Il est venu révéler l’amour du Père

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Dom Augustin Guillerand poursuit son commentaire de l’entrevue de Jésus avec Nicodème (Jean 3, 14) et il montre comment la crucifixion du Christ dévoile l’amour du Père. Le Royaume de Dieu que Nicodème aspire à voir n’est donc, en définitive, que le Royaume de l’amour ; amour perdu par la désobéissance de nos premiers parents mais retrouvé par le baptême qui plonge dans l’Esprit Saint :

« Ce qui est capital ici, c’est l’union : union perdue jadis, union offerte et qu’on peut recouvrer maintenant. Là est la vie ; par là on retrouve la lumière et on peut voir de nouveau le royaume de Dieu. Là on renaît ; on se plonge dans l’Esprit de vie que l’esprit de mort a fait perdre et remplacé. Là on rejoint l’amour que l’Esprit de Dieu avait répandu dans les eaux de l’abîme et dans toute la création, qui animait toute l’œuvre divine et qui, par le cœur croyant d’Adam et d’Ève, devait rentrer avec cette œuvre entière dans le sein du Père.

Le Verbe incarné apporte la révélation de cet amour et, par elle, le salut définitif, la vie éternelle. Il réunit en lui, dans la réalité divino-humaine de son être total fait de tout le ciel et de toute la terre, les éléments divisés … et il refait la synthèse manquée qui est la vie: « L’amour de Dieu pour le monde est tel qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle » (Jean 3, 16). Le tableau d’histoire qui est brossé en ces quelques mots est manifestement très ramassé, mais aussi complet que possible. En définitive, cela seul compte et restera de tous les évènements qui la composent : tout le reste, c’est le mouvement superficiel des eaux du fleuve; elles brillent un instant dans la lumière, reflètent les bords divers et mouvants, mais ne s’arrêtent pas; elles passent ; elles vont au terme, et le terme c’est cet amour, c’est le Fils qui le révèle, c’est le Père qui en est le principe et qui se révèle en le donnant. Quiconque croit cela s’unit à cet amour qui est la vie, et entre dans cette vie qui est la vraie vie. Voir cela, c’est voir le royaume de Dieu que désire Nicodème.

Le royaume de Dieu est donc le royaume de l’amour. En Dieu il n’y a qu’amour; dans tout ce qu’il fait il ne faut voir que cela. La mission du Fils est la révélation de cet amour. C’est cet amour qui l’élèvera en croix et qui en fera le Sauveur du monde ; ceux-là seront sauvés qui croiront à cet amour et qui reconnaîtront dans le Fils de Dieu crucifié la manifestation suprême de l’amour du Père et la communication de sa vie. Leur foi sera le rapport qui les unira au Père et les fera participer à la vie du Fils. Car le Fils ne fait que cela : il voit le Père qui se donne à lui par amour, et il répond éternellement à cet amour en se donnant comme le Père se donne. La vie est ce don mutuel, ce mouvement unique communiqué par le Père au Fils et qui fait rentrer le Fils dans le Père. Le Fils crucifié manifestera ce mouvement aux hommes pour que les hommes puissent le reproduire. Il est venu pour cela ; il sauvera tous ceux qui croiront à cela: le salut de cette foi. « Afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle ». »

(Écrits spirituels, tome 1, page 195 s)

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Allusion à une intervention divine au désert

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Lors de sa rencontre avec Nicodème, Jésus utilisa un symbole bien connu de ce docteur de la Loi pour lui expliquer la guérison spirituelle qu’il est venu apporter sur terre. Dom Guillerand commente ainsi :

« Jésus poursuit ; il continue de répandre ses semences en ce cœur qui s’ouvre ; il l’a amené sur son terrain propre : le terrain de l’union dans la foi en lui ; il l’y affermit : « Comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi doit être élevé le Fils de l’homme, afin que tout homme qui croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jean 3, 14). Les interventions divines au désert tenaient une grande place dans l’histoire du peuple de Dieu. C’étaient des leçons et des espoirs. Elles révélaient la prédilection du Seigneur pour la nation élue ; elles présageaient d’autres réalités dont on ne savaient pas encore le caractère, mais qu’on attendait très belles et définitives. Les âmes en étaient nourries et le Maître était assuré de les rencontrer et de les intéresser en y faisant allusion.

