Ô Mort, où est ta victoire ?

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Novembre est traditionnellement le «mois des morts», le mois de la réflexion. La Nature nous y invite en prenant elle-même le chemin qui mène au repos hivernal. La mort peut nous faire peur au point de nous pousser à refuser même d’en parler. Il est vrai que l’on peut exagérer en en faisant une crainte omniprésente qui empoisonne la vie. On peut mourir de façon tranquille, dans son lit, ou de façon tragique, dans une tuerie sanglante qui horrifie. Mais la mort c’est toujours la mort, la fin d’une vie aimée ou tout au moins appréciée.

Anciennement, on se plaisait à dire qu’on était en danger de mort dès la naissance; aujourd’hui, c’est plutôt dès la conception dans le sein de notre mère. Nous vivons à une époque où la violence ne connaît pas de bornes. À preuve, ces jeux électroniques où les ados apprennent à faire la guerre virtuelle … en attendant d’être attirés plus tard à passer aux actes dans un monde bien réel. La vie humaine a perdu de sa respectabilité pour devenir une statistique anonyme dans les nouvelles de dix-huit ou vingt heures.

«Ò Mort, où est ta victoire?» s’exclame saint Paul aux fidèles de Corinthe, suite à sa réflexion sur la résurrection de Jésus. La vie n’est peut-être pas si tragique que l’on pense si … oui, si … l’on accepte la résurrrection telle que proclamée par le Créateur lui-même. La FOI évidemment est un don de Dieu, toujours fragile, mais qui peut rectifier notre fatalisme. D’ailleurs, la Nature elle-même ne nous y invite-t-elle pas, chaque année, en renaissant au printemps ?

Ne soyons donc inquiets de rien … et, comme ajoutait le même apôtre aux Philippiens: «Que la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, garde vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.» Amen!

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Notre assimilation au Christ, selon un Chartreux

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Messe privée (Grande Chartreuse, France)

« Un jour, je reviendrai vous prendre avec moi, et là où je suis vous y serez, vous aussi » (Jean 14,3). Ces paroles, adressées par Jésus à ses apôtres la veille de sa mort en prévision de son retour à la fin des temps, sont reprises par dom Guillerand et (il fallait s’y attendre) en un sens très intimiste : le Christ ressuscité revient durant notre vie mortelle pour nous sanctifier et nous assimiler à lui. Une exégèse personnelle qui rejoint néanmoins une façon tout à fait normale de comprendre la vie spirituelle et qui mérite notre attention :

« Les souffrances du Christ l’assimilent au Père : «Ce que mon Père me demande, je le fais.» Ce qui compte et ce qu’il faut voir dans sa Passion c’est cette assimilation, et c’est le mouvement qui le fait plonger dans les vouloirs de son Père pour ne faire qu’un avec lui. Mais il n’abandonne pas pour autant ceux qu’il aime. Eux aussi doivent être assimilés. Et pour s’assimiler, ils doivent faire ce mouvement qu’il va faire. Or pour accomplir ce mouvement, il faut avoir en soi le moteur qui est en lui, il faut avoir son Esprit, il faut aimer ce qu’il aime et comme il aime, il faut être emporté par le souffle qui l’anime. (…) Jésus reviendra pour cette révélation qui les assimilera à lui et qui les fera vivre en lui comme lui-même vit dans le Père. Mais il ne peut revenir que s’il part. Son départ les fera participer à sa Passion; elle ouvrira leurs âmes à son Esprit. (…)

Il revient pour réaliser individuellement cette assimilation opérée en masse dans l’humanité qu’il a assumée. Il revient prendre et transformer ceux qui sont siens par amour, mais dont l’amour n’a pas encore assimilé tout l’agir, qui restent encore en face d’eux-mêmes, qui n’on pas encore brisé l’enveloppe du corps. Il revient pour la briser par son Esprit.  Il revient pour que cet Esprit qui est sa demeure, la demeure où il ne fait qu’un avec son Père, devienne leur Esprit et fasse en eux ce qu’il fait en lui, l’union parfaite. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 424 s)

