Jean à la bouche d’or

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Comment passer sous silence ce personnage illustre dont c’est la fête aujoud’hui: ascète, moine,  prédicateur hors pair (« à la bouche d’or », en grec: chrysostome) et docteur de l’Église. Écrivain prolifique, comparable à Augustin son contemporain en Occident, Jean fut nommé bien malgré lui patriarche de Constantinople, capitale de l’Orient chrétien. Son témoignage intrépide de l’Évangile face au luxe insolent de la cour impériale le fit finalement mourir en exil, en 404. Voici un extrait de sa prédication sur la nécessité de se convertir:

« Voulez-vous que je vous indique les chemins de la conversion? Ils sont nombreux, variés et différents, mais tous conduisent au ciel. Le premier chemin c’est la condamnation de nos fautes. Commence toi-même par dire tes fautes pour être justifié. Et c’est pourquoi le Psalmiste disait: J’ai dit, je veux confesser au Seigneur les iniquités que j’ai commises; et toi, tu as pardonné le péché de mon coeur. Condamne donc toi-même les fautes que tu as commises, et cela suffira pout que le Maître t’exauce. Celui qui condamne ses fautes, en effet, craindra davantage d’y retomber. Éveille ta conscience pour avoir ton accusateur en toi-même et ne pas le rencontrer devant le tribunal du Seigneur. Voilà donc un excellent chemin de conversion.

(…) Nous venons d’indiquer cinq chemins de la conversion: d’abord la condamnation de nos péchés, puis le pardon accordé aux offenses du prochain; le troisième consiste dans la prière; le quatrième dans l’aumône; le cinquième dans l’humilité. Ne reste donc pas inactif, mais chaque jour emprunte tous ces chemins; ce sont des chemins faciles. » (Sermon de saint Jean Chrysostome sur le Diable tentateur)

 

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« Mais à tous ceux qui l’ont reçu …

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… il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1,12)

Pourquoi saint Jean ne dit-il pas « Il les a faits enfants de Dieu » plutôt que de dire : « Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » ? C’est qu’il veut souligner qu’il nous faut beaucoup d’efforts pour conserver sans tache l’image de l’adoption imprimée en nous par le baptême. Coexistence de la liberté humaine et influence de la grâce !  Notre condition spirituelle est évolutive … car nous pouvons et devons devenir, avec le temps, ce que nous étions virtuellement au départ. Écoutons dom Guillerand le dire en ses propres termes :

« On devient enfants de Dieu par la foi ; on développe le germe de vie divine en développant la foi. La foi est tout dans l’Évangile. Je l’ai remarqué nettement. J’y reviendrai; l’idée est absolument capitale. Croire n’est pas seulement donner son esprit à la vérité, c’est livrer son âme et tout son être à celui qui la parle et qui est cette vérité. Croire c’est vivre … et cette vie est la Vie même : « Croyez en moi, dit Jésus. Celui qui croit en moi a la vie éternelle. » (Jean 6,47)

L’enfant de Dieu, c’est celui qui croit en la présence de cette vie en Jésus et qui, par cette foi, s’unit à elle en lui, s’en empare, la fait sienne … et devient sien. Croire, c’est le recevoir. C’est recevoir l’Esprit que le Père lui communique ; c’est sa vie, et c’est la vie du Père. Elle le fait fils, et elle nous fait enfants. Ceux qui croient en Jésus sont donc enfants en lui et comme lui, mais adoptés. En entrant dans une âme par la foi, Jésus ne donne que de pouvoir devenir enfants. Il faut vivre ce titre pour le réaliser ; il faut vivre en enfants. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 115)

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« Passe derrière moi, Satan!

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 … tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes »

Cette interpellation de Jésus à Pierre (Matthieu 16,23) peut surprendre, compte tenu que le Maître vient justement de le féliciter d’avoir confesser ouvertement: « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est que Pierre, à l’annonce faite par Jésus de sa mort prochaine, a cru bon essayer de l’en dissuader … d’où le reproche « tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ». Il y avait donc en Pierre, comme en toute personne, du bon et du moins bon. En ne saisissant pas encore le sens de la Croix, Pierre prêtait le flanc au jeu du diable qui peut se définir « l’incompréhension radicale de l’amour ».

Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église.  Jeune étudiant à Rome, j’aimais lire cette inscription grecque et latine, écrite en grosses lettres, à l’intérieur de la Basilique Saint-Pierre; et je me suis souvent demandé quelle serait la réaction des gens si on avait osé ajouter tes pensées ne sont pas (toujours) celles de Dieu mais celles des hommes? Évidemment, selon les normes du temps (16e siècle), ce n’était ni le lieu ni la meilleure façon de faire allusion aux limites humaines du premier Pape. En 2016, connaissant l’humilité de François, les choses se seraient peut-être passées différemment.

Si j’aborde ce sujet, c’est que de plus en plus le Pape François se fait attaquer sur Facebook et autres médias sociaux concernant sa façon de parler de la famille, du rôle de la femme dans l’Église et même de l’Islam. Une certaine tranche de la société catholique, surtout en Amérique du Nord, ne semble pas avoir évolué depuis cent ans alors que tout ce qui venait de Rome se résumait à des encycliques ou autres documents officiels; l’infaillibilité du Souverain Pontife y était presque toujours en cause. En 2016, grâce aux médias sociaux, nous pouvons presque suivre le Pape du matin jusqu’au soir et entendre ainsi toutes ses remarques sur une foule de sujets hétéroclites; une manne inespérée pour ces croyants qui, encore aujourd’hui, persistent à voir en lui « une certaine  incarnation de la divinité ». Or le successeur de Pierre, faut-il le répéter, ne jouit du charisme de l’infaillibilité que dans le champs très limité des interventions magistérielles. L’humanisation progressive des derniers Papes ne semble pas avoir été saisie adéquatement par ces catholiques; d’où leur incompréhension et même une certaine méfiance envers un Pape qui ne se comporte pas toujours comme il le devrait. De plus, ces personnes, un peu étroites d’esprit avouons-le, aspirent très souvent à des directives claires et sans équivoque ainsi qu’à des condamnations sans appel… oubliant de faire les nuances nécessaires.

« Marie méditait toutes ces choses dans son cœur » (Luc 2,20). Il ne suffit pas d’acquiescer aux vérités de la foi … il faut également les méditer, les creuser, bref, y réfléchir! On ne peut que souhaiter l’intelligence spirituelle à ces frères et sœurs qui peinent à accepter une image plus humaine et moins solennelle du Souverain Pontife. Permettons-lui d’être humain … et cessons d’interpréter toutes ses opinions comme autant de déclarations dogmatiques. Un auteur spirituel affirmait de la Vierge Marie: « Elle est tellement belle par elle-même qu’elle n’a pas besoin de nos exagérations ». Le Pape non plus!

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Il est venu chez lui …

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et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1,11)

Alors que l’Incarnation du Verbe est le moment le plus historique de l’histoire humaine, lui fait pendant la situation la plus tragique de cette histoire : le refus opposé à cette venue. Dom Augustin Guillerand, dans son commentaire du 4e évangile, le décrit ainsi :

« Dans le monde qui lui appartient tout entier, le Verbe s’est choisi une terre et un peuple dont il a fait plus spécialement sa terre et son peuple. C’est là qu’on devait attendre et préparer sa venue. Les Juifs sont séparés des autres peuples pour jouer ce rôle. Leur histoire est étrange, leurs idées à part ; tout les isole et forme comme une barrière entre eux et les nations qui les entourent. Souvent vaincus, soumis, conquis, exilés, transportés en masse à l’étranger et remplacés par ces étrangers sur leur propre territoire, ils ne se mêlent pas aux autres. Une littérature, un corps de doctrine, des rites particuliers les distinguent. Une espérance invincible, basée sur des promesses divines qui sont leur raison d’être les anime tous et partout, les fait conquérants de leurs vainqueurs.

