La louange éternelle des saintes âmes

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La fête de la Toussaint m’incite à vous présenter un texte de dom Augustin Guillerand sur la louange des bienheureux, louange déjà commencée sur terre par de saintes âmes, et qui attise notre espérance de la vie éternelle :

« Toute prière est une louange; celle même du publicain qui se frappe la poitrine est une hymne à la grandeur de Dieu. Elle proclame sa miséricordieuse bonté qui est la cime même de cette grandeur. L’Amour qui relève après la faute c’est l’Amour qui récompense au soir de la lutte. Lui demander son soutien, c’est affirmer sa force.

On semble réserver cependant ce titre de « louange » au chant des âmes pour lesquelles le combat a cessé, ou parce qu’elles ont quitté le champ de bataille et gagné la patrie, ou parce que leur adhésion au Maître est telle qu’elles ont trouvé en lui le lieu de repos. N’ayant plus rien à craindre ni à demander, toute transformation accomplie, elles n’ont plus qu’à vivre selon cette forme nouvelle ; toute leur activité est de se tenir dans la grande joie d’être à lui, d’être pour lui, par lui, en lui … Cette joie est leur prière. « L’allégresse éternelle est la couronne de leurs têtes » dit Isaïe (35, 10); elle rayonne et ce rayon chante Celui qui le produit : c’est le « candor lucis aeternae » (Sagesse 7, 26), le rayon éclatant de l’éternelle Lumière. « Heureux ceux-là, dit le psalmiste, heureux ceux qui sont logés dans la demeure de Dieu, cette demeure est la louange éternelle » (Psaume 83, 5).

L’Église, épouse de Jésus et de l’Esprit-Saint, mère des âmes, institutrice des chrétiens, a rempli ses Offices de louanges, et la prière de jubilation devant Dieu en est la forme habituelle. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 65)

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Prier Dieu, le Père!

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Jésus est l’image du Dieu invisible (Colossiens 1, 15) et, comme tel, nous dévoile le Père de façon tout à fait unique. C’est pourquoi notre dévotion envers le Christ, toute légitime qu’elle puisse être, ne doit pas nous obnubiler au point d’en arriver à oublier ou, tout au moins, à mettre de côté le Père! Notons que Jésus se présente à nous dans l’Évangile comme Fils sans jamais prendre la place de Dieu: ses multiples exemples de prière personnelle ainsi que son enseignement sur la prière nous réfèrent essentiellement et exclusivement à Dieu. D’ailleurs, l’Église elle-même lui a emboîté le pas en adressant normalement ses prières liturgiques à Dieu le Père, prières qu’elle termine tout aussi normalement par un appel à l’intercession de Jésus, son Fils, notre Seigneur.

« Repentez -vous car le Royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 4, 17). La Royauté de Dieu est au centre de la prédication évangélique. Dieu Roi et Dieu Père sont deux thèmes chers au cœur du Christ mais qui méritent une certaine explication car, en 2020, force est de constater que la royauté et la paternité ont drôlement évolué depuis 2000 ans.

De nos jours, les têtes couronnées ne sont plus que des figures emblématiques d’un pouvoir exercé par d’autres instances du pays, et c’est bien ainsi … car, la mémoire aidant, personne ne désire retourner en arrière! Mais au temps de Jésus, il en était autrement: le roi cumulait tous les pouvoirs du pays tant militaire que législatif et administratif. Aussi, lorsque les Apôtres à la suite du Christ en appellent au futur Royaume des Cieux, ils ne font que reconnaître à Dieu un rôle de Providence toute-puissante et universelle. De son côté, et ce depuis 2000 ans, le Christ ressuscité ne cesse d’étendre sa conquête des âmes et y établir son propre règne spirituel pour en arriver, un jour, à « remettre sa royauté à Dieu le Père … et Dieu sera tout en tous » (1 Corinthiens 15, 24-28). « Tout en tous », voilà bien l’aboutissement normal du Royaume de Dieu.

