Je lève le voile … encore une fois !

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(Tel que je l’écrivais, en 2020) Après cinq ans d’anonymat sur WordPress, le temps semble être venu de lever le voile sur mon identité, tout au moins par délicatesse envers ceux et celles qui ont eu la patience de me lire ces dernières années. Rien de bien scabreux, rassurez-vous, mais tout simplement le compte rendu d’une entrevue « virtuelle » réalisée récemment par le journaliste québécois, Yves Casgrain. Mais précisons tout d’abord ce qui ne l’a pas été dans l’entrevue: je m’appelle Jacques Larose et je suis né le 18 octobre 1934 dans un petit village non loin d’Ottawa, capitale fédérale du Canada. Bonne lecture!

Année d’ordination (sacerdotale) ? Le 26 novembre 1960 à La Trappe d’Oka par l’évêque du diocèse (Saint-Jérôme), Mgr Émilien Frenette. À remarquer que j’étais entré au monastère en juin 1955 et que j’y avais fait profession solennelle le 17 juillet 1960.

Pourquoi être devenu prêtre ?  Tout moine de chœur devait monter au sacerdoce ; c’était la norme et je l’ai acceptée. Ce n’était pas là mon premier désir (sinon je serais allé au Grand séminaire d’Ottawa ; Pointe-Gatineau étant, en 1955, encore rattaché au diocèse d’Ottawa). Donc, après 4 années de théologie au monastère, j’ai été ordonné sous-diacre, diacre et finalement prêtre.

Pourquoi être devenu moine trappiste ? Par désir de vivre une vie toute consacrée à Dieu dans le silence, le travail et la prière. Les livres de Thomas Merton sur la vie monastique m’avaient beaucoup influencé à cette époque. J’ai donc vécu 15 ans au monastère : en 1961- 1963, l’abbé dom Pacôme Gaboury m’a envoyé à Rome obtenir une licence en théologie et son successeur dom Fidèle Sauvageau a fait de même, de 1965 à 1967, pour une licence en Écritures Saintes. De retour, dom Fidèle me nomma maître des novices.

Pourquoi avoir quitté le monastère ? Après le Concile (1962-1965), quelques théologiens invitaient les ordres contemplatifs à se rapprocher du monde moderne (par exemple, le père Tillard o.p. allait jusqu’à suggérer aux carmélites d’ouvrir un lavoir dans un quartier défavorisé !). L’idée m’est donc venu d’établir, si possible, une annexe de moines trappistes dans un quartier de Montréal … sans me douter qu’au même moment, à Paris, le père Delfieux préparait la fondation des Fraternités monastiques de Jérusalem (1975). Donc avec toutes les permissions canoniques requises, je quittai le monastère en janvier 1970 pour m’établir dans le quartier de Pointe-St-Charles (Montréal) où je travaillai avec un organisme catholique anglophone Catholic Family and Children Services. Ayant rédigé un petit mémoire à l’intention du Chapitre Général de l’Ordre pour y présenter mon projet, j’en reçu une réponse négative à l’effet que cela ne cadrait pas avec la vie monastique traditionnelle vécue depuis le 12e siècle !! Le choc fut évidemment brutal et je n’avais pas les reins assez forts pour aller de l’avant tout seul (comme me l’avait maintes fois suggéré dom Fidèle). S’en suivi une période de réflexion radicale sur ma vocation, d’autant plus que le monastère à cette époque évoluait de façon exponentielle vers une plus grande ouverture au monde au détriment d’un idéal de solitude et de silence qui nous rapprochait (de l’aveu de mon ancien père abbé dom Pacôme) de la spiritualité des Chartreux. Ajoutons que divers problèmes minant la tranquillité du monastère (départ forcé de quelques jeunes moines dont le prieur du temps) ne m’incitaient plus à y retourner purement et simplement. Après quelques années de tergiversations et de prolongations d’indult, je pris la décision de demander mon incardination au diocèse de Montréal. Accepté temporairement en janvier 1978, je fus incardiné en janvier 1981.

En quelle année avez-vous choisi de vivre en ermite urbain ?  Après avoir été successivement aumônier, vicaire et curé dans diverses paroisses du diocèse, je devins directeur de la Résidence Ignace-Bourget (2003-2012) sur le bord de la rivière des Prairies. La fermeture de cette résidence pour prêtres âgés fut pour moi le signal de la retraite (à 78 ans). Aux prises avec les aléas d’un cancer de peau, cette retraite me permit de m’occuper de moi sans pénaliser les autres. M’ayant trouvé un logement dans le même quartier, près d’un parc-nature, je me résolu d’embrasser une vie de solitude et de prière plus intense qui me renvoyait à mes premières années monastiques … je bouclais la boucle !

Sur votre blogue vous publiez l’horaire d’un chartreux. Est-ce à dire que cet horaire est également le vôtre ?  Non, mais je m’en inspire beaucoup, d’autant plus qu’il me rappelle celui de la Trappe.

Vous demeurez dans un quartier où la nature a encore ses droits, l’avez-vous intégré dans votre vie d’ermite ?  Accolé au parc-nature et donc à la rivière adjacente, mon logement est nécessairement envahi par une certaine atmosphère de contemplation silencieuse qui me fait du bien. Au début, mes marches dans la nature étaient plus fréquentes, il faut l’avouer, mais mon balcon me fournit également l’occasion d’en profiter.

