Réflexion monastique sur l’Homme-Dieu

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« Ils le trouvèrent au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant » 

La personne de Jésus et son mystère ont toujours fasciné les âmes contemplatives et dom Augustin Guillerand, chartreux du 20e siècle, ne fait pas exception. Voici un extrait de sa réflexion sur Jésus, à l’âge de douze ans, assis au milieu des docteurs de Jérusalem:

« L’occupation de Jésus au Temple pendant ces trois jours n’est pas moins étrange que le mystère de son séjour loin des siens. Il était au milieu des docteurs ; il les écoutait et il les interrogeait. Son attitude est bien de son âge. Il ne se pose pas en maître, il reste enfant. Cependant, là encore, sa divinité transparaît. Il étonne, il stupéfait. Ceux qui l’entendent sont renversés par la sagesse des réponses faites par lui aux questions posées. Ainsi, il apparaît toujours avec cette double face dont l’une ressemble à la nôtre et dont l’autre accuse sa divinité. C’est en effet ce qu’il y a de caractéristique en lui : il n’est ni seulement homme, ni seulement Dieu, il est Dieu et homme tout ensemble, il est l’Homme-Dieu.

De là, le résultat de son activité et l’impression qu’elle produit sur les âmes. Il convainc sans épouvanter ; il s’impose sans repousser; il attire et séduit tout autant qu’il s’affirme. Il apparaît l’un de nous et en même temps supérieur à nous. Il peut donc servir d’intermédiaire. Son humanité le met à notre niveau, sa divinité nous élève au rang que nous avons perdu et qu’il faut reconquérir. Les enfants le voient enfant comme eux, écoutant et interrogeant comme eux. Les savants découvrent en lui des abîmes de science auprès desquels leur savoir est une goutte d’eau. Goutte d’eau et océan sans rivage, Jésus est cela en même temps. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 82 s)

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Véritablement homme, véritablement Dieu.

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Malgré les différents aspects de la foi en Dieu qui peuvent nous unir aux Juifs et aux Musulmans, il en est un qui  demeure un obstacle insurmontable: la DIVINITÉ de Jésus! N’ayant pas reçu le don de la foi chrétienne, ces croyants ne peuvent intuitionner (comme nous) ce beau mystère d’un Dieu en trois Personnes ni celui de l’union ineffable des deux natures, divine et humaine, en la personne de Jésus. «Véritablement homme, véritablement Dieu»  …  laissons cet expert en la matière, que fut au 5e siècle le pape saint Léon, nous introduire un tant soit peu à ce mystère fondamental:

«La petitesse a été assumée par la majesté, la faiblesse par la force, l’asservissement à la mort par l’immortalité; et  pour payer la dette de notre condition humaine, la nature inaltérable s’est unie à la nature exposée à la souffrance. C’est ainsi que, pour mieux nous guérir, le seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus Christ devait d’un côté, pouvoir mourir et, de l’autre, ne pas pouvoir mourir. C’est donc dans la nature intégrale et complète d’un vrai homme que le vrai Dieu est né, tout entier dans ce qui lui appartient, tout entier dans ce qui nous appartient. (…) Les défauts que le démon trompeur a introduit dans l’homme, et que l’homme trompé a contractés n’ont aucunement marqué le Sauveur. Aussi, bien qu’il ait accepté de partager nos faiblesses humaines, n’a-t-il pas participé à nos fautes. Il a pris la condition de l’esclave sans la souillure du péché; il a rehaussé l’humanité sans abaisser la divinité. (…)

En effet, le même qui est vrai Dieu est aussi vrai homme, et il n’y a aucun mensonge dans cette unité, puisque la bassesse de l’homme et la hauteur de la divinité se sont unies dans cet échange. De même que Dieu n’est pas altéré par sa miséricorde, de même l’homme n’est pas anéanti par sa dignité. Chacune des deux natures agit en communion avec l’autre, mais selon ce qui lui est propre: le Verbe opère ce qui appartient au Verbe, et la chair exécute ce qui appartient à la chair. L’un brille par ses miracles, l’autre succombe aux outrages. Et de même que le Verbe ne perd pas son égalité avec la gloire du Père, de même la chair ne déserte pas la nature de notre race humaine. C’est un seul et même être, il faut le dire souvent, vraiment Fils de Dieu et vraiment fils d’homme. »

(Lettre de saint Léon le Grand à Flavien, PL 54, 763-767)

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À tout péché … miséricorde!

