« Écoutez-le ! »

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Les interventions de Dieu le Père sont rarissimes dans l’Évangile. On en dénombre trois : lors du baptême de Jésus au Jourdain (Marc 1, 9-11), lors de sa transfiguration sur la montagne (Matthieu 17, 1-9) et à Jérusalem, la veille de sa passion, (Jean 12, 27-30). Si la première intervention s’adresse avant tout à Jésus (et secondairement à Jean qui le baptise), les deux suivantes s’adressent aux différents spectateurs : soit les trois apôtres qui l’accompagnent, soit la foule qui l’entoure. En ce deuxième dimanche du Carême, la liturgie nous présente le récit de la Transfiguration de Jésus en vue de faire contre-poids aux horreurs de la passion à venir : transfiguration pour mieux supporter la défiguration !

Comme il fallait si attendre, cet épisode évangélique haut en couleur a fait le bonheur des artistes au cours des siècles. Malheureusement pour nous croyants, la très grande majorité des peintres s’est uniquement intéressée au début de la vision (luminosité du visage et des vêtements, présence mystérieuse d’Élie et de Moïse) en oubliant l’essentiel, soit l’intervention et les paroles même du Père qui désignent Jésus comme nouveau législateur « Celui-ci est mon Fils … écoutez-le« . Car ces paroles, notons-le, sont prononcées en présence de Moïse, considéré jusqu’alors comme le législateur par excellence. Difficile pour un chrétien d’aujourd’hui de se mettre dans la peau de ces trois galiléens qui, tout en étant émerveillés de la transfiguration elle-même, n’ont été saisis de frayeur qu’à la vue de la nuée lumineuse qui les recouvrit (à la toute fin de la vision) et surtout à l’écoute de la voix venant de cette nuée : « Et ayant entendu, ils tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte » (Matthieu 17,6). Pour eux, comme pour leurs coreligionnaires nourris des Écritures, il s’agissait sans aucun doute d’une théophanie, d’une manifestation du Dieu d’Israël ! Et cet Être divin leur enjoignait de donner prépondérance à l’enseignement de Jésus sur celui de Moïse : « Écoutez-le ! ». Avertissement salutaire et prophétique pour une future Église appelée à s’ouvrir à une chrétienté non-juive et à mettre de côté tôt ou tard la circoncision ainsi qu’une multitude de prescriptions mosaïques.

Finalement, et au grand dam des artistes en cause, il faut bien reconnaître que ceux-ci se sont drôlement fourvoyés en attribuant faussement cette prostration des apôtres au phénomène de la transfiguration alors que le texte biblique n’y parle que d’un étonnement de leur part et de quelques paroles de Pierre sur l’opportunité de construire des tentes pour les visiteurs. Erreur de parcours sans doute ; mais il est vrai que les compositions artistiques, même grandioses, ne sauraient remplacer la lecture toute simple du texte évangélique !

CONCLUSION: même si la transfiguration physique du Christ a inspiré à bon droit une production artistique intéressante ainsi qu’une non moins abondante littérature spirituelle sur la déification de l’âme du croyant, il n’en reste pas moins que la fine pointe de ce récit se résume à une déclaration solennelle de la part de Dieu sur le rôle de Jésus comme législateur : « Écoutez-le ! ». L’apôtre Pierre, dans sa deuxième lettre pastorale, n’hésitera pas à revenir sur cet événement historique en soulignant l’importance de cette prise de parole du Père: « Cette voix, nous l’avons entendue ; elle venait du Ciel, nous étions avec lui (Jésus) sur la montagne sainte » (2 Pierre 1, 18).

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Savoir demeurer en paix

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Les événements actuels, guerre et menace de guerre, ne sont pas propres à nous maintenir dans des sentiments de calme et de paix. En effet, notre vie superficielle nous occasionne trop souvent une méprise entre la paix intérieure profonde et l’impression d’être ou non en paix : les agitations de surface nous font croire à des troubles de fond. Que d’illusions malheureuses ! Laissons à dom Guillerand, le soin de nous en parler plus longuement :

