« Tu m’as fait remonter de l’abîme

 

Crevasse_dans_les_Alpes et revivre quand je descendais à la fosse »  (Psaume 30,4)

La canonisation de ces géants de la sainteté que sont les «saints» et les «saintes» a pour but de nous encourager à les imiter … hélas, il arrive que cela soit plutôt décourageant pour certains croyants qui ont peine à survivre dans une société agressive et effectivement agressante. Pour ces chrétiens blessés et souvent dévalorisés, la barre proposée leur semble tellement haute qu’ils auront tendance à se cantonner dans l’admiration plutôt que dans l’imitation!

Tu m’as fait remonter de l’abîme. En cette année jubilaire de la Miséricorde divine, nombreux sont ceux et celles qui reviennent de loin. Acceptant mystérieusement cette main tendue, ils ont décidé de refaire leur vie à la lumière de l’Évangile. Leur tâche première n’est pas de devenir des modèles de sainteté mais bien plutôt de survivre et de tenir bon face aux obstacles de la vie courante. Tenir bon: voilà leur façon de louer Dieu dans le moment présent … et c’est excellent! L’Église est un peuple en marche vers le Ciel; certains de ses membres peuvent marcher plus vite, d’autres plus lentement, mais l’important est de ne pas s’arrêter pour se prendre en pitié. S’il y a des ouvriers de la première heure, il y en a aussi de la dernière … et la Bonté de Dieu se manifeste à tous les niveaux. N’oublions pas que la brebis retrouvée a provoqué une joie particulière dans le cœur du Berger (« plus que celle des 99 brebis demeurées dans le bercail »).

Tu m’as fait revivre quand je descendais à la fosse. L’Amour de Dieu est si grand qu’il nous est difficile de le comprendre. Dieu ne nous sauve pas à cause de nos mérites mais bien parce qu’il nous aime pour nous-mêmes, tout comme un père le ferait pour ses enfants. Le plan éternel de Dieu est de manifester sa Sainteté par ses œuvres et ses interventions; la plus belle de celles-ci étant de s’être rapproché de nous au point de devenir l’un des nôtres en son Fils. Nous sommes donc tous destinés à entrer un jour dans ce mystère de l’Amour miséricordieux … mais à nous de l’accepter, évidemment!

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Louange de la Création

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 Moine de la Chartreuse de Porta Coeli (Valence, Espagne)

La terre, n’est-ce pas déjà un peu le ciel ? Ces paroles de dom Augustin Guillerand nous font saisir sur le vif l’attitude normale de tout contemplatif qui se plaît à voir Dieu dans les événements de la vie quotidienne et surtout dans les œuvres de la création. Voici un extrait d’une méditation sur la création où l’auteur s’adresse directement à Dieu en partant d’un verset du psaume 111 :

« Grandes sont les œuvres du Seigneur, recherchées par tous ceux qui les aiment ».  Dans un brin d’herbe, il y a une pensée de vous. En adorant cette pensée, je vous adore. Ainsi, tout me met en contact avec vous, et tous ces contacts éveillent en mon âme un hymne en votre honneur. Je vous découvre dans les créatures que vous avez faites et je vous trouve dans les événements que vous dirigez. Tout cela est merveille de votre tendresse. Vous avez multiplié ces merveilles dans votre peuple choisi (les Hébreux), vous lui avez accordé des privilèges uniques: la délivrance d’Égypte, la manne du désert, la Loi et l’alliance. Tous ces privilèges dont vous l’avez honoré réclament sa reconnaissance et sa louange. (…)

Depuis la venue de mon Seigneur Jésus, le peuple élu, c’est nous, ce sont ses fidèles, et les magnificences du divin amour se continuent sous une forme plus belle encore. Le rachat, la libération d’une tyrannie très dure, l’aliment céleste, la victoire sur nos passions, la conquête de la terre de nos âmes, l’accord avec vous, toutes ces merveilles de l’ancienne Loi, vous les avez renouvelées en notre faveur. Les chanter, vous en bénir est un devoir.(…)

