
Chartreuse de Porta Coeli (Valence, Espagne)
Face à Dieu, nous sommes tels des hiboux face au soleil. Peut-on espérer le voir un jour ? Dom Augustin Guillerand remarque à bon droit que Dieu seul peut se comprendre, pour lui l’infini devient pour ainsi dire «fini». Pour nous, il en va tout autrement; Dieu semble reculer à mesure qu’on avance. Écoutons ce que ce chartreux a à nous dire sur cette vision qui nous est promise :
« Même au Ciel nous ne comprendrons pas entièrement Dieu. Comprendre, c’est prendre en soi, c’est tenir, contenir. Or Dieu déborde notre esprit. Nous le verrons; il surélèvera notre esprit pour accueillir sa propre Lumière. Nous le verrons dans cette Lumière. Mais il n’entrera pas dans notre esprit avec son infinité. Il se proportionnera à la mesure bornée de notre faculté surélevée.
Océan infini, dont le fond recule à mesure qu’on avance, dont la largeur s’étend sans fin. Notre gloire et notre joie seront précisément d’avoir un Père qui nous dépasse à l’infini. Nous jouirons ainsi de ce que nous ne comprendrons pas; nous exulterons de ne pas comprendre. Pour une créature, voir Dieu, c’est voir qu’il est plus grand que tout, que ce qu’elle voit c’est lui, c’est bien lui, c’est vraiment l’Être qui est et qui se donne. Elle voit qu’il est, elle voit qu’il se donne; mais nulle créature ne voit tout ce qu’il est et donne.
Il est d’une simplicité inconcevable, unique, dépassant tous nos mots et toutes nos idées, devant lequel il faut vraiment adorer et se taire … »
(Écrits spirituels, tome 2, page 259)







