De quelle royauté s’agit-il ?

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En cette fête du Christ, Roi de l’univers, il convient de clarifier brièvement ces deux éléments si souvent mal compris: Royauté du Christ et Jugement dernier.

LE CHRIST ROI. Il importe de bien comprendre cette royauté qui n’a rien à voir avec celle des roitelets d’aujourd’hui. Jésus n’a rien d’un roi inactif, emblématique, vide de tout pouvoir politique, mais il se rapproche plutôt des anciens rois qui réunissaient en eux-mêmes les pouvoirs militaires, législatifs et économiques. Jésus est, plus précisément, une sorte de roi-général qui nous entraîne à sa suite dans la conquête du monde pour y établir le Royaume de Dieu son Père: « royaume de justice, d’amour et de paix ». Conquête, faut-il le préciser, non par les armes mais par le témoignage de l’amour et le service du prochain. D’après saint Paul, ce genre de royauté en devenir  ne serait que provisoire car une fois la conquête achevée, Jésus n’hésitera pas à tout remettre à Dieu le Père :  « Puis ce sera la fin, quand il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort (…) Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. » (1 Corinthiens 15, 24-28).

LE JUGEMENT DERNIER. La foi chrétienne distingue deux jugements. Le jugement particulier, lorsque l’homme, à sa mort, paraît devant Dieu: ce jugement met en lumière la vie unique de cette personne, sa liberté et sa responsabilité personnelles, et décide de sa destinée éternelle (voir le no 1022 du Catéchisme de l’Église catholique). Le jugement dernier, lui, coïncidera avec le retour du Christ et l’accomplissement du monde à la fin des temps. Ce dernier ne sera pas un procès mais un verdict ou jugement en ce qu’il mettra en lumière le bien comme bien, et le mal comme mal. Il sera aussi et avant tout l’accomplissement de la promesse de salut intégral de l’homme (âme et corps) en faisant partager à tous les fidèles le triomphe du Ressuscité: il va de soi que l’être humain, même béatifié, ne saurait être complet sans la présence de son corps. Enfin, selon l’évangile de Matthieu (25, 31-46), les critères de ce verdict-jugement porteront sur nos relations au prochain; il nous renvoie donc à notre agir chrétien.

CRAINDRE OU SE RÉJOUIR ? Pour les premiers chrétiens, le retour du Christ était objet d’attente joyeuse et impatiente et non de crainte (tel qu’il l’est pour certains d’entre nous, influencés par une iconographie médiévale se plaisant à détailler les châtiments). Après avoir rappelé aux chrétiens de Thessalonique l’avènement futur du Christ, l’apôtre Paul conclut tout naturellement: « Réconfortez-vous donc les uns les autres de ces pensées. » (1 Thess 4, 18). À leur exemple, demeurons nous-aussi dans une joyeuse expectative!

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« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant … »

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En ce monde où tout semble devoir être remis en question, y compris nos convictions religieuses les plus fondamentales, il est bon et même nécessaire d’affirmer l’importance du Symbole des Apôtres, merveilleux résumé de nos convictions chrétiennes, petit texte récité régulièrement, même si machinalement, à la messe dominicale. Un catéchète du 4e siècle, saint Cyrille de Jérusalem, nous en explique l’importance, lui qui fut appelé à souffrir de longues années d’exil pour son attachement à la vraie foi. Écoutons-le:

« Qu’il s’agisse d’étudier la foi ou de la confesser, acquiers et retiens seulement celle qui t’est transmise à présent par l’Église, celle qui a toutes les Écritures pour remparts. Or, tous ne peuvent lire les Écritures; les uns à cause de leur ignorance, les autres parce que leurs occupations les éloignent de la connaissance. Pour que cette ignorance n’entraîne pas la perte de l’âme, nous renfermons dans un petit nombre de versets toute la doctrine de la foi:« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus Christ … ». La foi dont tu viens maintenant d’entendre le texte, garde-la dans ta mémoire. Reçois aussi, quand le moment sera venu, le témoignage des divines Écritures sur chacun de ses articles. Car ce n’est pas le caprice des hommes qui a composé ce résumé de la foi; on a choisi les points les plus importants, à travers toute l’Écriture, pour récapituler l’ensemble de la foi. Et de même que la semence de moutarde renferme dans une petite graine de nombreux rameaux, de même ce symbole de la foi, en peu de mots, enveloppe toute la science de la piété contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Faites donc attention, mes frères, gardez l’enseignement qui vous est transmis maintenant, et gravez-le sur les tables de vos cœurs. Veillez religieusement à ce que l’ennemi ne vienne vous dépouiller dans un moment de négligence, à ce qu’un hérétique ne déforme pas une des vérités qui vous ont été transmises. Car la foi est comparable à de l’argent que l’on doit mettre à la banque, comme nous venons de le faire (en vous transmettant le symbole). Dieu vous demandera compte de ce qu’on vous a confié. Comme dit l’Apôtre, je vous en adjure, devant Dieu qui donne vie à toutes choses, et devant Jésus Christ qui a rendu témoignage devant Ponce Pilate dans une belle profession de foi: gardez sans tache cette foi qui vous a été transmise, jusqu’à la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ.