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Alors qu’un énorme manque de confiance commence à ébranler nos sociétés civiles et religieuses, on peut se demander si la miséricorde a encore sa place dans nos échanges. La justice ne risque-t-elle pas de prendre toute la place et discréditer ainsi toute mention de miséricorde qui oserait s’immiscer dans ces débats? Dieu lui-même ne serait-il pas à blâmer en prétendant faire la part des choses? Les revendications du fils aîné de la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15) ne semblent-elle pas plus appropriées qu’une absolution  jugée intempestive à l’endroit de son frère cadet? Voici, parmi plusieurs, une réponse positive et éclairante de la part d’un Père de l’Église du 5e siècle, saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne:

« Je me lèverai et j’irai vers mon père. Celui qui dit ces paroles gisait à terre. Il prend conscience de sa chute, il se rend compte de sa ruine, il se voit enlisé dans le péché et il s’écrit: Je me lèverai et j’irai vers mon père. D’où lui vient cet espoir, cette assurance, cette  confiance? Du fait même qu’il s’agit de son père. « J’ai perdu, se dit-il, ma qualité de fils, mais lui n’a pas perdu celle de père ». (…) Et le père, à la vue de son fils, voile immédiatement sa faute. À son rôle de juge, il préfère celui de père. Il transforme tout de suite la sentence en pardon, lui qui désire le retour de son fils et non sa perte. Il se jeta à son cou et l’embrassa. Voilà comment le père juge et comment il corrige; il donne un baiser au lieu d’un châtiment. La force de l’amour ne tient pas compte du péché, et c’est pourquoi le père remet d’un baiser la faute de son fils, il le couvre par ses embrassements. Le père ne dévoile pas le péché de son enfant, il ne flétrit pas son fils, il soigne ses blessures de sorte qu’elles ne laissent aucune cicatrice, aucun déshonneur. » (Homélie sur  le pardon, PL 52, 189)

Quel énorme fossé entre la miséricorde de Dieu et les accusations répétées de ceux et celles qui, face aux scandales actuels, jouent allègrement le rôle de vierges offusquées! Il ne s’agit ÉVIDEMMENT PAS  de pénaliser des victimes innocentes au profit d’abuseurs même repentants …  mais, ceci étant dit, quel spectacle navrant que de voir cette justice populaire se laisser aller à un pharisaïsme gratuit et bruyant. On se bouscule sur la place publique pour dénoncer haut et fort  … de crainte d’être jugé complice des faits. À côté de ce tintamarre, suscité en grande partie par des langues médisantes en mal de commérages, il y aura toujours place pour un aperçu plus sobre et réaliste des faits.  « À tout péché … miséricorde »,  cette justice divine serait-elle d’un autre âge ou trop élevée pour que certaines autorités civiles, voire religieuses, puissent s’en inspirer?

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Le recueillement en Dieu

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Nos facultés ont beau être adonnées à la recherche du bien et du vrai, elles risquent de demeurer loin de Dieu car ces objets, tout en étant de Dieu, ne sont pas lui. Seul le recueillement peut nous faire goûter la présence de Celui qui est l’auteur de tout bien. Voici comment s’exprime dom Augustin Guillerand sur ce point important de la vie spirituelle :

« Le royaume des cieux est au-dedans de vous, a dit Jésus (Luc 17, 21). C’est la partie mystérieuse et profonde que l’on appelle le centre, le foyer, ou encore la cime de l’âme. C’est le temple, le sanctuaire, l’autel où le Père a fixé sa demeure au jour du baptême et où il nous appelle à le rejoindre. Nous répondons à son appel quand nous nous recueillons.

