Les catholiques et la dévotion mariale

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En ce 1er janvier, fête de Marie, Mère de Dieu, je voudrais réfléchir brièvement sur le rôle de la Vierge dans la vie de l’Église. Plus de 50 ans se sont écoulés depuis la tenue du Concile Vatican II, et il se trouve encore des catholiques pour mettre en doute le rôle de Marie dans la vie de l’Église. On sait que nos frères protestants acceptent difficilement notre dévotion mariale, lui opposant l’unique médiation du Christ comme Sauveur du monde. Or, dans la foulée d’un concile favorable aux relations œcuméniques, plusieurs de nos théologiens ont cru bien faire en minimisant non seulement le rôle de Marie mais également celui des saints dans notre vie spirituelle; et ce fut alors, comme on a pu le constater, une mise au rancart assez généralisée de tout ce qui sentait la « dévotion » … au profit, hélas, d’une cérébralisation de notre liturgie. Par ailleurs, à l’opposé de cette tendance, un petit nombre de catholiques continuent à attribuer à la Vierge Marie un rôle de médiation parallèle, sinon égale, à celui de son Fils ! Deux excès qui méritent d’être dénoncés. Voici donc un court extrait du document conciliaire sur l’Église (Lumen Gentium) qui traite clairement et définitivement de cette question :

« La bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’Avocate, d’Auxiliatrice, de Secourable, de Médiatrice. Mais il faut entendre cela de telle sorte que rien ne soit enlevé ni ajouté à la dignité et à l’efficacité du Christ, unique Médiateur.

En effet, aucune créature ne peut jamais être égalée au Verbe incarné, au Rédempteur. Mais, de même que le sacerdoce du Christ est participé de manières diverses soit par les ministres, soit par le peuple fidèle; de même que l’unique bonté de Dieu se répand réellement sur les créatures de diverses façons; ainsi l’unique médiation  du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite une coopération variée, participée différemment par les créatures, à partir d’une source unique.

Cette fonction subordonnée de Marie, l’Église la professe sans hésitation. Elle ne cesse d’en faire l’expérience et elle la présente avec ferveur à l’amour des fidèles, afin qu’ils s’appuient sur ce secours maternel pour s’unir plus profondément à notre Médiateur et Sauveur. »  (Lumen Gentium, no 62)

Fonction subordonnée mais fonction bien réelle … et c’est la raison pour laquelle les papes n’ont jamais hésité « à présenter avec ferveur cette fonction de Marie à l’amour des fidèles ». Les nombreux exemples qu’en donne le pape François ne dérougissent pas: prières mariales à Sainte-Marie-Majeure avant et après chacun de ses voyages, visites des principaux sanctuaires de la Vierge dans les pays visités, institution de nouvelles fêtes liturgiques, etc. Et que dire de ses allusions à l’efficacité de l’intercession des saints, comme celle de saint Joseph, qui illustrent à merveille les dires du Concile: « l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas mais suscite une coopération variée, participée différemment par les créatures, à partir d’une source unique ». Rendons grâce à Dieu pour ce ministère pontifical qui, malgré les vents contraires, nous rassure et nous confirme dans l’efficacité de l’intercession céleste de la Vierge et des saints.

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Trente années à Nazareth

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Dans nos familles actuelles, les jeunes n’ont souvent qu’un seul désir: prendre leur envol le plus tôt possible et vivre leur vie à leur façon. Mais il se trouve parfois des situations qui invitent à retarder ce départ. La fête de la Sainte Famille m’incite à réfléchir, aujourd’hui, sur la durée inhabituelle de cette première étape dans la vie de Jésus.

Étant donnée l’importance capitale de la mission terrestre du Verbe incarné, sa vie familiale à Nazareth m’a toujours intrigué, ne fut-ce que par sa durée: 30 ans sur 33 ans d’existence parmi nous. Chez ses contemporains juifs, le jeune homme prenait femme vers l’âge de 16-18 ans et s’adonnait à  un métier quelconque pour gagner son pain et celui de sa petite famille. Avoir trente ans était donc vu, à l’époque, comme déjà avancé en âge. Pourquoi Jésus a-t-il consacré les 9/10 de sa vie à Nazareth? Je vous soumets mon humble hypothèse: remplir ses obligations de soutien familial !