« Nous n’avons pas perdu la paix de notre âme ; seule la surface en est agitée. Mais nous avons tellement l’habitude de vivre en surface, que les agitations de surface nous font croire à des troubles du fond. Ces secousses superficielles sont nécessaires et bienfaisantes; elles nous apprennent à vivre au fond ; elles nous font aimer et désirer et rechercher cette grande sérénité des âmes qui savent que Dieu est tout, qu’il aime nos âmes et que nos souffrances et nos troubles eux-mêmes deviennent, pour son amour, des moyens d’union. Nous apprenons, à ces heures-là, la nécessité de vivre unis à lui, et nous comprenons que l’union à lui ne se fait pas dans la sensibilité (puisqu’il est essentiellement Esprit) mais dans les profondeurs du vouloir spirituel qu’on ne voit pas, qu’on ne sent pas, et qui n’en est pas moins l’amour substantiel et vrai.

Ne nous étonnons pas, ne nous étonnons jamais de la méchanceté, ni de celle des autres ni de la nôtre. Mais voyons toujours, en face de cette méchanceté, la Bonté infinie qui est venue la guérir. Voyons tout cela dans le plan divin. Dieu aurait pu vouloir une humanité sans la faute et sans le mal. Mais il ne s’agit pas de ce qu’il aurait pu vouloir et faire, il s’agit de ce qu’il a voulu et de ce qu’il a fait. Le grand secret de la paix réside dans l’acceptation de ce vouloir. Mais il faut apprendre cette acceptation, comme on apprend toutes choses ici-bas. Les méchants sont des instruments entre les mains du Maître adoré. Ils nous mettent en face d’exercices et de vouloirs difficiles. La foi n’est pas enracinée tant qu’elle n’a pas lutté pour dire: « Mon Dieu, j’adore votre main et votre amour dans cet homme qui me fait tort, dans cette nature qui me heurte ».

La foi est la lumière qui découvre Dieu sous le voile des créatures. Il la faut bien vivre pour le voir à travers certaines créatures. Et pourtant il y est toujours. Jésus, sur la croix, ne disait pas : « Oh, que les hommes sont faibles et méchants  » ! Il disait : « Mon Père, pardonnez-leur … ». La vie est complètement changée quand, en toute circonstance, surtout crucifiante, nous savons dire : « Mon Père ». C’est d’ailleurs très rare; en général, on voit la souffrance, la cause ou les instruments de la souffrance, les moyens de la supprimer, etc. Quand on a souffert soi-même, on commence à comprendre, non pas seulement combien Jésus a souffert (ce qui est déjà bien important), mais combien dans sa souffrance son regard dépassait la souffrance pour ne voir que Celui qu’elle glorifiait … et on saisit aussi combien il est difficile de s’oublier et d’arriver à ce suprême don de soi qui nous a sauvés. « 

(Écrits spirituels, tome 2, page 237 s)

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Savoir reprendre sa vie en mains

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Les chrétiens commencent aujourd’hui cette période de quarante jours, le Carême, qui va les préparer à la célébration de la fête chrétienne par excellence, celle de la Mort-Résurrection de Jésus, la fête de Pâques! Ce temps liturgique est tellement important que son premier et son dernier jour sont jours de jeûne obligatoire: soit le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Je remarque que  plusieurs chrétiens d’aujourd’hui, fascinés par le Ramadan (période de jeûne annuel des musulmans), peinent néanmoins à observer ces deux jours de jeûne … ainsi va la nature humaine!

Mais dans l’esprit de l’Église, le Carême n’est pas uniquement une période de discipline corporelle, il est avant tout un temps de prière et de réflexion. À l’exemple du divin Maître au désert, les croyants sont invités à s’arrêter quelque peu pour réfléchir sur le sens de leurs engagements baptismaux. Qui sommes-nous et où allons nous? Sommes-nous vraiment des disciples du Christ, prêts à donner notre vie à sa suite? Bien que ce temps liturgique soit riche en textes à lire et à méditer, ce qui frappe avant tout c’est l’exemple donné par Jésus lui-même : quarante jours de solitude et de privations sous l’inspiration de l’Esprit Saint ; quarante jours de silence, d’écoute mais aussi de mise à l’épreuve ; quarante jours d’arrêt dont les fruits se révéleront magnifiques tout au long de son court ministère publique.

