Savoir s’éclipser au bon moment

cordero

« Voici l’Agneau de Dieu » (Jean 1,36)

Le renoncement ne nous vient pas facilement. On se met souvent en avant, en avant même d’une cause très noble … car on a en soi un secret désir d’être valorisé, d’être reconnu. Les saints comme Jean Baptiste n’agissent pas ainsi car ils ont atteint, grâce à Dieu, un degré d’amour qui leur fait ignorer toutes revendications personnelles. Voici comment dom Guillerand commente la dernière rencontre entre Jésus et son précurseur:

«  Le lendemain (du baptême), Jean se tenait encore là avec deux de ses disciples. Fixant les yeux sur Jésus qui passait, il dit: «Voici l’Agneau de Dieu». Les deux disciples l’entendant parler ainsi suivirent Jésus. »  (…) Le regard du Baptiste sur Jésus n’est pas un regard de complaisance personnelle, c’est un regard de témoin: il fait partie de sa mission. Il regarde Jésus pour expliquer sa parole et mener à celui qu’il montre. Il regarde Jésus pour que d’autres le voient et le suivent.

La grandeur surhumaine du dernier des prophètes est dans ce renoncement. La nature en lui est anéantie, frustrée de tout: à son corps il ne donne que des aliments frustes, ce qu’il trouve sur place, et des vêtements durs, réduits à la plus simple expression. À son coeur, la solitude, le silence complets pendant trente ans dans le désert; pendant trois ans au milieu d’un monde qui ne le comprend pas, et de quelques disciples très chers qui doivent le quitter pour un autre … cet autre, il est vrai, lui est tout. Des liens se sont noués entre eux dès avant leur naissance qui des deux âmes n’ont fait qu’une seule; mais il ne le verra que pour un acte de justice officielle (le baptême) et ensuite en passant pour lui remettre ses disciples.

L’évangéliste qui a assisté à ces scènes, qui a connu cette grandeur, qui a pénétré ce renoncement, ne s’y arrête pas. Il nous a laissé le soin de le découvrir nous-mêmes, de le méditer, de le reproduire surtout. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 143)

 

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Un commentaire pour Savoir s’éclipser au bon moment

  1. Quel bel article ! Merci infiniment ! Oui lorsqu’on pense à la grandeur resplendissante, émerveillante, du Seigneur, comme peuvent nous paraître si vaines nos petites vanités, si bien nommées ! Oui, laissons toute la place au Seigneur, mettons-nous à son école, Lui le Seigneur Dieu, créateur de l’Univers, et si doux et humble de cœur, qui nous fait la grâce sublime de s’abaisser, pour se mettre à notre portée, Lui qui par l’Eucharistie sait nous faire « Dieu », comme le dit si bien Monseigneur Aupetit dans l’un de ses livres !

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