Rappelons-nous que la situation conjugale de Marie et de Joseph était non seulement spéciale mais unique! Joseph, homme juste, ne pouvait que respecter la virginité miraculeusement féconde de son épouse. Cette petite famille à trois, où régnait un immense amour, ne pouvait vivre repliée sur elle-même mais devait tôt ou tard s’ouvrir au partage. Et c’est probablement ce qui arriva avec la mort inopinée d’un des frères de Joseph (Clopas) qui laissait dans le besoin  son épouse Marie ainsi que ses enfants Jacques, Jude, et autres. Décès prématuré et peut-être prévisible dans cette famille où Joseph, lui-même, ne fera pas long feu. Quoiqu’il en soit, à la mort de son père adoptif, Jésus se sera donc retrouvé comme soutien d’une famille élargie. Dans les circonstances, il  fit évidemment le bon choix : se consacrer totalement aux besoins essentiels des siens. Le contraire aurait été une impiété manifeste! Ce n’est donc que rendu à l’âge de trente ans, alors que ses « frères et sœurs » pouvaient se prendre en main, qu’il quittera son entourage pour entreprendre sa grande Mission.

Soit dit en passant, remarquons qu’au pied de la croix de Jésus se trouvaient plusieurs femmes dont « sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala » (Jean 19,25). Il est évident que la mère de Jésus ne pouvait avoir pour sœur biologique une femme portant le  même nom qu’elle (!) mais bien plutôt une belle-sœur  qui, de surcroit,  vivait avec elle depuis plusieurs années. Seraient ainsi résolues, à mon humble avis,  les difficultés soulevées par l’existence des « sœurs et frères de Jésus » ainsi que par la durée inhabituelle de la vie cachée du Messie.

La fête de la Sainte Famille de Nazareth nous rappelle donc que toute notre existence sur terre n’a de sens qu’en tant qu’enracinée dans ce phénomène qu’est l’amour humain : amour de dévouement, amour de respect de l’autre, amour d’oubli de soi. On comprend dès lors que Celui qui, appelé à proclamer haut et fort la primauté de l’amour de Dieu et du prochain, ait senti très tôt le besoin de vivre à fond cet amour familial, pâle image, mais image quand même, de cet Amour qui existe en Dieu et qui fera un jour notre bonheur !

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L’HEUREUSE NUIT

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« Voici la nuit,

L’heureuse nuit de Palestine,

Et rien n’existe hormis l’Enfant,

Hormis l’Enfant de vie divine;

En prenant chair de notre chair,

Dieu transformait tous nos déserts

En Terre d’immortels printemps. »

(Didier Rimaud)

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À tous et à chacun et chacune de vous : un JOYEUX et SAINT NOËL !

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Noël, fête souriante et joyeuse

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À quelques jours de Noël, regardons comment cette fête est perçue d’un moine chartreux, dom Augustin Guillerand. Avec son regard particulier, tout spirituel, ce moine s’y révèle  tout autant que le mystère qu’il contemple:

« Noël est la fête souriante et douce par excellence. Le charme d’un berceau l’enveloppe d’une atmosphère qui attire et épanouit. Les cœurs s’ouvrent devant cet enfant sachant déjà la vie et ses peines, et qui ne craint pas de les affronter pour nous. Son âme toute fraîche renouvelle les nôtres. Les années éternelles  ayant précédé sa naissance ne l’ont pas vieilli; il a l’expérience de tout ce qui a été, il connaît tout ce qui sera et il est jeune comme une fleur qui s’ouvre. Il a la jeunesse de ce qui ne passe pas, la jeunesse de l’éternel présent. Du haut de cette jeunesse, comme d’un sommet infini, il donne le mouvement des choses et il leur communique sa paix. Vues par lui, elles sont toutes belles et bonnes. Vues en lui, elles apparaissent toutes revêtues de cette douceur et de cette beauté. (…)

Noël est la fête de la joie: « Je vous annonce une grande joie » (Luc 2,10) dit l’ange aux bergers. Cette joie a traversé l’histoire, et elle est restée attachée à cet anniversaire. La joie de Noël n’est pas l’absence de peine. Il y a quelque chose de mieux que de supprimer la souffrance, c’est de l’utiliser. Le grand art de Dieu consiste à tout faire servir à ses desseins. Il est la joie infinie et il fait la joie, même avec de la douleur. Voilà pourquoi l’épreuve entoure le divin berceau; la pauvreté, l’indifférence, le mépris, la haine, la persécution et l’exil accueillent ce nouveau-né; ce ne sont pas des ennemis qui le dominent, ce sont des serviteurs répondant à ses appels et exécutant ses ordres.