Chers amis, si le Maître a senti le besoin de s’asseoir et de réfléchir  avant d’entreprendre sa mission, combien plus devons-nous nous arrêter pour voir si nous pouvons, avec nos pauvres moyens, continuer de témoigner de lui dans un monde de plus en plus déprimant et matérialiste. Le combat s’annonce ardu, en 2022, et l’indifférence de plusieurs des nôtres ne nous aide pas, évidemment. Nous avons donc un grand besoin de courage spirituel. N’hésitons pas à puiser dans la liturgie du Carême les matériaux nécessaires à notre lutte contre le mal. À tous et à chacun, un saint entraînement au combat spirituel et une magnifique montée vers Pâques !

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Préparation à la prière

Église de la chartreuse San Jose (Argentine)

La proximité du début du Carême (dans sept jours), m’incite à vous transmettre un magnifique texte de dom Guillerand sur la préparation à la prière … car qu’est-ce que le Carême sinon une période de l’année où l’on s’efforce de se rapprocher de Dieu. Et comment le faire avec profit sinon par d’humbles prières où l’on reconnaît son néant ? D’où, incidemment, la référence de notre éminent chartreux à « la paix des âmes tombées, quand, relevées par Dieu, elles se trouvent en sa présence ». Écoutons-le :

« La prière est comme un face à face avec Dieu. Une âme ne prie que si elle se tourne vers lui ; elle prie tant qu’elle reste ainsi tournée; elle cesse de prier quand elle se détourne. La préparation à la prière est donc le mouvement qui nous détourne de tout ce qui n’est pas Dieu et nous tourne vers lui. De là, ce beau mot qui définit essentiellement la prière et qui en précise le mouvement : la prière est une ascension, une élévation. On se prépare à prier quand on se détache du créé et qu’on s’élève jusqu’au Créateur.

La pensée essentielle d’où naît ce détachement est celle de notre néant. De là, le mot profond du Sauveur : « Celui qui s’abaisse s’élève » (Matthieu 23,12; Luc 18, 14). De là, sa vie terrestre faite d’un abaissement continuel et de plus en plus profond. Saint Bernard n’hésite pas à dire : « Cela nous met face à face ». De là, la paix des âmes tombées, quand, relevées par Dieu, elles se trouvent en sa présence. L’abîme reconnu, confessé, c’est en ce fond qu’elles le trouvent. Elles le trouvent parce qu’il se montre. Le seul obstacle est le moi. L’aveu de notre misère l’abat; le moi abattu, le miroir est pur et Dieu y engendre son image. L’âme est toute pleine de ces traits qui se fondent dans la divine Harmonie et la Beauté parfaite. Tout cet ensemble de perfections qui feront notre ravissement sans fin, l’âme dégagée et élevée au-dessus d’elle-même en reproduit l’image, devient image à son tour, fait ce que l’Être fait, participe à ce qu’Il est.

C’est ce qu’explique Notre-Seigneur dans cette parole capitale du Sermon sur la montagne et que toutes les considérations humaines sur la prière répètent sans fin et sans en atteindre la riche plénitude : « Quand vous prierez, entrez dans la demeure intime de votre âme, et là, après avoir bien fermé la porte, parlez à votre Père qui vous voit en ces profondeurs secrètes, et dites-lui : Notre Père qui êtes aux cieux … ». La présence à soi-même, la foi en Celui qui en est le fond secret et s’y donne, le silence de tout ce qui n’est pas lui pour être tout à lui, voilà la préparation à la prière. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 39 s)

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La dévotion et les dévotions, selon dom Guillerand

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Dévotions ou dévotion, sentiment ou volonté. Une chose en effet est d’avoir un certain attrait pour telle ou telle prière, comme par exemple la récitation du chapelet, une autre d’avoir « le désir de se livrer promptement à ce qui concerne le service de Dieu », désir qui est à la base de la vie chrétienne. Cette définition de la dévotion, qui nous vient de saint Thomas d’Aquin (II-II, quest.82, art.1), est également à la base du commentaire qui suit et que nous livre avec beaucoup de finesse cet éminent chartreux qu’est dom Augustin Guillerand :

« La dévotion est affaire de volonté. La volonté fait l’être, elle est l’être. On est dans la mesure où l’on veut ; et on est ce qu’on veut. Et c’est pourquoi Dieu seul est juge d’une âme et d’une vie; seul il voit dedans. Les effets extérieurs du vouloir peuvent être nuls, et cela pendant longtemps; les hommes, qui ne voient que ces dehors, jugent sévèrement; Dieu, qui va jusqu’à l’intime où l’on aime, répond à cet amour par l’amour. Dieu sait que les résultats extérieurs peuvent être dangereux, il les refuse ; il se réserve ainsi des âmes dans le secret sanctuaire où on le trouve : « Prie ton Père qui te voit dans le secret » (Matthieu 6,6).

