Noël, fête souriante et joyeuse

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À quelques jours de Noël, regardons comment cette fête est perçue d’un moine chartreux, dom Augustin Guillerand. Avec son regard particulier, tout spirituel, ce moine s’y révèle  tout autant que le mystère qu’il contemple:

« Noël est la fête souriante et douce par excellence. Le charme d’un berceau l’enveloppe d’une atmosphère qui attire et épanouit. Les cœurs s’ouvrent devant cet enfant sachant déjà la vie et ses peines, et qui ne craint pas de les affronter pour nous. Son âme toute fraîche renouvelle les nôtres. Les années éternelles  ayant précédé sa naissance ne l’ont pas vieilli; il a l’expérience de tout ce qui a été, il connaît tout ce qui sera et il est jeune comme une fleur qui s’ouvre. Il a la jeunesse de ce qui ne passe pas, la jeunesse de l’éternel présent. Du haut de cette jeunesse, comme d’un sommet infini, il donne le mouvement des choses et il leur communique sa paix. Vues par lui, elles sont toutes belles et bonnes. Vues en lui, elles apparaissent toutes revêtues de cette douceur et de cette beauté. (…)

Noël est la fête de la joie: « Je vous annonce une grande joie » (Luc 2,10) dit l’ange aux bergers. Cette joie a traversé l’histoire, et elle est restée attachée à cet anniversaire. La joie de Noël n’est pas l’absence de peine. Il y a quelque chose de mieux que de supprimer la souffrance, c’est de l’utiliser. Le grand art de Dieu consiste à tout faire servir à ses desseins. Il est la joie infinie et il fait la joie, même avec de la douleur. Voilà pourquoi l’épreuve entoure le divin berceau; la pauvreté, l’indifférence, le mépris, la haine, la persécution et l’exil accueillent ce nouveau-né; ce ne sont pas des ennemis qui le dominent, ce sont des serviteurs répondant à ses appels et exécutant ses ordres.

Trente ans plus tard, du haut de la montagne des béatitudes, devant des foules immenses et devant le genre humain tout entier présent à sa pensée, il criera son étrange secret: «Bienheureux les pauvres en esprit, bienheureux les doux, bienheureux ceux qui pleurent, ceux que l’on persécute ….». Bethléem et l’humble berceau sont ces paroles vécues avant d’être prononcées. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 67 s)

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« Un grand signe apparut dans le ciel: une femme enceinte »

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Ce texte, tiré de l’Apocalypse de saint Jean (chapitre 12, 1-2), désigne avant tout le Peuple de Dieu qui va mettre au monde le Messie. Cependant, la liturgie l’applique également à l’Église du Christ et tout spécialement à la Vierge mère! Voilà donc une symbolique qui, en ce temps de l’Avent, mérite d’être élucidée si nous voulons en retirer quelque fruit.  Et nous le ferons en nous appuyant sur plus grand que nous, en l’occurrence, sur Isaac, abbé du monastère cistercien de l’Étoile:

« Dans les Écritures divinement inspirées, ce qui est dit en général de la vierge mère qu’est l’Église s’applique en particulier à la Vierge Marie; et ce qui est dit de la vierge mère qu’est Marie, en particulier, se comprend en général de la vierge mère qu’est l’Église. Et lorsqu’un texte parle de l’une ou de l’autre, il peut s’appliquer presque sans distinction et indifféremment à l’une et à l’autre. Car l’une et l’autre sont vierge et mère: l’une et l’autre ont conçu du Saint-Esprit sans attrait charnel. L’une et l’autre ont donné une progéniture à Dieu le Père, sans péché. Marie a engendré une tête pour le corps, l’Église a fait naître, dans la rémission des péchés, un corps pour la tête. L’une et l’autre sont mères du Christ, mais aucune des deux ne l’enfante tout entier sans l’autre.

