Marie, Reine du Ciel

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Le corollaire de l’Assomption de la Vierge est évidemment son Couronnement au ciel. Mais ce qui peut être vu par certains comme quelque chose d’assez banal (récompense pour services rendus, ou dignité attribuée à la mère du Roi) dépasse  en réalité tout ce qu’on peut imaginer, même  la promesse faite aux  Apôtres: « Vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël » (Matthieu 19,28). L’Église l’a vite compris, elle qui a voulu transmettre par cette image symbolique du couronnement sa foi en une association officielle de Marie à l’œuvre de son Fils, œuvre qui perdure encore aujourd’hui. Restant sauve l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes, la Vierge est ainsi honorée dans l’Église comme la Mère des fidèles et la Reine du Ciel, elle dont la toute-puissance se traduit avant tout par sa prière maternelle.

Répondant à une demande intempestive de Jacques et  Jean, à l’effet  de se faire attribuer (ni plus ni moins) les  premières places  dans le Royaume à venir, Jésus affirma clairement que les premiers dans le Royaume seront ceux qui se font  les serviteurs de tous: « Celui qui voudra être le premier d’entre vous, se fera votre esclave » (Matthieu 20,27). Remarquons qu’en Jésus, Dieu lui-même s’est fait notre serviteur et donc illustre très bien cette règle générale du Royaume. Souvenons-nous également que les anges, ces esprits célestes de beaucoup supérieurs à nous,  nous ont été attribués comme gardiens. Il n’est donc pas anormal de voir Marie dans ce rôle de service auquel la convie sa haute dignité royale; quoi de plus convenable pour celle qui se disait sur terre «la servante du Seigneur».

Le royauté de Marie, loin d’être une dignité statique comme semble le suggérer les nombreuses représentations artistiques, est donc un service qu’elle assume avec toute la tendresse maternelle qu’on peut imaginer. Déclarée «mère» au pied de la croix, elle ne cesse d’accompagner ses enfants par sa toute-puissante intercession. Quelle consolation pour nous ! Quelle révélation, soit-dit en passant, du genre de vie qui nous attend au Ciel … car vivre avec Dieu c’est vivre avec Celui dont Jésus disait qu’il travaille toujours (Jean 5,17). Grâce à la fête d’aujourd’hui, la vie au Ciel,  loin de nous apparaître comme un éternel repos dans un immense dortoir, se présente donc à nous comme quelque chose de dynamique: un banquet, mais aussi un échange de services où la charité est primordiale. «J’entre dans la vie» s’écriait la petite Thérèse sur son lit de mort … et la pluie de roses ne se fit pas attendre!

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L’Assomption selon dom Guillerand

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Voici, selon notre chartreux bien aimé, les deux aspects de ce mystère glorieux de la Vierge:

« Le mystère de l’Assomption de la Vierge, comme d’ailleurs tous, ou à peu près tous, les mystères célébrés dans nos solennités chrétiennes, présente un double aspect: un aspect extérieur et un aspect intérieur.

L’aspect extérieur, c’est d’abord le trépas de la Vierge, cet instant qui put être très simple en soi mais ne peut pas ne pas être très grand pour nous: pour se conformer à son divin Fils et pour partager, autant que possible, le sort de ses enfants adoptifs, elle se soumit à la loi de mort, qui cependant n’était pas faite pour elle, et elle connut la séparation de son âme d’avec son corps. C’est ensuite, et plus proprement, la réunion de ce corps et de cette âme et le glorieux enlèvement par les anges qui la transportèrent vivante au ciel. C’est enfin l’accueil que lui fit la cour céleste, tout spécialement son divin Fils et le geste par lequel, avec une tendresse et une noblesse qu’on devine, il déposa sur son front de mère la couronne de gloire. (…)