Un trésor de vie vient de t’être livré. Le Maître réclamera le dépôt qui lui appartient, au temps de sa manifestation que fera paraître aux temps fixés le bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs; le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir. À lui, gloire, honneur et puissance pour les siècles des siècles. Amen. »

(Catéchèse baptismale de saint Cyrille de Jérusalem, PG 33, 520-524)

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La face négative de l’amour

Le mois de novembre nous invite à regarder la dure réalité de la vie et de la mort. Personne ne peut y échapper alors que dame Nature elle-même se meurt. Pourquoi s’attacher si follement aux choses destinées à périr ? Un détachement est donc de mise, mais quelle sorte de détachement ? Dom Guillerand y répond magistralement en affirmant que le détachement chrétien n’est rien d’autre que la face négative de l’attachement, c’est-à-dire de l’amour. Écoutons-le :

« On se figure trop souvent que le détachement chrétien consiste à ne rien aimer. C’est horriblement inexact. Il n’y a jamais eu de cœur plus aimant que celui de Jésus; et nos cœurs doivent se modeler sur le sien. Aimer est le grand, et même l’unique, commandement: « Voilà le premier commandement … tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et … ton prochain ». Nous avons là tout l’Évangile et toute la vie et tout Dieu, qui est « Deus caritas »: l’amour. Mais un amour ordonné, un amour qui puisse vivre et se communiquer, et par conséquent qui puisse immoler tout ce qui l’empêche de se donner. Cette immolation, c’est le détachement. Le détachement c’est comme la face négative de l’attachement (ou amour). (…)

Le sacrifice et le dépouillement permettent de se donner à Dieu: ils brisent les liens créés qui retiennent l’âme; ils la libèrent et assurent le plein essor vers les hautes régions où l’on goûte la paix. Il faut que nous sortions de plus en plus des mille riens où se perdent la moitié de nos pensées et de nos sentiments. Pense beaucoup au ciel. Pense beaucoup à Notre-Seigneur qui est notre ciel de la terre et qui sera encore notre ciel de là-haut. Ce qui nous manque, c’est cela. Il nous manque quelqu’un. Nous ne trouvons autour de nous que des choses ou des personnes qui ne sont pas assez quelqu’un. Et en nous surtout nous ne trouvons pas une personne qui soit assez une personne. Pour être quelqu’un, il faut se posséder, il faut se rendre indépendant; il ne faut pas être à la merci de tout ce qui nous entoure; il ne faut pas s’émouvoir et perdre la tête parce qu’il fait clair ou sombre, froid ou chaud, parce que les choux sont plus ou moins gras, parce que le porte-monnaie est plus ou moins garni, parce que l’âge emporte les années et apporte les rides, parce que les hommes nous témoignent estime ou antipathie, etc., etc., etc.

Si on se trouble pour tout cela, on est esclave de tout cela; on n’est pas indépendant de tout cela; tout cela nous commande, nous fait parler, agir, nous en impose; on n’est pas quelqu’un, on n’est pas vraiment une personnalité, c’est-à-dire un être indépendant et libre. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 210-211 et 214-215)

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Conseils pour prêtres affairés

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Il y a malheureusement des prêtres qu’on ne voit jamais prier … affairés qu’ils sont à leurs tâches apostoliques, s’efforçant d’être des « prêtres en sortie » et fuyant comme la peste l’image du « prêtre de sacristie ». Noble désir de servir les autres tout en oubliant d’être un homme de Dieu. La difficulté n’est pas d’hier ! Voici ce que conseillait, au 16e siècle, un saint évêque de Milan à ses prêtres diocésains:

« Nous sommes tous faibles, je le reconnais, mais le Seigneur Dieu nous a donné des moyens où nous pouvons facilement trouver du secours si nous le voulons. Voici un prêtre qui voudrait mener la vie irréprochable à laquelle il se sait obligé, qui voudrait être chaste et avoir la conduite digne des anges qui lui convient; mais il ne décide pas d’employer les moyens voulus: le jeûne, la prière, la fuite des relations mauvaises, des familiarités nuisibles et dangereuses. (…)

Tu as la charge de la prédication et de l’enseignement ? Étudie, applique-toi à tout ce qui est nécessaire pour bien exercer cette charge. Soucie-toi d’abord de prêcher par ta vie et tes mœurs; évite qu’en te voyant dire une chose et en faire une autre, les gens ne se moquent de tes paroles en hochant la tête.

Tu as charge d’âmes ? Ce n’est pas une raison pour négliger la charge de toi-même et pour te donner si généreusement aux autres qu’il ne reste plus rien de toi-même pour toi. Car tu dois te souvenir des âmes dont tu es le supérieur, mais sans t’oublier toi-même.

Comprenez, mes frères, que rien n’est aussi nécessaire, pour des hommes d’Église, que l’oraison mentale qui doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre. Je chanterai, dit le Prophète, et je serai attentif. Si tu administres les sacrements, mon frère, pense à ce que tu fais; si tu célèbres la messe, pense à ce que tu offres; si tu psalmodies au chœur, réfléchis à qui tu parles et à ce que tu dis; si tu diriges les âmes, songe au sang qui les a lavées; ainsi faites tout avec amour. C’est ainsi que nous pourrons vaincre facilement les innombrables difficultés que nous rencontrons nécessairement chaque jour, du fait de notre position. C’est ainsi que nous aurons la force d’engendrer le Christ en nous et chez les autres. »

(Homélie de saint Charles Borromée aux prêtres réunis en synode, 18 avril 1584)

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Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

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Cimetière paroissial (Canada)

En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens, les baptisés décédés, spécialement ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort, de la prière pour les défunts, de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout pas le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Mais gardons-nous d’en faire un lieu tout feu tout flammes … il s’agirait plutôt de l’amour du Père nous brûlant jusqu’à ce qu’il soit parvenu à nous enflammer.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de nos proches. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort ne fait pas un mort mais un vivant. Mais, comme dit le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cette échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

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Communion des baptisés entre eux

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Marcher la main dans la main nous renvoie aux amoureux, au jeune enfant qui accompagne sa maman, à l’aveugle qui s’agrippe à son compagnon. Amour, confiance, sécurité: autant de motifs qui peuvent nous inciter à nous appuyer sur une autre personne. N’est-ce pas là le fondement de toute société …  une solidarité basée sur la confiance et l’entraide mutuelles?

 En la veille de la fête de la Toussaint (1er novembre), quoi de plus merveilleux que de se rappeler cette belle et unique solidarité qui fonde l’Église: la communion de tous les baptisés entre eux! En contemplant la fresque du Jugement dernier par Fra Angelico, je remarque la joie et la bonne entente qui règnent sur le visage de ces personnes qui viennent de se faire dire:« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Matthieu 25, 34). Cette bonne entente n’est évidemment  pas nouvelle pour eux puisqu’ils l’ont vécue durant leur vie terrestre, bon an mal an. Notons également que cette charité fraternelle ne vient pas vraiment d’eux mais plutôt de Celui qu’ils ont servi dans la foi et qui leur a donné en retour son Esprit Saint. Cette aide céleste, absolument gratuite, me semble rappelée par la présence des anges gardiens qui les accompagnent dans cette joyeuse farandole.

La fête de la Toussaint est donc le triomphe de l’Amour miséricordieux dans notre vie personnelle et dans celle de tous nos frères et sœurs; elle est également l’annonce du triomphe final du Bien sur le Mal. Bienheureux, oui, mille fois bienheureux, ceux qui participeront aux noces de l’Agneau dans le Royaume!

