Cette nuit qui devient lumière

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La foi chrétienne est une grâce en constante évolution ! Ce don extraordinaire, qui échappe malheureusement à beaucoup de personnes aujourd’hui, ne peut s’enraciner en nous sans des éclipses brutales et douloureuses. Tous les auteurs spirituels nous parlent de ces nuits obscures que doivent traverser les âmes ferventes sous peine de stagner dans une spiritualité sans lendemain. Dom Augustin Guillerand, cet écrivain éclairé et bien-aimé, nous en parle ici en des termes qui laissent voir le fruit de son expérience en la matière :

« Ce n’est pas dans la lumière d’une parole qu’il faut chercher la lumière. La lumière d’une parole c’est encore du créé, de l’éphèmère, du néant. Si nous nous y attachons, nous restons en route, nous n’atteindrons jamais le terme. Voilà pourquoi Dieu fait aux âmes qu’il aime la grâce de la leur refuser. Il les laisse dans la nuit. Et c’est la nuit qui devient la lumière. La vraie lumière brille dans les ténèbres. Mais il faut s’habituer à l’y trouver. Au début, on est épouvanté : la lumière est chose si douce et si nécessaire ! Peu à peu cependant le jour se lève. On voit que la lumière qui manque est une lumière inférieure, et que celle qui grandit est plus pure.

La lumière qui manque à cette heure-là c’est la nôtre. Nous ne voyons plus notre état de grâce, ou mieux nous ne la sentons plus. Nous ne trouvons plus en nous-mêmes la douce assurance d’être à Dieu. Ce que nous trouvons en nous-mêmes c’est la division et la nuit. Il faut dépasser cela : il faut sortir de nous ; il faut mépriser la voix qui doute, ou qui discute, ou qui se désespère. Il faut écouter l’autre, celle du fond intime et qui nous dit : « Dieu est amour. Pour se séparer de lui il faut un acte de la faculté d’aimer, il faut un amour qui s’oppose à son amour. Je ne vois pas cela en moi, donc … ». Voilà la lumière vraie, celle qui brille dans les ténèbres. Mais parce qu’elle brille dans les ténèbres, il faut connaître des heures de ténèbres. (…)

Le brouillard, la nuit et l’anxiété sont dans le plan divin, qui mène à la grande clarté. Il faut croire avant de voir, il faut croire à Celui qui voit, pour voir un jour ce qu’il voit et comme il voit. Il l’a voulu ainsi. Il y trouve gloire et joie. Celui qui ne voit que la nuit et qui lui dit : « Mon Dieu, je ne vois rien ; mais puisque vous me dites que cette nuit c’est votre lumière, je le crois. Tout en moi me dit le contraire ; j’immole ce moi, je vous écoute contre lui, je vous préfère à lui », celui-là met Dieu à sa vraie place, la première. Il est clair que c’est le grand sacrifice : « qu’il se renonce » ; car la raison qui dit : « C’est la nuit », est la citadelle du moi ; quand on l’immole, on donne tout : « Et la nuit devient ma lumière dans mes délices ». Cette nuit acceptée. cette nuit, que la raison nomme nuit, mais que Dieu appelle lumière, s’éclaire soudain et devient le rayon délicieux, l’aube naissante de l’éternelle Clarté. « 

(Écrits spirituels, tome 2, page 216 s)

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Église catholique et foi en Dieu

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La Foi est ce qui nous fait vivre, nous, chrétiens. Cette Foi nous a été transmise par les Apôtres et elle est contenue essentiellement dans les deux grands Symboles de la foi : le Symbole des Apôtres (qui est l’antique symbole baptismal de l’Église de Rome) et le Symbole de Nicée-Constantinople (fruit des deux premiers Conciles œcuméniques, soit Nicée en 325 et Constantinople en 381). Il est important d’ajouter que ces deux anciens symboles ou professions de foi sont propres à toutes les grandes Églises d’Orient et d’Occident. Voici comment l’Église Catholique explicite l’essentiel de sa foi en Dieu, source de toutes les autres vérités:

36. Pourquoi la profession de foi commence-t-elle par « Je crois en Dieu » ?

Parce que l’affirmation « Je crois en Dieu » est la plus importante. Elle est la source de toutes les autres vérités sur l’homme et sur le monde, et de toute la vie de ceux qui croient en Dieu.

