’ont plus de vin », comme elle lui disait chaque jour : « C’est l’heure du repas ». Elle se fait toute impersonnelle pour mieux se tenir dans cette personne qui est son fils et qui est l’Infini. Si grand qu’il soit, elle ne le voit pas dans un nuage ; leur vie se passe toute dans la réalité concrète des incidents de chaque jour. En ce moment, elle connaît une situation pénible pour cette famille qui les accueille ; elle le dit.
Ce qu’elle dit, Jésus le sait; mais elle n’hésite pas à lui dire ce qu’il sait ; elle n’a pas à le lui apprendre, mais à intervenir dans une activité qui veut cette intervention, et qui la veut avec toutes ses circonstances. Ces brèves paroles et leur caractère appartiennent à un plan qu’ils doivent réaliser, et qui commande toute leur vie. (…)
Marie fait appel à ce plan et à ce que son Fils doit accomplir sur ce terrain où elle le suit. Elle n’est donc ni surprise quand Jésus s’y place («Mon heure n’est pas venue»), ni affectée par la façon dont il le fait. Tout, jusqu’aux moindres détails, est voulu par la volonté qui commande et accorde la leur, et qu’ils aiment comme la leur, plus que le vouloir inférieur de leur sensibilité. Si ce vouloir inférieur est blessé, il l’est comme au Calvaire ; mais la blessure est ordonnée à un but qui les ravit. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 167s)
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