Le 5 juillet dernier, vous avez écrit : « l’Église est avant tout une église missionnaire ! ». Vous considérez-vous comme un missionnaire ?  Je me suis toujours considéré comme missionnaire dès le début de ma vie monastique en 1955. La mission est le propre de l’Église mais la forme missionnaire peut être différente selon nos vocations chrétiennes.

Un ermite urbain prend-il le temps de suivre l’actualité ? L’intègre-t-il dans sa prière ?  J’écoute les nouvelles du soir (une demi-heure environ de télé) et je l’intègre évidemment dans ma prière ainsi que dans ma prédication dominicale (je célèbre la messe publiquement dans ma résidence chaque dimanche).

Vous confiez avoir une prédilection pour la prière durant la nuit. Qu’elle est, selon vous, la qualité première de cette prière ? Est-ce que la prière de nuit est différente de la prière diurne ?  La prière nocturne est certainement différente de la prière diurne, mais il n’est pas facile de l’expliquer … est-ce dû au silence extérieur, au repos du corps, à une grâce spéciale accompagnant un certain sacrifice ??? Comme disent les Constitutions de l’Ordre des Chartreux, il est plus facile de l’expérimenter que de l’expliquer.

En 2015, vous avez décidé de publier votre blogue et votre page Facebook. Pourquoi ?  J’ai toujours aimé écrire mon journal intime, car le fait de verbaliser mes idées m’aide à les mieux comprendre. Donc, lorsque le pape François a demandé aux prêtres d’être présents sur les médias sociaux, j’ai senti le besoin d’obéir, voilà ! J’ai commencé par mon blogue sur WordPress (car j’y lisais déjà régulièrement un blogue sur la vie cartusienne) puis, quelques mois plus tard, je me lançai sur Facebook. À remarquer que mon public-cible sur WordPress est plus restreint (ceux et celles qui ont soif de Dieu) alors que celui de FB est plus général.

Combien d’heures consacrez-vous à votre blogue et à votre page Facebook ?  FB ne me demande généralement que quelques instants le matin et le soir (avec quelques visites durant le jour n’ayant  ni cellulaire, ni tablette, mais uniquement un vieil ordi de table). Mes articles de WordPress exigent, quant à eux, une bonne préparation et des révisions constantes, même si je n’en rédige que deux par semaine. En somme, on pourrait dire que ce ministère électronique exige deux à trois heures par jour.

Cette ouverture sur le monde a attiré des croyants et des pèlerins en recherche. Comment se concrétise votre interaction avec eux ?  Le plus souvent par de brèves réponses à leurs questions sur tel ou tel post de mon journal. J’ai aussi des contacts plus réguliers au moyen des courriels. Pas facile de repousser les demandes d’entrevue pour établir des contacts plus réguliers d’accompagnements spirituels … mais j’ai horreur de ces «pères spirituels» qui attisent la curiosité des foules et, malheureusement, la tentation est toujours là. Je me vois plus comme un éveilleur de conscience à la manière de Jean Baptiste … une voix qui crie dans le désert (et qui peut être remplacée facilement par une autre sans que le Royaume en souffre).

Peut-on dire que vous êtes un guide spirituel pour ces personnes ?   Ma dernière réponse devrait suffire à ce sujet.

Comment est votre relation avec les gens de votre quartier ? certains savent-ils que vous êtes un ermite ?  Non, je n’ai jamais senti le besoin de me présenter à eux comme tel.

Qu’apporte un ermite urbain dans la vie de son quartier,  de son secteur pastoral ? Humainement parlant, pas grand-chose et c’est très bien ainsi car, encore une fois, la tentation est grande de se singulariser. Spirituellement parlant, le Seigneur seul peut répondre à cette question. Quant au secteur pastoral, je ne suis qu’un prêtre âgé à la retraite qui habite dans le quartier.

Savez-vous si Montréal possède d’autres ermites urbains ?  Tout dépend de la définition donnée à « ermite urbain ». Officiellement, je ne crois pas qu’ils abondent … mais nombreux, je pense, sont ces croyants et croyantes qui vivent un idéal religieux dans le cadre de leur logement. J’ai été contacté par certains attirés par cet idéal, mais je dois avouer que leur premier attrait était plutôt la façon de s’habiller, etc. etc. ce qui ne laissait pas percevoir un appel très authentique de la part de Dieu.

Enfin, comment vivez-vous la crise planétaire provoquée par la covid-19 ?  Personnellement, cela n’a pas changé grand chose à mon style de vie (comme il fallait s’y attendre) mais cette crise planétaire imprévue me fit toucher du doigt la précarité de nos sécurités sociales et, partant, le rôle irremplaçable de nos convictions religieuses les plus fondamentales. Le Plan de Dieu se déroule fort bien … même si personne ne semble le comprendre!

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Écrire pour approfondir

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Moine dans sa cellule  (Grande Chartreuse)

Les vocations sont diverses: certains ont le don de lire, d’autres d’écrire. Jeune, je n’aimais pas écrire; plus vieux, je me limitais à écrire selon les besoins de l’heure. Ce n’est que très tard dans la vie que j’ai découvert l’importance de mettre sur papier ce qui me mijotait dans la tête. J’y ai découvert une forme de thérapie pour guérir mes blessures intérieures et remettre en perspective certains éléments de ma vie. L’écriture m’est devenu une façon de creuser mes convictions et d’acquérir une certaine maturité. Je me suis aperçu que l’important n’est pas tellement de multiplier mes connaissances mais plutôt d’approfondir celles que je possède déjà. Les poètes le savent tout naturellement !