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Notre assimilation au Christ

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Il faut le dire, et même se le redire souvent: le Plan de Dieu sur nous est extraordinaire et dépasse notre entendement … et c’est normal, puisque Dieu lui-même est un Être unique et tellement mystérieux que nous aurions de la difficulté à nous l’imaginer sans l’aide de la Révélation. C’est justement grâce à la Révélation, transmise par la création et par les interventions divines dans l’histoire humaine, que nous pouvons discerner Dieu. Notre faiblesse elle-même lui devient une « excuse » pour nous unir à lui et nous acheminer à la pleine connaissance de son Être.

Chaque matin, après avoir célébré la sainte messe, je me sens de plus en plus attiré à unifier mes pauvres aspirations en un unique mouvement, une personne, le Verbe fait chair. J’ai la nette impression que, de toute éternité, Dieu voulait nous partager son bonheur en nous unissant à Lui par l’entremise de son Fils. Création, Incarnation, Rédemption … autant d’étapes qui ont préparé notre union à l’Homme-Dieu. C’est dans cette optique que Jésus a inventé l’Eucharistie … question de se faire assimilableQui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui »). La communion eucharistique devient ainsi le moyen idéal pour réaliser ce projet: unir le croyant  au Christ … et, non seulement à lui, mais aussi à son beau geste d’amour effectué sur la Croix (car nous communions à un corps «livré» et à un sang «versé»). Et qu’est donc cette dernière offrande totale de lui-même sinon la répercussion dans le temps de son élan éternel  vers le Père.

A la fin de sa vie, Charbel Makhlouf (moine maronite du 19e siècle et patron de mon ermitage) a été victime d’un AVC en célébrant la messe; alité durant huit jours dans un état semi-comateux, ce moine ermite ne cessait de répéter les mots de la prière de la messe qu’il avait dû interrompre, prière récitée après la consécration: « Ô Père de vérité, voici votre Fils victime pour vous plaire ».  Avec son biographe, j’y vois le résumé de toute sa vie: une vie d’assimilation à  Jésus alors que leurs deux êtres étaient intimement unis dans une même offrande et un même amour du Père. Que, du haut du Ciel, saint Charbel daigne veiller sur nous et faciliter notre processus d’assimilation à Celui qui demeure  l’unique Chemin qui mène vers le Père.

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Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

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En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens décédés, et spécialement pour ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort? de la prière pour les défunts? de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout par le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Gardons-nous cependant d’en faire une fournaise en bonne et due forme … il s’agirait plutôt de l’amour du Père nous purifiant jusqu’à ce qu’il parvienne à nous enflammer d’amour.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de ces fidèles. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort ne fait plus un mort mais un vivant. Et, comme le remarque le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cette échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

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Marcher la main dans la main

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Marcher la main dans la main nous renvoie aux amoureux, au jeune enfant qui accompagne sa maman, à l’aveugle qui s’agrippe à son compagnon. Amour, confiance, sécurité: autant de motifs qui peuvent nous inciter à nous appuyer sur une autre personne. N’est-ce pas là le fondement de toute société …  une solidarité basée sur la confiance et l’entraide mutuelles?

 En la veille de la fête de la Toussaint (1er novembre), quoi de plus merveilleux que de se rappeler cette belle et unique solidarité qui fonde l’Église: la communion de tous les baptisés entre eux! En contemplant la fresque du Jugement dernier par Fra Angelico, je remarque la joie et la bonne entente qui règnent sur le visage de ces personnes qui viennent de se faire dire:« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Matthieu 25, 34). Cette bonne entente n’est évidemment  pas nouvelle pour eux puisqu’ils l’ont vécue durant leur vie terrestre, bon an mal an. Notons également que cette charité fraternelle ne vient pas vraiment d’eux mais plutôt de Celui qu’ils ont servi dans la foi et qui leur a donné en retour son Esprit Saint. Cette aide céleste, absolument gratuite, me semble rappelée par la présence des anges gardiens qui les accompagnent dans cette joyeuse farandole.

