L’essentielle beauté des splendeurs éphémères

o.45856

Fin de saison

À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu qui est au fond de toutes choses:

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères ; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par-delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle ; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

Publié dans Adoration, Arts, Carthusian, Cartuja, Certosa, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Création, Dieu, Kartusija, Kloster, Nature, Paysage, Poésie, Spiritualité | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

La royauté comme service?

Fra_Angelico_038

 Couronnement de la Vierge (Fra Angelico)

Le corollaire de l’Assomption de la Vierge est évidemment son Couronnement au ciel. Mais ce qui peut être vu par certains comme quelque chose d’assez banal («récompense» pour services rendus, ou encore «dignité» attribuée à la mère du Roi) dépasse  en réalité tout ce qu’on peut imaginer, même  la promesse faite aux  Apôtres: « Vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël » (Matthieu 19,28). L’Église l’a vite compris, elle qui a vu dans ce geste symbolique du couronnement une association officielle de Marie à l’œuvre de son Fils, œuvre qui perdure encore aujourd’hui. Restant sauve l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes, la Vierge a toujours été honorée dans l’Église comme la Mère des fidèles et la Reine du Ciel, elle dont la toute-puissance réside non dans son être propre mais dans sa prière maternelle.

Répondant à une demande intempestive des jeunes apôtres,  Jacques et  Jean, à l’effet  de se faire attribuer (ni plus ni moins) les  premières places  dans le Royaume à venir, Jésus affirma clairement que les premiers dans le Royaume sont ceux qui se font  les serviteurs de tous: « Celui qui voudra être le premier d’entre vous, se fera votre esclave » (Matthieu 20,27). Remarquons qu’en Jésus, Dieu lui-même s’est fait notre serviteur et cela illustre de façon décisive cette règle générale du Royaume. Il est bon également de se souvenir que les anges, ces esprits célestes de beaucoup supérieurs à nous,  nous sont quand même attribués comme gardiens célestes. Il est donc tout à fait convenable de voir Marie dans ce rôle de service auquel la convie sa dignité royale;  quoi de plus normal d’ailleurs pour celle qui se disait déjà sur terre «la servante du Seigneur».

Le royauté de Marie, loin d’être une dignité statique,  est donc un service qu’elle assume avec toute la tendresse maternelle qu’on peut imaginer. Déclarée «mère» au pied de la croix, elle ne cesse d’accompagner ses enfants par sa toute-puissante intercession. Quelle consolation pour nous, mais aussi quelle révélation du genre de vie qui nous attend au Ciel, car vivre avec Dieu c’est vivre avec Celui dont Jésus disait qu’il travaille toujours (Jean 5,17), occupation privée évidemment du caractère pénible que nous lui connaissons ici-bas.

La vie au Ciel,  loin de nous apparaître comme un éternel repos dans un immense dortoir, se présente donc à nous comme quelque chose de dynamique: un banquet,  un échange de services où la charité est primordiale! «J’entre dans la vie» s’écriait la petite Thérèse sur son lit de mort … et la pluie de roses ne se fit pas attendre!

Publié dans Amitié, Amour, Arts, Bonheur, Détachement, Dévotion mariale, Dieu, Humilité, Jésus, Vie éternelle, Vierge Marie | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

6098408881_aeea9d0036_o

En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens décédés, et spécialement pour ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort? de la prière pour les défunts? de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout par le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Gardons-nous cependant d’en faire une fournaise en bonne et due forme … il s’agirait plutôt de l’amour du Père nous purifiant jusqu’à ce qu’il parvienne à nous enflammer d’amour.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de ces fidèles. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort ne fait plus un mort mais un vivant. Et, comme le remarque le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cette échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

Publié dans Amitié, Angoisse, Église, Baptême, Compassion, Dieu, Foi, Miséricorde, Mort, Prière, Solidarité, Souffrance, Tradition, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Marcher la main dans la main

th5KNUHNI7

Marcher la main dans la main nous renvoie aux amoureux, au jeune enfant qui accompagne sa maman, à l’aveugle qui s’agrippe à son compagnon. Amour, confiance, sécurité: autant de motifs qui peuvent nous inciter à nous appuyer sur une autre personne. N’est-ce pas là le fondement de toute société …  une solidarité basée sur la confiance et l’entraide mutuelles?

