Sommes-nous devant le trône de Dieu?

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 Moine en prière (Chartreuse de Montrieux, France)

Dans une homélie pour la fête de la Toussaint, dom Guillerand transporte ses auditeurs devant le trône de Dieu et de l’Agneau, tel qu’imaginé par saint Jean : « Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la cité et ses serviteurs lui rendront un culte » (Apocalypse 22,3).

« Les élus sont là , en face du trône, en face de Celui qui l’occupe et qui est l’Être, la Lumière et la Vie, en face de l’Agneau qui les reproduit ; ils ont la robe nuptiale qui est le sang de l’Agneau immolé ; il les lave, il les revêt et il les orne ; il leur donne la pureté qui est le détachement : nulle tache créée qui les souille et puisse intercepter le divin rayon ; il leur donne surtout la clarté blanche et vierge, la lumière de l’Amour qui est la couleur propre et la beauté de Dieu. Ils deviennent eux-mêmes réflecteurs de Dieu. D’eux aussi un rayon part, le rayon qu’ils ont reçu, qui est devenu leur être et leur vie et qui toujours, par la voie du divin médiateur (l’Agneau immolé) remonte au Principe premier, à Celui qui est assis sur le trône. Ce rayon est le chant de tout leur être ; il dit sans fin à Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau : « Salut, honneur, gloire à jamais dans les siècles des siècles » (Apocalypse 7,12)

Dès ici-bas, mais sous le voile de la foi, au fond secret des âmes, en cette retraite mystérieuse où Dieu se donne, le mystère divin qui nous soulèvera d’éternelle allégresse, se déroule déjà dès cette terre : le Père est là, nous voit, nous appelle; le divin chef est là par son Esprit pour nous guider aux sources des eaux de la vraie vie, tout le ciel est là et nous attend. Mais nous … sommes-nous là ? Sommes-nous « devant le trône de Dieu » ? N’y a-t-il pas d’autres trônes ? Avons-nous abattu toutes les idoles ? Le sang de l’Agneau, le sacrifice total sans réserve, a-t-il été purifié ? Le regard pleinement détaché est-il concentré sur l’objet unique ? Toutes les cordes de nos harpes, toutes les puissances de notre être sont-elles accordées, vibrent-elles de la seule note, la note d’amour ? Lui offrons-nous toutes nos couronnes, tout ce que nous avons d’être, de qualités, de mérites ? »

(Écrits spirituels, tome 2, page 52s)

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Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

 

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Cimetière paroissial (Canada)

En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens, les baptisés décédés, spécialement ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort, de la prière pour les défunts, de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout pas le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Mais gardons-nous d’en faire un lieu tout feu tout flammes … il s’agirait plutôt de l’amour du Père nous brûlant jusqu’à ce qu’il soit parvenu à nous enflammer.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de nos proches. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort ne fait pas un mort mais un vivant. Mais, comme dit le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cette échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

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Marcher la main dans la main

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Marcher la main dans la main nous renvoie aux amoureux, au jeune enfant qui accompagne sa maman, à l’aveugle qui s’agrippe à son compagnon. Amour, confiance, sécurité: autant de motifs qui peuvent nous inciter à nous appuyer sur une autre personne. N’est-ce pas là le fondement de toute société …  une solidarité basée sur la confiance et l’entraide mutuelles?

 En la veille de la fête de la Toussaint (1er novembre), quoi de plus merveilleux que de se rappeler cette belle et unique solidarité qui fonde l’Église: la communion de tous les baptisés entre eux! En contemplant la fresque du Jugement dernier par Fra Angelico, je remarque la joie et la bonne entente qui règnent sur le visage de ces personnes qui viennent de se faire dire:« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Matthieu 25, 34). Cette bonne entente n’est évidemment  pas nouvelle pour eux puisqu’ils l’ont vécue durant leur vie terrestre, bon an mal an. Notons également que cette charité fraternelle ne vient pas vraiment d’eux mais plutôt de Celui qu’ils ont servi dans la foi et qui leur a donné en retour son Esprit Saint. Cette aide céleste, absolument gratuite, me semble rappelée par la présence des anges gardiens qui les accompagnent dans cette joyeuse farandole.