Que le rôle du père dans la famille post-moderne ait évolué (ou dévolué), nul besoin de s’étendre sur le sujet, il suffit d’ouvrir les yeux. En effet, et les récents papes l’on souvent rappelé, la famille est de plus en plus la cible d’attaques féroces de la part de certains milieux soi-disant progressistes qui promeuvent un individualisme néfaste. Au temps de Jésus, la famille était tout autre alors que le père, chef incontesté, y exerçait un pouvoir quasi absolu. « Sa tendresse, disait dom Guillerand, valait la tendresse des pères d’aujourd’hui mais il savait qu’aimer c’est vouloir le bien et non pas seulement le plaisir de ceux qu’on aime. Pour procurer ce bien, qui était son seul but, il savait commander, imposer sa volonté, contrarier les caprices, diriger et discipliner les énergies, tailler les pousses folles, en un mot, façonner dans son enfant un homme. Si la fermeté était nécessaire, il était ferme, si la punition était utile, il punissait, il avertissait, grondait, ordonnait selon les besoins de l’être qui était comme le prolongement du sien et qu’il continuait à enfanter pendant longtemps. Il était vraiment le représentant du Créateur auprès de cet être et, comme le Créateur, il unissait la justice à l’amour, il aimait en corrigeant, il corrigeait par amour. » Autres temps autres mœurs, diront certains; oui, et les piètres résultats sont là qui crèvent les yeux. Il existe donc un écart notable entre la paternité au temps de Jésus et celle d’aujourd’hui. Pas facile donc pour nous de comprendre à sa juste valeur l’exercice par Dieu d’une paternité à l’ancienne! Disons que celle-ci, tout comme sa royauté, ne peut s’entendre que dans l’optique de la Providence universelle, mystère qui résume et unifie dans l’amour ces deux concepts.

De toute évidence, Dieu n’est pas un Être lointain et désintéressé mais bien Celui qui désire tisser des liens étroits avec ses créatures. Que Dieu soit notre Roi nous incite à une soumission toute confiante; qu’il soit notre Père nous pousse à un amour filial rempli de reconnaissance. Notre réponse globale ne saurait être qu’un filial et total abandon à sa Providence et finalement à son Amour miséricordieux qui en est la source: « Confie-toi au Seigneur et fais le bien; habite la terre et vis tranquille; mets en lui ta joie, il te donnera les désirs de ton cœur » (Psaume 37, 3).

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Des prières stériles ?

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Toute prière n’est pas nécessairement bonne : elle peut être accomplie par routine, par orgueil ou par méfiance. Si tel est le cas, nul doute qu’elle sera ignorée de Dieu et donc sans effets escomptés ! Dans ses écrits sur la prière, dom Augustin Guillerand a abordé le cas des prières stériles, écoutons-le :

« Il n’y a pas de prière stériles, il y a des âmes desséchées. La prière de l’âme desséchée n’est pas une prière, n’est pas une élévation vers Dieu. Cette âme-là n’est pas en face de Dieu, à sa hauteur. Elle reste en elle-même, et elle y végète et elle y meurt. Seules les lèvres murmurent des mots qui pourraient être des prières, ou les bras se tendent en des gestes qui ressemblent à un mouvement vers le ciel. Rien, dans les profondeurs spirituelles, n’accompagne ces manifestations extérieures qui mentent. « Ces lèvres m’honorent, dit Jésus, mais leur cœur est loin de moi ! » Il ne déteste rien de plus que ce mensonge. Et je le comprends ! Il déchire l’unité humaine. Il donne au corps et à l’âme, substantiellement unis, deux mouvements divergents. Il nous abaisse au-dessous de nous-mêmes.

La prière de l’orgueil ne vaut pas beaucoup mieux : c’est celle du Pharisien au Temple. Il ne se met pas en face de Dieu, mais en face de lui-même, et il demande à Dieu d’en faire autant. Il cesse d’être en rapport avec la Personnalité infinie en laquelle toute personnalité humaine s’achève. Il reste séparé d’elle. Il n’est plus que « l’autre », celui qui n’a pas su se constituer en se libérant de lui-même et entrer dans la vérité de Dieu.