 En la veille de la fête de la Toussaint (1er novembre), quoi de plus merveilleux que de se rappeler cette belle et unique solidarité qui fonde l’Église: la communion de tous les baptisés entre eux! En contemplant la fresque du Jugement dernier par Fra Angelico, je remarque la joie et la bonne entente qui règnent sur le visage de ces personnes qui viennent de se faire dire:« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Matthieu 25, 34). Cette bonne entente n’est évidemment  pas nouvelle pour eux puisqu’ils l’ont vécue durant leur vie terrestre, bon an mal an. Notons également que cette charité fraternelle ne vient pas vraiment d’eux mais plutôt de Celui qu’ils ont servi dans la foi et qui leur a donné en retour son Esprit Saint. Cette aide céleste, absolument gratuite, me semble rappelée par la présence des anges gardiens qui les accompagnent dans cette joyeuse farandole.

La fête de la Toussaint est donc le triomphe de l’Amour miséricordieux dans notre vie personnelle et dans celle de tous nos frères et sœurs; elle est également l’annonce du triomphe final du Bien sur le Mal. Bienheureux, oui, mille fois bienheureux, ceux qui participeront aux noces de l’Agneau dans le Royaume!

Publié dans Adoration, Amitié, Arts, Bonheur, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Esprit Saint, Foi, Jésus, Miséricorde, Rédemption, Vie éternelle | Tagué , , , , , | Un commentaire

Notre assimilation au Christ

Priest Holding Communion Wafer

Il faut le dire, et même se le redire souvent: le Plan de Dieu sur nous est extraordinaire et dépasse notre entendement … et c’est normal, puisque Dieu lui-même est un Être unique et tellement mystérieux que nous aurions de la difficulté à nous l’imaginer sans l’aide de la Révélation. C’est justement grâce à la Révélation, transmise par la création et par les interventions divines dans l’histoire humaine, que nous pouvons discerner Dieu. Notre faiblesse elle-même lui devient une « excuse » pour nous unir à lui et nous acheminer à la pleine connaissance de son Être.

Chaque matin, après avoir célébré la sainte messe, je me sens de plus en plus attiré à unifier mes pauvres aspirations en un unique mouvement, une personne, le Verbe fait chair. J’ai la nette impression que, de toute éternité, Dieu voulait nous partager son bonheur en nous unissant à Lui par l’entremise de son Fils. Création, Incarnation, Rédemption … autant d’étapes qui ont préparé notre union à l’Homme-Dieu. C’est dans cette optique que Jésus a inventé l’Eucharistie … question de se faire assimilable (« Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui »). La communion eucharistique devient ainsi le moyen idéal pour réaliser ce projet: unir le croyant  au Christ … et, non seulement à lui, mais aussi à son beau geste d’amour effectué sur la Croix (car nous communions à un corps «livré» et à un sang «versé»). Et qu’est donc cette dernière offrande totale de lui-même sinon la répercussion dans le temps de son élan éternel  vers le Père.

A la fin de sa vie, Charbel Makhlouf (moine maronite du 19e siècle et patron de mon ermitage) a été victime d’un AVC en célébrant la messe; alité durant huit jours dans un état semi-comateux, ce moine ermite ne cessait de répéter les mots de la prière de la messe qu’il avait dû interrompre, prière récitée après la consécration: « Ô Père de vérité, voici votre Fils victime pour vous plaire ».  Avec son biographe, j’y vois le résumé de toute sa vie: une vie d’assimilation progressive à  Jésus pour en arriver à ce que leurs deux êtres soient intimement unis dans une même offrande et un même amour du Père. Que, du haut du Ciel, saint Charbel daigne veiller sur nous et faciliter notre processus d’assimilation à Celui qui demeure, encore aujourd’hui,  l’unique Chemin qui mène vers le Père.