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Notre nouvelle famille

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Nous concluons, aujourd’hui, la conférence de dom Guillerand sur le Notre Père alors qu’il fait longuement allusion à notre appartenance à la famille céleste, cette famille composée d’anges, de saints, de chrétiens convaincus, dont les membres font toujours la volonté du Père :

« Il y a encore une autre conséquence ou pour mieux dire cette conséquence peut être envisagée sous un aspect plus large et prolongé. L’Écriture appelle le Christ « premier-né de beaucoup de frères » (Romains 8, 29). Ces frères, il nous a dit lui-même qui ils sont, dans une circonstance et dans un mot que nous ne devrions pas nous lasser de méditer : « Qui sont ma mère, mes frères ? … Ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent » (Matthieu 12, 48.50). L’observation de la parole marque l’âme de traits qui sont les traits de famille. Car la parole c’est son Fils, c’est son Image. Ceux qui observent sa parole, ceux qui l’aiment, la font, la créent en eux; ils se font à l’image et à la ressemblance, ils se refont « à l’image et à la ressemblance de Dieu » et en Jésus, ils ne font qu’un. Quand nous disons bien ces mots « notre Père », nous ne sommes pas seuls. Une foule immense est avec nous, en Jésus et avec Jésus: « Vous en moi et moi en vous ».

Voilà pourquoi ce mot « notre » est nécessaire: il exprime une idée qui donne à notre prière et à notre âme une ampleur immense. Tout le ciel, et toute la terre, toute la famille céleste, la Trinité Sainte, les anges et les Saints le prononcent avec nous. Tel est le sens de la prière sacerdotale : « Qu’ils soient consommés dans l’unité, qu’ils soient un comme nous » (Jean 17, 11.22).

Vous voyez, ou mieux entrevoyez (car ce que je dis n’est qu’une petite, très petite part de la réalité) comme nous sommes grands quand nous disons ce mot « Père » et comme il faut le dire avec tout notre esprit, tout notre cœur, toutes nos forces, toute joie : il est le chant de la vie. Il importe souverainement de penser que tout ceci est réel, aussi réel que ce que nous voyons de nos yeux, et même plus. Ce qui manque aux âmes, c’est cela, c’est cette conviction. C’est elle qui fait les Saints ; c’est elle qui les tenait longuement en oraison ; c’est elle qui fait Jésus, la Sainte Famille ; c’est elle qui fera le ciel. Cette conviction, son caractère profond et vivant dépend de Dieu et dépend de nous : il faut une grâce, et on la développe par l’exercice. Dieu donne sa grâce, si on s’y prépare. L’exercice dispose l’âme. Une âme qui renouvelle souvent un acte de foi à la paternité divine, à la divine présence, qui sans cesse pense à lui, est une âme à qui Dieu se donne; il la fait participer à l’âme de Jésus disant : « Il ne m’a pas laissé seul parce que je fais toujours ce qui lui plaît » (Jean 8, 29). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 27 s)

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Il s’agit bien de « notre » Père

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Dom Guillerand poursuit sa conférence sur la prière du Notre Père en s’arrêtant sur l’adjectif possessif «notre» qui renferme une grande vérité trop souvent négligée. Écoutons de nouveau ce maître incontestable de la vie spirituelle :

« Nous ne disons pas seulement «Père», ni «mon Père», nous disons «notre Père». Le mot «notre» a un double sens : il signifie d’abord la possession ou la libre disposition, c’est un adjectif possessif: il signifie donc, dans la circonstance, que le Père auquel nous nous adressons est vraiment à nous ; il nous appartient, nous pouvons en disposer: c’est stupéfiant, et cependant, cela est. (…) Dieu est vraiment notre Père, et il veut que nous lui donnions ce titre. Lui-même nous a donné le droit d’employer cette formule, de prononcer ce nom. Ce droit, nous ne l’avons pas par nature : par nature, nous sommes des créatures, des serviteurs ; la filiation, le titre de fils, est un don, un don gratuit, une grâce absolument imméritée. Jamais, s’il ne nous l’avait appris, nous n’aurions pu l’employer. Mais il l’a dit, il l’a voulu ; il veut que nous nous comportions en enfants ; il veut que nos rapports avec lui soient de rapports de fils à père, que nous considérions son sein comme le sein d’un père et comme notre demeure.

L’adjectif «notre» a un second sens qui se rattache intimement au précédent. Nous ne sommes pas, nous, fils unique. Il n’y en a qu’un : Celui qui est son Image parfaite, qui le reproduit tout entier. Nous devenons fils si nous sommes en Celui-ci. De là, ces mots, ces recommandations du Fils unique : « Venez à moi (Matthieu 11, 28), Demeurez en moi (Jean 15, 4) ». De là, sa prière : « Père, faites qu’ils soient un, qu’ils soient en moi comme je suis en vous et vous en moi » (Jean 17, 22). Mais si nous répondons à ces appels, alors il vit en nous et nous vivons en lui, nous ne faisons qu’un : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20).