Nos facultés partent et s’en vont sans cesse, comme des abeilles, butiner sur tous les objets qui se présentent à elles. Ces objets sont bons, mais ne sont pas le bien ; ils sont de Dieu mais ne sont pas Dieu ; ils conduisent à lui, ils font penser à lui, mais ils ne le remplacent pas. Les facultés doivent rentrer à la ruche et rapporter au divin Roi qui l’occupe toutes les richesses qu’elles ont butinées. Là se fait le miel. Leur rentrée est le recueillement ; elles se rassemblent, elles se ramassent, elles rassemblent et ramassent les fruits de leur cueillette et les présentent à l’Être qui les a créées.

Et lui, verse sur ces fruits de l’âme, sur tous ces biens devenus en elle des souvenirs, des images, des pensées, le rayon de céleste lumière qui les transforme et les fait resplendir. Les fruits de l’âme offerts à Dieu deviennent les fruits de Dieu et de l’âme. Celle-ci rentrée en elle-même, chargée de ses trésors, s’unit au Père dans le foyer secret où il demeure. Elle y demeure avec lui ; elle est la reine de ce royaume intérieur dont elle l’a fait roi ; il lui fait place sur son trône ; elle entre avec lui dans des rapports ineffables que nous essayons d’exprimer par des mots et de nous représenter, mais la réalité dépasse indiciblement tous les mots en profondeur et en charme. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 178 s)

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Trouver Dieu en nous

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Moniale en prière (Chartreuse de Benifaça, Espagne)

La grâce du baptême est une habitation de Dieu en nous … mais combien peu de nous en profitent ! Jésus disait : « Quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ». La prière silencieuse nous ouvre à une réelle prise de conscience de la présence de Dieu en nous. Voici comment dom Guillerand, ce contemplatif par excellence, nous l’explique :

« En Chartreuse, les paroles que nous ne disons pas deviennent des prières. C’est là notre force et nous ne pouvons faire quelque bien que par ce grand moyen du silence. Nous parlons à Dieu de ceux auxquels nous ne parlons pas.

Il faut demander à Dieu la grâce de nous trouver au lieu de nous fuir. Se trouver, se fuir, ce ne sont que des formules. Voilà ce qu’elles signifient et dans quelle vérité plus profonde qu’elles-mêmes elles s’accordent. Il y a en nous l’objet de nos aspirations. Il y est vraiment ; il y est de façon personnelle et vivante ; il y est comme un frère, un ami, un père Il s’y donne intimement et continuellement. Il est notre être vrai, la part de nous-mêmes qui n’est pas emportée à chaque instant par le flux des choses, ce qu’il y a d’immuable et d’éternel. Se trouver, c’est le trouver en soi. Cette découverte est l’œuvre de la foi aimante. Les âmes qui aiment ont une certaine façon de croire qui les fait comme sortir d’elles-mêmes et entrer dans l’objet de leur croyance. Elles comprennent cette parole de l’Évangile : « Si quelqu’un m’aime, il observe mes commandements ; et alors nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure. » Voilà où il faut nous enfuir, et où il faut nous trouver ; dans la demeure de notre âme où réside Dieu. Et quand nous aurons trouvé Dieu en nous, quand nous en aurons fait le compagnon aimé de nos jours et nos heures, nous ne trouverons plus la vie si lourde et la société de nos semblables si ennuyeuse. En eux, comme en nous, nous verrons et nous aimerons Celui qui est leur vrai fond de beauté. Cette vie intérieure nous permettra également de faire du bien autour de nous. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 171)

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Savoir pardonner de façon … charitable!