Le mystère de l’Assomption a un autre aspect, un aspect plus voilé parce que plus intérieur, et non moins réel cependant: c’est le mouvement d’amour qui, l’heure venue, tira l’âme (de la Vierge) hors de son corps, puis l’y ramena pour pouvoir emporter ce corps avec elle dans la jouissance de Celui pour lequel ils avaient été faits et unis. Ce mouvement, par un privilège unique, commença avec la vie même de Marie, avec sa Conception Immaculée. (…) Elle vit ce Dieu dont l’être est amour. Elle le vit qui l’aimait et se donnait, et elle se prit à faire cela, comme lui, à l’aimer et à se donner. Et ce fut toute sa vie en son fond radical et vrai. Les personnes, les choses avec lesquelles elle entrait en contact, les événements qui se produisaient, c’était la surface changeante qui passe; sous cette surface, sous la pauvreté de la crèche, l’exil forcé en Égypte, les longues années d’humble travail à Nazareth, le supplice même de la croix, elle voit la même réalité profonde et unique qui se donne et l’appelle à se donner. L’aspect intérieur de l’Assomption, c’est ce don arrivé à son terme, c’est la somme de ces dons répétés, sans cesse renouvelés … de ces lumières par lesquelles Dieu se fait connaître et que Marie accueille, de ces mouvements par lesquels Dieu se communique et auxquels répond l’élan de sa charité qui s’accroît. (…) Et nous arrivons ainsi à ce sommet, à cet élan suprême de l’Assomption, où l’amour indéfiniment accru fit éclater, Dieu le permettant enfin, les liens qui unissaient son âme à son corps et ensuite rétablit ces liens pour l’élever, triomphante, en corps et en âme. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 44 ss)

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Vive les vacances!

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Spaciement hebdomadaire (Chartreuse de Portes, France)

« Comme le dit saint Bruno, lorsque la rigueur de la discipline et les exercices spirituels deviennent pesants à notre esprit fragile, celui-ci trouve souvent dans le charme du désert et la beauté des champs un soulagement et un regain de vigueur. C’est pourquoi chaque semaine, excepté la semaine sainte, les pères sortent en spaciement. » (Statuts de l’Ordre)

Si le spaciement hebdomadaire s’avère nécessaire pour des solitaires, à plus forte raison une période de relâche annuelle pour un blogueur assidu de WordPress! Je vais donc disparaître de la circulation du 15 juillet au 15 août. Pas question de voyages pour moi (ermitage oblige) mais tout simplement d’occupations autres, moins stressantes. Demeurons unis dans la prière silencieuse!

Spaciement à la Grande Chartreuse (près de Grenoble, France)

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Prémices des récoltes à venir

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Les Samaritains de la ville de Sychar ont cru aux paroles de la femme et s’empressent de venir rencontrer le Messie. C’est la moisson d’âmes que le Maître signale à ses apôtres comme étant les prémices des récoltes à venir. Écoutons dom Guillerand nous en parler :

« Pendant ce temps les Samaritains arrivent et le troisième acte de l’immense scène commence. Jean le résume avec la même rapidité déconcertante et nue, la même insouciance des détails, des paroles prononcées, des impressions produites et subies : « De cette ville, un bon nombre de gens crurent … Ils le prièrent de rester là … Et ils furent encore bien plus nombreux à croire » (Jean 4, 39-41). Une seule chose compte manifestement pour cet étrange narrateur : « ils crurent », la foi qui accueille le don de soi et qui s’y unit ; les esprits qui se donnent à la parole du Maître comme il la leur donne. Je n’avais pas encore remarqué à quel point la foi fait le fond de l’Évangile. Même pour Jean, le disciple aimé qui parle tant de l’amour et qui finit par ne plus parler que de l’amour, la foi occupe la place première et essentielle. Mais cette foi, en définitive, c’est ce rapport total qui livre la vie, qui débute dans l’intelligence, mais pour se répandre dans toute l’activité et en faire un don de soi complet.

La foi des Samaritains traverse une double phase et se développe en deux étapes. L’évangéliste les distingue avec soin. Ils sont d’abord attirés au divin Maître par la parole de la Samaritaine, de cette pauvre femme transfigurée et devenue apôtre. Puis ensuite, ils sont conquis et transformés eux-mêmes directement par le contact avec le Sauveur. La parole de la Samaritaine les fait sortir de leur cité, de leurs maisons, de leurs occupations et préoccupations accoutumées. Elle leur dit : « Venez et voyez », comme Jésus aux deux disciples de Jean le Baptiste aux bords du Jourdain. Il faut toujours venir pour voir. Depuis la faute, l’homme ne voit plus là où le péché l’a fait tomber ; il est « dans les ténèbres, à l’ombre de la mort ». Ce que voit l’homme pécheur c’est cette ombre, c’est le créé détaché de Dieu par sa faute, et considéré sous la lumière de notre moi, au lieu d’être contemplé dans la lumière de l’Esprit d’amour qui circule en lui pour le ramener à Dieu.

Les Samaritains font ce premier effort sans hésiter, semble-t-il. « Ils sortirent … et ils vinrent ». La formule évangélique indique un mouvement immédiat de la cité. Les mœurs orientales et l’attente messianique de l’époque l’expliquent aisément. (…) Ils croient non seulement à la parole de la femme mais à Celui dont elle parle ; ils croient qu’il est bien le Messie, et ils accourent dans cette conviction. (…) « Ils lui demandèrent de demeurer chez eux. Il y resta deux jours. » (Jean 4, 40). Quelle bonne population, toute simple et droite, qu’un mot attire et retient, qui va d’un seul bond au bout de ce mot ! Le Messie est là : il faut en jouir. Jésus ne leur donne que deux jours. Cela lui suffit. Le temps ne compte plus pour lui, mais le don de soi. Ce qu’il peut faire en deux jours avec des âmes généreuses est inouï. Il le fit en cette cité. Il parla, éclaira, instruisit, retourna. Et les Samaritains disaient à la femme : « Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 237 s)

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L’homme ne vit pas seulement de pain

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La véritable nourriture de Jésus c’est de faire rayonner la Vérité en ce monde. C’est, au dire de dom Guillerand, « le déploiement sur terre de l’activité d’amour qui est sa vie éternelle ». C’est ainsi qu’à ses disciples revenus de la ville avec des vivres, Jésus dira : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4, 34). En voici l’explication par notre commentateur chartreux :

« Au puits de Jacob, le Maître continue d’éclairer ceux qui l’entourent, en attendant ceux qui se mettent en route et qu’il voit accourir. Les apôtres sont allés chercher des vivres. Ils l’ont laissé exténué sur la margelle du puits, assis comme un homme qui n’en peut plus, et leur attachement, qui devait être très grand, a hâte de les lui offrir. Mais, à leur grand étonnement, il refuse, il se déclare restauré. Il ne dit pas cependant qu’il a mangé. Il dit que la nourriture qu’ils lui présentent ne l’intéresse plus, qu’il dispose d’une autre qui les dépasse. Avec eux également il déplace subitement, sans qu’on puisse le suivre, sauf à s’expliquer bien vite, le terrain de conversation. Il reste sur ce plan supérieur où il se tient sans cesse, où il a entraîné cette femme de Samarie après Nicodème, où doivent le suivre tous ceux qui l’aiment et veulent le rejoindre. La nourriture corporelle n’est pas tout ; il y en a une autre qui le rassasie sans cesse, (il en parle en effet au présent: « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas » Jean 4, 32. ) et qu’il va leur distribuer, comme tout à l’heure l’eau céleste à la Samaritaine, et comme un peu plus tôt la vie nouvelle vraie au docteur de Jérusalem.

Les apôtres vont d’étonnement en étonnement; c’est ce qu’il veut. Leur esprit se tend et s’ouvre à l’enseignement qu’il leur réserve. Sa nourriture c’est cet enseignement, c’est de répandre la vérité, c’est de se donner en la répandant, c’est d’aimer en se donnant. Sa nourriture c’est le déploiement sur terre de l’activité d’amour qui est sa vie éternelle : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ». Sa vie est en cette source unique et si profonde d’où procède son Être éternel et sa mission du temps. Il vit, il se nourrit, s’il se tient en contact avec elle; l’eau qui l’emplit déborde infiniment en lui à jamais dans le sein de l’éternel amour où il la reçoit, et se communique à chaque instant de la durée successive depuis qu’il s’est fait habitant de notre terre pour la verser à son tour sur nos âmes. Il vient de le faire : il est rassasié. Il va continuer de le faire auprès d’eux, puis auprès des Samaritains qui accourent. Toute autre nourriture lui est en ce moment inutile, ne compte plus. Il est tout à ce divin repas qui se présente à lui à travers les épis naissants de la plaine comme un champ mûri que dore le soleil de l’éternelle lumière et de l’éternel amour ; il ne voit que cela, et il veut que ses disciples s’habituent à contempler ce spectacle plus haut et à se contenter de ces aliments inconnus. « Voyez, leur dit-il, quatre mois encore et ce sera la moisson, les champs sont jaunes et les blés sont mûrs ».

Sur ces hauteurs, les réalités inférieures disparaissent; le temps cesse, ou mieux, on cesse de le voir ; on entre dans des régions nouvelles où se déroulent un autre temps et d’autres réalités. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 234 s)

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Je suis, moi, le Messie!

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La foi au Messie à venir, en laquelle Juifs et Samaritains sont unis, se réveille en cette femme de Sychar qui parle à Jésus. Le Maître la considère alors capable de recevoir la grande révélation. Dom Guillerand poursuit son commentaire sur cette rencontre au puit de Jacob :

« La femme de Sychar est dans un état d’âme que je devine sans pouvoir exactement le définir. Elle comprend beaucoup plus qu’elle ne voit, elle entrevoit beaucoup plus qu’elle ne comprend. Elle comprend surtout que ces questions existent, que celui qui parle les comprend pour elle, que son esprit est immense et son cœur très bon ; elle est plus éclairée par cette parole et cette présence que par les mots et les pensées. Et puis elle sent que, pour elle, comprendre ce qui est dit n’est pas nécessaire, mais qu’elle doit croire, accorder son âme à cette âme. Et déjà elle croit, elle sent se lever en son cœur un rayon qu’elle ne regardait pas habituellement, et qui y gardait néanmoins sa petite flamme lointaine et oubliée. La foi au Messie, en laquelle Juifs et Samaritains sont unis, se réveille ; elle s’en remet à lui, quand il viendra. N’établit-elle pas déjà une secret rapport entre celui qui lui parle et ce Sauveur qui doit venir ? « Je sais, dit-elle, que le Messie vient, et qu’il nous dira toutes ces choses » (Jean 4, 25). Elle sait le Messie, et elle l’attend. Elle a la foi, cette seule condition réclamée à Nicodème, et ensuite à tous, pour que la vérité puisse briller et se faire en un esprit. Cela suffit pour que le Sauveur se dévoile : « Je le suis, moi qui te parle».

Le vivant récit du disciple bien-aimé, l’habitude de le lire, la connaissance des détails qui le constituent nous empêchent de mesurer assez le cheminement parcouru en quelques instants par Jésus et cette âme, l’abaissement de celui-là pour rejoindre cette femme en sa fange et le relèvement de celle-ci qui suit comme elle peut et qui soudain se trouve sur les hauteurs divines de la foi, et d’une foi immédiatement agissante et apôtre. On comprend l’étonnement des disciples. Cet entretien seul à seul dans la campagne avec une femme d’un peuple et d’un pays à la fois détesté et méprisé était, de la part du divin Maître, absolument déconcertant. Lui seul pouvait oser cela. Mais il n’avait pas hésité un instant. Il avait préparé l’entrevue de toute éternité, et elle représentait dans son ministère un événement de la plus haute importance. Il y trouvait l’occasion d’affirmer ce qui faisait le fond de son âme et la raison d’être de son Incarnation. Il était venu sur terre pour relever des âmes déchues. Nulle déchéance ne pouvait lui faire peur ; et la pire misère morale devait l’attirer irrésistiblement. Les inimitiés nationales, il venait de l’expliquer, ne comptaient pas à ses yeux. Il n’était pas d’un peuple ni d’un pays : il était au-dessus de tous et pour tous.

Les disciples n’ont pas encore pénétré ces secrets divins, mais ils les devinent. L’ascendant que le Maître a pris sur eux en quelques mois est tel qu’ils n’osent pas manifester leur surprise. Pourquoi cette attitude qui les déconcerte ? Ils ne cherchent pas à le savoir. Ils lui font confiance ; ils sont vraiment à lui. En toute circonstance ils lui gardent cette foi à laquelle il tient par-dessus tout et qui lui suffit. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 231 s)

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Lumière révélatrice

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Jésus nous fait avancer en nous révélant à nous-mêmes. Ce processus est souvent humiliant pour notre amour-propre mais incontournable pour une conversion sincère. Lors de sa rencontre avec la Samaritaine, le Maître arrive à ce point tournant dont dépend tout l’avenir spirituel de cette femme. Laissons dom Guillerand nous en décrire le processus :

« Va, appelle ton mari et reviens ici » (Jean 4, 16). Le divin Maître donne soudain à la conversation un tour tout nouveau. Lui-même suit son idée et son amour. Il voit en cette âme des dispositions à accueillir la lumière et il lui en verse le rayon qu’elle acceptera. Mais il le fait par des moyens inattendus. Cette femme a mené, et mène encore, une vie de désordre. Elle s’est donnée successivement à cinq hommes, et celui avec lequel elle est liée maintenant n’est pas un mari. Le Sauveur le savait quand il a engagé l’entretien ; il le savait de toute éternité quand il formait ce cœur, quand il unissait cette âme à ce corps qui l’entraînerait à l’abîme ; mais il sait que son amour éclate à se donner, et que le relèvement des êtres tombés est une des formes les plus glorieuses du don de soi. Il voulait cette gloire … et il préparait tout ce qui devait la manifester. Toutes les circonstances de sa vie terrestre, toutes les rencontres et tous les mots prononcés sont ordonnés à ce but qui, pour lui, est unique et s’impose.

La Samaritaine ne se ferme pas à cette lumière qui la découvre ; elle reconnaît de plus en plus en celui qui lui parle un être supérieur qui lui inspire toute confiance, et elle se courbe devant cette lumière qui pourtant l’humilie. Elle reconnaît sa misère, et elle en fait l’aveu : « Je n’ai pas de mari ». Peut-être pourrait-on entendre cette réponse dans un sens plus sévère et y voir une «dérobade». L’aveu me semble beaucoup plus dans le style de cette âme essentiellement sincère et qui a conquis la grâce par cette sincérité. Le divin Maître ne lui donne pas le temps de s’expliquer; il a hâte de poursuivre et d’achever son œuvre. La terre est bonne ; elle peut porter moisson ; il presse la levée du grain et la récolte : « Tu as parlé juste en disant : Je n’ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : en cela tu as dit la vérité ».

L’entretien reste manifestement confiant de part et d’autre. Jésus ne s’arrête pas à la faute ; il ne cherche pas à humilier. Nul reproche et même aucune allusion à ce qu’il y a de répréhensible dans la situation de cette femme. Elle a été sincère ; elle a reconnu ses fautes ; il ne relève que cela ; et il le fait avec insistance : « Tu as dit vrai ». Il reprend deux fois la formule en ces quelques mots qui sont en définitive des félicitations. Il ferme les yeux sur le mal pour ne voir que le bien et préparer la magnifique récompense. La Samaritaine le sent ; consciemment ou inconsciemment, l’attrait divin l’envahit, la rapproche, éveille en son âme des soucis et des mouvements nouveaux. La pénétration de celui qui parle révèle un homme en contact avec le ciel et qui peut éclairer les problèmes religieux dont son âme est tout de même préoccupée en son fond : « Je vois, dit-elle, que vous êtes prophète ».

(Écrits spirituels, tome 1, page 227 s)

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Petits enfants, gardez-vous des idoles!

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Initialement publié sur Carnet d'un ermite urbain :
Le mot « idole » peut être compris de diverses manières: Dans le domaine des religions, l’idole est synonyme de «faux dieux» (dieux des païens) à l’opposé du Dieu unique des Juifs,…

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Eau dormante ou jaillissante?

