
… et que moi je diminue » (Jean 3, 30)
Pas facile de s’éclipser et d’accepter une baisse de popularité. Seule une grande âme comme Jean le Baptiste a pu le faire avec joie et humilité. Voici comment en parle le chartreux dom Augustin Guillerand dans son commentaire sur l’évangile de Jean :
« Qu’est-il donc, lui, le messager qui précède la venue de l’époux ? Quel est son rôle, sa situation, son nom, le titre et le droit qu’il faut lui reconnaître ? Il est « l’ami de l’époux, celui qui se tient debout aux côtés de l’époux » pour l’assister, pour lui rendre ses hommages, lui faire honneur, représenter sa cour en cette circonstance où l’époux est comme un roi qui prend possession d’un royaume. Le titre est magnifique et le rôle très grand. Jean-Baptiste ne craint pas de le revendiquer. Son humilité n’en est pas menacée ; elle exige cet honneur et elle l’explique avec toute la grandeur que le titre enferme. Car l’ami ne fait qu’un avec l’ami ; ce sont deux cœurs en un seul ; ce qui touche l’un affecte l’autre. La gloire et la joie de l’ami sont la gloire et la joie de l’époux.
Les âmes qui s’attachent à l’époux ne se détachent pas de lui ; elles lui demeurent fidèles, et leur attachement ne peut se maintenir qu’en le quittant ou rejoignant l’époux. L’union à l’époux est le terme auquel tend l’ami. Il reste insatisfait si on ne le laisse pas pour l’époux. Il trouve sa joie pleine si on le délaisse pour celui qui a reçu tous droits d’en haut et qui vient les faire valoir. Il doit diminuer, disparaître. Il grandit en diminuant; il prend toute sa taille, il entre en pleine gloire en disparaissant. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 210 s)








» Un Jésus sans prétention » nous dit un chartreux.
(James Tissot)
De Cana, Jésus se rend à Capharnaüm, et de là à Jérusalem. Ces randonnées sur les routes de Palestine, aussi banales qu’elles puissent paraître, ne sont pas sans leçon pour nous. Voici comment les perçoit le chartreux dom Augustin Guillerand dans son commentaire sur l’évangile de Jean :
« En face de ce petit groupe de Galiléens que personne ne remarque, au sein des foules chantantes, bruyantes, je retrouve l’Esprit qui refera le monde et qui se pose là devant lui pour lui révéler la Vérité et la Vie. Ce qui le distingue, c’est précisément qu’il ne se distingue extérieurement de rien, sinon par une recherche d’humilité, de simplicité banale.
Mêlés à ces foules, les disciples montent à Jérusalem. Rien qui attire le regard ; ils marchent quand on marche, ils chantent quand on chante, ils s’arrêtent quand on s’arrête, ils dorment et mangent en même temps que les autres … Mais sous ces dehors et cette surface, quel dedans ! quelle profondeur de vue, de clartés sans fond, d’union à Dieu, d’union en Dieu. On oublie trop facilement que la vie publique elle-même, en sa grande part (de beaucoup la plus grande) a eu ce caractère … et que, lorsqu’il fallait absolument se manifester, Jésus, par une permission qui le révèle plus encore que l’éclat des prodiges ou de l’enseignement, se heurtait à une opposition de tout ce qu’il y avait de considérable autour de lui.
Seuls les petits, les humbles le reconnaissent et voudraient l’aimer, attirés par cette parenté profonde, mais uniquement spirituelle, de l’abaissement, du néant accepté. Il s’est réduit à rien ; le rien choisi ou, s’il est imposé par Dieu, accueilli de sa main comme un trésor … voilà où il veut être rejoint ; voilà qui efface la tache qu’a faite la prétention de l’origine: « Vous serez comme des dieux » (Genèse 3, 5). Jésus est sans prétention … et c’est pourquoi il défendra les droits de Dieu par tous les moyens. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 173s)
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