Double récompense pour les Mages

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Entreprendre un voyage, au temps du Christ, n’allait pas de soi. Les efforts consentis par les Mages pour suivre une étoile nous demeurent inconnus. Quoiqu’il en soit, notre ami dom Guillerand y voit, à bon droit, une source de mérites qui ne peut aller sans récompense devant Dieu. Écoutons-le :

« Quels efforts ont dû consentir les Mages pour entreprendre le voyage les amenant aux pieds du divin Roi ? Nous ne les connaissons pas avec précision. Nous n’en devinons que quelques-uns. A coup sûr, ils ont été énormes ; on ne voyageait pas alors en train de luxe, il fallait du temps, des préparatifs compliqués, toute une organisation très lourde ; on s’exposait à des dangers. Sur la seule indication d’un astre inaccoutumé, les Mages ont affronté tout cela. Il fallait qu’à l’appel extérieur Dieu joignît des invitations intimes bien pressantes et que ce double effort de sollicitations divines rencontrât des âmes bien généreuses et bien croyantes.

La récompense fut double, et le récit sacré a tenu à nous la décrire avec netteté. La première fut négative : elle consista à les garder des obstacles du voyage. Le grand obstacle fut le manque de foi de Jérusalem et des dirigeants juifs. A distance et avec l’habitude de lire ces récits, cela ne nous frappe plus. En fait, la surprise des Mages dut être formidable : cette naissance qui les avait mis en mouvement et pour un si grand voyage, elle n’avait pas même éveillé la curiosité des boutiquiers du pays, ni défrayé la conversation des blanchisseuses ! Indifférence complète ! Ignorance absolue à l’égard d’un événement devant soulever toutes les âmes et transformer le monde. Il est à peine croyable que devant cet état d’esprit de Jérusalem les Mages n’aient pas rebroussé chemin.

La seconde récompense est positive : c’est la vision de la lumière enfin accordée à une telle foi. L’étoile reparaît et se fait guide ; le ciel prend la direction effective du voyage. Alors, il n’y a plus qu’à marcher dans la clarté et la marche illuminée est très courte ; quelques heures consolées où leurs âmes sont soutenues et comme portées par la grâce, et le divin Soleil de justice se donne à contempler à ceux qui ont su lui garder confiance, malgré toutes les difficultés, tous les retards, toutes les éclipses. Le divin Soleil ne se donne lui-même que réduit et voilé. Même à ses pieds et quand on l’a rejoint, le regard de foi seul le découvre et s’en empare. Ce Roi n’est qu’un pauvre, ce Dieu n’est qu’un enfant, cette intelligence infinie est sans paroles, et la tendresse rayonnant de son cœur ne s’exprime qu’en cris et en vagissements inarticulés. Les Mages n’en sont pas plus troublés que par les périls du parcours, la longueur des chemins ou l’indifférence des Juifs. La Lumière brille en eux, leur faisant voir par delà les langes, le silence et le dénuement. L’étoile est entrée dans leur cœur et les éclaire de clartés nouvelles. Dieu resplendit à travers tout ce que les hommes méprisent. Rien ne leur paraît plus grand que ce mépris des mépris humains, et ils adorent ce Souverain Maître dans ce petit enfant à la merci des hommes et des choses.»

(Écrits spirituels tome 2, page 72 s)

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Solitude et vie fraternelle

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Chartreuse de Porta Coeli (Espagne)

Alors que le tintamarre des Fêtes commence à s’adoucir, plusieurs sentent un besoin réel de silence et de solitude. La vie en Chartreuse nous apparaît alors enviable avec ses caractéristiques de solitude que l’on connaît bien mais … la connaissons-nous vraiment cette vie ? S’il est vrai que ces moines vivent un retrait réel du monde dans leur ermitage respectif, il n’est pas moins vrai qu’ils ne sont pas des ermites à proprement parlé. Un minimum de vie fraternelle, voulu dès le commencement par leur fondateur, leur fournit une soupape bienfaisante lorsque la pression de la solitude s’avère dangereuse. Voici comment s’exprime à ce sujet le site officiel de l’Ordre des Chartreux :

3. Une communion de solitaires

« La grâce du Saint Esprit rassemble les solitaires pour en faire une communion dans l’amour, à l’image de l’Église, une et répandue en tous lieux » (Statuts 21.1). L’originalité de la chartreuse vient (en premier lieu de la solitude, et) en second lieu, de la part de vie commune qui est indissolublement liée à l’aspect solitaire. Ce fut le trait de génie de saint Bruno, inspiré par l’Esprit Saint, d’avoir dès l’origine su allier une juste proportion de vie solitaire et de vie commune de manière à faire de la chartreuse une communion de solitaires pour Dieu. Solitude et vie fraternelle s’équilibrent mutuellement. La vie commune permet au monastère de fonctionner, mais elle est aussi un élément important pour vérifier l’authenticité de notre charité car sinon il serait facile au solitaire de vivre dans l’illusion.

La vie communautaire se nourrit quotidiennement de la liturgie chantée à l’église, une œuvre commune pour la gloire de Dieu. Les jours ordinaires elle a lieu trois fois par jour : nous nous réunissons à l’église à minuit pour le long office de nuit (qui comprend Matines et Laudes), le matin pour la messe conventuelle et le soir pour les Vêpres.

Les dimanches et solennités sont des jours plus communautaires. Nous disons presque tous les offices à l’église. Nous prenons le repas de midi ensemble au réfectoire en silence (tout en écoutant une lecture). Et l’après-midi nous nous réunissons au chapitre, où sont traitées les affaires d’intérêt commun. Ensuite a lieu la récréation hebdomadaire. En outre, le premier jour libre de la semaine a lieu une longue promenade de quatre heures environ (le spaciement), durant laquelle nous pouvons parler librement, ce qui nous permet de mieux nous connaître et de nous soutenir les uns les autres. Plusieurs fois par an a lieu une récréation commune, où pères, frères et novices se retrouvent ensemble.

Ces récréations et spaciements ont pour but d’entretenir l’affection mutuelle et de favoriser l’union des cœurs, tout en assurant une bonne détente physique. » (https://chartreux.org/moines/la-voie-cartusienne/)

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La nouvelle et incroyable RÉALITÉ

CUERPO DE CRISTO

Dans l’évangile du 3e dimanche de l’Avent, Jésus fait l’éloge de Jean le Baptiste en affirmant sans ambage qu’il est le plus grand des prophètes, tout en ajoutant un bémol qui nous intéresse au plus haut point : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant, le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui » (Matthieu 11, 2-11). Il nous faut bien comprendre cette affirmation qui, à première vue, semble dévaluer le mérite et la sainteté de ce grand prophète. Il est clair que ce dernier est très grand aux yeux de Dieu et qu’il nous dépasse en mérite et en sainteté mais, n’ayant pas eu le privilège d’être intégré au Corps du Christ comme chacun de nous (par le baptême chrétien), il lui manque cette appartenance à l’Église, nouvelle réalité établie par la mort-résurrection de Jésus et par le don communautaire de l’Esprit saint ! Le plus petit des chrétiens est donc, du point de vue de l’union au Christ, plus à envier que tous les justes de l’Ancien Testament qui ont profité de la grâce accordée miséricordieusement mais dans une mesure moindre que nous.

Nouvelle réalité voulue de toute éternité par le Dieu trois fois saint ! Au début de sa lettre aux Éphésiens, Paul nous fait part de sa vision de l’Église avec Jésus comme Tête mais aussi comme Fils en qui nous sommes aimés de toute éternité, par qui nous sommes enfants de Dieu, de qui nous recevons la vie par le don de l’Esprit … le Christ appelé à récapituler en lui-même toute la création, mystère dont nous vivons tous sans pour autant être capables d’en saisir les dimensions (hauteur, largeur, profondeur).