C’est en ce sens, que l’Ordre des Chartreux invite ses moines à écrire, non en vue d’être lus ou applaudis (ils ne peuvent publier quoique ce soit durant leur vie), mais plutôt pour mieux se comprendre et comprendre le Mystère qu’ils vivent. La plupart d’entre eux détruisent leurs écrits avant de mourir; certains par bonheur n’y arrivent pas complètement et c’est ainsi que nous sont parvenus les textes sublimes de dom Augustin Guillerand  (entré au monastère de la Valsainte, en Suisse, en 1916 et décédé à la Grande Chartreuse en 1945).

Non loin de chez moi habitait, dans une résidence pour personnes âgées, un vieux confrère (maintenant décédé) qui avait prêché durant toute sa vie. Nonagénaire avancé et pouvant à peine se déplacer, il mettait sa joie à afficher sur le babillard chaque semaine une réflexion sur l’évangile du dimanche … un ministère qui le remplissait de joie et d’une légitime satisfaction. La parole écrite n’est pas moins importante que la parole verbale. La magie du verbe fait la joie des poètes ; puissions-nous, en écrivant, mettre un peu de poésie dans chacune de nos vies.

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Communier à la Nature

Dans la journée d’un ermite urbain, la promenade extérieure revêt une certaine importance tant au niveau de l’équilibre physique et psychique qu’à celui, plus spirituel, de la communion à la Nature, chef-d’oeuvre du Créateur. « À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? » (Psaume 8, 4-5). Mon ermitage («simple logement», pour mes voisins) est situé dans une résidence accolée à un parc-nature. Ce parc longe une rivière et comprend une petite île qu’on aperçoit sur la photo ci-dessus. Cette île aboutit à un barrage hydro-électrique qui ajoute au paysage une note d’eau jaillissante … en vie éternelle !

Savoir relaxer entre prière, lecture et travail est tout à fait nécessaire, surtout à une époque où tout se fait rapidement. La proximité d’un parc me fait également apprécier l’alternance des saisons et facilite ainsi ma réflexion sur le sens de la vie et de la mort. Tempus fugit, aimaient dire les anciens ; oui, le temps passe et il passe très rapidement.

On peut dire que la prière résume, d’une certaine façon, toute notre vie spirituelle. Prière entendue comme être présent à Dieu, et qui repose donc sur un acte de foi. On ne s’entretient pas normalement avec un fantôme ou une créature de notre imagination, mais on parle à quelqu’un qui peut nous entendre ! Sans la foi, la prière devient un colloque avec soi-même, chose pas très conseillée. Lors de ma promenade dans le parc adjacent, il m’arrive aussi d’y rencontrer un petit écureuil qui s’empresse de venir me saluer en espérant recevoir une cacahouète (mauvaise habitude que je me garde d’encourager). Sa prière se fait les yeux ouverts car il ne m’aurait pas abordé s’il ne m’avait pas vu venir. C’est ainsi que la prière bien faite doit débuter par un arrêt, un instant de silence, une prise de conscience de la Présence de Dieu, présence qui précède évidemment notre acte de foi.

Prier les yeux ouverts c’est aussi se garder des prières vocales trop rapidement récitées, et trop souvent routinières. «Lent à parler, prompt à écouter», voilà l’attitude qu’il convient d’avoir en tout temps mais surtout au début de l’oraison. Un exemple entre mille : le Je crois en Dieu est un merveilleux résumé de notre foi chrétienne qui débute très bien notre récitation du rosaire. Hélas, la nature humaine étant ce qu’elle est, nous pédalons à pleine vitesse tout au long de cette profession de foi sans trop savoir pourquoi. Nous aurions avantage à nous arrêter un bref instant et à nous demander qui est ce Dieu qui nous attire (sévère? indifférent? aimant?) pour ensuite fixer notre attention sur sa personne-même qui, au dire de Jésus, est le seul Bon, le seul Père, le seul Saint. Occasion donc de nous rappeler l’essentiel de la prière (la présence de Dieu) et, ce faisant, d’imiter notre petit écureuil qui, lui, sait très bien ce qu’il veut et à qui il s’adresse !

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Découvrir Dieu

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«Le ciel étoilé au dessus de ma tête, la loi morale au fond de mon cœur» : les deux objets permanents de la contemplation admirative de Kant. Il faut bien avouer que pour un citadin la voûte nocturne est très peu étoilée … mais, ceci mis à part, les journées peuvent être merveilleuses par l’alternance des nuages et des éclaircis. Et puis, en ce qui concerne les journées les plus sombres, il nous reste toujours « la loi morale au fond de mon cœur« , cette sagesse intérieure éclairée par la foi chrétienne qui nous fait discerner la Providence dans notre vie personnelle.

«Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube: mon âme a soif de Toi» (Psaume 63, 2). L’auteur du psaume a très bien exprimé ce désir intime qui nous habite tous, même ceux qui se disent athées. Néanmoins, seules les personnes qui acceptent de croire peuvent aller plus loin en répondant à cette Présence par une prière d’action de grâce : «Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom» (verset 5).

