
La Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (autre fois, Fête-Dieu) a toujours attiré l’attention affectueuse des Catholiques, et pour cause. Depuis le Moyen-Âge, l’Église a toujours entouré cette fête des plus grands honneurs: messe solennelle, processions, chants, fleurs, reposoirs, … sans oublier ses rejetons obligés: saluts du Saint-Sacrement et adorations des Quarante heures! Mais d’où vient cet engouement qu’on ne retrouve pas dans les Églises orientales? Et tout d’abord qu’est-ce que l’eucharistie?
« L’eucharistie, est le sacrement de la tendresse de Dieu, écrit le père Rey-Mermet, car Dieu ne crée l’univers que pour s’unir tous les humains dans l’amour ». Et c’est pourquoi l’Incarnation ne se termine pas au Christ mais à tout individu, justement pour que tout individu devienne divin. Merveilleux! Mais mange-t-on le Christ en privé et pour nous-même seulement? Non, on le mange ensemble, communautairement: « Le pain que nous rompons, dit Paul aux Corinthiens, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, nous ne formons qu’un seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique ». La communion nous unis donc les uns aux autres tout en nous unissant à la victime de la croix; car, en nous invitant à manger son corps livré et à boire son sang versé, Jésus nous intègre à sa propre offrande pour ne faire qu’un avec lui. Dans l’eucharistie, Jésus ne pouvait que se faire assimilable. Sans être exclusif, l’eucharistie demeure donc le moyen par excellence de notre assimilation au Christ.
La présence réelle et substantielle de Jésus dans ce sacrement a souvent été mise en doute, et spécialement depuis 500 ans, par les Protestants qui n’y voient qu’un pur symbole. Face à cette hérésie, les réactions du magistère de l’Église ne se firent pas attendre avec la tenue du concile de Trente (16e siècle). Cependant, cette insistance sur la présence réelle repoussa dans l’ombre la dimension de nourriture du sacrement au profit de l’adoration: on encouragea avec succès diverses démonstrations publiques (processions, saluts et bénédictions) mais, le Jansénisme aidant, la communion, elle, devint plus rare. Quoiqu’il en soit, se développa peu à peu dans l’Église Catholique une dévotion eucharistique, inconnue (sous cette forme) de l’Église Orientale, qui parvint néanmoins à se comparer avantageusement à une autre dévotion propre aux Orientaux: celle des icônes. Faut-il s’en offusquer? À chaque Église sa grâce particulière! Quoique puissent en penser certains liturgistes, le culte eucharistique en dehors de la messe s’est quand même avéré source de grâces et de consolations pour de nombreux fidèles, au cours des siècles. Le Pape François lui-même n’a-t-il pas privilégié l’adoration silencieuse devant le Saint-Sacrement lors de sa prière publique à la basilique Saint-Pierre en 2020, au tout début de la pandémie?
Jésus adorable donc, mais aussi et surtout Jésus assimilable! Voila un mystère de foi qui ne cesse de révéler ses richesses spirituelles. Sacrement de la tendresse de Dieu, son but avoué est de nous unir à Lui dans une étreinte éternelle. Puissions-nous tous en profiter!








Si tu savais le don de Dieu
Être à l’écoute de Dieu, c’est s’exposer à en recevoir des enseignements imprévus qui nous attirent vers le haut. Ce fut le cas de Nicodème et c’est maintenant le cas de la Samaritaine. C’est également là le message que veut souligner dom Guillerand dans son commentaire biblique :
« Le tour que Jésus donne immédiatement à cet entretien n’est pas moins déconcertant. Il fait avec cette femme ce qu’il a fait avec Nicodème. Il l’entraîne du premier coup sur des terres et à des hauteurs où il est impossible qu’elle puisse atteindre. « Si tu savais le don de Dieu, et si tu connaissais celui qui te parle, c’est toi qui lui demanderais à boire et il te donnerait de l’eau vivre » (Jean 4, 10). Quelle impression exacte avait provoquée dans l’esprit de la Samaritaine la première parole du Sauveur (« Donne-moi à boire ») ? Il est difficile de le préciser … et il est inutile de le faire puisque l’Esprit-Saint n’a pas cru devoir nous le dire. Mais à coup sûr elle était loin de la préparer à cet envolée subite de l’entretien. Il demandait alors, maintenant il offre de donner ce qui lui manquait; il s’agissait de l’eau du puits de Jacob, il s’agit maintenant d’une eau puisée à la source même de toute vie et que Dieu lui-même verserait ; il apparaissait comme un pauvre Juif épuisé qui a besoin d’une gorgée … et le voilà maintenant avec les traits d’un personnage mystérieux qui dispose d’une eau vive et d’une puissance supérieure à la terre.
La Samaritaine en est manifestement saisie. Le titre qu’elle lui donne montre que la parole de cet étranger a quelque chose qui ne permet pas de la mépriser. Elle ne comprend pas; mais elle devine que ce qu’elle ne comprend pas peut être. En face de ce qu’on lui dit son esprit s’ouvre à un par-delà qu’elle croit possible. Le mystérieux étranger mérite qu’on l’écoute : et elle entre dans les rapports d’âme où il l’attire et qui la conduiront à la foi. Déjà elle croit que celui qui lui parle peut être un envoyé de Dieu. Quelques mots à peine ont établi le contact que quelques autres, presque aussi courts, transformeront en adhésion et en union d’âme. Cependant, elle reste encore sur le terrain matériel. Elle ne rejette pas l’idée d’une puissance divine, mais d’une réalité surnaturelle et spirituelle : « Seigneur, dit-elle, vous n’avez rien pour puiser et le puits est profond ! Où prendrez-vous de l’eau vive ? Êtes-vous plus grand que notre père Jacob, qui a creusé ce puits et qui nous a donné cette eau ? » Elle est surprise et veut savoir; elle n’est pas incrédule et ne se ferme pas à la Lumière. Elle a bien l’état d’âme que Jésus aime, et il va la satisfaire.
Il précise le terrain où se meut sa pensée et où il veut attirer la pensée de son interlocutrice. Il ne s’agit pas d’une eau ordinaire qui calme une soif ordinaire. Il s’agit d’une eau qui supprime toute soif : « Quiconque boit de l’eau qui est dans le puits de Jacob, aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je donnerai sera désaltéré pour toujours ». Jésus et la Samaritaine ne sont pas encore sur le même plan de pensée, mais déjà les âmes sont accordées. Le divin Maître a penché son âme vers cette âme en lui parlant malgré les différences de nationalités hostiles ; la femme de Sichem n’a pas repoussé la divine avance. Il s’est présenté comme un envoyé du ciel, et elle admet qu’il puisse avoir une mission d’en haut. Rien ne les sépare que ce qu’il n’a pas fait encore, mais qu’il fera sans tarder. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 224 s)
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