Nul homme n’est une île

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Nous avons beau nous replier sur nous-mêmes et essayer d’oublier les autres, la vie est plus grande que notre petit univers. On n’y peut rien … le Créateur dans sa Sagesse l’a ainsi voulu. Lui qui dans son propre Mystère vit déjà la solidarité en trois Personnes ne pouvait que créer l’homme à son image, c’est-à-dire  solidaire des autres membres de la race humaine. Nul homme n’est une île, pas même au niveau des relations avec les  autres créatures, animales ou angéliques: tous, nous faisons partie d’un tout qu’on appelle la Création.

SOLIDARITÉ entre croyants. Elle est encore plus grande car elle est un don spécial de Dieu et le fondement de notre assimilation à son Fils.unique  C’est en Jésus que nous sommes devenus enfants de Dieu. Cette solidarité nous a été expliquée par l’apôtre Paul dans quelques unes de ses lettres, surtout dans la première aux Corinthiens  lorsqu’il compare l’Église à un corps humain: « Notre corps forme un tout même s’il a plusieurs membres … Il en est ainsi pour le Christ … tous nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps. » (1Cor 12,12s)  Rien de bien nouveau si l’on pense aux propres paroles de Jésus rapportées en l’évangile de Jean:  « Je suis la vigne, vous êtes les sarments, » ou encore, « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. »

« Si tu savais le don de Dieu » disait un jour le Seigneur à une femme samaritaine. Oui, ce don de Dieu qu’est l’Esprit Saint est le fondement non seulement de notre nouvelle solidarité avec le Créateur et ses fidèles  mais aussi de notre espérance de vivre avec lui éternellement: « Si l’Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, dit Paul, ce même Dieu donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Romains 8,11)  Et voilà bien ce qui nous sépare de toutes ces fausses théories ésotériques qui promettent une connaissance du mystère sans aucune implication personnelle!  Dieu, en bon père de famille, ne fait pas ainsi: il exige notre collaboration afin de nous octroyer le salut tout en nous valorisant. « En effet, dit l’apôtre, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu ». (Romains 8,14) Laissons-nous donc animer par cet Esprit reçu au baptême et vivons dans la paix et la joie; nous pourrons ainsi attendre avec confiance l’heure d’entrer pour de bon dans cette merveilleuse Solidarité qu’est la Vie éternelle!

 

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« Et nous avons vu sa gloire …

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… gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique »  (Jean 1,14)

La plupart des contemporains de Jésus n’ont pas su voir la gloire qui auréolait sa vie et sa mort car ils n’avaient pas la Foi. Seul ce don de Dieu peut nous habiliter à discerner l’invisible, plus précisément l’amour divin qui rayonne des paroles et des gestes du Christ. L’évangéliste Jean a possédé cette Foi à un degré éminent et Dieu lui a donné d’en témoigner clairement dans son évangile. Mais cette connaissance spirituelle ne va pas sans un don de soi qui l’accompagne … laissons dom Augustin Guillerand  nous l’expliquer :

« L’âme se donne parce qu’elle voit l’Amour qui se donne, comme le Verbe se donne à son Père parce qu’il voit le Père qui se donne, pour faire comme lui : « Il fait de même ». L’âme voit l’Amour dans les détachements du Verbe incarné. Elle le voit s’élevant au-dessus de tout le créé, brisant tout lien, s’en dégageant, emporté par le seul souci de son Père. (…) Jésus quitte tout pour s’unir à son Père, parce qu’il voit son Père se donner avec cette plénitude égale à son être. (…)

Voilà la vie éternelle qui éclaire, embrase l’Être infini à jamais, et qui est venu illuminer la terre, montrer aux hommes que se donner, se renoncer, se sacrifier pour se donner, c’est accueillir Celui qui est, c’est participer à sa vraie vie, c’est la connaître et la reproduire, c’est la connaître dans l’image d’elle-même qu’elle communique à ceux qui la reçoivent, c’est naître de Dieu, c’est devenir ses enfants, c’est devenir un autre Verbe incarné qui demeure et refait dans les âmes ce qu’il fait au sein du Père et ce qu’il a fait au sein de Marie. (…)

Vivre, c’est voir ce don du Père et du Fils dans la chair où celui-ci s’est incarné et se donne. Mais on ne le voit que si on l’accueille et le possède en soi ; c’est lui qui doit voir en nous ; il y voit s’il y est, si nous avons son Esprit d’amour, si nous nous donnons comme il se donne, si nous nous arrachons comme lui à tous les liens de la chair et de la vie naturelle humaine. »

(Écrits spirituels, tome 1, page124)

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Un gibet devenu … glorieux?