Merci pour l’air que je respire, pour la lumière qui éclaire mes pas, pour le soleil qui me réchauffe, pour les fleurs qui me réjouissent et les plantes qui refont mes forces. Merci pour les joies et pour les peines dont je puis enrichir ma couronne éternelle; merci pour la douce clarté qui me révèle dans les unes et les autres votre tendre amour éternel ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 142 s)

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Avoir un cœur d’enfant

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Le cœur d’un enfant se perçoit dans son regard: un regard pur, un regard confiant, un regard toujours en attente! Lorsqu’il s’agit de nous parler du royaume des Cieux, on comprend que Jésus ait choisi l’enfant comme modèle: « C’est à leurs pareils qu’appartient le royaume des Cieux » (Matthieu 19,14). Face à la tentation d’exiger le Royaume comme un dû, Jésus nous invite plutôt à l’accueillir en toute simplicité comme un don du Père, à l’accueillir comme un petit enfant le ferait : « Si vous ne changez pas et ne devenez comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » (Matthieu 18,3).

Bien entendu, l’enfance spirituelle ne doit pas être assimilée à une attitude infantile, une démission de nos responsabilités, condamnée par saint Paul lui-même: « Frères, ne vous montrez pas enfants en fait de jugement; des petits enfants pour la malice, soit, mais pour le jugement montrez-vous des hommes mûrs. » (1 Corinthiens 14,20).  Il s’agit donc d’accueillir l’Évangile non pas avec un cœur sceptique ou crédule, mais plutôt avec la confiance d’un enfant qui ne se pose pas trop de questions … un cœur plus attiré par le témoignage que par le raisonnement, plus par l’amour que par la logique. Néanmoins, une fois entré dans cet accueil de la Vérité, rien n’empêche alors de questionner pour mieux connaître; à l’exemple de Marie qui méditait dans son cœur ce qu’elle y avait accueilli (Luc 2,19).

Avoir un  cœur d’enfant, c’est également avoir une attitude de pauvreté et d’humilité face au Mystère de Dieu, attitude qui convient particulièrement aux créatures que nous sommes. Et, vraisemblablement, une telle attitude risque d’être éternelle, selon les paroles mêmes de Jésus: « Celui-là donc qui s’abaissera comme cet enfant, c’est lui qui est le plus grand dans le royaume des Cieux » (Matthieu 18,4). À ce sujet, on peut se demander qui est effectivement le plus grand dans le Royaume … sinon le Christ lui-même, l’Enfant bien-aimé du Père. C’est donc par notre union toujours plus intime à Jésus que nous pourrons espérer atteindre un jour à cette transparence, à cette pauvreté, à cette confiance qui ouvrent à la joie du Ciel.

« Sainte Mère du Seigneur, garde-moi un cœur d’enfant qui soit pur comme une source, qui soit clair et transparent;

Garde-moi un cœur tout simple, magnifique à se donner; qui ne goûte pas les peines,  qui soit doux, compatissant;

Garde-moi un cœur de pauvre, et qui chaque fois qu’il aime ne demande aucun retour  mais se donne simplement… garde-moi un cœur d’enfant! »

(d’après une prière de L. de Grandmaison)

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Une étincelle d’éternité

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Aux JMJ de Rio, en 2013, le Pape François a affirmé que Dieu était bien réel et qu’il se manifestait dans le moment présent, dans l’aujourd’hui: « L’aujourd’hui est le plus semblable à l’éternité, et même plus: l’aujourd’hui est une étincelle d’éternité, car dans l’aujourd’hui se joue la vie éternelle. »

Dans le monde qui est le nôtre, beaucoup de gens ont cessé de jouir de la vie … ils ne font que rêver d’utopies qui ne se réaliseront jamais: le résultat d’une société bâtie sur la convoitise permanente. Le présent est souvent mis de côté comme quelque chose de banal, un obstacle même à nos désirs insatiables. Nos journées sont souvent perçues comme comportant un ou deux moments intéressants… tout le reste est vu comme du remplissage!