Le serpent d’airain rappelait l’une des plus célèbres. Il unissait en lui deux souvenirs : celui de la perte et celui du salut promis. Le serpent avait entraîné nos premiers parents loin de Dieu, dans la faute. Son image se dressait dans l’imagination comme un symbole de mal. En l’utilisant au désert pour les guérir, Dieu avait jeté sur cette image une lueur d’espérance ; il avait montré qu’il pouvait s’en servir, qu’entre ses mains de toute-puissance et d’amour, tout devenait instrument d’union. Les Juifs avaient médité cela. Nicodème se trouvait là en terre explorée ; probablement il avait exposé lui-même à ses auditeurs ce rapprochement qui réconfortait. Il savait que le serpent d’airain dressé par Moïse au désert pour guérir les morsures des serpents réels n’avait aucune vertu propre ; il ne valait que comme symbole ; il annonçait un Sauveur auquel on devait s’unir par la foi, et c’est cette foi qui guérissait. Le salut était un rapport entre le Sauveur promis et l’âme qui s’attachait à lui et à sa promesse en regardant l’image matérielle. Ce regard confiant rapprochait, unissait, faisait passer la vertu divine dans les cœurs, et par les cœurs dans les corps.

Jésus venait réaliser la guérison spirituelle que la guérison des corps annonçait. Il était le serpent dont la pensée éveillée par le serpent d’airain apportait la vie. Le serpent maudit avait au paradis terrestre réussi à interrompre le cours en tournant le regard vers la créature. Jésus demandait que le regard se détournât de la créature qui l’avait attiré pour la perte, et se retournât vers lui pour le salut. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 194 s)

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Jésus affirme sa supériorité

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Dans sa discussion avec Nicodème, docteur en Israël, Jésus ne peut passer sous silence le fait que sa science ne vient pas d’études théologiques mais bien de sa propre connaissance « nous parlons de ce que nous savons ». Notre commentateur chartreux n’hésite pas à le souligner :

« Comment cela peut-il se faire ? » (Jean 3, 9) Devant ce maître en Israël, pour la gloire de son Père, de son Esprit, de ce royaume, de cette vie qu’il répand, Notre-Seigneur ne craint pas d’affirmer et de souligner encore sa supériorité sans bornes : « Comment, dit-il, tu es docteur et tu ne sais pas cela ? » Cette supériorité est double : d’abord il sait ce dont il parle, et il tient à ce qu’on sache sa science : « Nous parlons de ce que nous savons, nous sommes témoins de choses que nous voyons … et pourtant vous n’acceptez pas notre témoignage ». Jésus ne recule pas devant le reproche et ne craint pas de le donner sous forme nette et sentie ; mais il dépasse le reproche et va par delà la peine que la sensibilité peut en ressentir jusqu’à la vie spirituelle qui doit en naître. Cette vie, les Juifs qui l’entendront ne sauront pas la recevoir ; il en souffre et il le dit.

Pour Jésus, ce terrain de la vie divine n’est pas seulement une science qu’il a étudiée ; c’est la connaissance de ce qu’il voit et de ce qu’il vit. Il dit l’objet de sa vision, et cette vision est sa vie même ; il est témoin, et c’est un témoignage qu’il apporte. De là sa supériorité et le caractère aisé, simple, familier, de son exposé. Il parle du ciel et des choses du ciel, c’est ce qu’on en peut voir en les regardant à partir de la terre, et c’est ce qu’on en peut exprimer avec notre langage humain. S’il n’est pas entendu quand il emploie ce langage et présente cet aspect du mystère, comment le sera-t-il quand il découvrira les intimes secrets ? Comment cela sera-t-il ? Il va l’expliquer sur-le-champ. Entre le ciel et la terre il existe un trait d’union ; il y a quelqu’un qui va de l’un à l’autre et qui sert d’intermédiaire; il y a un médiateur. Médiateur unique, mais qui s’offre à rétablir en lui tout rapport : « Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est au ciel ». (…)

La foi qui fait pénétrer dans la patrie est donc la foi en lui, Jésus. On ne peut y entrer qu’en lui et par lui. Il est le signe divin donné au monde pour que le monde uni à lui s’unisse à Dieu et voie le céleste royaume. C’est précisément ce que demandait Nicodème. À travers le mouvement souple de ses réponses à première vue décousues et si déconcertantes, le Maître a donné toute satisfaction à ce disciple. Aussi celui-ci arrête là ses questions. A-t-il compris à quel point Jésus a éclairé le problème qui l’intéresse ? Les auditeurs du Sauveur devinaient plus qu’ils ne comprenaient ; ils sentaient plus qu’ils ne voyaient. Ils se sentaient en face de quelqu’un qui disposait vraiment de la lumière et de la vérité. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 193 s)