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En ce 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Croix de Jésus:

« Par la Croix qui fit mourir le Fils du Père,

Sarment béni où la grappe est vendangée,

Jésus-Christ, nous te bénissons.

Par la Croix qui met le feu sur notre terre,

Buisson ardent où l’amour est révélé,

Jésus-Christ, nous te glorifions.

Par la Croix qui fut plantée sur le Calvaire,

Rameau vivant qui guérit de tout péché,

Dieu vainqueur, ton Église t’acclame. »

(Didier Rimaud)

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Jean à la bouche d’or

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Comment passer sous silence ce personnage illustre dont c’est la fête aujoud’hui: ascète, moine,  prédicateur hors pair (« à la bouche d’or », en grec: chrysostome) et docteur de l’Église. Écrivain prolifique, comparable à Augustin son contemporain en Occident, Jean fut nommé bien malgré lui patriarche de Constantinople, capitale de l’Orient chrétien. Son témoignage intrépide de l’Évangile face au luxe insolent de la cour impériale le fit finalement mourir en exil, en 404. Voici un extrait de sa prédication sur la nécessité de se convertir:

« Voulez-vous que je vous indique les chemins de la conversion? Ils sont nombreux, variés et différents, mais tous conduisent au ciel. Le premier chemin c’est la condamnation de nos fautes. Commence toi-même par dire tes fautes pour être justifié. Et c’est pourquoi le Psalmiste disait: J’ai dit, je veux confesser au Seigneur les iniquités que j’ai commises; et toi, tu as pardonné le péché de mon coeur. Condamne donc toi-même les fautes que tu as commises, et cela suffira pout que le Maître t’exauce. Celui qui condamne ses fautes, en effet, craindra davantage d’y retomber. Éveille ta conscience pour avoir ton accusateur en toi-même et ne pas le rencontrer devant le tribunal du Seigneur. Voilà donc un excellent chemin de conversion.

(…) Nous venons d’indiquer cinq chemins de la conversion: d’abord la condamnation de nos péchés, puis le pardon accordé aux offenses du prochain; le troisième consiste dans la prière; le quatrième dans l’aumône; le cinquième dans l’humilité. Ne reste donc pas inactif, mais chaque jour emprunte tous ces chemins; ce sont des chemins faciles. » (Sermon de saint Jean Chrysostome sur le Diable tentateur)

 

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« Mais à tous ceux qui l’ont reçu …

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… il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1,12)

Pourquoi saint Jean ne dit-il pas « Il les a faits enfants de Dieu » plutôt que de dire : « Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » ? C’est qu’il veut souligner qu’il nous faut beaucoup d’efforts pour conserver sans tache l’image de l’adoption imprimée en nous par le baptême. Coexistence de la liberté humaine et influence de la grâce !  Notre condition spirituelle est évolutive … car nous pouvons et devons devenir, avec le temps, ce que nous étions virtuellement au départ. Écoutons dom Guillerand le dire en ses propres termes :

« On devient enfants de Dieu par la foi ; on développe le germe de vie divine en développant la foi. La foi est tout dans l’Évangile. Je l’ai remarqué nettement. J’y reviendrai; l’idée est absolument capitale. Croire n’est pas seulement donner son esprit à la vérité, c’est livrer son âme et tout son être à celui qui la parle et qui est cette vérité. Croire c’est vivre … et cette vie est la Vie même : « Croyez en moi, dit Jésus. Celui qui croit en moi a la vie éternelle. » (Jean 6,47)

L’enfant de Dieu, c’est celui qui croit en la présence de cette vie en Jésus et qui, par cette foi, s’unit à elle en lui, s’en empare, la fait sienne … et devient sien. Croire, c’est le recevoir. C’est recevoir l’Esprit que le Père lui communique ; c’est sa vie, et c’est la vie du Père. Elle le fait fils, et elle nous fait enfants. Ceux qui croient en Jésus sont donc enfants en lui et comme lui, mais adoptés. En entrant dans une âme par la foi, Jésus ne donne que de pouvoir devenir enfants. Il faut vivre ce titre pour le réaliser ; il faut vivre en enfants. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 115)

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« Passe derrière moi, Satan!