Découvrir Dieu est la plus belle chose qui puisse nous arriver. Il n’est pas nécessaire de se réfugier dans un désert ou dans un monastère pour Le trouver, il suffit de se recueillir, de se faire petit, et d’accepter humblement d’être créature. Dieu est Père, il est Providence, il est Amour miséricordieux. Seuls les humbles peuvent le découvrir !

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Le combat de la prière

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On ne peut vivre comme croyants sans avoir recours à la prière, tout comme un poisson ne saurait vivre en dehors de l’eau ! Mais son utilisation peut être déficiente : ainsi, on peut prier Dieu non pour faire sa divine volonté mais pour obtenir ce que nous voulons ! La prière est également un combat, en ce sens que celui qui prie est appelé à combattre contre lui-même, contre la mentalité environnante et surtout contre le diable (qui fait tout pour détourner de la prière). Enfin, la prière n’est pas uniquement vocale mais elle est aussi réflexion priante sur Dieu et, à l’occasion, simple regard d’amour qui invite à l’abandon. Autant dire le besoin de clarifier certaines notions sur cet exercice spirituel, ce que nous nous proposons de faire immédiatement en vous présentant le point de vue de notre Mère la Sainte Église :

568. Quelles sont les expressions de la vie de prière ?

La tradition chrétienne a conservé trois expressions majeures pour exprimer et vivre la prière : la prière vocale, la méditation et la prière contemplative. Leur trait commun est le recueillement du cœur.

569. Comment se caractérise la prière vocale ?

La prière vocale associe le corps à la prière intérieure du cœur. Même la plus intérieure des prières ne saurait négliger la prière vocale. Dans tous les cas, elle doit toujours provenir d’une foi personnelle. Avec le Notre Père, Jésus nous a enseigné une formule parfaite de la prière vocale.

570. Qu’est-ce que la méditation ?

La méditation est une réflexion priante, qui part surtout de la Parole de Dieu dans la Bible. Elle met en oeuvre l’intelligence, l’imagination, l’émotion, le désir, dans le but d’approfondir sa foi, de convertir son cœur et d’affermir sa volonté de suivre le Christ. Elle est une étape préliminaire vers l’union d’amour avec le Seigneur.

571. Qu’est-ce que la prière contemplative ?

La prière contemplative est un simple regard sur Dieu, dans le silence et dans l’amour. Elle est un don de Dieu, un moment de foi pure durant lequel celui qui prie cherche le Christ, s’en remet à la volonté d’amour du Père et se recueille sous l’action de l’Esprit Saint. Sainte Thérèse d’Avila la définit comme « un commerce intime d’amitié, où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé ».

572. Pourquoi la prière est-elle un combat ?

La prière est un don de la grâce, mais elle suppose toujours une réponse décidée de notre part parce que celui qui prie combat contre lui-même, contre la mentalité environnante et surtout contre le Tentateur, qui fait tout pour détourner de la prière. Le combat de la prière est inséparable du progrès de la vie spirituelle. On prie comme on vit, parce que l’on vit comme on prie.

573. Y a-t-il des objections à la prière ?

En plus des conceptions erronées, beaucoup pensent qu’ils n’ont pas le temps de prier ou qu’il est inutile de prier. Ceux qui prient peuvent se décourager face aux difficultés et aux insuccès apparents. Pour vaincre ces obstacles, sont nécessaires l’humilité, la confiance et la persévérance.

574. Quelle sont les difficultés de la prière ?

La distraction est la difficulté habituelle de notre prière. Elle détache de l’attention à Dieu et elle peut aussi révéler ce à quoi nous sommes attachés. Notre cœur doit alors se tourner humblement vers le Seigneur. La prière est souvent envahie par la sécheresse, dont le dépassement permet, dans la foi, d’adhérer au Seigneur, même sans consolation sensible. L’acédie est une forme de paresse spirituelle due au relâchement de la vigilance et de la négligence du cœur.

575. Comment fortifier notre confiance filiale ?

La confiance filiale est éprouvée quand nous avons le sentiment de n’être pas toujours exaucés. Nous devons alors nous demander si Dieu est pour nous un Père dont nous cherchons à faire la volonté, ou s’il est un moyen pour obtenir ce que nous voulons. Si notre prière s’unit à celle de Jésus, nous savons qu’il nous accorde bien davantage que tel ou tel don : nous recevons l’Esprit Saint qui change notre cœur.

576. Est-il possible de prier à tout moment ?

Prier est toujours possible, parce que le temps du chrétien est le temps du Christ ressuscité, qui est « avec nous tous les jours » (Matthieu 28, 20). Prière et vie chrétienne sont donc inséparables.

(Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)

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Catholiques face à Marie

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Nos frères Protestants nous accusent souvent, nous les Catholiques, d’adorer la Vierge Marie !! C’est que notre vénération de la Mère de Jésus, parfois assez exubérante, peut laisser croire à une réelle adoration de notre part. Allons-nous pour autant nous abstenir de prier avec amour filial celle qui nous entoure de si grandes consolations ? Que dit l’Église de nos rapports avec la Vierge Marie ? Pouvons-nous l’invoquer comme médiatrice, avocate et même comme notre mère ? Voici quelque réponses tirées du Compendium du Catéchisme de l’Église catholique :

95. Pourquoi Marie est-elle vraiment la Mère de Dieu ?

Marie est vraiment Mère de Dieu parce qu’elle est la Mère de Jésus (Jean 2, 1 et 19, 25). En effet, celui qui a été conçu par l’opération du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils est le Fils éternel du Père. Il est lui-même Dieu.