De plus, chaque âme croyante est également, à sa manière propre, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ. (…) L’Écriture dit: Je demeurerai dans l’héritage du Seigneur. L’héritage du Seigneur, dans sa totalité, c’est l’Église, c’est tout spécialement Marie, et c’est l’âme de chaque croyant en particulier. En la demeure du sein de Marie, le Christ est resté neuf mois; en la demeure de la foi de l’Église, il restera jusqu’à la fin de ce monde; et dans la connaissance et l’amour du croyant, pour les siècles des siècles. »

(Isaac de l’Étoile, †1147, Homélie pour l’Assomption, PL 194, 1792-1793)

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Ascèse et vie chrétienne

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Face aux chrétiens d’aujourd’hui qui se recherchent en voulant unir confort et devoirs religieux, les saints demeurent des exemples privilégiés de l’unique voie du Salut. En ce temps de l’Avent, alors que la liturgie nous invite à préparer concrètement le chemin du Seigneur, voici un bel exemple d’effort ascétique réalisé par Antoine, jeune égyptien du 4e siècle :

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux.

Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. »( Vocation d’Antoine, extrait de la Vie de saint Antoine par saint Athanase)

Détachement, humble travail, lectures bibliques, prières fréquentes, autant de moyens concrets pour faciliter le dialogue entre nous et Dieu. Tous n’ont peut-être pas la même vocation qu’Antoine … mais la ferveur des chrétiens des premiers siècles ne peut que nous inspirer un mode de vie plus modeste, une attention plus soutenue à Dieu et des comportements à contre courant de ceux de nos contemporains. Quant à Antoine, on sait qu’il se retira au désert et y vécu très longtemps pour finalement y mourir, vers 356, à l’âge de 105 ans. De nombreux disciples le suivirent dans ce genre de vie austère, ce qui lui valut au long des âges le titre de Père des moines.

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L’unique créature « nécessaire »

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En cette fête liturgique de la Conception immaculée de la Vierge, il convient de saluer cette femme admirable et unique, destinée à fournir le trait d’union entre la nature humaine et la nature divine, le Christ, vrai Dieu et vrai homme.

« Je te salue pleine de grâces ». Ces paroles de l’ange Gabriel à Marie résument bien le mystère que nous célébrons en ce jour: la jeune fille est pleines de grâces, elle est la toute-sainte, celle qui fut préservée de tout péché (y compris de la tache du péché originel) par une grâce venant déjà de la mort de son Fils. Car il ne convenait pas que celle qui fournirait au Verbe éternel un point d’ancrage en ce monde fusse un seul instant soumise à la domination du Prince des ténèbres.

De toute éternité, le Dieu tout-puissant a donc prédestiné Marie à devenir la Mère de son Fils … et c’est là le fondement  de toutes ses autres prérogatives: conception immaculée, assomption glorieuse, etc. Lorsque Dieu pense à Marie, il y voit, d’une certaine manière, la créature «nécessaire»  à la réalisation de son plan salvifique. Mais n’allons pas penser que la Vierge aura eu la vie facile pour autant … elle a dû collaborer à la réussite de sa mission: elle a souffert, elle a prié, elle a patienté, elle a espéré. Elle fut surtout un modèle de confiance inébranlable; une confiance qui se traduisait par une soumission totale à la Volonté de Dieu, soumission admirablement exprimée dans l’hymne de la fête: « Elle a bâti sa demeure dans les vouloirs du Père. »

Le temps de l’Avent, qui nous prépare à Noël,  est donc rehaussé (et non distrait) par la fête de l’Immaculée Conception; une fête  qui ennoblit celle qui, enceinte, se prépare à accoucher le Messie, le Sauveur du monde:

« Voici la nouvelle Genèse;

en toi, Vierge immaculée,

la grâce originelle refleurit.

