L’essentielle beauté des splendeurs éphémères

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Fin de saison

À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, dom Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses:

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la Beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

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« Qui me suit…

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… ne marchera pas dans les ténèbres » (Jean 8,12)

 La beauté de la Création ne doit pas nous faire oublier notre condition humaine actuelle, drôlement limitée dans ses capacités et même dans son intégrité. La vie a beau être belle et merveilleuse, nous avons quand même besoin d’être soutenus pour en jouir et l’assumer pleinement. C’est ici qu’entre en jeu celui qui a été envoyé pour nous y aider: le Christ Jésus. Plusieurs diront que l’on peut s’en passer … que la société d’aujourd’hui suffit à remplir ce rôle de sauveur … à chacun d’abonder dans son sens. Pour nous chrétiens, il est clair que Dieu a envoyé son Fils sur terre pour faire de nous ses enfants d’adoption; c’est là l’aboutissement de son Plan d’amour.

« Je suis la lumière du monde; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jean 8,12). Cette promesse de vie n’est pas tout à fait gratuite, remarquons-le, et elle exige réflexion. On sait bien ce que la suite de Jésus implique: renoncement à soi-même, prise en charge de ses handicaps  et imitation de l’amour du Christ. On ne peut donc suivre le Maître sans y être poussé par la grâce de Dieu, sans avoir reçu le don de la Foi.

Dans ma longue vie de prêtre (près de 56 ans), j’ai malheureusement été témoin de baptisés qui ont perdu la foi faute de l’avoir prise au sérieux: une foi non cultivée, une foi morte, sans aucun lien avec la charité. Dans la parabole de la vigne, Jésus fait allusion à cette triste éventualité: « Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, mon Père le coupe » (Jean 15,2). J’ai la nette impression que la plupart de ces anciens croyants avaient refusé le mystère de la Croix dans leur vie personnelle: ils avaient pensé bien faire en suivant Jésus sans faire face aux exigences et surtout sans approfondir le chemin que lui-même avait suivi, celui de l’amant qui s’oublie pour l’autre.

Je suis la lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. Une promesse unique et extraordinaire mais qui comporte néanmoins une exigence: un amour vrai … à chacun d’y voir!

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Une création de plus en plus belle!

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Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents; voilà déjà tout un événement … mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu  (pour dire le moins!).  Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement  mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien; d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et pour lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen »

(Romains 11, 23.26)

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Le ciel sur terre, selon un Chartreux

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Comme tout bon chartreux, dom Augustin Guillerand contemple Dieu dans la fine pointe de  son âme. Et pour se faire, le recueillement lui devient nécessaire; un recueillement qui n’est pas exclusivement l’œuvre de l’homme mais le fruit d’une longue vie de prière et de charité. N’allons surtout pas nous méprendre et attribuer cette paix de l’âme à  une certaine méditation transcendantale  ou comparer dom Guillerand à un maître zen ! Nous sommes ici dans la vie chrétienne à cent pour cent et l’état d’âme décrite par dom Augustin s’apparente très bien à la voie illuminative/unitive des grands spirituels. Écoutons bien :

« Le royaume des cieux est au-dedans de vous », a dit Jésus (Luc 17,21) C’est la partie mystérieuse et profonde que l’on appelle le centre, le foyer, ou encore la cime de l’âme. C’est le temple, le sanctuaire, l’autel où le Père a fixé sa demeure au jour du baptême et où il nous appelle à le rejoindre. Nous répondons à son appel quand nous nous recueillons. (…)

Le juste vit là; sa demeure est la pensée de Dieu. Il y réside sans cesse. Il voit Dieu comme un Père infiniment aimant au plus profond de son âme, sa foi lui révèle cette présence, lui rappelle son amour. Il croit qu’à tout instant ce Père lui communique son propre Esprit, sa Vie. Il se dégage de toutes choses créées pour l’accueillir. Il s’efforce de se tourner vers le Père comme le Père est sans cesse tourné vers lui. Il unit sa pensée à cette pensée divine et dans cette union il trouve une fixité qui est déjà un avant-goût de la vie éternelle.

