Dom Guillerand et l’Eucharistie

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Messe conventuelle (Grande Chartreuse, France)

Dans son commentaire sur l’évangile de Jean, dom Guillerand nous a laissé des aperçus tout à fait sublimes sur l’eucharistie et la vie trinitaire. Il lui semble d’ailleurs impossible de traiter d’un sujet sans faire référence à la vie intime de Dieu. Le discours que Jésus a prononcé sur le pain de vie (chapitre 6) se prêtait évidemment à une telle interprétation, et en voici un extrait :

« On n’admire pas assez les discours de Notre-Seigneur. Ils se déploient avec une telle plénitude qu’on ne la remarque pas ; il en est de sa parole comme de sa vie : la simplicité en masque la perfection et la beauté.  Cherchez, a-t-il dit à ses auditeurs, un aliment qui demeure et donne de vivre à jamais. Demandez-moi cela, et non un pain matériel qui refasse vos corps chaque jour et qui vous laisse dans la vie périssable de la matière. Ce pain spirituel, vous l’avez ; le Père vous l’a donné. Je suis ce pain ; si vous entrez en moi par la foi, vous l’y trouverez et vous serez à l’abri de l’usure ; vous n’aurez plus ni faim ni soif; vous ne mourrez plus, et même vos corps participeront au dernier jour à cette vie qui demeure. Mais il faut me manger. Comment cela ? En prenant ma chair, en vous unissant à moi dans la chair, comme je me suis uni à vous quand je l’ai prise. Je suis descendu, il faut que vous remontiez ; je suis descendu par elle ; vous devez remonter par elle. Entrez dans ma chair et vous trouverez le Père, le principe de vie qui me la communique, vous accueillerez le souffle de vie par lequel il m’engendre, et vous vivrez de cette vie.

Vous ferez ce que je fais, vous vous donnerez comme je me donne. Vous donnerez votre esprit en croyant ; vous donnerez votre volonté en aimant ; vous donnerez votre sensibilité en réalisant votre foi et votre amour. Vous vous donnerez parce que l’Esprit d’amour qui m’unit au Père sera en vous, et vous unira à moi comme je m’unis à lui. Vous ferez ce que je fais comme je fais ce que fait le Père. Tous, nous ne ferons que nous donner mutuellement … et ce sera la vie éternelle. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 293s)

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Le sacrement de l’union

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En ces jours qui précèdent la Fête-Dieu (ou fête du Saint Sacrement du corps et du sang du Christ), il convient de se renouveler dans la contemplation de ce mystère eucharistique qui est comme l’apprentissage de notre future vie céleste: s’offrir totalement à Dieu, dans un acte d’amour rendu possible par l’union au Verbe incarné.

Dans notre monde pressé, le temps semble manquer pour réfléchir longuement sur les réalités célestes … et pourtant nous ne cessons pas d’être enfants de Dieu. Voici un extrait d’homélie sur la beauté spirituelle qui nous habite, homélie rédigée par un écrivain syrien hors pair qu’on a surnommé  « la harpe du Saint-Esprit »:

« Lorsque le soleil entreprend sa course, les mortels commencent leur travail; fais de nos esprits, Seigneur, une belle demeure pour ce jour qui ne connaît pas de déclin. Accorde-nous de voir en nous-mêmes la vie apportée par la résurrection, et que rien ne détourne nos esprits de tes beautés. Imprime en nous, Seigneur, la trace de ce jour, qui ne dépend pas du mouvement et de la course du soleil, en nous donnant de te rechercher assidûment.

Par tes sacrements, puissions-nous t’embrasser chaque jour en te recevant dans notre corps. Rends-nous capables d’expérimenter en nous-mêmes la résurrection que nous espérons. Nous avons caché ce trésor dans notre corps avec la grâce du baptême; que ce trésor s’enrichisse encore à la table de tes sacrements. Donne-nous la joie de ta grâce. Nous recevons ton mémorial dans ton banquet spirituel; puissions-nous le posséder effectivement lors du renouvellement futur. Puissions-nous comprendre à quelle beauté nous sommes appelés, en découvrant cette beauté spirituelle que ta volonté immortelle fait éclore au sein de la mortalité elle-même. (…) Ton plan divin, ô notre Sauveur, préfigure le monde de l’Esprit; accorde-nous de le parcourir comme il convient à l’homme spirituel. Ne prive pas notre âme, Seigneur, de ta manifestation spirituelle et n’éloigne pas de nos membres la chaleur de ton amour. »  (Homélie de saint Éphrem, † 373, docteur de l’Église)

