Ceci étant dit …

qb09k910

La fête de la Très Sainte Trinité, si elle est mal abordée, peut devenir un cauchemar pour tout prédicateur bien intentionné. Si l’on s’arrête au casse-tête insurmontable de l’existence de trois personnes en un seul être … on ne peut que se perdre dans les dédales d’un raisonnement stérile. En nous présentant cette fête aujourd’hui, l’Église n’a aucunement l’intention de nous faire comprendre un mystère incompréhensible mais, bien plutôt, d’en vivre!

Et tout d’abord, rappelons-nous que Jésus n’est pas venu fonder une nouvelle religion mais uniquement accomplir les promesses de Dieu faites à Israël. Jésus est né juif et de religion juive; il a toujours été fier d’être membre du Peuple choisi et n’a jamais renié ses racines. S’il a critiqué les abus religieux de son temps, c’était par amour pour Dieu et pour ses congénères. Il est mort et ressuscité pour le salut de tous et, comme disait saint Pierre aux habitants de Jérusalem (le jour de la Pentecôte), « c’est pour vous qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin (les non-juifs), en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Actes 2, 39). Il est vrai que, par la suite, beaucoup de juifs vont refuser d’accepter Jésus comme Messie, iront même jusqu’à persécuter les premiers chrétiens pour finalement les expulser officiellement de la synagogue, vers les années 90, à Jamnia. Au dire de saint Paul, les juifs se sont eux-mêmes coupés inconsciemment de la racine sainte pour que les païens convertis puissent y être greffés mais leur retour est néanmoins prévu dans un avenir éventuel (Romains 11, 1-36). Notre religion «chrétienne» est donc en pleine continuité avec la religion vécue durant des siècles en Israël, religion nourrie par les prophètes, puis accomplie et simplifiée par le Christ pour être ensuite prêchée par les apôtres sous la mouvance de l’Esprit Saint.

Ceci étant dit, les précisions apportées au sujet de l’existence des trois Personnes divines ne sauraient être vues comme des nouveautés radicales mais bien pour ce qu’elles sont réellement, à savoir, des précisions! La lecture des derniers livres de l’Ancien Testament ( Proverbes, Ben Sira, Sagesse, etc.,) nous laisse en effet percevoir une évolution certaine de la pensée religieuse quant à la préexistence mystérieuse auprès de Dieu de cette Sagesse qui tantôt s’apparente au Verbe tantôt à l’Esprit. Le quatrième évangile ne pourra que porter à terme cette révélation en parlant clairement de la divinité et de Jésus et de l’Esprit de vérité. Confrontée à certaines hésitations doctrinales, l’Église du 4e siècle, réunie en concile, énoncera clairement le contenu de la Foi : « Un seul Dieu en trois Personnes » (Concile de Nicée, en 325, et celui de Constantinople, en 381).

Ceci également étant dit, comment pouvons-nous vivre de ce Mystère ineffable? Tout simplement à la façon des justes de l’Ancien Testament (amour de Dieu et amour du prochain) mais avec une intensité et une nouveauté extraordinaires: la vie dans l’Esprit! Même s’il opérait silencieusement depuis toujours dans les membres du Peuple élu, cet Esprit ne le faisait qu’en lien avec des lois écrites et non comme Loi intérieure gravée dans le cœur des croyants. Grâce à cette Onction qui désormais les habite, les chrétiens comprennent mieux les Écritures, la personne du Christ, sa relation avec le Père, et l’héritage qui les attend au Ciel. Si Jésus de Nazareth n’est pas venu fonder une nouvelle religion, il a su néanmoins mener à son accomplissement le potentiel insoupçonné de la religion révélée. Au niveau organisationnel, il est également vrai que, tout comme le vin nouveau requiert de nouvelles outres, ce nouvel Esprit, en regard des institutions dépassées de Moïse, ne pouvait qu’évoluer dans un cadre totalement renouvelé: l’Église.

Vivons donc en paix, chers amis, car nous sommes dans la bonne voie: « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous. » (Éphésiens 4, 4-6)

Publié dans Adoration, Amour, Écriture, Église, Baptême, Contemplation, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Jésus, Liturgie, Mystère, Révélation, Trinité, Verbe | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Donne-moi à boire!