37. Pourquoi professons-nous un seul Dieu ?

Parce que Dieu s’est révélé au peuple d’Israël comme l’Unique, lorsqu’il dit : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique » (Deutéronome 6, 4), « Il n’y en a pas d’autre » (Isaïe 45, 22). Jésus lui-même l’a confirmé: Dieu est « l’unique Seigneur » (Marc 12,29). Professer que Jésus et l’Esprit Saint sont, eux aussi, Dieu et Seigneur, n’introduit aucune division dans le Dieu unique.

43. Que comporte la foi en un seul Dieu ?

Croire en un seul Dieu comporte de connaître sa grandeur et sa majesté, de vivre en lui rendant grâce, d’avoir toujours confiance en lui, même dans l’adversité, de reconnaître l’unité et la vraie dignité de tous les hommes, créés à son image, d’user avec rectitude de sa création.

44. Quel est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne ?

Le mystère central de la foi et de la vie chrétienne est le mystère de la Sainte Trinité. Les chrétiens sont baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

45. Le mystère de la Sainte Trinité peut-il être connu par la seule raison humaine ?

Dieu a laissé des traces de son être trinitaire dans la création et dans l’Ancien Testament ; mais la profondeur de son Être comme Trinité sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison humaine, et même à la foi d’Israël avant l’Incarnation du Fils de Dieu et l’envoi de l’Esprit Saint. Ce mystère a été révélé par Jésus-Christ et il est à la source de tous les autres mystères.

46. Qu’est-ce que Jésus Christ nous révèle du mystère du Père ?

Jésus Christ nous révèle que Dieu est « Père », non seulement parce qu’il est le Créateur de l’univers et de l’homme, mais surtout parce qu’il engendre éternellement en son sein le Fils, qui est son Verbe « reflet resplendissant de la gloire du Père, expression parfaite de sa substance » (Hébreux 1, 3).

47. Qui est l’Esprit Saint, que Jésus Christ nous a révélé ?

Il est la troisième Personne de la Sainte Trinité. Il est Dieu uni au Père et au Fils, et égal à eux. Il « procède du Père » (Jean 15, 26) qui, en tant que principe sans commencement, est l’origine de toute la vie trinitaire. Il procède aussi du Fils (Filioque) par le don éternel que le Père fait de lui au Fils. Envoyé par le Père et le Fils incarné, l’Esprit Saint conduit l’Église à la connaissance de « la Vérité tout entière » (Jean 16, 13).

48. Comment l’Église exprime-t-elle sa foi trinitaire ?

L’Église exprime sa foi trinitaire en confessant un seul Dieu en trois Personnes: Père, Fils et Esprit Saint. Les trois Personnes divines sont un seul Dieu, parce que chacune d’elles est identique à la plénitude de l’unique et indivisible nature divine. Elles sont réellement distinctes entre elles par les relations qui les mettent en rapport les unes avec les autres. Le Père engendre le Fils, le Fils est engendré par le Père, le Saint Esprit procède du Père et du Fils.

(Extrait du Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)

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Un quatrième Dieu ?

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Dans son livre « Insight » paru en 1957, le jésuite canadien Bernard Lonergan fait allusion à la foi populaire de plusieurs Chrétiens qui, tout en confessant religieusement « Un Dieu en trois Personnes », les traitent en pratique comme trois Dieux, à leur insu bien sûr ! C’est qu’il est excessivement difficile pour monsieur Tout-le-monde d’assimiler adéquatement ce mystère insoluble dans l’exercice de sa vie chrétienne. D’où, par exemple, la difficulté pour un très grand nombre d’identifier le Dieu d’Israël comme étant l’une des trois Personnes divines … comme si ce Dieu des Juifs était plutôt la synthèse des Trois Personnes divines révélées plus tard par Jésus-Christ : y aurait-il là un quatrième Dieu qui englobe les autres ? Un concept malheureusement renforcé, bien qu’involontairement, par nos théologiens occidentaux suite à leur emphase maladroite de l’unique Nature de Dieu, au détriment des Personnes divines : l’image, pour les non-initiés, d’un Dieu « supérieur » qui comprendrait implicitement trois Personnes divines. Ouf !

