
« ESPRIT DE DIEU, sève d’amour
De l’arbre immense où tu nous greffes,
Que tous nos frères alentour
Nous apparaissent comme un don
Dans le grand Corps en qui s’achève
La Parole de communion. »
( Hymne de la Pentecôte )

« ESPRIT DE DIEU, sève d’amour
De l’arbre immense où tu nous greffes,
Que tous nos frères alentour
Nous apparaissent comme un don
Dans le grand Corps en qui s’achève
La Parole de communion. »
( Hymne de la Pentecôte )

En ces jours précédant la fête de la Pentecôte, voici un extrait de sermon de dom Augustin sur le sujet. À noter le thème du « don de soi » développé tout d’abord en Jésus, en la Vierge et finalement en tous ses disciples. Un travail attribué, comme il se doit, à l’Esprit Saint :
« C’est l’Esprit Saint qui anime, qui unit, qui orne toute la sainte cité dont saint Jean a tracé le magnifique tableau (Apocalypse 21); c’est lui dont nous célébrons la fête aujourd’hui. Il est lui-même cette cité, et il en est l’ornement ; il est cet époux qui est la parure et la beauté de l’épouse. C’est l’Esprit de l’Agneau immolé. Comme Jésus l’a reçu, avec son corps et sa nature humaine (dans le sein de la Vierge qui s’est donnée comme il se donne), il l’a manifesté par toute son existence terrestre. Sa Passion en a été la suprême démonstration et n’a pas eu d’autre but. Il l’a répandu dans le monde pour qu’il puisse s’emparer de tous ceux qui se donneront à son image ; et éternellement il resplendit en tous comme un soleil dont ils seraient les réflecteurs très purs.
En attendant, il les prépare ; il les prépare en les purifiant ; il les purifie en les attirant à lui, il les attire à lui en les détournant de tout ce qui n’est pas lui ; il leur fait entendre sans cesse la douce note d’amour que Jean a entendue : «Venez, quittez-vous, sortez de vous, venez à lui.» Il la répète sans fin jusqu’à ce qu’il ait réalisé l’union parfaite dont parle le disciple bien-aimé : « L’Esprit et l’épouse disent: Venez! » (Apocalypse 22,17). »
(Écrits spirituels, tome 2, page 42 s)
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AVIS IMPORTANT
Comme nous en avertit son biographe, le père André Ravier s.j., « tous ces textes de Dom Augustin sont à méditer en contemplatif et non à lire en curieux, avide de pensées originales. Tout ce que nous dit ce moine, nous le savons par notre catéchisme : mais c’est dans l’au-delà des mots qu’il faut chercher sa grâce et sa lumière. » (Introduction aux Écrits spirituels, page xvi)