Pourtant il faut tendre à l’effort ; il est requis, car l’amour est dans l’effort. Effort calme et tranquille, non pour se réserver à soi-même, mais au contraire pour se donner en plein, car tout excès diminue et sépare de Celui qui est Ordre et Mesure. Il faut aimer Dieu avec modération, pour l’aimer sans  mesure. La modération est la mesure de Dieu. Ce que Dieu veut, c’est le don de soi; quand on a rien, on se donne en ne donnant rien. Si, à ces heures-là, on veut à tout prix donner quelque chose, on ne se donne pas et on se sépare.

Le secret de Marie, le secret de la sainte Famille est là, dans cette simplicité calme et mesurée. Ils faisaient ce que faisaient les autres, mais dans tout ce qu’ils faisaient, ils se donnaient pleinement. Ce don était le mouvement en eux de l’Esprit d’amour. Celui-ci les possédait et les menait entièrement. C’est à cette docilité que doit tendre une âme. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 65)

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Vivre coupés de l’Église locale ?

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La pandémie actuelle nous a obligés, bien malgré nous, à vivre éloignés de nos rencontres paroissiales habituelles. Serait-ce là une nouvelle façon de vivre notre baptême ? Notre prière personnelle est-elle appelée à prendre le pas sur la prière liturgique ? En tant qu’ermite urbain, ma vie de prière revêt une grande importance puisqu’elle est la raison d’être de mon style de vie. Se pose alors la question: qu’en est-il de ma pratique religieuse, de mes liens avec l’Église locale? Peut-on vivre sur terre séparé de l’Église ou tout au moins éloigné de la vie sacramentelle? La réponse est évidemment NON. Dans l’ordre actuel des choses, le Christ s’associe toujours l’Église, son Épouse bien-aimée, qui l’invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel. Voici comment s’exprime à ce sujet le concile Vatican II:

« Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe; dans la personne du ministre, car « celui qui s’offre maintenant par le ministère des prêtres, est celui-là même qui s’offrit alors lui-même sur la croix. » Il est présent surtout sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que, lorsque quelqu’un baptise, c’est lui qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis: Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. (…) Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu’oeuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est une action sacrée par excellence, dont nulle autre action de l’Église ne peut égaler l’efficacité au même titre et au même degré. » (Constitution sur la Liturgie, 7)

Il s’en suit que si ma prière personnelle est importante et digne de louange, il n’en demeure pas moins que tout doit se faire en liaison avec l’Église locale qui est comme la garante de l’authenticité de mon charisme. Ma prière est une chose, la prière officielle ou liturgique de l’Église en est une autre car cette dernière est une  » action sacrée par excellence « . L’Église m’est nécessaire ! Gloire soit à Dieu et à son ineffable Providence qui a tout prévu pour que chaque croyant puisse s’épanouir dans le giron de cette communauté qu’est l’Église, Corps Mystique du Christ.

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JE SUIS DE RETOUR !

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Après trois semaines d’absence, il est bon de reprendre contact avec mes frères et sœurs de WordPress.

Trois semaines d’enfer et de paradis: tout d’abord, une infection malicieuse de mon ordi qui m’en a fait perdre le contrôle; puis la décision radicale de tout perdre et de remplacer mon fidèle serviteur de 10 ans par un ordi  » tout-en-un  » plus performant. Temps de repos également pour un jeune vieillard de 87 ans … temps plus que bienvenu et fort bien utilisé pour opérer un certain délestage d’occupations nobles mais encombrantes. Enfin, temps de rattrapage au niveau d’entretien d’ermitage laissé trop longtemps à l’abandon.

Que Dieu bénisse ce retour au travail apostolique.  » La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le Maître pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson  » (Luc 10, 2).