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« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »  (Luc 23, 34)

De tous ceux qui croient en Dieu, le chrétien est le seul qui ait reçu le commandement d’aimer ses ennemis … car, disait Jésus, nous sommes tous frères d’un même Père. Encore faut-il pardonner avec des sentiments de charité et non d’amour-propre, en culpabilisant outre mesure ceux ou celles qui ont osé nous insulter! Essayer de comprendre la motivation de nos ennemis n’est pas chose facile et il peut nous paraître plus expédient de leur pardonner tout en les laissant dans, ce qui nous semble être, leur piètre disposition! Jésus n’a pas agit ainsi … et un moine anglais du 12e siècle nous en rappelle le pourquoi:

« Rien ne nous encourage tant à l’amour des ennemis, en lequel consiste la perfection de l’amour fraternel, que de considérer avec gratitude l’admirable patience de Jésus durant sa passion. (…) En entendant cette admirable parole, pleine de douceur, d’amour et d’imperturbable sérénité: Père pardonne-leur, que pourrait-on ajouter à la douceur et à la charité de cette prière? Et pourtant le Seigneur ajouta quelque chose. Il ne se contenta pas de prier, il voulut excuser: Père, dit-il, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils sont sans doute de grands pécheurs, mais ils en ont à peine conscience; c’est pourquoi, Père, pardonne-leur. Ils crucifient, mais ils ne savent pas qui ils crucifient, car s’ils l’avaient su, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. C’est pourquoi, Père, pardonne-leur. Ils pensent qu’il s’agit d’un transgresseur de la Loi, d’un usurpateur de la divinité, d’un séducteur du peuple. Je leur ai dissimulé mon visage, ils n’ont pas reconnu ma majesté. C’est pourquoi, Père, pardonne-leur; ils ne savent pas ce qu’ils font.  (Le Miroir de la Charité, d’Aelred , abbé cistercien de Rievaulx, III, 5)

Si donc « pardonner à notre ennemi » est déjà un acte extraordinaire pour notre pauvre nature humaine, essayer de comprendre la motivation de l’injustice infligée dénote une humilité digne des grandes âmes et d’une véritable disposition à rétablir les liens brisés. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

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Nos épreuves, marques de prédilection ?

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De l’aveu de dom Guillerand, la vraie consolation de la vie chrétienne est de pouvoir se tourner vers Dieu et de lui dire merci, quel que soit l’état dans lequel nous nous trouvons : bonne ou mauvaise santé, joie ou tristesse, paix ou épreuves de toutes sortes. Voici un extrait de ce qu’il veut dire, sous forme de monologue ou de prière :

« C’est en Jésus que nous faisons cette découverte. Dans toute sa vie, vous nous montrez comment vous, le Père par excellence, le Père qui est tout amour, vous aimez votre Fils unique et comment on peut devenir fils. La croix ne s’oppose pas à l’amour, puisque vous l’avez dressée au terme de sa vie et qu’elle en est le couronnement terrestre. Nos épreuves ne sont donc pas un signe de mécontentement ou d’oubli ou de moindre tendresse de votre part, puisque l’être que vous avez aimé le plus tendrement sur notre terre a été le plus lourdement chargé. Ne sont-elles pas plutôt une marque de prédilection ? La grande grâce est l’union à Jésus, et l’union c’est la ressemblance. Comment ressembler à Jésus sans la croix ? Il est né, il a grandi, il a vécu pour elle ;  il en est inséparable. Sans elle, il n’est plus lui. La croix est donc une grâce, la grande grâce.

Jésus crucifié est donc notre consolation, la grande consolation. Et vous, ô Père inexprimablement bon, qui avez poussé l’amour jusqu’à nous le donner, soyez béni de ce don qui change toutes nos peines en joies ! Soyez béni pour vous être incliné par votre Fils et en lui jusqu’à notre misère et pour avoir engendré sur notre terre, par ce geste et par ce don de vous-même, cette forme spéciale de l’amour qui s’appelle miséricorde. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 154)

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Le malheur … un don de Dieu?