La fête de la Toussaint est donc le triomphe de l’Amour miséricordieux dans notre vie personnelle et dans celle de tous nos frères et sœurs; elle est également l’annonce du triomphe final du Bien sur le Mal. Bienheureux, oui, mille fois bienheureux, ceux qui participeront aux noces de l’Agneau dans le Royaume!

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 » Un Jésus sans prétention  » nous dit un chartreux.

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(James Tissot)

De Cana, Jésus se rend à Capharnaüm, et de là à Jérusalem. Ces randonnées sur les routes de Palestine, aussi banales qu’elles puissent paraître, ne sont pas sans leçon pour nous. Voici comment les perçoit le chartreux dom Augustin Guillerand dans son commentaire sur l’évangile de Jean :

« En face de ce petit groupe de Galiléens que personne ne remarque, au sein des foules chantantes, bruyantes, je retrouve l’Esprit qui refera le monde et qui se pose là devant lui pour lui révéler la Vérité et la Vie. Ce qui le distingue, c’est précisément qu’il ne se distingue extérieurement de rien, sinon par une recherche d’humilité, de simplicité banale.

Mêlés à ces foules, les disciples montent à Jérusalem. Rien qui attire le regard ; ils marchent quand on marche, ils chantent quand on chante, ils s’arrêtent quand on s’arrête, ils dorment et mangent en même temps que les autres … Mais sous ces dehors et cette surface, quel dedans ! quelle profondeur de vue, de clartés sans fond, d’union à Dieu, d’union en Dieu. On oublie trop facilement que la vie publique elle-même, en sa grande part (de beaucoup la plus grande) a eu ce caractère … et que, lorsqu’il fallait absolument se manifester, Jésus, par une permission qui le révèle plus encore que l’éclat des prodiges ou de l’enseignement, se heurtait à une opposition de tout ce qu’il y avait de considérable autour de lui.

Seuls les petits, les humbles le reconnaissent et voudraient l’aimer, attirés par cette parenté profonde, mais uniquement spirituelle, de l’abaissement, du néant accepté. Il s’est réduit à rien ; le rien choisi ou, s’il est imposé par Dieu, accueilli de sa main comme un trésor … voilà où il veut être rejoint ; voilà qui efface la tache qu’a faite la prétention de l’origine: « Vous serez comme des dieux » (Genèse 3, 5). Jésus est sans prétention … et c’est pourquoi il défendra les droits de Dieu par tous les moyens. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 173s)

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« Je suis l’Alpha et l’Oméga,

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… le Premier et le Dernier, le Commencement et la Fin. » (Apocalypse 22, 13)

Que Dieu soit perçu comme le Commencement et la Fin de toutes choses, rien de plus normal pour qui a la foi au Créateur. Mais, pour qui a la foi chrétienne, cet énoncé de saint Jean s’applique également à l’Homme-Dieu, Jésus de Nazareth. Saint Paul ne dit-il pas dans sa lettre aux Colossiens que Jésus est l’image du Dieu invisible et que ce même Dieu a fait habiter en lui toute la Plénitude? (Colossiens 1, 15.19). Voici donc comment l’Église catholique énonce cette vérité:

« Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est lui-même fait chair afin que devenu homme parfait il puisse sauver tous les hommes et récapituler en lui toutes choses. Le Seigneur est le but final de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les aspirations de l’histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les coeurs et l’accomplissement plénier de leurs désirs. Il est celui que le Père a ressuscité d’entre les morts, a exalté et a fait siéger à sa droite en le constituant juge des vivants et des morts. Vivifiés et rassemblés dans son Esprit, nous marchons vers cette consommation de l’histoire qui s’accorde pleinement avec son dessein d’amour: «Saisir l’univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre en réunissant tout sous un seul chef, le Christ» (Éphésiens 1, 10).