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Pas toujours facile de prier … selon un Chartreux

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Personnellement, j’aime beaucoup prier le chapelet mais il m’arrive souvent, hélas, de tomber dans une certaine routine. Thomas d’Aquin se plaignait de réciter les psaumes sans pouvoir toujours se concentrer sur les mots. Beaucoup veulent prier mais peu y arrivent car les distractions rencontrées s’avèrent trop souvent des obstacles insurmontables. S’il y a des distractions bénignes il y a aussi des distractions beaucoup plus graves : les premières viennent d’un esprit peu attentif alors que les secondes sont le résultat d’un cœur tiède. Voici le commentaire d’un moine chartreux, dom Guillerand, concernant ces deux genres d’obstacles à la prière :

« La répétition quotidienne, et souvent plus que quotidienne, des même actes et des mêmes formules est un danger. L’habitude devient aisément routine. La prière n’est plus que mouvement de machine que nulle intervention de l’esprit ou du cœur n’anime. Les lèvres seules sont en face de Dieu qui est esprit et qui veut nous communiquer sa vie spirituelle. Pendant qu’elles se remuent sans pensée, l’imagination nous emporte sur mille chemins, et c’est avec toutes sortes de personnes, de choses, surtout avec nous-mêmes, que nous conversons. L’attention fléchit parce que l’amour manque, et la prière qui devrait nous embraser ne fait qu’ajouter au fossé que la négligence creuse peu à peu entre Dieu et nous. Inattention née de froideur, froideur engendrée par l’ignorance, nous glissons ainsi, plus vite hélas qu’on le pense, sur les pentes de la tiédeur au bout desquelles peut se trouver la mort.

Ce qui importe toutefois, c’est l’attention du vouloir plus que celle de l’esprit. Cette dernière nous est souvent impossible mais il est des prières distraites qui ravissent le cœur de Dieu. Quand nous faisons effort pour nous mettre et tenir en face de Dieu et que des dispositions du corps ou de l’âme nous arrachent sans cesse malgré nous au regard et au souvenir de cette présence aimée, quand cette impuissance torture notre désir de lui et que nous acceptons humblement cette torture, la distraction devient un moyen d’union exceptionnellement précieux et fort. Car tout se mesure à l’amour dans nos rapports avec Dieu ; et toute répulsion de l’âme à l’égard du créé pour s’unir à l’Incréé est amour.

L’attention aux mots que l’on prononce, aux gestes que l’on fait est bonne, à peu près toujours à conseiller. Par contre, l’attention à Dieu suffit toujours, est souvent préférable, parfois seule possible. L’essentiel est que la définition de la prière soit réalisée, que l’âme dégagée de ce qui se passe, se tourne et se tende vers le Père céleste, par quelque moyen et quelque chemin que ce soit. Dès qu’il y a contact, on prie ; si le contact est ardent, on prie excellemment. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 24 s)

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Double récompense pour les Mages

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Entreprendre un voyage, au temps du Christ, n’allait pas de soi. Les efforts consentis par les Mages pour suivre une étoile nous demeurent inconnus. Quoiqu’il en soit, notre ami dom Guillerand y voit, à bon droit, une source de mérites qui ne peut aller sans récompense devant Dieu. Écoutons-le :

« Quels efforts ont dû consentir les Mages pour entreprendre le voyage les amenant aux pieds du divin Roi ? Nous ne les connaissons pas avec précision. Nous n’en devinons que quelques-uns. A coup sûr, ils ont été énormes ; on ne voyageait pas alors en train de luxe, il fallait du temps, des préparatifs compliqués, toute une organisation très lourde ; on s’exposait à des dangers. Sur la seule indication d’un astre inaccoutumé, les Mages ont affronté tout cela. Il fallait qu’à l’appel extérieur Dieu joignît des invitations intimes bien pressantes et que ce double effort de sollicitations divines rencontrât des âmes bien généreuses et bien croyantes.

