Prier la nuit ?

17bOffice nocturne à la Grande Chartreuse.

La nuit est vraiment le moment idéal pour se mettre en présence de Dieu. Les distractions sont réduites au minimum, le calme facilite la réflexion et le repos de la Nature nous ouvre à l’écoute de la Parole. À l’exemple des pieux juifs, Jésus lui aussi aimait se recueillir dans le silence de la nuit. Les ordres monastiques ont conservé cette habitude héritée des premiers moines tout en l’adaptant aux santés fragiles de leurs membres … les Chartreux sont parmi les rares religieux à avoir conservé le lever entre deux périodes de repos, les autres se sont ralliés à un lever matinal plus hâtif mais au terme de leur repos nocturne.

Quoiqu’il en soit, l’ermite de par sa vocation est voué à la prière continuelle et il ne peut oublier ces paroles de Jésus sur la nécessité pour les disciples de prier constamment et de ne pas se décourager (Luc 18,1). Il aime offrir une heure de prière nocturne au moment qu’il juge le plus opportun : pour certains, ce sera vers minuit à l’exemple des Chartreux (même si ces derniers prolongent jusqu’à 3h00) pour d’autres, ce sera vers 2h00 car le premier sommeil est ainsi plus garanti. De toute façon, on ne peut en faire l’essai sans se sentir aussitôt accroché. En ce domaine également se vérifient ces paroles  : « Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience » (Statuts des Chartreux, chapitre 6).

Prier la nuit ? La réponse ne peut que dépendre des possibilités et des goûts d’un chacun. Personnellement, je ne pourrais m’en passer tellement j’y trouve de lumières et de consolations. Mais les voies de Dieu sont multiples et ce qui est bon pour un peut s’avérer néfaste pour l’autre. L’âge avancé peut également devenir un facteur incontournable. À chacun d’y répondre selon ses possibilités et son inspiration !

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Conseils à un ermite

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Vivre en confinement exige certains comportements si l’on veut vraiment en profiter tant au spirituel qu’au physique. Un bon dosage d’alimentation, de lecture et de détente s’impose en ce domaine. Voici quelques conseils que dom Guillerand n’hésite pas à donner à ses correspondants :

Modération en tout

« Pour le corps, il faut, par une série d’expériences (faites d’ailleurs sans préoccupation) découvrir à peu près la quantité et la qualité d’aliments qui conviennent le mieux à la vie, et régler cela par la raison, sans tenir compte de la sensibilité. Quand c’est fait une bonne fois et que l’habitude est prise, on n’y pense plus, et c’est un dégagement précieux. Même principe dans la vie intellectuelle. À noter aussi sur ce second terrain : nourrit uniquement ce qui est assimilé ; ce qui ne l’est pas encombre et appesantit. L’assimilation se fait peu à peu, lentement, dans les profondeurs de la subconscience. Ce qui n’est pas immédiatement utilisé n’est ni perdu, ni encombrant. Cela sommeille et, durant ce sommeil, subit de mystérieuses élaborations qui le préparent à jouer un rôle plus tard.

Savoir profiter des lectures

Une lecture peut profiter sans laisser aucune trace dans la mémoire. Il faut, à cet égard, bien distinguer entre la mémoire et l’intelligence. Pour fixer en mémoire il faut faire attention : on remarque ce qui entre et reste. L’intelligence au contraire se laisse imprégner sans qu’on s’en doute. Les choses se fixent alors dans une partie de la mémoire, la subconscience (au-dessous de la conscience claire) et, quand on en a besoin, elles reparaissent. Ce n’est donc pas du temps perdu. Pour profiter des lectures, il faut lire lentement. C’est là surtout que le détachement est nécessaire. On veut trop lire et l’on se fatigue. Et il ne reste que de vagues notions, sans lien, sans clarté, qui encombrent l’esprit au lieu de le nourrir, comme des aliments non digérés. Faire peu et bien.

