Vivre le moment présent

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Jeune curé, il m’a été donné d’organiser plusieurs voyages d’un jour avec mes paroissiens. Après avoir pris place dans le bus nolisé et avoir dit une brève prière, les participants (d’un certain âge) entonnaient immanquablement le chant d’André Breton «Un jour à la fois, ô mon Dieu, c’est tout ce que je demande», ce qui m’intriguait quelque peu. Aujourd’hui, retraité et d’un âge respectable, je commence à comprendre ! Oui, le passé et l’avenir s’éloignent maintenant de mon champ de vision, seul demeure le temps présent car la vie concrète est là !  Je rejoins ainsi la sagesse de mes passagers qui poursuivaient le chant en question « … le courage de vivre, d’aimer, d’être aimé, un jour à la fois. Hier, c’est passé, ô mon Dieu, et demain ne m’appartient pas. Mon Dieu aide-moi, aujourd’hui guide-moi, un jour à la fois. »

Vivre dans le présent consiste à apprécier la vie que l’on a, qui nous entoure et qui se déroule en ce moment même. Vivre par conséquent dans le concret de la réalité et non dans divers phantasmes, vivre dans le présent éclairé bien sûr par la foi chrétienne. Et, à ce sujet, je remarque l’insistance de Jésus dans l’Évangile à nous ramener constamment à l’aujourd’hui de notre courte vie :  «donnez-nous notre pain de ce jour», «qu’il prenne sa croix chaque jour», «à chaque jour suffit sa peine», «pourquoi vous inquiéter du lendemain», etc. etc. Hélas, nous avons toujours cette tendance à nous empoisonner la vie avec des regrets inutiles ou des appréhensions dommageables. Le passé et l’avenir ne nous appartiennent pas vraiment ; et il arrive même que le présent soit souvent mis de côté comme quelque chose de banale, voir un obstacle à nos désirs impatients. Dans le monde d’aujourd’hui, nombreux sont ceux et celles qui ont cessé de jouir de la vie : ils ne font qu’exister en rêvant d’utopies qui ne se réaliseront jamais. Je pense à cet étrange engouement pour les loteries nationales, signe indubitable d’une société matérialiste qui ne cesse d’inciter à la convoitise permanente !

Savoir prendre le temps de respirer, de cueillir une fleur, de sourire à quelqu’un, de l’écouter ou de lui dire quelques mots aimables. Ou encore, tel le bon Samaritain, savoir s’arrêter pour mettre son cœur sur la misère d’une autre personne. Bref, savoir privilégier la gratuité sur la rentabilité ! Vivre d’amour aujourd’hui même, n’est-ce pas là le plan initial de Dieu sur nous, Lui dont la vie est un éternel présent ?

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Pourquoi Dieu m’a-t’il créé ?

Petit catéchisme

Les Canadiens français d’un certain âge se rappelleront peut-être ces questions-réponses du Petit Catéchisme qu’il fallait apprendre par cœur à l’école primaire. Parmi ces centaines de questions, quelques-unes étaient évidemment plus importantes que d’autres et les élèves devaient s’attendre à être questionnés sur celles-ci lors de la visite périodique du curé. La question no. 4 était de ce nombre : Pourquoi Dieu m’a-t-il créé ? Réponse : « Dieu m’a créé pour le connaître, l’aimer et le servir en ce monde, et pour être heureux avec lui dans le ciel durant toute l’éternité ».

Quelle profondeur de pensée en si peu de mots! Il va de soi qu’on ne peut espérer vivre éternellement auprès de Dieu sans lui être fidèle ici-bas («le servir en ce monde»); et comment le servir ici-bas sans l’aimer et comment l’aimer sans le connaître ? Tout s’enracine donc dans la connaissance de Dieu qui nous vient par la Création et par la Révélation.  Quelle belle tâche confiée entre autres aux parents chrétiens dans le cheminement spirituel de leur enfant : favoriser l’éclosion de cette connaissance de Dieu, Père et Providence ! Connaissance initiale appelée à se développer tout au long de la vie et même au-delà : « La vie éternelle, dit saint Jean, c’est te connaître Toi le seul vrai Dieu et Celui que tu as envoyé Jésus Christ». Dieu nous a donc créé pour que nous puissions arriver à le connaître totalement et à trouver dans cette connaissance le bonheur dont Lui-même jouit de toute éternité. J’en déduis deux conséquences:

  • Tout d’abord, l’importance d’une certaine formation permanente qui incite à s’intéresser à Dieu et au sérieux de la vie, tant par l’étude et la prière que par la fidélité quotidienne … tout le contraire du «couch potato» (installé à journée longue devant son téléviseur).
  • Une autre conséquence, étant donnée notre vie en société, me semble être l’attention à apporter au prochain et à sa dignité (quelle que soit sa condition sociale ou la couleur de sa peau). Mère Teresa nous en a laissé de beaux exemples, elle qui entre autres se porta résolument à la défense des laissers-pour-compte, surtout les enfants dans le sein de leur mère (trop souvent victimes, hélas, d’une émancipation féminine mal comprise). Chapeau à ces organismes humanitaires qui militent dans le même sens !

Pourquoi Dieu m’a-t-il créé ?  Pour mon bonheur personnel, bien sûr, mais également pour partager ce bonheur avec mon prochain. « L’homme n’est pas une île » écrivait Thomas Merton … et une authentique vie dans l’Esprit ne saurait faire abstraction des autres, de tous les autres. C’est en ce sens qu’il nous faut admirer les efforts du pape François qui, contre vents et marées, ne cesse de promouvoir la bonne entente des peuples et des religions. « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, écrit l’Apôtre au sujet de la prière pour les gouvernants, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 3-4).

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Cet insupportable stress !

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Derrière l’image d’ermite urbain que je projette il y a toute une vie humaine où j’ai dû affronter régulièrement des moments d’angoisse et de stress. Étant donnée ma nature hypersensible, la vie m’est souvent apparue comme une source de conflits dont je devais me protéger. Dieu merci, la Providence est venu à mon aide et elle m’a appris plusieurs trucs m’habilitant sinon à vaincre l’angoisse du moins à la mieux comprendre et à la maitriser:

  1. Cesser de visualiser avec obstination l’avenir dans tous ses détails (et surtout des détails menaçants) exige une bonne dose d’humilité, ce qui n’est pas facile pour une personne souvent remplie d’elle-même ! «Je suis sûr et certain que les choses vont arriver telles quelles ! », et cette assurance fallacieuse ne peut qu’engendrer la panique advenant un danger imminent.  Au fond, et avouons-le humblement, le jugement pratique fait souvent défaut en nous, car ce genre de confiance aveugle en notre évaluation personnelle est irréfléchi et exagéré. Humilité, humilité, humilité !
  2. L’attention au moment présent m’est encore aujourd’hui la meilleure planche de salut. Mon insécurité me faisait toujours vivre deux semaines à l’avance, l’inconnu étant plus menaçant que la réalité. Savoir respirer devant l’événement qui vient, prendre du recul et surtout ne pas se fier à sa première impression (voir l’image plus haut) : voilà le réflexe qu’il nous faut développer.
  3. Dans cette insécurité à fleur de peau, il est nécessaire d’avoir un point d’ancrage qui nous rassure. Dans ma vie personnelle, j’ai trouvé Dieu en tant qu’Être immuable dont l’amour ne défaille pas. «Rendez grâce au Seigneur car il est bon, car éternel est son amour» ; Dieu m’aime d’un amour éternel, à chaque seconde de mon existence, dont le moment que je vis présentement. Bref, dans ce genre de situations angoissantes, je me dois de mettre de côté mes appréhensions personnelles et m’attacher uniquement à la réalité des choses car Dieu est ici et il m’aime ! Dieu n’habite pas les phantasmes (pessimistes ou autres) mais le concret de la vie.

Jésus lui-même, tout équilibré qu’il était, a ressenti l’angoisse à la veille de sa mort et il l’a maîtrisée par sa prière d’abandon ainsi que par son amour de Dieu et du prochain (l’oubli de soi-même !). Dans les moments angoissants que nous rencontrons ici et là, il ne cesse de nous redire ce qu’il disait à ses Apôtres :«Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation». La tentation ici est de se replier sur soi-même et de n’y voir aucune issue autre que celle que l’on craint. La prière, par contre, fait éclater cette bulle étouffante en dirigeant notre attention vers Dieu et non vers nous-mêmes. Bienheureux ceux et celles qui en appellent à Lui lorsque les choses menacent de mal tourner : «Le Seigneur entend ceux qui l’appellent: de toutes leurs angoisses, il les délivre» (Psaume 34, 18). La solution fondamentale s’avère donc être, pour moi, une question de Confiance et de Foi !

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Je lève le voile … encore une fois !

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(Tel que je l’écrivais, en 2020) Après cinq ans d’anonymat sur WordPress, le temps semble être venu de lever le voile sur mon identité, tout au moins par délicatesse envers ceux et celles qui ont eu la patience de me lire ces dernières années. Rien de bien scabreux, rassurez-vous, mais tout simplement le compte rendu d’une entrevue « virtuelle » réalisée récemment par le journaliste québécois, Yves Casgrain. Mais précisons tout d’abord ce qui ne l’a pas été dans l’entrevue: je m’appelle Jacques Larose et je suis né le 18 octobre 1934 dans un petit village non loin d’Ottawa, capitale fédérale du Canada. Bonne lecture!

Année d’ordination (sacerdotale) ? Le 26 novembre 1960 à La Trappe d’Oka par l’évêque du diocèse (Saint-Jérôme), Mgr Émilien Frenette. À remarquer que j’étais entré au monastère en juin 1955 et que j’y avais fait profession solennelle le 17 juillet 1960.

Pourquoi être devenu prêtre ?  Tout moine de chœur devait monter au sacerdoce ; c’était la norme et je l’ai acceptée. Ce n’était pas là mon premier désir (sinon je serais allé au Grand séminaire d’Ottawa ; Pointe-Gatineau étant, en 1955, encore rattaché au diocèse d’Ottawa). Donc, après 4 années de théologie au monastère, j’ai été ordonné sous-diacre, diacre et finalement prêtre.

Pourquoi être devenu moine trappiste ? Par désir de vivre une vie toute consacrée à Dieu dans le silence, le travail et la prière. Les livres de Thomas Merton sur la vie monastique m’avaient beaucoup influencé à cette époque. J’ai donc vécu 15 ans au monastère : en 1961- 1963, l’abbé dom Pacôme Gaboury m’a envoyé à Rome obtenir une licence en théologie et son successeur dom Fidèle Sauvageau a fait de même, de 1965 à 1967, pour une licence en Écritures Saintes. De retour, dom Fidèle me nomma maître des novices.

Pourquoi avoir quitté le monastère ? Après le Concile (1962-1965), quelques théologiens invitaient les ordres contemplatifs à se rapprocher du monde moderne (par exemple, le père Tillard o.p. allait jusqu’à suggérer aux carmélites d’ouvrir un lavoir dans un quartier défavorisé !). L’idée m’est donc venu d’établir, si possible, une annexe de moines trappistes dans un quartier de Montréal … sans me douter qu’au même moment, à Paris, le père Delfieux préparait la fondation des Fraternités monastiques de Jérusalem (1975). Donc avec toutes les permissions canoniques requises, je quittai le monastère en janvier 1970 pour m’établir dans le quartier de Pointe-St-Charles (Montréal) où je travaillai avec un organisme catholique anglophone Catholic Family and Children Services. Ayant rédigé un petit mémoire à l’intention du Chapitre Général de l’Ordre pour y présenter mon projet, j’en reçu une réponse négative à l’effet que cela ne cadrait pas avec la vie monastique traditionnelle vécue depuis le 12e siècle !! Le choc fut évidemment brutal et je n’avais pas les reins assez forts pour aller de l’avant tout seul (comme me l’avait maintes fois suggéré dom Fidèle). S’en suivi une période de réflexion radicale sur ma vocation, d’autant plus que le monastère à cette époque évoluait de façon exponentielle vers une plus grande ouverture au monde au détriment d’un idéal de solitude et de silence qui nous rapprochait (de l’aveu de mon ancien père abbé dom Pacôme) de la spiritualité des Chartreux. Ajoutons que divers problèmes minant la tranquillité du monastère (départ forcé de quelques jeunes moines dont le prieur du temps) ne m’incitaient plus à y retourner purement et simplement. Après quelques années de tergiversations et de prolongations d’indult, je pris la décision de demander mon incardination au diocèse de Montréal. Accepté temporairement en janvier 1978, je fus incardiné en janvier 1981.

En quelle année avez-vous choisi de vivre en ermite urbain ?  Après avoir été successivement aumônier, vicaire et curé dans diverses paroisses du diocèse, je devins directeur de la Résidence Ignace-Bourget (2003-2012) sur le bord de la rivière des Prairies. La fermeture de cette résidence pour prêtres âgés fut pour moi le signal de la retraite (à 78 ans). Aux prises avec les aléas d’un cancer de peau, cette retraite me permit de m’occuper de moi sans pénaliser les autres. M’ayant trouvé un logement dans le même quartier, près d’un parc-nature, je me résolu d’embrasser une vie de solitude et de prière plus intense qui me renvoyait à mes premières années monastiques … je bouclais la boucle !

Sur votre blogue vous publiez l’horaire d’un chartreux. Est-ce à dire que cet horaire est également le vôtre ?  Non, mais je m’en inspire beaucoup, d’autant plus qu’il me rappelle celui de la Trappe.

Vous demeurez dans un quartier où la nature a encore ses droits, l’avez-vous intégré dans votre vie d’ermite ?  Accolé au parc-nature et donc à la rivière adjacente, mon logement est nécessairement envahi par une certaine atmosphère de contemplation silencieuse qui me fait du bien. Au début, mes marches dans la nature étaient plus fréquentes, il faut l’avouer, mais mon balcon me fournit également l’occasion d’en profiter.

Le 5 juillet dernier, vous avez écrit : « l’Église est avant tout une église missionnaire ! ». Vous considérez-vous comme un missionnaire ?  Je me suis toujours considéré comme missionnaire dès le début de ma vie monastique en 1955. La mission est le propre de l’Église mais la forme missionnaire peut être différente selon nos vocations chrétiennes.

Un ermite urbain prend-il le temps de suivre l’actualité ? L’intègre-t-il dans sa prière ?  J’écoute les nouvelles du soir (une demi-heure environ de télé) et je l’intègre évidemment dans ma prière ainsi que dans ma prédication dominicale (je célèbre la messe publiquement dans ma résidence chaque dimanche).

Vous confiez avoir une prédilection pour la prière durant la nuit. Qu’elle est, selon vous, la qualité première de cette prière ? Est-ce que la prière de nuit est différente de la prière diurne ?  La prière nocturne est certainement différente de la prière diurne, mais il n’est pas facile de l’expliquer … est-ce dû au silence extérieur, au repos du corps, à une grâce spéciale accompagnant un certain sacrifice ??? Comme disent les Constitutions de l’Ordre des Chartreux, il est plus facile de l’expérimenter que de l’expliquer.

En 2015, vous avez décidé de publier votre blogue et votre page Facebook. Pourquoi ?  J’ai toujours aimé écrire mon journal intime, car le fait de verbaliser mes idées m’aide à les mieux comprendre. Donc, lorsque le pape François a demandé aux prêtres d’être présents sur les médias sociaux, j’ai senti le besoin d’obéir, voilà ! J’ai commencé par mon blogue sur WordPress (car j’y lisais déjà régulièrement un blogue sur la vie cartusienne) puis, quelques mois plus tard, je me lançai sur Facebook. À remarquer que mon public-cible sur WordPress est plus restreint (ceux et celles qui ont soif de Dieu) alors que celui de FB est plus général.

Combien d’heures consacrez-vous à votre blogue et à votre page Facebook ?  FB ne me demande généralement que quelques instants le matin et le soir (avec quelques visites durant le jour n’ayant  ni cellulaire, ni tablette, mais uniquement un vieil ordi de table). Mes articles de WordPress exigent, quant à eux, une bonne préparation et des révisions constantes, même si je n’en rédige que deux par semaine. En somme, on pourrait dire que ce ministère électronique exige deux à trois heures par jour.

Cette ouverture sur le monde a attiré des croyants et des pèlerins en recherche. Comment se concrétise votre interaction avec eux ?  Le plus souvent par de brèves réponses à leurs questions sur tel ou tel post de mon journal. J’ai aussi des contacts plus réguliers au moyen des courriels. Pas facile de repousser les demandes d’entrevue pour établir des contacts plus réguliers d’accompagnements spirituels … mais j’ai horreur de ces «pères spirituels» qui attisent la curiosité des foules et, malheureusement, la tentation est toujours là. Je me vois plus comme un éveilleur de conscience à la manière de Jean Baptiste … une voix qui crie dans le désert (et qui peut être remplacée facilement par une autre sans que le Royaume en souffre).

Peut-on dire que vous êtes un guide spirituel pour ces personnes ?   Ma dernière réponse devrait suffire à ce sujet.

Comment est votre relation avec les gens de votre quartier ? certains savent-ils que vous êtes un ermite ?  Non, je n’ai jamais senti le besoin de me présenter à eux comme tel.

Qu’apporte un ermite urbain dans la vie de son quartier,  de son secteur pastoral ? Humainement parlant, pas grand-chose et c’est très bien ainsi car, encore une fois, la tentation est grande de se singulariser. Spirituellement parlant, le Seigneur seul peut répondre à cette question. Quant au secteur pastoral, je ne suis qu’un prêtre âgé à la retraite qui habite dans le quartier.

Savez-vous si Montréal possède d’autres ermites urbains ?  Tout dépend de la définition donnée à « ermite urbain ». Officiellement, je ne crois pas qu’ils abondent … mais nombreux, je pense, sont ces croyants et croyantes qui vivent un idéal religieux dans le cadre de leur logement. J’ai été contacté par certains attirés par cet idéal, mais je dois avouer que leur premier attrait était plutôt la façon de s’habiller, etc. etc. ce qui ne laissait pas percevoir un appel très authentique de la part de Dieu.

Enfin, comment vivez-vous la crise planétaire provoquée par la covid-19 ?  Personnellement, cela n’a pas changé grand chose à mon style de vie (comme il fallait s’y attendre) mais cette crise planétaire imprévue me fit toucher du doigt la précarité de nos sécurités sociales et, partant, le rôle irremplaçable de nos convictions religieuses les plus fondamentales. Le Plan de Dieu se déroule fort bien … même si personne ne semble le comprendre!

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Écrire pour approfondir

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Moine dans sa cellule  (Grande Chartreuse)

Les vocations sont diverses: certains ont le don de lire, d’autres d’écrire. Jeune, je n’aimais pas écrire; plus vieux, je me limitais à écrire selon les besoins de l’heure. Ce n’est que très tard dans la vie que j’ai découvert l’importance de mettre sur papier ce qui me mijotait dans la tête. J’y ai découvert une forme de thérapie pour guérir mes blessures intérieures et remettre en perspective certains éléments de ma vie. L’écriture m’est devenu une façon de creuser mes convictions et d’acquérir une certaine maturité. Je me suis aperçu que l’important n’est pas tellement de multiplier mes connaissances mais plutôt d’approfondir celles que je possède déjà. Les poètes le savent tout naturellement !

C’est en ce sens, que l’Ordre des Chartreux invite ses moines à écrire, non en vue d’être lus ou applaudis (ils ne peuvent publier quoique ce soit durant leur vie), mais plutôt pour mieux se comprendre et comprendre le Mystère qu’ils vivent. La plupart d’entre eux détruisent leurs écrits avant de mourir; certains par bonheur n’y arrivent pas complètement et c’est ainsi que nous sont parvenus les textes sublimes de dom Augustin Guillerand  (entré au monastère de la Valsainte, en Suisse, en 1916 et décédé à la Grande Chartreuse en 1945).

Non loin de chez moi habitait, dans une résidence pour personnes âgées, un vieux confrère (maintenant décédé) qui avait prêché durant toute sa vie. Nonagénaire avancé et pouvant à peine se déplacer, il mettait sa joie à afficher sur le babillard chaque semaine une réflexion sur l’évangile du dimanche … un ministère qui le remplissait de joie et d’une légitime satisfaction. La parole écrite n’est pas moins importante que la parole verbale. La magie du verbe fait la joie des poètes ; puissions-nous, en écrivant, mettre un peu de poésie dans chacune de nos vies.

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Communier à la Nature

Dans la journée d’un ermite urbain, la promenade extérieure revêt une certaine importance tant au niveau de l’équilibre physique et psychique qu’à celui, plus spirituel, de la communion à la Nature, chef-d’oeuvre du Créateur. « À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? » (Psaume 8, 4-5). Mon ermitage («simple logement», pour mes voisins) est situé dans une résidence accolée à un parc-nature. Ce parc longe une rivière et comprend une petite île qu’on aperçoit sur la photo ci-dessus. Cette île aboutit à un barrage hydro-électrique qui ajoute au paysage une note d’eau jaillissante … en vie éternelle !

Savoir relaxer entre prière, lecture et travail est tout à fait nécessaire, surtout à une époque où tout se fait rapidement. La proximité d’un parc me fait également apprécier l’alternance des saisons et facilite ainsi ma réflexion sur le sens de la vie et de la mort. Tempus fugit, aimaient dire les anciens ; oui, le temps passe et il passe très rapidement.

On peut dire que la prière résume, d’une certaine façon, toute notre vie spirituelle. Prière entendue comme être présent à Dieu, et qui repose donc sur un acte de foi. On ne s’entretient pas normalement avec un fantôme ou une créature de notre imagination, mais on parle à quelqu’un qui peut nous entendre ! Sans la foi, la prière devient un colloque avec soi-même, chose pas très conseillée. Lors de ma promenade dans le parc adjacent, il m’arrive aussi d’y rencontrer un petit écureuil qui s’empresse de venir me saluer en espérant recevoir une cacahouète (mauvaise habitude que je me garde d’encourager). Sa prière se fait les yeux ouverts car il ne m’aurait pas abordé s’il ne m’avait pas vu venir. C’est ainsi que la prière bien faite doit débuter par un arrêt, un instant de silence, une prise de conscience de la Présence de Dieu, présence qui précède évidemment notre acte de foi.

Prier les yeux ouverts c’est aussi se garder des prières vocales trop rapidement récitées, et trop souvent routinières. «Lent à parler, prompt à écouter», voilà l’attitude qu’il convient d’avoir en tout temps mais surtout au début de l’oraison. Un exemple entre mille : le Je crois en Dieu est un merveilleux résumé de notre foi chrétienne qui débute très bien notre récitation du rosaire. Hélas, la nature humaine étant ce qu’elle est, nous pédalons à pleine vitesse tout au long de cette profession de foi sans trop savoir pourquoi. Nous aurions avantage à nous arrêter un bref instant et à nous demander qui est ce Dieu qui nous attire (sévère? indifférent? aimant?) pour ensuite fixer notre attention sur sa personne-même qui, au dire de Jésus, est le seul Bon, le seul Père, le seul Saint. Occasion donc de nous rappeler l’essentiel de la prière (la présence de Dieu) et, ce faisant, d’imiter notre petit écureuil qui, lui, sait très bien ce qu’il veut et à qui il s’adresse !

