Une longue attente récompensée

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Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem

À l’occasion de cette belle fête de la Présentation (2 février), voici un commentaire de dom Augustin Guillerand sur l’attente du vieillard Siméon, attente longue et patiente mais, finalement, merveilleusement récompensée:

« Siméon orné de justice et de crainte attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était en lui.  (Luc 2,25)  Saint Luc a dessiné en quelques mots un portrait précis et complet du saint vieillard Siméon. Sa vie merveilleusement une, et à cause de cela merveilleusement belle et forte; elle tient toute en un mot: Il attendait. (…)  Il attendait le Rédempteur, Celui qui devait refaire dans les âmes l’image et la ressemblance de Dieu déformée par le péché, Celui qui est cette image, cette ressemblance, Celui donc qui porte en lui les traits de l’infinie Beauté, la figure de sa Substance, l’éclat de l’éternelle Lumière. Il tenait toutes ses énergies, tendues par le désir, vers lui. (…)

L’issue d’une telle attente est facile à prévoir. Le jour même et à l’heure même où la voix intérieure dit: «Il est là, il est au Temple», toutes les énergies ordonnées de son être, les muscles de son corps, les puissances de son âme se déclenchaient simplement, sans effort, s’accordaient pour trouver, reconnaître, embrasser Celui qui était son seul désir; et de tout cet être satisfait s’éleva l’hymne du repos après l’effort, de la possession après l’attente, l’hymne de la paix: «Maintenant vous laissez votre serviteur partir en paix ... » (…) La paix l’enveloppe, le baigne, l’inonde de toutes parts.

Résultat splendide! Nous le désirons, nous aussi, nous en avons le droit; il peut, il doit devenir nôtre. Mais nous oublions l’attente qui le précède et le long effort qui le prépare. L’heure de la paix , de repos, ne sonne qu’après le travail, et elle ne sonne que pour ceux qui ont travaillé, pour ceux qui ont su construire et orner le temple intime où l’hôte divin doit venir, pour ceux qui ont longuement écouté la voix de l’Esprit Saint et qui, en collaboration avec ce dernier, se sont façonnés peu à peu des bras spirituels, des facultés rectifiées, surélevées, divinisées, nécessaires pour recevoir et embrasser le Rédempteur attendu. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 19 ss)

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« Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur »

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Un croyant ne peut s’approcher de Dieu sans se sentir petit … et cela est très normal. Qui sommes-nous face à cet Être parfait, Cause et Fin de toutes choses? D’instinct nous sommes portés à chercher en nous ou en dehors de nous des motifs pour appuyer nos demandes faites à Lui. Nos liturgies sont remplies d’oraisons adressées à Dieu mais toutes se concluent pas un cri de foi et d’espérance: JÉSUS. Écoutons un saint évêque africain  du 6e siècle nous expliquer cette façon chrétienne de prier:

« Il faut remarquer d’abord que dans la conclusion des oraisons, nous disons: « Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur ». Nous ne disons jamais « Par l’Esprit Saint ». Ce n’est pas sans raison que l’Église s’exprime ainsi dans sa célébration; c’est à cause du mystère que voici: L’homme Jésus Christ est devenu médiateur entre Dieu et les hommes, prêtre pour toujours à la manière de Melchisédech. C’est par son propre sang qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, mais non pas dans un sanctuaire fait de main d’homme, et simple copie du véritable. Il est entré dans le ciel même, où il est à la droite de Dieu et intercède pour nous.