OIP (2)

L’entretien de Jésus avec la Samaritaine (Jean 4, 1-42) a toujours fasciné les lecteurs du 4e évangile. C’est une page sublime où saint Jean se surpasse dans la description de la scène avec distribution des détails, peinture des cœurs et profondeur des paroles qui lui donnent un charme incomparable. Dom Augustin Guillerand ne pouvait manquer de s’y arrêter longuement dans son commentaire biblique … laissons-lui la parole :

« C’était en plein jour, après une course sous le soleil qui avait fatigué le Maître, et ces détails ont aussi leur importance. Des âmes, dans la suite des temps, en seront émues ; elles penseront à l’amour de Jésus pour les âmes, à ses efforts humains pour les rechercher, à ses heures d’épuisement, à toute cette nature humaine dont il a voulu prendre et ressentir toutes les misères pour les guérir et les relever, aux pensées et aux sentiments qui étaient les siens à cette heure … et que d’ailleurs il exprimera à la fin de la scène quand il montrera à ses disciples les immenses champs de blé qui jaunissent au monde des âmes et qu’ils devront moissonner. « Or il lui fallait traverser la Samarie ». Jésus fuit une haine pour en trouver une autre; mais la haine des Samaritains ne s’oppose pas à son rôle de Sauveur; elle s’attaque seulement à son titre de juif. Or son rôle de Sauveur déborde sa nationalité et il en profitera pour le faire connaître en son ampleur.    r.

« Donne-moi à boire » (Jean 4, 7). Saint Jean, l’homme des petits détails qui peignent une scène et font vivre un personnage, nous montre le Christ épuisé par une course pénible et par la chaleur du plein jour. Il avait dû probablement fuir en hâte et fournir une longue étape pour échapper à une menace que le récit ne précise pas. Le récit court au but, et le but est l’entretien qui suit. Jésus reste seul pendant que ses disciples vont au ravitaillement ; il se laisse tomber sur la margelle du puits et y attend les vivres. Mais un dessein secret dirige et anime tous ces détails. Une femme de la cité voisine vient à cette heure-là au puits pour prendre de l’eau.

C’est elle que Jésus attend ; c’est d’elle qu’il va se nourrir de la seule nourriture qui compte vraiment pour lui et qui consiste à se donner. La conversation s’engage tout de suite et c’est lui qui l’engage, sans aucun souci ni de la fatigue, ni de la réputation. Il lui donne un tour de simplicité aisée qui caractérise tout ce qu’il dit et fait, mais qui ici atteint un degré extrême : il est fatigué ; il fait très chaud ; il a soif : il demande à boire. Cette demande est toute indiquée, surtout en ces pays d’Orient où les vertus sociales sont si bien observées. La femme a ce qu’il faut pour atteindre l’eau profonde ; lui, n’a rien ; elle ne peut refuser ce service. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 222 s)

Publié dans Adoration, Amour fraternel, Évangile, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Dieu, Esprit Saint, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Opinion publique, Parole, Psychologie, Révélation, Vie éternelle | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Pourquoi restez-vous à regarder le ciel?

7454

L’Ascension de Jésus, vue par dom Guillerand, est le couronnement glorieux du mouvement de l’Esprit d’amour qui a animé toute la vie du Maître. Les apôtres n’ayant pas encore reçu cet Esprit ne peuvent le voir à l’œuvre ce jour-là et, donc, ne peuvent que s’attarder à regarder ce corps qui disparaît sous leurs yeux. Laissons notre chartreux bien-aimé, lors d’une homélie pour la fête, en tirer quelques leçons pour nous:

« Ce souffle, cet Esprit, ce mouvement intime se communiqua de nouveau au corps de Jésus le matin de Pâques, et, cette fois, comme le Christ n’avait plus à nous ressembler dans la souffrance et la mort, il se l’assimila complètement, le fit corps spiritualisé, lui communiqua son agilité; et, un jour, à l’heure voulue, devant les apôtres et les disciples réunis, pour réaliser le dessein divin, pour faire connaître ce Souffle au monde, le mouvement le souleva lentement et l’emporta au sein du Père.

Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui: c’est le terme définitif, le couronnement glorieux, l’éclatante manifestation du mouvement de l’Esprit d’amour qui a animé toute la vie et toute l’activité de Jésus … et qu’il est venu manifester. Mais pour le voir, cet Esprit, il faut l’avoir. Les apôtres ne l’ont pas encore; voilà pourquoi, oublieux de la recommandation et de la promesse qui viennent de leur être faites, ils s’attardent à regarder ce corps et cette nuée qui le leur a ravi. Les anges doivent venir et leur rappeler: « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel? ». Sous cette forme visible sa mission est achevée, il nous a donné tout ce qu’il devait nous donner.

Ce qu’il faut maintenant, c’est nous livrer totalement à ce Souffle d’amour qui a animé sa vie, c’est de nous plonger, de nous immerger en cet Esprit comme dans un bain qui, de nous, fera des hommes nouveaux. Il faut que, mus par ce souffle sacré, nous refassions à sa suite cette lente ascension de sa vie, en suivant le chemin qu’il a suivi; car, nous dit saint Paul, nous sommes appelés à rentrer avec lui dans le sein du Père, à y régner éternellement avec lui, mais nous ne règnerons avec lui que si nous avons soufferts avec lui: « Si nous tenons ferme, avec lui nous règnerons » (2 Timothée 2, 12). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 39)

Publié dans Adoration, Amour, Angoisse, Ascension, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Cieux, Contemplation, Désir de Dieu, Détachement, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Liturgie, Pédagogie divine, Souffrance, Vie éternelle | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Plus présent par sa divinité que par son humanité

th (3)

L’Esprit Saint envoyé aux disciples les a fait entrer peu à peu dans la vérité toute entière, tel que promis par Jésus (Jean 16, 13). Un grand théologien du 5e siècle, saint Léon le Grand, nous parle précisément de cette progression de la foi de l’Église suite à l’Ascension du Seigneur: les croyants découvrent peu à peu la présence de leur Maître, davantage sous le couvert de sa divinité que de son humanité. Écoutons le pape Léon:

« Les saints Apôtres eux-mêmes, fortifiés par tant de miracles, instruits par tant de discours, avaient cependant été terrifiés par la cruelle passion du Seigneur et n’avaient pas admis sans hésitation la réalité de sa résurrection. Mais son Ascension leur fit accomplir de tels progrès que tout ce qui, auparavant, leur avait inspiré de la crainte, les rendait joyeux. Ils avaient dirigé leur contemplation vers la divinité de celui qui avait pris place à la droite du Père. La vue de son corps ne pouvait plus les entraver ni les empêcher de considérer, par la fine pointe de leur esprit, qu’en descendant vers nous et qu’en montant vers le Père il ne s’était pas éloigné de ses disciples.

C’est alors, mes bien-aimés, que ce fils d’homme fut connu, de façon plus haute et plus sainte, comme le Fils de Dieu. Lorsqu’il eut fait retour dans la gloire de son Père, il commença d’une manière mystérieuse, à être plus présent par sa divinité, alors qu’il était plus éloigné quant à son humanité. C’est alors que la foi mieux instruite se rapprocha, par une démarche spirituelle, du Fils égal au Père; elle n’avait plus besoin de toucher dans le Christ cette substance corporelle par laquelle il est inférieur au Père. Le corps glorifié gardait sa nature, mais la foi des croyants était appelée à toucher, non d’une main charnelle mais d’une intelligence spirituelle, le Fils unique égal à celui qui l’engendre. » (Sermon de saint Léon le Grand pour l’Ascension, Sources chrétiennes, 139-141).

De tout ceci, je retiens avant tout l’importance du don et du rôle de l’Esprit Saint qui, sans changer le dépôt de la Foi, nous le fait mieux connaître en le précisant davantage. Cette progression de la foi, transmise par la Tradition, est essentielle à la vie de l’Église. Il est donc fautif, comme le soutiennent couramment nos frères Protestants, que les Saintes Écritures suffisent (Sola Scriptura) et que la Tradition de l’Église n’apporte rien. Nier la Tradition, c’est nier le rôle de l’Esprit dans le Peuple de Dieu; c’est également nier les promesses du Christ et par là-même méconnaître les Saintes Écritures!