L’humilité n’est cependant pas la défiance (ou méfiance). Elle s’y oppose plutôt. Elle est une équation: c’est le juste rapport perçu, accepté, aimé, de ce qui est. Ce qui est, c’est que Dieu est l’Être même et que nous ne sommes qu’en lui. La prière de l’âme défiante ne dit que la moitié de cette vérité. Elle oublie la seconde, si capitale et si douce. Dieu ne peut fixer en elle ses traits ; elle n’est pas le miroir transparent où il puisse reproduire son image et engendrer. En un mot, aux pieds du Seigneur, quand on prie, il faut être fils et dire : « Notre Père ». »

(Écrits spirituels, tome 1, page 61)

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Confiné et … missionnaire?

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En ce dimanche mondial des Missions, on peut se demander où en est la mission de cette Église qui se dit missionnaire? Car, dès sa fondation, l’Église en a reçu l’ordre formel: « Allez, de toutes les nations faites des disciple les baptisant … et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Matthieu 28, 19-20). Tous les baptisés sont donc concernés par ce commandement du Christ ressuscité et personne n’est dispensé de cette obligation. Se pose alors la question: Peut-on être confiné, isolé, et être missionnaire en même temps? La réponse est affirmative et la simple nomination de la carmélite Thérèse de l’Enfant-Jésus comme co-patronne des Missions en est la preuve indubitable. La prière, en effet, est une dimension essentielle de cet apostolat: « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc 10, 2).

Cet apostolat spécial de la prière serait-il réservé uniquement aux moines et moniales? Dans son livre « Poustinia ou le désert au cœur des villes », Catherine Doherty nous dit que le poustinik (l’habitant de la poustinia, un laïque normalement) n’est jamais seul parce que le monde entier est avec lui, « et c’est pour le monde qu’il pleure, qu’il se mortifie, qu’il pénètre dans le silence de Dieu, qu’il combat les tentations de Satan » (page 107). Et comment cela peut-il se faire? Elle répond: « Car le poustinik vit dans le Christ, et le Christ a pris sur lui l’humanité. Et lui aussi, le poustinik, par la grâce de Dieu, prend sur lui toute l’humanité et, avec l’aide de Dieu, devient un holocauste pour tous les hommes. Il devient un Simon de Cyrène, une Véronique ». Cet aspect de la spiritualité russe se retrouve depuis longtemps en Occident dans la vie des reclus(es) où la prière, la mortification et l’isolement n’ont de sens qu’en fonction du mieux-être des autres membres du Corps mystique du Christ.

Il existe aux États-Unis une association de laïques chrétiens contemplatifs qui regroupe des personnes lourdement handicapées les obligeant à garder la chambre: Hermits of the Holy Cross (ou Ermites de la Sainte Croix). En plus de promouvoir chez ces personnes une certaine spiritualité monastique, l’association en question les invite à offrir leurs prières et leurs souffrances pour le bien-être de l’Église et du monde entier. Quelle belle illustration du sacerdoce baptismal et de l’action missionnaire chez ces chrétiens confinés dans leur logis et quel bel exemple pour nous, en ce moment de pandémie.

Confinés et missionnaires? Oui, si nous le voulons! Notre vie d’aujourd’hui, même ralentie, peut devenir une merveilleuse occasion d’approfondir le sens de notre vie chrétienne en nous ouvrant à la solidarité spirituelle, comme dit l’Apôtre: « Ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres » (Romains 12, 5). Une âme qui s’élève soulève le monde.

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Amour et Justice en Dieu

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La réalité parentale, de nos jours, est en constante évolution … et spécialement le rôle du père! Ce qui peut nous paraître normal en 2020 s’éloigne néanmoins de plus en plus de cette notion de paternité si familière à nos prédécesseurs et particulièrement à Jésus qui, dans l’Évangile, nous parle de Dieu comme étant Père. Parler de Dieu Père aujourd’hui risque donc de lui attribuer des sentiments qu’il n’a pas. Pas facile pour nous d’unir en lui Amour et Justice ou même de comprendre le véritable sens des difficultés de la vie. Laissons dom Guillerand nous éclairer sur ce point :

