« Ils sont nés de l’Esprit » (Jean 1, 13)

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Bien que le Verbe incarné ait été rejeté par la majorité des siens, sa lumière n’en fut pas moins accueillie par de nombreux disciples, ceux dont saint Jean dit qu’ils « ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jean 1, 13). Laissons notre chartreux nous le redire en ses propres termes :

« Enfin la Lumière est venue. Le grand fait est accompli : « Il est venu dans sa propriété », il est venu chez lui, il a paru, il a parlé, et on n’a pas su le reconnaître et le recevoir. Les âmes sont restées closes à ce rayon qui était la Lumière vraie, le Verbe de la Vérité et de la Vie. Heureusement, il y a eu des exceptions. Elles retiennent seules l’attention de l’évangéliste. Les autres sont des possibilités manquées, des êtres qui pouvaient s’unir à l’Être qui est et trouver en lui le complément de leur néant, mais ils l’ont manqué.

Celles qui l’ont reçu ont sacrifié ce néant, elles l’ont dépassé ; elles sont allées courageusement jusqu’au fond de ce néant, et dans ce fond secret elles ont trouvé l’Être vrai, elles l’ont reconnu, elles s’y sont unies, et maintenant elles sont nées de lui à la vraie vie. Par delà les liens du sang qu’elles ont sacrifiés, par delà les désirs de la chair et les vues mêmes de leur raison, par delà les vouloirs de tout leur être naturel qu’elles ont immolé, elles ont rejoint la Lumière qui se donne, l’Amour qui s’illumine, elles l’ont reconnu sous les voiles de cette nature dont il s’était revêtu, elles l’ont vu sous ces traits qui paraissent et qui restent (car l’Amour veut l’union, l’union stable, sans fin), et son image s’est engendrée en elles, elles sont nées de Dieu dans le temps comme lui-même est engendré de toute éternité. Il a pris en elles une vie nouvelle, il s’y est fait chair, il y a fixé sa demeure, il y reste, il est leur vie ; elles vivent en lui, de lui ; c’est lui qui vit en elles, sans détruire leur vie, mais en la transformant, en lui communiquant une forme supérieure, la forme même de Dieu: « ex Deo nati ».

Cette naissance se fait dans le temps parce qu’elle se fait dans la chair : « et le Verbe s’est fait chair ». Elle renouvelle, elle continue et étend la naissance dans le sein de Marie. Ce n’est pas une autre naissance: le même Verbe est conçu du Saint-Esprit par la même opération spirituelle qui est communication de lui-même. Le Verbe y procède de l’Amour qui se répand dans une âme et qui déclenche dans l’âme un même mouvement d’amour. Le Verbe par amour vient à l’âme, et l’âme vient au Verbe. Le Verbe vient en illuminant son amour, il montre à l’âme son amour et l’âme en face de cette lumière reconnaît l’Amour même, elle l’accueille, elle fait ce que fait le Verbe éternel et elle reçoit la vie du Verbe : « Le Père aime et révèle … le Fils fait de même ». Alors le Verbe qui était dans le Principe est prononcé par le Principe dans cette âme, et par l’âme dans la chair qu’elle anime. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 122 s)

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Joseph le Juste

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Le 8 décembre 2020, le pape François, célébrant le 150e anniversaire de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle, a écrit une lettre apostolique dans le but avoué « de faire grandir l’amour envers ce grand saint, pour être poussés à implorer son intercession et pour imiter ses vertus et son élan ».

Après y avoir parlé de Joseph comme « père » dans divers secteurs de la vie familiale (tendresse, obéissance, accueil, courage créatif, travail, etc.), le Saint-Père termine son panégyrique par une courte prière qui invite à « aller à Joseph » avec grande confiance:

« Salut, gardien du Rédempteur,
époux de la Vierge Marie.
À toi Dieu a confié son Fils ;
en toi Marie a remis sa confiance ;
avec toi le Christ est devenu homme.