Publié dans Adoration, Ascension, Écriture, Église, Désir de Dieu, Dieu, Esprit Saint, Inspiration, Jésus, Pédagogie divine, Révélation, Tradition, vie moderne | Tagué , , , , , , , , , | Un commentaire

« Il fut enlevé au Ciel » (Marc 16, 19)

ascensiongiotto

L’Ascension de Jésus nous rappelle le but ultime des croyants: vivre auprès de Dieu durant toute l’éternité. Or, nous vivons actuellement dans une société qui s’est éloignée des valeurs évangéliques tout en conservant la nostalgie de la vie après la mort … et ce à l’aide d’images souvent rocambolesques! Il suffit d’entendre les réactions des gens après le décès d’un individu pour se rendre compte du fossé qui sépare leurs convictions de la foi authentique de l’Église: on y parle de toutes sortes d’activités, genre « il doit bien rire de nous » ou encore « elle peut enfin se promener parmi les étoiles », sans aucune allusion à la vision de Dieu. C’est comme si on avait peur de mentionner Dieu! Un ciel pour athées? Soyons bons; peut-être sommes-nous encore sous l’influence d’une ancienne prédication qui préférait parler de l’enfer plutôt que du ciel: faire peur a toujours été plus facile que de s’étendre sur la description de la vie bienheureuse. Or, que nous dit la foi chrétienne à ce sujet?

Tout d’abord, souvenons-nous que tout être vivant sur terre est mortel: les plantes meurent, les animaux meurent, les hommes meurent. Que reste-t-il après la mort d’un être humain? Une amie juive m’avouait, après le décès de son mari, que ce dernier ne continuait à vivre que dans la mémoire de ses parents et connaissances. Telle n’est pas la foi chrétienne! Créé à l’image de Dieu (Genèse 1, 27), l’être humain a conservé, malgré sa chute originelle, la nostalgie de rencontrer Dieu et de vivre auprès de lui. Jésus, dans sa prédication, n’a fait que remettre en lumière cette aspiration à une destinée éternelle. « L’âme immortelle campe dans une tente mortelle » s’écriait un chrétien du 2e siècle (Lettre à Diognète). Dans une déclaration en date du 17 mai 1979, la Congrégation romaine pour la Doctrine de la foi précise ceci: « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le « moi humain » subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot « âme » consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition ». D’ici la résurrection générale, il n’y a donc place dans l’au-delà que pour des âmes, formes humaines incomplètes (selon Thomas d’Aquin) en attente d’une future et nécessaire réunion avec leurs corps spiritualisés. Ceci étant dit, on peut maintenant aborder la question du sort réservé à ces âmes immortelles.

« Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Marc 16, 16). Ces paroles du Maître, adressées aux disciples avant son départ, nous dévoilent un grand mystère: celui d’un tri final entre personnes sauvées et personnes condamnées, entre âmes immortelles vouées à deux avenirs diamétralement opposés. Cependant, remarquons-le, cette finalité diversifiée n’est pas inscrite dans l’ordre des choses mais découle uniquement d’un choix tout à fait libre de la part de la créature (celui qui croira … celui qui ne croira pas …). Mystère de la liberté humaine! Mystère également d’une possible et merveilleuse union au Christ dans sa gloire: « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi, pour qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée » (Jean 17, 24). Le salut promis aux baptisés, loin d’être un voyage interplanétaire, est donc une permanence de vie auprès du Christ ressuscité: vie de joie et de bonheur, exemplifiée par les images bibliques de festin et de noces éternelles.

« Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ». Ces mots « la vie éternelle » de notre profession de foi indiqueraient-elles que cette vie ne débute qu’à la mort physique? Oh, que non! Par le baptême nous avons déjà reçu en nous cette vie, ces « prémices de l’Esprit Saint »; un Esprit appelé à nous conduire à la pleine connaissance de la Vérité. Cette présence mystérieuse ne peut que grandir et être expérimentée: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23). Saint Paul, pour sa part, n’hésitera pas à définir les chrétiens par cette habitation dynamique: « tous ceux qu’animent l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu » (Romains 8, 14). La vie au Ciel ne saurait donc être totalement différente de celle déjà initiée sur terre; les valeurs de foi, d’amitié et de partage y trouveront un épanouissement extraordinaire! Néanmoins, avouons-le, l’essentiel nous échappe … car comment parler de Dieu sans risquer de projeter sur lui nos vues et nos désirs les plus terrestres. C’est pourquoi l’apôtre Jean résume cette espérance chrétienne, au contenu solide mais aux contours nébuleux, en avouant: « Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est » (1 Jean 3, 2).

