Le moment sacré par excellence

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Chartreuse de la Transfiguration (Vermont)

Continuant son commentaire sur la messe, dom Augustin Guillerand en arrive donc au point central du sacrifice eucharistique: la consécration du pain et du vin. Tel que prévu, le chartreux s’y attarde un peu plus longtemps que pour les autres parties de la messe. Voici donc la première moitié de sa méditation :

« Voilà, Jésus, le moment sacré par excellence, le moment divin où vous venez à nous ! Mais comment venez-vous ?  Que se passe-t-il alors sur l’autel ? J’ose à peine y penser. C’est si étrange et si grand, cette transformation subite du pain et du vin en votre Corps et votre Sang, cette présence réelle de votre infinie Beauté sous les apparences banales de substances matérielles si communes … et cette immolation mystérieuse qui, là sous mes yeux, renouvelle sans fin, partout et pour tous, le grand drame du Calvaire !

Malheureusement, quand je songe à cela je ne sais pas me plonger dans la foi qui fait voir. Je voudrais comprendre, je cherche des explications, des comparaisons … Combien j’ai tort ! Ce mystère dépasse la raison, mais qu’il est doux au cœur ! N’est-ce pas tout simple qu’un Amour tout-puissant ne soit pas arrêté par ce qui limite nos faibles tendresses ? Vous m’aimez ! Voilà toute l’explication de ces mystères. Elle me suffit délicieusement. Vous vous transformez pour prendre ma forme et vous rapprocher de moi ; vous vous immolez parce que des fautes nous séparent et que l’immolation les efface ; vous venez me rejoindre jusqu’en l’abîme de toutes mes misères pour me faire remonter avec vous jusqu’au sommet glorieux de votre sainteté.

Ces démarches de votre amour peuvent surprendre uniquement ceux qui n’entendent rien à l’amour. Mais quiconque a goûté la joie de se sacrifier pour des aimés les comprend et les admire. La Crèche, la Croix, l’Autel, ce sont les étapes qui vous ont conduit jusqu’à nos cœurs. La Crèche vous a fait à notre taille ; la Croix vous a broyé et pétri pour vous rendre plus accessible ; l’Autel vous fait nourriture qu’on assimile. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 123)

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Si tu es vraiment Fils de Dieu …

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Après avoir accompli sa démarche pénitentielle au Jourdain, au nom de l’humanité, et y avoir reçu un double baptême (d’eau et d’Esprit Saint), à quoi Jésus pouvait-il s’attendre? Une mort sacrificielle à brève échéance? Un long apostolat de genre prophétique? Or, voici que l’Esprit le pousse plutôt au désert et lui donne, contre toute attente, un temps de solitude et d’approfondissement. Car ces paroles « Tu es mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma complaisance » résonnent encore à ses oreilles; elles constituent en quelque sorte l’approbation divine de son projet de salut universel: Dieu approuve et lui confère l’Esprit Saint pour l’habiliter à cette tâche unique et salvifique.

La solitude désertique sera donc pour Jésus le lieu providentiel pour approfondir sa mission. Sa connaissance intime des saintes Écritures (on pense à l’intérêt qu’il y portait déjà, à l’âge de douze ans, au Temple de Jérusalem) tout comme sa mémoire humaine phénoménale lui permettront une méditation biblique continuelle qui se reflétera dans sa joute oratoire avec le Tentateur (Deutéronome 6 et 13 et psaume 91) même si ces textes ne sont en fait que le pic de l’iceberg: car on ne saurait passer sous silence les passages du prophète Isaïe concernant le Serviteur de Yahvé, plus spécialement Is 53 (qui fonda sa démarche au Jourdain) et Is 60 (qu’il commentera à son retour, à la synagogue de Nazareth).

« Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre… Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas … » (Matthieu 4, 1-11). On ne peut sous-estimer l’astuce du Tentateur qui, conscient de l’importance de la révélation officielle de cette filiation, s’y attaque immédiatement pour ébranler si possible cette conviction de Jésus d’être intimement uni au Père. Il y reviendra sans doute tout au long du ministère public mais de façon plus explicite au calvaire: « Si tu es Fils de Dieu, descends de la croix ». Jusqu’à quel point, ces paroles reprises alors par les passants, les grands prêtres, les anciens et les scribes auront pesé sur la dernière tentation du Christ, nous ne le saurons jamais … mais la plainte que ce dernier laissa échapper du haut de la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » nous en donne, semble-t-il,  un aperçu. Celui qui voulait sauver le monde aura donc bu la coupe jusqu’à la lie! Néanmoins, et dans un dernier sursaut de confiance, c’est par un acte de filial abandon que le jeune galiléen va conclure sa vie terrestre: « Père, je remets mon esprit entre tes mains! » Et, ce disant, nous rapporte saint Luc, il expira (Luc 23, 46). La terre trembla et, à la vue du séisme et de ce qui se passait, le centurion et les hommes qui le gardaient furent saisis d’une grande frayeur et dirent: « Vraiment, celui-ci était fils de Dieu! » (Matthieu 27, 54)

Le Tentateur avait perdu la joute de façon définitive et irrévocable!

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Un temps pour manger, un temps pour jeûner!

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« Bien que Jésus t’ait racheté au Calvaire sans ton aide, par contre il ne te sauvera pas sans ta collaboration ». Ces paroles éclairantes de saint Augustin m’ont toujours été un phare dans ma vie spirituelle … sage équilibre entre le Salut totalement gratuit d’une part, et l’effort  personnel  à fournir d’autre part. Car la vie éternelle ne nous est pas imposée mais proposée; ce qui suppose une acceptation personnelle! Dans cette optique, le jeûne, si familier à tout bon moine, est également  recommandé par la Bible et la Tradition à toute personne désireuse de s’approcher de Dieu. Jésus lui-même l’a pratiqué au désert avant de le proposer à ses disciples conjointement à la prière et à l’aumône: trois moyens de progresser dans notre vie d’enfant de Dieu en améliorant nos relations tant avec Dieu (prière) qu’avec nous-même (jeûne) et avec le prochain (aumône).

En ce début de carême, permettez-moi néanmoins de m’attarder sur ce qui me semble prioritaire: la prière! En ces temps d’incertitudes et de scandales de toutes sortes (surtout au niveau ecclésial), notre vision de Dieu risque d’en être sinon oblitérée du moins drôlement affectée. Et notre ascèse personnelle (jeûne, aumône, etc.) dépend en grande partie de la vision que nous avons du Créateur.

« Seigneur, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de répulsion pour aucune de tes œuvres; tu fermes les yeux sur les péchés des hommes: tu les invites à la pénitence, et tu leur pardonnes, car tu es le Seigneur notre Dieu » . Cette belle et réconfortante image de Dieu est tirée de la Sagesse (chap. 11), livre biblique écrit environ 50 ans avant notre ère. Dans sa prédication, le Seigneur a bien voulu développer cette image en déclarant qu’il était venu dans le monde « non pour les bien-portants mais pour les pécheurs ». En mourant sur la Croix, il a comme signé dans son sang cette lettre d’amour que le Père lui avait confiée pour nous: DIEU AIME L’HUMANITÉ. De toute éternité, le décret divin de la création n’avait finalement d’autre but que de révéler, par l’Incarnation rédemptrice, cet amour miséricordieux du Père pour les humains. Voici comment l’Église résume, pour sa part, ce rôle salvifique de Jésus: « En naissant parmi les hommes, Jésus les appelle à renaître; en souffrant sa passion, il a supprimé nos fautes; par sa résurrection d’entre les morts, il donne accès à la vie éternelle, et par son ascension auprès de toi, notre Père, il nous ouvre le Ciel » (4e préface des dimanches).

Attachés par le baptême à ce Père miséricordieux, nous ne pouvons que désirer nous détacher de tout ce qui n’est pas Lui … et c’est là le sens de l’entrainement au combat spirituel que nous entreprenons aujourd’hui. Puissent nos jeûnes, nos prières et nos aumônes, dans les jours qui viennent, prendre une part significative à ce processus de sanctification!

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Pourquoi prier la nuit ?