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Découvrir Dieu

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«Le ciel étoilé au dessus de ma tête, la loi morale au fond de mon cœur» : les deux objets permanents de la contemplation admirative de Kant. Il faut bien avouer que pour un citadin la voûte nocturne est très peu étoilée … mais, ceci mis à part, les journées peuvent être merveilleuses par l’alternance des nuages et des éclaircis. Et puis, en ce qui concerne les journées les plus sombres, il nous reste toujours « la loi morale au fond de mon cœur« , cette sagesse intérieure éclairée par la foi chrétienne qui nous fait discerner la Providence dans notre vie personnelle.

«Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube: mon âme a soif de Toi» (Psaume 63, 2). L’auteur du psaume a très bien exprimé ce désir intime qui nous habite tous, même ceux qui se disent athées. Néanmoins, seules les personnes qui acceptent de croire peuvent aller plus loin en répondant à cette Présence par une prière d’action de grâce : «Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom» (verset 5).

Découvrir Dieu est la plus belle chose qui puisse nous arriver. Il n’est pas nécessaire de se réfugier dans un désert ou dans un monastère pour Le trouver, il suffit de se recueillir, de se faire petit, et d’accepter humblement d’être créature. Dieu est Père, il est Providence, il est Amour miséricordieux. Seuls les humbles peuvent le découvrir !

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Le combat de la prière

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On ne peut vivre comme croyants sans avoir recours à la prière, tout comme un poisson ne saurait vivre en dehors de l’eau ! Mais son utilisation peut être déficiente : ainsi, on peut prier Dieu non pour faire sa divine volonté mais pour obtenir ce que nous voulons ! La prière est également un combat, en ce sens que celui qui prie est appelé à combattre contre lui-même, contre la mentalité environnante et surtout contre le diable (qui fait tout pour détourner de la prière). Enfin, la prière n’est pas uniquement vocale mais elle est aussi réflexion priante sur Dieu et, à l’occasion, simple regard d’amour qui invite à l’abandon. Autant dire le besoin de clarifier certaines notions sur cet exercice spirituel, ce que nous nous proposons de faire immédiatement en vous présentant le point de vue de notre Mère la Sainte Église :

568. Quelles sont les expressions de la vie de prière ?

La tradition chrétienne a conservé trois expressions majeures pour exprimer et vivre la prière : la prière vocale, la méditation et la prière contemplative. Leur trait commun est le recueillement du cœur.

569. Comment se caractérise la prière vocale ?

La prière vocale associe le corps à la prière intérieure du cœur. Même la plus intérieure des prières ne saurait négliger la prière vocale. Dans tous les cas, elle doit toujours provenir d’une foi personnelle. Avec le Notre Père, Jésus nous a enseigné une formule parfaite de la prière vocale.

570. Qu’est-ce que la méditation ?

La méditation est une réflexion priante, qui part surtout de la Parole de Dieu dans la Bible. Elle met en oeuvre l’intelligence, l’imagination, l’émotion, le désir, dans le but d’approfondir sa foi, de convertir son cœur et d’affermir sa volonté de suivre le Christ. Elle est une étape préliminaire vers l’union d’amour avec le Seigneur.

571. Qu’est-ce que la prière contemplative ?

La prière contemplative est un simple regard sur Dieu, dans le silence et dans l’amour. Elle est un don de Dieu, un moment de foi pure durant lequel celui qui prie cherche le Christ, s’en remet à la volonté d’amour du Père et se recueille sous l’action de l’Esprit Saint. Sainte Thérèse d’Avila la définit comme « un commerce intime d’amitié, où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé ».

572. Pourquoi la prière est-elle un combat ?

La prière est un don de la grâce, mais elle suppose toujours une réponse décidée de notre part parce que celui qui prie combat contre lui-même, contre la mentalité environnante et surtout contre le Tentateur, qui fait tout pour détourner de la prière. Le combat de la prière est inséparable du progrès de la vie spirituelle. On prie comme on vit, parce que l’on vit comme on prie.

573. Y a-t-il des objections à la prière ?

En plus des conceptions erronées, beaucoup pensent qu’ils n’ont pas le temps de prier ou qu’il est inutile de prier. Ceux qui prient peuvent se décourager face aux difficultés et aux insuccès apparents. Pour vaincre ces obstacles, sont nécessaires l’humilité, la confiance et la persévérance.