À ces hauteurs, le mal ne l’atteint plus; il est en Dieu, il est dans le Bien suprême. Que l’on dise, que l’on pense, que l’on fasse de lui ce que l’on voudra, son âme domine et méprise ces vaines attaques d’un monde qui ne compte plus pour lui. Il laisse la créature (qui l’appelle à sortir de lui) pour le Créateur (qui l’invite à se recueillir et à lui tenir compagnie dans son cœur). Le lieu, où il a fixé son séjour est un terrain où ni le monde, ni le démon n’ont accès: c’est le lieu du Père, c’est le sanctuaire intime où le Père se donne à ceux qui ne veulent plus que lui, c’est la chambre secrète où s’ébauche sur terre la vie du ciel. »

(Écrits spirituels, tome 2, pages 178 et 180)

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La vie au Ciel: repos ou … travail?

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 La ronde des Justes (détail de la Fresque du Jugement dernier par Fra Angelico)

Que le Ciel promis aux croyants soit un lieu de repos, rien de plus normal dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament: « Qu’ils (les justes) se reposent de leur travail » , « Qu’ils reposent dans la paix », « Venez à moi, dit Jésus  … je vous procurerai le repos », etc. Et la liturgie des défunts ne fait que reprendre cette espérance biblique en formulant ce souhait : « Qu’il repose dans la paix », Requiescat in pace  (R.I.P.).

Et pourtant, ce qui nous est promis n’est pas un immense dortoir pour personnes fatiguées .. mais bien plutôt un banquet, un festin apte à satisfaire tous nos désirs, un lieu d’échanges, de joie et de danse! Dans ses diverses paraboles, Jésus ne fait que reprendre l’image du festin messianique déjà annoncé par le prophète Isaïe (Is 25,6).

Mais il y a plus, à mon humble avis. Car il arrive en effet que le Seigneur, dans ses paraboles, fasse allusion à une activité à venir, activité concrète bien que mystérieuse. Ainsi dans la parabole des talents confiés aux serviteurs, le maitre félicite ceux qui ont su faire fructifier leurs talents en leur disant séparément, à chacun d’entre eux : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai; entre dans la joie de ton seigneur » (Matthieu 25,21). Cette parabole, destinée à tous les chrétiens, a pour but de nous éveiller à l’importance d’une bonne gestion de notre vie actuelle et ce, semble-t-il,  en vue d’une autre gestion («sur beaucoup je t’établirai»). Le même conseil revient sur les lèvres de Jésus lorsque, suite à la parabole de l’intendant infidèle, il nous invite à bien gérer l’argent que nous possédons: « Car si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le vrai bien? » (Luc 16,11) . Vivre avec Dieu, c’est vivre avec Celui dont l’amour est éternel et dont Jésus disait qu’Il travaille toujours (Jean 5, 17), le travail n’ayant plus ce caractère pénible que nous lui connaissons ici-bas. Le bonheur du Ciel semble donc lié à une activité, une gestion ultérieure, déjà réalisée dans celle que les saints et en particulier la Vierge Marie exercent  actuellement à notre égard: «dans le Royaume, les plus grands se font les serviteurs des plus petits». Merveilleuse activité de sollicitude et d’amour partagé qui promet d’être des plus épanouissantes.

La vie au Ciel:  repos ou … travail?  Les deux sans doute mais soyons quand même prudents: saint Paul, s’inspirant d’Isaïe, déclare à bon droit que « l‘œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, le cœur de l’homme n’a pas imaginé ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Corinthiens 2,9).  Une histoire à suivre, de toute évidence !

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« Louange de gloire »

 

 Une nouvelle sainte:  Élisabeth de la Trinité, o.c.d.