La fête de la Toussaint est donc le triomphe de l’Amour miséricordieux dans notre vie personnelle et dans celle de tous nos frères et sœurs; elle est également l’annonce du triomphe final du Bien sur le Mal. Bienheureux, oui, mille fois bienheureux, ceux qui participeront aux noces de l’Agneau dans le Royaume!

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L’essentielle beauté des splendeurs éphémères

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Fin de saison

À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, dom Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses:

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la Beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

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« Qui me suit…

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… ne marchera pas dans les ténèbres » (Jean 8,12)

 La beauté de la Création ne doit pas nous faire oublier notre condition humaine actuelle, drôlement limitée dans ses capacités et même dans son intégrité. La vie a beau être belle et merveilleuse, nous avons quand même besoin d’être soutenus pour en jouir et l’assumer pleinement. C’est ici qu’entre en jeu celui qui a été envoyé pour nous y aider: le Christ Jésus. Plusieurs diront que l’on peut s’en passer … que la société d’aujourd’hui suffit à remplir ce rôle de sauveur … à chacun d’abonder dans son sens. Pour nous chrétiens, il est clair que Dieu a envoyé son Fils sur terre pour faire de nous ses enfants d’adoption; c’est là l’aboutissement de son Plan d’amour.

« Je suis la lumière du monde; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jean 8,12). Cette promesse de vie n’est pas tout à fait gratuite, remarquons-le, et elle exige réflexion. On sait bien ce que la suite de Jésus implique: renoncement à soi-même, prise en charge de ses handicaps  et imitation de l’amour du Christ. On ne peut donc suivre le Maître sans y être poussé par la grâce de Dieu, sans avoir reçu le don de la Foi.

Dans ma longue vie de prêtre (près de 56 ans), j’ai malheureusement été témoin de baptisés qui ont perdu la foi faute de l’avoir prise au sérieux: une foi non cultivée, une foi morte, sans aucun lien avec la charité. Dans la parabole de la vigne, Jésus fait allusion à cette triste éventualité: « Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, mon Père le coupe » (Jean 15,2). J’ai la nette impression que la plupart de ces anciens croyants avaient refusé le mystère de la Croix dans leur vie personnelle: ils avaient pensé bien faire en suivant Jésus sans faire face aux exigences et surtout sans approfondir le chemin que lui-même avait suivi, celui de l’amant qui s’oublie pour l’autre.

Je suis la lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. Une promesse unique et extraordinaire mais qui comporte néanmoins une exigence: un amour vrai … à chacun d’y voir!

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Une création de plus en plus belle!

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Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents; voilà déjà tout un événement … mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu  (pour dire le moins!).  Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement  mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien; d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et pour lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen »

(Romains 11, 23.26)

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Le ciel sur terre, selon un Chartreux

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Comme tout bon chartreux, dom Augustin Guillerand contemple Dieu dans la fine pointe de  son âme. Et pour se faire, le recueillement lui devient nécessaire; un recueillement qui n’est pas exclusivement l’œuvre de l’homme mais le fruit d’une longue vie de prière et de charité. N’allons surtout pas nous méprendre et attribuer cette paix de l’âme à  une certaine méditation transcendantale  ou comparer dom Guillerand à un maître zen ! Nous sommes ici dans la vie chrétienne à cent pour cent et l’état d’âme décrite par dom Augustin s’apparente très bien à la voie illuminative/unitive des grands spirituels. Écoutons bien :

« Le royaume des cieux est au-dedans de vous », a dit Jésus (Luc 17,21) C’est la partie mystérieuse et profonde que l’on appelle le centre, le foyer, ou encore la cime de l’âme. C’est le temple, le sanctuaire, l’autel où le Père a fixé sa demeure au jour du baptême et où il nous appelle à le rejoindre. Nous répondons à son appel quand nous nous recueillons. (…)

Le juste vit là; sa demeure est la pensée de Dieu. Il y réside sans cesse. Il voit Dieu comme un Père infiniment aimant au plus profond de son âme, sa foi lui révèle cette présence, lui rappelle son amour. Il croit qu’à tout instant ce Père lui communique son propre Esprit, sa Vie. Il se dégage de toutes choses créées pour l’accueillir. Il s’efforce de se tourner vers le Père comme le Père est sans cesse tourné vers lui. Il unit sa pensée à cette pensée divine et dans cette union il trouve une fixité qui est déjà un avant-goût de la vie éternelle.