Un faux dilemme, évidemment ! Rappelons-nous que Jésus n’est pas venu sur terre pour fonder une nouvelle religion mais bien pour accomplir les Écritures juives. Il était Juif, né d’une famille juive et fier de ses racines (en concordance avec son statut de Messie promis à Israël). S’il a simplifié la religion révélée et s’il a signé de sa mort une nouvelle et éternelle Alliance, c’était avant tout par souci d’élargir l’accessibilité de la connaissance du vrai Dieu au plus grand nombre possible de ses coreligionnaires et de ses frères humains. Le Dieu d’Abraham, ce Dieu « de l’Ancien Testament » qu’il a aimé, qu’il a prié et auquel il s’est offert en victime d’expiation pour les péchés du monde, est bien celui qu’il appelle Père et au Royaume duquel il veut intégrer tous ses disciples : un Dieu, dit-il, qui seul est bon, qui seul est Père, qui seul est saint. Bref, le Christ n’est pas venu sur terre pour prendre la place de Dieu mais au contraire pour servir de Chemin à sa connaissance unitive et béatifiante.

Un Dieu en trois Personnes. Mystère qui nous dépasse facilement, avouons-le ! Il n’en reste pas moins que l’Église, animée par l’Esprit, nous fait vivre ce mystère trinitaire par sa catéchèse et par sa liturgie : en effet, la quasi-totalité des prières de la messe (ainsi que des sacrements) sont dirigées vers le Père et ne se réfèrent à Jésus que pour en appeler à ses mérites (« Par Jésus Christ, ton fils, Notre Seigneur … »). Depuis 4 000 ans, le Père ne cesse d’être le Dieu de tous les croyants et, depuis 2 000 ans, nous les Chrétiens jouissons de cette familiarité que donne la vie dans l’Esprit et de cette identité avec le Fils que donne le baptême. La divinité de ces deux dernières Personnes ne doit donc pas nous distraire du Dieu Père mais au contraire nous unir à Lui d’avantage : « Vous donc priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux … » (Matthieu 6, 9).

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Eucharistie assimilable et adorable

La Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (autre fois, Fête-Dieu) a toujours attiré l’attention affectueuse des Catholiques, et pour cause ! Depuis le Moyen-Âge, l’Église a toujours entouré cette fête des plus grands honneurs : messe solennelle, processions, chants, fleurs, reposoirs, sans oublier ses rejetons obligés : salut du Saint-Sacrement et adoration des Quarante heures ! Mais d’où vient cet engouement qu’on ne retrouve pas dans les Églises orientales ?

Et tout d’abord qu’est-ce que l’eucharistie ? « L’eucharistie, est le sacrement de la tendresse de Dieu, écrit le père Rey-Mermet, car Dieu ne crée l’univers que pour s’unir tous les humains dans l’amour ». Et c’est pourquoi l’Incarnation ne se termine pas au Christ mais à tout individu, justement pour que tout individu devienne divin. Merveilleux ! Mais mange-t-on le Christ en privé et pour nous-même seulement ? Non, on le mange ensemble, communautairement : « Le pain que nous rompons, dit Paul aux Corinthiens, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, nous ne formons qu’un seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique ». La communion nous unis donc les uns aux autres tout en nous unissant à la Victime de la croix ; car, en nous invitant à manger son corps livré et à boire son sang versé, Jésus nous intègre à sa propre offrande pour ne faire qu’un avec lui. Dans l’eucharistie, Jésus ne pouvait que se faire ASSIMILABLE. Sans être exclusif, l’eucharistie demeure donc le moyen par excellence de notre assimilation au Christ.

La présence réelle et substantielle de Jésus dans ce sacrement a souvent été mise en doute et spécialement, depuis 500 ans, par les Protestants qui n’y voient qu’un pur symbole. Face à cette hérésie, les réactions du magistère de l’Église ne se firent pas attendre … et ce fut la tenue d’un Concile (celui de Trente au 16e siècle). Néanmoins, cette insistance sur la présence réelle repoussa dans l’ombre la dimension nutritionnelle du sacrement au profit de son adoration : on encouragea, avec succès, diverses démonstrations publiques (processions, saluts et bénédictions). Malheureusement, et le Jansénisme aidant, la communion eucharistique se fit de plus en plus rare, tant la vénération mal comprise du sacrement incitait les fidèles à s’en abstenir. Mal pour un bien? Toujours est-il que se développa peu à peu dans l’Église Catholique Romaine une dévotion eucharistique particulière, inconnue (sous cette forme) de l’Église Orientale. Dévotion appelée à devenir une caractéristique de notre Église, tout comme l’était d’ailleurs la dévotion des icônes pour notre Église sœur. Faudrait-il s’en offusquer ? À chaque Église sa grâce particulière ! En Occident, Jésus-eucharistie s’est ainsi avéré ADORABLE ! Malgré les réticences de certains liturgistes, le culte eucharistique en dehors de la messe est vite devenu source de grâces et de consolations pour de nombreux fidèles. Le Pape François lui-même n’a-t-il pas privilégié l’adoration silencieuse devant le Saint-Sacrement lors de sa prière publique, en 2020, à la basilique Saint-Pierre de Rome, au tout début de la pandémie de la Covid-19 ?