96. Que signifie l’ Immaculée Conception ?

De toute éternité et de façon toute gratuite, Dieu a choisi Marie pour être la Mère de son Fils. Pour accomplir cette mission, elle a été immaculée dès sa conception. Cela signifie que, par la grâce de Dieu et en vue des mérites de Jésus Christ, Marie a été préservée du péché originel dès sa conception.

97. Comment Marie collabore-t-elle au dessein divin du salut ?

Par la grâce de Dieu, Marie est restée préservée de tout péché personnel durant toute son existence. Elle est « pleine de grâce » (Luc 1, 28), la « Toute Sainte ». Quand l’ange lui annonça qu’elle mettrait au monde « le Fils du Très-Haut » (Luc 1, 32), elle donna librement son consentement dans « l’obéissance de la foi » (Romain 1, 15). Marie s’est livrée totalement à la Personne et à l’oeuvre de son Fils Jésus, acceptant de toute son âme la volonté divine du salut.

98. Que signifie la conception virginale de Jésus ?

Elle signifie que Jésus a été conçu dans le sein de la Vierge par la seule puissance de l’Esprit Saint, sans intervention de l’homme. Il est Fils du Père céleste selon sa nature divine, Fils de Marie selon sa nature humaine, mais vraiment Fils de Dieu dans ses deux natures, étant en lui-même une seule Personne, qui est divine.

99. En quel sens Marie est-elle « toujours vierge » ?

Dans le sens qu’elle est « restée vierge en concevant son Fils, vierge en l’enfantant, vierge en le portant, vierge en le nourrissant de son sein, vierge mère, vierge toujours » (saint Augustin). Cependant, quand les évangiles parlent de frères et sœurs de Jésus, il s’agit de parents proches de Jésus, selon une expression utilisée dans la Sainte Écriture.

100. De quelle manière la maternité spirituelle de Marie est-elle universelle ?

Marie a un Fils unique, Jésus, mais, en lui, sa maternité spirituelle s’étend à tous les hommes, qu’il est venu sauver. Obéissant au côté du nouvel Adam, qui est Jésus Christ, la Vierge est la nouvelle Ève, la véritable mère des vivants, qui coopère avec son amour maternel à leur naissance et à leur croissance dans l’ordre de la grâce. Vierge et Mère, Marie est la figure de l’Église, sa plus parfaite réalisation.

196. En quel sens la Bienheureuse Vierge Marie est-elle Mère de l’Église ?

La Bienheureuse Vierge Marie est Mère de l’Église dans l’ordre de la grâce parce qu’elle a donné naissance à Jésus, le Fils de Dieu, Tête de son Corps qui est l’Église. En mourant sur la croix, Jésus l’a donnée comme mère à son disciple, par ces mots : « Voici ta mère » (Jean 19, 27).

197. Comment la Vierge Marie aide-t-elle l’Église ?

Après l’Ascension de son Fils, la Vierge Marie a aidé, par ses prières, les débuts de l’Église et, même après son assomption au ciel, elle continue d’intercéder pour ses enfants, d’être pour tous un modèle de foi et de charité, et d’exercer sur eux une influence salutaire, qui vient de la surabondance des mérites du Christ. Les fidèles voient en elle une icône et une anticipation de la résurrection qui les attend, et ils l’invoquent sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secours, de médiatrice.

198. Quel type de culte convient-il à la Sainte Vierge ?

C’est un culte particulier, mais qui diffère essentiellement du culte d’adoration, réservé uniquement à la Sainte Trinité. Ce culte de vénération spéciale trouve une expression particulière dans les fêtes liturgiques dédiées à la Mère de Dieu ainsi que dans les prières mariales, comme le Rosaire, résumé de tout l’Évangile.

199. Comment la bienheureuse Vierge Marie est-elle l’icône eschatologique de l’Église ?

En regardant Marie, toute sainte et déjà glorifiée en son corps et en son âme, l’Église contemple en elle ce qu’elle-même est appelée à être sur la terre et ce qu’elle sera dans la patrie céleste.

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Réconciliation sans humiliations ?

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Qu’il est difficile de s’évaluer soi-même ! Certains le font avec complaisance, d’autres avec humilité. Les premiers s’appuient souvent sur leurs propres critères alors que les seconds se réfèrent de préférence à des critères extérieurs. Les premiers sont aveuglés par une confiance exagérée en eux-mêmes, les seconds se laissent éclairer par une autorité en dehors d’eux-mêmes. Finalement, les premiers sortent de cet exercice avec une certaine paix intérieure bercée d’illusions … les seconds avec une certaine culpabilité baignée de réalisme. Voilà ce qui, à mon sens, explique non seulement la motivation des montées au Temple de Jérusalem du pharisien et du publicain de la parabole, mais aussi le résultat de leur démarche réciproque: la suffisance de l’un bloqua toute éventuelle amélioration alors que l’humilité de l’autre l’ouvrit à la réconciliation avec Dieu. Et pourtant, les deux avaient la lumière de la foi !