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Un mystère qui nous échappe

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Un seul Dieu en trois personnes: mystère qui peut difficilement être représenté. Retenons quand même les éléments essentiels que nous donne l’Église, aujourd’hui, dans la prière d’ouverture de la messe :

« Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté pour révéler aux humains ton admirable mystère; donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l’éternelle Trinité, en adorant son Unité toute-puissante. »

Nous pouvons donc en déduire que la révélation du Mystère de la Trinité est comme une porte qui nous est ouverte pour nous faire entrer dans l’intimité de Dieu; une compréhension de notre adoption filiale que les autres religions monothéistes ne sauraient nous fournir. «Compréhension», remarquons-le, qui ne peut s’apprendre autrement que par la mise en exercice de notre baptême et qui est destinée à s’épanouir dans l’au-delà.

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Le désir de Dieu, selon un chartreux

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Chœur des moines à la Chartreuse de Marienau  (Allemagne)

À l’approche de la fête de la Très Sainte Trinité, voici un texte de dom Guillerand qui nous parle de la Vie trinitaire en elle-même et du désir de Dieu qui nous habite :

« Dieu est l‘Amour même, le don de soi. Se donner est sa vie. Il ne fait que cela. Éternellement le Père se donne au Fils, à cet Être infini dont il est la source, l’océan, le principe et le terme. Éternellement le Fils, animé de ce mouvement que le Père lui communique, refait vers son Père (ou mieux, dans son Père) ce don qui les unit, les lie l’un à l’autre, les tient l’un dans l’autre. Comme un foyer lumineux qui serait en même temps un miroir sans bornes, le Père se reproduit dans le Fils, le Fils reproduit le Père, l’Amour qui les unit procède des deux, les reproduit à son tour, les illumine et les fait voir … puis part d’eux pour se répandre hors d’eux, se communiquer à des êtres qui, animés du même mouvement, se donneront comme ils se donnent, leur seront unis par ce don et ne feront eux-mêmes qu’un avec eux.

L’âme qui prie implore cette communication de l’Esprit d’amour ; elle demande à Dieu de se donner à elle ; elle demande donc ce qu’il désire infiniment. Entre ce désir infini de Dieu et la prière de cette âme, il y a donc consonance, harmonie, accord parfait. L’âme humble reconnaît qu’elle n’a pas en elle-même cette tendance à se donner qui est essentiellement divine. Elle reconnaît qu’elle ne peut l’avoir que si l’Amour essentiel la lui communique (…) Devant cette prière, Dieu cède, il fléchit … si j’ose dire; il est vaincu, sans doute vaincu par lui-même, par cette amour, ce besoin de se donner auquel l’humble supplication fait appel. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 31)

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Trois Dieux?

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La Trinité des Personnes divines  (Andreï Roublev)

 Dans un de ses livres, le jésuite Bernard Lonergan fait allusion à la foi du peuple chrétien qui, d’après lui, glisse souvent dans l’erreur (à son insu, bien sûr) en confessant, comme il se doit, un Dieu en trois Personnes mais en les traitant, en pratique, comme trois Dieux! Je dois avouer qu’après 55 ans de vie sacerdotale … il m’arrive quelque fois, non de penser mais d’agir ainsi: je prie le Père comme s’il était un tiers de la divinité, et je fais inconsciemment la même chose pour Jésus et pour le Saint Esprit. De sorte que le Dieu de l’Ancien Testament risque de m’apparaître, du moins au niveau de mon subconscient, comme plus grand et plus complet que le Dieu Père des chrétiens.  La révélation du Nouveau Testament nous a mis devant un  Mystère qui dépasse évidemment tout entendement, à savoir celui d’un Dieu en trois Personnes. En tant qu’Être créateur et éternel, Dieu  est déjà assez mystérieux pour les Juifs et les Musulmans … mais que dire pour nous les Chrétiens?

Avouons qu’au long des âges, les artistes chrétiens (reflétant la foi populaire) ont exercé malgré eux une influence non minime sur cette façon d’exprimer le mystère trinitaire. Soit dit en passant, les Musulmans aussi bien que les Juifs se défendent absolument de représenter Dieu en image, conscients du fossé qui les sépare du Très-Haut. Pour nous Chrétiens, l’Incarnation du Verbe a balayé en quelque sorte les scrupules en ce domaine mais la représentation artistique  de la trinité des Personnes divines demeure, à mon humble avis, une pierre d’achoppement. Au 15e siècle, le moine russe Andreï Roublev nous a donné des chefs d’œuvres d’art byzantin, en particulier son icône de la Trinité (affichée plus haut). En représentant l’apparition de Dieu à Abraham sous les traits de trois voyageurs (Genèse 18),  Roublev n’a fait que reprendre un thème développé par d’autres artistes bien qu’avec la finesse qu’on lui connaît. Ceci dit, si le mystère de la distinction des personnes y est bien représenté, par contre celui de leur unité ineffable ne dépasse pas l’allusion: on voit mal en effet que le Père soit dans le Fils, le Fils dans l’Esprit, etc. D’où l’impression, à première vue,  d’être en présence de trois Dieux …  même s’ils se regardent avec amour et semblent se  compléter!