Jésus assimilable donc, mais aussi Jésus adorable ! Mystère de foi qui ne cesse de dévoiler, encore aujourd’hui, ses nombreuses et imprévisibles richesses spirituelles. Sacrement de la tendresse de Dieu, son but avoué est de nous unir au Christ dans une étreinte éternelle. Puissions-nous tous en profiter !

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Mystère de Dieu en moi

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Notre religion chrétienne se détache des autres en ce qu’elle nous invite, dès ici-bas, à l’union incomparable avec la divinité. Tous les écrivains catholiques ont traité de ce sujet qui attire, console et transforme. Qui mieux qu’un moine chartreux peut nous en parler ? Laissons, encore une fois, dom Augustin Guillerand nous éclairer à ce sujet :

 » Que l’existence deviendrait grande et belle si nous pouvions nous tenir en contact incessant avec Celui qui est la Bonté même, qui ne peut et ne sait que donner, et qui s’est, par le baptême, installé au fond de nos âmes pour y répandre sans cesse sa vie et sa joie ! Comme tout changerait d’aspect si nous savions rejoindre, simplement de temps en temps, Celui qui a fait de nos cœurs sa résidence et qui nous invite à faire de lui-même notre demeure : « Demeurez en moi, Celui qui m’aime, celui-là observe mes commandements, et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure … Celui qui mange ma chair et boit mon sang, celui-là demeure en moi et moi en lui « .

C’est un mystère sans doute ! Mais l’affirmation est si claire, et il l’a accompagné de tant de preuves de puissance et de vérité ! Et puis, un mystère ? Qu’est-ce que cela ? C’est une vérité que nous ne comprenons pas. En voilà une affaire ! Croire sans comprendre ? Mais nous ne faisons que cela, tous, tous, du matin au soir ! Depuis la première respiration sortie de ma poitrine dont je ne sais pas à fond le mécanisme, et ma première pensée qui l’accompagne dont j’ignore totalement le fonctionnement, en passant par à peu près tous les mouvements de mon corps et de mon âme que les savants expliquent de façons fort différentes, et souvent fort peu et fort mal … je vis de mystères, je suis un mystère vivant à moi-même … et je ne m’arrête pas de vivre pour cela !

Le grand mystère de la présence divine en mon âme est d’un autre genre, sans doute, mais il n’est pas beaucoup plus étrange quand on sait que Dieu est pur esprit et qu’il aime. Ce n’est pas en se touchant, en se respirant ou en se voyant que deux esprits s’unissent, c’est en ayant les mêmes pensées et les mêmes sentiments. Prenons les pensées de Jésus, ses sentiments, ses manières d’être et d’agir, et nous lui serons unis ; notre esprit ne fera plus qu’un avec le sien ; il vivra en nous et nous en lui. C’est pour cela qu’il faut l’étudier ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 181 s)

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Quel bond pour notre nature humaine !

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Difficile pour nous de saisir toute l’importance de l’Ascension du Seigneur pour notre foi chrétienne. Il ne s’agit pas simplement de « disparition » mais de « session », car après nous avoir quitté, l’Homme-Dieu « s’est assis à la droite du Père », c’est-à-dire que la nature humaine fut alors glorifiée d’une gloire dépassant même celle des anges bienheureux ! Fils d’homme, Jésus nous apparaît ainsi davantage comme Fils de Dieu. C’est précisément ce point de notre foi catholique qu’aborde, dans un sermon, ce théologien hors pair que fut le pape saint Léon le Grand. Écoutons-le :