L’Apôtre dit, lorsqu’il le considère dans cette fonction de grand prêtre: En toute circonstance, offrons à Dieu par lui un sacrifice de louange, c’est-à-dire l’acte de foi qui sort de nos lèvres en l’honneur de son nom. C’est donc par lui que nous offrons le sacrifice de louange et de prière, parce que c’est par sa mort que nous avons été réconciliés avec Dieu, alors que nous étions ses ennemis. C’est par lui, en effet, qui a daigné devenir victime pour nous, que notre sacrifice peut être agréé par Dieu. Aussi saint Pierre nous exhorte-t-il  ainsi: Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter par le Christ Jésus. Telle est la raison pour laquelle nous nous adressons à Dieu le Père « par Jésus Christ notre Seigneur ».  »

(Lettre de saint Fulgence de Ruspe au diacre Ferrand, Lettre 14, 36.37)

 

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Savoir comprendre les Écritures

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«Vous scrutez les Écritures dans lesquelles vous pensez avoir la vie éternelle»        (Jean 5, 39)

La Bible, livre inspiré par excellence, ne se laisse pas comprendre facilement : la personne athée s’arrêtera peut-être à l’histoire racontée, à la beauté de la poésie ou à la sagesse des proverbes … mais une chose est la compréhension du Juif religieux et, tout à fait autre, celle du Chrétien. Cette dernière baigne dans le mystère de Jésus, Verbe incarné, et, comme telle, est la seule à pouvoir atteindre le sens plénier du texte. Voici comment l’explique dom Augustin Guillerand dans son commentaire sur l’évangile de Jean :

« La Voix de Dieu c’est le Verbe ; les Écritures n’en sont que des échos multiples et appropriés à notre faiblesse. On les comprend quand on connaît le Verbe et quand on le reconnaît et le retrouve en elles. L’intelligence des paroles divines exige en un esprit la présence du Verbe qui les y profère et les explique. Les Juifs n’écoutent pas les paroles divines dont l’Écriture est pleine parce qu’ils n’ont pas en eux la parole essentielle, le Verbe de Dieu qui les dit en Dieu avant de les proférer dans le monde, et qui ne les dit dans un esprit créé que si cet esprit croit en lui. Il est ce Verbe qui dit éternellement au sein du Père les paroles de l’Écriture et tout mot de Dieu en cette terre. Les Juifs, en refusant de croire en lui, se ferment à ces paroles : « La parole de Dieu n’habite pas en vous, puisque vous ne croyez pas en Celui qu’il a envoyé. »

Sans arrêt Jésus affirme l’unité : croire à l’un, c’est croire à l’autre ; et refuser la foi au Verbe c’est la refuser à Dieu dont il est l’envoyé et qu’il exprime parmi eux. Mais les Juifs n’entendent pas cette expression, et ils ne l’ont jamais entendue, quelque forme qu’elle ait prise. Et pourtant c’est en entendant, c’est dans l’accueil en eux de ce Verbe qu’ils trouveraient la vie : « Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez trouver en elles la vie éternelle. » Les Écritures ne contiennent pas la vie; on ne vit pas parce qu’on les lit et médite ; on en vit quand, en elles, on rejoint le Verbe qui seul est la Vérité et la Vie. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 268 s)

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Ce cher François de Sales!

St. Francis de Sales painting

« Que Dieu doit-être bon, puisque Monsieur de Sales est si bon! » Cette exclamation de Vincent de Paul en dit long sur la réputation de son contemporain décédé en 1622, à l’âge de 55 ans. J’ai eu la chance de grandir dans une paroisse dédiée à cet évêque savoyard de Genève, qui fut déclaré en 1877 docteur de l’Église pour avoir su proposer aux chrétiens ordinaires une voie de sainteté « sûre, facile et douce ».  Voici un extrait de son best-seller (Introduction à la vie dévote) où il explique que la vie spirituelle n’est pas réservée aux religieux(ses) et encore moins aux membres des ordres contemplatifs: [À noter que le terme «dévotion» n’avait pas alors le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui, mais celui plus large de « vie spirituelle »]

« Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre; ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit-être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Serait-il à propos que l’Évêque voulût être solitaire comme les Chartreux? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’Évêque, cette dévotion ne serait-elle par ridicule, déréglée et insupportable? Cette faute néanmoins arrive bien souvent. (…)

C’est une erreur et même une hérésie de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent dans les états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. » (Édition Ravier & Devos, 1,36-37)

Donc, une saine MISE EN GARDE à l’intention de certains visiteurs occasionnels du présent blogue qui risquent de se méprendre sur les intentions de l’auteur: il ne s’agit pas  d’encourager l’imitation matérielle de la vie des Chartreux mais de s’en inspirer pour aller plus loin dans une recherche de Dieu, recherche adaptée à nos forces et à notre situation personnelle!