«Pais mes brebis» (oeuvre de James Tissot)
Dans l’Église, tout comme en général parmi les humains, la diversité des personnes se voit surtout dans cette répartition entre les actifs et les contemplatifs, les hommes politiques et les penseurs, les jésuites et les chartreux, les Jean Vanier et les Élisabeth de la Trinité, les Pape François et les Pape Benoît XVI, etc. etc. Sans oublier, dans le groupe des apôtres, ces deux individus si proches mais si différents que furent Pierre et Jean. Mais toutes ces personnes sont-elles vraiment et totalement d’un côté ou de l’autre? En tant que croyants, pouvons-nous prendre place dans ces deux genres de vie apparemment opposés? Laissons à saint Augustin le soin de clarifier cette distinction qui risque d’être mal comprise:
« L’Église connaît deux genres de vie qui lui ont été révélés et recommandés par Dieu. L’une de ces vies est dans la foi, l’autre dans la vision; l’une pour le temps du voyage, l’autre pour la demeure d’éternité; l’une dans le labeur, l’autre dans le repos; l’une sur la route, l’autre dans la patrie; l’une dans le travail de l’action, l’autre dans la récompense de la contemplation. (…)
La première est symbolisée par l’Apôtre Pierre, la seconde par Jean. La première est en action jusqu’à la fin du monde, avec laquelle elle trouve sa propre fin; la seconde doit attendre son accomplissement après la fin de ce monde, mais dans le monde futur elle n’a pas de fin. C’est pourquoi il est dit à Pierre: Suis-moi, et au sujet de saint Jean: Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire? Mais toi, suis-moi! (Jean 21, 22) . Suis-moi en supportant les maux temporels, à mon imitation; lui, qu’il reste jusqu’à ce que je vienne lui donner les biens éternels. (…) Suivre le Christ en allant jusqu’à la mort, c’est la plénitude de la patience; rester jusqu’à ce que le Christ vienne, c’est la plénitude de science qui doit le faire connaître. Ici, on supporte les maux de ce monde sur la terre des mourants; là, on verra les biens du Seigneur sur la terre des vivants. (…)
Mais que personne ne sépare ces glorieux Apôtres. Tous deux se rejoignaient dans ce que Pierre symbolisait; et en ce que Jean symbolisait, tous deux se rejoindraient plus tard. C’est symboliquement que l’un suivait et que l’autre restait. Par la foi, tous deux supportaient les maux présents de cette vie malheureuse, et tous deux attendaient les biens futurs de la béatitude. Ce n’est pas eux seulement, c’est toute la sainte Église, l’épouse du Christ, qui agit ainsi: elle doit être délivrée de ces épreuves d’ici-bas, elle doit demeurer dans la félicité d’en-haut. Pierre et Jean ont figuré ces deux vies, chacun pour l’une des deux. Mais en réalité, tous deux ont suivi la première, passagèrement, par la foi; et tous deux jouiront de la seconde, éternellement, par la vision. » (Commentaire sur l’évangile de Jean, CCL 36, 685-687)

L’Ascension du Christ ( Fresque de Giotto, Padoue, 14e siècle)
« Lorsque le Seigneur partit vers les hauteurs des cieux, les Apôtres ne furent affectés d’aucune tristesse, mais comblés d’une grande joie. Certes, c’était pour eux un motif puissant et indicible de se réjouir puisque la nature humaine recevait une dignité supérieure à celle de toutes les créatures célestes; elle allait dépasser les chœurs des anges et monter plus haut que les archanges; les êtres les plus sublimes ne pourraient mesurer son degré d’élévation, car elle allait être admise à trôner auprès du Père éternel en étant associée à sa gloire, puisque la nature divine lui était unie dans la personne du Fils. » (Homélie pour l’Ascension, saint Léon le Grand, SC 74, 136-138)

Nous vivons à une époque où la recherche du plaisir est devenue un passe-temps très populaire, à preuve cet engouement pour la musique, les sports, la bonne bouffe, les voyages, les divertissements télévisés, pour ne citer que les «plus honnêtes» ! Et pourtant que de dépressions, burn-out, séparations, suicides, désillusions et tristesses de tout acabit. Nous avons goûté au plaisir, oui, mais sans obtenir le bonheur. Cherchons-nous ce bonheur au bon endroit ? Non ! nous disent les « sages » dont fait partie notre ami, dom Augustin Guillerand. Voici un extrait d’une de ses lettres à un correspondant :
« T’ai-je cité une belle pensée que j’ai copiée il y a de longues années et que je me rappelle bien souvent : «La tristesse, c’est le regard sur soi ; la joie, c’est le regard sur Dieu !» Médite-moi ces mots-là, et tu trouveras le secret du bonheur. Les âmes étouffent parce qu’elles sont étroites ; et elles sont étroites parce qu’elles restent dans les bornes de leur tout petit moi. C’est tout naturel qu’elles manquent d’air, dans cette prison-là. Il faut en sortir. Nous sommes plus grands que nous : voilà pourquoi nous souffrons en nous. Nous sommes grands comme Dieu, mais à la condition d’entrer en lui. Tout cela paraît bien compliqué et bien mystérieux … Non ! ce sont nos mots qui ne sont pas faits pour traduire ces réalités très simples. Alors il faut les multiplier; et malgré leur grand nombre, ils sont beaucoup plus des voiles que des lumières. Heureusement nous pouvons nous en passer. La foi les remplace avantageusement. Il faut croire que Dieu est vraiment présent au fond de ton âme, qu’il y vit sa vie éternelle si tu es en état de grâce, que ton âme est donc une église (temple de l’Esprit Saint), un tabernacle, que lorsque tu te tournes vers lui par la confiance et l’amour, tu as avec lui des rapports, que ces rapports c’est la vie éternelle. Tu le fais vivre en toi par ces rapports comme il vit au ciel. Ton âme est donc devenue, uniquement par un acte de foi et de charité, un vrai ciel.
Mais il a fallu sortir de toi, penser à Dieu au lieu de penser à toi, faire sauter la serrure de la prison étroite et sombre, et ainsi entrer dans un horizon immense que la souffrance, la séparation, la mort ne limitent pas. Sortons de nous ! Entrons en Dieu ! »
(Écrits spirituels, tome 2, page 228 s)

