
« L’Esprit poussa Jésus au désert et il y demeura 40 jours » (Marc 1,12 s)
Les chrétiens commencent aujourd’hui cette période de quarante jours, le Carême, qui va les préparer à la célébration de la fête chrétienne par excellence, celle de la Mort-Résurrection de Jésus, la fête de Pâques! Et cette période liturgique est tellement importante que ses premier et dernier jours sont jours de jeûne obligatoire: soit le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Je remarque que plusieurs chrétiens d’aujourd’hui, fascinés par le Ramadan (période de jeûne annuel des musulmans), peinent néanmoins à observer ces deux jours qui nous restent du jeûne d’autrefois … ainsi va la nature humaine!
Mais dans l’esprit de l’Église, le Carême n’est pas uniquement une période de discipline corporelle, il est avant tout un temps de prière et de réflexion. À l’exemple du divin Maître au désert, les croyants sont invités à s’arrêter quelque peu pour réfléchir sur le sens de leurs engagements baptismaux. Qui sommes-nous et où allons nous? Sommes-nous vraiment des disciples du Christ, prêts à donner leur vie à sa suite? Bien que ce temps liturgique soit riche de textes à lire et à méditer, ce qui frappe avant tout c’est l’exemple donné par Jésus lui-même: quarante jours de solitude et de privations sous l’inspiration de l’Esprit Saint; quarante jours de silence, d’écoute mais aussi de mise à l’épreuve, dont les fruits se révéleront magnifiques tout au long de son court ministère publique.
Chers amis, si le Maître a senti le besoin de s’asseoir et de réfléchir avant d’entreprendre sa mission, combien plus devons-nous nous arrêter également pour voir si nous pouvons, avec nos pauvres moyens, continuer de le suivre avec sincérité dans un monde de plus en plus matérialiste. N’hésitons pas à puiser dans la liturgie du Carême les matériaux nécessaires à notre lutte contre le mal. À tous et à chacun, un saint entraînement au combat spirituel et une magnifique montée vers Pâques 2021!








Tel un aigle dans les hauteurs
« Au commencement était le Verbe » (Jean 1, 1). Même si dom Guillerand a connu, aimé et adopté comme guides de sa vie spirituelle des sommités comme saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, il n’est pas exagéré de dire avec son biographe, le jésuite André Ravier, que cet éminent chartreux n’avait qu’un seul véritable maître en ce domaine : saint Jean l’Évangéliste. Son style de contemplation est bien celui de l’auteur du Prologue du quatrième évangile : « Jean se répète, écrit dom Augustin, il reprend sa formule; il éprouve le besoin de rester un instant sur les hauteurs, en face de cette Réalité qui pour lui est tout … De là le mouvement si spéciale de sa pensée ; elle avance lentement, parfois elle s’arrête, elle semble même reculer de temps en temps, et comme revenir en arrière pour mieux prendre possession de son objet et en jouir. » (Introduction aux Écrits Spirituels, page XI). Ce moine avouera lui-même : « Je suis comme un oiseau qui tournoie autour d’un sommet avant de s’y poser … Sur ce sommet, je trouve tout » (ibidem).
De ce contemplatif du 20e siècle, j’aimerais vous présenter dans les semaines qui viennent quelques extraits de ses méditations sur le Prologue de Jean. De tous ses écrits, ces méditations sont comme le texte-clé de l’âme et de la pensée de dom Augustin. Bien que l’influence de saint Jean sur cet ancien prêtre de Nevers ait été antérieure à son entrée en Chartreuse en 1916 (Valsainte, Suisse), il n’est pas négligeable de savoir que la rédaction de ce commentaire s’est faite à la fin de sa vie, entre 1940 et 1945, au berceau de l’Ordre, la Grande Chartreuse, qui venait de rouvrir ses portes. Il devait y mourir à l’âge de 67 ans, le 12 avril 1945, après trente ans de vie religieuse.
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