O bienheureux Joseph,
montre-toi aussi un père pour nous,
et conduis-nous sur le chemin de la vie.
Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage,
et défends-nous de tout mal. Amen.
»

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Notre réponse à la Lumière

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L’Incarnation du Verbe exige une réponse libre de la part de la créature : elle doit accueillir la Lumière où la refuser. Blessés par le péché, nous devons nous détacher des ténèbres et nous attacher à cette Lumière. Dom Guillerand nous explique ici cette lutte incessante de détachement et d’attachement :

« Notre vie divine est là : dans notre réponse à la Lumière. C’est cette réponse qui accroît notre être. C’est elle que le Verbe, Lumière vraie, est venu faire ici-bas pour que nous voyions comment répond le Fils et comment, à son exemple, nous pouvons devenir fils. Voilà pourquoi « il est venu parmi nous », dans ce monde qui est son œuvre, dans cette terre juive, qui était plus particulièrement sa terre. Et voilà pourquoi il se présente à chacun de nous pour que chacun puisse le recevoir, faire ce qu’il a fait, devenir peu à peu ce qu’il est. (…) Mais en nous. son image est ensevelie dans la matière comme la petite semence dans la terre, comme le fœtus au sein maternel, comme l’idée naissante dans l’esprit qui l’a conçue. Cette image peut devenir « enfant de Dieu » ; mais elle ne l’est pas encore. Non seulement elle n’a pas acquis le développement qui la fera passer dans tout l’être et lui donnera les traits du Père céleste, mais cet être dont elle doit s’emparer pour le faire à la ressemblance divine est occupé par celui qui est l’adversaire de Dieu. Le développement du germe divin rencontre cette opposition ; la lutte s’ensuit, incessante et terrible … et néanmoins très belle dans le plan de l’Amour.

La lutte, c’est la recherche de Dieu caché dans les choses. Nous sommes pour lui, et il est là, dans ces choses, pour nous. Mais il faut l’y rejoindre. Le mouvement qui le rejoint, c’est le mouvement du petit germe. L’Esprit qui l’occupe l’éclaire et le dirige. Il est le moteur secret, l’âme vivante et qui se communique à tout ce qui l’entoure. Nous pouvons et devons « naître à lui » à chaque instant. Cette naissance s’exprime par deux formules, mais s’accomplit par un acte unique. Nous devons nous arracher au créé ; nous devons nous attacher à Celui qui nous engendre. L’arrachement n’est qu’un moyen, l’attachement est tout. Il faut voir et vouloir l’union ; il faut consentir les séparations qu’elle impose. Accueillir la lumière du Verbe, c’est fermer la porte et expulser les ténèbres.

Mais la Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres peuvent devenir lumière. Les créatures, celles qui nous sont liées par le sang, celles qui sollicitent nos sens, celles qui devenues les idées de notre esprit veulent mener notre existence, peuvent nous conduire à la Lumière. Aimées pour elles-mêmes (ou mieux pour nous-mêmes) elles sont ténèbres et elles nous laissent dans notre nuit. Aimées pour la Lumière qu’elles enferment, elles deviennent ses instruments et nous la livrent. Or, l’ennemi de la Lumière s’est emparé de nous ; il est en nous; il règne en nous ; il provoque en nous l’amour des choses pour elles-mêmes et pour nous-mêmes : il produit en nous les ténèbres où il peut nous tromper. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 118 s)

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L’Incarnation suffirait-elle ? se demande dom Guillerand

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Dom Guillerand en arrive à commenter le point central du Prologue, soit l’Incarnation du Verbe. Il va le faire en mettant l’accent sur l’habitation du Verbe en nous personnellement (« et habitavit IN nobis ») plutôt que de s’étendre sur la notion plus générale de son habitation parmi nous (« et il a habité PARMI nous »). Car il ne suffit pas que Dieu se fasse homme … il doit être accueilli par chacun d’entre nous. Écoutons encore une fois ce chartreux nous l’expliquer à sa façon :

Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jean 1, 14)

« L’Incarnation ne suffit pas, il faut l’habitation en nous. L’Incarnation nous offre le Verbe ; elle le met à notre disposition : elle nous permet de l’accueillir, si nous voulons, elle donne le pouvoir de devenir enfants ; elle ne nous constitue pas « enfants ». Nous devenons enfants si le Verbe devenu l’un de nous, homme comme nous, par l’Incarnation, entre en nous, en chacun de nous, y renouvelle pour chacun et en chacun cette Incarnation, s’empare de notre nature individuelle comme, par l’Incarnation en Marie, il s’est emparé de la nature humaine en général, y vit sa vie terrestre, en renouvelle plus ou moins toutes les étapes. Il ne le fait que si nous lui sommes un sein de mère entièrement livré à l’action de l’Esprit-Saint.

De là le rôle de la Sainte Vierge et celui de l’Esprit-Saint (et aussi la place nécessaire plus effacée de saint Joseph et des saints Anges) dans une vie chrétienne. La Vierge doit être là pour nous aider à livrer notre corps à l’Esprit. Sans elle il n’a jamais été dit : « Qu’il me soit fait selon votre parole » (Luc 1, 38), et il ne sera jamais dit « Me voici, je suis à vous » à Dieu qui offre son Fils par son Esprit. Elle doit être là dans la préparation plus ou moins longue, souterraine et cachée, où l’Esprit enfante l’amour dans notre esprit pour se communiquer à partir de là à notre chair. Tout ce qui s’est fait en elle doit donc se faire en nous … et par elle. Elle est mêlée (et indispensablement) à tous nos divins rapports. Elle est toujours « Marie de qui Jésus naît » (Matthieu 1, 16).

L’action de l’Esprit qui se fait en nous comme en elle présente un mystère analogue : « Il te couvrira de son ombre » (Luc 1, 35). Jésus s’incarne dans l’ombre, dans une ombre qui est le reflet même de la Lumière vraie. Le Saint-Esprit ne peut pas se donner à une âme humaine dans sa clarté propre tant qu’elle est encore ici-bas. Car il est esprit pur, et l’âme ensevelie dans un corps. L’ombre dont il s’enveloppe est une précaution de l’Amour ; il veut se communiquer; et il ne peut le faire que dans cette ombre. Dans la matière sa Lumière s’incarne; l’ombre est le reflet de la Lumière dans la matière à travers laquelle elle se donne à nous.

Pour nous cette ombre c’est la foi. La foi est la lumière de l’Esprit-Saint tamisée pour nous rejoindre. Elle se tamise en traversant l’écorce de notre corps et de nos sens ; elle s’adapte à notre esprit plongé dans la matière. Elle s’entoure elle-même de matière : ce sont les mots, les phrases, les Livres Saints, tout l’appareil extérieur qui recouvrent la vérité et nous l’approprient. Notre esprit la découvre sous ces voiles qui sont à sa mesure ; il y découvre la Lumière vraie, le Verbe, et son Esprit d’amour qui se cache ainsi pour se donner. Cette foi, cet acte rejoint l’Esprit de Dieu dans ses présentations humaines ; il nous unit à lui. Il nous unit à condition que nous le reconnaissions. Il faut voir en lui la Lumière qui se donne, la Lumière-Amour. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 116 s)

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« Le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1, 12)

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Dieu envoie son Fils dans le monde pour qu’on le reçoive et qu’il fasse de ceux qui l’accueillent des fils et des filles. Comment s’accomplit concrètement cette nouvelle naissance ? Laissons la parole à notre commentateur chartreux, dom Augustin Guillerand :

Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom (Jean 1, 12)