« Nous distinguons trop ; nous faisons trop de science qui exige des distinctions. Justice et amour ne sont pas deux réalités différentes, mais seulement deux idées distinctes qui se rejoignent dans la même et unique réalité : l’amour. Nous sommes en face de Dieu comme l’enfant des anciennes familles où le père était tout et exerçait tout pouvoir. Sa tendresse valait la tendresse des pères d’aujourd’hui (ne la valait-elle pas beaucoup plus ?) mais il savait qu’aimer c’est vouloir le bien et non pas seulement le plaisir de ceux qu’on aime. Pour procurer ce bien, qui était son seul but, il savait commander, imposer sa volonté, contrarier les caprices, diriger et discipliner les énergies, tailler les pousses folles, en un mot, façonner dans son enfant un homme. Si la fermeté était nécessaire, il était ferme, si la punition était utile, il punissait, il avertissait, grondait, ordonnait selon les besoins de l’être qui était comme le prolongement du sien et qu’il continuait d’enfanter pendant longtemps. Il était vraiment le représentant du Créateur auprès de cet être et, comme le Créateur, il unissait la justice à l’amour, il aimait en corrigeant, il corrigeait par amour.

L’enfant le comprenait, il répondait à cet amour vrai par une tendresse profonde. À mesure qu’il recevait communication de cette vie, qu’il devenait plus semblable, donc plus fils, plus image, une amitié, une intimité se développaient. On lui disait plus de secrets; on lui demandait plus de services ; on l’initiait ainsi, par des services concrets et des exemples, plus encore que par des paroles, à son rôle de futur père et chef, on assurait en lui la continuité de la famille.

Ainsi fait Dieu à notre égard : il nous fait à son image, c’est là son amour paternel et son rôle. Il emploie à ce but des moyens très variés : la justice en est un. L’enfant doit avouer ses fautes, accepter les remontrances, en enrichir son amour, comprendre que l’amour et le souci de communiquer la vie dictent les avertissements et inspirent les reproches. Il grandit à ce régime, il participe plus largement à la vie paternelle, il reproduit mieux les traits du père, il est plus fils, plus de la famille. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 55 s)

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Une création de plus en plus belle

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Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents, voilà déjà tout un événement; mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu (pour dire le moins). Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien: d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et en lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen. » (Romains 11, 23-26)

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Notre prière peut-elle importuner Dieu ?

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Peut-on importuner Dieu avec nos prières ? Oui et non ! Oui, si nous persistons à demander de façon exagérée des choses non-nécessaires à la vie spirituelle ; non, lorsqu’il s’agit de vrais biens. Mais laissons dom Guillerand nous l’expliquer à sa façon :

« Dieu est Amour. Il aime et veut être aimé. C’est la loi profonde de son être. La connaître résout toutes les questions. Une âme qui se tend vers lui ne peut pas importuner ; elle le ravit toujours et elle doit le savoir. Son insistance ne lui déplaît que si elle manifeste une attache : je veux à tout prix la santé. Il peut en être peiné, car je ne dois vouloir à tout prix que ce qu’il veut, et la santé n’est pas à ses yeux le bien nécessaire. Il est peiné parce que je me sépare de lui par ce vouloir mal réglé et non par mon insistance même.

Quand il s’agit des vrais biens, de ceux qu’il veut toujours et que nous pouvons demander sans nous écarter de lui, l’insistance est selon son cœur. C’est celle-là que Jésus recommande en deux ou trois paraboles charmantes : l’enfant qui demande du pain à son père ; l’ami qui frappe à coups redoublés à la porte de son ami pour obtenir un pareil secours ; la veuve qui ne cesse de demander justice à un juge méchant et qui l’obtient. Dieu est Père, Dieu est Ami, Dieu est Juge ; mais Père dont la tendresse est sans bornes et la puissance égale à l’amour ; mais Ami dont le sentiment est inaltérable et à la merci de tous nos besoins ; mais Juge toujours juste, toujours ému de nos appels et pressé d’y répondre.

Dieu veut ces insistances, il impose ces appels, il réclame ces demandes pour être sûr de notre amour, pour goûter la douceur d’en avoir un témoignage même intéressé. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 52)

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Prières longues ou prières courtes ?