« Dans la solennité pascale, la Résurrection du Seigneur était la cause de notre joie ; de même, sa montée au ciel nous donne lieu de nous réjouir, puisque nous commémorons et vénérons comme il convient ce grand jour où notre pauvre nature, en la personne du Christ, a été élevée plus haut que toute l’armée des cieux, plus haut que tous les chœurs des anges, plus haut que toutes les puissances du ciel, jusqu’à s’asseoir auprès de Dieu le Père. (…)

Les saints Apôtres eux -mêmes, fortifiés pas tant de miracles, instruits par tant de discours, avaient cependant été terrifiés par la cruelle passion du Seigneur et n’avaient pas admis sans hésitation la réalité de sa résurrection. Mais son Ascension leur fit accomplir de tels progrès que tout ce qui auparavant leur avait inspiré de la crainte, les rendait joyeux. Ils avaient dirigé leur contemplation vers la divinité de celui qui avait pris place à la droite du Père. La vue de son corps ne pouvait plus les entraver ni les empêcher de considérer, par la fine pointe de leur esprit, qu’en descendant vers nous et qu’en montant vers le Père il ne s’était pas éloigné de ses disciples.

C’est alors, mes bien-aimés, que ce fils d’homme fut connu, de façon plus haute et plus sainte, comme le Fils de Dieu. Lorsqu’il eut fait retour dans la gloire de son Père, il commença d’une manière mystérieuse, à être plus présent par sa divinité, alors qu’il était plus éloigné quant à son humanité. C’est alors que la foi mieux instruite se rapprocha, par une démarche spirituelle, du Fils égal au Père ; elle n’avait plus besoin de toucher dans le Christ cette substance corporelle par laquelle il est inférieur au Père. Le corps glorifié gardait sa nature, mais la foi des croyants était appelée à toucher, non d’une main charnelle mais d’une intelligence spirituelle, le Fils unique égal à celui qui l’engendre. » (Sermon pour l’Ascension, Sources chrétiennes, 139-141)

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La religion est une pratique, non une science !

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« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23). Cette intimité promise avec Dieu est donc le résultat d’un amour concret qui s’exprime dans l’obéissance aux commandements du Christ (« il gardera ma parole« ) et non pas, remarquons-le, le fruit de la seule connaissance de ces commandements. La religion n’est pas une science mais bien une mise en pratique des conseils de Jésus. C’est pourquoi il est devenu normal d’appeler « pratiquants » les croyants qui vivent sérieusement leur engagement baptismal. Mais laissons la parole à ce maître spirituel, dom Guillerand, afin qu’il puisse nous en montrer toute la beauté :

« N’attendez pas la science pour agir dans le domaine de vos relations avec Dieu. La religion est une croyance et surtout une pratique. Ce n’est pas une science. Elle est un commerce d’amitié avec Dieu. Lui-même se révèle dans ce commerce. Il se révèle dans la mesure où nous l’aimons, non pas dans la mesure où nous sommes savants, même en religion. Il n’est pas requis de connaître avec précision toutes les perfections que Dieu possède, ni de pouvoir exposer avec éloquence tous les arguments prouvant son existence.

Que d’âmes passent leur vie sans cette science et ont sur lui des vues très sûres, nourrissent pour lui des sentiments très vifs et entretiennent avec lui des relations très vivantes ! Elles le voient comme un Père qui sans cesse leur communique ses pensées, ses sentiments, les fait vivre de ces pensées, de ces sentiments, qui est comme leur âme et leur vie profonde, dont l’Esprit est au fond de leur esprit pour les éclairer, les encourager, diriger vers lui toutes les énergies dont elles disposent. Elles aiment ce Père et lui parlent, elles lui disent leurs joies et leurs peines, il est le confident secret de toutes les heures ; il est là, au plus profond d’elles-mêmes, pour les accueillir en sa demeure spirituelle quand elles se tournent vers lui. Elles le savent, elles savent que lui-même les appelle quand une voix intime les invite à penser à lui. Leur pensée rencontre toujours la sienne ; des rapports vivants, incessants, délicieux peuvent se nouer et se développer ainsi avec l’Hôte divin de leur cœur. » (Écrits spirituels, tome 2, page 175)

Dans notre société post-moderne où l’amour authentique est souvent méconnue voir attaquée, il nous restera toujours cette possibilité d’un amour personnel et divin (« mon Père l’aimera« ), une relation désirée par Dieu, une demeure inespérée mais toujours accessible pour qui veut bien suivre honnêtement le chemin de l’Évangile. Alléluia !