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Après avoir tout perdu, richesse, enfants et santé, Job assis sur son tas de fumier se fait dire par sa femme: «Maudis Dieu et meurs!».  Et lui de répondre: « Tu parles comme une folle! Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur! » (Job 2, 10).  Job n’est pas théologien mais, sans avoir d’explication rationnelle à son malheur, il sait pertinemment que tout dépend de Dieu et que la révolte ne réglerait rien. Qui de nous n’est pas confronté un jour ou l’autre à un malheur qui  nous semble sinon cruel du moins totalement immérité? Et en l’absence de madame Job …  le diable  la remplace très bien en nous inspirant des pensées de révolte ou même de désespoir. Avouons que, même pour nous croyants, l’image de la Bonté de Dieu s’estompe facilement dans certaines situations pénibles et que nous avons peine à croire à une «épreuve» destinée à notre avancement spirituel. Voici ce qu’en dit cet éminent docteur de l’Église que fut saint Augustin:

« Dans son voyage ici-bas, notre vie ne peut pas échapper à l’épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve; personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s’il n’a pas rencontré l’ennemi et les tentations. (…) On lisait tout à l’heure dans l’évangile que le Seigneur Jésus Christ, au désert, était tenté par le diable! Parfaitement! Le Christ était tenté par le diable! Dans le Christ, c’est toi qui étais tenté, parce que le Christ tenait de toi sa chair, pour te donner le salut; tenait de toi la mort, pour te donner la vie; tenait de toi les outrages, pour te donner les honneurs; donc il tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire. Si c’est en lui que nous sommes tentés, c’est en lui que nous dominons le diable. Tu remarques que le Christ a été tenté et tu ne remarques pas qu’il a vaincu? Reconnais que c’est toi qui es tenté en lui; et alors reconnais que c’est toi qui es vainqueur en lui. Il pouvait écarter de lui le diable; mais s’il n’avait pas été tenté, il ne t’aurait pas enseigné, à toi qui dois être soumis à la tentation, comment on remporte la victoire. » ( Homélie sur le psaume 60 )

CONCLUSION: ce que nous considérons comme «malheur» n’est très souvent qu’une occasion, permise par Dieu, de nous mieux connaître concrètement sans tout le tralala dont nous aimons nous revêtir; et c’est également une occasion pour le Christ de nous inspirer des réactions positives qui nous fassent croître spirituellement. À l’encontre de Job qui ne pouvait que s’incliner devant un mystère qui le dépassait, nous, chrétiens, avons la grâce d’y percevoir un chemin qui mène à la vie éternelle!

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Mon cœur : forteresse ou ville ouverte?

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Chartreuse La Valsainte (Suisse)

L’attention à Dieu est belle en théorie mais si difficile dans la vie de chaque jour! Nos saints désirs sont souvent mis à l’épreuve par l’attrait de choses insignifiantes et la paix escomptée n’est plus au rendez-vous. Laissons le chartreux, dom Augustin Guillerand, nous expliquer la difficulté  d’être attentif dans la prière :

« L’attention à Dieu est rare parce que rares sont les âmes qui le connaissent. Le péché nous a détournés de lui; nous vivons en face du créé; les images des créatures nous emplissent l’âme, nous retiennent et rendent l’attention à Dieu difficile. Il faut se retourner; c’est le sens du mot conversion.

La conversion a bien des degrés. Les Saints seuls sont de vrais convertis; seuls ils vont jusqu’au bout de leur mouvement. Ce «bout» c’est un regard qui ne veut plus faire attention qu’à Dieu, et peu à peu, à la suite d’exercices plus ou moins prolongés et avec l’aide de la grâce, ce regard se fixe en lui.