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Jésus achève la création de l’homme

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Lors de son entretien nocturne avec Nicodème (Jean 3, 1-21), Jésus lui explique la « nouvelle naissance » qui s’impose à toute personne désirant entrer dans le Royaume de Dieu. Il le fait en soulignant l’importance de l’eau et de l’Esprit, deux éléments déjà présents lors de la création du monde. Écoutons, encore une fois, dom Guillerand nous en décrire la trame en référence au récit biblique de la création :

« La nouvelle naissance dont Jésus parle n’exige pas un retour au sein maternel. C’est une naissance de l’Esprit ; il faut donc rentrer dans cet Esprit. Il révèle ainsi immédiatement où il faut le rejoindre, et ce qu’il apporte au monde. L’eau et l’Esprit, ce sont deux principes qui ont tout fait au début des choses. Jésus vient reprendre l’œuvre défaite et la refaire … ou simplement l’achever. Le terme, c’est le Royaume de Dieu, c’est Dieu connu et aimé et régnant par cette connaissance et cet amour sur les êtres qui en sont capables.

Or, il a donné de pouvoir le connaître et l’aimer en infusant son Esprit au premier homme. Toutes les œuvres précédentes tendaient à cette communication suprême. Elles préparent la matière à l’accueillir. Le limon est cette matière, les plantes et le règne animal entretiennent et développent le corps que Dieu en tire et auquel il infuse son Esprit. La lumière et les foyers qui la répandent dirigent l’homme dans l’usage qu’il fait de tout cet ensemble mis à son service. L’Esprit Saint, répandu dans le corps humain, l’illumine d’une lumière supérieure, le met en rapport avec le même Esprit qui s’est caché dans les choses inférieures. Ses organes, ses sens, s’emparent de ces choses, les font entrer en lui ; l’Esprit qui l’habite les y rejoint, les reconnaît, lui dit: « L’Être qui est a fait tous ces êtres, il les a faits par amour et pour que tu adores et tu aimes cet amour ».

L’homme n’a pas su dépasser le voile : il s’est arrêté, il a adoré ce que Dieu a fait, au lieu d’aller jusqu’à Celui qui a tout fait. Jésus, l’image parfaite, vient reprendre l’œuvre en nous communiquant son Esprit qui procède du Père, et le révèle. Animé de cet Esprit, l’homme retrouvera le Père dans le monde et lui offrira l’hommage de ce monde. Tel est le royaume que Jésus connaît parce qu’il a l’Esprit du Père, et dont il vient rouvrir les portes. Il s’est plongé dans les eaux de l’abîme en prenant notre chair et en recevant le baptême du Précurseur. On trouve donc en lui les deux éléments de résurrection, et il les offre à Nicodème. En entrant dans les eaux, il leur a communiqué son Esprit vivifiant. Tout homme qui s’y plongera comme lui, après lui, en sera vivifié.

Et il explique sa déclaration. Il l’explique comme il sait expliquer, par de grands éclairs, de la lumière concentrée qu’il faut regarder longuement pour en extraire tout ce qu’elle enferme de clarté. Le principe est d’une simplicité extrême comme tout ce qui est très profond et touche aux sources mêmes des choses. Les philosophes l’énoncent en termes philosophiques et abstraits. Ils disent : « Tout agent fait quelque chose qui lui ressemble ». Il s’exprime dans ses actes ; un acte est une manifestation de l’être ; un être ne peut être connu que par ce qu’il fait ; ce qu’il fait c’est ce qu’il est. « La chair produit donc la chair ; et l’Esprit produit l’Esprit » (Jean 3, 6). La conclusion s’impose, est d’une clarté aveuglante. Pour voir Dieu, il faut l’Esprit de Dieu, et pour avoir l’Esprit de Dieu il faut être né de Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 189 s)

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Une réponse déconcertante

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Nicodème, docteur juif, est impressionné par le ministère de ce jeune thaumaturge et, le considérant comme un homme de Dieu, veut obtenir de lui une ligne de conduite pour sa vie spirituelle. La réponse de Jésus est des plus déconcertantes: « Il faut renaître! ». Écoutons le commentaire de dom Guillerand à ce sujet :

« Nicodème parle au nom d’un groupe, peut-être assez nombreux. À ce début de la vie publique, Notre-Seigneur n’avait pas encore déchaîné l’hostilité des dirigeants. Les miracles frappaient des âmes neuves, dans l’attente d’un envoyé divin, et provoquaient en elles l’intérêt, l’espérance ; le désir de se renseigner, de faire avec ce thaumaturge une connaissance plus poussée est tout naturel. Le docteur juif n’hésite pas à avouer son impression nettement favorable qui est déjà la foi. Ce qu’il demande, ce n’est pas que cette foi soit accrue, c’est de connaître à quoi elle l’oblige et quels devoirs pratiques elle lui impose. Il est en face de quelqu’un qui parle et agit au nom de Dieu. Il veut savoir de lui ce que Dieu demande pour lui faire place en son royaume attendu.

C’est en ce sens que Jésus lui répond … et il répond certainement dans le sens où cette âme lui parle. Pour avoir place au royaume de Dieu, une seule condition est requise : « Il faut renaître: renasci denuo ». La réponse du Maître porte sa marque; elle va droit au but: nul détour, nulle parole de présentation, nul compliment, rien d’humain. Sa formule va déconcerter son interlocuteur ; il ne s’en soucie pas. Vraisemblablement même, il veut cette impression qui frappe un esprit et le rend plus attentif.

Le résultat est obtenu, Nicodème n’en revient pas : « Comment, dit-il, un homme déjà âgé peut-il renaître ? ». On ne naît qu’une fois, comme on ne meurt qu’une fois. Quand on est entré dans la vie, on ne peut plus qu’avancer sur le chemin : retourner en arrière est impossible. Le docteur a raison, Jésus aussi. Mais ils ne sont pas sur le même terrain et ne parlent pas la même langue. Jésus parle la langue du divin royaume, Nicodème celle de la terre. Ils ne s’entendent pas ; ils s’entendront quand le Sauveur aura attiré et entraîné cette âme chez lui, comme il a fait déjà pour les deux disciples qui lui ont demandé où il habitait : « En vérité, en vérité je vous le déclare, si un homme ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint, il ne peut entrer au royaume de Dieu ». Jésus reprend son affirmation en lui donnant un caractère plus solennel qui sera courant dans son langage quand il abordera un point de doctrine capital et déconcertant : « En vérité, en vérité » veut dire : je vous assure qu’il en est ainsi et qu’il est impossible qu’un esprit s’accorde à mon esprit s’il ne s’ouvre à cet enseignement. À cette affirmation solennelle, Notre-Seigneur ajoute déjà un commencement d’explication. La nouvelle naissance dont il parle n’exige pas un retour au sein maternel. C’est une naissance de l’Esprit ; il faut donc rentrer dans cet Esprit. Il révèle ainsi immédiatement où il faut le rejoindre, et ce qu’il apporte au monde. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 188 s)

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Un homme qui veut voir et savoir

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L’itinéraire monastique de dom Augustin Guillerand

Voici un bref aperçu, en images, des différentes étapes de la vie monastique de l’abbé Maxime Guillerand, jeune curé français de Nevers entré en chartreuse en 1916, à l’âge de 38 ans. Il y recevra le nom religieux de DOM AUGUSTIN.

Chartreuse de La Valsainte

C’est en temps de guerre que le jeune abbé, «réformé» à cause d’une santé précaire, fait son entrée dans la vie religieuse. Les Pères Chartreux vivant alors en exil et c’est dans un couvent suisse (La Valsainte) que Maxime sera accepté le 28 août 1916. C’est là qu’il fera sa profession perpétuelle en 1921, et il y vivra jusqu’en septembre 1929. Voici quelques photos de ce couvent.

Chartreuse de San Francesco

Expérimentant une certaine fatigue nerveuse, dom Augustin est envoyé dans le sud de la France pour y refaire sa santé. Après un séjour de quelques mois à la Chartreuse de Montrieux, il est nommé, en 1929, «vicaire» (aumônier) d’un couvent de moniales, la Chartreuse de San Francesco près de Turin (Italie). Ce fut un temps précieux pour lui alors qu’il exerça avec succès ses talents de confesseur et de père spirituel. La vie des moniales chartreuses était depuis toujours plus communautaire que celle des pères; ce n’est que depuis les années 70 que les moniales ont adopté la vie en cellule isolée tout comme les moines. Dom Augustin y demeura environ cinq ans. Voici quelques images de cette chartreuse, ancien couvent franciscain, que les religieuses ont quitté vers 1995 et qui a été reconvertie en auberge de luxe tout en conservant un certain cachet de retraite silencieuse.