Favorisés d’une telle espérance, nous ne pouvons que remercier ce Dieu Père qui nous a appelés à l’existence, rachetés par son Fils et destinés à un bonheur inespéré dans l’Esprit: « À Celui qui siège sur le trône et à l’Agneau, gloire, honneur, puissance et action de grâce pour les siècles des siècles, amen ! »

Publié dans Adoration, Amour, Ascension, Évangile, Bonheur, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Jésus, Jugement dernier, Mystère, Pédagogie divine, Révélation, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Nicodème peut se retirer …

OIP

Docteur en Israël et homme droit, Nicodème est venu à la Lumière car il « fait la vérité ». À la fin de son entretien avec Jésus, il en reçoit une tacite approbation et repart le cœur rempli de clartés qu’il ne saurait épuiser. Laissons à notre ami chartreux, dom Augustin, le soin de nous l’expliquer :

« Quiconque fait le mal hait la Lumière. Celui au contraire qui fait la vérité, vient à la Lumière, pour que ses œuvres soient illuminées, car elles sont faites en Dieu » (Jean 3, 20-21). La pensée du divin Maître est très claire. Il veut affirmer l’amour qui anime Dieu à l’égard des hommes. Il leur donne tout, en leur donnant son Fils unique ; il leur offre d’entrer en lui par la foi et de prendre place à jamais au sein d’amour où réside ce Fils: « Celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu » (1 Jean 4, 16). Le Fils ne vient pas pour perdre ni pour condamner ces hommes ; bien au contraire, il vient « pour que nul ne périsse, mais ait la vie éternelle », il vient offrir cette vie en s’offrant; il vient en Sauveur. Mais il ne peut pas changer les conditions du salut, précisément parce qu’il est l’Amour. L’Amour veut l’union ; il ne peut pas vouloir ni faire autre chose ; l’union exige que deux êtres se rapprochent, viennent l’un à l’autre. (…)

Comme toujours, Jésus finit son exposé sur une parole qui éclaire comme il l’a commencé : c’est le tableau de l’âme qui se donne : elle se donne en venant : « Celui qui fait la vérité vient à la Lumière ». Il faut faire la vérité. Faire la vérité ! Quelle parole inépuisable ! Nulle peut-être ne nous introduit plus avant dans le divin mystère. (…) Faire la vérité, c’est entrer dans l’Être ; c’est le reproduire, le répéter ; c’est le faire connaître, et c’est être connu soi-même en lui. Quiconque croit au Fils de Dieu, le reçoit comme tel, entre dans sa vérité ; il participe à son Esprit qui est l’Esprit du Père, il fait ce qu’il fait ; il voit ce qu’il voit; il aime ce qu’il aime ; il n’y a qu’un seul agir : et c’est cela « faire la vérité ». La vérité éternelle du Père est répétée sur la terre : on voit le royaume de Dieu; on vit la vie de Dieu. Ce royaume, cette vie : voilà ce que le divin Fils est venu montrer à la terre, et offrir aux hommes qui croient en lui.

Nicodème peut se retirer; il emporte des clartés que ni lui ni personne jamais n’épuisera. Il part sans un mot, l’âme trop pleine pour parler, pleine de germes comme une terre ensemencée à l’automne. Les germes lèveront, car la terre est bonne. Il faudra du temps pour qu’ils germent et apparaissent, et recouvrent le sol. Mais le temps n’est pas pour Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 204 ss)

Publié dans Amour, Évangile, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Esprit Saint, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Mystère, Pédagogie divine, Révélation, Spiritualité, Verbe, Vie éternelle | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

Accueillir ou ne pas accueillir

hqdefault (2)

Le Royaume de Dieu est donc le Royaume de l’Amour et la mission de Jésus est la révélation de cet amour. C’est cet amour qui l’a élevé en croix et ceux-là seuls seront sauvés qui croiront à cet amour. Écoutons dom Guillerand nous commenter ce passage d’évangile qui dévoile le plan du salut :