Les créatures (et le démon qui en use) ne se laissent pas évincer sans combat. La vie d’oraison exige des batailles continuelles ; c’est le grand effort (et le plus long) d’une existence qui se voue à Dieu. Cet effort porte un beau nom: il s’appelle la garde du cœur. Le cœur humain est une cité; il devrait être une forteresse. Le péché l’a livré. Depuis, c’est une cité ouverte dont il faut rebâtir les murs. L’ennemi se jette sans cesse à la traverse. Il le fait avec son habilité et sa force, avec fourberie et avec fougue. Il présente des pensées si heureuses, parfois si utiles, des images si charmantes ou si redoutables, il enveloppe le tout de raisons si pressantes, qu’il arrive à chaque instant à nous distraire, à nous tirer hors de la divine présence. Il faut sans cesse s’y remettre. Ces reprises perpétuelles, ces recommencements sans fin, plus encore que la lutte proprement dite, nous lassent et nous abattent. Nous préférerions une violente bataille … violente mais définitive. Le bon Dieu ne le veut pas en général. Il préfère cet état de guerre, ces embûches et ces guet-apens, ces précautions et ces vigilances. Il est l’Amour et cette longue guerre exige en nous plus d’amour et le développe davantage. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 23 s)

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Un temps pour manger, un temps pour jeûner!

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« Bien que Jésus t’ait racheté au Calvaire sans ton aide, par contre il ne te sauvera pas sans ta collaboration ». Ces paroles éclairantes de saint Augustin m’ont toujours été un phare dans ma vie spirituelle … sage équilibre entre le Salut totalement gratuit d’une part, et l’effort  personnel  à fournir d’autre part. Car la vie éternelle ne nous est pas imposée mais proposée; ce qui suppose une acceptation personnelle! Dans cette optique, le jeûne, si familier à tout bon moine, est également  recommandé par la Bible et la Tradition à toute personne désireuse de s’approcher de Dieu. Jésus lui-même l’a pratiqué au désert avant de le proposer à ses disciples conjointement à la prière et à l’aumône: trois moyens de progresser dans notre vie d’enfant de Dieu en améliorant nos relations tant avec Dieu (prière) qu’avec nous-même (jeûne) et avec le prochain (aumône).

En ce début de carême, permettez-moi néanmoins de m’attarder sur ce qui me semble prioritaire: la prière! En ces temps d’incertitudes et de scandales de toutes sortes (surtout au niveau ecclésial), notre vision de Dieu risque d’en être sinon oblitérée du moins drôlement affectée. Et notre ascèse personnelle (jeûne, aumône, etc.) dépend en grande partie de la vision que nous avons du Créateur.

« Seigneur, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de répulsion pour aucune de tes œuvres; tu fermes les yeux sur les péchés des hommes: tu les invites à la pénitence, et tu leur pardonnes, car tu es le Seigneur notre Dieu » . Cette belle et réconfortante image de Dieu est tirée de la Sagesse (chap. 11), livre biblique écrit environ 50 ans avant notre ère. Dans sa prédication, le Seigneur a bien voulu développer cette image en déclarant qu’il était venu dans le monde « non pour les bien-portants mais pour les pécheurs ». En mourant sur la Croix, il a comme signé dans son sang cette lettre d’amour que le Père lui avait confiée pour nous: DIEU AIME L’HUMANITÉ. De toute éternité, le décret divin de la création n’avait finalement d’autre but que de révéler, par l’Incarnation rédemptrice, cet amour miséricordieux du Père pour les humains. Voici comment l’Église résume, pour sa part, ce rôle salvifique de Jésus: « En naissant parmi les hommes, Jésus les appelle à renaître; en souffrant sa passion, il a supprimé nos fautes; par sa résurrection d’entre les morts, il donne accès à la vie éternelle, et par son ascension auprès de toi, notre Père, il nous ouvre le Ciel » (4e préface des dimanches).

Attachés par le baptême à ce Père miséricordieux, nous ne pouvons que désirer nous détacher de tout ce qui n’est pas Lui … et c’est là le sens de l’entrainement au combat spirituel que nous entreprenons aujourd’hui. Puissent nos jeûnes, nos prières et nos aumônes, dans les jours qui viennent, prendre une part significative à ce processus de sanctification!

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