Publié dans Amour, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Eucharistie, Islam, Jésus, Révélation, Verbe | Tagué , , , , , | Un commentaire

Seuls les PETITS entreront au Ciel

cuvantul-ortodox-ro

« Lorsque j’étais enfant, déclarait Paul aux Corinthiens, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant; une fois devenu homme, j’ai fais disparaître ce qui était de l’enfant » (1 Corinthiens 13, 11). Et à bon droit, puisque la maturité humaine ne s’acquiert qu’en délaissant les tâtonnements de l’enfance! Comment Jésus peut-il nous inviter à redevenir « comme des enfants » et en faire une condition essentielle pour entrer dans le Royaume de Dieu (Matthieu 18, 3)?

Tout d’abord, soyons clairs, seule la Foi (don d’en haut) peut nous ouvrir à la réalité de Dieu; en son absence, nous en resterions encore avec ce que la Bible appelle « un cœur malade et compliqué », incapables de saisir que la difficulté vient de notre nature blessée plus que de l’objet contemplé. Si Jésus est venu sur terre, c’est précisément pour nous guérir de cette cécité spirituelle; voila pourquoi  il se dit si souvent « la lumière du monde ». Nous sommes donc dépendants de ce rayon lumineux qui ne peut venir que du Christ « livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Romains 4, 25). Encore faut-il que cette lumière, cette foi chrétienne, puisse rayonner dans un cœur humble et réceptif!

Les Apôtres, ambitieux par nature, se demandaient souvent lequel d’entre eux serait le plus grand dans ce mystérieux royaume dont parlait leur Maître. Pour répondre à cette question, somme toute assez légitime, Jésus appela un jour un petit enfant et le plaça au milieu d’eux. Admirons cet enfant, inconnu mais obéissant, qui se laisse ainsi utilisé par un étranger; et c’est justement sa candeur et sa confiance innée qui vont servir d’exemple et … de réponse! Le Royaume des Cieux nous étant inaccessible (car au dessus de nos forces), la seule façon d’y entrer est de l’accepter dans une totale confiance en Dieu, sans questionnement superflu. Et, en plus, cette confiance se trouve être non seulement la condition d’entrée mais aussi l’élément essentiel  de la vie bienheureuse.

Le plus grand dans le Royaume? Tout d’abord le Verbe éternel  (totalement transparent et adapté au Père), puis les anges et les saints parmi lesquels, de façon toute spéciale, la Vierge Marie (amoureusement soumise au Seigneur). Mais le plus grand, c’est aussi celui qui vit de cet amour en se faisant le serviteur des petits: en tout premier lieu, le Verbe (venu sur terre pour servir et non pour être servi), puis les anges (nos fidèles accompagnateurs) et les saints parmi lesquels, encore une fois,   la Vierge Marie (Mère de l’Église).

Un cœur humble et réceptif, un cœur d’enfant, voilà donc l’attitude requise pour entrer et vivre dans l’éternité bienheureuse. Un cœur où l’amour de Dieu et du prochain nous apparente au plus haut point à Celui qui est essentiellement Amour et Miséricorde. Amen!

Publié dans Amour, Église, Évangile, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Foi, Humilité, Jésus, Marie, Montagne du Seigneur, Obéissance, Simplicité, Verbe, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Porter le JOUG … ou la CROIX?