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 … tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes »

Cette interpellation de Jésus à Pierre (Matthieu 16,23) peut surprendre, compte tenu que le Maître vient justement de le féliciter d’avoir confesser ouvertement: « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est que Pierre, à l’annonce faite par Jésus de sa mort prochaine, a cru bon essayer de l’en dissuader … d’où le reproche « tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ». Il y avait donc en Pierre, comme en toute personne, du bon et du moins bon. En ne saisissant pas encore le sens de la Croix, Pierre prêtait le flanc au jeu du diable qui peut se définir « l’incompréhension radicale de l’amour ».

Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église.  Jeune étudiant à Rome, j’aimais lire cette inscription grecque et latine, écrite en grosses lettres, à l’intérieur de la Basilique Saint-Pierre; et je me suis souvent demandé quelle serait la réaction des gens si on avait osé ajouter tes pensées ne sont pas (toujours) celles de Dieu mais celles des hommes? Évidemment, selon les normes du temps (16e siècle), ce n’était ni le lieu ni la meilleure façon de faire allusion aux limites humaines du premier Pape. En 2016, connaissant l’humilité de François, les choses se seraient peut-être passées différemment.

Si j’aborde ce sujet, c’est que de plus en plus le Pape François se fait attaquer sur Facebook et autres médias sociaux concernant sa façon de parler de la famille, du rôle de la femme dans l’Église et même de l’Islam. Une certaine tranche de la société catholique, surtout en Amérique du Nord, ne semble pas avoir évolué depuis cent ans alors que tout ce qui venait de Rome se résumait à des encycliques ou autres documents officiels; l’infaillibilité du Souverain Pontife y était presque toujours en cause. En 2016, grâce aux médias sociaux, nous pouvons presque suivre le Pape du matin jusqu’au soir et entendre ainsi toutes ses remarques sur une foule de sujets hétéroclites; une manne inespérée pour ces croyants qui, encore aujourd’hui, persistent à voir en lui « une certaine  incarnation de la divinité ». Or le successeur de Pierre, faut-il le répéter, ne jouit du charisme de l’infaillibilité que dans le champs très limité des interventions magistérielles. L’humanisation progressive des derniers Papes ne semble pas avoir été saisie adéquatement par ces catholiques; d’où leur incompréhension et même une certaine méfiance envers un Pape qui ne se comporte pas toujours comme il le devrait. De plus, ces personnes, un peu étroites d’esprit avouons-le, aspirent très souvent à des directives claires et sans équivoque ainsi qu’à des condamnations sans appel… oubliant de faire les nuances nécessaires.

« Marie méditait toutes ces choses dans son cœur » (Luc 2,20). Il ne suffit pas d’acquiescer aux vérités de la foi … il faut également les méditer, les creuser, bref, y réfléchir! On ne peut que souhaiter l’intelligence spirituelle à ces frères et sœurs qui peinent à accepter une image plus humaine et moins solennelle du Souverain Pontife. Permettons-lui d’être humain … et cessons d’interpréter toutes ses opinions comme autant de déclarations dogmatiques. Un auteur spirituel affirmait de la Vierge Marie: « Elle est tellement belle par elle-même qu’elle n’a pas besoin de nos exagérations ». Le Pape non plus!

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Il est venu chez lui …

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et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1,11)

Alors que l’Incarnation du Verbe est le moment le plus historique de l’histoire humaine, lui fait pendant la situation la plus tragique de cette histoire : le refus opposé à cette venue. Dom Augustin Guillerand, dans son commentaire du 4e évangile, le décrit ainsi :

« Dans le monde qui lui appartient tout entier, le Verbe s’est choisi une terre et un peuple dont il a fait plus spécialement sa terre et son peuple. C’est là qu’on devait attendre et préparer sa venue. Les Juifs sont séparés des autres peuples pour jouer ce rôle. Leur histoire est étrange, leurs idées à part ; tout les isole et forme comme une barrière entre eux et les nations qui les entourent. Souvent vaincus, soumis, conquis, exilés, transportés en masse à l’étranger et remplacés par ces étrangers sur leur propre territoire, ils ne se mêlent pas aux autres. Une littérature, un corps de doctrine, des rites particuliers les distinguent. Une espérance invincible, basée sur des promesses divines qui sont leur raison d’être les anime tous et partout, les fait conquérants de leurs vainqueurs.

C’est dans cette propriété, dans cet enclos réservé, dans ce fief choisi, que le Verbe s’est présenté. D’un mot effrayant l’évangéliste décrit l’accueil : « et les siens ne l’ont pas reçu ». Ils sont à lui ; ils sont son oeuvre ; il les a faits ; il leur a donné d’être un peuple à part ; ils lui appartiennent à tous les titres qu’on puisse imaginer. (…)

Il faut songer que tout au long des siècles ce refus se renouvelle … et que l’Amour repoussé ne cesse de frapper à la porte des cœurs. Il faut penser aussi que c’est un passant qui s’offre à pleine âme, mais qui ne revient pas. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 112 s)

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Le rôle du Pape dans l’Église

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 « Seigneur tu sais que je t’aime… Jésus lui dit:  Pais mes brebis. » (Jean 21, 16)

Le rôle du Pape dans l’Église est double: tout d’abord,  aimer le Christ de tout son cœur et dans une mesure qui surpasse celle des autres évêques (« M’aimes-tu plus que ceux-ci? ») et puis aimer les fidèles au point de se dévouer chaque jour à leur bien-être, surtout spirituel. Le rôle du Pape, de tout Pape, est donc de paître l’Église universelle  dans l’amour et l’oubli de soi.

Il fut un temps où l’on voyait le Souverain Pontife comme au sommet d’une pyramide, alors que les évêques étaient perçus comme ses lieutenants; une fausse vision de l’Église qui fut définitivement corrigée par le concile Vatican II. Une simple lecture des évangiles et surtout du livre des Actes nous montre d’ailleurs la vie collégiale des apôtres. Les Églises orthodoxes sont elles aussi d’origine apostolique et leur séparation de Rome, tout en affaiblissant leur rayonnement, n’invalide pas leur statut d’Églises chrétiennes authentiques vivant des sept sacrements. Saint Jean-Paul II aspirait au jour où l’Église du Christ pourrait enfin respirer de ses deux poumons (l’occidental et l’oriental).

Pour ceux qui fréquentent les médias sociaux, tel Facebook, il n’est pas rare de rencontrer des groupuscules de catholiques qui mettent en doute ou critiquent ouvertement l’action du Pape François: certains se réclament des Lefebvristes, d’autres opposent superficiellement les rites de la liturgie (messe tridentine et celle plus récente) pour en déduire l’invalidité de l’un par rapport à l’autre, d’autres enfin ne prêtent attention qu’aux «secrets» des apparitions de la Vierge pour en soutirer injustement des reproches envers  l’Église actuelle, etc., etc. Dans une société aux mille visages, nous sommes donc appelés à revoir les fondements de notre foi personnelle afin de pouvoir justifier publiquement l’espérance qui nous habite.

Le rôle du Pape, dans ce domaine,  est justement de nous confirmer dans la foi des Apôtres. Sa fonction de pasteur s’exerce quotidiennement dans ses multiples interventions, discours ou gestes, qui nourrissent nos besoins de connaître la volonté de Dieu sur nous, en notre temps. Même si son charisme d’infaillibilité n’est pas toujours en cause, il ne nous est pas permis d’ignorer ses paroles qui n’ont pour but que d’enseigner les brebis que nous sommes …  « Pais mes brebis! »

Avouons que dans une société de plus en plus individualiste, il n’est pas toujours aisé d’obéir aveuglement. Mais c’est là le prix et la consolation de notre foi : « Bienheureux, disait Jésus, ceux qui croiront sans avoir vu ! » (Jean 20,29)

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Le Verbe et l’immensité du cosmos

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« Tout a été fait par lui » (Jean 1,3)

Avec dom Guillerand, nous faisons un merveilleux voyage où très peu de monde semble être allé … sinon dans certains films de science-fiction ! L’authenticité de notre recherche se base sur des textes révélés, ni plus ni moins. Le but de notre recherche n’est certes pas de découvrir de nouvelles planètes mais bien de comprendre le Plan du Créateur sur l’univers et plus particulièrement sur nous les humains. Écoutons ce chartreux poursuivre son commentaire du Prologue de l’évangile de Jean :