Le Seigneur Jésus le dit lui-même: «Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun, selon ce qu’il aura fait. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Commencement et la Fin» (Concile Vatican II, Gaudium et Spes, no 45).

Marchons donc avec assurance vers Jésus ressuscité qui est l’accomplissement et la consommation du Plan de Dieu sur nous!

 

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Médiation de Marie selon dom Guillerand

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« Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2,5)

Le rôle de Marie dans notre vie spirituelle est toujours à découvrir : un mystère voulu par Dieu et qui, de ce fait, ne peut que nous être bénéfique. À la veille de faire son premier miracle aux noces de Cana, Jésus a voulu que sa Mère y participe afin de lever le voile sur cette collaboration exceptionnelle. Voici comment l’explique Dom Guillerand dans son commentaire sur l’évangile de Jean :

« Faites tout ce qu’il vous dira, dit-elle aux serviteurs de la noce. Et elle disparaît extérieurement de la scène, en apparence. Mais elle a déclenché une activité qui va très loin et dans laquelle elle a une part qui ne peut pas être oubliée. Nous l’oublions aisément parce que nous en restons aux apparences. Nous ne voyons que le Maître, les serviteurs, le chef des services, l’époux et, en perspective, la foi des Douze qui est capitale pour Jésus. Mais l’ombre dans laquelle la médiatrice s’est retirée est foyer de lumière féconde : c’est l’ombre de la Toute-Puissance qui l’a enveloppée quand l’Esprit Saint est survenu en elle et qu’elle a enfanté « le Saint qui aura nom Fils de Dieu » (Luc 1,35). Cette ombre s’exprime à Cana comme à Nazareth : « Voici la servante du Seigneur ». Mais elle s’adresse aux serviteurs. Elle répand sa lumière, et elle l’enfante spirituellement. Elle devient mère de sainteté, de la sainteté que l’Esprit produit en elle et par elle. Son rôle dans l’Église et en toute l’histoire chrétienne est là tout entier, et avec ses caractères de discrétion et de confiance qui marquent si nettement ses vrais enfants. Elle redit cela très spécialement à ceux qui s’abandonnent entre ses mains : « Faites tout ce qu’il vous dira ».

(Écrits spirituels, tome 1, page 169)

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Une foi catholique qui ne cesse de progresser.

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 Progrès … ou changement?

Dans le monde d’aujourd’hui, plusieurs traditionalistes accusent à tort l’Église catholique de renier la Tradition et de se tourner vers les erreurs du modernisme (erreurs déjà condamnées par saint Pie X en 1907). Le modernisme était un courant de pensée qui se caractérisait par un relativisme vis-à-vis les valeurs de l’Église et une propension à la sécularisation. La mise à jour effectuée par le Concile Vatican II (1962-65) dans la vie  pastorale de l’Église n’a pas manqué évidemment de susciter quelques mouvements réactionnaires, comme la secte traditionaliste de Mgr Lefebvre. Une chose  est de toucher au contenant et une autre de toucher au contenu; les esprits un peu étroits n’y ont rien compris. Encore aujourd’hui, on accuse facilement Rome d’apporter des changements significatifs au dogme alors qu’il ne s’agit en réalité que de modifications liturgiques ou pastorales; un organisme vivant ne saurait subsister en demeurant dans un état momifié! Les traditionalistes d’aujourd’hui, qui rejettent en tout ou en partie les réformes issues du Concile Vatican II, le font en se réclamant d’une fausse conception de la Tradition: d’où leur rejet de la réforme liturgique, de la liberté religieuse, de l’œcuménisme et de la collégialité. Malheureusement pour eux, ils ne font que se méprendre sur la distinction entre «contenant» et «contenu».