En introduisant sa parabole, le Seigneur nous en donne le but, qui est de stigmatiser deux états d’âme souvent rencontrés chez certains croyants: la suffisance vaniteuse et le mépris du prochain : « Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autresla parabole que voici » (Luc 18, 9). Hélas, ce genre de pharisaïsme nous guette nous aussi à tout moment. Oh oui, nous, qui cherchons à plaire à Dieu (ce qui est très louable) en nous laissant aller à des comparaisons (ce qui est très humain) avec quelquefois une certaine inclination méprisante envers les autres (ce qui est fort peu charitable). Il ne s’agit pas de vivre en vase clos, car il y aura toujours des personnes meilleures ou pires que nous (les comparaisons sont quasi inévitables), mais il s’agit avant tout de vivre dans le monde réel avec humilité et charité. Plutôt que de nous comparer aux autres, mieux vaudrait nous comparer à nous-même, à notre passé et aux multiples leçons qui en découlent. Refuser de se voir avec ses propres faiblesses peut inciter à se croire «arrivé», alors qu’on est toujours « en chemin ». La suffisance du pharisien de la parabole l’empêchait de voir ses carences et de rechercher aide et pardon, d’où un retour à la maison moins gratifiant que celui du publicain : « Je vous le dis, ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non ».

La solution? Vivre dans la vérité ! Car l’humilité s’identifie à la vérité éclairée par la foi, une humilité semblable à celle de la Vierge. Visitant sa vieille cousine qui la confirme dans sa vocation de mère du Messie, Marie chante et exprime sa reconnaissance pour la grâce reçue sans pour autant s’y attarder car elle se plaît à considérer cette grâce bien au-delà de sa vie privée : « sa miséricorde, dit-elle, s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Luc 1, 50). Une humilité qui ne saurait exister sans une authentique charité envers Dieu et le prochain. C’est pourquoi Jésus, fruit lui-même de l’Amour du Père pour le monde, se fera un devoir de réhabiliter la charité comme fondement de toute la vie spirituelle : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur … et tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes » (Matthieu 22, 37-40).

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Ces fameux pensionnats !

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(Élèves autochtones du pensionnat Assiniboia, Winnipeg, Manitoba)

Votre enthousiaste accueil pour mon récent article sur les pensionnats autochtones (« Au nom de la vérité intégrale ») m’incite à récidiver en vous refilant d’autres témoignages, puisés cette fois dans le site internet Pour une école libre au Québec (30 juin 2021) :

« Alors que les églises catholiques du Canada sont vandalisées ou incendiées [en 2021], il est bon de se rappeler que deux éminents autochtones ont attribué à leurs pensionnats le mérite de leur réussite dans la vie. Il s’agit du dramaturge cri de renommée mondiale Tomson Highway et de la défunte chef de bande dénée d’Inuvik, Cece Hodgson-McCauley. En outre, un certain nombre de personnes ont écrit des récits à la sénatrice Lynn Beyak, aujourd’hui à la retraite, témoignant avoir eu des expériences positives ou avoir entendu des récits de première main de bonnes expériences dans les pensionnats.

En 2015, Tomson Highway a déclaré au désormais défunt Huffington Post Canada qu’il avait passé neuf des « années les plus heureuses » de sa vie dans un pensionnat. L’école, appelée le pensionnat Guy Hill, était gérée par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Né dans le nord du Manitoba, Highway a été envoyé au pensionnat à l’âge de six ans et y est resté jusqu’à l’âge de 15 ans, rentrant chez lui pour les deux mois de vacances d’été. Il a ensuite été mis en pension dans des familles d’origine européenne tout en terminant ses études secondaires à Winnipeg. « Tout ce qu’on entend, ce sont les choses négatives ; personne ne s’intéresse au positif, à la joie dans cette école », a déclaré Highway au journaliste Joshua Ostroff à propos de Guy Hill. « Neuf des années les plus heureuses de ma vie, je les ai passées… dans cette école », a-t-il poursuivi. « J’ai appris votre langue, pour l’amour de Dieu. Avez-vous appris ma langue ? Non, alors qui est le privilégié et qui est le défavorisé. » M. Highway a laissé entendre qu’il y avait autant d’histoires « positives » sur les pensionnats que d’histoires « négatives » entendues par l’enquête « Vérité et réconciliation du Canada » sur le système de pensionnat qui a vu des dizaines de milliers d’enfants des communautés nordiques emmenés loin de leurs familles pour leur éducation. Il a également attribué à son école sa réussite, et aux autres pensionnats la réussite d’autres anciens élèves. « Vous avez peut-être entendu des histoires négatives de la part de 7 000 témoins dans le processus », a déclaré le dramaturge primé. « Mais ce que vous n’avez pas entendu, ce sont les 7 000 rapports qui étaient des histoires positives. Il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui ont réussi dans ces écoles, qui ont des carrières brillantes et qui sont des gens très fonctionnels, très heureux, comme moi. J’ai une carrière internationale florissante, et cela ne serait pas arrivé sans cette école ».