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Questions sempiternelles. Faut-il prier longtemps ou brièvement ? Comment se comporter lorsqu’il s’agit de prières d’obligation ou de dévotion personnelle ? Finalement, qu’en est-il lorsque ma motivation vient de la routine ou de l’Esprit qui vit en moi ? Autant de questions auxquelles s’efforce de répondre notre cher moine chartreux, dom Augustin Guillerand. Écoutons-le :

« La durée des prières ne fait pas leur valeur, mais leur ferveur, c’est-à-dire l’amour. Si, pour s’exprimer, l’amour a besoin de beaucoup de temps, qu’il persiste dans son élan et dans les mouvements qui le traduisent. Si un mot, une pensée font pénétrer une âme en Dieu, ou qu’elle y demeure sans parole et sans pensée, ou que, appelée par d’autres devoirs, elle imprègne son activité extérieure de cette atmosphère intérieure où l’Époux divin se donne avec ses caresses, tout cela est bon, tout cela est hors de question.

S’agit-il des prières prescrites ? Il faut s’en tenir au précepte. S’agit-il des prières de choix, des prières personnelles ? Il faut suivre le mouvement divin qui les inspire et les règle. Quand le divin moteur s’arrête, il faut s’arrêter. L’âme peut continuer un court instant pour se rendre compte que l’attrait intérieur a cessé et pour montrer qu’elle ne se refuse pas.

Les longues prières offrent un danger : elles produisent la fatigue ; elles ouvrent la porte aux distractions qui, même involontaires, doivent être exclues le plus possible; elles peuvent acheminer vers la routine. Un rapide élan qui porte l’âme très haut, se renouvelle souvent, relie les traits aux traits et assure la continuité ardente, est un moyen plus sûr. C’était la méthode des Pères du désert. On a dû l’abandonner pour se livrer à l’action extérieure. Avant de s’y jeter, au matin de leur journée, les religieux qui y sont voués, font une bonne provision d’union ; ils donnent à l’Époux divin ce temps spécial parce qu’ils ne peuvent lui revenir comme ils le voudraient. C’est une nécessité. Le moyen pare, autant que possible, à la mobilité de l’attention humaine qui, pendant cette heure, accumule des énergies pour tout le jour. Mais, l’ancienne méthode garde sa valeur pour les âmes contemplatives et toutes celles qui, en général, ne sont pas prises par quelque obligation extériorisante.

Ces considérations ne disent que les à-côtés de la question ; la durée des prières de dévotion personnelle dépend de Celui qui prie en nous. Elles doivent être ce qu’il veut qu’elles soient. Or, il veut élever l’âme et la garder en lui le plus possible. L’âme qui a écarté les obstacles et qui se tient libre pour qu’il puisse la ravir est une âme qui prie. Son état est une ascension, un mouvement en Dieu et un mouvement vers Dieu. Le prolonger est bon; le cesser est bon ; le reprendre et le continuer de nouveau est bon ; tout est bon qui est réglé par le divin Moteur.

Prières longues, prières courtes, si l’Esprit d’amour enflamme et transporte, toutes sont selon Dieu. Si on se laisse envahir par la distraction ou la torpeur, elles sont sans valeur. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 50 s)

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Une fausse paix intérieure

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Qu’il est difficile de s’évaluer soi-même: certains le font avec complaisance, d’autres avec humilité. Les premiers s’appuient souvent sur leurs propres critères alors que les seconds se réfèrent de préférence à des critères extérieurs. Les premiers sont aveuglés par une confiance exagérée en eux-mêmes, les seconds se laissent éclairer par une autorité en dehors d’eux-mêmes. Finalement, les premiers sortent de cet exercice avec une certaine paix intérieure bercée d’illusions … les seconds avec une certaine culpabilité baignée de réalisme. Voilà ce qui explique, à mon sens, non seulement la motivation des montées au Temple du pharisien et du publicain de la parabole, mais aussi le résultat de leur démarche réciproque: la suffisance de l’un bloqua toute éventuelle amélioration alors que l’humilité de l’autre l’ouvrit à la justification et à un nouveau départ. Et pourtant … les deux avaient la Foi!