Chartreuse de Vedana

En janvier 1935, dom Guillerand est nommé prieur d’un couvent de pères, la Chartreuse de Vedana, situé au nord de la Vénétie au pied des Dolomites. Il y restera jusqu’à la déclaration de la guerre entre la France et l’Italie, en 1940. Voici quelques photos de ce monastère qui continua à être occupé par les moines jusqu’en 1977, puis par des moniales de 1998 à 2014. En 2018, c’est une communauté de contemplatives de clôture, les Adoratrices perpétuelles du Saint-Sacrement, qui en prit possession.

La Grande Chartreuse

La déclaration imminente de la guerre entre la France et l’Italie en 1940 a forcé les Pères français a réintégrer au plus vite leur pays. Après un bref séjour à la Chartreuse de Sélignac, dom Guillerand rejoignit le couvent de la Grande Chartreuse où l’avaient précédé quelques religieux dont le Père Général, dom Ferdinand Vidal. On peut s’imaginer la joie de ces religieux de reprendre contact avec le berceau de l’Ordre demeuré inoccupé depuis 1903. Nommé père coadjuteur, dom Guillerand y vivra ses dernières années. C’est là, nous dit son biographe, qu’il mourut le 12 avril 1945, à 16h30, en pleine connaissance et presque sans témoin. Il avait 67 ans dont 29 comme chartreux. Voici quelques photos de ce haut-lieu de la spiritualité cartusienne.

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Triomphe incomparable de la vie sur la mort

Il Risorto

Lumière du monde, ô Jésus,

Bien que nous n’ayons jamais vu

Ta tombe ouverte,

D’où vient en nous, cette clarté,

Ce jour de fête entre les fêtes,

Sinon de toi, ressuscité?

Quand sur nos chemins on nous dit:

Où est votre Christ aujourd’hui

Et son miracle?

Nous répondons: D’où vient l’Esprit

Qui nous ramène vers sa Pâque,

Sur son chemin, sinon de lui?

(La Tour du Pin)

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Oui, le Messie devait souffrir!

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Aux deux pèlerins d’Emmaüs qui retournaient chez eux l’après-midi de Pâques, Jésus ressuscité n’hésita pas à expliquer à même les Écritures la nécessité pour le Messie de souffrir sa passion pour entrer dans sa gloire. La Tradition n’a pas retenu les éléments de cette catéchèse mais voici un texte bien connu de Jésus (et sans doute longuement médité par lui tout au long de sa vie) qui résume fort bien le Plan providentiel du Salut:

« Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n’était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche: comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est soucié de son destin? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. On l’a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis; et pourtant, il n’a jamais commis l’injustice ni proféré le mensonge. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours: par lui s’accomplira la volonté du Seigneur.

À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés. C’est pourquoi je lui donnerai la multitude en partage, les puissants seront la part qu’il recevra, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. » (Isaïe 53, 2-12)

Quelques années auparavant, Jésus s’était effectivement chargé de nos péchés au Jourdain, lors de son baptême par Jean. Il ne pouvait logiquement qu’en prévoir, tôt ou tard, le dénouement tragique: « Mais s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours ». Pourquoi un tel cheminement avec souffrances et résurrection? Difficile pour nous qui vivons au 21e siècle de comprendre tout le rationnel de l’Ancien Testament face à la valeur d’un sacrifice expiatoire. De même, il nous est peu aisé de voir en Jésus un nouvel Adam, capable de refaire l’histoire de l’humanité. Il nous est par contre plus facile de comprendre l’amour incomparable d’un homme-Dieu qui donne sa vie pour ses amis. On peut également discerner la valeur exemplaire d’un geste combien encourageant pour des disciples appelés au renoncement de soi et à l’obéissance à Dieu. On peut aussi, hélas, se confondre en toutes sortes d’explications s’efforçant de justifier ce qui paraît injustifiable.

Pourquoi donc le Messie devait-il souffrir? La réponse définitive ne peut que se trouver dans le Plan divin dont la profondeur nous échappe … « mais s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours: par lui s’accomplira la volonté du Seigneur ». Devant une telle volonté du Seigneur on ne peut que s’incliner!