Savoir se détendre

La détente est nécessaire après l’effort. Savoir se reposer est rare à notre époque trépidante. On use sa vie, on la gâte ou du moins on la diminue autant par l’intempérance dans le travail que par la paresse. J’ajoute néanmoins que je préfère beaucoup les excessifs aux paresseux ! Seul l’organisme se fatigue dans le travail intellectuel. C’est donc lui qu’il faut reposer. On le repose en le détendant. Le repos n’est pas l’inertie. On ne se repose pas en cessant de travailler, à moins d’épuisement, mais en changeant de travail. Le nouveau travail doit mettre en jeu des énergies, musculaires ou puissances, qui n’agissaient pas ou peu dans l’action précédente. Il faut donc continuer de travailler mais exécuter un travail différent. »

(Écrits spirituels, volume 2, page 267 ss)

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Vivre à fond le moment présent

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On dit que la réaction normale d’un moine, arrivé pour la première fois dans son ermitage, ressemble beaucoup à celle-ci: « Bon, m’y voici enfin! Alors …  qu’est-ce que je vais manger ce soir?? ». C’est que tous les attraits spirituels d’une vie de prière ne peuvent faire oublier l’aspect contraignant du besoin de se sustenter, fut-il des plus minimes. Et à côté de ce besoin  existe également celui de l’entretien,  car il ne saurait être question de miser, ici, sur les bons soins d’une femme de ménage!  Tout ça pour dire que la vie réelle, même en ermitage, est nécessairement composée de moments très terre à terre et apparemment vides de valeur spirituelle. Or, tel n’est pas le cas, car Dieu est bien réel et il se manifeste dans le moment présent, quel qu’il soit. Comme le disait, un jour,  le Pape François : « L’aujourd’hui est le plus semblable à l’éternité: l’aujourd’hui est une étincelle d’éternité, car dans l’aujourd’hui se joue la vie éternelle » (JMJ de Rio, 2013). 

La vie éternelle se joue donc dans le moment présent! Incidemment, la vie contemplative nous fait facilement discerner toute la valeur d’un geste très humble, comme par exemple: passer la vadrouille ou faire la vaisselle.  Certains actes, en soi, seront évidemment plus importants que d’autres; ainsi, célébrer la messe ou recevoir un sacrement. Cependant, la valeur d’un acte ne réside pas tellement en lui-même que dans l’intention avec lequel il est posé et c’est ce qui peut faire la grandeur de notre « terrible quotidien ».

Voici ce qu’écrivait un moine chartreux à un correspondant qui s’efforçait de vivre le moment présent: « Nous ne sommes obligés qu’à une seule chose: à bien employer le temps et les forces dont nous disposons. On réalise ainsi sa destinée, et nul n’est tenue à autre chose. (…) Notre vie n’est pas nécessairement celle d’un grand homme. C’est celle d’un homme; et tout est là. Être grand ou petit ne dépend pas de nous. Réaliser l’être que nous avons dépend de nous à chaque minute, et c’est de cette réalisation continue qu’est fait un homme » (dom Augustin Guillerand).

Le confinement actuel nous prive des rassemblements liturgiques mais non de la prière. Notre bouche peut être muette mais notre vie vécue dans la fidélité  est une acclamation, et  Dieu prête l’oreille au chant de notre cœur!

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Croire au bien en nous, et dans les autres!

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Monastère de la Grande-Chartreuse (en Isère, France)

Dom Augustin Guillerand a vécu ses dernières années à la Grande-Chartreuse, maison-mère de son Ordre, non loin de Grenoble. Voici ce qu’il écrivait à un ami concernant la connaissance de soi et la juste mesure à observer dans ce domaine:

« Nous sommes meilleurs que nous ne pensons, et les autres aussi. Il existe une juste mesure assez difficile à trouver entre l’optimisme qui ne voit que le bien et le pessimisme qui ne voit que le mal; c’est qu’il y a du bien et du mal mêlés dans l’œuvre divine. Le mal est plus visible que le bien parce qu’il est en surface, mais le bien l’emporte en définitive. Quand on a l’occasion de parler intimement  avec une personne, on est toujours favorablement surpris; elle est meilleure qu’on ne croyait. Croyons donc au bien en nous et croyons au bien dans les autres. Ce sont là des vues divines. Le monde était affreusement mauvais quand Jésus est venu et ce mal ne l’a pas arrêté.