« Voilà le plan divin. Les hommes peuvent entrer dans ce plan et le réaliser s’ils le veulent ; ils peuvent aussi s’y opposer et refuser le salut qui leur est offert. S’ils refusent et se perdent, c’est leur œuvre et leur faute ; ils s’écartent du plan d’amour qui offre la vie : « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, il l’a envoyé pour le sauver. Celui qui croit en lui n’est pas condamné ; celui qui n’y croit pas est déjà condamné en ne croyant pas au nom du Fils unique de Dieu » (Jean 3, 17-18). Le péché a détourné l’homme de Dieu ; depuis la faute, il ne voit plus en lui le Père qui communique son Esprit d’amour et qui fait fils en le communiquant. Le mouvement éternel du Père qui se donne au Fils et du Fils qui se donne au Père n’est plus en lui ; l’homme reste en lui-même ; il ne répond pas au don de Dieu par le don de soi ; il ne réalise pas le don mutuel qui est la vie ; en se refusant, il se condamne ; il refuse la vie. Dieu a envoyé son Fils pour manifester ce don. Le Fils le manifestera en croix. Il sera crucifié « pour que le monde connaisse qu’il aime le Père et que tout ce que le Père lui demande il le fait » (Jean 14, 31). Quiconque croira cela sera sauvé. Quiconque n’y croira pas restera dans la condamnation originelle ; il demeurera séparé de la Vie ; il n’accueillera pas le mouvement de vie que le Père lui montre en lui donnant son Fils en croix ; il ne sera pas vivifié par ce mouvement qui est l’Esprit du Père et du Fils manifesté au monde : « Car voilà ce qu’est la condamnation: la Lumière est venue en ce monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la Lumière » (Jean 3, 19). (…)

La Lumière c’est l’Amour qui se montre ; elle n’est rien autre que le mouvement de l’Amour qui se manifeste et attire à lui en se manifestant. Les ténèbres, c’est l’Amour refusé ; ce n’est pas seulement l’Amour qui ne s’est pas encore montré. c’est l’Amour qui a attiré à lui pour qu’on le connaisse, mais qui a caché ses attraits irrésistibles pour qu’on réponde librement à son désir d’être aimé, et auquel on s’est fermé. Les ténèbres, ce n’est donc pas le créé comme tel. Le créé est le voile sous lequel se cache l’Amour. Si on le rejoint par la foi sous ce voile, la lumière illumine le voile et se donne par lui qui devient lui-même image de lumière. Les hommes n’ont pas su traverser le voile et découvrir la Lumière qui se donne ; ils ont préféré les dons passagers, ils se sont laissés prendre et retenir par eux; le créé fait pour être moyen d’union, chemin de lumière, est devenu obstacle et ténèbres. La faute n’est pas à la Lumière qui s’est offerte et ne cesse de s’offrir ; la faute est aux hommes qui ont refusé l’Amour et méconnu la Lumière. Ils se sont placés eux-mêmes hors d’elle, dans les ténèbres. Leur condamnation c’est cette préférence, c’est le refus qu’elle enferme. Ils se sont condamnés par leurs propres actes ; ils n’ont pas été condamnés par Celui qui s’est offert à les éclairer. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 197. 200 s)

Publié dans Adoration, Amour, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Péché, Rédemption, Souffrance, Temps présent, Verbe, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Il est venu révéler l’amour du Père

cornelius-jesus-paray copie

Dom Augustin Guillerand poursuit son commentaire de l’entrevue de Jésus avec Nicodème (Jean 3, 14) et il montre comment la crucifixion du Christ dévoile l’amour du Père. Le Royaume de Dieu que Nicodème aspire à voir n’est donc, en définitive, que le Royaume de l’amour ; amour perdu par la désobéissance de nos premiers parents mais retrouvé par le baptême qui plonge dans l’Esprit Saint :

« Ce qui est capital ici, c’est l’union : union perdue jadis, union offerte et qu’on peut recouvrer maintenant. Là est la vie ; par là on retrouve la lumière et on peut voir de nouveau le royaume de Dieu. Là on renaît ; on se plonge dans l’Esprit de vie que l’esprit de mort a fait perdre et remplacé. Là on rejoint l’amour que l’Esprit de Dieu avait répandu dans les eaux de l’abîme et dans toute la création, qui animait toute l’œuvre divine et qui, par le cœur croyant d’Adam et d’Ève, devait rentrer avec cette œuvre entière dans le sein du Père.