La récompense fut double, et le récit sacré a tenu à nous la décrire avec netteté. La première fut négative : elle consista à les garder des obstacles du voyage. Le grand obstacle fut le manque de foi de Jérusalem et des dirigeants juifs. A distance et avec l’habitude de lire ces récits, cela ne nous frappe plus. En fait, la surprise des Mages dut être formidable : cette naissance qui les avait mis en mouvement et pour un si grand voyage, elle n’avait pas même éveillé la curiosité des boutiquiers du pays, ni défrayé la conversation des blanchisseuses ! Indifférence complète ! Ignorance absolue à l’égard d’un événement devant soulever toutes les âmes et transformer le monde. Il est à peine croyable que devant cet état d’esprit de Jérusalem les Mages n’aient pas rebroussé chemin.

La seconde récompense est positive : c’est la vision de la lumière enfin accordée à une telle foi. L’étoile reparaît et se fait guide ; le ciel prend la direction effective du voyage. Alors, il n’y a plus qu’à marcher dans la clarté et la marche illuminée est très courte ; quelques heures consolées où leurs âmes sont soutenues et comme portées par la grâce, et le divin Soleil de justice se donne à contempler à ceux qui ont su lui garder confiance, malgré toutes les difficultés, tous les retards, toutes les éclipses. Le divin Soleil ne se donne lui-même que réduit et voilé. Même à ses pieds et quand on l’a rejoint, le regard de foi seul le découvre et s’en empare. Ce Roi n’est qu’un pauvre, ce Dieu n’est qu’un enfant, cette intelligence infinie est sans paroles, et la tendresse rayonnant de son cœur ne s’exprime qu’en cris et en vagissements inarticulés. Les Mages n’en sont pas plus troublés que par les périls du parcours, la longueur des chemins ou l’indifférence des Juifs. La Lumière brille en eux, leur faisant voir par delà les langes, le silence et le dénuement. L’étoile est entrée dans leur cœur et les éclaire de clartés nouvelles. Dieu resplendit à travers tout ce que les hommes méprisent. Rien ne leur paraît plus grand que ce mépris des mépris humains, et ils adorent ce Souverain Maître dans ce petit enfant à la merci des hommes et des choses.»

(Écrits spirituels tome 2, page 72 s)

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Cette longue marche vers la Vérité

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Comme tout bon juif de son temps, Paul de Tarse attendait avec impatience le Messie promis à Israël. Quelle ne fut pas sa surprise, une fois converti, de découvrir que le salut tant désiré n’était pas réservé uniquement aux fils de la Promesse mais à tout homme de bonne volonté. « Ce mystère resté caché depuis les siècles, écrivait-il aux païens convertis de Colosse, c’est le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire! » (Colossiens 1, 26 s)

Si Dieu a entouré avec beaucoup d’affection, et durant de longs siècles, ce petit peuple de nomades descendant d’Abraham, c’est qu’il avait depuis toujours un plan merveilleux pour tous les peuples de la terre et même pour toute la création: « se réconcilier toutes choses par le Christ, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20). La visite des Mages à Bethléem fut donc un avant-goût de cette future participation des peuples à l’héritage de bonheur promis à Israël. Et c’est pourquoi Paul nous invite « à rendre grâce au Père qui nous a appelés à avoir part à l’héritage des saints dans la lumière » (Col 1, 12).

Hélas! De même que beaucoup de coreligionnaires de Jésus ont refusé ce partage qui leur paraissait injuste, de même aujourd’hui (l’histoire tendant à se répéter) plusieurs chrétiens hésitent à élargir ce bonheur au reste du monde, pensant ainsi demeurer fidèles à l’enseignement du Christ ! Et c’est malheureusement la position de certains catholiques qui n’en finissent pas de critiquer le pape François pour son ouverture en matière d’œcuménisme et de relations avec les autres religions. Cette étroitesse d’esprit se rencontre spécialement, mais non uniquement, chez les nostalgiques du bon vieux temps (celui qui précéda Vatican II) alors qu’on avait de l’Église catholique une image de forteresse, séparée du monde et unique dépositaire de la Vérité.

Dieu merci, le Christ veille … lui qui est la tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église. Car ce Corps du Christ n’est pas une momie, toute belle dans son immobilité, mais un organisme vivant qui ne cesse de grandir et d’évoluer. Puissions-nous continuer de nous laisser conduire par ses représentants attitrés, nous réjouissant de l’instauration progressive du royaume du Christ, royaume global et universel, appelé à dépasser facilement et fort heureusement toutes nos attentes. Amen!

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