Pie XII, le pape de mon adolescence, a écrit l’encyclique Mystici Corporis Christi en 1943 (en pleine guerre mondiale) justement pour relever le courage des croyants persécutés en décrivant l’Église, dans la ligne de saint Paul, comme « Corps mystique de Jésus-Christ », une communauté organique dont la tête est le Christ. Ce concept de l’Église a été repris par Vatican II dans la constitution dogmatique Lumen Gentium. Notons que si ce Corps est appelé « mystique », c’est qu’il n’est pas uniquement physique (ni uniquement spirituel) mais surnaturel. Ce Corps du Christ, l’Église catholique, est celui que nous connaissons en 2022, avec ses grandeurs et ses blessures … cette Église toujours aimée de Dieu malgré ses membres pécheurs … pourquoi ? Parce qu’il voit déjà en elle le triomphe de son Amour !

Soyons reconnaissants à Dieu pour cette Église, si facilement dénigrée par nos contemporains, mais qui demeure cette réalité nouvelle qui nous rassemble depuis 2000 ans. N’ayons garde d’oublier que ce Corps mystique du Christ, animé par l’Esprit, est en quelque sorte notre milieu de vie destiné, lui-aussi, à la gloire éternelle, Amen !

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Un moine chartreux nous parle de l’Immaculée

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L’Immaculée Conception (par Tiepolo)

En la fête de la Conception immaculée de Marie, voici ce qu’en dit un chartreux du 20e siècle, notre cher dom Augustin Guillerand, soulignant la parfaite harmonie entre cette magnifique créature et son Créateur:

« La Sainte Vierge a été créée pour fournir la matière du Verbe incarné : « Il est né de la Vierge Marie ». Ce rôle lui impose avec Dieu des rapports très particuliers : mère du Verbe, épouse de l’Esprit Saint.

De tels rapports exigent des dispositions dans le corps et dans l’âme. L’un et l’autre doivent être complètement entre les mains de Dieu : « Voici la servante du Seigneur ». Il faut que le Saint-Esprit, quand il surviendra en elle, trouve un instrument dont il puisse user à son gré, donc parfaitement accordé en lui-même et parfaitement accordé avec l’action divine qui s’exercera; l’Immaculée Conception réalise cet accord. Elle n’est pas absolument indispensable, mais elle apparaît très indiquée dans un plan de sagesse et d’amour.

Le péché originel dépose au fond d’un être humain un principe qui l’empoisonne. C’est une semence de mort, essentiellement anti-divine. De ce fond empoisonné monte un mouvement qui va directement contre le mouvement de Dieu. L’Esprit d’amour, mouvement de Dieu, se heurte à lui, rencontre une opposition qui, normalement, ne cesse guère ici-bas. Les plaintes de saint Paul demeurent : « Qui me délivrera de ce corps de mort? » (Romains 7,24). (…) C’est la bataille, ou au moins la guerre avec des batailles possibles.

L’oeuvre que l’Esprit-Saint veut accomplir en Marie exige la paix parfaite, l’harmonie, l’ordre humain, une soumission totale du corps à l’âme, de l’âme au Saint-Esprit : Voici la servante du Seigneur… qu’il me soit fait selon votre parole. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 57)

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Vous cherchez un plan d’action ?

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Trop souvent, nous mettons beaucoup d’ardeur à bien vivre un temps liturgique quitte à nous retrouver comme la montagne qui accouche d’une souris … des résultats décevants, car il nous manquait un plan d’action ! Les bonnes intentions ne suffisent pas dans la vie spirituelle ; nous devons mettre la main à la pâte, surtout lorsqu’il s’agit de conversion ou de combat spirituel. Hélas, nous nous empêtrons dans la recherche d’une formule magique qui nous ferait accomplir de grandes choses pour la Gloire de Dieu alors que tout ce que Dieu attend de nous est de mourir à nous-mêmes et lui devenir plus disponibles. Ce processus de purification, si exigeant, peut néanmoins s’apparenter avantageusement à une liturgie, une offrande de nous-mêmes unie à celle du Christ en Croix. Voici comment en parle un évêque de Ravenne (Nord de l’Italie), écrivain extraordinaire du 5e siècle, surnommé le « chrysologue » ou « parole d’or » (doué qu’il était d’une grande éloquence) :