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 » Frère Jacques, frère Jacques, dormez-vous, dormez-vous ? Sonnez les matines ! Sonnez les matines ! Ding, dang, dong ! Ding, dang, dong ! » Qui d’entre nous n’a pas entendu chanter, durant son enfance, cette comptine faisant allusion à de mystérieuses matines dont le sens réel nous échappait? Disons-le immédiatement: les matines désignent cet office nocturne chanté par les moines et moniales et qu’on appelle maintenant « vigiles » ou « office des lectures ».

Mais pourquoi se lever la nuit pour prier et chanter ? Dès le début de l’Église, les disciples ont senti le besoin de sanctifier tous les moments de la journée et de la nuit: les Actes des Apôtres nous rapportent que la communauté chrétienne priait d’un seul cœur (Actes 1, 14) et que les disciples se rassemblaient pour la prière à la troisième heure (2, 1-15), que Pierre priait vers la sixième heure (10, 9), que Paul et Silas faisaient de même au milieu de la nuit (16, 25). Ces prières faites en commun constituèrent très tôt un cycle d’heures bien défini qui fut à l’origine de l’Office divin, cet ensemble de psaumes bibliques répartis tout au long de la journée et réglementé par saint Benoît dans sa Règle des monastères. Ce cycle de prières, l’Église l’adopta progressivement comme sa prière officielle : appelé autrefois Bréviaire, il est maintenant connu comme Liturgie des heures et est obligatoire pour tous les ministres sacrés (évêques, prêtres et diacres) . En plus des moines et moniales (qui l’assument intégralement), on compte également plusieurs congrégations religieuses et même de nombreux fidèles qui en récitent diverses parties selon leurs possibilités.

Voici un bref schéma des diverses parties de la Liturgie des heures :

  • Office des lectures : célébration par excellence de la Parole de Dieu, on l’acquitte dans les monastères (sous le nom de Vigiles)  soit la nuit ou très tôt le matin. Pour les autres membres de l’Église, il peut être célébré à toute heure du jour.
  • Office du matin:  appelé aussi Laudes (louanges), cet office et celui du soir revêtent une grande importance (minimum requis pour qui ne peut réciter tout l’office) car ils se chantent au lever et au coucher du soleil et encadrent très bien les activités de la journée par des psaumes, des hymnes et des intercessions.
  • Offices de Tierce, Sexte et Nones : comme leurs noms l’indiquent, ces petits offices sont célébrés à la troisième, sixième et neuvième heure (heures romaines correspondant aujourd’hui à 9h, 12h et 15h). Ils peuvent être remplacés (et le sont généralement, hors des monastères)  par un unique petit office appelé Office du milieu du jour.
  • Office du soir : appelé également Vêpres (vespera, soir), il est chanté ou récité au coucher du soleil. Étant le pendant de l’Office du matin, il lui est semblable et plus détaillé que les petites heures.
  • Office des Complies : c’est une petite heure qui précède le coucher de la nuit. Tout est complété !

« Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse; par des psaumes, par des hymnes et de libres louanges, chantez à Dieu, dans votre cœur, votre reconnaissance. » (Col 3, 16 et Ep 5, 19)

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Escorte angélique

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La grande prière eucharistique de la messe débute par une action de grâce (appelée Préface) et celle-ci se termine par le chant angélique Saint, Saint, Saint. C’est l’occasion pour dom Guillerand, dans son explication à sa sœur ainée, de s’exprimer sur la présence de la cour céleste au saint sacrifice de la messe :

« Mon Dieu, j’ai supprimé les mots et les voix de la terre pour mieux entendre les mots et les voix du ciel. La Messe est votre venue ; seul le chant de louange éternelle peut accueillir le divin Roi, qu’il célèbre à jamais.

O divin Roi, vous ne vous déplacez pas sans votre cour. Par quel mystère les anges et les saints vous escortent-ils ? Je ne cherche pas à l’expliquer. Je sais que cela est ; cela ne peut pas ne pas être ; l’Amour n’est pas sans ses aimés. Voilà les voix que je veux entendre et auxquelles je veux unir ma voix : Anges et Archanges, Trônes et Dominations, Principautés et Puissances, Chérubins et Séraphins, vous dont la grandeur toute spirituelle et l’éclat simple et pur me dépassent, et qui n’en êtes pas moins pour moi si véritablement des amis et des frères … Et vous, saints et bienheureux, vous qui avez connu nos luttes de la terre et savez l’insuffisance de nos chants d’ici-bas, venez tous avec le divin Roi et dites-moi, chantez en moi et pour moi les hymnes dont vous le réjouissez là-haut: Sanctus, Sanctus, Sanctus !