Vous voyez aussitôt les conséquences. Notre voix n’est plus seulement notre voix, c’est la Voix aimée qui ravit le Père. En nous entendant, c’est Lui qu’il entend. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 26 s)

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La prière par excellence

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Comme tout vrai contemplatif, dom Guillerand se plaît dans les prières simples et courtes car l’attention se porte ainsi  plus facilement sur l’objet visé. Dans une conférence donnée aux frères convers de son monastère, voici comment ce moine chartreux aborde l’explication de la prière enseignée par Jésus, le Notre Père :

« L’oraison dominicale, le Pater, est la prière parfaite, la prière par excellence, la prière qui résume toutes les autres. Elle établit entre l’âme et Dieu un rapport qui est proprement et véritablement la vie éternelle.

Quand nous prononçons bien ce simple mot «Père», quand nous y mettons bien toute la richesse de sens qu’il comporte, quand, en le prononçant, nous nous tenons bien détournés de tout ce qui n’est pas lui et tout tournés vers lui seul, quand nous voyons bien par la foi le mouvement de ce Père qui verse sa vie et son être en notre âme, qui y grave ses traits, qui nous fait fils, à son image et à sa ressemblance, quand nous accueillons avec amour  ces traits, quand, en un mot, nous nous donnons comme il se donne, il est certain, absolument certain, que les trois Personnes de la Sainte Trinité sont là, en nous, que la félicité infinie qui est cette vie même est participée par notre âme, sous un voile, sans doute, le voile de la foi, mais, encore une fois, très réellement, et il faut y penser.

Et c’est pourquoi, une âme, si elle y est attirée par la grâce, peut se contenter de cette prière, et même, ce qui est évidemment plus rare et exceptionnel, s’en tenir au premier mot qui dit tout. Le divin Maître, cependant, en dictant cette prière, en a ajouté d’autres, non pour la changer ni pour la compléter, mais pour la mettre en une lumière plus vive. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 26)

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Bonne fête, saint Bruno !

Lors de sa visite en Calabre, en 1984, le Pape Wojtyla témoigna de son estime pour la vie contemplative en visitant les moines chartreux de Serra San Bruno le 5 octobre (veille de la fête de Bruno, leur fondateur). Cette abbaye, plusieurs fois détruite, abandonnée et reconstruite, rappelle le lieu de la 2e fondation de l’Ordre (après celle de la Grande Chartreuse, en 1084) ; elle a même l’honneur de conserver les restes du vénéré fondateur, décédé à cet endroit en 1101.

On ne saurait mieux célébrer aujourd’hui saint Bruno qu’en relisant attentivement deux extraits de sa lettre envoyée de Calabre aux moines de la Grande Chartreuse quelques mois avant sa mort :

« Réjouissez-vous donc, mes frères très chers, pour votre bienheureux sort et pour les largesses de grâce que Dieu répand sur vous. Réjouissez-vous d’avoir échappé aux flots agités de ce monde, où se multiplient les périls et les naufrages. Réjouissez-vous d’avoir gagné le repos tranquille et la sécurité d’un port caché ; beaucoup désirent s’y rendre, beaucoup font même un effort pour l’atteindre et n’y parviennent point.  (…)

De vous, mes bien-aimés frères convers  [religieux, non-prêtres, consacrés aux travaux manuels], je dis : « mon âme glorifie le Seigneur », car je considère la magnificence de sa miséricorde sur vous, d’après l’exposé de votre prieur et père très aimant, qui est rempli de joie et de fierté à votre sujet. Je me réjouis  moi aussi, car bien que vous n’ayez pas la science des lettres, le Dieu tout-puissant grave de son doigt dans vos cœurs non seulement l’amour, mais la connaissance de sa loi sainte; vous montrez en effet par vos œuvres ce que vous aimez et ce que vous connaissez. » 

La fondation de l’Ordre des Chartreux se situe au 11e siècle, dans la foulée de la réforme de l’Église entreprise par le Pape Grégoire VII. Maître Bruno, ancien chanoine de Reims, instaura une nouvelle forme de vie monastique, assez semblable à celle qu’avait inaugurée, au début de ce siècle, saint Romuald (Camaldules), qui unit la vie érémitique à un minimum de vie communautaire. Comme quoi la vie silencieuse et solitaire est souvent le remède à apporter à une pratique religieuse tombée dans la tiédeur … saint Bruno serait-il de notre temps ?

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