Trente ans plus tard, du haut de la montagne des béatitudes, devant des foules immenses et devant le genre humain tout entier présent à sa pensée, il criera son étrange secret: «Bienheureux les pauvres en esprit, bienheureux les doux, bienheureux ceux qui pleurent, ceux que l’on persécute ….». Bethléem et l’humble berceau sont ces paroles vécues avant d’être prononcées. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 67 s)

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« Un grand signe apparut dans le ciel: une femme enceinte »

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Ce texte, tiré de l’Apocalypse de saint Jean (chapitre 12, 1-2), désigne avant tout le Peuple de Dieu qui va mettre au monde le Messie. Cependant, la liturgie l’applique également à l’Église du Christ et tout spécialement à la Vierge mère! Voilà donc une symbolique qui, en ce temps de l’Avent, mérite d’être élucidée si nous voulons en retirer quelque fruit.  Et nous le ferons en nous appuyant sur plus grand que nous, en l’occurrence, sur Isaac, abbé du monastère cistercien de l’Étoile:

« Dans les Écritures divinement inspirées, ce qui est dit en général de la vierge mère qu’est l’Église s’applique en particulier à la Vierge Marie; et ce qui est dit de la vierge mère qu’est Marie, en particulier, se comprend en général de la vierge mère qu’est l’Église. Et lorsqu’un texte parle de l’une ou de l’autre, il peut s’appliquer presque sans distinction et indifféremment à l’une et à l’autre. Car l’une et l’autre sont vierge et mère: l’une et l’autre ont conçu du Saint-Esprit sans attrait charnel. L’une et l’autre ont donné une progéniture à Dieu le Père, sans péché. Marie a engendré une tête pour le corps, l’Église a fait naître, dans la rémission des péchés, un corps pour la tête. L’une et l’autre sont mères du Christ, mais aucune des deux ne l’enfante tout entier sans l’autre.

De plus, chaque âme croyante est également, à sa manière propre, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ. (…) L’Écriture dit: Je demeurerai dans l’héritage du Seigneur. L’héritage du Seigneur, dans sa totalité, c’est l’Église, c’est tout spécialement Marie, et c’est l’âme de chaque croyant en particulier. En la demeure du sein de Marie, le Christ est resté neuf mois; en la demeure de la foi de l’Église, il restera jusqu’à la fin de ce monde; et dans la connaissance et l’amour du croyant, pour les siècles des siècles. »

(Isaac de l’Étoile, †1147, Homélie pour l’Assomption, PL 194, 1792-1793)

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Ascèse et vie chrétienne

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Face aux chrétiens d’aujourd’hui qui se recherchent en voulant unir confort et devoirs religieux, les saints demeurent des exemples privilégiés de l’unique voie du Salut. En ce temps de l’Avent, alors que la liturgie nous invite à préparer concrètement le chemin du Seigneur, voici un bel exemple d’effort ascétique réalisé par Antoine, jeune égyptien du 4e siècle :

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux.

Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. »( Vocation d’Antoine, extrait de la Vie de saint Antoine par saint Athanase)

Détachement, humble travail, lectures bibliques, prières fréquentes, autant de moyens concrets pour faciliter le dialogue entre nous et Dieu. Tous n’ont peut-être pas la même vocation qu’Antoine … mais la ferveur des chrétiens des premiers siècles ne peut que nous inspirer un mode de vie plus modeste, une attention plus soutenue à Dieu et des comportements à contre courant de ceux de nos contemporains. Quant à Antoine, on sait qu’il se retira au désert et y vécu très longtemps pour finalement y mourir, vers 356, à l’âge de 105 ans. De nombreux disciples le suivirent dans ce genre de vie austère, ce qui lui valut au long des âges le titre de Père des moines.

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L’unique créature « nécessaire »

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En cette fête liturgique de la Conception immaculée de la Vierge, il convient de saluer cette femme admirable et unique, destinée à fournir le trait d’union entre la nature humaine et la nature divine, le Christ, vrai Dieu et vrai homme.

« Je te salue pleine de grâces ». Ces paroles de l’ange Gabriel à Marie résument bien le mystère que nous célébrons en ce jour: la jeune fille est pleines de grâces, elle est la toute-sainte, celle qui fut préservée de tout péché (y compris de la tache du péché originel) par une grâce venant déjà de la mort de son Fils. Car il ne convenait pas que celle qui fournirait au Verbe éternel un point d’ancrage en ce monde fusse un seul instant soumise à la domination du Prince des ténèbres.