« Écoutons l’adjuration de l’apôtre Paul: « Je vous adjure d’offrir vos corps » (Romains 12, 1). L’Apôtre, par cette demande, a fait accéder tous les humains au sommet du sacerdoce: offrir vos corps, comme un sacrifice vivant! Quelle fonction sans précédent que celle du sacerdoce chrétien ! L’homme y est à lui-même et la victime et le prêtre ; l’homme n’a pas à chercher au dehors ce qu’il doit immoler à Dieu ; l’homme apporte avec lui et en lui ce qu’il doit offrir pour lui-même à Dieu en sacrifice. (…)

Sois donc et le sacrifice et le prêtre de Dieu. Ne néglige pas le don que t’a concédé la souveraineté divine. Revêts la robe de la sainteté ; boucle sur toi le ceinturon de la chasteté ; que le Christ vienne voiler ta tête ; que la croix imprimée sur ton front te protège toujours ; mets sur ton cœur le mystère de la science divine ; fais brûler sans cesse l’encens de la prière ; empoigne le glaive de l’Esprit ; fais de ton cœur un autel. Et ainsi présente ton corps à Dieu, offre-le sans crainte en sacrifice. »  (Homélie de saint Pierre ChrysologuePL 52, 499-500)

Sainteté de vie, chasteté, prière, lectures bibliques, autant de moyens aptes à remplir nos journées de bonnes actions. Le concile Vatican II, en faisant allusion au sacerdoce commun des fidèles, n’a donc rien inventé de neuf, mais n’a fait que remettre en lumière une vérité traditionnelle de notre foi: « Les fidèles exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et la charité active » (Lumen Gentium, no 10). Voilà notre mystérieuse collaboration à l’œuvre du Christ Sauveur, voilà notre dignité chrétienne, voilà notre plan d’action pour le temps de l’Avent. Que Dieu nous vienne en aide et nous le rende possible !

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Une, deux ou … trois venues du Christ ?

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Le mot Avent vient du latin « Adventus » qui signifie Venue. En effet, ce temps liturgique traite principalement des deux venues du Christ : celle d’il y a 2000 ans et celle de son retour glorieux à la fin des temps. Les chrétiens vivent donc dans l’attente ; mais, par ailleurs, nous savons bien qu’il est déjà là « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28, 20). Comment alors concilier ces deux notions de présence et d’absence du Christ ? Laissons la parole à un saint moine, docteur de l’Église, Bernard de Clairvaux qui nous l’expliquera aisément :

« Nous savons qu’il y a une triple venue du Seigneur, la troisième se situant entre les deux autres. Celles-ci, en effet, sont manifestes, celle-là, non. Dans sa première venue, Jésus a paru sur la terre et il a vécu avec les hommes, lorsque, comme lui-même en témoigne, ils l’ont vu et l’ont pris en haine. Mais lors de sa dernière venue, toute chair verra le salut de notre Dieu et ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. La venue intermédiaire, elle, est cachée : les élus seuls la voient au fond d’eux-mêmes, et leur âme est sauvée. Ainsi il est venu d’abord dans la chair et la faiblesse ; puis, dans l’entre-deux, il vient en esprit et en puissance ; enfin il viendra dans la gloire et la majesté. Cette venue intermédiaire est vraiment comme la voie par laquelle on passe de la première à la dernière : dans la première le Christ fut notre rédemption, dans la dernière il apparaîtra comme notre vie, et entre-temps, il est notre repos et notre consolation.