C’est dans cette propriété, dans cet enclos réservé, dans ce fief choisi, que le Verbe s’est présenté. D’un mot effrayant l’évangéliste décrit l’accueil : « et les siens ne l’ont pas reçu ». Ils sont à lui ; ils sont son oeuvre ; il les a faits ; il leur a donné d’être un peuple à part ; ils lui appartiennent à tous les titres qu’on puisse imaginer. (…)

Il faut songer que tout au long des siècles ce refus se renouvelle … et que l’Amour repoussé ne cesse de frapper à la porte des cœurs. Il faut penser aussi que c’est un passant qui s’offre à pleine âme, mais qui ne revient pas. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 112 s)

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Le rôle du Pape dans l’Église

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 « Seigneur tu sais que je t’aime… Jésus lui dit:  Pais mes brebis. » (Jean 21, 16)

Le rôle du Pape dans l’Église est double: tout d’abord,  aimer le Christ de tout son cœur et dans une mesure qui surpasse celle des autres évêques (« M’aimes-tu plus que ceux-ci? ») et puis aimer les fidèles au point de se dévouer chaque jour à leur bien-être, surtout spirituel. Le rôle du Pape, de tout Pape, est donc de paître l’Église universelle  dans l’amour et l’oubli de soi.

Il fut un temps où l’on voyait le Souverain Pontife comme au sommet d’une pyramide, alors que les évêques étaient perçus comme ses lieutenants; une fausse vision de l’Église qui fut définitivement corrigée par le concile Vatican II. Une simple lecture des évangiles et surtout du livre des Actes nous montre d’ailleurs la vie collégiale des apôtres. Les Églises orthodoxes sont elles aussi d’origine apostolique et leur séparation de Rome, tout en affaiblissant leur rayonnement, n’invalide pas leur statut d’Églises chrétiennes authentiques vivant des sept sacrements. Saint Jean-Paul II aspirait au jour où l’Église du Christ pourrait enfin respirer de ses deux poumons (l’occidental et l’oriental).

Pour ceux qui fréquentent les médias sociaux, tel Facebook, il n’est pas rare de rencontrer des groupuscules de catholiques qui mettent en doute ou critiquent ouvertement l’action du Pape François: certains se réclament des Lefebvristes, d’autres opposent superficiellement les rites de la liturgie (messe tridentine et celle plus récente) pour en déduire l’invalidité de l’un par rapport à l’autre, d’autres enfin ne prêtent attention qu’aux «secrets» des apparitions de la Vierge pour en soutirer injustement des reproches envers  l’Église actuelle, etc., etc. Dans une société aux mille visages, nous sommes donc appelés à revoir les fondements de notre foi personnelle afin de pouvoir justifier publiquement l’espérance qui nous habite.

Le rôle du Pape, dans ce domaine,  est justement de nous confirmer dans la foi des Apôtres. Sa fonction de pasteur s’exerce quotidiennement dans ses multiples interventions, discours ou gestes, qui nourrissent nos besoins de connaître la volonté de Dieu sur nous, en notre temps. Même si son charisme d’infaillibilité n’est pas toujours en cause, il ne nous est pas permis d’ignorer ses paroles qui n’ont pour but que d’enseigner les brebis que nous sommes …  « Pais mes brebis! »

Avouons que dans une société de plus en plus individualiste, il n’est pas toujours aisé d’obéir aveuglement. Mais c’est là le prix et la consolation de notre foi : « Bienheureux, disait Jésus, ceux qui croiront sans avoir vu ! » (Jean 20,29)

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Le Verbe et l’immensité du cosmos

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« Tout a été fait par lui » (Jean 1,3)

Avec dom Guillerand, nous faisons un merveilleux voyage où très peu de monde semble être allé … sinon dans certains films de science-fiction ! L’authenticité de notre recherche se base sur des textes révélés, ni plus ni moins. Le but de notre recherche n’est certes pas de découvrir de nouvelles planètes mais bien de comprendre le Plan du Créateur sur l’univers et plus particulièrement sur nous les humains. Écoutons ce chartreux poursuivre son commentaire du Prologue de l’évangile de Jean :

Tout a été fait par lui. « Le disciple aimé va nous dire ce que le Verbe fait hors du sein du Père, hors de cette Lumière et de cet Amour. Hors de l’Être ? Mes mots sont de plus en plus insuffisants, jusqu’à n’avoir plus de sens. Qu’y a-t-il et que peut-il y avoir hors de l’Être ? Il n’y a et il ne peut y avoir que le néant. C’est là que le Verbe exercera son activité, reproduira son acte éternel et unique, exprimera l’Être qui est: cette expression extérieure, c’est la création. La création est le prolongement hors de Dieu du mystère de sa vie ; il y répète ce qu’il dit en lui ; il y profère le même Verbe, dans le mouvement du même amour.

Et c’est pourquoi le monde est grand ! Chaque découverte que nous faisons, et elles sont innombrables, recule presque à l’infini ce que nous croyions être ses bornes, révèle des immensités, des variétés, et en même temps une unité, des rapports intimes qui dépassent de beaucoup l’imagination. Tout cela, ce qu’on sait et ce qu’on ignore, ce qui est, ce qui a été et ce qui sera, même si le monde avait commencé il y a des milliers de millénaires, et s’il devait durer plus encore … tout cela est ou sera œuvre du Verbe, procède de lui, trouve en lui seul sa source, son être, sa réalité idéale, le modèle selon lequel il est ou sera fait, sa raison d’être et son explication. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 90)

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La royauté comme service?

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 Couronnement de la Vierge (Fra Angelico)

Le corollaire de l’Assomption de la Vierge est évidemment son Couronnement au ciel. Mais ce qui peut être vu par certains comme quelque chose d’assez banal («récompense» pour services rendus, ou encore «dignité» attribuée à la mère du Roi) dépasse  en réalité tout ce qu’on peut imaginer, même  la promesse faite aux  Apôtres: « Vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël » (Matthieu 19,28). L’Église l’a vite compris, elle qui a vu dans ce geste symbolique du couronnement une association officielle de Marie à l’œuvre de son Fils, œuvre qui perdure encore aujourd’hui. Restant sauve l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes, la Vierge a toujours été honorée dans l’Église comme la Mère des fidèles et la Reine du Ciel, elle dont la toute-puissance réside non dans son être propre mais dans sa prière maternelle.

Répondant à une demande intempestive des jeunes apôtres,  Jacques et  Jean, à l’effet  de se faire attribuer (ni plus ni moins) les  premières places  dans le Royaume à venir, Jésus affirma clairement que les premiers dans le Royaume sont ceux qui se font  les serviteurs de tous: « Celui qui voudra être le premier d’entre vous, se fera votre esclave » (Matthieu 20,27). Remarquons qu’en Jésus, Dieu lui-même s’est fait notre serviteur et cela illustre de façon décisive cette règle générale du Royaume. Il est bon également de se souvenir que les anges, ces esprits célestes de beaucoup supérieurs à nous,  nous sont quand même attribués comme gardiens célestes. Il est donc tout à fait convenable de voir Marie dans ce rôle de service auquel la convie sa dignité royale;  quoi de plus normal d’ailleurs pour celle qui se disait déjà sur terre «la servante du Seigneur».

Le royauté de Marie, loin d’être une dignité statique,  est donc un service qu’elle assume avec toute la tendresse maternelle qu’on peut imaginer. Déclarée «mère» au pied de la croix, elle ne cesse d’accompagner ses enfants par sa toute-puissante intercession. Quelle consolation pour nous, mais aussi quelle révélation du genre de vie qui nous attend au Ciel. Vivre avec Dieu, c’est vivre avec Celui dont Jésus disait qu’il travaille toujours (Jean 5,17), occupation vidée évidemment du caractère pénible que nous lui connaissons ici-bas.

La vie au Ciel,  loin de nous apparaître comme un éternel repos dans un immense dortoir, se présente donc à nous comme quelque chose de dynamique: un banquet,  un échange de services où la charité est primordiale! «J’entre dans la vie» s’écriait la petite Thérèse sur son lit de mort … et la pluie de roses ne se fit pas attendre!

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Savoir contempler … en se répétant!

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Les écrits de l’apôtre saint Jean dévoilent une pensée pas toujours facile à saisir. Sa première lettre et surtout le Prologue de son évangile laissent entrevoir un contemplatif dont la pensée n’est pas rectiligne comme la nôtre mais circulaire…  Jean aime se répéter, revenir en arrière et même reculer ! Voici comment nous l’explique son commentateur chartreux, dom Augustin Guillerand  :

« Il était au commencement auprès de Dieu » (Jean 1,2) . Jean se répète; il reprend sa formule; il éprouve le besoin de rester un instant sur ces hauteurs, en face de cette réalité qui pour lui est tout. Car il vit ce qu’il écrit; son évangile, c’est sa vie. C’est son âme qu’il exprime; il contemple Celui qu’il aime, en même temps qu’il en parle; il le regarde longuement dans la demeure où il l’a introduit; il sait que ce regard prolongé qui procède de l’amour engendre la lumière et rentre dans l’amour où il s’achève. (…)

Jean reprend sa pensée et la répète, et nous redit sans se lasser, sans crainte de nous lasser, pour nous entraîner après lui, et à la suite du Verbe lui-même, sur la route de l’amour : Il était au commencement auprès de Dieu. Il était l’hôte de Dieu, il était là dans la demeure qui est Dieu même ; et il était cette demeure, comme il était Dieu … Car il était l’Image parfaite qui reproduisait parfaitement la perfection infinie. Il était ce qu’elle est ; il faisait ce qu’elle fait ; il l’exprimait; il était sa Parole, son Verbe. (…)

Je me répète moi aussi … et je ne crains pas de le faire. Avec Dieu, il faut le faire. Dieu ne dit qu’une chose ; il ne fait qu’une chose ; il se répète sans fin. Quand un mot dit tout, on ne peut que le répéter. Quand on se donne tout dans un acte, on ne peut que refaire cet acte. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 97 s)

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Assumée dans la Gloire

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L’Assomption de la Vierge (par Murillo)

« Au terme de sa vie terrestre, l’Immaculée Mère de Dieu a été élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel ». C’est en ces termes que le Pape Pie XII a défini la foi catholique relative à l’assomption de Marie (1950). Découlant de sa maternité divine, l’assomption de Marie est pour toute l’humanité un gage d’espérance, une promesse de résurrection.

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« Et le Verbe était Dieu »

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La Trinité de A. Roublev

Le mystère de la Trinité des Personnes divines est certainement le Mystère par excellence et dom Guillerand, dans son commentaire du 4e évangile, n’a pas du tout la prétention de le résoudre ou même d’y apporter un éclaircissement. Théologien classique mais aussi poète, il s’efforce d’adopter une terminologie vivante et accessible à tous. Ce qui fait son charme, c’est qu’il s’efforce de charger tous ses mots de son expérience spirituelle. Voici un extrait de son commentaire sur le Prologue de cet évangile :

« Et le Verbe était Dieu » (Jean 1,1).  En Dieu, il n’y a que Dieu. Dieu est à lui-même sa demeure. L’image, le Fils, la pensée qu’il produit en lui, c’est lui-même. Il ne peut produire que lui-même. Seul une image infinie peut représenter l’infini. Seul un Fils parfait peut procéder d’un Père qui est toute perfection. L’Être parfait accomplit un acte parfait, et le terme de son acte, le fruit de sa génération est parfait comme lui.

Mais ce fruit se distingue de Celui qui engendre. Le Fils n’est pas le Père. Il peut avoir le même être, il peut accomplir le même acte, il peut occuper le même lieu, il peut posséder la même perfection, il peut lui être égal en tout, il peut ne faire qu’un avec lui, mais il n’est pas lui ; il est nécessairement distinct de lui.

Distinct ne veut pas dire différent. Plus un être est, plus il se distingue de tout autre. Un homme distingué est un homme qui ne se confond avec aucun autre; il possède la même humanité, mais il a sa manière à lui de la posséder. Le Père et le Fils possèdent la même divinité, le même être infini, mais ils ne le possèdent pas de la même façon. L’un le donne sans le recevoir ; l’autre le reçoit et le donne. Le Père engendre, le Fils est engendré. Voici ce qui les distingue. Et voilà ce qui les unit. Ils sont unis dans cet être qu’ils se donnent mutuellement : c’est l’être infini … et il ne peut y avoir qu’un infini. Ils sont unis dans cette unité infinie. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 96)

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