De toute éternité, le Dieu tout-puissant a donc prédestiné Marie à devenir la Mère de son Fils … et c’est là le fondement  de toutes ses autres prérogatives: conception immaculée, assomption glorieuse, etc. Lorsque Dieu pense à Marie, il y voit, d’une certaine manière, la créature «nécessaire»  à la réalisation de son plan salvifique. Mais n’allons pas penser que la Vierge aura eu la vie facile pour autant … elle a dû collaborer à la réussite de sa mission: elle a souffert, elle a prié, elle a patienté, elle a espéré. Elle fut surtout un modèle de confiance inébranlable; une confiance qui se traduisait par une soumission totale à la Volonté de Dieu, soumission admirablement exprimée dans l’hymne de la fête: « Elle a bâti sa demeure dans les vouloirs du Père. »

Le temps de l’Avent, qui nous prépare à Noël,  est donc rehaussé (et non distrait) par la fête de l’Immaculée Conception; une fête  qui ennoblit celle qui, enceinte, se prépare à accoucher le Messie, le Sauveur du monde:

« Voici la nouvelle Genèse;

en toi, Vierge immaculée,

la grâce originelle refleurit.

Notre terre n’est plus maudite,

nous la verrons bientôt donner le fruit de vie. »

(Hymne de la Fête)

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Un homme de lumière

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Jean, fils de Zacharie, fut choisi comme précurseur du Messie : tâche des plus importantes qui nécessitait un être transparent et d’une fidélité exemplaire. Notre ami chartreux, dom Guillerand, l’a bien compris, lui qui aime parler de cet homme comme d’un être rempli de lumière ! Écoutons-le :

« Jean n’est qu’un homme, mais chez qui le rapport de lumière et d’amour avec Dieu est rétabli. C’est ce qui le classe au premier rang des prophètes, et même hors rang. Nul d’entre eux ne l’a eu au même degré et de la même façon. La Lumière est venue le visiter quand il était encore au sein de sa mère ; elle l’a traversé de part en part; en lui il n’y a que lumière. Il en est plein « face à Dieu » ; son âme reçoit toute le divin rayon; elle ne reçoit que cela ; elle n’est faite que de cela ; c’est sa grandeur propre : « il était grand devant Dieu».

Il reproduit , aussi parfaitement qu’un homme le peut, le Verbe qui reproduit infiniment le Père. Entre Jean et le premier homme d’une part, puis entre lui et le second Adam d’autre part, la relation est toute spéciale. Nul enfant des hommes, depuis la faute, ne l’égale. Nul n’est reflet aussi pur de Celui qui est Vie et Lumière. Le mouvement de Lumière qui est la Vie se communique sans obstacle, sans défaut, sans déperdition à cet homme qui, sans doute, n’est qu’un homme, mais en qui l’homme est tout à Dieu.

À ce mérite essentiel s’ajoute sa mission. Son mérite est pour lui ; sa mission est sociale. Sans aucune mission, mais parfaitement dégagé de lui-même et tout tourné vers la Lumière, sa grandeur serait la même. Son dégagement qui le pose tout entier en face du Verbe de vie lui permettra de le représenter en perfection devant les hommes auxquels il est envoyé. Jean est un témoin ; sa mission est de témoigner en faveur de Celui qui est la Lumière. C’est pourquoi il a été fait uniquement réflecteur ! »

(Écrits spirituels, tome 1, page 105)

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Notre mystérieuse collaboration

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Le Christ nous a racheté au Calvaire sans notre aide, affirme saint Augustin, par contre, il ne nous sauvera pas sans notre collaboration. Quelle est donc cette mystérieuse collaboration? D’aucuns penseront immédiatement, et à bon droit, à l’affirmation de Jésus: « Si quelqu’un veut  être mon disciple, qu’il se renonce, prenne sa croix et  me suive». Bien! mais dans quel esprit le faire?  Pour les uns, dans celui d’un ascète qui s’efforce d’escalader la montagne de la perfection; pour d’autres, dans celui d’un enfant qui s’offre à Dieu par le don quotidien de lui-même. Quelque soit notre choix personnel, tout ce travail se traduit comme l’exercice du sacerdoce des fidèles: un sacerdoce distinct de celui des prêtres mais enraciné, comme lui, dans celui du Christ, sacerdoce commun des baptisés auquel Pierre et Paul  font souvent allusion dans leurs lettres. Voici comment s’exprime à ce sujet un saint évêque de Ravenne (Italie) au 5e siècle:

« Écoutons l’adjuration de l’apôtre Paul: « Je vous adjure d’offrir vos corps » (Romains 12, 1). L’Apôtre, par cette demande, a fait accéder tous les humains au sommet du sacerdoce: offrir vos corps, comme un sacrifice vivant! Quelle fonction sans précédent que celle du sacerdoce chrétien! L’homme y est à lui-même et la victime et le prêtre; l’homme n’a pas à chercher au dehors ce qu’il doit immoler à Dieu; l’homme apporte avec lui et en lui ce qu’il doit offrir pour lui-même à Dieu en sacrifice. (…)

Sois donc et le sacrifice et le prêtre de Dieu. Ne néglige pas le don que t’a concédé la souveraineté divine. Revêts la robe de la sainteté; boucle sur toi le ceinturon de la chasteté; que le Christ vienne voiler ta tête; que la croix imprimée sur ton front te protège toujours; mets sur ton cœur le mystère de la science divine; fais brûler sans cesse l’encens de la prière; empoigne le glaive de l’Esprit; fais de ton cœur un autel. Et ainsi présente ton corps à Dieu, offre-le sans crainte en sacrifice. »  (Homélie de saint Pierre Chrysologue, PL 52, 499-500)

Le concile Vatican II, en faisant allusion au sacerdoce commun des fidèles, n’a donc rien inventé de neuf, mais n’a fait que remettre en lumière une vérité traditionnelle de notre foi: « Les fidèles  exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et la charité active » (Lumen Gentium, no 10). Voilà donc notre mystérieuse collaboration à l’œuvre du Christ Sauveur, voilà notre dignité chrétienne, voilà notre plan d’action pour le temps de l’Avent qui commence. Que Dieu nous vienne en aide!

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Je crois en la vie éternelle

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En cette fin de l’année liturgique, nos regards se tournent tout naturellement vers l’héritage promis, le Ciel, la vie éternelle ! Nos contemporains, lors d’un décès, parlent facilement de cet outre-tombe, mais souvent de façon anodine en ignorant l’essentiel, à savoir, la vision de Dieu. Qu’en est-il réellement ? Je laisse la parole au « plus savant des saints et plus saint des savants », le docteur angélique, Thomas d’Aquin (que l’on aperçoit ci-dessus, dans la fresque de Fra Angelico, discourant avec saint Bernard) :

« Il est logique que la fin de tous nos désirs, c’est-à-dire la vie éternelle, soit indiquée à la fin de tout ce qui nous est donné de croire dans le Symbole des Apôtres, avec ces paroles: «Je crois … en la vie éternelle. Amen. » (…)

Dans la vie éternelle, il y a d’abord l’union de l’homme avec Dieu. Car Dieu lui-même est la récompense et la fin de tous nos travaux; Moi, je suis ton bouclier, et ta récompense très grande. Et cette union consiste dans la parfaite vision: Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir; ce jour-là, nous verrons face à face. (…)

La vie éternelle consiste encore dans la louange parfaite: On y entendra l’enthousiasme et la joie, l’action de grâce et le chant de louange.

Et encore dans le parfait rassasiement du désir, car chaque bienheureux y possédera plus qu’il ne désirait et n’espérait. La raison en est que personne ne peut en cette vie combler son désir, et que jamais rien de créé ne rassasie le désir de l’homme. Dieu seul rassasie, et au-delà, à l’infini. C’est pourquoi on ne se repose qu’en Dieu, comme le dit saint Augustin: « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi ».

Et puisque dans la patrie les saints posséderont Dieu parfaitement, il est évident que leur désir sera rassasié et qu’en outre il débordera de gloire. C’est pourquoi le Seigneur dit: Entre dans la joie de ton Seigneur. Et saint Augustin, à ce propos: « Toute la joie n’entrera pas en ceux qui se réjouissent, mais ceux qui se réjouissent entreront tout entiers dans la joie ». (…)

La vie éternelle consiste encore dans la société jubilante de tous les bienheureux, et cette société sera extrêmement délicieuse parce que chacun possédera tous les biens que possèdent tous les bienheureux. Car chacun aimera l’autre comme soi-même et par suite se réjouira du bien de l’autre comme de son bien-propre. De ce fait, l’allégresse et la joie d’un seul s’accroît dans la mesure où elle est aussi la joie de tous. » (Conférence sur le Credo, de saint Thomas d’Aquin, Opuscula theologica 2, 216-217)

Que nous sommes loin de toutes ces fadaises entendues lors de funérailles, genre « le disparu peut maintenant nous regarder et nous faire des grimaces » ou « il se promène parmi les planètes » ou encore « il prend l’apéro avec le Bon Dieu » … et j’en passe. Une chose est la science-fiction, une autre la foi catholique. Merci à l’Église de nous ramener, par sa doctrine, à un certain bon sens ! Le Ciel, ou la vision bienheureuse, n’est pas un droit mais un privilège, faut-il encore et toujours le rappeler; un privilège accordé miséricordieusement à tous ceux et celles qui auront eu le courage de suivre ici-bas le Christ dans l’amour de Dieu et du prochain. Qu’on se le dise !

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