On n’aime que ce que l’on connaît. L’amour de Dieu suppose donc un minimum de connaissances sur lui: son existence éternelle, sa toute-puissance et ses dispositions de bienveillance envers nous. Ceci étant dit, il ne faudrait pas penser que la religion est avant tout l’affaire des savants, des théologiens ou des experts en Écriture Sainte. La Foi est un mystère qui, bien que suscité et comme implanté dans le cœur du croyant par la prédication, ne peut s’y développer que par l’amour, c’est-à-dire par l’obéissance aux commandements. Personne ne peut tricher en ce domaine … et le miroitement des sciences ésotériques n’est ici que pure illusion. Laissons, encore une fois, dom Guillerand nous éclairer sur cette réalité mystérieuse de nos rapports avec Dieu :
«N’attendez pas la science pour agir dans le domaine de vos relations avec Dieu. La religion est une croyance et surtout une pratique. Ce n’est pas une science. Elle est un commerce d’amitié avec Dieu. Lui-même se révèle dans ce commerce. Il se révèle dans la mesure où nous l’aimons, non pas dans la mesure où nous sommes savants, même en religion. Il n’est pas requis de connaître avec précision toutes les perfections que Dieu possède, ni de pouvoir exposer avec éloquence tous les arguments prouvant son existence.
Que d’âmes passent leur vie sans cette science et ont sur lui des vues très sûres, nourrissent pour lui des sentiments très vifs et entretiennent avec lui des relations très vivantes ! Elles le voient comme un Père qui sans cesse leur communique ses pensées, ses sentiments, les fait vivre de ces pensées, de ces sentiments, qui est comme leur âme et leur vie profonde, dont l’Esprit est au fond de leur esprit pour les éclairer, les encourager, diriger vers lui toutes les énergies dont elles disposent. Elles aiment ce Père et lui parlent, elles lui disent leurs joies et leurs peines, il est le confident secret de toutes les heures ; il est là, au plus profond d’elles-mêmes, pour les accueillir en sa demeure spirituelle quand elles se tournent vers lui. (…) Leur pensée rencontre toujours la sienne ; des rapports vivants, incessants, délicieux peuvent se nouer et se développer ainsi avec l’Hôte divin de leur cœur. »
(Écrits spirituels, tome 2, page 175)

