Prémices des récoltes à venir

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Les Samaritains de la ville de Sychar ont cru aux paroles de la femme et s’empressent de venir rencontrer le Messie. C’est la moisson d’âmes que le Maître signale à ses apôtres comme étant les prémices des récoltes à venir. Écoutons dom Guillerand nous en parler :

« Pendant ce temps les Samaritains arrivent et le troisième acte de l’immense scène commence. Jean le résume avec la même rapidité déconcertante et nue, la même insouciance des détails, des paroles prononcées, des impressions produites et subies : « De cette ville, un bon nombre de gens crurent … Ils le prièrent de rester là … Et ils furent encore bien plus nombreux à croire » (Jean 4, 39-41). Une seule chose compte manifestement pour cet étrange narrateur : « ils crurent », la foi qui accueille le don de soi et qui s’y unit ; les esprits qui se donnent à la parole du Maître comme il la leur donne. Je n’avais pas encore remarqué à quel point la foi fait le fond de l’Évangile. Même pour Jean, le disciple aimé qui parle tant de l’amour et qui finit par ne plus parler que de l’amour, la foi occupe la place première et essentielle. Mais cette foi, en définitive, c’est ce rapport total qui livre la vie, qui débute dans l’intelligence, mais pour se répandre dans toute l’activité et en faire un don de soi complet.

La foi des Samaritains traverse une double phase et se développe en deux étapes. L’évangéliste les distingue avec soin. Ils sont d’abord attirés au divin Maître par la parole de la Samaritaine, de cette pauvre femme transfigurée et devenue apôtre. Puis ensuite, ils sont conquis et transformés eux-mêmes directement par le contact avec le Sauveur. La parole de la Samaritaine les fait sortir de leur cité, de leurs maisons, de leurs occupations et préoccupations accoutumées. Elle leur dit : « Venez et voyez », comme Jésus aux deux disciples de Jean le Baptiste aux bords du Jourdain. Il faut toujours venir pour voir. Depuis la faute, l’homme ne voit plus là où le péché l’a fait tomber ; il est « dans les ténèbres, à l’ombre de la mort ». Ce que voit l’homme pécheur c’est cette ombre, c’est le créé détaché de Dieu par sa faute, et considéré sous la lumière de notre moi, au lieu d’être contemplé dans la lumière de l’Esprit d’amour qui circule en lui pour le ramener à Dieu.

Les Samaritains font ce premier effort sans hésiter, semble-t-il. « Ils sortirent … et ils vinrent ». La formule évangélique indique un mouvement immédiat de la cité. Les mœurs orientales et l’attente messianique de l’époque l’expliquent aisément. (…) Ils croient non seulement à la parole de la femme mais à Celui dont elle parle ; ils croient qu’il est bien le Messie, et ils accourent dans cette conviction. (…) « Ils lui demandèrent de demeurer chez eux. Il y resta deux jours. » (Jean 4, 40). Quelle bonne population, toute simple et droite, qu’un mot attire et retient, qui va d’un seul bond au bout de ce mot ! Le Messie est là : il faut en jouir. Jésus ne leur donne que deux jours. Cela lui suffit. Le temps ne compte plus pour lui, mais le don de soi. Ce qu’il peut faire en deux jours avec des âmes généreuses est inouï. Il le fit en cette cité. Il parla, éclaira, instruisit, retourna. Et les Samaritains disaient à la femme : « Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 237 s)

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L’homme ne vit pas seulement de pain

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La véritable nourriture de Jésus c’est de faire rayonner la Vérité en ce monde. C’est, au dire de dom Guillerand, « le déploiement sur terre de l’activité d’amour qui est sa vie éternelle ». C’est ainsi qu’à ses disciples revenus de la ville avec des vivres, Jésus dira : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4, 34). En voici l’explication par notre commentateur chartreux :