Il faut donc que nous n’ayons plus peur ni de nous-mêmes ni des autres. Il faut regarder la vie réelle en face. C’est ce regard profond et prolongé qui nous donnera Dieu, car Dieu est au fond de tout. Tout est parce qu’il l’a voulu ou permis. Et si le mal permis par Dieu nous effraie, disons-nous qu’au fond de ce mal il y a un bien, et c’est ce bien qui est voulu. Je puis donc dire, même en pensant au mal, qu’un vouloir de Dieu se cache au fond de tout. C’est ce vouloir que nous cherchons. Nous souffrons de ne pas le trouver autant que nous le voudrions. Cette souffrance est noble. Remercions Dieu de l’avoir déposée au fond de notre cœur comme un appel de lui à nous et de nous à lui.

Mais consolons-nous; il y a un remède, c’est la foi vraie. Il existe une foi qui adhère aux vérités avec la seule intelligence et il en est une autre qui adhère avec le cœur. La première ne suffit pas, elle est froide et distante ; elle n’unit pas, elle nous laisse loin de Dieu et vides. La deuxième nous comble parce qu’elle fait l’union. Cette foi vraie et vivante est comme une prise de possession de Dieu. Il devient nôtre, il devient l’Hôte aimé de l’âme. Et l’âme,  dégagée des choses, n’a plus qu’à se tourner vers lui par une pensée aimante pour réaliser l’intimité rêvée.

Voilà il me semble où Dieu nous appelle. On n’y arrive qu’après un long voyage qui nous sépare des créatures et de nous-mêmes. Nous aurons le courage d’accomplir ce long et dur parcours, et nous connaîtrons la joie du terme atteint. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 221s)

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Réflexions d’un moine chartreux

Avec la pandémie récente, il est difficile de ne pas se retrouver dans une situation de moine chartreux : confinement, silence et ample temps pour réfléchir sur l’avenir. Belle occasion d’écouter dom Augustin Guillerand qui invite ses correspondants à méditer sur le vrai silence et sur l’éventualité de la mort :

LETTRE À UN AMI SUR LE SILENCE

« Notre silence n’est pas le vide et la mort ; il doit au contraire se rapprocher et nous rapprocher de la vie pleine. Nous nous taisons parce que les paroles, dont nos âmes désirent vivre, ne s’expriment pas en mots de la terre. Vous savez que ce que les lèvres cartusiennes ne prononcent pas, ou ce que nos plumes n’ont pas le temps d’écrire, nous le disons à Dieu pour ceux que nous aimons. Notre silence n’est pas un recueillement de mort, c’est le recueillement d’un sanctuaire. Nos maisons et nos âmes sont occupées par quelqu’un : « Le Maître est là, et il te demande. » Il est le patron, il a droit à tout; il nous prend nos heures, les unes après les autres, et il les remplit.

Le silence n’est pas l’oubli. Nous croyons et nous nous efforçons de vivre cela en Chartreuse. Votre souvenir a donc rempli ces mois de long silence et il s’est traduit dans cette parole intime, qui ne rompt pas le silence, mais lui donne valeur et vie. Le silence et le souvenir s’accordent très bien ensemble. Nous savons que le silence n’est pas vide ; il est au contraire essentiellement plein, et c’est une Plénitude où l’on parle. Les paroles qui sortent de l’agitation et du bruit sont nécessairement superficielles. Le fond d’un être doit être occupé par le silence, et cet être ne parle une parole vraie et profonde que si elle part de ce silence, si elle en est l’expression.
Voilà pourquoi le langage du monde, les conversations, les journaux sont vides et fatiguent au lieu de reposer et de nourrir. Voilà pourquoi au contraire en Chartreuse on goûte tant de paix. Tout y procède des profondeurs calmes de l’âme où elle se recueille et fait silence. C’est là que Dieu demeure et qu’on le trouve infailliblement si on y réside soi-même.