Il ne fait aucun doute, par ailleurs, que l’Église ne se trompe pas en nous proposant la doctrine qu’elle a reçu des Apôtres, à savoir qu’il existe en l’unique Dieu de la Révélation biblique trois personnes bien distinctes mais subsistant en une seule nature divine. Jésus l’affirme sans ambages à son apôtre Philippe: « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » (Jean 14,10) et ce Père en question est bien le Dieu d’Abraham, celui qui se manifeste en présence de Moïse et d’Élie lors de la transfiguration de Jésus sur la montagne: « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le.» (Marc 9,7)

Personnellement, je crois que ce mystère est et sera toujours  le Grand mystère. Aucun artiste ne pourra jamais nous le représenter  de façon satisfaisante: l’unité ou la trinité des Personnes risquant de l’emporter sur l’autre aspect. La solution la plus humble et la plus simple est peut-être de s’efforcer de vivre notre vie nouvelle dans l’éclairage de la foi de l’Église, elle qui dans sa liturgie nous fait prier le Père, par le Fils, dans l’Esprit. Laissons à Dieu le soin de nous faire grandir dans cette connaissance imparfaite de Lui-même en attendant le jour bienheureux de la vision. D’ici  là, aimons redire avec dévotion  cette conclusion de la Prière eucharistique que le célébrant récite (ou chante) en élevant le Corps et le Sang de Jésus:

« Par lui, avec lui et en lui, à toi Dieu le Père tout-puissant dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. Amen »

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La Terre où tombe le Feu

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La Pentecôte (El Greco, 16e siècle)

◊

Voici la nuit,

La longue nuit où l’on chemine,

Et rien n’existe hormis ce lieu,

Hormis ce lieu d’espoirs en ruines;

En s’arrêtant dans nos maisons,

Dieu préparait comme un Buisson

La Terre où tomberait le Feu !

(Didier Rimaud)

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L’Esprit en Jésus et en nous !

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Cour intérieure de la Chartreuse de Montrieux (France)

Voici un extrait de sermon de dom Augustin Guillerand où il décrit de façon intéressante le rôle de l’Esprit Saint dans la vie de Jésus et dans la vie de l’Église :

« L’Esprit Saint viendra en vous, dit l’ange à la Vierge, et vous concevrez un fils qui sera le Fils de Dieu » … Pendant trente-trois ans l’Esprit de Dieu se communiquera en plénitude à cette nature unie au Verbe ; il en fait l’homme total, le résumé de toute la création. Par son corps Jésus s’est uni toute la création matérielle, il se donne à tout, et en se donnant il s’unit à tout, avant de se donner (sur la Croix) il s’y replonge encore en se faisant pain et vin. Ainsi formé, constitué de tout, uni à tout, librement et amoureusement, ayant achevé de montrer ce qu’il est et ce qu’il fait, comment il se donne, il remet tout avec lui entre les mains de son Père, il fait tout rentrer par amour dans ce sein d’amour qui est principe de tout: « En vos mains je remets mon esprit. »

Voilà l’Esprit qui anime, qui unit, qui orne toute la sainte Cité dont saint Jean a tracé le magnifique tableau (dans l’Apocalypse) et dont nous célébrons la fête au jour de la Pentecôte. Il est lui-même cette cité, et il en est l’ornement ; il est cet époux qui est la parure et la beauté de l’épouse. C’est l’Esprit de l’Agneau immolé. Comme Jésus a reçu cet Esprit avec son corps et sa nature humaine dans le sein de la Vierge (qui elle-même s’est donnée comme il se donne), il l’a manifesté par toute son existence terrestre. Sa Passion en a été la suprême démonstration et n’a pas eu d’autre but. Il l’a répandu dans le monde pour qu’il puisse s’emparer de tous ses disciples qui se donneront à son exemple ; et éternellement l’Esprit resplendit en tous comme un soleil dont ils seraient les réflecteurs très purs. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 42)

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« Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père »

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Scène du Jugement dernier (Fra Angelico)

Tout au long du temps pascal, saint Paul n’a cessé de nous inviter à rechercher les réalités d’en haut. La réalité qui, pour nous, est le plus «en haut» est sans nul doute Dieu lui-même et l’espérance de vivre auprès de Lui. « Je m’en vais vous préparer une place » disait Jésus aux Apôtres la veille de sa mort (Jean 14, 2). Voila qui nous rassure …  mais n’allons pas nous imaginer le Maître en train de bâtir des murs et des fenêtres jusqu’à la fin du monde … une image que saint Augustin interprète d’ailleurs comme le temps d’insérer dans nos cœurs des dispositions  aptes à l’union définitive.

« Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père » ajoute Jésus, comme pour corriger ceux qui, regardant la scène du monde, sont tentés de restreindre l’entrée au Ciel à une certaine classe de gens bien rodés. Personnellement, je crois que les critères d’admission vont  nous surprendre  … tout en respectant la justice divine et la liberté humaine. En réalité, il y a peut-être autant de « demeures » dans la maison du Père qu’il y a d’êtres humains sur terre; car, chaque personne étant un univers compliqué et  unique, Dieu seul peut démêler ce qui paraît confus et satisfaire pleinement les désirs cachés. Soyons sans crainte, Dieu nous aime et nous sommes loin d’être des copies carbones destinées au même traitement indifférencié  de sa part!

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Mission difficile certes et même impossible? La clé de l’énigme se trouve probablement dans le rôle que l’Esprit Saint est appelé à jouer dans notre vie de croyant. Dans sa lettre aux Romains, saint Paul n’hésite pas à définir le chrétien comme étant une personne animée par l’Esprit de Dieu (Rom 8,14). Voilà donc une belle incitation à se préparer à  la Pentecôte qui vient!

 

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Il est monté aux cieux

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L’Ascension de Jésus (par Giotto, 14e siècle)

«Dans sa chair, Jésus a été mis à mort; dans l’esprit, il a été rendu à la vie. Il est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu »      ( 1Pierre 3, 18.22)

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L’Ascension de Jésus et … la nôtre !

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Grand cloître de la Chartreuse de Pleterje  (Slovénie)

Des quatre évangélistes, saint Luc est le seul qui décrit quelque peu l’Ascension de Jésus en présence de ses disciples (Actes des Apôtres 1, 9-11). Et c’est sur ce récit que se base Dom Guillerand pour nous entretenir, dans un sermon, de notre éventuelle ascension dans la vie spirituelle ; ascension attribuée à l’Esprit Saint que notre auteur aime désigner du nom de mouvement.  Écoutons-le :

〈 Les apôtres virent Jésus s’élever; puis une nuée vint le soustraire à leurs regards. Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu’il s’en allait, voici que leur apparurent deux hommes vêtus de blanc, qui leur dirent : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ?  〉

« C’est ce Souffle, cet Esprit, ce mouvement intime qui se communiqua de nouveau au corps le matin de Pâques, et, cette fois, comme le Christ n’avait plus à nous ressembler dans la souffrance et la mort, il se l’assimila complètement, le fit corps spiritualisé, lui communiqua  son agilité ; et, un jour, à l’heure voulue, devant les apôtres et les disciples réunis, pour réaliser le dessein divin, pour faire connaître ce Souffle au monde, le mouvement le souleva lentement et l’emporta au sein du Père.

Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui. C’est le terme définitif, le couronnement glorieux, l’éclatante manifestation du mouvement de l’Esprit d’amour qui a animé toute la vie de Jésus et toute son activité … et qu’il est venu manifester. Mais pour le voir, cet Esprit, il faut l’avoir. Les apôtres ne l’ont pas encore    ; voilà pourquoi, oublieux de la recommandation et de la promesse qui viennent de leur être faites, ils s’attardent à regarder ce corps et cette nuée qui le leur a ravi. Les anges doivent venir et leur rappeler : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » Sous cette forme visible sa mission est achevée, il nous a donné tout ce qu’il devait nous donner.

Ce qu’il nous faut maintenant, c’est de nous livrer totalement à ce Souffle d’amour qui a animé sa vie, c’est de nous plonger, de nous immerger en cet Esprit comme dans un bain qui fera de nous des hommes nouveaux. Il faut que, mus par ce souffle sacré, nous refassions à sa suite cette lente ascension de sa vie, en suivant le chemin qu’il a suivi : car, nous dit saint Paul, nous sommes appelés à rentrer avec lui dans le sein du Père, à y régner éternellement avec lui, mais nous ne régnerons avec lui que si nous avons souffert avec lui : «Si nous tenons ferme, avec lui nous régnerons» (2 Timothée 2,12). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 39)

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