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Bienheureuse solitude !

17e

Chartreuse de Farneta (Italie)

Dans la foulée de la canonisation de Charles de Foucauld, l’ermite du désert, voici quelques réflexions concernant l’amour de la solitude. Loin de moi le désir d’encourager cet engouement maladif et manifestement antisocial de ces misogynes optant pour une solitude factice … personnages plus dignes de pitié que d’émulation. Car, notons-le, le véritable ermite ne quitte pas ses frères et sœurs pour se retrouver lui-même mais pour mieux s’unir à l’Autre et, s’il est de foi chrétienne, pour s’unir davantage aux besoins spirituels de ses frères et sœurs.

Ma solitude urbaine actuelle m’apparente un peu à ces chercheurs de Dieu que sont les moines, spécialement ceux qui vivent dans une solitude « adaptée » comme c’est le cas chez les Chartreux. Ces derniers, malgré leur séparation stricte du monde, bénéficient d’une certaine vie communautaire qui équilibre leur vie silencieuse : vivant chacun dans une maisonnette reliée aux autres par un corridor appelé cloître (voir la photo ci-dessus), ils se réunissent trois fois par jour à l’église pour la célébration de certains offices liturgiques. Ils bénéficient également d’un repas communautaire le dimanche ainsi que, chaque semaine, d’une promenade de groupe favorable aux échanges fraternels.

À regarder de plus près la photo ci-dessus, on se rend compte que leurs confrères décédés sont inhumés dans la cour intérieure du cloître ayant pour tout monument une simple croix, sans aucune inscription: complet détachement même dans la mort. Ces hommes ont découvert le secret de la solitude: une présence divine qui les accompagne tout au long de leur journée. En réalité, un ermite chrétien n’est jamais seul ; son silence extérieur n’est là que pour lui permettre de dialoguer plus fréquemment avec son créateur et Père. D’où cette exclamation bien compréhensible de saint Bruno: « Ô bienheureuse solitude, ô seule béatitude ! »

En ce temps pascal 2022, temps de déconfinement et de reprise de vie normale, que saint Charles de Foucauld nous obtienne ce goût de Dieu expérimenté avant tout dans la solitude (même relative), un détachement concret des idoles de ce monde et une recherche de l’Essentiel dans l’humilité de la prière continuelle et du service.

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C’est le mois de Marie !

En ce mois de mai, consacré depuis longtemps à la Vierge Marie, permettez-moi de revenir sur la lettre apostolique de saint Jean-Paul II portant sur l’importance de la récitation du Rosaire et ajoutant, à cette occasion, cinq nouveaux mystères,  soit les mystères lumineux.

En écrivant ce document intitulé « Rosarium Virginis Mariae » (2002), le Pape ne faisait que suivre ses prédécesseurs, notamment Léon XIII et Paul VI, en encourageant les fidèles à réciter le chapelet. Cette dévotion mariale se présente comme une contemplation du Christ à travers les différentes étapes de sa vie terrestre ; d’où les quinze mystères traditionnels (5 joyeux, 5 douloureux et 5 glorieux) pour un total de 150 Je vous salue … . Mais alors, et voici le hic, cette récitation traditionnelle, souvent présentée comme le bréviaire des laïcs (par comparaison aux 150 psaumes récités par les clercs) avait omis la quasi totalité du ministère public du Christ: en effet, des mystères de l’enfance ou joyeux, l’on passait  immédiatement aux récits de la passion soit aux mystères douloureux!

En instaurant ces cinq nouveaux mystères intitulés « lumineux », Jean-Paul II a donc voulu demeurer fidèle à la totalité du message de Jésus en complétant le cycle des mystères de sa vie. Voici la liste des cinq choix arrêtés pour combler cette étape oubliée de la vie publique de Jésus :

  1. Le baptême de Jésus au Jourdain   (Matthieu 3, 13-17) : c’est le début officiel du ministère du Christ et comme le coup d’envoi donné par l’Esprit Saint lui-même.
  2. Les noces de Cana   (Jean 2, 1-12) : cet épisode annonce déjà l’abondance du bon vin que sera le don de l’Esprit à la Pentecôte. Le rôle de Marie y est bien souligné.
  3. La proclamation du Royaume et l’invitation à la conversion  (Marc 1, 15) : toute l’activité missionnaire du Christ (guérisons et prédication) y trouve sa raison d’être.
  4. La transfiguration du Christ sur la montagne  (Luc 9, 28-36) : l’importance de la prière chrétienne ainsi que le lien intime existant entre Jésus et son Père y sont merveilleusement rappelés.
  5. L’institution de l’Eucharistie   (Matthieu 26, 26) : mystère central de notre vie chrétienne, on ne pouvait passer sous silence ce mémorial institué pour notre plus grand bien.