574. Quelle sont les difficultés de la prière ?

La distraction est la difficulté habituelle de notre prière. Elle détache de l’attention à Dieu et elle peut aussi révéler ce à quoi nous sommes attachés. Notre cœur doit alors se tourner humblement vers le Seigneur. La prière est souvent envahie par la sécheresse, dont le dépassement permet, dans la foi, d’adhérer au Seigneur, même sans consolation sensible. L’acédie est une forme de paresse spirituelle due au relâchement de la vigilance et de la négligence du cœur.

575. Comment fortifier notre confiance filiale ?

La confiance filiale est éprouvée quand nous avons le sentiment de n’être pas toujours exaucés. Nous devons alors nous demander si Dieu est pour nous un Père dont nous cherchons à faire la volonté, ou s’il est un moyen pour obtenir ce que nous voulons. Si notre prière s’unit à celle de Jésus, nous savons qu’il nous accorde bien davantage que tel ou tel don : nous recevons l’Esprit Saint qui change notre cœur.

576. Est-il possible de prier à tout moment ?

Prier est toujours possible, parce que le temps du chrétien est le temps du Christ ressuscité, qui est « avec nous tous les jours » (Matthieu 28, 20). Prière et vie chrétienne sont donc inséparables.

(Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)

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Catholiques face à Marie

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Nos frères Protestants nous accusent souvent, nous les Catholiques, d’adorer la Vierge Marie !! C’est que notre vénération de la Mère de Jésus, parfois assez exubérante, peut laisser croire à une réelle adoration de notre part. Allons-nous pour autant nous abstenir de prier avec amour filial celle qui nous entoure de si grandes consolations ? Que dit l’Église de nos rapports avec la Vierge Marie ? Pouvons-nous l’invoquer comme médiatrice, avocate et même comme notre mère ? Voici quelque réponses tirées du Compendium du Catéchisme de l’Église catholique :

95. Pourquoi Marie est-elle vraiment la Mère de Dieu ?

Marie est vraiment Mère de Dieu parce qu’elle est la Mère de Jésus (Jean 2, 1 et 19, 25). En effet, celui qui a été conçu par l’opération du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils est le Fils éternel du Père. Il est lui-même Dieu.

96. Que signifie l’ Immaculée Conception ?

De toute éternité et de façon toute gratuite, Dieu a choisi Marie pour être la Mère de son Fils. Pour accomplir cette mission, elle a été immaculée dès sa conception. Cela signifie que, par la grâce de Dieu et en vue des mérites de Jésus Christ, Marie a été préservée du péché originel dès sa conception.

97. Comment Marie collabore-t-elle au dessein divin du salut ?

Par la grâce de Dieu, Marie est restée préservée de tout péché personnel durant toute son existence. Elle est « pleine de grâce » (Luc 1, 28), la « Toute Sainte ». Quand l’ange lui annonça qu’elle mettrait au monde « le Fils du Très-Haut » (Luc 1, 32), elle donna librement son consentement dans « l’obéissance de la foi » (Romain 1, 15). Marie s’est livrée totalement à la Personne et à l’oeuvre de son Fils Jésus, acceptant de toute son âme la volonté divine du salut.

98. Que signifie la conception virginale de Jésus ?

Elle signifie que Jésus a été conçu dans le sein de la Vierge par la seule puissance de l’Esprit Saint, sans intervention de l’homme. Il est Fils du Père céleste selon sa nature divine, Fils de Marie selon sa nature humaine, mais vraiment Fils de Dieu dans ses deux natures, étant en lui-même une seule Personne, qui est divine.

99. En quel sens Marie est-elle « toujours vierge » ?

Dans le sens qu’elle est « restée vierge en concevant son Fils, vierge en l’enfantant, vierge en le portant, vierge en le nourrissant de son sein, vierge mère, vierge toujours » (saint Augustin). Cependant, quand les évangiles parlent de frères et sœurs de Jésus, il s’agit de parents proches de Jésus, selon une expression utilisée dans la Sainte Écriture.

100. De quelle manière la maternité spirituelle de Marie est-elle universelle ?

Marie a un Fils unique, Jésus, mais, en lui, sa maternité spirituelle s’étend à tous les hommes, qu’il est venu sauver. Obéissant au côté du nouvel Adam, qui est Jésus Christ, la Vierge est la nouvelle Ève, la véritable mère des vivants, qui coopère avec son amour maternel à leur naissance et à leur croissance dans l’ordre de la grâce. Vierge et Mère, Marie est la figure de l’Église, sa plus parfaite réalisation.