À ces hauteurs, le mal ne l’atteint plus; il est en Dieu, il est dans le Bien suprême. Que l’on dise, que l’on pense, que l’on fasse de lui ce que l’on voudra, son âme domine et méprise ces vaines attaques d’un monde qui ne compte plus pour lui. Il laisse la créature (qui l’appelle à sortir de lui) pour le Créateur (qui l’invite à se recueillir et à lui tenir compagnie dans son cœur). Le lieu, où il a fixé son séjour est un terrain où ni le monde, ni le démon n’ont accès: c’est le lieu du Père, c’est le sanctuaire intime où le Père se donne à ceux qui ne veulent plus que lui, c’est la chambre secrète où s’ébauche sur terre la vie du ciel. »

(Écrits spirituels, tome 2, pages 178 et 180)

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La vie au Ciel: repos ou … travail?

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 La ronde des Justes (détail de la Fresque du Jugement dernier par Fra Angelico)

Que le Ciel promis aux croyants soit un lieu de repos, rien de plus normal dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament: « Qu’ils (les justes) se reposent de leur travail » , « Qu’ils reposent dans la paix », « Venez à moi, dit Jésus  … je vous procurerai le repos », etc. Et la liturgie des défunts ne fait que reprendre cette espérance biblique en formulant ce souhait : « Qu’il repose dans la paix », Requiescat in pace  (R.I.P.).

Et pourtant, ce qui nous est promis n’est pas un immense dortoir pour personnes fatiguées .. mais bien plutôt un banquet, un festin apte à satisfaire tous nos désirs, un lieu d’échanges, de joie et de danse! Dans ses diverses paraboles, Jésus ne fait que reprendre l’image du festin messianique déjà annoncé par le prophète Isaïe (Is 25,6).

Mais il y a plus, à mon humble avis. Car il arrive en effet que le Seigneur, dans ses paraboles, fasse allusion à une activité à venir, activité concrète bien que mystérieuse. Ainsi dans la parabole des talents confiés aux serviteurs, le maitre félicite ceux qui ont su faire fructifier leurs talents en leur disant séparément, à chacun d’entre eux : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai; entre dans la joie de ton seigneur » (Matthieu 25,21). Cette parabole, destinée à tous les chrétiens, a pour but de nous éveiller à l’importance d’une bonne gestion de notre vie actuelle et ce, semble-t-il,  en vue d’une autre gestion («sur beaucoup je t’établirai»). Le même conseil revient sur les lèvres de Jésus lorsque, suite à la parabole de l’intendant infidèle, il nous invite à bien gérer l’argent que nous possédons: « Car si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le vrai bien? » (Luc 16,11) . Vivre avec Dieu, c’est vivre avec Celui dont l’amour est éternel et dont Jésus disait qu’Il travaille toujours (Jean 5, 17), le travail n’ayant plus ce caractère pénible que nous lui connaissons ici-bas. Le bonheur du Ciel semble donc lié à une activité, une gestion ultérieure, déjà réalisée dans celle que les saints et en particulier la Vierge Marie exercent  actuellement à notre égard: «dans le Royaume, les plus grands se font les serviteurs des plus petits». Merveilleuse activité de sollicitude et d’amour partagé qui promet d’être des plus épanouissantes.

La vie au Ciel:  repos ou … travail?  Les deux sans doute mais soyons quand même prudents: saint Paul, s’inspirant d’Isaïe, déclare à bon droit que « l‘œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, le cœur de l’homme n’a pas imaginé ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Corinthiens 2,9).  Une histoire à suivre, de toute évidence !

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« Louange de gloire »

 

 Une nouvelle sainte:  Élisabeth de la Trinité, o.c.d.

Au lendemain de la canonisation de la carmélite de Dijon, sœur Élisabeth de la Trinité, on ne peut que faire un rapprochement avec sa contemporaine, une autre sainte carmélite, sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus: les deux n’ont fait qu’un bref stage au Carmel (5 ans pour Élisabeth, 9 ans pour Thérèse)  mais elles ont su néanmoins en profiter au maximum. Toutes deux ont été anxieuses à trouver leur place et leur rôle dans l’Église; comme quoi la vie contemplative, loin de séparer des autres baptisés, ne fait que susciter davantage le désir  de leur devenir utile. Thérèse l’a trouvé dans le charisme de l’amour, Élisabeth dans celui de la louange (louange de gloire ou «laudem gloriae» comme elle aimait s’appeler).

Mais encore une fois, la canonisation de ces géants que sont les saints et les saintes ne risque-t-elle pas de nous les rendre plus admirables qu’imitables … tant notre vie actuelle, submergée dans le tintamarre des activités,  est éloignée de la leur?  Oui, si nous nous limitons à ce qui est apparent; non, si nous en retenons le message!  La prière et l’union à Dieu ne sont pas réservées à quelques baptisés mais doivent se retrouver chez tous les chrétiens, bien qu’à des degrés divers.

En cette Année jubilaire de la Miséricorde divine, ne serait-ce pas convenable de chercher nous aussi  à trouver notre place et notre rôle dans l’Église d’aujourd’hui? Beaucoup , conscients de leur misère foncière, se verront peut-être enclins à jouer le rôle du bon larron, celui de se percevoir avant tout comme objet de la Miséricorde divine. Rôle plutôt passif à vrai dire, si on le compare à ceux de Thérèse et d’Élisabeth … mais, n’est-ce pas là justement le début (et même la fin)  de toute relation authentique avec Dieu?

Les charismes dans l’Église sont divers mais il n’y a qu’un seul Seigneur, affirme saint Paul. À ceux et celles qui, rendus à un certain âge, s’attristeraient de ne pas avoir eu une vie chrétienne aussi rayonnante que celle de sainte Thérèse ou de sainte Élisabeth, je me permets de rappeler que l’amour gratuit que Dieu nous a manifesté dans le Christ Jésus est tellement grand qu’il devrait nous suffire! Sachons recevoir humblement du Seigneur ces paroles qu’Elqana adressait à sa femme Anne, attristée de ne pas avoir d’enfants:  « Pourquoi es-tu si triste? Est-ce que je ne vaux pas pour toi plus que dix fils? » (1Samuel 1,8). Qu’il est difficile à notre amour-propre de se voir aimer gratuitement… et si notre rôle à nous dans l’Église d’aujourd’hui était tout simplement d’être  Aimés de Jésus ?

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La souffrance de la Foi, selon un Chartreux

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 Moine dans son jardin (Chartreuse de la Valsainte, Suisse)

La foi apaise nos souffrances mais elle peut aussi devenir, malgré elle, cause de souffrance; car, nous voulons trop souvent goûter et sentir cette foi … hélas! Dom Guillerand nous entretient de cette souffrance spéciale  dans une lettre à un correspondant:

« Notre souffrance n’a rien qui puisse nous inquiéter; elle est un état presque nécessaire pour les âmes à qui la terre est trop petite. Elles manquent d’air et étouffent. C’est l’aspiration de toutes les âmes insatisfaites d’elles-mêmes qui se traduit ainsi. Souffrons beaucoup de cette souffrance: Dieu ne nous en voudra jamais. Cependant gardons-la calme et bien réglée. Car ce Dieu, vers lequel se tend notre cœur, nous aime depuis toujours et pour toujours. Il ne désire rien tant que de se donner à nous … et nous ne pouvons pas lui faire plus de plaisir qu’en croyant cela.

Au fond, nous le croyons. Mais nous voulons trop sentir et goûter cette foi. Là est le danger, et là est l’erreur. Croire à Dieu est une chose, le goûter en est une autre. La première est toujours accordée à notre bonne volonté; la deuxième dépend uniquement de Dieu et de son bon plaisir. La première est un don que nous faisons à Dieu de notre esprit; la seconde est une communication qu’il nous fait de sa propre joie. Or nous devons et nous pouvons donner notre esprit à son esprit; mais nous ne pouvons, dès cette vie, participer à sa joie comme nous voulons. Nous ne pouvons que recevoir les prémices passagères et les avant-goûts qu’il veut bien nous en donner de temps en temps quand il le veut. Il faut accepter ce plan divin qui réserve à une autre vie la possession définitive de l’objet aimé. La terre est et sera toujours une terre d’exil, lieu de passage, désert à traverser, où l’on dresse la tente un instant, pour la replier bientôt. Nos âmes oublient trop cela; elles ne marchent pas assez les yeux fixés sur la patrie « où sont les vraies joies ».

(Écrits spirituels, tome 2, page 220)

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