« La vérité les ronge parce qu’ils ont peur de dire du bien du pensionnat »

Cece Hodgson-McCauley a été la première femme chef parmi les 23 chefs de bande des Territoires du Nord-Ouest du Canada. Chroniqueuse de longue date pour le Northern News Service, Mme Hodgson-McCauley a écrit en 2012 une description de ce qu’elle a appelé « L’autre aspect du pensionnat ». Lorsque sa mère est morte, la future chef avait six ans et son frère deux ans et demi. Son père était trappeur et n’avait donc « pas d’autres choix » que d’envoyer ses enfants au pensionnat de Fort Providence, administré par des religieuses, pour qu’ils soient pris en charge pendant l’année scolaire. « J’ai passé 10 ans là-bas, rentrant chaque été pour les vacances sur le bateau de la mission », écrit Hodgson-McCauley. « Les nonnes nous ont appris tellement de choses. Je me souviens seulement d’une nonne qui était très stricte et d’une autre qui nous faisait trop prier. Dans chaque société, il y a des gens qui ont des personnalités qui sont du mauvais côté », a-t-elle poursuivi. « Mais je peux jurer sur la Bible que mon séjour au couvent a été bon. Nous mangions trois repas par jour, pas fantaisistes, mais nourrissants, beaucoup de loisirs, chaque hiver ils nous construisaient un grand toboggan et nous nous amusions à glisser et nous faisions beaucoup de pique-niques en été et en hiver nous faisions des promenades en foin, en traîneau tiré par des bœufs. » « On posait des collets à lapins et on mangeait du lapin. Ils avaient du pemmican, c’est de la viande pilée que les indigènes apprécient grandement. Ils nous ont appris à tricoter des bas pour nous-mêmes, à faire des perles fantaisie pour les mocassins et à faire du travail à la plume, de deux à douze plumes. Nous avons appris à faire nos propres robes, ils nous ont appris à cuisiner et à faire le ménage. » « Les garçons avaient le hockey et le baseball. Les garçons autochtones essayaient toujours de battre les garçons métis, c’était très amusant. » Hodgson-McCauley décrit ses années à l’école comme les meilleures de sa vie. « Ma famille dit la même chose, ma sœur ne jure que par elle », a-t-elle déclaré à un intervieweur. « Nous avons été traités merveilleusement bien ».

L’ancienne chef — qui est décédée d’un cancer à l’âge de 95 ans en 2018 — a hérissé des plumes en suggérant que certaines personnes ont menti au sujet du système de pensionnat pour de l’argent. Contacté par la CBC, Hodgson-McCauley a insisté sur la valeur sociale des pensionnats, affirmant que « pour beaucoup d’enfants pauvres, c’était le seul endroit où les gens pouvaient obtenir trois repas complets par jour. » Hodgson-McCauley a également déclaré que des aînés l’avaient contactée au sujet de leur peur de dire la vérité. « LA VÉRITÉ LES RONGE PARCE QU’ILS ONT PEUR DE DIRE DU BIEN DU PENSIONNAT », a-t-elle écrit en lettres majuscules. On ne nous donne qu’une seule version de l’histoire, honte à notre gouvernement ! La sénatrice Lynn Beyak, aujourd’hui à la retraite, n’a pas eu peur de sonder les Canadiens pour connaître leurs convictions, bonnes ou mauvaises, sur les pensionnats et en a publié 104 sur son site Internet en 2017. Cinq d’entre elles ont été jugées racistes et ont donc eu la part du lion de l’attention des médias.

Cependant, certaines des 99 autres contenaient des points de vue positifs sur les pensionnats, et ces points de vue ont été consignés par le journaliste Robert MacBain dans son article du 16 avril 2018 intitulé « Letters to Senator Beyak, Uncensored » dans C2C Journal : « En tant qu’éducateurs à la retraite, avec une expérience combinée de 26 ans dans des écoles autochtones et métisses, nous avons été témoin de première main des anecdotes et expériences positives de ceux qui ont tiré profit de leur fréquentation des pensionnats. Malheureusement, l’orthodoxie actuelle oblige à taire “leurs voix”. » « En tant que frère d’une religieuse qui a travaillé dans le système, et neveu d’un jésuite qui y a également travaillé, je refuse catégoriquement de croire que toutes les personnes qui ont travaillé dans ces écoles étaient aussi mauvaises qu’on les dépeint. Au contraire, ils cherchaient, selon les règles sociales généralement admises à l’époque, à faire le bien et à aider ces enfants. » « J’ai travaillé avec les Chipewyan en tant qu’employé de l’Église catholique de 1991 à 2001 […] J’ai entendu de nombreux commentaires positifs de la part des autochtones qui avaient fréquenté le pensionnat de Fort Resolution […] » Une femme, chef de sa communauté depuis quelques années, a déclaré : « J’avais hâte de retourner au pensionnat. Vous étiez propres et vous aviez de la bonne nourriture. » J’ai connu une autre famille de huit enfants. Le père était un trappeur qui passait l’hiver sur les terres arides. Sa femme a contracté la tuberculose et a été placée dans un hôpital d’isolement à Ft. Res. Les enfants étaient emmenés par le papa chaque année au pensionnat pour les garder en sécurité. C’était très dur pour le plus jeune, qui n’avait que 4 ans à l’époque — c’était même traumatisant d’être séparé de ses parents et de ses frères et sœurs plus âgés. Cependant, l’enfant a survécu alors qu’il ne l’aurait peut-être pas fait autrement. Les écoles doivent être considérées dans le contexte des circonstances sociales et économiques de l’époque. »

(tiré de Pour une école libre au Québec, 30 juin 2021)

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Au nom de la vérité intégrale !