Notre terre n’est plus maudite,

nous la verrons bientôt donner le fruit de vie. »

(Hymne de la Fête)

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Un homme de lumière

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Jean, fils de Zacharie, fut choisi comme précurseur du Messie : tâche des plus importantes qui nécessitait un être transparent et d’une fidélité exemplaire. Notre ami chartreux, dom Guillerand, l’a bien compris, lui qui aime parler de cet homme comme d’un être rempli de lumière ! Écoutons-le :

« Jean n’est qu’un homme, mais chez qui le rapport de lumière et d’amour avec Dieu est rétabli. C’est ce qui le classe au premier rang des prophètes, et même hors rang. Nul d’entre eux ne l’a eu au même degré et de la même façon. La Lumière est venue le visiter quand il était encore au sein de sa mère ; elle l’a traversé de part en part; en lui il n’y a que lumière. Il en est plein « face à Dieu » ; son âme reçoit toute le divin rayon; elle ne reçoit que cela ; elle n’est faite que de cela ; c’est sa grandeur propre : « il était grand devant Dieu».

Il reproduit , aussi parfaitement qu’un homme le peut, le Verbe qui reproduit infiniment le Père. Entre Jean et le premier homme d’une part, puis entre lui et le second Adam d’autre part, la relation est toute spéciale. Nul enfant des hommes, depuis la faute, ne l’égale. Nul n’est reflet aussi pur de Celui qui est Vie et Lumière. Le mouvement de Lumière qui est la Vie se communique sans obstacle, sans défaut, sans déperdition à cet homme qui, sans doute, n’est qu’un homme, mais en qui l’homme est tout à Dieu.

À ce mérite essentiel s’ajoute sa mission. Son mérite est pour lui ; sa mission est sociale. Sans aucune mission, mais parfaitement dégagé de lui-même et tout tourné vers la Lumière, sa grandeur serait la même. Son dégagement qui le pose tout entier en face du Verbe de vie lui permettra de le représenter en perfection devant les hommes auxquels il est envoyé. Jean est un témoin ; sa mission est de témoigner en faveur de Celui qui est la Lumière. C’est pourquoi il a été fait uniquement réflecteur ! »

(Écrits spirituels, tome 1, page 105)

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Notre mystérieuse collaboration

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Le Christ nous a racheté au Calvaire sans notre aide, affirme saint Augustin, par contre, il ne nous sauvera pas sans notre collaboration. Quelle est donc cette mystérieuse collaboration? D’aucuns penseront immédiatement, et à bon droit, à l’affirmation de Jésus: « Si quelqu’un veut  être mon disciple, qu’il se renonce, prenne sa croix et  me suive». Bien! mais dans quel esprit le faire?  Pour les uns, dans celui d’un ascète qui s’efforce d’escalader la montagne de la perfection; pour d’autres, dans celui d’un enfant qui s’offre à Dieu par le don quotidien de lui-même. Quelque soit notre choix personnel, tout ce travail se traduit comme l’exercice du sacerdoce des fidèles: un sacerdoce distinct de celui des prêtres mais enraciné, comme lui, dans celui du Christ, sacerdoce commun des baptisés auquel Pierre et Paul  font souvent allusion dans leurs lettres. Voici comment s’exprime à ce sujet un saint évêque de Ravenne (Italie) au 5e siècle:

« Écoutons l’adjuration de l’apôtre Paul: « Je vous adjure d’offrir vos corps » (Romains 12, 1). L’Apôtre, par cette demande, a fait accéder tous les humains au sommet du sacerdoce: offrir vos corps, comme un sacrifice vivant! Quelle fonction sans précédent que celle du sacerdoce chrétien! L’homme y est à lui-même et la victime et le prêtre; l’homme n’a pas à chercher au dehors ce qu’il doit immoler à Dieu; l’homme apporte avec lui et en lui ce qu’il doit offrir pour lui-même à Dieu en sacrifice. (…)

Sois donc et le sacrifice et le prêtre de Dieu. Ne néglige pas le don que t’a concédé la souveraineté divine. Revêts la robe de la sainteté; boucle sur toi le ceinturon de la chasteté; que le Christ vienne voiler ta tête; que la croix imprimée sur ton front te protège toujours; mets sur ton cœur le mystère de la science divine; fais brûler sans cesse l’encens de la prière; empoigne le glaive de l’Esprit; fais de ton cœur un autel. Et ainsi présente ton corps à Dieu, offre-le sans crainte en sacrifice. »  (Homélie de saint Pierre Chrysologue, PL 52, 499-500)

Le concile Vatican II, en faisant allusion au sacerdoce commun des fidèles, n’a donc rien inventé de neuf, mais n’a fait que remettre en lumière une vérité traditionnelle de notre foi: « Les fidèles  exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et la charité active » (Lumen Gentium, no 10). Voilà donc notre mystérieuse collaboration à l’œuvre du Christ Sauveur, voilà notre dignité chrétienne, voilà notre plan d’action pour le temps de l’Avent qui commence. Que Dieu nous vienne en aide!