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Concernant la torture du crucifié

Les évangiles n’étant pas des biographies de Jésus mais plutôt des mises par écrit de la prédication des Apôtres, il est normal que ces documents, tout en se référant principalement à la mort du Christ, ne nous aient pas donné des comptes rendus journalistiques de la crucifixion elle-même. Ainsi, l’évangéliste Marc résume de façon très succincte cet évènement « Et ils (les soldats romains) lui donnaient du vin mêlé de myrrhe, mais il n’en prit pas. Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun » (Marc 15, 23-24). Les autres évangélistes ne sont pas plus loquaces à ce sujet … et on peut le comprendre d’une certaine façon, car ce genre de mise à mort, des plus fréquents dans l’empire romain, n’avait pas à être détaillé. Notons que cette mort humiliante, réservée normalement aux esclaves, n’était pas infligée aux citoyens romains.

À deux mille ans de distance, il n’est peut-être pas inutile de se remémorer certains éléments de la passion de Jésus qui, pour diverses raisons, risquent d’être banalisés. S’il convient de ne pas tomber bêtement dans un certain voyeurisme, il faut bien avouer par ailleurs que plusieurs représentations du divin crucifié versent dans l’angélisme le plus naïf: un beau Jésus, tout propre pour ne pas dire exsangue, qui tient facilement de brefs discours avec son entourage pour ensuite mourir presque subitement, sans convulsions. Or la torture infligée aux crucifiés était toute autre chose qu’une mort tranquille!

Rappelons brièvement les souffrances infligées au Christ avant son arrivée au Calvaire. Tout d’abord, une flagellation inhabituelle, imposée par un gouverneur désireux d’attendrir la foule, subterfuge cruel qui s’est avéré inutile mais dont le corps de Jésus a fait les frais. Puis une séance de moqueries et de sévices gratuits infligés par la garde du prétoire pour ridiculiser sa royauté. Enfin, l’acheminement des condamnés au lieu d’exécution, chacun portant son patibulum (partie transversale de la croix destinée au crucifiement): déambulation pénible dans les ruelles de Jérusalem, chutes fréquentes et non protégées par les mains ligotées à la poutre: ecchymoses et visage tuméfié (le Saint Suaire de Turin, examiné soigneusement par Mgr Giulio Ricci, révèle entre autres blessures un nez fracturé et un œil droit complètement bouché). Au cours du trajet, l’état piteux de Jésus obligea les soldats à réquisitionner l’aide d’un passant pour porter la poutre derrière lui.

Quant à la crucifixion proprement dite, elle pouvait se faire de diverses manières, allant de l’attachement avec cordes (se prolongeant des jours entiers jusqu’à ce que mort s’en suive) au percement des mains et pieds avec clous de fer. Le choix était souvent aléatoire et laissé aux exécuteurs mais, dans le cas du Christ, on sait très bien quelle décision fut prise. Il était 9h, nous dit saint Marc. Les soldats commencèrent par clouer les mains au patibulum (le docteur Pierre Barbet suggère une percée aux poignets alors que le pathologiste Frédéric Zugibe opte vers le haut de la paume des mains). De toute façon, le sectionnement des muscles ne pouvait que provoquer une douleur atroce. Puis venait la fixation du patibulum au poteau vertical déjà en place et finalement le percement des deux pieds, l’un par dessus l’autre, à l’aide d’un seul clou. C’est alors que la souffrance du crucifié atteignait son paroxysme car, pour respirer, il devait se dresser vers le haut (en s’appuyant douloureusement sur le clou des pieds) pour ensuite s’abaisser et ressentir l’exacerbation des douleurs aux mains. La crucifixion des pieds nécessitait donc la flexion préalable des jambes pour permettre ce mouvement respiratoire, sinon c’était l’asphyxie au bout de quelques minutes. C’est dans ce contexte de mouvements pénibles et répétées qu’il nous faut placer les quelques mots prononcés par Jésus, balbutiements à peine audibles mais que les évangélistes nous ont transmis minutieusement dans leur intégralité. L’aggravation inexorable des convulsions laisse présumer que la plupart des échanges verbaux eurent lieu dans les premières heures de la crucifixion. La posture du Christ en croix n’avait donc rien de statique … et ses spasmes d’agonisant ne prendront fin qu’à sa mort, vers 3h de l’après-midi. Les malfaiteurs, quant à eux, ont-ils été attachés à leur croix avec des cordes? Impossible de le savoir, mais leur facilité apparente de converser ainsi que la nécessité de leur fracturer les jambes pour hâter leur mort semblent l’indiquer.

Mort ignominieuse du Messie, mystère insondable de souffrances de toutes sortes: pourquoi devait-il en être ainsi? C’est ce que nous verrons dans quelques jours, le Vendredi Saint!

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