Or, comme dit le Pape, la vie éternelle se joue dans le moment présent, quel qu’il soit. La vie contemplative, incidemment, nous fait facilement discerner toute la valeur d’un geste très humble, comme par exemple passer la vadrouille ou faire la vaisselle. Évidemment, certains actes seront toujours plus importants que d’autres: ainsi célébrer la messe ou recevoir un sacrement dépasse de beaucoup les plus beaux discours. Cependant, la valeur d’un acte ne réside pas tellement en lui-même mais dans l’intention avec lequel il est posé; et c’est ce qui peut faire la grandeur de notre «terrible quotidien» lorsqu’il est vécu dans la foi et l’amour.

Voici ce qu’écrivait un Chartreux à un correspondant qui s’efforçait de vivre le moment présent: « Nous ne sommes obligés tous qu’à une seule chose: à bien employer le temps et les forces dont nous disposons. On réalise ainsi sa destinée, et nul n’est tenue à autre chose. » Et un peu plus loin, toujours sur le même sujet: « Notre vie n’est pas nécessairement celle d’un grand homme. C’est celle d’un homme: et tout est là. Être grand ou petit ne dépend pas de nous. Réaliser l’être que nous avons dépend de nous à chaque minute, et c’est de cette réalisation continue qu’est fait un homme. »

Vivre à fond le temps présent, n’est-ce pas là le plan initial de Dieu sur nous, lui dont la vie demeure un éternel présent?

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« Passe derrière moi, Satan!

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 … tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes »

Cette interpellation de Jésus à Pierre (Matthieu 16,23) peut surprendre, compte tenu que le Maître vient justement de le féliciter d’avoir confesser ouvertement: « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est que Pierre, à l’annonce faite par Jésus de sa mort prochaine, a cru bon essayer de l’en dissuader … d’où le reproche « tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ». Il y avait donc en Pierre, comme en toute personne, du bon et du moins bon. En ne saisissant pas encore le sens de la Croix, Pierre prêtait le flanc au jeu du diable qui peut se définir « l’incompréhension radicale de l’amour ».

Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église.  Jeune étudiant à Rome, j’aimais lire cette inscription grecque et latine, écrite en grosses lettres, à l’intérieur de la Basilique Saint-Pierre; et je me suis souvent demandé quelle serait la réaction des gens si on avait osé ajouter tes pensées ne sont pas (toujours) celles de Dieu mais celles des hommes? Évidemment, selon les normes du temps (16e siècle), ce n’était ni le lieu ni la meilleure façon de faire allusion aux limites humaines du premier Pape. En 2016, connaissant l’humilité de François, les choses se seraient peut-être passées différemment.

Si j’aborde ce sujet, c’est que de plus en plus le Pape François se fait attaquer sur Facebook et autres médias sociaux concernant sa façon de parler de la famille, du rôle de la femme dans l’Église et même de l’Islam. Une certaine tranche de la société catholique, surtout en Amérique du Nord, ne semble pas avoir évolué depuis cent ans alors que tout ce qui venait de Rome se résumait à des encycliques ou autres documents officiels; l’infaillibilité du Souverain Pontife y était presque toujours en cause. En 2016, grâce aux médias sociaux, nous pouvons presque suivre le Pape du matin jusqu’au soir et entendre ainsi toutes ses remarques sur une foule de sujets hétéroclites; une manne inespérée pour ces croyants qui, encore aujourd’hui, persistent à voir en lui « une certaine  incarnation de la divinité ». Or le successeur de Pierre, faut-il le répéter, ne jouit du charisme de l’infaillibilité que dans le champs très limité des interventions magistérielles. L’humanisation progressive des derniers Papes ne semble pas avoir été saisie adéquatement par ces catholiques; d’où leur incompréhension et même une certaine méfiance envers un Pape qui ne se comporte pas toujours comme il le devrait. De plus, ces personnes, un peu étroites d’esprit avouons-le, aspirent très souvent à des directives claires et sans équivoque ainsi qu’à des condamnations sans appel… oubliant de faire les nuances nécessaires.