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Je crois en la vie éternelle

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En cette fin de l’année liturgique, nos regards se tournent tout naturellement vers l’héritage promis, le Ciel, la vie éternelle ! Nos contemporains, lors d’un décès, parlent facilement de cet outre-tombe, mais souvent de façon anodine en ignorant l’essentiel, à savoir, la vision de Dieu. Qu’en est-il réellement ? Je laisse la parole au « plus savant des saints et plus saint des savants », le docteur angélique, Thomas d’Aquin (que l’on aperçoit ci-dessus, dans la fresque de Fra Angelico, discourant avec saint Bernard) :

« Il est logique que la fin de tous nos désirs, c’est-à-dire la vie éternelle, soit indiquée à la fin de tout ce qui nous est donné de croire dans le Symbole des Apôtres, avec ces paroles: «Je crois … en la vie éternelle. Amen. » (…)

Dans la vie éternelle, il y a d’abord l’union de l’homme avec Dieu. Car Dieu lui-même est la récompense et la fin de tous nos travaux; Moi, je suis ton bouclier, et ta récompense très grande. Et cette union consiste dans la parfaite vision: Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir; ce jour-là, nous verrons face à face. (…)

La vie éternelle consiste encore dans la louange parfaite: On y entendra l’enthousiasme et la joie, l’action de grâce et le chant de louange.

Et encore dans le parfait rassasiement du désir, car chaque bienheureux y possédera plus qu’il ne désirait et n’espérait. La raison en est que personne ne peut en cette vie combler son désir, et que jamais rien de créé ne rassasie le désir de l’homme. Dieu seul rassasie, et au-delà, à l’infini. C’est pourquoi on ne se repose qu’en Dieu, comme le dit saint Augustin: « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi ».

Et puisque dans la patrie les saints posséderont Dieu parfaitement, il est évident que leur désir sera rassasié et qu’en outre il débordera de gloire. C’est pourquoi le Seigneur dit: Entre dans la joie de ton Seigneur. Et saint Augustin, à ce propos: « Toute la joie n’entrera pas en ceux qui se réjouissent, mais ceux qui se réjouissent entreront tout entiers dans la joie ». (…)

La vie éternelle consiste encore dans la société jubilante de tous les bienheureux, et cette société sera extrêmement délicieuse parce que chacun possédera tous les biens que possèdent tous les bienheureux. Car chacun aimera l’autre comme soi-même et par suite se réjouira du bien de l’autre comme de son bien-propre. De ce fait, l’allégresse et la joie d’un seul s’accroît dans la mesure où elle est aussi la joie de tous. » (Conférence sur le Credo, de saint Thomas d’Aquin, Opuscula theologica 2, 216-217)

Que nous sommes loin de toutes ces fadaises entendues lors de funérailles, genre « le disparu peut maintenant nous regarder et nous faire des grimaces » ou « il se promène parmi les planètes » ou encore « il prend l’apéro avec le Bon Dieu » … et j’en passe. Une chose est la science-fiction, une autre la foi catholique. Merci à l’Église de nous ramener, par sa doctrine, à un certain bon sens ! Le Ciel, ou la vision bienheureuse, n’est pas un droit mais un privilège, faut-il encore et toujours le rappeler; un privilège accordé miséricordieusement à tous ceux et celles qui auront eu le courage de suivre ici-bas le Christ dans l’amour de Dieu et du prochain. Qu’on se le dise !

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De quelle royauté s’agit-il ?

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En cette fête du Christ, Roi de l’univers, il convient de clarifier brièvement ces deux éléments si souvent mal compris: Royauté du Christ et Jugement dernier.