« Le mot Verbe que saint Jean donne à ce Fils est très significatif. Ce Fils est une Parole dans laquelle et par laquelle s’exprime Celui qui parle. Le Fils est donc l’expression de Dieu. Dieu l’engendre en disant son Être. (…) Et moi, comme Jésus, je dit : « Quiconque accueille en son âme le Verbe, le Verbe dans cette âme fait ce qu’il fait au sein du Père, et cette âme est un enfant de Dieu comme le Verbe qu’elle reproduit ». Il y a cependant une différence : le Fils unique était au sein du Père de toute éternité, et il ne faisait qu’un avec le Père ; il était en Dieu et Dieu comme le Père. Les enfants de Dieu, que le Père engendre quand le Verbe incarné est reçu par les âmes, commencent dans le temps et ne se constituent que peu à peu. Ils reçoivent seulement le pouvoir de devenir, de devenir enfants ; l’image divine est en eux un germe qui doit se développer. Comment se fait ce développement ? La question est intéressante au premier chef … et le disciple aimé va y répondre aussitôt avec précision.

« Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom ». On devient enfants de Dieu par la foi ; on développe le germe de vie divine en développant la foi. La foi est tout dans l’Évangile. Je l’ai remarqué nettement. J’y reviendrai ; l’idée est absolument capitale.

Croire n’est pas seulement donner son esprit à la vérité, c’est livrer son âme et tout son être à celui qui la parle et qui est cette vérité. Croire, c’est vivre … et cette vie est la Vie même : « Croyez en moi, dit Jésus. Celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jean 6, 47). L’enfant de Dieu, c’est celui qui croit à la présence de cette vie en Jésus et qui, par cette foi, s’unit à elle en lui, s’en empare, la fait sienne et devient sien. Croire, c’est le recevoir. C’est recevoir l’Esprit que le Père lui communique : c’est sa vie, et c’est la vie du Père. Elle le fait fils, et elle nous fait enfants. Ceux qui croient en lui sont donc enfants en lui et comme lui, mais adoptés.

En entrant dans une âme par la foi, Jésus ne donne que de pouvoir devenir enfants. Il faut vivre ce titre pour le réaliser; il faut vivre en enfants. C’est la loi de tous les développements de vie créée. Dieu ne donne que le germe. L’être vivant trouve dans le germe une énergie qui lui permet de devenir. Le devenir est sa loi. L’être est la loi de Dieu. La créature vivante n’est pas uniquement l’œuvre du Créateur, elle est aussi son œuvre à elle, la fille de ses propres œuvres. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 114 s)

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« Les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1, 11)

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Le drame de l’amour divin rebuté se poursuit … péché originel, péchés personnels, refus même du peuple élu ! Dom Guillerand aborde brièvement, aujourd’hui, cette dernière étape de l’histoire du salut :

Il est venu dans sa propriété et les siens ne l’ont pas reçu

(Jean 1, 11)

« Dans le monde qui lui appartient tout entier, le Verbe s’est choisi une terre et un peuple dont il a fait plus spécialement sa terre et son peuple. C’est là qu’on devait attendre et préparer sa venue. Les Juifs sont séparés des autres peuples pour jouer ce rôle. Leur histoire est étrange, leurs idées à part ; tout les isole et forme comme une barrière entre eux et les nations qui les entourent. Souvent vaincus, soumis, conquis, exilés, transportés en masse à l’étranger et remplacé par ces étrangers sur leur propre territoire, ils ne se mêlent pas aux autres. Une littérature, un corps de doctrine, des rites particuliers les distinguent. Une espérance invincible, basée sur des promesses divines qui sont leur raison d’être les anime tous et partout, les fait conquérants de leurs vainqueurs.

C’est dans cette propriété, dans cet enclos réservé, dans ce fief choisi, que le Verbe s’est présenté. D’un mot effrayant l’évangéliste décrit l’accueil reçu : « Et les siens ne l’ont pas reçu ». Ils sont à lui ; ils sont son œuvre ; il les a faits; il leur a donné d’être un peuple à part; ils lui appartiennent à tous les titres qu’on puisse imaginer ; leur terre, leurs lois, leur esprit, leur culte, tous ces détails de leur vie ont été déterminés par lui ; il est intervenu dans les moindres incidents de leur histoire. Tout était ordonné à lui et par lui; et quand il est venu il a été repoussé: l’évangile qui développe ce prologue dira comment. Le Prologue ne fait qu’annoncer ce récit qui suivra mais en quels termes : « On lui a fermé la porte de son domaine, et on l’a jeté dehors ».

Il faut essayer de se représenter ce qu’étaient de telles paroles sur les lèvres de celui qui voyait en lui la Lumière et l’Amour infinis et qui ne vivait que de cette vision. Il faut songer que tout le long des siècles ce refus se renouvelle … et que l’Amour repoussé ne cesse de frapper à la porte des cœurs. Il faut penser aussi que c’est un passant qui s’offre à pleine âme, mais qui ne revient pas. Il faut songer au trésor qu’il offre et que saint Jean va nous dire maintenant : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». »

(Écrits spirituels, tome 1, page 112 s)

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Adam après la faute

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Poursuivant son commentaire du Prologue de Jean, et plus particulièrement du verset 10 « et le monde ne l’a pas connu », dom Guillerand aborde ici la deuxième partie de son exposé, soit la faute originelle et ses conséquences :

« La faute consista dans un mouvement qui détourna Adam de Dieu. Ce fut la grande habilité du démon : « Pourquoi ne mangez-vous pas du fruit de cet arbre? … Ève regarda le fruit, elle vit qu’il était beau aux yeux, doux au goût » (Genèse 3, 6). Ève vit cela en dehors de Dieu, sans la lumière de l’amour. Elle ne vit plus que des ombres passagères : la beauté qui ravit les yeux, la suavité qui flatte le goût. Vus en Dieu, ces attraits sensibles sont de la lumière ; ils reçoivent de la Lumière vraie dans laquelle on les regarde une beauté surélevée qui est la beauté même du Verbe. La plus humble fleur, le fruit le plus vulgaire, l’être le plus banal, participent à cette beauté. Vus en dehors de Dieu, ce sont les ténèbres. Ève s’arrêta à cette surface ténébreuse ; elle ne regarda plus avec la lumière du Verbe qui la dépasse ; elle ne vit plus l’Être vrai qui se cachait sous ces dehors sensibles ; elle n’entendit plus la voix qui disait : « Je suis la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il a la lumière qui est la vraie vie » (Jean 8, 12). Il a la vie qui est la lumière vraie. La voix avait dit : « Si vous mangez de ce fruit vous mourrez ». Une autre voix disait : « Vous ne mourrez pas … vous deviendrez comme des dieux ».

Le fruit, entre ces deux voix, fait entendre la sienne, la voix de ses attraits extérieurs. Ève écoute cette voix, la voix de cette forme qui est belle, qui promet aux sens du plaisir. Ève reste dans cette région des ténèbres, est sourde à la voix de Celui qui s’est caché sous ces attraits pour se donner à ceux qui sauront les dépasser. Elle est faite pour lui et elle reste en dehors de lui. Elle perd ses rapports avec lui qui est Lumière et Vie; elle leur préfère ses rapports avec le créé qui est ombre et néant ; et elle reste dans cette « ombre de la mort ». Elle y reste … et elle y entraîne Adam avec elle. Ensemble ils engendrent des enfants de ténèbres au lieu d’enfants de Dieu qui est Lumière. Les enfants des ténèbres forment « le monde ».

Le péché divise de Dieu son œuvre créée. Il l’avait faite hors de lui pour qu’elle rentrât en lui. Elle était l’expression extérieure du Verbe qu’il engendre éternellement dans son sein. Elle devait à ce rapport toute sa raison d’être et toute sa beauté. Séparée, elle perdait l’une et l’autre. Le monde né de la faute est un non-sens, une réalité affreuse, un enfer. Saint Jean résume tout cela d’un mot qui semble nu et froid, et qui est total et terrible : « Il était dans le monde qui a été fait par lui et le monde ne l’a pas connu ». »

(Écrits spirituels, tome 1, page 111 s)

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Adam avant la faute, selon un chartreux

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Poursuivant son commentaire du Prologue de Jean, dom Guillerand en arrive aujourd’hui à commenter ces paroles concernant le Verbe : « le monde ne l’a pas connu ». Mais avant d’aborder la faute originelle comme telle, notre chartreux sent le besoin de s’étendre sur cette connaissance de Dieu que, selon lui, devait avoir le premier homme. D’où la division de son long commentaire en deux parties : avant et après la faute. C’est la première partie que nous vous présentons aujourd’hui :

Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a pas connu (Jean 1, 10)

« Le disciple aimé avance peu à peu dans la présentation de Celui qu’il aime. Il l’a montré d’abord dans l’immense lumière du Père où il est engendré avant toute aurore, où il demeure éternellement. Il l’a montré source lui-même, en cette source infinie, source de toute vie et de tout être : « En lui était la Vie … tout ce qui a été fait a été fait par lui ». Il en est le principe ; en lui tout est vie parce qu’il est la Vie même. Les êtres créés ne sont que des ruisseaux dérivés de cette source ; ils la font connaître à ceux qui, dans cet ensemble créé, sont capables de connaissance. L’homme a reçu une lumière qui le rend capable de cette connaissance. Dans les êtres qui l’entourent, il peut percevoir deux choses : la réalité individuelle de ces êtres et la réalité de l’Être même qui leur a donné cet être qu’ils ont et qui le leur conserve.

L’homme contemple la fleur éclose au matin, et dans ses teintes découvre une image de la Beauté infinie dont elle n’est qu’un reflet. Il adore ; il s’unit ; et il demeure. La Lumière vraie lui a montré l’Être vrai, l’Être éternel : c’est la lumière du Verbe. Il est là dans ce monde qui est son œuvre. Il est dans les êtres qui le représentent et l’ignorent. Il est dans l’esprit de l’homme qui le découvre et lui ressemble. L’homme est donc armé pour le reconnaître et nouer avec lui ces rapports qui sont la vie supérieure des esprits. Il participe à la Lumière vraie qui le révèle. Il voit ce que Dieu voit. Il trouve dans sa raison naturelle ce rayon divin. Avec cette lumière naturelle, si douce et belle déjà, Dieu avait donné à Adam quelque chose de sa propre lumière, cette lumière dans laquelle il se contemple éternellement, qui est son image parfaite, qui ne fait qu’un avec lui, qui est précisément le Verbe même. Adam par grâce ne voyait pas seulement ce que Dieu voit, mais il le voyait en quelque sorte comme Dieu le voit, il ne voyait pas seulement l’Être qui est et qui donne d’être; il voyait l’Être qui aime et se donne, et qui lui communiquait à lui-même d’aimer et de se donner.

C’était la Lumière vraie, le sommet de toutes les autres: la Lumière de l’Amour. Elle éclairait le mouvement qui partait du cœur du premier homme, et elle lui révélait le cœur de Dieu qui en était le principe. En voyant ce mouvement en lui-même, Adam connaissait que Dieu « se mouvait » ainsi, que c’était sa vie, la vraie vie. Adam se retournait vers son principe présent en lui parce que ce principe lui communiquait ce mouvement qui était le sien. Lumière naturelle qui révèle en Dieu l’Être et le principe de tout ce qui est, lumière surnaturelle qui montre en lui l’amour et le principe de tout amour, cette double clarté, part du Verbe. Il est la « Lumière vraie qui éclaire tout homme » ; tout homme ne voit que parce qu’il illumine intérieurement et dans la mesure où il l’illumine.

