
(Église de la chartreuse de Pleterje, Slovénie)
Y aurait-il un « moment idéal » pour prier durant la journée? Il semble que oui selon notre ami chartreux, dom Guillerand. Mais laissons-le nous le dire en ses propres termes :
« La prière est de toutes les heures ; c’est la respiration de l’âme; il faut prier sans arrêt comme on respire sans cesse. C’est le mouvement profond de l’âme dont on a à peine conscience. (…) Mais sur ce mouvement, dont la continuité n’est malheureusement perçue que par le très petit nombre, des prières spéciales, plus conscientes et plus voulues, doivent se greffer. Ce sont celles-là que nous appelons proprement «prières» et qui nous demandent des heures déterminées. La détermination pour les prêtres et les religieux est si précise que ces prières s’appellent les «Heures», c’est-à-dire des prières liées à certaines heures du jour et de la nuit. (…) Le simple chrétien n’est pas tenu par ce lien précis. Mais ce qu’il n’est pas obligé de faire par devoir, il peut le faire par amour, par un amour que soutient un intérêt bien compris. Pour lui aussi il y a des heures où il convient de se retourner et de reprendre le divin contact.
‘ Le matin ‘, disait déjà le psalmiste il y a trois mille ans, ‘ je me mettrai en votre présence et vous me donnerez de vous voir ‘ (Psaume 5, 4). (…) Au matin, quand le corps s’éveille, quand l’âme reprend conscience de cette vie humaine complète qu’elle exerce en lui, quand elle redevient par lui l’intermédiaire et l’interprète du monde créé, elle a besoin de renouveler le contact avec son Créateur. La prière prélude au mouvement du jour; elle le prépare. L’humanité se meurt de ne pas le comprendre! Ainsi replongé dans ce grand Tout, fait de Celui qui est et de tous les êtres auxquels il s’est communiqué, l’homme peut reprendre son labeur. Il n’est pas seul pour l’accomplir; il s’appuie sur Celui qui est; il puise en lui lumière et force; par delà ce qu’il fait, il voit Celui pour qui et par qui il le fait; il s’y unit. Tout acte prend une valeur immense, dépasse l’heure brève où il s’accomplit, s’en va s’inscrire dans la durée éternelle. Un jour n’est plus un jour, mais une préparation et déjà comme une participation à l’éternité. Sur ces hauteurs, l’homme peut affronter les difficultés de la vie passagère; il n’est pas abattu par l’épreuve; il n’est pas effrayé par la tentation. Quand elles se présentent, il renouvelle d’un vol d’âme, d’un coup d’aile rapide, la montée en Dieu, le contact avec la Source de vie, il fait front!
Mais pour de tels effets la prière doit vraiment être prière, élévation, ascension vers Dieu, dégagement du créé, de l’humain. La simple récitation mécanique ne suffit pas; la distraction entretenue volontairement paralyse; les occupations poursuivies sont un obstacle. On ne fait pas sa part à Dieu. On ne lui donne rien si on ne lui donne pas toute l’attention dont on dispose. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 42 s)


« AUJOURD’HUI (15 août), la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel: parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin. » (Préface de la messe de l’Assomption de la Vierge)





Pourquoi ne puis-je pas te suivre dès maintenant?
Il n’est pas rare de vouloir entrer en action prématurément, faussement persuadés que nous en sommes capables. À la dernière Cène, alors que Jésus annonce son départ imminent, l’apôtre Pierre (angoissé, comme tous les autres d’ailleurs, devant cette absence imprévue) voudrait bien le suivre. Pierre ignore sa faiblesse et il lui faudra passer par bien des épreuves pour s’en convaincre ; alors il pourra trouver en elle sa force et sa grandeur. Mais laissons notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, nous commenter plus adéquatement ce passage évangélique :
« En Dieu seul la lumière brille éternellement d’un éclat infini. En nous les ténèbres la précèdent, et elle ne les dissipe que peu à peu. Le lever de la lumière se fait généralement dans la lutte et par l’épreuve. Elle procède de la foi, et la foi est une nuit qui enveloppe en son ombre la clarté. Pierre et les apôtres doivent traverser cette nuit avant de jouir de la lumière : « Vous me suivrez plus tard, mais vous ne pouvez pas maintenant » (Jean 13, 36). Le miroir d’âme n’est pas purifié; l’épreuve est proche qui le purifiera. Elle le purifiera en révélant ce qu’un homme ne sait jamais assez, ce qu’il apprend en dernier lieu : sa faiblesse sans bornes, et qu’il faut trouver en elle sa force et sa grandeur. C’est ce qu’explique et annonce le divin Maître, aussi riche d’amour et de lumière en le faisant qu’en se mettant aux pieds des siens pour les laver : « Jésus lui répondit: Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le déclare : avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois » (Jean 13, 38).
Tout ce chapitre 13 de saint Jean est une révélation aiguë de cette faiblesse dont la connaissance est si nécessaire, et à laquelle s’oppose, en contraste, la toute-puissance de Celui qui la révèle. Les hommes y apparaissent, avec Judas que la passion emporte au fond de l’abîme, avec Pierre et le groupe apostolique qu’anime la meilleur bonne volonté mais qui comprennent si peu et si mal. En face d’eux, Jésus se dresse immensément grand, grand de la science qui pénètre tout le dessein divin, « Jésus sachant que tout lui a été remis par le Père », grand de sa toute-puissance qui est la puissance sans limite, grand de son amour qui s’abaisse à soulever la misère humaine et qui accepte à la fois les résistances hostiles jusqu’à la trahison et les lenteurs de l’esprit qui égare les cœurs.
Le discours après la Cène ne se comprend bien que dans ce cadre : celui de la science et de l’amour infinis qui se communiquent sans réserve à des âmes si peu ouvertes ou si irrémédiablement closes. »
(Écrit spirituels, tome 1, page 419 s)
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