En introduisant sa parabole, Jésus nous en donne le but, à savoir, stigmatiser deux états d’âme souvent rencontrés chez certains croyants: la suffisance vaniteuse et le mépris du prochain: « Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, la parabole que voici » (Luc 18, 9). Hélas, ce genre de pharisaïsme nous guette nous aussi à tout moment. Oh oui, nous, qui cherchons à plaire à Dieu (ce qui est très louable) en nous laissant aller à des comparaisons (ce qui est très humain) avec quelquefois une certaine inclination méprisante envers les autres (ce qui est fort peu charitable). Il ne s’agit pas de vivre en dehors du réel, car il existera toujours des personnes pires que nous, mais de vivre avec humilité et amour. Il ne s’agit pas tellement de se comparer aux autres que de se comparer à soi-même, à notre passé et aux multiples leçons qui en découlent. Refuser de nous voir avec nos faiblesses peut nous inciter à nous croire « arrivés » alors que nous sommes toujours « en chemin ». La suffisance du pharisien de la parabole l’empêchait de voir ses carences et d’en demander aide et pardon; d’où un retour à la maison moins heureux que celui du publicain « Je vous le dis, ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non ».

La solution? Une humilité sincère, semblable à celle de la Vierge Marie. Visitant sa vieille cousine qui la confirme dans sa nouvelle vocation, elle chante et exprime sa reconnaissance pour la grâce reçue sans pour autant s’y attarder: elle avoue son indignité et se plaît à considérer cette grâce bien au-delà d’elle-même « sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Luc 1, 50). Une humilité, disons-le, qui ne saurait exister sans une charité authentique envers Dieu et le prochain. C’est pourquoi Jésus, fruit lui-même de l’Amour du Père, se fera un devoir de réhabiliter cette charité comme fondement de toute la vie spirituelle: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur … et ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi ainsi que les Prophètes » (Matthieu 22, 37-40).

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Quoi demander à Dieu ?

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La prière, rencontre personnelle avec Dieu, peut être motivée par divers besoins: remerciement, louange, adoration ou encore une demande quelconque (pardon, aide, faveurs, etc.). Que faut-il demander à Dieu avant tout ? Dom Guillerand répond à cette question en s’inspirant de la prière du Notre Père :

« À Dieu on ne peut demander que Dieu ; il est tout ; en se donnant il donne tout ; en le demandant on demande tout ; quand on l’a on ne peut plus rien demander, ni désirer. Si nous comprenions cela, écrire, parler deviendrait impossible. On ne pourrait plus que prier, et on ne demanderait plus rien en priant. Toute la première partie du Notre Père nous tient sur ce sommet. Les demandes venues de lui restent en lui. « Que votre nom ait toute gloire; que votre règne ait son avènement; que tous vos vouloirs soient accomplis. » On ne peut rien demander de plus; on peut même supprimer les formules de ces demandes, s’en tenir au mouvement profond du cœur qu’elles gênent et qui les dit de son silence. On peut aussi les garder, les développer ; c’est ce que font tant de prières connues, bienfaisantes, communes ou individuelles, où se traduit la diversité des âmes. À condition qu’elles demeurent sur ce plan de la gloire de Dieu, de son règne, de sa volonté, elles sont bonnes. Peu importe les mots ou les pensées ! Quand on aime on ne voit que l’amour. Or Dieu nous est Père, c’est-à-dire tout Amour. « Il sait bien, nous redit sans cesse l’Écriture, ce qui nous convient ». Le mieux est de s’en rapporter à lui.

Sur cette base indispensable de la soumission à ses vouloirs d’amour, nous pouvons néanmoins exposer nos besoins et formuler nos désirs. C’est ce que nous enseigne le divin Maître dans la seconde moitié du Notre Père, et c’est ce que font les innombrables et si belles prières de la sainte Église, les oraisons de la messe, celles des Offices empruntées d’ailleurs à l’Esprit qui est la voix de toute prière.

La question qui se pose est celle de l’ordre à suivre dans les demandes. Elle est résolue en principe depuis longtemps. L’ordre à suivre est l’ordre de Dieu. Nous devons demander tout ce qui peut procurer sa gloire et son règne, et dans la mesure où cela les procure. C’est pourquoi le premier objet, l’objet essentiel, celui qu’il faudrait avoir toujours à l’esprit et au cœur, c’est notre salut éternel et notre union divine. Là est la fin de toute prière, de tout mouvement d’âme : Dieu possédé, l’âme unie à lui, transportée et transformée en lui, devenue à jamais son image, son enfant. La fin entraîne les moyens qui y conduisent: on ne peut demander le salut sans demander les vertus et la grâce. La grâce c’est la vie divine en nos cœurs; les vertus ce sont les organes par lesquels elle s’exerce. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 47 s)

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