Il est clair que les conditions de leur vie ne permettent pas à tous de réaliser ce recueillement comme en Chartreuse. Ne craignons pas néanmoins, dans la mesure du possible, de nous réserver quelques instants, très courts s’il le faut, pour nous recueillir et donner quelques minutes à Celui qui demeure en nous, qui y parle silencieusement, et qui nous invite à venir l’écouter. » (Écrits Spirituels, tome 2, page 254 ss)

CONFIANCE DEVANT LA MORT QUI VIENT

« Je te renouvelle l’assurance de ma pleine confiance que cette heure sonnera. Quand ? Comment ? Je n’en sais rien. C’est le secret de Dieu ; il en a beaucoup, non moins que de miséricorde. Il a des façons très mystérieuses de retourner les âmes et de les ramener à lui. Il faut savoir s’en remettre à lui, attendre ses moments qui sont les bons, attendre en se taisant et en priant, sans gâter le travail qui s’accomplit sous terre en voulant le réaliser en surface quand il doit s’accomplir souterrainement.

Il faut avouer que Dieu n’est pas pressé … et que nous le sommes beaucoup. Il faut avouer aussi que cela se comprend. Notre temps est court et le sien très long. Mais il nous offre d’allonger le nôtre en entrant dans le sien, et de faire « de la vie éternelle » avec nos pauvres jours qui s’envolent si vite. »  (ibidem, page 263)

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Petits enfants, gardez-vous des idoles!

Le mot « idole » peut être compris de diverses manières:

  1. Dans le domaine des religions, l’idole est synonyme de «faux dieux» (dieux des païens) à l’opposé du Dieu unique des Juifs, des Chrétiens ou des Musulmans. Dans l’Ancien Testament, le terme idole pouvait également désigner toute représentation sculptée du vrai Dieu.
  2. Dans le domaine séculier contemporain, l’idole désigne souvent une personne qui sert de faux modèle à une partie de la population (ou même à une génération). Cette idole peut être incarnée par une vedette de cinéma, de la chanson ou encore du monde sportif.
  3. Dans le domaine de la vie spirituelle, (et c’est celui qui nous intéresse!) l’idole représente tout ce qui nous empêche de servir le Seigneur. « Petits enfants, gardez-vous des idoles » recommande saint Jean aux lecteurs/trices de sa première lettre (1 Jean 5, 21). L’apôtre avait sans doute en vue l’enseignement des antichrists de son temps, source d’erreurs et d’esclavages de toutes sortes. En effet, dès qu’on cesse de servir le Seigneur, on devient vite esclave de nombreux maîtres: l’argent, la cupidité, la sensualité, le culte du corps, l’exhibitionnisme, le narcissisme, et j’en passe! Derrière ces vices qui sont idolâtriques se cache une méconnaissance du Dieu unique qui seul mérite notre confiance.

Dans un réquisitoire terrible, saint Paul dénonce le péché universel des hommes qui, au lieu de reconnaître le Créateur à travers sa création, ont changé la gloire de Dieu contre une représentation de ses créatures (statues divinisées ou fresques lubriques) alors que l’apôtre y voit la source de leur déchéance: « C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions avilissantes: leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature; les hommes de même, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant l’infamie d’homme à homme et recevant en leur personne le juste salaire de leur égarement » (Romains 1, 26-27). Quant aux conséquences spirituelles et à long terme de ces passions avilissantes, elles ne sont pas moins terribles: « Ne vous y trompez pas! Ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les dépravés, ni les sodomites … n’hériteront du Royaume de Dieu » (1 Corinthiens 6, 9). L’absence de religion ne peut que conduire l’homme moderne à sa perte!

Petits enfants, gardez-vous des idoles!  Un travail quotidien et de tout instant s’impose donc à nous, chrétiens! Puisse notre société se réveiller de sa torpeur et de son matérialisme ambiant et se reprendre en mains. Puisse l’Église redevenir un phare dans un monde enténébré qui cherche la vérité comme à tâtons. Tâche impossible? Rêve irréalisable? Qu’en dit le Christ? « Vous êtes le sel de la terre … la lumière du monde » (Matthieu 5, 13) et « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde! » (Jean 16, 33).