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Dans son entretien avec la Samaritaine, Jésus demeure incompris lorsqu’il lui parle de l’eau appelée à devenir en elle une source. « Il ne s’en émeut pas, fait remarquer dom Guillerand, mais il se tient toujours sur les hauteurs pour nous y attirer ». Écoutons, encore une fois, notre ami chartreux :

« La Samaritaine en est encore à l’idée d’une eau ordinaire ; Jésus l’en détrompe et l’ouvre au désir d’une eau supérieure qui désaltère pour toujours. Déjà même il laisse entrevoir la haute cime où il l’appelle : « L’eau que je donnerai deviendra en lui une source dont l’eau jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jean 4, 14). Jésus offre à la Samaritaine une eau qui deviendra en elle une source de vie inépuisable. Et déjà, dans une formule d’une richesse divine, il la définit. Cette eau est une source. Ce n’est pas une eau dormante, immobile ; c’est une eau qui jaillit dans l’âme, mais qui ne vient pas de l’âme. Elle vient de plus haut que l’âme: c’est pourquoi elle rejaillit; elle tend à rejoindre les hauteurs de son origine. Elle vient des montagnes éternelles, et elle y tend; elle rejaillit en vie éternelle. Son mouvement est donc un mouvement immanent, qui demeure … ce n’est pas un mouvement qui vient d’ailleurs et qui s’achève ailleurs. Il vient de plus haut que nous, et cependant il vient de nous ; il remonte aux cimes de son départ, et cette cime elle-même est en nous. C’est bien le mouvement de vie, et de vie qui ne s’épuise pas, puisqu’il se déploie uniquement dans le sujet.

La Samaritaine ne pénètre pas en ces profondeurs de pensée. Qui, ici-bas, en rejoindra l’immensité sans fond ? Nous avancerons sans cesse de notre mouvement transformé, divinisé, et sans cesse nous aurons devant nous l’infini qui se donnera et qui déroulera sa plénitude inabordée. Le divin Maître ne s’émeut pas de rester incompris. Il se tient toujours sur les hauteurs pour nous y attirer, et sans cesse en mouvement pour que nous nous efforcions de le rejoindre. Sa joie c’est ce mouvement qu’il provoque : il le provoque dans l’âme ; il est donc dans l’âme ; l’âme lui est donc unie ; c’est ce qu’il désire : se donner, s’unir dans ce mouvement qui est sa vie et qui devient notre vie.

La Samaritaine est dans un état d’âme qu’il est bien difficile d’exprimer. On le devine sans pouvoir l’analyser. C’est un mouvement ; c’est le mouvement de l’eau divine que Jésus lui révèle ; mais il se communique à un milieu bien réfractaire. La matière y a pris trop de place ; elle reste donc dans l’idée d’une eau matérielle, d’une eau matérielle bien supérieure à celle du puits de Jacob. Elle suit Jésus, elle le suit à une grande distance, mais elle est en mouvement vers lui: le divin Maître est content. Elle désire cette eau dont elle ne saisit pas encore la nature spirituelle et divine, mais dont elle entrevoit le caractère et l’efficacité nouvelle: « Donnez-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir ici pour en puiser ». Si inférieur qu’il soit, ce désir de la pauvre femme tombée provoque la grâce qui relève. Parce qu’elle n’a pas rejeté le Sauveur, il lui offre le salut ; elle a foi en lui ; il récompense sa foi ; il poursuit son œuvre en lui montrant de plus en plus combien il la mérite : « Va, appelle ton mari et reviens ici ».

(Écrits spirituels, tome 1, page 225 s)

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Narcisse et la tendance homosexuelle

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Pour nous qui vivons au début du troisième millénaire, il nous est difficile d’ignorer l’ampleur du mouvement gay qui ne cesse de faire les manchettes … et la question se pose: d’où vient cet engouement chez certains de nos contemporains pour un style de vie autrefois jugé  bizarre, pour ne pas dire anormal? Tous ces adeptes sont-ils « nés comme ça » ou ne seraient-ils pas en partie victimes d’une société hédoniste à outrance?

Dans son article « Sommes-nous les enfants du narcissisme? », Renaud Beauchard note que la notion de narcissisme peut s’appliquer à l’observation des tendances actuelles des sociétés modernes occidentales. Mais, au préalable, notons  pour les non-initiés  que ce terme «narcissisme» provient du mythe grec de Narcisse, beau jeune homme qui, venant un jour à une source d’eau pour apaiser sa soif, vit son reflet dans l’eau et s’extasia devant lui-même: sans s’en douter, il se…

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