Man-Carrying-the-Cross-through-the-Field-900

Au temps de Jésus, quelques rabbins (parmi les plus renommés) rassemblaient autour d’eux des disciples, et il était de mise de parler de l’obéissance de ces derniers comme d’un joug accepté librement. Ce joug («attelage de bœufs», au figuré évidemment) pouvait être très pesant et même, dans certains cas, impossible à porter: par exemple, celui de certains pharisiens qui multipliaient à cœur joie les exigences tatillonnes. Jésus, quant à lui, se démarqua de ses contemporains en proposant à ses éventuels disciples un joug facile à porter: « Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur … Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Matthieu 11, 29). L’obéissance ne nous vient pas facilement et s’avère, par conséquent, un fardeau pour qui cherche à la pratiquer; c’est pourquoi Jésus nous propose une interprétation bonifiée de cette obéissance, accompagnée d’une aide efficace (la grâce de l’Esprit Saint).

Mais qu’en est-il lorsque la croix se substitue au joug? « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive. » (Luc 9, 23). Les commentateurs de ce passage notent, à bon droit, la grande difficulté pour les auditeurs de Jésus d’avoir pu comprendre, à ce moment-là, l’utilisation du mot « croix » alors que rien ne laissait soupçonner l’éventuelle crucifixion de celui qui leur parlait. Notons que le texte des différents évangiles, ayant été rédigé de nombreuses années après la mort et résurrection du Christ, reflète souvent (comme ici probablement) l’évolution de la pensée religieuse du peuple chrétien. Sous l’influence de l’Esprit Saint, donné précisément pour faire pénétrer davantage dans la vérité toute entière, les disciples ont mieux perçu au cours des années la signification profonde des paroles du Maître: ainsi, par exemple, le baptême administré initialement « au nom de Jésus » (Actes 2, 38) est-il devenu par la suite administré « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28, 19); et ces changements auront infiltré le texte évangélique lors de sa rédaction finale.

Aussi pouvons-nous penser que Jésus a très bien pu  inviter verbalement ses futurs disciples à se charger chaque jour de son joug (à savoir, son enseignement) et que ceux-ci par la suite auront élargi  les dimensions de ce joug à celles d’une identification au Christ dans le mystère de sa Passion.  Ce faisant, toujours sous l’influence de l’Esprit, les premiers chrétiens auront donc su réunir sous une seule image (celle de la croix à porter)  la somme des exigences évangéliques.

Et c’est ainsi que nous pouvons conclure en affirmant que suivre Jésus en portant sa croix inclut tout autant l’obligation d’accepter son enseignement (se mettre à son école)  que celle d’assumer mystiquement, avec lui et en lui, les difficultés de la vie courante. À l’exemple de Paul, élançons-nous pour saisir le Christ, ayant déjà été saisis par lui: « Il s’agit de le connaître, lui, avec la puissance de la résurrection et la communion  à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort , afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts. »  (Philippiens 3, 10-11)

Publié dans Amour, Évangile, Dieu, Esprit Saint, Formation permanente, Inspiration, Jésus, Obéissance, Providence, Résurrection, Tradition | Tagué , , , , , , , | 2 commentaires

En la fête de notre bienheureux père, saint Bruno

a2_papa_giovanni_paolo

Visite de Jean-Paul II en 1984  (Chartreuse de Serra San Bruno, Italie)

Lors de sa visite en Calabre, en 1984, le Pape Wojtyla témoigna de son estime pour la vie contemplative en visitant les moines chartreux de Serra San Bruno le 5 octobre (veille de la fête de Bruno, leur fondateur). Cette abbaye, plusieurs fois détruite, abandonnée et reconstruite, rappelle le lieu de la 2e fondation de l’Ordre (après celle de la Grande Chartreuse, en 1084); elle a même l’honneur de conserver les restes du vénéré fondateur, décédé à cet endroit en 1101.

On ne saurait mieux célébrer aujourd’hui saint Bruno qu’en relisant attentivement deux extraits de sa lettre envoyée de Calabre aux moines de la Grande Chartreuse quelques mois avant sa mort:

« Réjouissez-vous donc, mes frères très chers, pour votre bienheureux sort et pour les largesses de grâce que Dieu répand sur vous. Réjouissez-vous d’avoir échappé aux flots agités de ce monde, où se multiplient les périls et les naufrages. Réjouissez-vous d’avoir gagné le repos tranquille et la sécurité d’un port caché; beaucoup désirent s’y rendre, beaucoup font même un effort pour l’atteindre et n’y parviennent point.  (…)

De vous, mes bien-aimés frères convers  [religieux, non-prêtres, consacrés aux travaux manuels], je dis: « mon âme glorifie le Seigneur », car je considère la magnificence de sa miséricorde sur vous, d’après l’exposé de votre prieur et père très aimant, qui est rempli de joie et de fierté à votre sujet. Je me réjouis  moi aussi, car bien que vous n’ayez pas la science des lettres, le Dieu tout-puissant grave de son doigt dans vos cœurs non seulement l’amour, mais la connaissance de sa loi sainte; vous montrez en effet par vos œuvres ce que vous aimez et ce que vous connaissez. » 

La fondation de l’Ordre des Chartreux se situe au 11e siècle, dans la foulée de la réforme de l’Église entreprise par le Pape Grégoire VII. Maître Bruno, ancien chanoine de Reims, instaura une nouvelle forme de vie monastique, assez semblable à celle qu’avait inaugurée  saint Romuald  (Camaldules), qui unit la vie érémitique à un minimum de vie communautaire. Comme quoi la vie silencieuse et solitaire est souvent le remède à apporter à une pratique religieuse tombée dans la tiédeur … saint Bruno serait-il de notre temps?

Publié dans Adoration, Érémitisme, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Dieu, Formation permanente, Kartusija, Kloster, Monachisme, Silence, Solitude, Vie cachée | Tagué , , , , , | 2 commentaires

Cet être fascinant qu’est DIEU

ring_of_fire_by_joshc4494-d55ki47

« Gott ist tot » (Dieu est mort), cette affirmation de Nietzsche (1882) aura eu son heure de gloire, au 20e siècle, avec la théologie de la Mort de Dieu propagée par quelques cercles protestants de l’Allemagne et de l’Amérique du Nord. Au dire de cette théologie athée, Dieu serait sans visage et s’identifierait au règne de la justice et de l’amour: un Dieu tout à fait impersonnel et incapable d’initiatives. Laissant de côté ces errements malheureux, qui ont quand même marqué notre société moderne et fait de nombreuses victimes, écoutons plutôt l’auteur inspiré du livre de la Sagesse qui affirme sans ambages: «Dieu se laisse trouver par ceux qui ne le tentent pas, il se révèle à ceux qui ne lui refusent pas leur foi» (Sagesse 1, 2).

Dieu se laisse trouver … quelle faveur pour nous, pauvres créatures! Il se dévoile pour notre plus grand bonheur comme un Dieu personnel, capable d’initiatives. Dieu se révèle puisqu’au dire de saint Jean (17, 3), la vie éternelle consiste précisément à le connaître lui le seul vrai Dieu et celui qu’il a envoyé Jésus Christ. La foi en un Dieu personnel est ainsi à la base non seulement de notre religion mais également du Judaïsme et de l’Islam. Bienheureux les croyants qui en font l’expérience … car le contraire serait malheureux: affirmer  cette foi de façon purement théorique sans vraiment s’impliquer. La prière quotidienne, unie à la pratique des bonnes œuvres, conduit à discerner l’existence de Dieu et son amour pour nous. Révélation d’ailleurs promise explicitement aux disciples de Jésus: « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et moi aussi je l’aimerai et me manifesterai à lui » (Jean 14, 21).

Quelle est cette mystérieuse manifestation sinon que « Dieu est amour » (1 Jean 4, 8). Et c’est bien ce qui ressort de toute l’histoire du salut, telle que racontée dans les Saintes Écritures: un Amour qui partage l’existence (par la création), la connaissance (par la révélation), l’amitié (par les alliances), la miséricorde (par l’Incarnation rédemptrice) et, finalement, la vie éternelle (par la vision béatifique). À qui sait se pencher humblement et longuement sur les Saintes Écritures, il devient manifeste que l’Amour divin ne peut faire autre chose que d’aimer et partager.