Mais l’homme n’a pas su reconnaître cette seule vraie clarté; et c’est par cette méconnaissance qu’il est devenu « le monde ». L’homme, éclairé par le Verbe, était au-dessus du monde ; il était dans le monde pour l’élever jusqu’à son auteur; sa double nature faisait de lui l’anneau qui les reliait. Toute la nature inférieure était dans son corps, tout son corps uni substantiellement à son âme pouvait s’unir à Dieu. En lui, tout le monde pouvait rejoindre son Créateur. Mais l’homme, éclairé par le Verbe, uni au Verbe dans cette lumière, ne devait voir et chercher que Dieu dans tout ce monde. Son regard d’âme devait dépasser ces ombres pour rester uni à la vraie lumière. La faute consista dans un mouvement qui le détourna de Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 109 ss)

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La voix du Verbe en nous (Jean 1, 9)

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Les lumières peuvent être nombreuses sur terre mais seule la Lumière vraie peut nous mettre en rapport intime avec Dieu. Le Verbe est la Lumière vraie qui illumine tout homme venant en ce monde. Écoutons les explications toujours à point de ce cher dom Guillerand :

Celui-là était la Lumière vraie qui éclaire tout homme venant en ce monde

(Jean 1, 9)

« Après avoir présenté le grand témoin, l’évangéliste présente Celui dont il témoigne … et par lequel il est grand. « Celui-là », saint Jean laisse percer à chaque instant son intimité divine. Pour nous, ce pronom peut être imprécis et sa phrase peu claire. Pour lui, « celui-là » est d’une clarté absolue: c’est celui auquel il pense sans cesse, qui emplit toute son âme. Voilà la vraie lumière; voilà le principe de toute lumière et de toutes choses. Il nous l’a dit: « Par lui tout a été fait … En lui était la vie, et la Vie était la lumière des hommes ». Il le redit; il se donne la joie de le redire; et cette joie est si vraie que, si nous ne sommes pas entièrement fermés à sa pensée, elle se communique à nous. On l’écoute, on lit et relit, et on entrevoit peu à peu que le long contact avec cette lumière fait lever dans l’âme un jour nouveau : « Celui-là était la Lumière vraie ».

Il y a des lumières dans le monde. Ces lumières sont douces et belles ; elles versent aux yeux ou à l’esprit de vraies clartés. La première lueur qui se répandit à la surface de l’abîme, l’aurore qui brilla sur les choses quand le soleil se prépara à sortir du nuage qui l’enveloppait, la lumière plus haute qui guidait la première radicelle de la première fleur vers l’humus nourricier du sol qui l’entourait, celle qui dirigeait l’animal vers sa proie, celle qui dans l’intelligence d’Adam savait percevoir l’Être même dans les êtres, c’étaient de vraies lumières, mais ce n’était pas la Lumière vraie. Le Verbe est la lumière vraie qui illumine tout homme venant en ce monde parce qu’à tout homme il dit ce qui est. C’est lui qui éclaire la raison humaine et la met en rapport exacte avec l’Être. Il montre dans les êtres créés des images de l’Être incréé: images seulement ! Une image fait connaître ce qu’elle représente ; il ne faut pas s’y tromper ; on ne doit pas s’arrêter à elle; il faut la dépasser et rejoindre par elle, en elle, la réalité dont elle est l’image. Sinon, on reste dans la vanité et le mensonge.

Au fond secret d’un homme qui vient au monde, une voix crie : « Le monde et tout ce qu’il contient n’est pas l’Être qui est, il est son œuvre ». Il est une image plus ou moins lointaine de lui ; c’est la voix du Verbe en nous ; c’est la Lumière vraie qui brille en tout homme. Lumière de la raison en tous ; lumière de la grâce dans ceux que la foi éclaire ; lumière enfermée dans les créatures inférieures elles-mêmes pour que l’homme pût percevoir ce rapport qui les unissait à Celui qui est. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 108 s)

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Le rôle immense du Baptiste, selon dom Guillerand

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Jean l’évangéliste, au dire de dom Guillerand, avait une grande dévotion et envers le Baptiste et envers la Vierge Marie: les deux, remplis de lumière, furent ainsi placés l’un au début et l’autre à la fin de son évangile. Mais laissons la parole au chartreux :

Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière

(Jean 1, 7)

« Tout ce que saint Jean dira de cet autre Jean a un caractère très particulier. On y devine un respect, une admiration, l’impression d’une grandeur à part, et en même temps le besoin de le distinguer de la seule grandeur dont son évangile est rempli. Jean-Baptiste est témoin de la Lumière ; il est envoyé pour dire aux hommes : « La voilà ». Son rôle est immense. Il situe très haut celui qui en est chargé, et qui s’en est acquitté magnifiquement.

Pour montrer la Lumière, il faut la connaître ; il faut être éclairé par elle. Il faut qu’elle se soit montrée, qu’elle ait enfanté son image dans cet envoyé ; il faut qu’il soit un « fils de la Lumière ». Il faut ensuite qu’il ait le courage de l’affirmer. Or le monde où doit retentir cette affirmation est occupé par les ténèbres. Entre ce monde et ce témoin, c’est la lutte. Le témoin devra ne pas en avoir peur mais l’affronter. Jean l’évangéliste a vu rayonner au front de cet homme-témoin l’éclat de la Lumière. Il l’a connue en lui et par lui, avant de la reconnaître en elle-même. Le Baptiste a joué à son égard son rôle si grand, et il a trouvé en lui une âme qui a fait accueil à son témoignage. Des rapports en sont nés qu’on sent profonds, impérissables, des rapports dans cette lumière.

Le Baptiste au début, Marie au terme, Jésus emplissant l’un et l’autre et illuminant tout, voilà l’évangile de Jean, expression parfaite de son âme si vraie. Un mot fait le lien entre tous, qui les montre à leur place : « Jean rend témoignage à la Lumière afin que tous crussent par lui ». Jean parle pour unir les âmes à la Lumière. Il la montre pour qu’on la voie et qu’on l’accueille. Marie joue le même rôle. L’évangéliste a reçu des deux (Marie, Jean) et il reporte sur l’un et l’autre toute la tendresse qu’il a pour Lui. Il les voit dans cette lumière qu’ils lui ont donnée, et il les aime dans l’amour qu’ils ont produit en lui. Il est lié à la Lumière par la foi qui est la réponse de l’âme à son rayon répandu en elle. Ce lien de la foi, voilà ce que Jean-Baptiste veut produire, voilà ce que la Lumière attend quand elle s’offre; voilà ce que l’évangéliste nous redira tout au long de son écrit. Ainsi en méditant ces lignes du Prologue, j’y découvre de plus en plus tout ce qui suivra; et dans tout ce qui suivra, si j’en poursuivais longtemps une étude cordiale, j’y verrais toute vérité et toute vie. L’évangéliste, en écrivant ce Prologue ou en le dictant (ou tout simplement en le prêchant chaque jour, toujours le même et avec la même simplicité profonde) y découvrait, lui, ces perspectives qui vont se perdre à l’infini.

Il n’était pas la Lumière mais le témoin de la Lumière

(Jean 1, 8)

Encore là Jean répète sa pensée ; il la fait pénétrer en la répétant ; il révèle l’importance qu’il attache à cette remarque. Il emprunte très probablement cette remarque à Jean-Baptiste qui, le premier, la répétait sans cesse, se défendait de prendre une place réservée à Celui qu’il précédait. Comme ces hommes-là savent mettre tout et tous à leur place ! C’est la vérité … et la vraie humilité. Ils parlent clair ; ils agissent fort ; ils se dressent devant le bien pour le défendre, devant le mal pour le condamner. Rien ni personne ne leur fait peur. Mais devant Dieu ils s’effacent, ils s’abaissent, ils disparaissent de toutes leurs forces pour que seul il apparaisse et agisse en eux. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 106 ss)

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