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Vivre en ermitage

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« Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience. »                        (Statuts de l’Ordre des Chartreux, chapitre 6)

La vie en ermitage n’est pas réservée aux seuls membres d’un ordre contemplatif, elle est également pratiquée de plus en plus par des chrétiens et des chrétiennes vivant dans le monde,  même en milieu urbain. Les santés ne sont plus ce qu’elles étaient au 19e siècle; l’austérité des ordres religieux empêche une foule de gens d’y entrer mais l’appel à la prière et au silence demeure bien vivant. Dieu n’est pas réservé à quelques uns mais il est  offert à  tous!

En tant qu’ermite urbain, j’ai senti dès le départ la nécessité  de me ménager non seulement un environnement silencieux qui puisse répondre à mes besoins de lecture et de prière mais aussi de me donner un horaire quotidien afin de bien répartir les diverses activités en vue d’équilibrer les besoins du corps et de l’esprit: une âme saine dans un corps sain! Mais peut-être que le plus important, surtout pour un néophyte , est de pouvoir compter sur une spiritualité qui a fait ses preuves: pensons à la spiritualité bénédictine, carmélitaine, franciscaine ou encore à celle des Chartreux. Personne ne peut s’improviser «ermite». Les présomptueux se sont souvent retrouvés dans la peau de personnes dévotes plus ou moins cinglées!

Ceci étant dit, la vie contemplative demeurera toujours «la meilleur part», la perle précieuse pour l’obtention de laquelle il faut tout sacrifier . Car, comme le dit si bien la suite du texte cité plus haut « Ici, on s’adonne à un loisir sans oisiveté et on s’immobilise en une tranquille activité. Ici, pour le labeur du combat, Dieu donne à ses lutteurs la récompense désirée: une paix que le monde ignore et la joie dans l’Esprit Saint

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Dieu en moi et moi en Lui

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Le confinement, imposé actuellement, attise en plusieurs de nous la faim eucharistique … et à bon droit! Nous ne pouvons vivre très longtemps comme chrétiens sans réunions fraternelles, sans pouvoir écouter ensemble la Parole de Dieu et participer à la Fraction du pain. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jean 6, 56). Si l’Eucharistie nous unit au Christ, elle nous unit également à tous nos frères et sœurs du monde entier et sert ainsi à bâtir l’Église; « l’Église vit de l’Eucharistie » selon la belle expression de saint Jean-Paul II dans sa dernière encyclique (Ecclesia de Eucharistia, 2003).

CECI ÉTANT DIT, il serait faux de penser que l’absence de l’Eucharistie nous enlève tout moyen de vivre en Église et d’expérimenter l’union au Christ. Rappelons-nous les premiers siècles de l’ère chrétienne, siècles de persécutions sanglantes alors que les réunions liturgiques étaient rarissimes mais où la vie chrétienne battait son plein. Et que dire des ermites qui, par la suite, peuplèrent les déserts d’Égypte et de Syrie dans un isolement quasi complet, sans autre secours spirituel que la prière quotidienne! Le même évangéliste saint Jean, si loquace quant à l’importance de l’Eucharistie, n’est-il pas celui qui rapporte également cette autre affirmation de Jésus: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23)? Ainsi la foi seule, même sans l’Eucharistie (dont elle est par ailleurs le cœur), peut devenir un moyen de contemplation et d’union à Dieu. C’est dans le cadre de cette foi que Jésus ressuscité affirmait aux disciples: « Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28, 20).

D’autres aspects de la vie chrétienne (tels les œuvres de charité) pourraient également être ajoutés comme preuves, mais pour l’instant retenons que notre confinement actuel, loin d’être synonyme d’absence de Dieu, peut devenir au contraire une merveilleuse occasion d’expérimenter cette présence tant par la prière que par divers renoncements: silence, lectures, réflexions, autant de grâces offertes pour notre avancement spirituel. Aux mordus de spiritualité monastique, j’ajouterai en guise de conclusion cette citation des Statuts de l’Ordre des Chartreux: « Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience » (chapitre 6). Merveilleux!  Voici donc l’occasion rêvée pour faire une telle expérience!

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La messe qu’est la vie chrétienne

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En 1928, dom Augustin Guillerand affirmait déjà dans ses écrits l’existence du sacerdoce commun des fidèles qui sera explicité et mis à l’honneur par le Concile Vatican II. Dans son dernier chapitre de Liturgie d’âme (écrit, faut-il le rappeler, pour sa sœur âgée et impotente), ce moine chartreux conclut sa longue méditation sur la messe en des termes des plus consolants pour tout baptisé qui aspire à l’union transformante en Jésus :

« Seigneur Jésus, cette fois je suis au terme. Le terme, c’est vous et je vous possède. Je n’ai plus qu’à demeurer : « Demeurez en moi, demeurez dans mon amour, demeurez unis à moi comme la branche de vigne au cep qui la porte et la nourrit … » (Jean 15, 4), avez-vous dit à vos apôtres après la première communion du Cénacle. Vous me le redites ; et rien ne m’est plus doux que cette invitation à ne plus vous quitter. Dans cette union continue, en effet, c’est ma vie entière qui devient une messe. À tout instant, en tout lieu et en toute circonstance je puis m’offrir à vous, m’immoler avec vous et pour vous, communier à vos pensées et à vos sentiments, et me transformer peu à peu en vous. C’est la Messe éternelle : elle est le but de l’autre.

Dans le secret du tabernacle vous vous offrez à votre Père dans l’anéantissement des saintes espèces, dans le silence et trop souvent l’oubli indifférent des âmes. Vous vous immolez aussi dans le sanctuaire de nos âmes. Toute âme chrétienne est prêtre ; c’est l’Esprit Saint lui-même qui l’affirme dans nos Saints Livres (1 Pierre 2, 9). Elle possède en dedans d’elle-même un autel et son Dieu. Elle peut l’offrir et l’immoler. Et quand elle le fait, c’est elle-même qu’elle offre et qu’elle immole, car elle ne fait plus qu’un avec son Dieu : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, celui-là demeure en moi et moi en lui » (Jean 6, 57). Hélas ! je ne sais pas croire et vivre cette réalité. Je ne sais pas assister à ma Messe d’âme ! Je ne sais pas le faire, mais je puis l’apprendre. La vie de la terre n’est qu’un apprentissage. Vous vous êtes fait mon Maître pour m’enseigner la vraie vie et l’union éternelle.

Ce que vous faites au tabernacle, ce que vous avez fait durant les trente-trois années de votre existence terrestre, je le ferai un jour avec vous et comme vous. Éternellement nous nous offrirons et nous nous unirons au Père dans la plénitude reposée d’un amour définitif et ce sera la Messe du ciel. En attendant, je consens à n’être qu’une élève et une apprentie, souvent distraite et gâchant beaucoup de ces minutes avec lesquelles je pourrais faire des trésors et de l’éternité. Je ne me découragerai pas, je reprendrai chaque jour et mille fois par jour la marche vers vous, qui est aussi la marche avec vous. Le secret de la victoire, c’est la continuité. C’est notre façon à nous d’imiter votre éternité et d’y entrer un jour. « Demeurez en nous » signifie cela : il ne s’agit pas encore de la permanence du ciel, mais de l’exercice et de la lutte qui la préparent. La victoire est belle, mais la bataille doit l’acheter.

Je me battrai donc, je me battrai avec vous contre moi. Je briserai peu à peu toutes ces résistances de ma nature déchue qui s’opposent à notre union. Je ferai la conquête de mon être pour vous le donner. Je soumettrai ma sensibilité à ma raison et ma raison à votre raison. Je construirai ainsi une belle demeure ordonnée, pacifiée, dont vous serez le Maître. Les sacrifices quotidiens dont j’achèterai cette paix divine seront la Messe de ma vie et l’union qui les couronnera sera la communion éternelle du ciel ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 133 s)

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AVIS aux intéressé(e)s:  le début de la parution de cet opuscule de dom Guillerand sur mon blogue se trouve en date du 13 novembre 2019; elle se poursuit chaque mercredi pour se conclure aujourd’hui.