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Jésus récidive!

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« Lève-toi, prends ton grabat et marche »  (Jean 5, 8)

Encore une fois, Jésus accomplit une guérison le jour du Sabbat. Un récidiviste incorrigible selon les Pharisiens. Qu’en est-il vraiment de ce comportement qui semble aller à l’encontre de la Loi de Moïse? Laissons notre cher moine, dom Augustin Guillerand,  répondre à cette question dans son commentaire sur l’évangile de Jean:

« Cette guérison et les actes commandés par Notre-Seigneur vont provoquer un  long discours. C’était un jour de sabbat. Ce jours-là le peuple de Dieu devait supprimer tout travail. Les Juifs avaient peu à peu donné à cette loi un caractère de prescription capitale dont l’observation était déterminée jusque dans les moindres détails. L’âme du commandement était noyée sous ces précisions auxquelles on donnait, au temps de Jésus, beaucoup plus d’importance qu’au précepte lui-même. Ce que  les hommes avaient ajouté à ce précepte comptait plus, à leurs yeux, que ce que Dieu avait imposé.

C’est contre cela que Jésus veut réagir. Il vient réordonner, remettre les personnes et les choses à leur place; Dieu et sa Loi avant tout et tous. Le paralytique guéri comprend aussitôt. La joie l’illumine, et aussi sa droiture simple qui probablement avait attiré la pitié du Maître. Il comprend que si la Loi est de Dieu, le prodige accompli et celui qui l’a opéré en viennent également, qu’entre eux il n’y a pas de contradiction, que l’opposition apparente se résout en accord supérieur, qu’il ne va donc pas contre la Loi en faisant ce que lui commande quelqu’un qui est certainement uni au Législateur. Ces vues conciliatrices, il ne se les exprime pas à lui-même; elles le meuvent sans se traduire en formules  ou en raisonnements. D’instinct, par le mouvement de son âme simple, il sent cela et il le vit. Les Pharisiens ne s’élèvent pas à ce plan vaste; ils restent en eux-mêmes, dans leurs vues. La Loi c’est eux; la Loi est violée, et celui qui a commandé cette violation ne peut être de Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 254 s)

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L’ascèse et la vie chrétienne

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Tentations de saint Antoine au désert  (Jérôme Bosch)

Face aux nombreux chrétiens d’aujourd’hui qui se traînent les pieds en voulant unir confort et devoirs religieux, les saints demeurent des exemples privilégiés de l’unique voie du Salut. La vie de saint Antoine le Grand, rédigée au 4e siècle, devint vite un champs fertile pour les artistes dévots, tels le peintre néerlandais Jérôme Bosch (↑1516), enclins à illustrer le combat entre le Bien et le Mal. En ce 17 janvier, fête liturgique de saint Antoine, père des moines d’Égypte, voici un extrait de son appel à la vie ascétique tel que relaté par son contemporain et biographe, saint Athanase évêque d’Alexandrie:

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux.

Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. »(Vie de saint Antoine par saint Athanase, La vocation d’Antoine)

On sait qu’Antoine par la suite se retira au désert et y vécu très longtemps pour y mourir à l’âge de 105 ans. De nombreux disciples le suivirent dans cette vie d’austérité qui donne accès à l’intimité du Dieu vivant.

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Jésus en colère ?

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« Se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous du Temple » (Jean 2,15)

Face à la joie ou à l’injustice, Jésus n’est pas de marbre … il réagit avec les passions humaines qui sont les siennes mais, contrairement à nous, en les maîtrisant ! Voici ce qu’en dit dom Augustin Guillerand dans son commentaire sur la scène évangélique en question :

« Jésus défend l’honneur de son Père, et il le défend comme quelqu’un qui n’est rien et n’a rien à perdre. De là cet acte immédiat et son caractère irrésistible qui, à première vue, étonne. Sa façon de traiter les vendeurs du Temple, de les mettre dehors, puis de se justifier quand ils protestent et demandent ses titres, est d’un maître qui ne cherche pas à avoir raison, mais qui s’impose. (…) Jésus veut la gloire de son Père. Cette gloire est outragée en ce Temple de Jérusalem qui est, en Terre Sainte, la maison de Dieu par excellence. (…) Il en résulte une force, à la fois physique et morale, un mouvement plein de tout l’être qui est irrésistible. En face de lui, tous ces gens qui ne vivent que par la surface d’eux-mêmes sont atterrés, défaits, littéralement défaits, taillés en pièces, jetés hors d’eux-mêmes comme leur marchandise hors du Temple ou à terre … « Ôtez tout cela d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de négoce. »

Le désordre qui déshonore le Père céleste est dans les hommes qui ont oublié l’ordre fait à nos premiers parents: « Ne faites pas ». Le mal est là ; contre ce mal le divin Fils réagit ; il ôte du Temple ce qui n’est pas à sa place, et il ôte des âmes les ténèbres qui interceptent la Lumière. Il restitue à son Père ce que les hommes lui dérobent : sa maison et son honneur. Les hommes ne sont pas condamnés ; ils sont éclairés. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 174 ss)

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Jésus, bouc émissaire?

 

En cette fête du Baptême de Jésus, fête qui commémore une démarche énigmatique  de la part du Seigneur et qui signale le début de son ministère publique, il convient de lever le voile un tant soit peu sur le sens de cet événement.

Dans la liturgie juive, le Jour de l’Expiation («Yom Kippour») était l’occasion pour le peuple de confesser ses péchés commis durant l’année et de les faire imputer, par le Grand Prêtre, à un bouc choisi à cet effet, lequel était par la suite envoyé au désert, repaire des démons … le rite du Bouc émissaire!  Ce rite juif a préparé les futurs chrétiens à mieux comprendre la démarche de Jésus, qui à l’âge de trente ans quitta son village de Nazareth pour aller  recevoir un baptême de pénitence des mains d’un prophète appelé Jean. La première réaction de ce dernier, qui le connaissait bien, fut de refuser; puis, après insistance de Jésus (« Laisse faire pour l’instant, c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice » Matthieu 3, 15 ), il finit par accepter.  Le lendemain, ce même prophète désignait Jésus publiquement comme étant « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29). Comment Jean en est-il arrivé à affirmer si rapidement une telle vérité si ce n’est grâce à une explication fournie par Jésus  lui faisant comprendre que sa mission  était de prendre sur lui les péchés du monde entier. Jésus, bouc émissaire, était donc destiné à expier et à effacer par sa mort rédemptrice tous les péchés possibles. Son baptême de pénitence, reçu en notre nom, dévoilait ainsi tout son sens.

Dans cette démarche historique, Jésus se présente également comme le nouveau Jacob qui, on le sait, réussit à obtenir de son père Isaac, rendu aveugle par l’âge, la bénédiction destinée à son frère aîné Ésaü en empruntant subrepticement les vêtements de ce dernier. Belle prophétie de cette démarche vicariale du Verbe éternel qui endossa notre humanité pour accomplir sa mission; mission tout à fait spéciale qui n’était pas tellement de recevoir une bénédiction que « de se faire malédiction», comme l’affirmera saint Paul; démarche néanmoins qui plût à Dieu puisqu’il le désigna au baptême comme «Fils bien-aimé, en qui j’ai toute ma faveur» .