Tout a été fait par lui. « Le disciple aimé va nous dire ce que le Verbe fait hors du sein du Père, hors de cette Lumière et de cet Amour. Hors de l’Être ? Mes mots sont de plus en plus insuffisants, jusqu’à n’avoir plus de sens. Qu’y a-t-il et que peut-il y avoir hors de l’Être ? Il n’y a et il ne peut y avoir que le néant. C’est là que le Verbe exercera son activité, reproduira son acte éternel et unique, exprimera l’Être qui est: cette expression extérieure, c’est la création. La création est le prolongement hors de Dieu du mystère de sa vie ; il y répète ce qu’il dit en lui ; il y profère le même Verbe, dans le mouvement du même amour.

Et c’est pourquoi le monde est grand ! Chaque découverte que nous faisons, et elles sont innombrables, recule presque à l’infini ce que nous croyions être ses bornes, révèle des immensités, des variétés, et en même temps une unité, des rapports intimes qui dépassent de beaucoup l’imagination. Tout cela, ce qu’on sait et ce qu’on ignore, ce qui est, ce qui a été et ce qui sera, même si le monde avait commencé il y a des milliers de millénaires, et s’il devait durer plus encore … tout cela est ou sera œuvre du Verbe, procède de lui, trouve en lui seul sa source, son être, sa réalité idéale, le modèle selon lequel il est ou sera fait, sa raison d’être et son explication. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 90)

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La royauté comme service?

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 Couronnement de la Vierge (Fra Angelico)

Le corollaire de l’Assomption de la Vierge est évidemment son Couronnement au ciel. Mais ce qui peut être vu par certains comme quelque chose d’assez banal («récompense» pour services rendus, ou encore «dignité» attribuée à la mère du Roi) dépasse  en réalité tout ce qu’on peut imaginer, même  la promesse faite aux  Apôtres: « Vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël » (Matthieu 19,28). L’Église l’a vite compris, elle qui a vu dans ce geste symbolique du couronnement une association officielle de Marie à l’œuvre de son Fils, œuvre qui perdure encore aujourd’hui. Restant sauve l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes, la Vierge a toujours été honorée dans l’Église comme la Mère des fidèles et la Reine du Ciel, elle dont la toute-puissance réside non dans son être propre mais dans sa prière maternelle.

Répondant à une demande intempestive des jeunes apôtres,  Jacques et  Jean, à l’effet  de se faire attribuer (ni plus ni moins) les  premières places  dans le Royaume à venir, Jésus affirma clairement que les premiers dans le Royaume sont ceux qui se font  les serviteurs de tous: « Celui qui voudra être le premier d’entre vous, se fera votre esclave » (Matthieu 20,27). Remarquons qu’en Jésus, Dieu lui-même s’est fait notre serviteur et cela illustre de façon décisive cette règle générale du Royaume. Il est bon également de se souvenir que les anges, ces esprits célestes de beaucoup supérieurs à nous,  nous sont quand même attribués comme gardiens célestes. Il est donc tout à fait convenable de voir Marie dans ce rôle de service auquel la convie sa dignité royale;  quoi de plus normal d’ailleurs pour celle qui se disait déjà sur terre «la servante du Seigneur».

Le royauté de Marie, loin d’être une dignité statique,  est donc un service qu’elle assume avec toute la tendresse maternelle qu’on peut imaginer. Déclarée «mère» au pied de la croix, elle ne cesse d’accompagner ses enfants par sa toute-puissante intercession. Quelle consolation pour nous, mais aussi quelle révélation du genre de vie qui nous attend au Ciel. Vivre avec Dieu, c’est vivre avec Celui dont Jésus disait qu’il travaille toujours (Jean 5,17), occupation vidée évidemment du caractère pénible que nous lui connaissons ici-bas.

La vie au Ciel,  loin de nous apparaître comme un éternel repos dans un immense dortoir, se présente donc à nous comme quelque chose de dynamique: un banquet,  un échange de services où la charité est primordiale! «J’entre dans la vie» s’écriait la petite Thérèse sur son lit de mort … et la pluie de roses ne se fit pas attendre!

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