Malgré les réticences de certains dévots qui se voyaient bousculés dans leur récitation quotidienne, la très grande majorité des Catholiques accepta avec enthousiasme cet ajout papal. La canonisation subséquente de Jean-Paul II ne put que renforcer le bien-fondé de cette initiative. Profitons de ce mois de mai pour revivifier nous aussi, avec joie et sous l’égide de Marie, notre connaissance de Jésus dans la totalité de ses divers mystères !

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Cadre de vie qui favorise l’union à Dieu

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(Moine au travail, Grande Chartreuse)

Le travail manuel, dans la société contemporaine, est souvent sous-estimé pour de multiples raisons et rarement apprécié à sa juste valeur. L’homme moderne, toujours empressé, dédaigne tout travail qui lui semble lent et insignifiant ; ses horizons se limitent à l’efficacité et au rendement et il oublie souvent de respirer et de perdre du temps. Les moines ont toujours lié leur vie de prière à un modeste cadre de travail, comme le laisse entendre la devise bénédictine : « Ora et labora » (Prie et travaille). La Sainte Famille de Nazareth demeure la plus belle illustration de ce mode de vie, même pour nous au 21e siècle. Je laisse donc la parole à un moine chartreux, dom Augustin Guillerand, pour nous en parler de façon plus précise :

« Le travail manuel, on n’y pense pas assez, a été élevé par Jésus, Fils de Dieu, à une dignité que l’on pourrait presque appeler la dignité d’un sacrement. Notre-Seigneur, c’est l’homme par excellence. Il est le premier voulu de Dieu ; il est l’être humain idéal que tous doivent reproduire ; la Sainte Famille de Nazareth est l’exemplaire, le modèle. Dieu les aime plus que tous ; il aime les autres s’ils leur ressemblent. Or le cadre de leur vie : le travail.

Vous me direz : il s’agit de leurs âmes, de leurs vertus, de leur beauté intérieure et spirituelle ; et c’est vrai, il ne s’agit pas du cadre. Mais il est vrai aussi que le cadre n’a pas nui. Saint Joseph et Notre-Seigneur dans l’atelier, la Vierge dans l’humble appartement qui servait de cuisine, n’étaient pas gênés pour vivre la vie d’âme la plus haute qui puisse être. Mais il y a plus ; la distinction que nous établissons entre le cadre extérieur et la vie intérieure est plus artificielle qu’on ne pense. Je vous disais plus haut : Jésus est l’idéal, l’homme parfait, la première volonté de Dieu ; et la Sainte Famille est la reproduction du ciel ici-bas : on l’appelle « la Trinité de la terre ». Or, ils ont passé leur vie dans le travail manuel ; le travail n’a pas été pour eux un exercice, il n’a pas employé quelques jours de leur vie, ni quelques instants de leurs jours : il a rempli leurs jours et leur existence.

Dieu a donc voulu que les trois personnes qui sont au sommet de son œuvre créée passent leur vie dans le travail manuel ; il a établi entre eux et le travail un lien étroit, permanent. Le travail est donc quelque chose qui non seulement ne s’oppose pas à l’union à Dieu mais doit la favoriser. Car Dieu ne veut que cela : nous unir à lui ; il nous donne la vie pour relier ; il règle tout pour cela. Nous pouvons, nous devons nous en rapporter à lui à cet égard. Il sait, lui, ce qui convient. Mais pourquoi ? Les raisons de Dieu ne nous regardent pas : il ne faut pas vouloir les pénétrer trop : mais croire humblement que tout ce qu’il fait est bien, tout ce qu’il veut est bien ; cela est plus simple et plus sûr. « 

(Écrits spirituels, tome 2, page 172 s)

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