Le Verbe incarné apporte la révélation de cet amour et, par elle, le salut définitif, la vie éternelle. Il réunit en lui, dans la réalité divino-humaine de son être total fait de tout le ciel et de toute la terre, les éléments divisés … et il refait la synthèse manquée qui est la vie: « L’amour de Dieu pour le monde est tel qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle » (Jean 3, 16). Le tableau d’histoire qui est brossé en ces quelques mots est manifestement très ramassé, mais aussi complet que possible. En définitive, cela seul compte et restera de tous les évènements qui la composent : tout le reste, c’est le mouvement superficiel des eaux du fleuve; elles brillent un instant dans la lumière, reflètent les bords divers et mouvants, mais ne s’arrêtent pas; elles passent ; elles vont au terme, et le terme c’est cet amour, c’est le Fils qui le révèle, c’est le Père qui en est le principe et qui se révèle en le donnant. Quiconque croit cela s’unit à cet amour qui est la vie, et entre dans cette vie qui est la vraie vie. Voir cela, c’est voir le royaume de Dieu que désire Nicodème.

Le royaume de Dieu est donc le royaume de l’amour. En Dieu il n’y a qu’amour; dans tout ce qu’il fait il ne faut voir que cela. La mission du Fils est la révélation de cet amour. C’est cet amour qui l’élèvera en croix et qui en fera le Sauveur du monde ; ceux-là seront sauvés qui croiront à cet amour et qui reconnaîtront dans le Fils de Dieu crucifié la manifestation suprême de l’amour du Père et la communication de sa vie. Leur foi sera le rapport qui les unira au Père et les fera participer à la vie du Fils. Car le Fils ne fait que cela : il voit le Père qui se donne à lui par amour, et il répond éternellement à cet amour en se donnant comme le Père se donne. La vie est ce don mutuel, ce mouvement unique communiqué par le Père au Fils et qui fait rentrer le Fils dans le Père. Le Fils crucifié manifestera ce mouvement aux hommes pour que les hommes puissent le reproduire. Il est venu pour cela ; il sauvera tous ceux qui croiront à cela: le salut de cette foi. « Afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle ». »

(Écrits spirituels, tome 1, page 195 s)

Publié dans Amour, Évangile, Baptême, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Compassion, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Inspiration, Jésus, Kartusija, Kloster, Mort, Pédagogie divine, Rédemption, Verbe, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Allusion à une intervention divine au désert

R0c95beba35c5b67b97bd55ef6702b364

Lors de sa rencontre avec Nicodème, Jésus utilisa un symbole bien connu de ce docteur de la Loi pour lui expliquer la guérison spirituelle qu’il est venu apporter sur terre. Dom Guillerand commente ainsi :

« Jésus poursuit ; il continue de répandre ses semences en ce cœur qui s’ouvre ; il l’a amené sur son terrain propre : le terrain de l’union dans la foi en lui ; il l’y affermit : « Comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi doit être élevé le Fils de l’homme, afin que tout homme qui croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jean 3, 14). Les interventions divines au désert tenaient une grande place dans l’histoire du peuple de Dieu. C’étaient des leçons et des espoirs. Elles révélaient la prédilection du Seigneur pour la nation élue ; elles présageaient d’autres réalités dont on ne savaient pas encore le caractère, mais qu’on attendait très belles et définitives. Les âmes en étaient nourries et le Maître était assuré de les rencontrer et de les intéresser en y faisant allusion.

Le serpent d’airain rappelait l’une des plus célèbres. Il unissait en lui deux souvenirs : celui de la perte et celui du salut promis. Le serpent avait entraîné nos premiers parents loin de Dieu, dans la faute. Son image se dressait dans l’imagination comme un symbole de mal. En l’utilisant au désert pour les guérir, Dieu avait jeté sur cette image une lueur d’espérance ; il avait montré qu’il pouvait s’en servir, qu’entre ses mains de toute-puissance et d’amour, tout devenait instrument d’union. Les Juifs avaient médité cela. Nicodème se trouvait là en terre explorée ; probablement il avait exposé lui-même à ses auditeurs ce rapprochement qui réconfortait. Il savait que le serpent d’airain dressé par Moïse au désert pour guérir les morsures des serpents réels n’avait aucune vertu propre ; il ne valait que comme symbole ; il annonçait un Sauveur auquel on devait s’unir par la foi, et c’est cette foi qui guérissait. Le salut était un rapport entre le Sauveur promis et l’âme qui s’attachait à lui et à sa promesse en regardant l’image matérielle. Ce regard confiant rapprochait, unissait, faisait passer la vertu divine dans les cœurs, et par les cœurs dans les corps.