« Marie méditait toutes ces choses dans son cœur » (Luc 2,20). Il ne suffit pas d’acquiescer aux vérités de la foi … il faut également les méditer, les creuser, bref, y réfléchir! On ne peut que souhaiter l’intelligence spirituelle à ces frères et sœurs qui peinent à accepter une image plus humaine et moins solennelle du Souverain Pontife. Permettons-lui d’être humain … et cessons d’interpréter toutes ses opinions comme autant de déclarations dogmatiques. Un auteur spirituel affirmait de la Vierge Marie: « Elle est tellement belle par elle-même qu’elle n’a pas besoin de nos exagérations ». Le Pape non plus!

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La royauté comme service

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 Couronnement de la Vierge (Fra Angelico)

Le corollaire de l’Assomption de la Vierge est évidemment son Couronnement au ciel. Mais ce qui peut être vu par certains comme quelque chose d’assez banal («récompense pour services rendus» ou encore dignité attribuée normalement à la mère du Roi) dépasse  en réalité tout ce qu’on peut imaginer, même l’accomplissement de la promesse faite par Jésus à ses Apôtres qui avaient tout quitté pour le suivre (« Vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël » Matthieu 19,28). L’Église l’a vite compris, elle qui a vu dans ce geste symbolique du couronnement une association officielle de Marie à l’œuvre de son Fils, œuvre qui perdure encore aujourd’hui. Restant sauve l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes, Marie a toujours été honorée dans l’Église comme la Mère des fidèles et la Reine du Ciel, elle dont la toute-puissance réside non dans son être même mais dans son intercession maternelle.

Suite à une demande intempestive des jeunes apôtres  Jacques et  Jean à l’effet de se faire attribuer les  premières places (ni plus ni moins!) dans le Royaume à venir, Jésus répondit en disant que les premiers dans le Royaume doivent se faire les serviteurs de tous (« Celui qui voudra être le premier d’entre vous, se fera votre esclave » Matthieu 20,27). En Jésus, Dieu lui-même s’est fait notre serviteur … et cela illustre bien cette règle générale du Royaume; il suffit de penser également aux Esprits célestes, de beaucoup supérieurs à nous, qui nous sont attribués comme anges gardiens. Il est donc tout à fait convenable de contempler Marie dans ce rôle de service auquel la convie sa dignité royale;  quoi de plus normal d’ailleurs pour celle qui se disait sur terre «la servante du Seigneur».

Le couronnement de la Vierge au Ciel semble donc officialiser son rôle communautaire dans l’Église de son Fils. Loin d’être une dignité statique, sa royauté est un service qu’elle assume avec toute la tendresse maternelle qu’on peut imaginer. Déclarée «mère» au pied de la croix, elle ne cesse d’accompagner ses enfants par sa toute-puissante intercession. Quelle consolation pour nous … mais aussi quelle révélation du genre de vie qui nous attend au Ciel. Vivre avec Dieu, c’est vivre avec Celui dont Jésus disait qu’il travaille toujours (Jean 5,17) … une occupation dispensée de ce caractère pénible que nous lui connaissons ici-bas. Le Ciel,  loin de nous apparaître comme un immense dortoir où l’on se reposerait de ses peines, se présente donc à nous comme quelque chose de dynamique, un banquet,  un échange de services, où la charité est primordiale … «J’entre dans la vie» disait Thérèse sur son lit de mort … et la pluie de roses ne se fit pas attendre!

