Miséricorde divine ou l’Amour dans les ténèbres

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Dans sa belle méditation sur la Louange à la divine Miséricorde, dom Augustin Guillerand en arrive à préciser le lien entre l’Amour en Dieu (l’Être même du divin) et cette forme d’amour envers les créatures que nous appelons « Miséricorde ». En ce temps de l’Avent, écoutons ce chartreux nous décrire à sa façon la venue du Sauveur sur terre :

« Je t’ai aimé d’un amour éternel, c’est pourquoi je t’ai attiré vers moi par miséricorde » (Jérémie 31,3). Comme vous savez bien, ô mon Dieu, exprimer les nuances ! En vous il n’y a qu’amour, et je ne l’avais pas remarqué encore avec assez de netteté. La Miséricorde n’est que le reflet de cet amour quand sa lumière traverse la zone d’ombre dont le péché nous a enveloppés. La Miséricorde, c’est le mouvement de la lumière dans les ténèbres. «La lumière luit dans les ténèbres » (Jean 1, 5). Elle est venue les illuminer ; elle a quitté son royaume pour les visiter et les refaire à votre image rayonnante ; elle est venue parce qu’elle est l’amour ; elle procède de l’amour ; elle en est le rayon éclatant « candor lucis aeternae » (Sagesse 7, 26). Elle a besoin de se répandre, de se communiquer, de rayonner. Elle porte en elle ce besoin parce qu’elle est née du sein paternel d’où procède ce mouvement. Les ténèbres où elle ne brille pas l’attirent, sollicitent ce besoin; un appel semble en sortir qui lui crie : « Viens en nous ». Cet appel est irrésistible pour elle ; il correspond tellement à ce besoin essentiel de son être qu’elle en sort, qu’elle jaillit, qu’elle s’élance, qu’elle fait ce pas de géant sur la route qui s’ouvre devant elle : « Il s’élance comme un géant pour courir sa carrière » (Psaume 18, 6). Elle devient la Lumière qui se donne aux ténèbres, qui luit dans les ténèbres : et c’est la Miséricorde, l’amour de Celui qui est pour ce qui n’est pas.

Celui qui est peut donner au néant le pouvoir de se donner comme il se donne lui-même, librement et par amour : c’est le privilège de l’homme, la liberté. L’homme peut correspondre à l’Amour ou le refuser. S’il correspond, il s’unit à lui, ne fait qu’un avec lui, partage sa vie et sa grandeur. S’il le refuse, il reste en lui-même, en son néant, mais dans un néant qui aurait pu s’unir à l’Être, qui était appelé à le faire, qui était pourvu de puissances pour s’en emparer et en jouir, et qui a manqué sa destinée, donc tout en lui est manqué, déçu, ruiné. Et c’est là proprement la misère que la divine Miséricorde a voulu secourir. Et c’est là aussi que s’accordent ces deux sœurs que nous ne savons pas assez associer : la Miséricorde et la Justice. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 82 s)

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La divine Miséricorde, selon un chartreux

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La contemplation de la Passion de Jésus a toujours été un moment fort dans la vie de prière de tout chrétien et, principalement, de tout contemplatif. Dom Guillerand, ce chartreux si éminemment spirituel, n’y échappe pas ! Voici donc sa réaction au mystère du Christ souffrant et à celui non moins important des conséquences dans l’âme de son disciple :

« La Miséricorde, vue du Calvaire, demanderait, pour être qualifiée, un qualificatif qui n’existe pas : il faudrait exprimer ce Dieu qui meurt (il est essentiellement inexprimable), il faudrait sonder l’abîme qui sépare ces deux mots : Dieu et mourir. Il faudrait aussi sonder cette mort et toutes les circonstances dont Celui qui mourait a voulu se parer, simples accidents sans doute, et plus accessibles que l’être qui meurt et que la mort d’un tel être, mais qui n’en dépassent pas moins l’imagination. Il faudrait savoir toute la capacité de sentir, et par conséquent de souffrir, de cet organisme dont tout, littéralement tout, a été brisé, froissé, pressé comme un raisin bien mûr pour en exprimer tout le suc; il faudrait donc connaître l’âme qui l’animait et en laquelle retentissait tous ces coups. Là encore, là comme toujours, il faut s’arrêter. Des perspectives sans fin de torture physique et de martyre moral s’allongent devant mon regard et semblent le défier, défier mon courage à les regarder comme il faudrait. Des âmes saintes l’ont fait, n’ont fait que cela, et, au terme de leur contemplation, ont déclaré: « Nous n’avons même pas entrevu le seuil de cet abîme. »