Jésus venait réaliser la guérison spirituelle que la guérison des corps annonçait. Il était le serpent dont la pensée éveillée par le serpent d’airain apportait la vie. Le serpent maudit avait au paradis terrestre réussi à interrompre le cours en tournant le regard vers la créature. Jésus demandait que le regard se détournât de la créature qui l’avait attiré pour la perte, et se retournât vers lui pour le salut. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 194 s)

Publié dans Adoration, Angoisse, Écriture, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Mystère, Péché, Pédagogie divine, Souffrance, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jésus affirme sa supériorité

th

Dans sa discussion avec Nicodème, docteur en Israël, Jésus ne peut passer sous silence le fait que sa science ne vient pas d’études théologiques mais bien de sa propre connaissance « nous parlons de ce que nous savons ». Notre commentateur chartreux n’hésite pas à le souligner :

« Comment cela peut-il se faire ? » (Jean 3, 9) Devant ce maître en Israël, pour la gloire de son Père, de son Esprit, de ce royaume, de cette vie qu’il répand, Notre-Seigneur ne craint pas d’affirmer et de souligner encore sa supériorité sans bornes : « Comment, dit-il, tu es docteur et tu ne sais pas cela ? » Cette supériorité est double : d’abord il sait ce dont il parle, et il tient à ce qu’on sache sa science : « Nous parlons de ce que nous savons, nous sommes témoins de choses que nous voyons … et pourtant vous n’acceptez pas notre témoignage ». Jésus ne recule pas devant le reproche et ne craint pas de le donner sous forme nette et sentie ; mais il dépasse le reproche et va par delà la peine que la sensibilité peut en ressentir jusqu’à la vie spirituelle qui doit en naître. Cette vie, les Juifs qui l’entendront ne sauront pas la recevoir ; il en souffre et il le dit.

Pour Jésus, ce terrain de la vie divine n’est pas seulement une science qu’il a étudiée ; c’est la connaissance de ce qu’il voit et de ce qu’il vit. Il dit l’objet de sa vision, et cette vision est sa vie même ; il est témoin, et c’est un témoignage qu’il apporte. De là sa supériorité et le caractère aisé, simple, familier, de son exposé. Il parle du ciel et des choses du ciel, c’est ce qu’on en peut voir en les regardant à partir de la terre, et c’est ce qu’on en peut exprimer avec notre langage humain. S’il n’est pas entendu quand il emploie ce langage et présente cet aspect du mystère, comment le sera-t-il quand il découvrira les intimes secrets ? Comment cela sera-t-il ? Il va l’expliquer sur-le-champ. Entre le ciel et la terre il existe un trait d’union ; il y a quelqu’un qui va de l’un à l’autre et qui sert d’intermédiaire; il y a un médiateur. Médiateur unique, mais qui s’offre à rétablir en lui tout rapport : « Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est au ciel ». (…)

La foi qui fait pénétrer dans la patrie est donc la foi en lui, Jésus. On ne peut y entrer qu’en lui et par lui. Il est le signe divin donné au monde pour que le monde uni à lui s’unisse à Dieu et voie le céleste royaume. C’est précisément ce que demandait Nicodème. À travers le mouvement souple de ses réponses à première vue décousues et si déconcertantes, le Maître a donné toute satisfaction à ce disciple. Aussi celui-ci arrête là ses questions. A-t-il compris à quel point Jésus a éclairé le problème qui l’intéresse ? Les auditeurs du Sauveur devinaient plus qu’ils ne comprenaient ; ils sentaient plus qu’ils ne voyaient. Ils se sentaient en face de quelqu’un qui disposait vraiment de la lumière et de la vérité. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 193 s)

Publié dans Adoration, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Esprit Saint, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Révélation, Verbe, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire