
« Allez -vous me quitter, vous aussi? » (Jean 6, 67)
La Foi n’est pas le résultat d’un raisonnement, c’est un don de Dieu. Suite au discours de Jésus sur le Pain de vie («ma chair est une vraie nourriture et mon sang un vrai breuvage»), beaucoup de ses disciples le quittèrent en refusant d’aller plus loin sur ce terrain. Les mises à l’épreuve nous dévoilent souvent des faiblesses d’adhésion que nous ne pensions pas avoir. Il y a des grâces qui ne sont pas acquises, il faut savoir les demander humblement. Écoutons les sages paroles d’un moine chartreux (dom Augustin Guillerand) commentant ce passage si étonnant du quatrième évangile :
« L’évangéliste note avec beaucoup de précision que ceux qui murmuraient et allaient se retirer étaient des disciples. Ils le suivaient habituellement ; ils étaient gagnés à son enseignement mais ils ne s’étaient pas donnés ; ils gardaient leur raison … et c’est elle qui, poussée peut-être par la déception des sens, se refusait à son amour.
Jésus explique ce refus ; il en donne le motif profond qu’il a déjà signalé plus haut. Il le donne en des termes qui le rendent encore plus déconcertant et qui font vraiment de cette scène une pierre de scandale : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne pouvait venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père. » C’est sur ce dernier trait, ce crescendo suprême de l’épreuve, que les auditeurs se retirent et l’abandonnent définitivement. Ils se retirent au lieu de s’unir ; ils se retirent parce qu’ils ne peuvent pas accepter toute la série de déclarations qui viennent d’être faites et qui heurtent leur raison. Ils ne peuvent accepter que Jésus se dise descendu du ciel quand ils savent son origine terrestre ; ils ne peuvent accepter qu’il veuille les nourrir de sa chair et qu’il leur offre la vie éternelle dans un aliment de ce genre ; ils se séparent enfin et sans retour quand il leur dit que cette foi qui leur manque ne dépend pas d’eux mais de son Père seul qui la donne à qui il veut. (…) On ne croit pas parce que la raison est satisfaite, ni parce que la volonté le commande … On croit parce qu’une lumière divine éclaire l’esprit, montre, en ce qui est dit, la parole de Dieu, et qu’une force intérieure meut la volonté à imposer à l’intelligence l’adhésion qui lui est réclamée. (…) Jésus reste seul avec les Douze. La foule s’est retirée, incapable de cette foi et du sacrifice qu’elle implique. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 297 s)