« Au puits de Jacob, le Maître continue d’éclairer ceux qui l’entourent, en attendant ceux qui se mettent en route et qu’il voit accourir. Les apôtres sont allés chercher des vivres. Ils l’ont laissé exténué sur la margelle du puits, assis comme un homme qui n’en peut plus, et leur attachement, qui devait être très grand, a hâte de les lui offrir. Mais, à leur grand étonnement, il refuse, il se déclare restauré. Il ne dit pas cependant qu’il a mangé. Il dit que la nourriture qu’ils lui présentent ne l’intéresse plus, qu’il dispose d’une autre qui les dépasse. Avec eux également il déplace subitement, sans qu’on puisse le suivre, sauf à s’expliquer bien vite, le terrain de conversation. Il reste sur ce plan supérieur où il se tient sans cesse, où il a entraîné cette femme de Samarie après Nicodème, où doivent le suivre tous ceux qui l’aiment et veulent le rejoindre. La nourriture corporelle n’est pas tout ; il y en a une autre qui le rassasie sans cesse, (il en parle en effet au présent: « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas » Jean 4, 32. ) et qu’il va leur distribuer, comme tout à l’heure l’eau céleste à la Samaritaine, et comme un peu plus tôt la vie nouvelle vraie au docteur de Jérusalem.

Les apôtres vont d’étonnement en étonnement; c’est ce qu’il veut. Leur esprit se tend et s’ouvre à l’enseignement qu’il leur réserve. Sa nourriture c’est cet enseignement, c’est de répandre la vérité, c’est de se donner en la répandant, c’est d’aimer en se donnant. Sa nourriture c’est le déploiement sur terre de l’activité d’amour qui est sa vie éternelle : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ». Sa vie est en cette source unique et si profonde d’où procède son Être éternel et sa mission du temps. Il vit, il se nourrit, s’il se tient en contact avec elle; l’eau qui l’emplit déborde infiniment en lui à jamais dans le sein de l’éternel amour où il la reçoit, et se communique à chaque instant de la durée successive depuis qu’il s’est fait habitant de notre terre pour la verser à son tour sur nos âmes. Il vient de le faire : il est rassasié. Il va continuer de le faire auprès d’eux, puis auprès des Samaritains qui accourent. Toute autre nourriture lui est en ce moment inutile, ne compte plus. Il est tout à ce divin repas qui se présente à lui à travers les épis naissants de la plaine comme un champ mûri que dore le soleil de l’éternelle lumière et de l’éternel amour ; il ne voit que cela, et il veut que ses disciples s’habituent à contempler ce spectacle plus haut et à se contenter de ces aliments inconnus. « Voyez, leur dit-il, quatre mois encore et ce sera la moisson, les champs sont jaunes et les blés sont mûrs ».

Sur ces hauteurs, les réalités inférieures disparaissent; le temps cesse, ou mieux, on cesse de le voir ; on entre dans des régions nouvelles où se déroulent un autre temps et d’autres réalités. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 234 s)

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Je suis, moi, le Messie!

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La foi au Messie à venir, en laquelle Juifs et Samaritains sont unis, se réveille en cette femme de Sychar qui parle à Jésus. Le Maître la considère alors capable de recevoir la grande révélation. Dom Guillerand poursuit son commentaire sur cette rencontre au puit de Jacob :

« La femme de Sychar est dans un état d’âme que je devine sans pouvoir exactement le définir. Elle comprend beaucoup plus qu’elle ne voit, elle entrevoit beaucoup plus qu’elle ne comprend. Elle comprend surtout que ces questions existent, que celui qui parle les comprend pour elle, que son esprit est immense et son cœur très bon ; elle est plus éclairée par cette parole et cette présence que par les mots et les pensées. Et puis elle sent que, pour elle, comprendre ce qui est dit n’est pas nécessaire, mais qu’elle doit croire, accorder son âme à cette âme. Et déjà elle croit, elle sent se lever en son cœur un rayon qu’elle ne regardait pas habituellement, et qui y gardait néanmoins sa petite flamme lointaine et oubliée. La foi au Messie, en laquelle Juifs et Samaritains sont unis, se réveille ; elle s’en remet à lui, quand il viendra. N’établit-elle pas déjà une secret rapport entre celui qui lui parle et ce Sauveur qui doit venir ? « Je sais, dit-elle, que le Messie vient, et qu’il nous dira toutes ces choses » (Jean 4, 25). Elle sait le Messie, et elle l’attend. Elle a la foi, cette seule condition réclamée à Nicodème, et ensuite à tous, pour que la vérité puisse briller et se faire en un esprit. Cela suffit pour que le Sauveur se dévoile : « Je le suis, moi qui te parle».