Au lendemain de la canonisation de la carmélite de Dijon, sœur Élisabeth de la Trinité, on ne peut que faire un rapprochement avec sa contemporaine, une autre sainte carmélite, sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus: les deux n’ont fait qu’un bref stage au Carmel (5 ans pour Élisabeth, 9 ans pour Thérèse)  mais elles ont su néanmoins en profiter au maximum. Toutes deux ont été anxieuses à trouver leur place et leur rôle dans l’Église; comme quoi la vie contemplative, loin de séparer des autres baptisés, ne fait que susciter davantage le désir  de leur devenir utile. Thérèse l’a trouvé dans le charisme de l’amour, Élisabeth dans celui de la louange (louange de gloire ou «laudem gloriae» comme elle aimait s’appeler).

Mais encore une fois, la canonisation de ces géants que sont les saints et les saintes ne risque-t-elle pas de nous les rendre plus admirables qu’imitables … tant notre vie actuelle, submergée dans le tintamarre des activités,  est éloignée de la leur?  Oui, si nous nous limitons à ce qui est apparent; non, si nous en retenons le message!  La prière et l’union à Dieu ne sont pas réservées à quelques baptisés mais doivent se retrouver chez tous les chrétiens, bien qu’à des degrés divers.

En cette Année jubilaire de la Miséricorde divine, ne serait-ce pas convenable de chercher nous aussi  à trouver notre place et notre rôle dans l’Église d’aujourd’hui? Beaucoup , conscients de leur misère foncière, se verront peut-être enclins à jouer le rôle du bon larron, celui de se percevoir avant tout comme objet de la Miséricorde divine. Rôle plutôt passif à vrai dire, si on le compare à ceux de Thérèse et d’Élisabeth … mais, n’est-ce pas là justement le début (et même la fin)  de toute relation authentique avec Dieu?

Les charismes dans l’Église sont divers mais il n’y a qu’un seul Seigneur, affirme saint Paul. À ceux et celles qui, rendus à un certain âge, s’attristeraient de ne pas avoir eu une vie chrétienne aussi rayonnante que celle de sainte Thérèse ou de sainte Élisabeth, je me permets de rappeler que l’amour gratuit que Dieu nous a manifesté dans le Christ Jésus est tellement grand qu’il devrait nous suffire! Sachons recevoir humblement du Seigneur ces paroles qu’Elqana adressait à sa femme Anne, attristée de ne pas avoir d’enfants:  « Pourquoi es-tu si triste? Est-ce que je ne vaux pas pour toi plus que dix fils? » (1Samuel 1,8). Qu’il est difficile à notre amour-propre de se voir aimer gratuitement… et si notre rôle à nous dans l’Église d’aujourd’hui était tout simplement d’être  Aimés de Jésus ?

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La souffrance de la Foi, selon un Chartreux

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 Moine dans son jardin (Chartreuse de la Valsainte, Suisse)

La foi apaise nos souffrances mais elle peut aussi devenir, malgré elle, cause de souffrance; car, nous voulons trop souvent goûter et sentir cette foi … hélas! Dom Guillerand nous entretient de cette souffrance spéciale  dans une lettre à un correspondant:

« Notre souffrance n’a rien qui puisse nous inquiéter; elle est un état presque nécessaire pour les âmes à qui la terre est trop petite. Elles manquent d’air et étouffent. C’est l’aspiration de toutes les âmes insatisfaites d’elles-mêmes qui se traduit ainsi. Souffrons beaucoup de cette souffrance: Dieu ne nous en voudra jamais. Cependant gardons-la calme et bien réglée. Car ce Dieu, vers lequel se tend notre cœur, nous aime depuis toujours et pour toujours. Il ne désire rien tant que de se donner à nous … et nous ne pouvons pas lui faire plus de plaisir qu’en croyant cela.

Au fond, nous le croyons. Mais nous voulons trop sentir et goûter cette foi. Là est le danger, et là est l’erreur. Croire à Dieu est une chose, le goûter en est une autre. La première est toujours accordée à notre bonne volonté; la deuxième dépend uniquement de Dieu et de son bon plaisir. La première est un don que nous faisons à Dieu de notre esprit; la seconde est une communication qu’il nous fait de sa propre joie. Or nous devons et nous pouvons donner notre esprit à son esprit; mais nous ne pouvons, dès cette vie, participer à sa joie comme nous voulons. Nous ne pouvons que recevoir les prémices passagères et les avant-goûts qu’il veut bien nous en donner de temps en temps quand il le veut. Il faut accepter ce plan divin qui réserve à une autre vie la possession définitive de l’objet aimé. La terre est et sera toujours une terre d’exil, lieu de passage, désert à traverser, où l’on dresse la tente un instant, pour la replier bientôt. Nos âmes oublient trop cela; elles ne marchent pas assez les yeux fixés sur la patrie « où sont les vraies joies ».