Du Calvaire, la Miséricorde a répandu ses eaux sur tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, où elle les répand encore, et continuera de les répandre jusqu’à la fin du monde. Mais là encore, là toujours, le mystère se dresse devant moi, me défie, m’écrase. Comment pénétrer les merveilles opérées par la grâce dans une seule âme ? Je dois me résigner encore à confesser une impuissance dont chaque méditation accroît l’évidence et aviverait la douleur si elle n’était pas une louange à Dieu. Heureusement l’Écriture est là, avec ses mots pleins de tendre lumière et de consolation, ses mots qui disent presque tout sans le chercher, au moins tout ce que j’ai besoin de savoir. Je les méditerai peut-être un jour avec plus de détails: de cette source qui me semble si profonde, je pourrai entrevoir quelques-uns des ruisseaux qui arrosent la sainte Cité. Je n’en retiens en ce moment qu’un seul, mais si intensément tendre, et dont les syllabes mêmes ont été toujours pour mon âme comme une caresse de mère: « Je t’ai aimé d’un amour éternel, c’est pourquoi je t’ai attiré vers moi par miséricorde » (Jérémie 31,3). »

(Écrits spirituels, tome 1, page 81 s)

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Vivre ou exister?

Le confinement actuel nous oblige à une certaine inertie. Pour certains, habitués à se donner, c’est un véritable enfer; pour d’autres, repliés sur eux-mêmes, rien de bien spécial. Oscar Wilde aimait dire : « Vivre est la chose la plus rare; la plupart des gens se contente d’exister ». On pourrait ergoter longtemps sur toutes les nuances à apporter à cette affirmation dérangeante. N’empêche qu’il est permis de discerner deux groupes de personnes qui, aujourd’hui comme hier, se distinguent par leur comportement envers les autres: aimer ou ignorer, donner ou recevoir, servir ou être servi. Un peu à l’image de deux robinets dont l’un, très ordinaire, met sa joie à donner de l’eau, alors que l’autre, de luxe, se contente d’exister et d’être admiré.

Qui n’a pas rencontré, un jour ou l’autre, telle ou telle personne toute occupée d’elle-même, gentille, belle et avenante mais incapable d’empathie pour les autres. Durant ma longue vie de prêtre, j’en ai été souvent témoin et je les ai vues malheureusement vieillir dans un ratatinement de personnalité, tout à l’opposé de ce qu’elles paraissaient avoir: existences vides, caricatures d’elles-mêmes et surtout incapacité (du moins apparente) de se référer à des valeurs évangéliques, valeurs rarement approfondies. Elles existent mais ne semblent pas avoir vraiment vécu; elles peuvent quitter ce monde sans y laisser beaucoup de regrets.

Tout autre est la vie de ceux et celles qui se sont épanouis dans un amour sincère et qui en ont retiré le besoin de partager ce qu’ils avaient, même si leur bagage au départ était minime : oubli de soi, serviabilité, engagement familial ou social, et tributaires, souvent à leur insu, d’un approfondissement des valeurs évangéliques. Des robinets très humbles mais sur lesquels on peut compter lorsque le besoin d’eau se fait sentir; des êtres qui remplissent facilement des tâches de justice sociale comme allant de soi, sans y être obligés.

Vivre ou tout simplement exister? Ce temps de l’Avent 2020 nous offre le loisir de pouvoir nous regarder longuement dans le miroir de notre conscience et d’y chercher des réponses adéquates. « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir » disait le Maître. Puissions-nous, à son image, vivre de cet esprit tout au long de notre existence et apprendre, dans le concret de la vie, qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir!

