
La ronde des Justes (détail de la Fresque du Jugement dernier par Fra Angelico)
Que le Ciel promis aux croyants soit un lieu de repos, rien de plus normal dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament: « Qu’ils (les justes) se reposent de leur travail » , « Qu’ils reposent dans la paix », « Venez à moi, dit Jésus … je vous procurerai le repos », etc. Et la liturgie des défunts ne fait que reprendre cette espérance biblique en formulant ce souhait : « Qu’il repose dans la paix », Requiescat in pace (R.I.P.).
Et pourtant, ce qui nous est promis n’est pas un immense dortoir pour personnes fatiguées .. mais bien plutôt un banquet, un festin apte à satisfaire tous nos désirs, un lieu d’échanges, de joie et de danse! Dans ses diverses paraboles, Jésus ne fait que reprendre l’image du festin messianique déjà annoncé par le prophète Isaïe (Is 25,6).
Mais il y a plus, à mon humble avis. Car il arrive en effet que le Seigneur, dans ses paraboles, fasse allusion à une activité à venir, activité concrète bien que mystérieuse. Ainsi dans la parabole des talents confiés aux serviteurs, le maitre félicite ceux qui ont su faire fructifier leurs talents en leur disant séparément, à chacun d’entre eux : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai; entre dans la joie de ton seigneur » (Matthieu 25,21). Cette parabole, destinée à tous les chrétiens, a pour but de nous éveiller à l’importance d’une bonne gestion de notre vie actuelle et ce, semble-t-il, en vue d’une autre gestion («sur beaucoup je t’établirai»). Le même conseil revient sur les lèvres de Jésus lorsque, suite à la parabole de l’intendant infidèle, il nous invite à bien gérer l’argent que nous possédons: « Car si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le vrai bien? » (Luc 16,11) . Vivre avec Dieu, c’est vivre avec Celui dont l’amour est éternel et dont Jésus disait qu’Il travaille toujours (Jean 5, 17), le travail n’ayant plus ce caractère pénible que nous lui connaissons ici-bas. Le bonheur du Ciel semble donc lié à une activité, une gestion ultérieure, déjà réalisée dans celle que les saints et en particulier la Vierge Marie exercent actuellement à notre égard: «dans le Royaume, les plus grands se font les serviteurs des plus petits». Merveilleuse activité de sollicitude et d’amour partagé qui promet d’être des plus épanouissantes.
La vie au Ciel: repos ou … travail? Les deux sans doute mais soyons quand même prudents: saint Paul, s’inspirant d’Isaïe, déclare à bon droit que « l‘œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, le cœur de l’homme n’a pas imaginé ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Corinthiens 2,9). Une histoire à suivre, de toute évidence !