LE CHRIST ROI. Il importe de bien comprendre cette royauté qui n’a rien à voir avec celle des roitelets d’aujourd’hui. Jésus n’a rien d’un roi inactif, emblématique, vide de tout pouvoir politique, mais il se rapproche plutôt des anciens rois qui réunissaient en eux-mêmes les pouvoirs militaires, législatifs et économiques. Jésus est, plus précisément, une sorte de roi-général qui nous entraîne à sa suite dans la conquête du monde pour y établir le Royaume de Dieu son Père: « royaume de justice, d’amour et de paix ». Conquête, faut-il le préciser, non par les armes mais par le témoignage de l’amour et le service du prochain. D’après saint Paul, ce genre de royauté en devenir  ne serait que provisoire car une fois la conquête achevée, Jésus n’hésitera pas à tout remettre à Dieu le Père :  « Puis ce sera la fin, quand il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort (…) Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. » (1 Corinthiens 15, 24-28).

LE JUGEMENT DERNIER. La foi chrétienne distingue deux jugements. Le jugement particulier, lorsque l’homme, à sa mort, paraît devant Dieu: ce jugement met en lumière la vie unique de cette personne, sa liberté et sa responsabilité personnelles, et décide de sa destinée éternelle (voir le no 1022 du Catéchisme de l’Église catholique). Le jugement dernier, lui, coïncidera avec le retour du Christ et l’accomplissement du monde à la fin des temps. Ce dernier ne sera pas un procès mais un verdict ou jugement en ce qu’il mettra en lumière le bien comme bien, et le mal comme mal. Il sera aussi et avant tout l’accomplissement de la promesse de salut intégral de l’homme (âme et corps) en faisant partager à tous les fidèles le triomphe du Ressuscité: il va de soi que l’être humain, même béatifié, ne saurait être complet sans la présence de son corps. Enfin, selon l’évangile de Matthieu (25, 31-46), les critères de ce verdict-jugement porteront sur nos relations au prochain; il nous renvoie donc à notre agir chrétien.

CRAINDRE OU SE RÉJOUIR ? Pour les premiers chrétiens, le retour du Christ était objet d’attente joyeuse et impatiente et non de crainte (tel qu’il l’est pour certains d’entre nous, influencés par une iconographie médiévale se plaisant à détailler les châtiments). Après avoir rappelé aux chrétiens de Thessalonique l’avènement futur du Christ, l’apôtre Paul conclut tout naturellement: « Réconfortez-vous donc les uns les autres de ces pensées. » (1 Thess 4, 18). À leur exemple, demeurons nous-aussi dans une joyeuse expectative!

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« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant … »

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En ce monde où tout semble devoir être remis en question, y compris nos convictions religieuses les plus fondamentales, il est bon et même nécessaire d’affirmer l’importance du Symbole des Apôtres, merveilleux résumé de nos convictions chrétiennes, petit texte récité régulièrement, même si machinalement, à la messe dominicale. Un catéchète du 4e siècle, saint Cyrille de Jérusalem, nous en explique l’importance, lui qui fut appelé à souffrir de longues années d’exil pour son attachement à la vraie foi. Écoutons-le:

« Qu’il s’agisse d’étudier la foi ou de la confesser, acquiers et retiens seulement celle qui t’est transmise à présent par l’Église, celle qui a toutes les Écritures pour remparts. Or, tous ne peuvent lire les Écritures; les uns à cause de leur ignorance, les autres parce que leurs occupations les éloignent de la connaissance. Pour que cette ignorance n’entraîne pas la perte de l’âme, nous renfermons dans un petit nombre de versets toute la doctrine de la foi:« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus Christ … ». La foi dont tu viens maintenant d’entendre le texte, garde-la dans ta mémoire. Reçois aussi, quand le moment sera venu, le témoignage des divines Écritures sur chacun de ses articles. Car ce n’est pas le caprice des hommes qui a composé ce résumé de la foi; on a choisi les points les plus importants, à travers toute l’Écriture, pour récapituler l’ensemble de la foi. Et de même que la semence de moutarde renferme dans une petite graine de nombreux rameaux, de même ce symbole de la foi, en peu de mots, enveloppe toute la science de la piété contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Faites donc attention, mes frères, gardez l’enseignement qui vous est transmis maintenant, et gravez-le sur les tables de vos cœurs. Veillez religieusement à ce que l’ennemi ne vienne vous dépouiller dans un moment de négligence, à ce qu’un hérétique ne déforme pas une des vérités qui vous ont été transmises. Car la foi est comparable à de l’argent que l’on doit mettre à la banque, comme nous venons de le faire (en vous transmettant le symbole). Dieu vous demandera compte de ce qu’on vous a confié. Comme dit l’Apôtre, je vous en adjure, devant Dieu qui donne vie à toutes choses, et devant Jésus Christ qui a rendu témoignage devant Ponce Pilate dans une belle profession de foi: gardez sans tache cette foi qui vous a été transmise, jusqu’à la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ.

Un trésor de vie vient de t’être livré. Le Maître réclamera le dépôt qui lui appartient, au temps de sa manifestation que fera paraître aux temps fixés le bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs; le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir. À lui, gloire, honneur et puissance pour les siècles des siècles. Amen. »

(Catéchèse baptismale de saint Cyrille de Jérusalem, PG 33, 520-524)

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La face négative de l’amour

Le mois de novembre nous invite à regarder la dure réalité de la vie et de la mort. Personne ne peut y échapper alors que dame Nature elle-même se meurt. Pourquoi s’attacher si follement aux choses destinées à périr ? Un détachement est donc de mise, mais quelle sorte de détachement ? Dom Guillerand y répond magistralement en affirmant que le détachement chrétien n’est rien d’autre que la face négative de l’attachement, c’est-à-dire de l’amour. Écoutons-le :

« On se figure trop souvent que le détachement chrétien consiste à ne rien aimer. C’est horriblement inexact. Il n’y a jamais eu de cœur plus aimant que celui de Jésus; et nos cœurs doivent se modeler sur le sien. Aimer est le grand, et même l’unique, commandement: « Voilà le premier commandement … tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et … ton prochain ». Nous avons là tout l’Évangile et toute la vie et tout Dieu, qui est « Deus caritas »: l’amour. Mais un amour ordonné, un amour qui puisse vivre et se communiquer, et par conséquent qui puisse immoler tout ce qui l’empêche de se donner. Cette immolation, c’est le détachement. Le détachement c’est comme la face négative de l’attachement (ou amour). (…)

Le sacrifice et le dépouillement permettent de se donner à Dieu: ils brisent les liens créés qui retiennent l’âme; ils la libèrent et assurent le plein essor vers les hautes régions où l’on goûte la paix. Il faut que nous sortions de plus en plus des mille riens où se perdent la moitié de nos pensées et de nos sentiments. Pense beaucoup au ciel. Pense beaucoup à Notre-Seigneur qui est notre ciel de la terre et qui sera encore notre ciel de là-haut. Ce qui nous manque, c’est cela. Il nous manque quelqu’un. Nous ne trouvons autour de nous que des choses ou des personnes qui ne sont pas assez quelqu’un. Et en nous surtout nous ne trouvons pas une personne qui soit assez une personne. Pour être quelqu’un, il faut se posséder, il faut se rendre indépendant; il ne faut pas être à la merci de tout ce qui nous entoure; il ne faut pas s’émouvoir et perdre la tête parce qu’il fait clair ou sombre, froid ou chaud, parce que les choux sont plus ou moins gras, parce que le porte-monnaie est plus ou moins garni, parce que l’âge emporte les années et apporte les rides, parce que les hommes nous témoignent estime ou antipathie, etc., etc., etc.

Si on se trouble pour tout cela, on est esclave de tout cela; on n’est pas indépendant de tout cela; tout cela nous commande, nous fait parler, agir, nous en impose; on n’est pas quelqu’un, on n’est pas vraiment une personnalité, c’est-à-dire un être indépendant et libre. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 210-211 et 214-215)

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