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Nous ne faisons plus qu’un!

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À l’exemple de saint Pierre qui, témoin de la transfiguration de Jésus sur la montagne, voulait prolonger ce moment de grâce, dom Guillerand se livre à de semblables sentiments lorsqu’il en arrive à commenter la communion eucharistique. « Gardez-moi » se rencontre plusieurs fois dans la prière qu’il met sur les lèvres de sa sœur âgée. Lisons attentivement cette avant-dernière méditation de son opuscule  Liturgie d’âme alors qu’il nous ouvre son cœur de façon tout à fait spéciale :

« Seigneur Jésus, votre immolation m’a réaccordée avec Dieu ; elle m’a fait rentrer dans la grande paix infinie de son sein; je vous y rejoins, vous le Fils unique qui l’emplissez à jamais. Maintenant plus rien ne s’oppose à notre union. Mes fautes passées, mes faiblesses présentes et mes craintes à venir ne m’arrêtent pas et ne m’effrayent pas. Sans doute, je ne suis pas digne de vous recevoir, mais vous n’avez qu’un mot à dire pour opérer guérison complète. Vous êtes meilleur que je ne suis mauvaise et plus fort que je ne suis faible. Vous êtes le Créateur, c’est-à-dire Celui qui fait quelque chose de rien ; c’est votre privilège de travailler sur le néant ; c’est là qu’éclate votre Toute-Puissance. Est-ce pour cela que vous avez permis la chute première et que vous permettez encore tant de fautes quotidiennes ? Le néant révolté est plus complet que le néant créé ; le relever est plus glorieux … et vous êtes le Rédempteur.

« Venez à moi … et je vous referai » (Matthieu 11, 28). Votre appel d’amour couvre la voix de ma misère. Je vous écoute ; je viens ! Je vous suis par delà les apparences, dans la Vérité. Je vais à vous jusqu’à l’extrême anéantissement de ma vie propre et de mon égoïsme étroit, et je trouve la vraie vie et le véritable amour. Je trouve mon moi divin, ma physionomie éternelle, mes traits d’enfant de Dieu. Je trouve cela en vous. Le péché avait recouvert ces traits d’un masque hideux à l’image du diable. C’est ce masque que j’ai rejeté en vous rejoignant dans le sacrifice. Je croyais me perdre et mourir : je tuais en moi la mort et je gagnais la vie. Me voilà refaite, ressuscitée, recréée. L’œuvre de votre amour rédempteur est accomplie en moi.

Maintenant, gardez-moi. Que votre Corps me conserve dans la vie éternelle. Gardez-moi avec vous dans l’immolation et le sacrifice. La mort m’a quittée ; je l’ai, en vous accueillant, mise dehors. Mais elle m’entoure encore ; Satan vaincu n’a pas abandonné la lutte. Il est la haine ; la haine ne désarme pas … Gardez-moi ! Vous êtes dans mon âme un germe de vie éternelle ; vous voulez devenir fleur épanouie et à jamais féconde. Vous voulez vivre et c’est là ma vie, car nous ne faisons plus qu’un. Gardez-moi, cela veut dire : gardez-vous en moi, vivez en moi, croissez en moi, prenez en moi toute votre taille, tout ce développement que le Père a contemplé et aimé de toute éternité et qu’il attend pour me faire place au foyer.

En attendant, gardez-moi dans ce foyer intime qu’il possède au plus profond de moi-même ; gardez-moi dans un regard de plus en plus habituel et aimant sur lui qui me regarde si constamment et si tendrement. N’est-ce pas cela la vie éternelle, votre vie à vous et sa vie à lui, dans la grande union de votre amour qui vous lie si intimement que vous ne faites plus qu’un seul et même Dieu ?

Seigneur, je crois, je vois, je sens que c’est là le terme rêvé par votre tendresse et que je n’ai qu’à m’y tenir, à apprendre à m’y tenir. C’est le foyer, c’est la patrie, c’est le sein infini d’où je suis sortie, où je rentre avec vous. Que votre Corps sacré me garde là, dans la vie éternelle et dans le sacrifice qui la procure et la protège ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 131 s)

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