(Écrits spirituels, tome 2, page 220)

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Une foi catholique qui ne cesse de progresser.

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 Progrès … ou changement?

Dans le monde d’aujourd’hui, plusieurs traditionalistes accusent à tort l’Église catholique de renier la Tradition et de se tourner vers les erreurs du modernisme (erreurs déjà condamnées par saint Pie X en 1907). Le modernisme était un courant de pensée qui se caractérisait par un relativisme vis-à-vis les valeurs de l’Église et une propension à la sécularisation. La mise à jour effectuée par le Concile Vatican II (1962-65) dans la vie  pastorale de l’Église n’a pas manqué évidemment de susciter quelques mouvements réactionnaires, comme la secte traditionaliste de Mgr Lefebvre. Une chose  est de toucher au contenant et une autre de toucher au contenu; les esprits un peu étroits n’y ont rien compris. Encore aujourd’hui, on accuse facilement Rome d’apporter des changements significatifs au dogme alors qu’il ne s’agit en réalité que de modifications liturgiques ou pastorales; un organisme vivant ne saurait subsister en demeurant dans un état momifié! Les traditionalistes d’aujourd’hui, qui rejettent en tout ou en partie les réformes issues du Concile Vatican II, le font en se réclamant d’une fausse conception de la Tradition: d’où leur rejet de la réforme liturgique, de la liberté religieuse, de l’œcuménisme et de la collégialité. Malheureusement pour eux, ils ne font que se méprendre sur la distinction entre «contenant» et «contenu».

Mais il faut savoir également que le dogme peut évoluer en se précisant davantage: on pense par exemple aux privilèges de Marie: immaculée dans sa conception (1854) et glorifiée dans son corps (1950). Déjà au 5e siècle, un moine de l’île de Lérins (en face de Cannes) s’était penché sur le sujet pour en arriver ensuite à bien formuler la règle à tenir. Écoutons-le:

«  Ne peut-il y avoir dans l’Église du Christ aucun progrès de la religion? Si assurément, et un très grand. Car qui serait assez jaloux des hommes et ennemi de Dieu pour essayer d’empêcher ce progrès? À condition du moins qu’il s’agisse d’un véritable progrès dans la foi et non d’un changement. Car il y a progrès si une réalité s’amplifie en demeurant elle-même; mais il y a changement si elle se transforme en une autre réalité. (…) Que la religion imite donc la croissance des corps dont les éléments évoluent et se développent au rythme des années, mais demeurent eux-mêmes. Il y a grande différence entre la fleur de l’enfance et la maturité de la vieillesse, et pourtant ceux qui maintenant deviennent des vieillards sont bien les mêmes que les adolescents qu’ils furent autrefois. (…)  Il en va de même pour les dogmes de la religion chrétienne: la loi de leur progrès veut qu’ils se consolident au cours des ans, se développent avec le temps et grandissent au long des âges. »  ( Commonitorium de Vincent de Lérins, PL 50, 667-668).

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Le rôle du Pape dans l’Église

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 « Seigneur tu sais que je t’aime… Jésus lui dit:  Pais mes brebis. » (Jean 21, 16)

Le rôle du Pape dans l’Église est double: tout d’abord,  aimer le Christ de tout son cœur et dans une mesure qui surpasse celle des autres évêques (« M’aimes-tu plus que ceux-ci? ») et puis aimer les fidèles au point de se dévouer chaque jour à leur bien-être, surtout spirituel. Le rôle du Pape, de tout Pape, est donc de paître l’Église universelle  dans l’amour et l’oubli de soi.