N’en déplaise donc à Nietzsche et à ses disciples, Dieu n’est pas mort mais bien vivant! À ce Dieu qui est Commencement et Fin de toutes choses, à Celui qui nous regarde avec tendresse et nous enveloppe de sa Providence, à cet Être silencieux qui peut sembler absent alors qu’il est toujours présent, à lui  la Gloire pour les siècles des siècles. Amen!

Publié dans Adoration, Évangile, Création, Dieu, Dieu Père, Foi, Incarnation, Miséricorde, Mystère, Pédagogie divine, Révélation, Société, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Multitude d’anges en fête

ARCHANGES LUMIERE

« (Par le baptême) vous êtes venus vers … la Jérusalem céleste et une multitude d’anges en fête », cette affirmation de l’auteur de la Lettre aux Hébreux (12, 22) réconforte notre foi en l’existence de ces purs esprits que sont les anges. Les anges sont des éléments récurrents dans la culture populaire et artistique mais … que de fadaises à ce sujet. Voici, par contre, ce qu’en dit un docteur de l’Église du 6e siècle:

« Il faut savoir que le nom anges désigne leur fonction, et non leur nature. Car ces esprits bienheureux de la patrie céleste sont bien toujours des esprits, mais on ne peut  les appeler toujours des «anges», parce qu’ils ne sont des anges que lorsqu’ils portent un message. On appelle «anges» ceux qui portent les messages moins importants, et «archanges» ceux qui annoncent les plus grands événements. C’est pourquoi l’archange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie, et non pas un ange quelconque; pour ce ministère, il s’imposait d’envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut des événements. En outre, certains d’entre eux sont désignés par un nom propre, afin de signifier par les mots la nature de leur action. En effet, ce n’est pas dans la sainte cité, où la vision de Dieu  tout-puissant confère une connaissance parfaite, qu’ils reçoivent leurs noms particuliers, comme si, sans l’aide de ces noms, on n’avait pas pu connaître leurs personnes. C’est lorsqu’ils viennent vers nous pour exercer un ministère qu’ils reçoivent  chez nous des noms tirés de leur fonction. C’est ainsi que Michel veut dire: « Qui est comme Dieu? », Gabriel: « Force de Dieu », Raphaël: « Dieu guérit ». (Homélie de saint Grégoire le Grand, PL 1250-1251)

Et en ce qui concerne les Anges gardiens, écoutons brièvement un autre docteur de l’Église mais, celui-ci, du 12e siècle: « Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins (Psaume 91, 11).  Quel n’est pas le respect que cette parole doit susciter en toi, la ferveur qu’elle doit faire naître, la confiance qu’elle doit inspirer! Le respect à cause de leur présence, la ferveur à cause de leur bienveillance, la confiance à cause de leur vigilance. Ils sont donc là, à tes côtés, non seulement avec toi mais pour toi. Ils sont présents pour te protéger, pour te secourir, et même si c’est Dieu qui leur en a donné l’ordre, on ne peut pour autant manquer de reconnaissance à leur égard, en raison de la si grande charité avec laquelle ils obéissent et du besoin si grand que nous avons de leur aide. Soyons donc pleins de respect et de reconnaissance pour une telle vigilance de leur part; aimons-les en retour et honorons-les autant que nous le pouvons, autant que nous le devons. »  (Homélie de saint Bernard de Clairvaux sur le psaume 90/91, Éd. cisterciennes, 458-462)

Pour terminer, rappelons que l’Église catholique fête ces esprits bienheureux le 29 septembre (archanges Michel, Gabriel et Raphaël) et le 2 octobre (anges gardiens).

Publié dans Adoration, Amour fraternel, Baptême, Cieux, Dieu, Foi, Providence, Spiritualité | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire