Un confinement exemplaire: le Carême

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« L’Esprit poussa Jésus au désert et il y demeura 40 jours »  (Marc 1,12 s)

Les chrétiens commencent aujourd’hui cette période de quarante jours, le Carême, qui va les préparer à la célébration de la fête chrétienne par excellence, celle de la Mort-Résurrection de Jésus, la fête de Pâques! Et cette période liturgique est tellement importante que ses premier et dernier jours sont jours de jeûne obligatoire: soit le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Je remarque que  plusieurs chrétiens d’aujourd’hui, fascinés par le Ramadan (période de jeûne annuel des musulmans), peinent néanmoins à observer ces deux jours qui nous restent du jeûne d’autrefois … ainsi va la nature humaine!

Mais dans l’esprit de l’Église, le Carême n’est pas uniquement une période de discipline corporelle, il est avant tout un temps de prière et de réflexion. À l’exemple du divin Maître au désert, les croyants sont invités à s’arrêter quelque peu pour réfléchir sur le sens de leurs engagements baptismaux. Qui sommes-nous et où allons nous? Sommes-nous vraiment des disciples du Christ, prêts à donner leur vie à sa suite? Bien que ce temps liturgique soit riche de textes à lire et à méditer, ce qui frappe avant tout c’est l’exemple donné par Jésus lui-même: quarante jours de solitude et de privations sous l’inspiration de l’Esprit Saint; quarante jours de silence, d’écoute mais aussi de mise à l’épreuve, dont les fruits se révéleront magnifiques tout au long de son court ministère publique.

Chers amis, si le Maître a senti le besoin de s’asseoir et de réfléchir  avant d’entreprendre sa mission, combien plus devons-nous nous arrêter également pour voir si nous pouvons, avec nos pauvres moyens, continuer de le suivre avec sincérité dans un monde de plus en plus matérialiste. N’hésitons pas à puiser dans la liturgie du Carême les matériaux nécessaires à notre lutte contre le mal. À tous et à chacun, un saint entraînement au combat spirituel et une magnifique montée vers Pâques 2021!

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Lumière ou Ténèbres: un choix à faire! (Jean 1, 5)

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Une seule chose compte finalement dans la vie : accepter Dieu ou le refuser ! Si on l’accepte, on entre dans la Lumière ; si on le refuse, on reste dans les Ténèbres. Cette façon de voir les choses nous vient de l’Évangile et plus précisément de saint Jean, auteur du 4e évangile. Dom Guillerand nous l’explique dans son commentaire du Prologue :

La Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue

(Jean 1, 5)

« Pour pénétrer tout ce Prologue, comme aussi bien tout ce quatrième évangile, il faudrait être entré dans l’âme de saint Jean, il faudrait s’être laissé transporter par lui dans ces profondeurs de la vie divine où on sent si nettement qu’il avait, lui, sa demeure et sa vie. Pour lui, Dieu est Lumière. La vie de Dieu, c’est la manifestation de cette lumière. Elle est faite éternellement par le Père au Verbe : et c’est ce qu’il nous vient de dire : « Au commencement était le Verbe; il avait sa résidence en Dieu, il était Dieu; il était la Vie; toute vie, tout être, tout mouvement d’être est en lui, et il était aussi la lumière des hommes ». Voilà le monde divin; voilà, en quelques mots, le tableau de ce monde ; un principe qui est océan, source. Là, tout être, toute vie. De là, toute manifestation d’être et de vie, donc toute lumière.

Hors de là, les ténèbres. Les ténèbres ne sont pas; les ténèbres, c’est l’absence de lumière. Mais la Lumière peut se donner aux ténèbres. Elle peut se répandre hors d’elle-même. Cette expansion extérieure n’est pas une nécessité pour elle. Rien ne lui est nécessaire qu’elle-même ; elle est tout, elle trouve tout en elle-même. Pourtant, elle aime se répandre, car elle n’est rien autre que l’Être qui est. Or, l’Être se donne autant qu’il est. L’Être essentiel est le don de soi essentiel. La Lumière ne veut et ne peut qu’éclairer. Dans la mesure où elle le fait, les ténèbres reculent.

La lumière dont parle ici saint Jean est la divine Lumière dont il a été le disciple et l’ami, qu’il a contemplée, aimée, accueillie dans sa manifestation terrestre. Les ténèbres ce sont les âmes fermées à ce divin rayon. Nous sommes là sur le terrain spirituel et surnaturel. Tout le quatrième évangile nous y tient sans cesse : « Je suis la lumière du monde, dit le Maître aimé du disciple aimant … Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres » (Jean 8, 12). La lumière qui l’éclaire, c’est la Lumière qui est Vie, c’est la Lumière qui rayonne pour se donner, qui se donne pour qu’on la voie, et qui vivifie en se montrant. Mais tous ne la voient pas. Il y a des demeures qui se ferment. Celles qui l’accueillent deviennent lumineuses; la Lumière s’enfante en elles ; elle y reproduit son éclat et sa chaleur qui sont ses traits ; elles deviennent « filles de lumière ». Les autres restent dans la nuit: ce sont les « filles des ténèbres ». Les premières s’ouvrent à la Vie, les secondes à la mort. Les unes et les autres se donnent et vivent de ce don. Mais les premières se donnent à la vraie vie et vivent vraiment, et les secondes se donnent à des ombres et n’ont que l’ombre de la Vie.

Les longs siècles qui ont précédé la venue de Jésus sont en ce court verset. Pour saint Jean, une seule chose compte, et il a raison : l’attitude que l’on prend à l’égard de la Lumière. On l’accepte ou on la refuse ; si on l’accepte on la voit, on voit qu’elle se donne, on se donne comme elle se donne, et c’est la vie. Si on la refuse, on reste dans les ténèbres, on ne voit que ce qui n’est pas : on s’unit à ce qui n’est pas … et c’est la mort. La littérature chrétienne, tous les Pères de l’Église, les théologiens, les auteurs spirituels, ne peuvent que redire cela, sans jamais atteindre à la profondeur des mots si brefs du disciple au regard d’amour. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 103 s)

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Le mystère de la vie (Jean 1, 4)

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Dans la présente méditation, dom Guillerand aborde à nouveau le mystère de la vie en Dieu mais cette fois sous l’angle de la lumière. Si la vie de toute créature est déjà en soi un mystère, qu’en doit-il être de la Vie intime qui anime et uni les trois Personnes divines? Basée sur les données classiques de la théologie mais exprimée en termes poétiques et des plus personnels, cette méditation peut nous laisser insatisfaits, voir déconcertés. Que le lecteur veuille bien prendre son mal en patience … sachant que certaines notions ne peuvent s’intuitionner qu’avec le temps (toute une vie, dans le cas de ce chartreux).

En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes

(Jean 1, 4)

« Jean avance dans sa description; ses phrases brèves ont une plénitude à laquelle je n’ose même pas songer, tant elles me dépassent. Celle que je viens d’écrire enferme un triple mystère: le mystère de la vie en sa source divine, le mystère de cette vie répandue hors de sa source, et le mystère de lumière qui procède de cette vie. Je passerai mon éternité à contempler ces mystères sans les pénétrer pleinement. Que puis-je espérer des quelques heures d’ici-bas consacrées à les méditer! (…) La vie est un don supérieur de l’Esprit, distinct et nouveau. Ce qui la caractérise, c’est l’intériorité. Ce don se fait tout entier au-dedans de l’être vivant. Nous n’en percevons pas le mystère. Nous ne voyons que ce qui précède et suit. Nous voyons la graine jeter dans le sol ses racines et dans l’air sa tige, puis ses branches. Ce ne sont là que les mouvements extérieurs du vivant. Le mouvement propre de la vie est beaucoup plus profond, mais insaisissable. (…)

Vie et lumière en saint Jean sont toujours unies. Évidemment, ce sont des vues profondes avec lesquelles il faut se familiariser; il faut regarder longuement, souvent, avec toute son âme, ces réalités qui, pour le disciple aimé, étaient devenues l’unique spectacle intérieur et l’unique pensée. La vie est le mouvement de la lumière; la lumière est la manifestation de la vie. La vie se montre en se mouvant; c’est son mouvement qui la fait voir. Vivre c’est se mouvoir; en se mouvant on se montre. Lumière et vie sont donc intimement liées, et en définitive ne font qu’un. Ce sont divers aspect de l’Être. (…) « La vie est dans le Verbe, et c’est cette vie même qui éclaire les hommes ». Le Verbe se meut et en se mouvant montre cette vie, la vraie vie, la seule vraie vie, qui est en lui. Le mouvement de vie, et la lumière qui le montre, part du Père, du principe qui dit le Verbe et qui l’engendre en le disant. Ce mouvement de vie c’est le don de lui-même qu’il fait au Verbe. Éternellement il l’aime, il se donne à lui, il lui montre tout ce qu’il est; et ce mouvement est la Vie, la vie en sa source pleine, et qui dans cette source se répand, va du Père au Fils, engendre le Fils en se répandant du Père en lui.

Ce mouvement du Père communique la vie, mais ne la montre pas. C’est le mouvement du Fils qui montre le mouvement du Père. Le Père voit ce qu’il est, ce qu’il fait, dans l’Image parfaite à laquelle il se communique tout entier. (…) Ils ne font qu’un, et cette unité fait que connaître l’un c’est connaître l’autre. Mais ils sont distincts; ils sont deux termes du même Être et font le même mouvement dans le même Être. L’un et l’autre se regardent, s’aiment, se donnent, se connaissent l’un dans l’autre, l’un par l’autre; et cet amour, ce regard, ce don mutuel, c’est leur vie, et cette vie unique est la lumière qui les fait voir. Voir la Vie c’est donc voir le Verbe qui la montre en reproduisant le mouvement du Père, en se donnant au Père comme le Père se donne à lui. Et c’est ce que Jésus ne cessera de répéter pendant sa vie publique, et ce que ne cesse de rappeler saint Jean dans toute son œuvre. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 100 ss)

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L’action du Verbe « ad extra » (Jean 1, 3)

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Les théologiens aiment utiliser des expressions bien forgées pour parler de Dieu : ainsi, pour distinguer l’action de Dieu en lui-même (sa vie intime) et son action en dehors de lui-même (la création), ils utilisent les expressions « ad intra » et « ad extra ». Dans son commentaire du Prologue de saint Jean, dom Guillerand, après nous avoir entretenu de l’action du Verbe en Dieu (« ad intra »), va maintenant aborder son action « ad extra » c’est-à-dire dans le domaine de la création. Un point qui nous intéresse au plus haut point, cela va sans dire :

Tout a été fait par lui (Jean 1, 3)

« Jean nous a dit la grandeur du Verbe dans le sein de l’Être infini qui l’engendre et ce qu’il y fait. Il est égal à lui, infini comme lui ; il est son Image parfaite ; il le reproduit comme un miroir sans bornes et d’une transparence absolue … mais un miroir vivant, un miroir qui est l’Être et la Vie même. Le Père se reflète en lui et s’y contemple ; il voit ce qu’il est ; il voit ce qu’il fait ; il voit qu’il est la Lumière qui aime et se donne, et il se connaît dans cette lumière et cet amour.

Le disciple aimé va nous dire maintenant ce que le Verbe fait hors de ce sein, de cette Lumière et de cet Amour. « Hors de l’Être? », mes mots de plus en plus sont insuffisants, jusqu’à n’avoir plus de sens. Qui a-t-il et que peut-il y avoir hors de l’Être ? Il n’y a et il ne peut y avoir que le néant. C’est là que le Verbe exercera son activité, reproduira son acte éternel et unique, exprimera l’Être qui est: cette expression extérieure, c’est la création. La création est le prolongement hors de Dieu du mystère de sa vie ; il y répète ce qu’il dit en lui ; il y profère le même Verbe, dans le mouvement du même amour.

Et c’est pourquoi le monde est grand ! Chaque découverte que nous faisons (elles sont innombrables) recule presque à l’infini ce que nous croyions être ses bornes, révèle des immensités, des variétés, et en même temps une unité, des rapports intimes qui dépassent de beaucoup l’imagination. Tout cela, ce qu’on sait et ce qu’on ignore, ce qui est, ce qui a été et ce qui sera, même si le monde avait commencé il y a des milliers de millénaires, et s’il devait durer plus encore … tout cela est ou sera l’œuvre du Verbe, procède de lui, trouve en lui seul sa source, son être, sa réalité idéale, le modèle selon lequel il est ou sera fait, sa raison d’être et son explication. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 99)

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« Un écrivain qui aime se répéter », commente dom Guillerand

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Au verset 2 du Prologue de Jean, dom Guillerand note à bon droit le mouvement spécial de la pensée de l’évangéliste : un mouvement circulaire qui aime se répéter pour mieux comprendre. Écoutons-le :

Il était donc au commencement chez Dieu (Jean 1, 2)

« Jean se répète ; il reprend sa formule ; il éprouve le besoin de rester un instant sur ces hauteurs, en face de cette réalité qui pour lui est tout. Car il vit ce qu’il exprime; son évangile, c’est sa vie. C’est son âme qu’il exprime ; il contemple Celui qu’il aime, en même temps qu’il en parle ; il le regarde longuement dans la demeure où celui-ci l’a introduit ; il sait que ce regard prolongé qui procède de l’amour engendre la lumière et rentre dans l’amour où il s’achève.

De là le mouvement si spécial de sa pensée : elle avance lentement, parfois elle s’arrête ; elle semble même reculer de temps en temps, et comme revenir en arrière pour mieux prendre possession de son objet et en jouir. Mouvement circulaire qui part d’un centre comme d’un foyer, qui s’y déploie et y reste ; mouvement de vie qui ne s’écarte pas de son principe mais s’y unit et le développe de son propre développement et de cette union à lui. Nos esprits rectilignes en sont tout d’abord déconcertés. Nous croyons qu’avancer c’est aller d’un point à un autre … et cela est vrai quand le point initial est néant ou indigence. Quand c’est l’Être même, le développement ne peut se faire qu’en lui, dans la communication de plus en plus accueillie de son être.

Voilà pourquoi Jean reprend sa pensée, et la répète, et nous redit sans se lasser, sans crainte de nous lasser, pour nous entraîner après lui, et à la suite du Verbe lui-même, sur la route d’amour : « Il était là dès le commencement chez Dieu ». Le Verbe était l’hôte de Dieu, il était là dans la demeure qui est Dieu même ; et il était cette demeure, comme il était Dieu … Car il était l’image parfaite qui reproduisait parfaitement la perfection infinie. Il était ce qu’elle est ; il faisait ce qu’elle fait ; il l’exprimait ; il était sa Parole, son Verbe. Cependant, il ne se confondait pas avec elle ; il s’en distinguait autant qu’il était, il s’en distinguait par tout son être. C’est cet être qui s’opposait, c’est-à-dire qui se posait en face de lui-même, et qui se répandait de l’un à l’autre. En lui, ils étaient unis et ne faisaient qu’un. Par lui, ils étaient distincts et opposés; par lui, ils se regardaient et se donnaient mutuellement. Regard éternel, union éternelle, unité parfaite et infinie, et néanmoins (ou mieux à cause de cela) distinction éternelle et parfaite, opposition éternelle et parfaite, position éternellement opposée, face à face, pour se regarder, se donner, s’unir.

Je me répète moi aussi … et je ne crains pas de le faire. Avec Dieu il faut le faire. Dieu ne dit qu’une chose ; il ne fait qu’une chose ; il se répète sans fin. Quand un mot dit tout, on ne peut que le répéter. Quand on se donne tout dans un acte, on ne peut que refaire cet acte. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 97 s)

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Semblables mais distincts

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Après une longue et subtile dissertation sur la génération du Verbe (conclue adroitement et humblement par « C’est là un sanctuaire réservé où tout effort pour entrer est vain. »), dom Guillerand en déduit néanmoins cette affirmation : le Fils est vraiment Dieu, semblable au Père mais distinct de lui. Laissons-lui la parole :

Et le Verbe était Dieu (Jean 1, 1)

« En Dieu, il n’y a que Dieu. Dieu est à lui-même sa demeure. L’image, le Fils, la pensée qu’il produit en lui, c’est lui-même. Il ne peut produire que lui-même. Seule une image infinie peut représenter l’infini. Seul un Fils parfait peut procéder d’un Père qui est toute perfection. L’Être parfait accomplit un acte parfait, et le terme de son acte, le fruit de sa génération est parfait comme lui.

Mais ce fruit se distingue de Celui qui engendre. Le Fils n’est pas le Père. Il peut avoir le même être, il peut accomplir le même acte, il peut occuper le même lieu, il peut posséder la même perfection, il peut lui être égal en tout, il peut ne faire qu’un avec lui, mais il n’est pas lui ; il est nécessairement distinct de lui. Distinct ne veut pas dire différent. Plus un être est, plus il se distingue de tout autre. Un homme distingué est un homme qui ne se confond pas avec aucun autre ; il possède la même humanité, mais il a sa manière à lui de la posséder.

Le Père et le Fils possèdent la même divinité, le même être infini, mais ils ne le possèdent pas de la même façon. L’un le donne sans le recevoir; l’autre le reçoit et le donne. Le Père engendre, le Fils est engendré. Voici ce qui les distingue. Et voilà ce qui les unit. Ils sont unis dans cet être qu’ils se donnent mutuellement : c’est l’Être infini … et il ne peut y avoir qu’un infini. Ils sont unis dans cette unité infinie. « Le Verbe était Dieu », parce que le Père est Dieu et, comme le Père, il est Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 96)

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Le Verbe comme image du Père, selon un chartreux

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« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu » (Jean 1,1). Traduction de nos bibles modernes mais, dans le texte grec, Jean utilise plutôt une préposition indiquant une orientation vers quelqu’un : le Verbe était tourné vers Dieu. Cette dernière traduction aurait plu à dom Guillerand car elle traduit bien l’idée qu’il veut développer d’une parfaite communion entre les deux Personnes ; malheureusement, il se voit obligé d’adopter la traduction officielle, traduction latine de la Vulgate («apud Deum», chez Dieu) qu’il interprète néanmoins à sa façon :

… et le Verbe était chez Dieu (Jean 1, 1)

« Celui que Jean a connu et aimé, par lequel il a été connu et aimé, avec lequel il a eu pendant trois années des rapports intimes, dont le continuel souvenir et l’incessante contemplation sont toute sa vie depuis qu’il est remonté au ciel, Celui qui précède toutes choses et qui était quand elles ont commencé d’être, c’est le Verbe : « Au commencement était le Verbe ».

Le Verbe ! C’est-à-dire la parole de « Celui qui est », la parole de l’Être infini. Car l’Être parle ; il s’exprime ; il se dit éternellement à lui-même ce qu’il est ; il produit une image qui reproduit ses traits et les lui montre. L’Être est esprit ; il l’est nécessairement ; il l’est autant qu’il est ; il est l’Esprit infini comme il est l’Être infini.

« L’Être qui est » est infiniment déterminé ; c’est le sens du mot « parfait ». Il est parfait parce qu’il est complètement fait. Il est tout ce qu’il peut être, il a tout ce qu’il peut avoir. Il n’y a donc pas de matière en lui ; il est immatériel, il est esprit, pur esprit. Or un esprit possède une propriété caractéristique : il réfléchit ; c’est un miroir. Il reproduit l’image de ce qui est en face de lui. S’il se regarde lui-même, il reproduit ses propres traits. C’est ce que nous appelons sa pensée ou son verbe.

Le Verbe, c’est la parole de l’Esprit, la parole sans mots, la parole intérieure et ailée. Les mots sont une traduction extérieure et sensible pour les esprits qui sont plongés dans la matière. L’Être qui est, le pur esprit, n’emploie pas de mots. Sa parole est toute spirituelle comme lui ; elle est son image parfaite qui le reproduit tel qu’il est, qui l’exprime tout entier et l’égale.

Voilà ce qui était au commencement : l’Esprit infini qui se parlait, et se disait éternellement ce qu’il est, qui se voyait en lui-même, dans sa Pensée, son Verbe, qui reproduisait ce Verbe pour se voir en lui, qui était tout et qui se voyait tout dans ce Verbe. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 92 s)

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Le Verbe déborde notre temps, nous dit dom Guillerand

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Commentant le Prologue de Jean, dom Augustin s’arrête tout d’abord au fait que Dieu est de toute éternité. Entre Lui et nous, il existe nécessairement un abîme que Lui seul peut franchir ; un abîme de silence que le chartreux nous invite néanmoins à écouter :

« Au commencement était le Verbe » (Jean 1, 1)

« Voilà le premier trait de la divine physionomie que l’évangéliste a contemplée et qu’il veut nous peindre pour que nous puissions le contempler nous aussi, et l’aimer comme il l’a aimée : elle est vie éternelle. Jésus, Verbe incarné, Verbe éternel avant de s’incarner, déborde notre temps ; il le précède; il précède toutes les choses que notre temps mesure ; il est avant elles, il est plus grand qu’elles. Quand elles ont commencé, « il était ».

Quand ont-elles commencé ? Qui le dira jamais ? Les savants cherchent à le savoir ; ils multiplient les études, les recherches, sans grand succès. Peut être il y a des milliers et des milliers de siècles ? Peu importe ! Si nombreux qu’ils soient ces siècles, d’un coup d’aile l’évangéliste se reporte, et nous reporte avec lui, par delà, au tout premier, au début de tout, à la première lueur de la première aurore, au premier mouvement des mondes, et nous dit : « Celui dont j’ai à vous parler était là ! ». « Il était », il ne commençait pas. Notre temps ne le mesure pas ; sa durée n’est pas notre durée ; son mouvement n’est pas notre mouvement.

Je suis dans un monde tout nouveau, où rien ne commence, ni ne continue, ni ne finit. Réalité étrange dont je ne puis même pas avoir une idée précise ! Autour de moi, en moi, tout est régi par la durée successive parce que tout se succède, tout est présent, passé ou avenir; tout se meut le long de cette ligne ou de ce que je me représente comme une ligne ; tout est compris dans un avant et un après qui le limitent. Le Verbe est en dehors ; il ne se meut pas ; il demeure : « Il était ». Pour lui, ni passé ni avenir; il est tout entier au présent, mais à un présent qui n’est pas le nôtre, si ténu et insaisissable. De là, cet imparfait : « Il était ». Il ne désigne pas une imperfection en lui, mais en moi, dans ma pensée impuissante, dans mes mots trop courts. Il est plus grand que je ne puis dire ou concevoir. Je me lasse vainement à poursuivre une telle grandeur ; je ne puis que croire, abîmer mon esprit devant elle … écouter, dans cette abîme et ce silence, la Parole qui ne commence pas et par laquelle tout a commencé, entrer avec elle dans l’immensité où elle retentit, qui est sa demeure, où elle veut que je demeure avec elle et que je dise ce qu’elle dit! »

(Écrits spirituels, tome 1, page 91 s)

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Au Seuil de l’Abîme de Dieu

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Monastère de la Grande Chartreuse (entrée principale)

Le texte que nous vous présentons aujourd’hui n’était pas destiné à la publication (conformément aux us et coutumes de l’Ordre des Chartreux). Le manuscrit, trouvé après la mort de dom Augustin sur une étagère de sa cellule, n’avait sur son enveloppe que les mots « Notes sans valeur » et était légué à un petit neveu. Le titre actuel « Au Seuil de l’Abîme de Dieu » lui a été donné par son éditeur, tout en étant inspiré du texte-même de dom Augustin. Mais avant d’aborder ce commentaire biblique, je ne puis qu’encourager les lecteurs peu familiers avec le Prologue johannique à le lire préalablement (en Jean 1, 1-18) afin de mieux profiter de son explication.

LE PROLOGUE

« C’est incontestablement la plus profonde page d’histoire qui ait été écrite. Les plus grands génies, un saint Augustin un Bossuet, se sont efforcés de la pénétrer. Bossuet éclate en cris d’admiration et d’enthousiasme, comme étourdi par l’horizon qu’il découvre. Et cependant ils sont restés sur le premier seuil de l’abîme que contemplait saint Jean. Et lui-même, le disciple bien-aimé, le disciple au regard d’aigle qui a passé sa vie en face de l’abîme, peut-on dire qu’il en a dépassé le bord?

Il faut toujours se rappeler cela quand on lit l’Écriture Sainte, et surtout le Prologue du quatrième évangile, où le plus contemplatif (parce que le plus aimant) des écrivains sacrés a résumé en quelques lignes préliminaires l’histoire de Celui qui pour lui est Lumière et Vie. Ces lignes ne sont qu’un vêtement humain, vêtement trop court, inexprimablement trop court, de réalités qui nous dépassent tous et toujours. Quand on les a longuement méditées, avec toute son âme et pendant toute sa vie, les perspectives qu’elles ouvrent s’étendent de plus en plus et, dans une lumière sans cesse accrue, et si fraîche et toujours jeune, révèlent un monde qui se déploie par delà tout ce qu’on voit et tout ce qu’on dit. C’est la joie, parfois grisante, toujours douce et incomparable, de cette méditation: ce qu’elle donne n’est rien, ce qu’elle promet est beaucoup plus : « Ceux qui me mangent auront toujours faim, ceux qui me boivent toujours soif » (Ecclésiastique 24, 29). C’est profondément vrai. Dieu, sa vérité, sa vie, sa beauté, toute la plénitude sans nom que nos mots s’efforcent en vain de traduire, c’est un aliment qui comble sans rassasier.

Saint Jean, en commençant d’écrire son Évangile, nous place tout de suite sur ces hauteurs, en face du Verbe, de Celui qui était quand tout a commencé, par qui tout a commencé et qui, lui, n’a jamais commencé. Il a raison : Jésus est d’abord cela. On ne le voit bien que dans cette lumière, lumière vraie qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jean 1, 9). C’est à la contempler qu’il invita le disciple aimé qu’André accompagnait dès leur première entrevue. « Maître, où demeurez-vous ? » (Jean 1, 38) lui demandèrent les deux disciples de Jean-Baptiste auxquels le Précurseur avait dit en le montrant: « Voici l’Agneau de Dieu ». « Venez et voyez » avait répondu simplement Notre-Seigneur. Il les avait emmenés chez lui. Quel était ce chez lui ? L’évangéliste ne le dit pas. Sa réponse vraie est dans ce premier mot de son évangile. La demeure de Jésus, c’est le Verbe. C’est là que Jean fut introduit dès ce premier jour. Il y est resté. Et c’est là qu’il nous conduit à son tour. Suivons-le et restons-y avec lui. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 89 s)

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Tel un aigle dans les hauteurs

« Au commencement était le Verbe » (Jean 1, 1). Même si dom Guillerand a connu, aimé et adopté comme guides de sa vie spirituelle des sommités comme saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, il n’est pas exagéré de dire avec son biographe, le jésuite André Ravier, que cet éminent chartreux n’avait qu’un seul véritable maître en ce domaine : saint Jean l’Évangéliste. Son style de contemplation est bien celui de l’auteur du Prologue du quatrième évangile : « Jean se répète, écrit dom Augustin, il reprend sa formule; il éprouve le besoin de rester un instant sur les hauteurs, en face de cette Réalité qui pour lui est tout … De là le mouvement si spéciale de sa pensée ; elle avance lentement, parfois elle s’arrête, elle semble même reculer de temps en temps, et comme revenir en arrière pour mieux prendre possession de son objet et en jouir. » (Introduction aux Écrits Spirituels, page XI). Ce moine avouera lui-même : « Je suis comme un oiseau qui tournoie autour d’un sommet avant de s’y poser … Sur ce sommet, je trouve tout » (ibidem).

De ce contemplatif du 20e siècle, j’aimerais vous présenter dans les semaines qui viennent quelques extraits de ses méditations sur le Prologue de Jean. De tous ses écrits, ces méditations sont comme le texte-clé de l’âme et de la pensée de dom Augustin. Bien que l’influence de saint Jean sur cet ancien prêtre de Nevers ait été antérieure à son entrée en Chartreuse en 1916 (Valsainte, Suisse), il n’est pas négligeable de savoir que la rédaction de ce commentaire s’est faite à la fin de sa vie, entre 1940 et 1945, au berceau de l’Ordre, la Grande Chartreuse, qui venait de rouvrir ses portes. Il devait y mourir à l’âge de 67 ans, le 12 avril 1945, après trente ans de vie religieuse.

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