Le vivant récit du disciple bien-aimé, l’habitude de le lire, la connaissance des détails qui le constituent nous empêchent de mesurer assez le cheminement parcouru en quelques instants par Jésus et cette âme, l’abaissement de celui-là pour rejoindre cette femme en sa fange et le relèvement de celle-ci qui suit comme elle peut et qui soudain se trouve sur les hauteurs divines de la foi, et d’une foi immédiatement agissante et apôtre. On comprend l’étonnement des disciples. Cet entretien seul à seul dans la campagne avec une femme d’un peuple et d’un pays à la fois détesté et méprisé était, de la part du divin Maître, absolument déconcertant. Lui seul pouvait oser cela. Mais il n’avait pas hésité un instant. Il avait préparé l’entrevue de toute éternité, et elle représentait dans son ministère un événement de la plus haute importance. Il y trouvait l’occasion d’affirmer ce qui faisait le fond de son âme et la raison d’être de son Incarnation. Il était venu sur terre pour relever des âmes déchues. Nulle déchéance ne pouvait lui faire peur ; et la pire misère morale devait l’attirer irrésistiblement. Les inimitiés nationales, il venait de l’expliquer, ne comptaient pas à ses yeux. Il n’était pas d’un peuple ni d’un pays : il était au-dessus de tous et pour tous.

Les disciples n’ont pas encore pénétré ces secrets divins, mais ils les devinent. L’ascendant que le Maître a pris sur eux en quelques mois est tel qu’ils n’osent pas manifester leur surprise. Pourquoi cette attitude qui les déconcerte ? Ils ne cherchent pas à le savoir. Ils lui font confiance ; ils sont vraiment à lui. En toute circonstance ils lui gardent cette foi à laquelle il tient par-dessus tout et qui lui suffit. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 231 s)

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Lumière révélatrice

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Jésus nous fait avancer en nous révélant à nous-mêmes. Ce processus est souvent humiliant pour notre amour-propre mais incontournable pour une conversion sincère. Lors de sa rencontre avec la Samaritaine, le Maître arrive à ce point tournant dont dépend tout l’avenir spirituel de cette femme. Laissons dom Guillerand nous en décrire le processus :

« Va, appelle ton mari et reviens ici » (Jean 4, 16). Le divin Maître donne soudain à la conversation un tour tout nouveau. Lui-même suit son idée et son amour. Il voit en cette âme des dispositions à accueillir la lumière et il lui en verse le rayon qu’elle acceptera. Mais il le fait par des moyens inattendus. Cette femme a mené, et mène encore, une vie de désordre. Elle s’est donnée successivement à cinq hommes, et celui avec lequel elle est liée maintenant n’est pas un mari. Le Sauveur le savait quand il a engagé l’entretien ; il le savait de toute éternité quand il formait ce cœur, quand il unissait cette âme à ce corps qui l’entraînerait à l’abîme ; mais il sait que son amour éclate à se donner, et que le relèvement des êtres tombés est une des formes les plus glorieuses du don de soi. Il voulait cette gloire … et il préparait tout ce qui devait la manifester. Toutes les circonstances de sa vie terrestre, toutes les rencontres et tous les mots prononcés sont ordonnés à ce but qui, pour lui, est unique et s’impose.

La Samaritaine ne se ferme pas à cette lumière qui la découvre ; elle reconnaît de plus en plus en celui qui lui parle un être supérieur qui lui inspire toute confiance, et elle se courbe devant cette lumière qui pourtant l’humilie. Elle reconnaît sa misère, et elle en fait l’aveu : « Je n’ai pas de mari ». Peut-être pourrait-on entendre cette réponse dans un sens plus sévère et y voir une «dérobade». L’aveu me semble beaucoup plus dans le style de cette âme essentiellement sincère et qui a conquis la grâce par cette sincérité. Le divin Maître ne lui donne pas le temps de s’expliquer; il a hâte de poursuivre et d’achever son œuvre. La terre est bonne ; elle peut porter moisson ; il presse la levée du grain et la récolte : « Tu as parlé juste en disant : Je n’ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : en cela tu as dit la vérité ».

L’entretien reste manifestement confiant de part et d’autre. Jésus ne s’arrête pas à la faute ; il ne cherche pas à humilier. Nul reproche et même aucune allusion à ce qu’il y a de répréhensible dans la situation de cette femme. Elle a été sincère ; elle a reconnu ses fautes ; il ne relève que cela ; et il le fait avec insistance : « Tu as dit vrai ». Il reprend deux fois la formule en ces quelques mots qui sont en définitive des félicitations. Il ferme les yeux sur le mal pour ne voir que le bien et préparer la magnifique récompense. La Samaritaine le sent ; consciemment ou inconsciemment, l’attrait divin l’envahit, la rapproche, éveille en son âme des soucis et des mouvements nouveaux. La pénétration de celui qui parle révèle un homme en contact avec le ciel et qui peut éclairer les problèmes religieux dont son âme est tout de même préoccupée en son fond : « Je vois, dit-elle, que vous êtes prophète ».

(Écrits spirituels, tome 1, page 227 s)

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Petits enfants, gardez-vous des idoles!

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Initialement publié sur Carnet d'un ermite urbain :
Le mot « idole » peut être compris de diverses manières: Dans le domaine des religions, l’idole est synonyme de «faux dieux» (dieux des païens) à l’opposé du Dieu unique des Juifs,…

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Eau dormante ou jaillissante?

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Dans son entretien avec la Samaritaine, Jésus demeure incompris lorsqu’il lui parle de l’eau appelée à devenir en elle une source. « Il ne s’en émeut pas, fait remarquer dom Guillerand, mais il se tient toujours sur les hauteurs pour nous y attirer ». Écoutons, encore une fois, notre ami chartreux :

« La Samaritaine en est encore à l’idée d’une eau ordinaire ; Jésus l’en détrompe et l’ouvre au désir d’une eau supérieure qui désaltère pour toujours. Déjà même il laisse entrevoir la haute cime où il l’appelle : « L’eau que je donnerai deviendra en lui une source dont l’eau jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jean 4, 14). Jésus offre à la Samaritaine une eau qui deviendra en elle une source de vie inépuisable. Et déjà, dans une formule d’une richesse divine, il la définit. Cette eau est une source. Ce n’est pas une eau dormante, immobile ; c’est une eau qui jaillit dans l’âme, mais qui ne vient pas de l’âme. Elle vient de plus haut que l’âme: c’est pourquoi elle rejaillit; elle tend à rejoindre les hauteurs de son origine. Elle vient des montagnes éternelles, et elle y tend; elle rejaillit en vie éternelle. Son mouvement est donc un mouvement immanent, qui demeure … ce n’est pas un mouvement qui vient d’ailleurs et qui s’achève ailleurs. Il vient de plus haut que nous, et cependant il vient de nous ; il remonte aux cimes de son départ, et cette cime elle-même est en nous. C’est bien le mouvement de vie, et de vie qui ne s’épuise pas, puisqu’il se déploie uniquement dans le sujet.

La Samaritaine ne pénètre pas en ces profondeurs de pensée. Qui, ici-bas, en rejoindra l’immensité sans fond ? Nous avancerons sans cesse de notre mouvement transformé, divinisé, et sans cesse nous aurons devant nous l’infini qui se donnera et qui déroulera sa plénitude inabordée. Le divin Maître ne s’émeut pas de rester incompris. Il se tient toujours sur les hauteurs pour nous y attirer, et sans cesse en mouvement pour que nous nous efforcions de le rejoindre. Sa joie c’est ce mouvement qu’il provoque : il le provoque dans l’âme ; il est donc dans l’âme ; l’âme lui est donc unie ; c’est ce qu’il désire : se donner, s’unir dans ce mouvement qui est sa vie et qui devient notre vie.