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Le dernier mot de l’Amour

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Avant de nous parler de sa louange à la divine Miséricorde, dom Guillerand veut bien nous situer dans ce plan de Dieu qui de Créateur devient Sauveur. La chute du premier homme l’invite à en décrire brièvement les dures conséquences. Écoutons ce chartreux prendre la parole en la personne d’Adam :

« Je ne comprends pas assez cela parce que je suis tombé dans la misère ; je suis un déchu, j’ai quitté les hauteurs de l’être où vous m’aviez posé en me créant. Je n’ai pas su rester à ce niveau divin qui me mettait bien en face de vous pour accueillir et reproduire le mouvement de votre Esprit, pour m’emparer de lui et de son chant dans toutes les notes créées qui le reproduisaient sans le savoir. J’avais reçu la lumière qui montre ce don de soi en tout et l’élan conscient, éveillé, en pleine clarté qui le fait rentrer en vous. J’ai perdu cette lumière et j’ai arrêté cet élan. Je l’ai dirigé vers moi au lieu de le diriger vers vous. Je vous ai frustré de cette gloire et je l’ai voulue pour moi, et je l’ai réduite à la mesure de mon être propre qui n’est pas. Je suis resté dans ce néant et j’ai obligé tous les êtres que je devais porter vers vous à y rester avec moi.

Quelle perte pour tous ! Les conséquences de la faute primitive, et dans une certaine mesure de toute faute, sont épouvantables, si on les comprenait. Jésus les a comprises et a plié sous le poids : « Mon Père, si c’est possible, que ce calice passe loin de moi! » (Matthieu 16, 39) criait-il, abîmé la face contre terre et suant du sang par tout le corps, tandis que son âme agonisait. Il était descendu aux grandes profondeurs de ma misère, il l’avait prise pour me relever ; à l’abîme de cette misère il opposait un abîme plus profond, celui de sa Miséricorde. Celui-là est si profond, qu’il rejoint Dieu et que, par ce chemin, nous remontons au sommet perdu. Il nous conduit au terme. Il achève le mouvement et, sans prétendre régler ce mouvement, j’ai l’impression que nul terme ne convient mieux à l’Amour. Se donner au néant, c’est beau, c’est une manifestation de bonté, mais se donner à la misère, c’est mieux. Relever est plus « amour », plus « don de soi » que créer. La Rédemption, le sang divin coulant à l’agonie, au Calvaire, au prétoire, voilà le dernier mot de l’Amour … si l’Amour peut avoir un dernier mot !

Mon Dieu, vous êtes cet Amour, vous êtes ce sommet suprême, et c’est là que ma vie de louange doit se fixer. La créature n’en est pas absente : je reste le chantre de tout ce que vous avez fait, mais c’est au pied de la croix que je dois jeter ma note, et toute note avec la mienne, unie à celle du Fils qui remet son âme entre vos mains. Là s’achèvent toutes choses, là tout est consommé. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 80 s)

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Louange des perfections divines

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« Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur ; à lui, haute gloire, louange éternelle ! ». Dieu se laisse voir dans ses œuvres et les contemplatifs le savent très bien. Laissons dom Guillerand nous expliquer plus en détails, et à sa façon inimitable, ce mystère de la révélation de Dieu dans la nature créée :

« N’aurais-je pas dû commencer par là, et me contenter de ce regard qui, impuissant à tout dire et à distinguer dans cette Beauté si pleine, admire tout en bloc et jette sa louange comme un bouquet de toutes les fleurs dont est composé Celui qu’elle adore ? Car vous n’êtes pas un bouquet, vous n’êtes pas composé : toutes les fleurs sont en vous, mais elles ne sont qu’une fleur, et c’est à cette fleur que je m’adresse. Vous êtes la Beauté qui a fait toutes les beautés et s’est reproduite en elles. (…) Leur charme n’est qu’une expression pâle et lointaine du ravissement que votre vision me réserve. Ce que vous avez répandu de vous dans vos œuvres m’est précieux cependant. Elles vous représentent de très loin, elles vous représentent néanmoins, elles me font penser à vous : leurs insuffisances me disent ce que vous n’êtes pas ; leur réalité me donne quelque idée de ce que vous êtes. (…)

Mon langage change un peu quand je parle des perfections bornées de la créature : son intelligence, sa volonté, par exemple. Alors je dis : Dieu est intelligence, Dieu est lumière, Dieu est libre, Dieu est amour. Mais entre la toute petite lueur d’intelligence qui est en moi et votre intelligence, la distance est telle que là encore ma perfection reste une ombre vague et lointaine. Je n’ose même pas y penser ni en écrire. Nous sommes sur la même ligne, il est vrai ; mais je suis à l’extrémité opposée : ce que je comprends, comparé à ce que vous comprenez, n’est rien ; nulle image créée ne me donne l’idée de ce qui nous sépare; et une fois de plus je me vois réduit à ne pouvoir confesser que mon néant et vous louer de ce seul aveu. (…)

Nul élan d’âme qui ne soit de Lui, nul mouvement matériel, nul glissement de rocher ou de montagne, nulle croissance de plante, nul épanouissement de rose, nul vol d’oiseau, nulle course d’animaux en mal de proie, nul cri en forêt, nul étincellement de sable au désert ou de vague dans l’océan, nul rayon de soleil dans l’air … Vous êtes là, vous intervenez, vous agissez, vous êtes moteur, vous êtes guide, vous êtes règle et exemplaire ; et dans l’acte pervers, dans ce néant retourné qui refuse de vous obéir, l’être qu’il implique est encore de vous. (…) Je pourrais continuer longtemps ainsi, promener ma pensée à travers les lieux, les temps, la diversité des êtres, y consacrer ma vie. La Bible le fait ; je le fais avec elle en mes Offices : « Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur ». Ma vie est pleine de cette louange et elle ne l’est pas encore ni assez, ni assez consciemment, ardemment, délicieusement. La lumière me manque qui me montre en ce chant la plénitude de ma vocation, et dans cette vocation la plus haute expression de l’Esprit de Dieu ici-bas. La lumière me manque qui ferait de ce chant le mouvement total de mon être, et le don parfait de moi-même à Celui qui en tout se donne, pour que je me donne à Lui en tout et que je Lui rapporte la note sublimée de ce tout. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 76 – 79)

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Contemplation à la portée de tous

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Dieu est un mystère dont même les contours nous échappent. Lui seul peut se révéler et c’est ce qu’il a fait par la Création et par ses interventions dans l’histoire de l’homme dont l’Incarnation  est le plus bel exemple.

Jésus est donc le chemin que nous devons emprunter pour arriver à la connaissance authentique du Père. Et c’est précisément ce chemin que l’Église, animée par l’Esprit, emprunte chaque année pour nous conduire progressivement à cette connaissance qui surpasse toutes les connaissances: ce processus a pour nom la contemplation liturgique.

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique qui nous invitera, comme par les années passées, à continuer notre ascension de la montagne de Dieu par un chemin en spirale qui nous fera contempler à nouveau les mêmes paysages: naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires: Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et entre autres … la couleur! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois surutilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un vibrant appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y être favorable:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

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Réjouissez-vous avec moi!

Le 26 novembre 1960, j’étais ordonné prêtre au monastère de La Trappe d’Oka par S.E. Mgr Émilien Frenette, évêque du diocèse de Saint-Jérôme. Le lendemain, par une faveur toute spéciale, j’ai pu sortir de la clôture du monastère pour aller célébrer ma première messe en l’église Saint-François de Sales de Pointe-Gatineau (mon village natal). Je célèbre donc aujourd’hui, mon 60e anniversaire de sacerdoce!

Soixante ans au service clérical du Seigneur, OUF! Aie-je toujours été à la hauteur de cette insigne charge? Non, ce m’est clair et évident! À 26 ans, on croit tout savoir … à 86 ans, on se voit et on se sait ignorant. Héraut malgré moi du Christ ressuscité, je m’efforce présentement à « tenir en éveil la mémoire de Dieu » sur le Web. Mon long cheminement: 20 ans à Gatineau, 15 ans à Oka, 50 ans à Montréal, s’est avéré lumineux, cahoteux et, avouons-le, pénible à l’occasion mais jamais ennuyant. La Providence m’a supporté avec beaucoup de patience et de délicatesse; je me sens favorisé. Pourquoi moi, et non pas tel ou tel confrère (manifestement plus qualifié) dont la trajectoire a malheureusement bifurqué? Mystère qui me confond et m’humilie … « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi ». Les voies de Dieu ne sont pas les nôtres et, malgré tous les efforts de discernement, on ne peut que s’en remettre à sa Miséricorde et à son infinie Sagesse qui dépassent facilement notre entendement.

Voilà donc pour mes noces de diamant … avançons maintenant vers celles de platine, Dieu le voulant! En fin de compte, ce n’est pas le nombre des années qui importe mais bien l’intensité du service, l’intensité de l’amour. Faites-moi la grâce, vous qui me lisez, de prier pour celui qui a écrit ces quelques lignes et je vous en serai éternellement reconnaissant. Amen!

(P.S. Étrange coïncidence: WordPress m’avertit que le présent article est le 600e à être publié sur mon blogue . C’est également l’anniversaire de naissance de notre cher ami, dom Guillerand (26/11/1877) … comme quoi les anniversaires semblent vouloir se bousculer!)

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La vie intime de Dieu, par un chartreux

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Au cours des âges, théologiens et artistes chrétiens se sont efforcés sinon de décrire du moins d’exprimer modestement leur connaissance de Dieu en ce qu’Il aurait de plus intime, c’est-à-dire sa Vie. Dom Augustin Guillerand, chartreux du 20e siècle, n’y a pas échappé. Voici ce qu’il en dit en s’arrêtant surtout sur le rapport Père-Fils :

« Vous, ô mon Dieu, vous trouvez en vous-même l’objet de votre pensée. C’est votre Être. Vous le contemplez éternellement et, éternellement, vous produisez en vous son Image qui est votre Pensée, votre Parole intérieure, votre Verbe, votre Fils, le fruit de votre union avec vous-même.

Voilà votre vie : le mouvement intérieur qui va de vous à votre Image, qui engendre celle-ci, et qui va de votre Image à vous. C’est comme un souffle qui part de votre sein, qui y reste, qui s’y donne et vous montre en le reproduisant ce que vous êtes. Ce mouvement n’est pas une certaine forme de la vie comme celles que je connais : ce n’est pas le mouvement d’un être, c’est le mouvement de l’Être même, et c’est pourquoi c’est la Vie même. C’est le mouvement d’un océan qui n’aurait pas de rivages. Nulle source ne l’alimente, rien ne lui vient du dehors ; rien ne sort de son sein infini; il se meut en lui-même.

Je distingue cependant dans cette immensité, dans le mouvement unique, dans cette lumière qui l’emplit, deux termes. Vous regardez votre Image et votre Image vous regarde ; vous êtes l’un en face de l’autre ; vous vous opposez l’un à l’autre ; vous prenez cette position opposée (je ne dis pas contraire) pour vous voir, pour vous donner, pour vous unir, pour ne faire qu’un. Vous êtes distincts pour ne faire qu’un, et vous êtes infiniment distincts comme vous êtes infiniment un.

Mais ce ne sont là que des comparaisons lointaines : si elles expriment l’unité, elles ne rendent pas la distinction ; si elles disent bien la distinction, l’unité est menacée. Dans les êtres finis, ou l’unité est imparfaite, ou ils se confondent. Seul l’Être infini peut être un et distinct.

Je suis là sur le bord de l’abîme sans fond ; je ne puis y pénétrer que les yeux fermés et l’âme adorante. Vous donnez alors à ces yeux clos une lumière nouvelle qui est votre propre lumière, la Lumière de l’amour et qui éclaire cette vie mystérieuse. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 68 s)

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Message rempli d’espérance

Jesus Second Coming

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En cette fin prochaine de l’année liturgique, l’Église comme une bonne maman nous rappelle notre destinée de croyants et la promesse indéfectible de Jésus de revenir un jour nous prendre avec lui. C’est ce que nous professons publiquement chaque dimanche en récitant le Symbole des Apôtres: « … assis à la droite de Dieu le Père Tout-Puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts ». Voici, à ce sujet, le beau témoignage d’un prêtre du 2e siècle:

« Ce que je vous demande, mes frères et sœurs, c’est que vous vous convertissiez de tout cœur pour vous procurer le salut et la vie. En nous conduisant ainsi, nous proposerons un but à tous les jeunes gens qui veulent se dévouer à la piété et à la bonté de Dieu. Ne soyons pas mécontents, ne nous indignons pas, nous qui ne sommes pas des sages, si l’on nous avertit, si l’on veut nous amener de l’iniquité à la justice. Parfois, en effet, nous agissons mal sans nous en apercevoir, parce que nous avons des cœurs partagés et incrédules et que notre esprit est la proie des ténèbres par suite de nos vains désirs. Pratiquons donc la justice pour être sauvés quand la fin viendra. Heureux ceux qui obéissent à ces préceptes! Même s’ils ont à souffrir un peu de temps en ce monde, ils récolteront le fruit impérissable de la résurrection. Que l’homme religieux ne s’attriste donc pas si, pour le temps présent, il souffre misère: le temps du bonheur lui est réservé. Là-haut, après être revenu à la vie, il se réjouira avec ses pères, dans l’éternité où il n’y a plus de tristesse.

Il ne faut pas non plus laisser troubler notre esprit parce que nous voyons les méchants dans la richesse, et les serviteurs de Dieu dans l’angoisse. Ayons la foi, mes frères et sœurs: le combat que nous menons est l’épreuve que nous impose le Dieu vivant, et nous luttons dans la vie présente pour être couronnés dans celle qui vient. Parmi les justes, aucun n’a recueilli un fruit précoce: il faut savoir attendre. Si Dieu donnait immédiatement aux hommes justes leur récompense, ce serait bientôt un marché que nous pratiquerions, et non le culte de Dieu. Nous aurions l’apparence de la justice en recherchant non pas la religion mais notre profit. Et c’est pourquoi le jugement divin frappe l’esprit qui n’est pas vraiment juste et l’accable d’entraves.

Au Dieu unique et invisible, au Père de vérité qui nous a envoyé le Sauveur pour nous conduire vers l’immortalité, qui nous a manifesté par lui la vérité et la vie céleste, à lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. »

(Homélie anonyme du 2e siècle, Bréviaire romain, tome 4, page 301)

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L’infinie bonté de Dieu

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Dans le monde actuel, la rencontre d’une bonne personne ne nous laisse pas indifférents. Que dire de la rencontre d’un être infiniment bon et aimable ? En traitant de la prière de louange, dom Guillerand s’arrête sur la Bonté de Dieu, source qui se laisse découvrir non seulement dans les biens matériels mais aussi et surtout dans le don de soi. Écoutons-le dans un monologue qui devient prière :

« Mon Dieu, vous êtes la Bonté en sa source essentielle. Vous ne la recevez de personne, vous la possédez en même temps que votre être; elle est votre être même ; vous êtes bon comme vous êtes, autant que vous êtes, aussi longtemps que vous êtes ; vous êtes bon depuis toujours, éternellement, immuablement, infiniment. Être et être bon, pour vous, cela ne fait qu’un ; la bonté c’est votre être et votre être est la Bonté même.

Toute bonté finie vient de votre Bonté infinie, elle en est une dérivation, un ruisselet, une gouttelette. Elle n’est que ce que vous lui donnez d’être, elle est seulement si elle se rattache à vous, elle cesse dès qu’elle coupe le lien. Toutes ces bontés finies m’attirent ; je les aime, je voudrais m’en emparer, je les poursuis, je m’épuise à ces poursuites le plus souvent irréalisables, et qui, réalisées, me laissent si vide et si altéré, et je néglige la Réalité sans bornes, pouvant seule me combler et s’offrant à moi. Pourtant, c’est vous que je désire et recherche en ces formes mêlées ; je les aime uniquement que pour ce qu’elles me représentent de votre seule vraie bonté. Vous êtes le seul vraiment aimé et désiré, et le mouvement des êtres, partant de ce désir, cesserait si vous cessiez d’être le Bien qui se donne.

Car la bonté, c’est le don de soi. La Bonté infinie, c’est le don total de soi, sans bornes, sans réserve, ni dans la durée ni dans l’espace ni dans la communication de ce que l’on a et de ce que l’on est. La Bonté se donne comme le soleil brille, rayonne et éclaire, comme le feu réchauffe, comme la source se répand. Et vous êtes cette Bonté, ce Don de soi, cette Lumière, cette Chaleur, cette Source répandue. Et vous m’avez posé en face de vous, moi, petite chose vide, froide, obscure, égoïste, pour accueillir, selon la mesure de mon être possible, votre Être qui est tout cela et veut me combler de lui. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 67)

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