Mais pour que personne ne risque de penser que ce que nous disons de cette venue intermédiaire est une invention de notre part, écoutez ce que dit le Seigneur lui-même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera mes paroles, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui ». (…) Mais où ce croyant gardera-t-il ces paroles ? Dans son cœur, sans aucun doute. Comme le dit le prophète : « Dans mon cœur je conserve tes ordres pour ne point faillir envers toi ». Voici comment il te faut garder la parole de Dieu, Heureux en effet ceux qui la gardent : qu’on la fasse donc entrer dans ce qu’on peut appeler les entrailles de l’âme ; qu’elle passe dans les mouvements de ton cœur et dans ta conduite. (…) Si de la sorte tu t’es mis à garder la parole de Dieu, nul doute qu’elle ne te garde aussi. Le Fils viendra à toi, avec le Père. »

(Sermon de saint Bernard pour l’Avent, Éditions cisterciennes, 4 (1966) 188-190)

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Bonne et sainte année liturgique !

Année liturgique (Monique Berger)

(Dessin de Monique Berger)

Loin d’être des adultes avertis, nous sommes toujours des enfants face aux mystères de Dieu et de son Église. La raison en est que l’Esprit de Dieu nous échappe dans toutes ses ramifications et nous devons régulièrement l’écouter avec un cœur d’enfant. Comme une bonne maman, l’Église, animée par cet Esprit, nous aide à contempler le Christ dans ses divers mystères grâce à la succession des temps liturgiques.

Cette contemplation liturgique débute aujourd’hui avec le temps de l’Avent. Tel un cycliste qui gravit une haute montagne par un chemin en spirale, nous allons contempler à nouveau les mêmes paysages que l’an dernier mais vus d’un angle différent : naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires: Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et, entre autres, la couleur ! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois surutilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un vibrant appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y être favorable:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

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Ces splendeurs éphémères

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À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses :

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

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La souffrance telle que vue par un Chartreux

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Notre vie sur terre est faite de joies et de souffrances mais on n’en retient souvent que ces dernières. Des souffrances de toutes sortes : psychiques, physiques, affectives, morales et spirituelles. Dans son infinie Miséricorde, Jésus a bien voulu nous précéder dans ces souffrances comme pour nous encourager à les supporter. Quelle bonté ! Mais y aurait-il une façon spéciale pour nous chrétiens de les assumer ? Écoutons ce que nous en dit ce cher dom Guillerand, moine chartreux du 20e siècle et éminent auteur spirituel :

« La souffrance est un vouloir divin : l’âme qui l’accepte avec amour s’unit à ce vouloir, ne fait plus qu’un avec Celui dont le vouloir c’est l’Être. Pourquoi Dieu nous appelle souvent sur ce chemin où on le rencontre le plus sûrement ? C’est une marque de prédilection. Ce sont des rendez-vous qu’il nous donne. Remercions-l’en et soyons fidèles. Être fidèle ne signifie pas ne pas souffrir. C’est notre grande illusion : nous nous figurons que nous souffrons mal, parce que nous souffrons. La souffrance est et restera toujours la souffrance, c’est-à-dire une violence faite à notre nature. Dieu lui-même ne peut pas changer cela. (…)

Nous verrons un jour que la dure période de vie que l’on doit quelquefois traverser n’est pas perdue. Elle a son sens, sa raison d’être, sa place et son rôle nécessaire dans le plan de notre vie. Il y a des choses que nous ne saurions pas et que nous ne pourrions pas comprendre si nous ne les avions pas vécues. Nous conseillerons, nous consolerons, nous soutiendrons un jour d’autres âmes d’une certaine façon et avec un certain cœur que nous devrons à notre épreuve ; et nous remercierons alors Dieu, qui voit mieux que nous, de nous l’avoir imposée. Ne nous troublons pas de n’avoir pu prier durant ce temps : pour une âme confiante, souffrir c’est prier, et c’est souvent la meilleure prière. (…)

Avec Jésus, la souffrance est devenue chemin, mais c’est accidentellement. Essentiellement et prise en elle-même, elle reste un contraire, un ennemi. C’est seulement quand on a engagé la bataille contre elle, quand on l’a vaincue, quand on a été plus fort qu’elle, en la portant, qu’elle devient un instrument et un serviteur. Continuons donc de porter vaillamment la souffrance, et de la faire servir à notre déploiement de vie ; et continuons d’aimer Dieu quand il nous prépare ces heures exceptionnellement développantes, où le cœur broyé garde juste la force de redire Fiat (que cela soit) ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 190 s)

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La souffrance : fatalité ou pédagogie divine ?