La Samaritaine est dans un état d’âme qu’il est bien difficile d’exprimer. On le devine sans pouvoir l’analyser. C’est un mouvement ; c’est le mouvement de l’eau divine que Jésus lui révèle ; mais il se communique à un milieu bien réfractaire. La matière y a pris trop de place ; elle reste donc dans l’idée d’une eau matérielle, d’une eau matérielle bien supérieure à celle du puits de Jacob. Elle suit Jésus, elle le suit à une grande distance, mais elle est en mouvement vers lui: le divin Maître est content. Elle désire cette eau dont elle ne saisit pas encore la nature spirituelle et divine, mais dont elle entrevoit le caractère et l’efficacité nouvelle: « Donnez-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir ici pour en puiser ». Si inférieur qu’il soit, ce désir de la pauvre femme tombée provoque la grâce qui relève. Parce qu’elle n’a pas rejeté le Sauveur, il lui offre le salut ; elle a foi en lui ; il récompense sa foi ; il poursuit son œuvre en lui montrant de plus en plus combien il la mérite : « Va, appelle ton mari et reviens ici ».

(Écrits spirituels, tome 1, page 225 s)

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Narcisse et la tendance homosexuelle

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Pour nous qui vivons au début du troisième millénaire, il nous est difficile d’ignorer l’ampleur du mouvement gay qui ne cesse de faire les manchettes … et la question se pose: d’où vient cet engouement chez certains de nos contemporains pour un style de vie autrefois jugé  bizarre, pour ne pas dire anormal? Tous ces adeptes sont-ils « nés comme ça » ou ne seraient-ils pas en partie victimes d’une société hédoniste à outrance?

Dans son article « Sommes-nous les enfants du narcissisme? », Renaud Beauchard note que la notion de narcissisme peut s’appliquer à l’observation des tendances actuelles des sociétés modernes occidentales. Mais, au préalable, notons  pour les non-initiés  que ce terme «narcissisme» provient du mythe grec de Narcisse, beau jeune homme qui, venant un jour à une source d’eau pour apaiser sa soif, vit son reflet dans l’eau et s’extasia devant lui-même: sans s’en douter, il se…

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Si tu savais le don de Dieu

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Être à l’écoute de Dieu, c’est s’exposer à en recevoir des enseignements imprévus qui nous attirent vers le haut. Ce fut le cas de Nicodème et c’est maintenant le cas de la Samaritaine. C’est également là le message que veut souligner dom Guillerand dans son commentaire biblique :

« Le tour que Jésus donne immédiatement à cet entretien n’est pas moins déconcertant. Il fait avec cette femme ce qu’il a fait avec Nicodème. Il l’entraîne du premier coup sur des terres et à des hauteurs où il est impossible qu’elle puisse atteindre. « Si tu savais le don de Dieu, et si tu connaissais celui qui te parle, c’est toi qui lui demanderais à boire et il te donnerait de l’eau vivre » (Jean 4, 10). Quelle impression exacte avait provoquée dans l’esprit de la Samaritaine la première parole du Sauveur (« Donne-moi à boire ») ? Il est difficile de le préciser … et il est inutile de le faire puisque l’Esprit-Saint n’a pas cru devoir nous le dire. Mais à coup sûr elle était loin de la préparer à cet envolée subite de l’entretien. Il demandait alors, maintenant il offre de donner ce qui lui manquait; il s’agissait de l’eau du puits de Jacob, il s’agit maintenant d’une eau puisée à la source même de toute vie et que Dieu lui-même verserait ; il apparaissait comme un pauvre Juif épuisé qui a besoin d’une gorgée … et le voilà maintenant avec les traits d’un personnage mystérieux qui dispose d’une eau vive et d’une puissance supérieure à la terre.

La Samaritaine en est manifestement saisie. Le titre qu’elle lui donne montre que la parole de cet étranger a quelque chose qui ne permet pas de la mépriser. Elle ne comprend pas; mais elle devine que ce qu’elle ne comprend pas peut être. En face de ce qu’on lui dit son esprit s’ouvre à un par-delà qu’elle croit possible. Le mystérieux étranger mérite qu’on l’écoute : et elle entre dans les rapports d’âme où il l’attire et qui la conduiront à la foi. Déjà elle croit que celui qui lui parle peut être un envoyé de Dieu. Quelques mots à peine ont établi le contact que quelques autres, presque aussi courts, transformeront en adhésion et en union d’âme. Cependant, elle reste encore sur le terrain matériel. Elle ne rejette pas l’idée d’une puissance divine, mais d’une réalité surnaturelle et spirituelle : « Seigneur, dit-elle, vous n’avez rien pour puiser et le puits est profond ! Où prendrez-vous de l’eau vive ? Êtes-vous plus grand que notre père Jacob, qui a creusé ce puits et qui nous a donné cette eau ? » Elle est surprise et veut savoir; elle n’est pas incrédule et ne se ferme pas à la Lumière. Elle a bien l’état d’âme que Jésus aime, et il va la satisfaire.

Il précise le terrain où se meut sa pensée et où il veut attirer la pensée de son interlocutrice. Il ne s’agit pas d’une eau ordinaire qui calme une soif ordinaire. Il s’agit d’une eau qui supprime toute soif : « Quiconque boit de l’eau qui est dans le puits de Jacob, aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je donnerai sera désaltéré pour toujours ». Jésus et la Samaritaine ne sont pas encore sur le même plan de pensée, mais déjà les âmes sont accordées. Le divin Maître a penché son âme vers cette âme en lui parlant malgré les différences de nationalités hostiles ; la femme de Sichem n’a pas repoussé la divine avance. Il s’est présenté comme un envoyé du ciel, et elle admet qu’il puisse avoir une mission d’en haut. Rien ne les sépare que ce qu’il n’a pas fait encore, mais qu’il fera sans tarder. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 224 s)

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Adorable et Assimilable

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La Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (autre fois, Fête-Dieu) a toujours attiré l’attention affectueuse des Catholiques, et pour cause. Depuis le Moyen-Âge, l’Église a toujours entouré cette fête des plus grands honneurs: messe solennelle, processions, chants, fleurs, reposoirs, … sans oublier ses rejetons obligés: saluts du Saint-Sacrement et adorations des Quarante heures! Mais d’où vient cet engouement qu’on ne retrouve pas dans les Églises orientales? Et tout d’abord qu’est-ce que l’eucharistie?

« L’eucharistie, est le sacrement de la tendresse de Dieu, écrit le père Rey-Mermet, car Dieu ne crée l’univers que pour s’unir tous les humains dans l’amour ». Et c’est pourquoi l’Incarnation ne se termine pas au Christ mais à tout individu, justement pour que tout individu devienne divin. Merveilleux! Mais mange-t-on le Christ en privé et pour nous-même seulement? Non, on le mange ensemble, communautairement: « Le pain que nous rompons, dit Paul aux Corinthiens, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, nous ne formons qu’un seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique ». La communion nous unis donc les uns aux autres tout en nous unissant à la victime de la croix; car, en nous invitant à manger son corps livré et à boire son sang versé, Jésus nous intègre à sa propre offrande pour ne faire qu’un avec lui. Dans l’eucharistie, Jésus ne pouvait que se faire assimilable. Sans être exclusif, l’eucharistie demeure donc le moyen par excellence de notre assimilation au Christ.

La présence réelle et substantielle de Jésus dans ce sacrement a souvent été mise en doute, et spécialement depuis 500 ans, par les Protestants qui n’y voient qu’un pur symbole. Face à cette hérésie, les réactions du magistère de l’Église ne se firent pas attendre avec la tenue du concile de Trente (16e siècle). Cependant, cette insistance sur la présence réelle repoussa dans l’ombre la dimension de nourriture du sacrement au profit de l’adoration: on encouragea avec succès diverses démonstrations publiques (processions, saluts et bénédictions) mais, le Jansénisme aidant, la communion, elle, devint plus rare. Quoiqu’il en soit, se développa peu à peu dans l’Église Catholique une dévotion eucharistique, inconnue (sous cette forme) de l’Église Orientale, qui parvint néanmoins à se comparer avantageusement à une autre dévotion propre aux Orientaux: celle des icônes. Faut-il s’en offusquer? À chaque Église sa grâce particulière! Quoique puissent en penser certains liturgistes, le culte eucharistique en dehors de la messe s’est quand même avéré source de grâces et de consolations pour de nombreux fidèles, au cours des siècles. Le Pape François lui-même n’a-t-il pas privilégié l’adoration silencieuse devant le Saint-Sacrement lors de sa prière publique à la basilique Saint-Pierre en 2020, au tout début de la pandémie?

Jésus adorable donc, mais aussi et surtout Jésus assimilable! Voila un mystère de foi qui ne cesse de révéler ses richesses spirituelles. Sacrement de la tendresse de Dieu, son but avoué est de nous unir à Lui dans une étreinte éternelle. Puissions-nous tous en profiter!

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Une demande inattendue

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Tout l’évangile nous montre Jésus penché vers la misère pour la guérir. Dans son commentaire sur la rencontre avec la Samaritaine, dom Guillerand s’extasie devant cette préférence du Maître pour ce qui est méprisé du monde. Écoutons-le :

« Donne-moi à boire » (Jean 4, 7). Cette demande est toute indiquée, surtout en ces pays d’Orient où les vertus sociales sont si bien observées. La femme a ce qu’il faut pour atteindre l’eau profonde; lui, n’a rien; elle ne peut refuser ce service. Mais les rivalités nationales, connues de tous, lui donnent un caractère inattendu qui frappe la Samaritaine : et c’est précisément ce que Jésus veut. Il veut attirer l’attention et l’esprit pour prendre contact avec ce cœur. La femme lui rappelle ce qui les sépare ; elle est étonnée de ce rapport dont il prend l’initiative ; elle ne comprend pas, elle suppose probablement quelque motif secret qu’elle veut connaître : « Comment vous, un Juif, pouvez-vous me demander à boire à moi, une Samaritaine? » Jésus attendait cette réponse ; c’était ce qu’il voulait provoquer, non pour justifier sa demande, ni même pour la maintenir. Il l’oublie au contraire. Et il porte aussitôt la conversation sur son terrain. L’eau du puits de Jacob, sa soif et sa fatigue physique l’intéressent fort peu. Ce qui compte pour lui, c’est l’âme de cette personne … et par delà cette personne, toute cette région samaritaine pour laquelle son divin cœur nourrit la même charité que pour ses compatriotes. Il connaît la femme à qui il s’adresse et tous ceux dont elle est, malgré l’indignité de sa conduite, la représentante spirituelle choisie et dont elle sera la missionnaire. Cette indignité même l’attire, dicte son choix ; elle est bien dans le style de sa mission et du divin amour qu’il vient révéler. Toute l’Écriture qui annonce cette mission le montre penché vers la misère pour la guérir, indifférent à toute grandeur naturelle ou l’abaissant pour s’en servir, tourné vers ce qui n’est pas pour l’exalter. Sa vie, sa naissance, sa situation, sa famille, ses premiers choix, ses premiers actes, tout est dans cet esprit; tout indique une préférence marquée pour ce que les hommes méprisent.

Cependant, il n’a pas encore affiché cette préférence comme il le fait en ce moment; une Samaritaine, une femme tombée ; rien jusque-là ne laissait prévoir qu’il quitterait la capitale, fuirait les Juifs, et surtout les purs, ceux qui représentaient le vieil esprit et les traditions du peuple choisi de Dieu, pour cette misérable, rencontrée seule au bord d’un puits. À cette date, une telle attitude était invraisemblable … et l’on comprend la stupéfaction des disciples à leur retour en face de ce spectacle. Même après 1900 ans de christianisme, nos âmes familiarisées avec ce récit, et avec un nouvel esprit qui l’anime, ont peine à mesurer l’étrange nouveauté d’un tel entretien. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 223 s)

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