Devant ces géants contemporains de la sainteté que furent Mère Teresa, Jean-Paul II et Jean Vanier, on ne peut que s’incliner et admirer la force de l’Esprit Saint qui s’est manifestée en eux. Mais après un moment d’admiration bien légitime, certains, après un bref retour sur eux-mêmes, risquent d’être pris de court face à leurs propres limites et de se sentir bien petits dans la sainte Église de Dieu. Les plus âgés parmi nous en seront d’autant plus affectés que leur vie chrétienne leur apparaîtra, somme toute, assez banale et peu productive face à celle de ces chrétiens extraordinaires! Laïcs, clercs, personnes consacrées … que sommes-nous face à Jean Vanier, à Jean-Paul II et à mère Teresa? Une telle morosité se retrouvait déjà au début de l’Église, alors que beaucoup de chrétiens, éblouis par les Apôtres et leurs successeurs immédiats, avaient peine à se sentir utiles, encore moins nécessaires, dans la vie des communautés chrétiennes. Voici ce que saint Clément de Rome, proche successeur de saint Pierre, leur confie à ce sujet:
« Prenons l’exemple de notre corps; la tête n’est rien sans les pieds, et de même les pieds ne sont rien sans la tête. Les moindres de nos membres sont nécessaires et bienfaisants pour le corps entier; et même, tous servent le salut du corps entier en collaborant dans une soumission qui les unifie.
Assurons donc le salut du corps entier que nous formons dans le Christ Jésus, et que chacun se soumette à son prochain, selon le charisme que celui-ci a reçu. Que le fort se préoccupe du faible, que le faible respecte le fort; que le riche subventionne le pauvre, que le pauvre rende grâce à Dieu qui lui a donné quelqu’un pour compenser son indigence. Que le sage montre sa sagesse non par des paroles, mais par de bonnes actions; que l’humble ne se rende pas témoignage à lui-même, mais qu’il en laisse le soin à un autre. Que celui qui est chaste dans sa chair ne s’en vante pas, sachant que c’est un autre qui lui accorde la continence. (…) Puisque nous tenons du Christ tout cela, nous devons lui rendre grâce pour tout. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. » ( Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, PA 1, 144-148)

Après avoir célébré les Jours saints et nous être repus des vérités fondamentales de la Foi, il nous reste maintenant à les digérer tout au long du temps pascal. Par sa victoire sur la mort, le Christ nous invite à le suivre avec confiance jusque dans l’éternité bienheureuse. Il est la porte de cette bergerie qu’est l’Église, porte qui nous permet non seulement d’y entrer mais aussi d’en sortir à sa suite, selon ses propres paroles: « Je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage » (Jean 10, 9). Quel est ce pâturage? Laissons la réponse à un saint moine du 6e siècle, devenu par la suite évêque de Rome et docteur de l’Église:
« Le baptisé entrera pour avoir la foi; il sortira en passant de la foi à la vision, de la croyance à la contemplation, et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel. Les brebis du bon Pasteur trouvent donc un pâturage parce que tout homme qui le suit avec un cœur simple est nourri dans la pâture des prairies intérieures. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies éternelles d’un paradis toujours vert? Car le pâturage des élus, c’est le visage de Dieu, toujours présent: puisqu’on le regarde sans interruption, l’âme se rassasie sans fin de l’aliment de vie. (…)
Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite. Réchauffons nos cœurs, mes frères, que notre foi se ranime envers ce qu’elle croit, que nos désirs s’enflamment pour les biens célestes: c’est déjà partir à leur rencontre que de les aimer. Aucun obstacle ne doit nous enlever la joie de la solennité intérieure, car si l’on désire se rendre à un endroit qu’on s’est fixé, aucune difficulté ne peut changer ce désir. Aucune prospérité flatteuse ne doit nous en détourner; il est fou, ce voyageur qui, apercevant sur sa route de gracieuses prairies, oublie le but de son voyage. » (Homélie de saint Grégoire le Grand, PL 76, 1129-1130)