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Qu’on le veuille ou non, tout être vivant sur terre est un jour ou l’autre confronté à ce phénomène appelé « souffrance ». On peut s’y résigner à contre-coeur comme on peut l’assumer volontairement. Pour les disciples du Christ, ce phénomène n’est pas sans issue car il prépare le terrain à l’espérance chrétienne, l’espérance d’un bonheur promis.

Le Pape François disait un jour qu’il ne craignait pas la mort mais la souffrance ! En effet, on ne peut aimer la souffrance, la vraie, sans être un peu tordu. La souffrance demeure néanmoins un aspect fondamental de notre condition humaine, aspect que Jésus a voulu assumer sans pour autant l’affectionner : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse mais la tienne. » (Luc 22, 42). Et pourtant il l’aimait cette souffrance et même la désirait mais uniquement en tant qu’instrument de son amour salvifique : « C’est un baptême que j’ai à recevoir et comme il me tarde de le voir s’accomplir » (Luc 12,50).

Le mystère de la souffrance habite la Bible du commencement à la fin, du jardin de la Genèse jusqu’au triomphe des élus dans l’Apocalypse. La rédaction du livre de Job fut un noble effort de la part des sages de l’Ancienne Alliance pour expliquer la souffrance humaine mais il n’aboutit finalement qu’à une vague confiance dans le plan insondable du Créateur : « Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur » (Job 2, 10). Avec Judith, cette héroïne qui délivra momentanément son peuple des Assyriens, on commence à voir la souffrance comme une mise à l’épreuve providentielle : « Rendons grâce au Seigneur notre Dieu qui nous met à l’épreuve, tout comme nos pères. Rappelez-vous tout ce qu’il a fait à Abraham, toutes les épreuves d’Isaac, tout ce qui arriva à Jacob » (Judith 8, 25-26). Quant aux nombreuses lamentations des psalmistes et des prophètes, elles ne font que souligner opportunément les liens entre souffrances et infidélités : « Seigneur, nous connaissons notre mal, la faute de nos pères ; oui, nous avons péché contre toi » (Jérémie14, 20).

Le mystère de la Rédemption par la Croix est évidemment centré sur les souffrances du Messie offertes en expiation pour les péchés : une kyrielle de souffrances de toutes sortes, psychiques, physiques, affectives et même spirituelles. Souffrances volontaires certes, et combien précieuses aux yeux du Père, mais qui jouent également un rôle d’exemplarité pour ses disciples. Avec Jésus, nous sommes appelés non pas à aimer la souffrance mais à la supporter comme faisant partie de notre cheminement de foi : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Marc 8, 34). Souffrances quotidiennes, petites et grandes, mais sans mesure avec la gloire qui nous attend : « J’estime en effet, dit saint Paul, que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous » (Romains 8, 18). On est bien loin de l’esprit frileux de la société actuelle qui débouche comme tout naturellement sur le suicide assisté !

Souffrance fatidique ou pédagogique ? Un peu des deux, sans doute : car s’il nous est impossible, d’une part, de faire abstraction de notre fragile condition humaine, il est également vrai, tout au moins pour nous chrétiens, qu’on ne saurait passer sous silence l’utilisation par Dieu de nos souffrances dans le contexte plus large de notre sanctification personnelle (« Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » Romains 8, 25). Le mystère de la souffrance s’éclaire donc dans celui de la Révélation … et comment pourrait-il en être autrement ?? Aussi, concluons ces quelques remarques par un extrait d’hymne liturgique qui résume bien les convictions intimes qui doivent nous habiter :

« La création tend vers le jour

où l’on dira du Dieu d’amour :

il fait mûrir toute souffrance

en fruits de paix, en liberté,

pour que son Nom soit sanctifié.« 

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