196. En quel sens la Bienheureuse Vierge Marie est-elle Mère de l’Église ?

La Bienheureuse Vierge Marie est Mère de l’Église dans l’ordre de la grâce parce qu’elle a donné naissance à Jésus, le Fils de Dieu, Tête de son Corps qui est l’Église. En mourant sur la croix, Jésus l’a donnée comme mère à son disciple, par ces mots : « Voici ta mère » (Jean 19, 27).

197. Comment la Vierge Marie aide-t-elle l’Église ?

Après l’Ascension de son Fils, la Vierge Marie a aidé, par ses prières, les débuts de l’Église et, même après son assomption au ciel, elle continue d’intercéder pour ses enfants, d’être pour tous un modèle de foi et de charité, et d’exercer sur eux une influence salutaire, qui vient de la surabondance des mérites du Christ. Les fidèles voient en elle une icône et une anticipation de la résurrection qui les attend, et ils l’invoquent sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secours, de médiatrice.

198. Quel type de culte convient-il à la Sainte Vierge ?

C’est un culte particulier, mais qui diffère essentiellement du culte d’adoration, réservé uniquement à la Sainte Trinité. Ce culte de vénération spéciale trouve une expression particulière dans les fêtes liturgiques dédiées à la Mère de Dieu ainsi que dans les prières mariales, comme le Rosaire, résumé de tout l’Évangile.

199. Comment la bienheureuse Vierge Marie est-elle l’icône eschatologique de l’Église ?

En regardant Marie, toute sainte et déjà glorifiée en son corps et en son âme, l’Église contemple en elle ce qu’elle-même est appelée à être sur la terre et ce qu’elle sera dans la patrie céleste.

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Réconciliation sans humiliations ?

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Qu’il est difficile de s’évaluer soi-même ! Certains le font avec complaisance, d’autres avec humilité. Les premiers s’appuient souvent sur leurs propres critères alors que les seconds se réfèrent de préférence à des critères extérieurs. Les premiers sont aveuglés par une confiance exagérée en eux-mêmes, les seconds se laissent éclairer par une autorité en dehors d’eux-mêmes. Finalement, les premiers sortent de cet exercice avec une certaine paix intérieure bercée d’illusions … les seconds avec une certaine culpabilité baignée de réalisme. Voilà ce qui, à mon sens, explique non seulement la motivation des montées au Temple de Jérusalem du pharisien et du publicain de la parabole, mais aussi le résultat de leur démarche réciproque: la suffisance de l’un bloqua toute éventuelle amélioration alors que l’humilité de l’autre l’ouvrit à la réconciliation avec Dieu. Et pourtant, les deux avaient la lumière de la foi !

En introduisant sa parabole, le Seigneur nous en donne le but, qui est de stigmatiser deux états d’âme souvent rencontrés chez certains croyants: la suffisance vaniteuse et le mépris du prochain : « Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autresla parabole que voici » (Luc 18, 9). Hélas, ce genre de pharisaïsme nous guette nous aussi à tout moment. Oh oui, nous, qui cherchons à plaire à Dieu (ce qui est très louable) en nous laissant aller à des comparaisons (ce qui est très humain) avec quelquefois une certaine inclination méprisante envers les autres (ce qui est fort peu charitable). Il ne s’agit pas de vivre en vase clos, car il y aura toujours des personnes meilleures ou pires que nous (les comparaisons sont quasi inévitables), mais il s’agit avant tout de vivre dans le monde réel avec humilité et charité. Plutôt que de nous comparer aux autres, mieux vaudrait nous comparer à nous-même, à notre passé et aux multiples leçons qui en découlent. Refuser de se voir avec ses propres faiblesses peut inciter à se croire «arrivé», alors qu’on est toujours « en chemin ». La suffisance du pharisien de la parabole l’empêchait de voir ses carences et de rechercher aide et pardon, d’où un retour à la maison moins gratifiant que celui du publicain : « Je vous le dis, ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non ».

La solution? Vivre dans la vérité ! Car l’humilité s’identifie à la vérité éclairée par la foi, une humilité semblable à celle de la Vierge. Visitant sa vieille cousine qui la confirme dans sa vocation de mère du Messie, Marie chante et exprime sa reconnaissance pour la grâce reçue sans pour autant s’y attarder car elle se plaît à considérer cette grâce bien au-delà de sa vie privée : « sa miséricorde, dit-elle, s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Luc 1, 50). Une humilité qui ne saurait exister sans une authentique charité envers Dieu et le prochain. C’est pourquoi Jésus, fruit lui-même de l’Amour du Père pour le monde, se fera un devoir de réhabiliter la charité comme fondement de toute la vie spirituelle : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur … et tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes » (Matthieu 22, 37-40).

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