Il est saint ! Voilà le grand cantique du ciel. Saint ! c’est-à-dire séparé. C’est vrai, vous ne ressemblez à rien. Vous êtes différent de tout, supérieur à tout. Je ne puis rien dire de plus. Tout ce que j’ajouterais serait indigne de votre gloire. Ce serait vous comparer à des créatures ; vous les dominez toutes sans exception. Entre la plus haute et vous il y a l’infini. J’aime mieux vous séparer d’elles, vous regarder tout seul et chanter comme on chante au ciel : Saint! Saint! Saint ! c’est-à-dire incomparable. Vous comparer serait vous diminuer. Votre gloire, c’est d’occuper des hauteurs inaccessibles. Hosanna in excelsis, gloire à vous sur ces hauteurs ! Gloire à vous qui, sans les quitter et sans cesser d’être le Dieu unique, consentez à venir jusqu’à nous !

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux . »

(Écrits spirituels, tome 2, page 122)

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Le langage silencieux de l’âme

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Dans l’ancien rite de la messe (avant Vatican II), la prière sur les offrandes (appelée «secrète») et quelques prières subséquentes étaient récitées à voix basse par le célébrant. Dans son explication de la messe adressée à sa sœur âgée (vers 1928), dom Guillerand  nous a ainsi laissé une belle méditation, toujours valable, sur les bienfaits de la prière silencieuse :

« Mon Dieu, j’ai besoin de vous demander cela dans une oraison spéciale ; mais j’ai besoin aussi de le faire à voix basse ; ce sera ma prière secrète. J’avais bien remarqué qu’à partir de l’Offertoire le prêtre prie souvent à voix basse ; je n’en avais guère cherché la raison. Je commence à la deviner. Elle est belle et juste. Dieu approche ; or, en face de lui les mots sont impuissants et le mouvement des lèvres distrait. Seul le langage d’âme, sans bruit, peut rejoindre ce Fils qui va descendre sur l’autel et qui est le Verbe du Père. Je vais prier en silence; je vais me taire, je vais jeter sur lui un regard de foi confiante et aimante dans le fond de mon âme, sur cet autel intime où le Père le prononce. Je vais m’unir à cette Parole du Père; je vais me livrer à elle et au Père qui la prononce pour entrer dans les divins rapports qui sont leur vie et leur joie infinies.

O Jésus, Verbe incarné, Parole éternelle qui voulez retentir aux entrailles profondes de mon être ; le Gloria, l’Épitre, l’Évangile, c’étaient déjà des expressions de vous, mais multiples et brisées comme les couleurs de l’arc-en-ciel sur un ciel d’orage. Maintenant vous allez venir vous-même ; vous allez vous donner comme le soleil dans un ciel limpide ; je ne veux plus de mots, plus de mouvement, plus de bruit dans mon âme … je me tais. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 121)

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Jésus pouvait-il réellement prier?

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Verbe fait homme, splendeur de la Gloire du Père, Jésus avait-il besoin de prier? Car,  la prière supposant une relation d’inférieur à supérieur, et les trois Personnes divines n’étant ni inférieures ni supérieures entre elles, il ne peut y avoir de prière véritable en Dieu! Et cependant, la révélation chrétienne nous dit que oui, Jésus priait sur terre, et même qu’il priait souvent. En se faisant homme, le Verbe éternel s’est abaissé en devenant en tout semblable à ses frères, à l’exception du péché. À quel point était-il conscient de lui-même? mystère … mais, ce qui est sûr, c’est qu’il a grandi comme tout être humain « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Luc 2, 52) .

Les évangiles nous montrent fréquemment Jésus en prière, surtout dans les moments solennels tels son baptême au Jourdain, la nuit précédant le choix des Douze, la multiplication des pains, sa transfiguration sur la montagne et la résurrection de Lazare. Mais qu’en est-il de sa vie routinière, celle de tous les jours? Avec l’Église, on peut affirmer que son activité quotidienne était non seulement liée à sa prière mais qu’elle en découlait en quelque sorte :

« Jésus se retirait dans le désert ou sur la montagne pour prier, en se levant de très bonne heure ou en passant la nuit à prier. Il participait également aux prières dites publiquement dans les synagogues, où il avait l’habitude de se rendre le jour du sabbat ainsi qu’au Temple (qu’il appelait une maison de prière); il participait également aux prières récitées en privé par les pieux Israélites (habituellement tous les jours). Il prononçait de même les bénédictions traditionnelles adressées à Dieu au moment des repas, tel que rapporté pour la multiplication des pains, la dernière Cène et le repas d’Emmaüs. Il chantait également des hymnes avec ses disciples, etc. » (Présentation générale de la Liturgie des heures, no 4)

Jusqu’à la fin de sa vie, Jésus nous aura donc montré que la prière était l’âme de son apostolat. Nul besoin de s’étonner, par conséquent, de ses conseils sur la prière fréquente (Luc 18, 1 et 11, 5-8) et il serait faux de croire que cette façon de prier ne doive concerner que les moines et moniales. En tant que membres du Christ ressuscité, nous sommes tous appelés à vivre nos engagements, quels qu’ils soient, dans une atmosphère de prière, joyeux d’expérimenter constamment la présence aimante de Dieu notre Père.

Y aurait-il des moments de notre vie où la prière s’impose de toute nécessité? Oui, évidemment; et, lors de ces heures cruciales, ayons également à cœur d’imiter notre Maître qui « aux jours de sa vie mortelle, présentant des prières et des supplications (avec un grand cri et des larmes) à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, a été  exaucé à cause de sa piété » (Hébreux 5, 7).

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Que puis-je offrir à Dieu ?

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La messe n’est pas qu’une prière, c’est également un sacrifice ! À la liturgie de la Parole succède la liturgie eucharistique. Que pouvons-nous offrir à Dieu ? Écoutons les sages conseils de dom Guillerand à sa sœur âgée et impotente :

« Mon Dieu, jusqu’ici je n’ai que prié. Une messe n’est pas une prière ordinaire, c’est une prière très particulière qui s’appelle un sacrifice. Les prières que je viens de faire ont élevé mon âme jusqu’à vous, elles m’ont mis à votre hauteur, elles m’ont préparée au sacrifice. Maintenant je dois et je veux l’accomplir.

Que puis-je vous offrir ? Que puis-je vous sacrifier ? Le pain sur la patène d’or, le vin dans la coupe du calice ne vous attire pas par leur valeur propre ; vous les agréez parce qu’ils vont devenir votre Corps  et votre Sang, et surtout parce que sous cette forme vous pouvez donner libre cours au désir immense qui vous consume de vous unir à nous et de nous transformer en vous. La transformation en vous, la communication de vous-même (infiniment et éternellement beau) à nous-mêmes, pauvres et si pleins de faiblesse et de misères, l’union c’est-à-dire la communauté de pensée, de sentiments, de volonté, d’activité, voilà votre rêve divin et aimant. Le pain et le vin dont vous voulez nous nourrir, c’est vous. Et le pain et le vin dont vous voulez vous nourrir, c’est nous. C’est moi, moi-même, mon corps et mon âme, mon être tel qu’il est et tel que vous le connaissez si bien, avec ses imperfections et ses insuffisances; voilà ce que je dépose à vos pieds, voilà mon offrande.

Faites-en ce que vous voulez. Vous voulez me transformer en vous ; transformez ! Vous voulez immoler en moi ce qui s’oppose à cette transformation, ce qui ne peut s’accorder à vous ; immolez ! Comme le pain et le vin que le prêtre vous offre sur l’autel, mon corps et mon âme sont à vous ; ils viennent de vous ; je n’en ai, moi, que l’usage. C’est cet usage que je vous sacrifie. Je vous le remets précisément pour reconnaître vos droits de Créateur et votre souverain domaine (…). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 119)

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Une longue attente récompensée

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Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem

À l’occasion de cette belle fête de la Présentation (2 février), voici un commentaire de dom Augustin Guillerand sur l’attente du vieillard Siméon, attente longue et patiente mais, finalement, merveilleusement récompensée :

« Siméon orné de justice et de crainte attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était en lui.  (Luc 2,25)  Saint Luc a dessiné en quelques mots un portrait précis et complet du saint vieillard Siméon. Sa vie merveilleusement une, et à cause de cela merveilleusement belle et forte; elle tient toute en un mot : Il attendait. (…) Il attendait le Rédempteur, Celui qui devait refaire dans les âmes l’image et la ressemblance de Dieu déformée par le péché, Celui qui est cette image, cette ressemblance, Celui donc qui porte en lui les traits de l’infinie Beauté, la figure de sa Substance, l’éclat de l’éternelle Lumière. Il tenait toutes ses énergies, tendues par le désir, vers lui. (…)

L’issue d’une telle attente est facile à prévoir. Le jour même et à l’heure même où la voix intérieure dit: «Il est là, il est au Temple», toutes les énergies ordonnées de son être, les muscles de son corps, les puissances de son âme se déclenchaient simplement, sans effort, s’accordaient pour trouver, reconnaître, embrasser Celui qui était son seul désir; et de tout cet être satisfait s’éleva l’hymne du repos après l’effort, de la possession après l’attente, l’hymne de la paix : «Maintenant vous laissez votre serviteur partir en paix … » (…) La paix l’enveloppe, le baigne, l’inonde de toutes parts.

Résultat splendide ! Nous le désirons, nous aussi, nous en avons le droit ; il peut, il doit devenir nôtre. Mais nous oublions l’attente qui le précède et le long effort qui le prépare. L’heure de la paix, de repos, ne sonne qu’après le travail, et elle ne sonne que pour ceux qui ont travaillé, pour ceux qui ont su construire et orner le temple intime où l’hôte divin doit venir, pour ceux qui ont longuement écouté la voix de l’Esprit Saint et qui, en collaboration avec ce dernier, se sont façonnés peu à peu des bras spirituels, des facultés rectifiées, surélevées, divinisées, nécessaires pour recevoir et embrasser le Rédempteur attendu. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 19 ss)

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Croire … c’est déjà communier!

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À la messe, après l’écoute de l’évangile vient le moment de manifester notre adhésion à cette Parole divine : c’est en se levant debout que nous récitons ensemble le Credo (notre profession de foi). Dom Guillerand commente cet instant avec des paroles sublimes qui nous transmettent ses convictions les plus profondes :

« Mon Dieu, voilà la vibration de mon âme ; voilà sa réponse aux mots que vous avez prononcés jadis pour tous et que vous voulez lui redire à elle seule : « Je crois ». La foi unit une âme à l’âme qui lui parle. Le Credo est déjà une communion ; la communion spirituelle. Votre Parole me livre cette vérité, et votre Vérité c’est vous. « Je suis la Vérité » avez-vous dit (Jean 14, 6). Et vous avez ajouté: « Je suis la Vie » et « Celui qui croit en moi, celui-là a la vie éternelle ! »

Cela est vrai, la vie est un rapport intime entre deux êtres qui les fait passer l’un dans l’autre. L’être supérieur communique à l’autre la vie supérieure. Quand je mets mon corps en relation avec l’air ou les aliments matériels, je fais vivre mon corps. Quand je mets mon intelligence en contact avec des pensées, je nourris mon intelligence et je développe sa vie. Quand je mets mon âme en contact avec votre âme, votre âme devient mon aliment divin, elle me communique sa propre vie et je possède vraiment la vie éternelle : Credo! Je crois cela.

Je crois tous les enseignements de votre Évangile ; je les accueille; je vous livre mon esprit pour que vous les y graviez ; j’unis ma pensée à votre pensée pour qu’elles ne fassent plus qu’un. Je crois un Dieu, Créateur et Père ; je crois que vous êtes son Fils fait homme, mort pour nous, puis ressuscité et remonté à votre Père. Je crois que vous demeurez sur la terre par votre Saint-Esprit, que vous vivez ainsi dans votre Église et dans vos saints. Je crois que ce Credo accorde ma vie à votre vie et que c’est pour moi la vie éternelle. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 118)

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