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Le jardin de Dieu

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Déjà un mois s’est écoulé depuis la mort violente de l’abbé Jacques Hamel. Cet attentat nous aura aidés, entre autres choses, à nous remémorer le rôle que les martyrs sont appelés à jouer dans la vie de l’Église: rôle essentiel pour un peuple en marche,  pas toujours orienté  vers la bonne direction. Certains se sentiront peut-être (et avec raison) en-deçà de cette vocation au martyre … et c’est pourquoi il importe de rappeler, avec saint Augustin, que les vocations dans l’Église sont diverses et non uniformes:

« Le jardin du Seigneur, mes frères, ce jardin a toutes sortes de fleurs: non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lis des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation: c’est pour tous que le Seigneur a souffert. C’est très véritablement qu’il est écrit de lui: « Il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité ».

Il faut donc comprendre comment, en dehors de l’effusion du sang et du risque de subir la souffrance, le chrétien doit suivre le Christ. L’Apôtre dit au sujet du Christ Seigneur: « Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu. Quelle majesté! Mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement ». Quel abaissement!

Le Christ s’est abaissé: voilà, chrétien, ce qui est à ta disposition. Le Christ s’est fait obéissant. Alors pourquoi es-tu si orgueilleux? (…) Ensuite, après être allé jusqu’au bout de cet abaissement et avoir terrassé la mort, le Christ est monté au Ciel; suivons-le. Écoutons l’Apôtre qui nous dit: « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut; c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. »

( Saint Augustin, sermon 304, pour la fête du martyre saint Laurent)

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L’Assomption: son aspect intérieur

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École française XVIIIe siècle (d’après Nicolas Poussin)

« Le mystère de l’Assomption a un autre aspect, un aspect plus voilé parce qu’il est plus intérieur, et non moins réel cependant: c’est le mouvement d’amour qui, l’heure venue, tira l’âme de la Vierge hors de son corps, puis l’y ramena pour pouvoir emporter ce corps avec elle dans la jouissance de Celui pour lequel ils avaient été faits et unis. Ce mouvement, par un privilège unique, commença avec la vie même de Marie, avec sa Conception Immaculée. Dès ce tout premier instant de son existence, dans le cristal parfaitement limpide de son âme très pure, Dieu se montra. (…) Elle le vit réellement présent en elle; elle vit qu’il est tout, que devant lui le reste est comme rien … et elle ne voulut plus rien voir sinon en lui et pour lui. (…) Elle vit ce Dieu dont l’être est amour. Elle le vit qui l’aimait et se donnait, et elle se prit à faire cela, comme lui, à l’aimer et à se donner. Et ce fut toute sa vie en son fond radical et vrai. Les personnes, les choses avec lesquelles elle entrait en contact, les événements qui se produisaient, c’était la surface changeante qui passe; sous cette surface, sous la pauvreté de la crèche, l’exil forcé en Égypte, les longues années d’humble travail à Nazareth, le supplice même de la croix, elle voit la même réalité profonde et unique: l’Amour qui se donne et l’appelle à se donner.

L’aspect intérieur de l’Assomption, c’est ce don arrivé à son terme, c’est la somme de ces dons répétés, sans cesse renouvelés, de ces lumières par lesquelles Dieu se fait connaître et que Marie accueille, de ces mouvements par lesquels Dieu se communique et auxquels répond l’élan de sa charité qui s’accroît. (…)

Et nous arrivons ainsi à ce sommet, à cet élan suprême de l’Assomption, où l’amour indéfiniment accru fit éclater, Dieu le permettant enfin, les liens qui unissaient son âme à son corps et ensuite rétablit ces liens pour l’élever, triomphante, en corps et en âme. Or ce mouvement d’amour qui fut le sien, elle veut, de toute la puissance de son être, qu’il devienne le nôtre. Car elle est mère, la mère de la Vie, et la Vie c’est son Fils. »

(Dom Augustin Guillerand, Écrits spirituels, tome 2, page 44 ss)

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L’Assomption: son aspect extérieur

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Charles Le Brun (1619-1690)

En cette belle fête du 15 août, laissons notre ami chartreux,dom Augustin Guillerand, nous entretenir de ce mystère marial de la façon qui lui est propre et qui fait tout son charme:

« Le mystère de l’Assomption de la Vierge, comme d’ailleurs tous (ou à peu près tous) les mystères célébrés dans nos solennités chrétiennes, présente un double aspect: un aspect extérieur et un aspect intérieur.

L’aspect extérieur, c’est d’abord le trépas de la Vierge, cet instant qui put être très simple en soi mais ne peut pas ne pas être très grand pour nous: pour se conformer à son divin Fils et pour partager , autant que possible, le sort de ses enfants adoptifs, elle se soumit à la loi de la mort, qui cependant n’était pas faire pour elle, et elle connut la séparation de son âme d’avec son corps. C’est ensuite, et plus proprement, la réunion de ce corps et de cette âme et le glorieux enlèvement par les anges qui la transportèrent vivante au ciel. C’est enfin l’accueil que lui fit la cour céleste, tout spécialement son divin Fils et le geste par lequel, avec une tendresse et une noblesse qu’on devine, il déposa sur son front de mère la couronne de gloire.

Ces scènes sont incontestablement très belles, très bienfaisantes à méditer. La piété des fidèles s’est plu à les embellir de traditions que saint Jean Damascène n’a pas hésité à fixer par écrit et que l’Église a adoptées dans ses Offices. Nous pouvons donc à notre tour en nourrir nos méditations, en enrichir notre tendresse filiale dans toute la mesure où la grâce nous y attire, car tout ce qui resserre nos rapports avec notre mère du ciel et tout ce qui établit entre elle et nous ce contact intime et vivant, qui est pièce nécessaire de toute vie spirituelle vraie, tout cela est bon, très bon.

(à suivre)

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La simplicité du cœur

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 Chapelle extérieure du monastère (Chartreuse Serra San Bruno, Italie)

La sainteté d’une personne se voit surtout par sa façon de se comporter et de regarder les autres. Cette sainteté, nous dit dom Augustin Guillerand, se perçoit par la simplicité de sa vie, de son cœur; elle est toute entière dans son bien-aimé.

« La simplicité est une vertu délicieuse. Comme l’unité, elle ne rapetisse pas … au contraire! Dans l’objet unique elle peut faire tenir toutes choses. Elle n’exclut que ce qui n’est pas car elle aime «tout ce qui est» dans Celui qui est tout. Mais comme l’humilité elle met tout en place; elle ne supprime pas, elle ordonne. (…)

L’amour-propre engendre la complication. Il ne tend pas à un seul objet ; il se laisse prendre pas le créé qui est essentiellement multiple; il est à la merci de tous les objets qui se présentent … ces objets nous impressionnent parce que notre côté impressionnable n’est pas fixé en Dieu. De là, la nécessité de l’effort pour se fixer, effort intellectuel, méditation, étude, effort moral, exercices pratiques, renoncements par amour.

Marie est humble parce qu’elle connaît Dieu. Elle voit ce qu’il est et elle voit ce qu’elle est. Elle reconnaît la divine grandeur, elle reconnaît son propre néant. Il en résulte un oubli complet de tout ce qui n’est pas ce Dieu, seul grand, ainsi qu’un mouvement plein vers lui: c’est la simplicité.

La simplicité est donc une conclusion pratique de l’humilité ; c’est le résultat d’une vue claire. L’humilité voit la vérité, la simplicité y tend à plein. On ne voit que Dieu, on ne veut que Dieu, on ne tend qu’à Dieu. L’Amour a produit cela; c’est lui qui est au fond de cette vue, de ce vouloir et de cette marche. (…)

La simplicité de Marie est due à l’harmonie parfaite de son être tout unifié et accordé à Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 63 s)

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