Mais il faut savoir également que le dogme peut évoluer en se précisant davantage: on pense par exemple aux privilèges de Marie: immaculée dans sa conception (1854) et glorifiée dans son corps (1950). Déjà au 5e siècle, un moine de l’île de Lérins (en face de Cannes) s’était penché sur le sujet pour en arriver ensuite à bien formuler la règle à tenir. Écoutons-le:

«  Ne peut-il y avoir dans l’Église du Christ aucun progrès de la religion? Si assurément, et un très grand. Car qui serait assez jaloux des hommes et ennemi de Dieu pour essayer d’empêcher ce progrès? À condition du moins qu’il s’agisse d’un véritable progrès dans la foi et non d’un changement. Car il y a progrès si une réalité s’amplifie en demeurant elle-même; mais il y a changement si elle se transforme en une autre réalité. (…) Que la religion imite donc la croissance des corps dont les éléments évoluent et se développent au rythme des années, mais demeurent eux-mêmes. Il y a grande différence entre la fleur de l’enfance et la maturité de la vieillesse, et pourtant ceux qui maintenant deviennent des vieillards sont bien les mêmes que les adolescents qu’ils furent autrefois. (…)  Il en va de même pour les dogmes de la religion chrétienne: la loi de leur progrès veut qu’ils se consolident au cours des ans, se développent avec le temps et grandissent au long des âges. »  ( Commonitorium de Vincent de Lérins, PL 50, 667-668).

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Se comprendre sans paroles, selon dom Guillerand

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« Ils n’ont plus de vin » (Jean 2,3)

Voyager avec des étrangers nous oblige quasiment à engager une conversation pour briser un silence gênant mais avec des intimes c’est tout le contraire. Dom Guillerand, en commentant le récit des noces de Cana, attire notre attention sur l’union profonde qui existait entre Jésus et sa mère :

 » Ils n’ont plus de vin  » dit Marie. Nulle explication, nulle demande. La Vierge dit une situation; elle le fait dans le moins de mots possible; ce devait être l’usage de la maison où grandit le Verbe qui écrase tous nos mots. On y vivait par le dedans; on y parlait un langage intérieur, tout spirituel ; on se comprenait sans paroles, par le mouvement même des âmes que des sensibilités parfaitement ordonnées traduisaient sans le déformer. C’est dans cette union intime qu’il faut comprendre les mots échangés ici, et ce qui à première vue semble dur dans la réponse du divin Maître (« Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? »). Cette réponse est une suite ; elle fait partie d’un ensemble qui l’explique. On ne peut pas la considérer comme une attitude nouvelle, inusitée dans les rapports de ces deux êtres qui n’ont vécu que l’un dans l’autre et l’un de l’autre. Marie dit à Jésus : « Ils n’ont plus de vin », comme elle lui disait chaque jour : « C’est l’heure du repas ». Elle se fait toute impersonnelle pour mieux se tenir dans cette personne qui est son fils et qui est l’Infini. Si grand qu’il soit, elle ne le voit pas dans un nuage ; leur vie se passe toute dans la réalité concrète des incidents de chaque jour. En ce moment, elle connaît une situation pénible pour cette famille qui les accueille ; elle le dit.

Ce qu’elle dit, Jésus le sait; mais elle n’hésite pas à lui dire ce qu’il sait ; elle n’a pas à le lui apprendre, mais à intervenir dans une activité qui veut cette intervention, et qui la veut avec toutes ses circonstances. Ces brèves paroles et leur caractère appartiennent à un plan qu’ils doivent réaliser, et qui commande toute leur vie. (…)

Marie fait appel à ce plan et à ce que son Fils doit accomplir sur ce terrain où elle le suit. Elle n’est donc ni surprise quand Jésus s’y place («Mon heure n’est pas venue»), ni affectée par la façon dont il le fait. Tout, jusqu’aux moindres détails, est voulu par la volonté qui commande et accorde la leur, et qu’ils aiment comme la leur, plus que le vouloir inférieur de leur sensibilité. Si ce vouloir inférieur est blessé, il l’est comme au Calvaire ; mais la blessure est ordonnée à un but qui les ravit. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 167s)

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