Finalement, il est intéressant de noter que ce baptême de Jésus dans l’eau est immédiatement suivi d’un deuxième, tout aussi important, celui dans l’Esprit Saint (« Au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s’ouvrit …» Luc 3, 21) . Cet Esprit, s’emparant de lui à la façon des anciens prophètes, l’envoie au désert pour y être tenté par le démon; lutte initiale qui laisse prévoir un ministère publique des plus combatifs. Bouc émissaire donc, mais aussi nouveau Jacob,  fils bien-aimé du Père, prophète envoyé par Dieu … que de richesses spirituelles renfermées dans cet événement singulier que fut le baptême de Jésus au Jourdain!

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L’heureuse nuit …

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« Voici la nuit,

L’heureuse nuit de Palestine,

Et rien n’existe hormis l’Enfant,

Hormis l’Enfant de vie divine;

En prenant chair de notre chair,

Dieu transformait tous nos déserts

En Terre d’immortels printemps. »

(Didier Rimaud)

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À tous et à toutes, un joyeux et saint Noël!

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À l’approche de Noël …

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Le monastère de la Grande Chartreuse

En juin 1940, dom Guillerand quitte l’Italie et avec d’autres chartreux français, passe la frontière avant qu’elle ne se ferme et entre en France. Après quelques mois à la chartreuse de Sélignac, il réintègre avec un groupe de moines la maison-mère de l’Ordre, la Grande-Chartreuse, fermée depuis le début du siècle. Nommé coadjuteur du monastère, il va y mourir le 12 avril 1945.

À l’approche des Fêtes, voici donc un  texte qui laisse percevoir la profondeur de sa contemplation:

NOËL

« Noël est la fête souriante et douce par excellence. Le charme d’un berceau l’enveloppe d’une atmosphère qui attire et épanouit. Les cœurs s’ouvrent devant cet enfant sachant déjà la vie et ses peines et qui ne craint pas de les affronter pour nous.Son âme toute fraîche renouvelle les nôtres. Les années éternelles ayant précédé sa naissance ne l’ont pas vieilli; il a l’expérience de tout  ce qui a été, il connaît tout ce qui sera et il est jeune comme une fleur qui s’ouvre. Il a la jeunesse de ce qui ne passe pas, la jeunesse de l’éternel présent. Du haut de cette jeunesse, comme d’un sommet infini, il donne le mouvement des choses et il leur communique sa paix. Vues par lui, elles sont toutes belles et bonnes. Vues en lui, elles apparaissent toutes revêtues de cette douceur et de cette beauté.

Tous les mystères de Jésus baignent dans une lumière d’en-haut qui agrandit et pacifie les âmes. Toujours et partout il fait voir par delà les réalités éphémères et il découvre des profondeurs. Un rayon d’infini et d’éternité émane de tout ce qu’il dit, de tout ce qu’il fait. Son être sans bornes se projette dans toutes ses démarches et dans le plus simple de ses mouvements. (…)

Noël est la fête de la joie: «Je vous annonce une grande joie» (Luc 2,10) dit l’ange aux bergers. Cette joie a traversé l’histoire et elle est restée attachée à cet anniversaire. La joie de Noël n’est pas l’absence de peine. Il y a quelque chose de mieux que de supprimer la souffrance, c’est de l’utiliser. Le grand art de Dieu consiste à tout faire servir à ses desseins. Il est la joie infinie et il fait de la joie même avec de la douleur. Voilà pourquoi l’épreuve entoure le divin berceau: la pauvreté, l’indifférence, le mépris, la haine, la persécution et l’exil accueillent ce nouveau-né. Ce ne sont pas des ennemis qui le dominent, ce sont des serviteurs répondant à ses appels et exécutant ses ordres. »

 (Écrits spirituels, tome 1, page 67).

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