Vivant dans un monde bousculé, méfiant et en recherche, nous ne pouvons qu’aspirer à une société nouvelle, tissée de relations sincères et pacifiantes. Est-ce réaliste ? Oui, si on y met le prix … à savoir, une conversion personnelle basée sur le respect et l’amour véritable. La vie religieuse en est un exemple, la vie familiale en est un autre. Dom Guillerand, en bon chartreux et donc en bon contemplatif, se délecte à la vision de l’harmonie qui règne dans la sainte famille de Nazareth. Voici comment il nous en parle :
« Saint Joseph est là, au premier plan, qui travaille. Son travail, sa face d’ouvrier, sa simplicité, son effort, le cadre pauvre où se déploie sa grande taille de père nourricier du Verbe incarné, me masquent l’incroyable réalité. En face de lui, déjà, je dois me tendre un peu pour croire et pour animer ma foi à ce que cachent ces dehors. Cette tension nécessaire m’humilie profondément. Comment ne pas me sentir envahi d’un excès de tendresse et de confiance devant cette réalité dont cependant je ne doute pas ? Mystère étrange ! Mystère que seule explique la déchéance humaine! Je dois en profiter pour reconnaître avec une profonde reconnaissance le grand bienfait du relèvement.
Près de Joseph, plus simple encore que lui, si possible, se perdant dans un effacement qu’on ne peut imaginer, ni surtout exprimer, l’adolescent qui grandit, le jeune homme en qui se prépare la maturité qui nous refera.
Et enfin, la Vierge-mère, simple galiléenne qu’un reflet d’âme et de divin illumine d’une clarté céleste, mais qui n’en livre le rayon qu’aux âmes modelées sur la sienne.
Voilà ce qu’on perçoit de ses yeux de chair et de son âme naturelle. Mais si je m’ouvre aux notes de la foi, quelle mélodie monte de chacun d’eux et quelle harmonie de leur union! C’est l’accord parfait, immense comme un concert qui tiendrait en une seule note et qui aurait l’ampleur et la beauté de tous les concerts réunis, avec toutes les nuances d’un art infini. Des comparaisons me viennent; je n’ose les écrire: je les sens si au-dessous de la réalité, presque ridicules d’insuffisance ! »
(Écrits spirituels, tome 2, page 87 s)

Comme il est facile de dire que l’on veut vivre uni à Jésus et comme il est difficile d’en prendre les moyens ! La distinction entre la velléité et le vouloir vrai, le voici : le vouloir vrai veut la fin et les moyens alors que la velléité ne veut que la fin. La velléité, c’est le conditionnel : « Je voudrais bien … mais il y a telle ou telle difficulté » et l’on demeure dans l’intention sans passer à l’exécution. Cette dernière réflexion, tirée des écrits de dom Guillerand, nous invite à aller plus loin et à le questionner sur l’effort à faire dans ce domaine :
« Il est facile de vivre uni à Notre-Seigneur. Facile ! J’emploie là un mot qui a besoin d’être expliqué. Facile ! Cela ne veut pas dire qu’on arrive à cela en un instant et sans effort. Non ! Il faut beaucoup de temps et beaucoup d’effort. Il faut tout le temps et tout l’effort dont on dispose. Facile ! Cela veut dire que c’est à la portée de tous, que cela ne réclame pas des conditions réservées à des privilégiés, à des catégories spéciales d’êtres humains. Cela veut dire que toute âme qui le veut et qui a confiance en Dieu peut y arriver. (…)
L’effort consiste dans le recueillement des facultés ; au lieu de les laisser courir à droite et à gauche, on les concentre sur l’objet à fixer. L’effort est aidé par le détachement qui est le calme de l’âme ; il faut secouer toute préoccupation, tout souci de succès, tout souci de réussir ou d’en finir, d’être puni ou récompensé. Il faut se mettre tout entier et tranquillement en face de l’objet, lui consacrer toutes ses forces. De même, quand on se détend, il convient de le faire en plein, sans penser à autre chose. Se plonger à fond dans ce que l’on fait en le faisant de toutes ses forces est le secret des vrais développements et des vraies joies. (…)
La volonté est une maîtresse qui n’agit pas par elle-même. Elle a des serviteurs et des instruments. Elle doit les faire marcher. Elle doit leur communiquer le vouloir qui l’anime. Or les serviteurs ne sont pas toujours dociles. L’intelligence, la mémoire, l’imagination, les sens externes, l’œil, la main n’exécutent pas ses ordres quand et comme elle l’ordonne. Elle doit les soumettre, elle doit les former. C’est un long et dur travail. La décision prise un beau matin n’y suffit pas ; elle n’y arrive que par des exercices répétés. Ceux-ci créent des habitudes et l’acte s’accomplit facilement, avec plaisir, seulement quand les habitudes sont créées. »
(Écrits spirituels, tome 2, pages 206 s)