Il fut un temps où l’on voyait le Souverain Pontife comme au sommet d’une pyramide, alors que les évêques étaient perçus comme ses lieutenants; une fausse vision de l’Église qui fut définitivement corrigée par le concile Vatican II. Une simple lecture des évangiles et surtout du livre des Actes nous montre d’ailleurs la vie collégiale des apôtres. Les Églises orthodoxes sont elles aussi d’origine apostolique et leur séparation de Rome, tout en affaiblissant leur rayonnement, n’invalide pas leur statut d’Églises chrétiennes authentiques vivant des sept sacrements. Saint Jean-Paul II aspirait au jour où l’Église du Christ pourrait enfin respirer de ses deux poumons (l’occidental et l’oriental).

Pour ceux qui fréquentent les médias sociaux, tel Facebook, il n’est pas rare de rencontrer des groupuscules de catholiques qui mettent en doute ou critiquent ouvertement l’action du Pape François: certains se réclament des Lefebvristes, d’autres opposent superficiellement les rites de la liturgie (messe tridentine et celle plus récente) pour en déduire l’invalidité de l’un par rapport à l’autre, d’autres enfin ne prêtent attention qu’aux «secrets» des apparitions de la Vierge pour en soutirer injustement des reproches envers  l’Église actuelle, etc., etc. Dans une société aux mille visages, nous sommes donc appelés à revoir les fondements de notre foi personnelle afin de pouvoir justifier publiquement l’espérance qui nous habite.

Le rôle du Pape, dans ce domaine,  est justement de nous confirmer dans la foi des Apôtres. Sa fonction de pasteur s’exerce quotidiennement dans ses multiples interventions, discours ou gestes, qui nourrissent nos besoins de connaître la volonté de Dieu sur nous, en notre temps. Même si son charisme d’infaillibilité n’est pas toujours en cause, il ne nous est pas permis d’ignorer ses paroles qui n’ont pour but que d’enseigner les brebis que nous sommes …  « Pais mes brebis! »

Avouons que dans une société de plus en plus individualiste, il n’est pas toujours aisé d’obéir aveuglement. Mais c’est là le prix et la consolation de notre foi : « Bienheureux, disait Jésus, ceux qui croiront sans avoir vu ! » (Jean 20,29)

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La Vierge des Chartreux

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Peinture de Zurbarán (†1664) réalisée pour l’ancienne chartreuse de Séville (Espagne)

En cette fête de la Vierge Marie, il me semble convenable de vous présenter un texte marial rédigé par notre cher dom Augustin Guillerand. Très discret sur la récitation du chapelet, dom Augustin n’en parle pas moins avec respect et dévotion, quitte ensuite à prendre son envol habituel sur la signification profonde de nos rapports avec Marie. Écoutons-le :

« Je n’ai pas à vous dire toutes les notes dont cet hymne de louange est fait, je n’en finirais pas: immense et incessant murmure des «Ave Maria», formules variées par lesquelles on la prie … et cela même quand la récitation des Ave est un peu machinale et distraite, dictée cependant par un sentiment profond, un instinct du cœur où il y a pour elle une tendresse filiale qui peut se voiler, mais qui ne meurt pas, qu’on ne se résigne pas à laisser mourir. (…)

N’oublions pas cependant que la plus belle louange, la plus douce à son cœur , celle sans laquelle les autres ne seraient rien, c’est l’effort des âmes qui se tiennent en face d’elle, calmes, confiantes, dociles et aimantes, et lui permettent de graver en elles les traits de son divin Fils, de renouveler , de prolonger, de compléter sa gloire maternelle et d’être pour elles «Marie de qui est né Jésus». (…)

Jusqu’à la fin des temps les disciples de Jésus, et plus spécialement les natures intimes, intérieures, contemplatives, les êtres de tendresse, de sensibilité concentrée, auront avec Marie ces relations de fils à mère. Le Maître leur communiquera par elle son esprit. Il le leur communiquera au pied de la croix. Ils s’y trouveront sans avoir à lutter ni à souffrir plus que d’autres. Ils y seront par un concours de circonstances très particulières; ils s’y tiendront avec aisance. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 289 s)

 

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