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« Personne ne peut effacer la dignité violée, le mal subi, la confiance trahie » a affirmé le Pape François lors de sa visite à Edmonton. Le pèlerinage pénitentiel du Souverain Pontife au Canada n’aura pas été une comédie mais une démarche courageuse, humble et sincère. Les torts n’ont pas été cachés mais dénoncés. La question des pensionnats autochtones aura fait couler beaucoup d’encre et malheureusement, comme il fallait s’y attendre, d’aucun en ont profité pour noircir davantage le rôle des religieux et religieuses impliqués. La question des sépultures d’enfants, entre autres, me semble avoir été mal comprise ; qu’en pensent vraiment les survivants autochtones ? Voici le témoignage de Jim Bissell, amérindien non catholique, qui me semble apporter un nécessaire éclairage sur la réalité des faits (merci à Isabelle Bégin O’Connor d’avoir transmis ce témoignage) :

Lettre adressée au chroniqueur Lorne Gunter du Toronto Sun, à la suite du terrorisme dont font l’objet les églises catholiques du Canada.

« Lorne, je suis vos écrits depuis de nombreuses années, et bien que je sois d’accord la plupart du temps avec vos opinions, même lorsque je ne le suis pas, je respecte tout de même votre façon de les présenter. C’est pour dire que je suis un « fan ». Le temps est venu pour les gens de 70 ans comme moi de dire la vérité. Un peu de contexte. J’ai grandi entouré de quatre réserves et une grande communauté de personnes indigènes (95 %). C’étaient des gens merveilleux, gentils, très généreux et très drôles, qui le sont demeurés même lorsque très pauvres. J’ai une merveilleuse fille indigène, qui a bien réussi dans la vie, ainsi que des petits-enfants et des arrière-petites-filles. Je ne suis pas catholique et je n’appartiens à aucune église. J’appartiens à moi-même et à ma famille, mais j’aime les valeurs chrétiennes. Il doit être dit que les missionnaires étaient des plus essentiels à notre réussite dans les communautés du Nord à cette époque. C’est une missionnaire qui m’a administré mon premier test de tuberculose, dans un effort d’enrayer une éclosion de cette maladie. (Je lui en voulais, sur le moment, pour les égratignures sur mon dos – LOL). C’est une merveilleuse religieuse qui m’a fait mes premiers points de suture ; un missionnaire qui a extrait ma première dent ; des religieuses qui m’ont fait passer mes premières radiographies. Ma première institutrice était un ange appelée sœur Rita. Je ne l’oublierai jamais, ni son amour profond pour les enfants qu’elle a rencontrés et auxquels elle a enseigné au fil des ans. Ma meilleure enseignante de toutes, et, selon les normes gouvernementales, elle n’était pas qualifiée. Ainsi, même si je n’ai jamais été catholique, leur Église a été très bonne pour moi, et même si j’ai maintenant appris l’existence d’un très mauvais prêtre, la plupart des gens étaient merveilleux. Je peux encore voir le frère Fillion, devenu plus tard prêtre, travaillant tout seul à l’extérieur de l’école en train de monter un merveilleux carrousel pour la cour d’école. Il y avait également deux pensionnats au sein de la communauté. Lorsque je suis arrivé dans la communauté, il n’y avait pas de téléphones, des chemins très pauvres, surtout pour leur accès, l’hiver, et très peu de services autres que ceux des églises. L’école de la mission était là bien avant moi. Les aînés m’avaient dit que bien des petits enfants malades, dont certains bien en-deca de l’âge scolaire, étaient laissés aux missions dans l’espoir que les religieuses puissent les guérir. Tristement, plusieurs sont morts de la rougeole, de la diphtérie, de la tuberculose, de la variole, de l’influenza et de bien d’autres conditions affligeant les pauvres. C’était simplement la réalité du Grand Nord. Des années avant, la plupart des cadavres étaient placés dans des arbres pour que les oiseaux et les autres animaux puissent les réintégrer dans la nature. C’étaient les églises qui les ont convaincus que cette partie de leur culture devait être changée de sorte à endiguer la propagation de la maladie, alors ils ont commencé à les inhumer. Si les défunts étaient chrétiens, leur tombe était marquée d’une roche peinte ou d’une croix en bois, qui pourrissait en environ vingt-cinq ans. Personne ne pouvait se payer une pierre tombale, et s’ils le pouvaient, personne ne les fabriquait dans ce temps-là.

Les temps étaient difficiles et, au fait, désespérés, dans les années 1930. Bien des gens étaient redevables aux missionnaires pour leur survie et on a tendance à l’oublier. Ils n’avaient pas toujours raison, non, bien sûr que non, mais ils voulaient sincèrement éduquer, nourrir et améliorer la vie de toute personne, quelle que soit son origine. Les églises n’ont pas besoin de s’excuser pour avoir essayé d’éduquer les pauvres ; elles doivent s’excuser, toutefois, d’avoir protégé et déplacé les pommes pourries (certains prêtres). Que le gouvernement fasse des excuses est inutile. Il n’avait aucunement conscience de l’incidence de ses décisions, à l’époque, et c’est toujours le cas aujourd’hui. La grande part de la génération plus âgée qui a effectivement souffert est décédée depuis longtemps et a pardonné. Il me semble que plusieurs de la génération nouvelle cherche à se dire victime de sorte que l’argent puisse atténuer leur douleur. Il faut comprendre que la plupart des gens ne voulaient pas vivre dans le Grand Nord, si isolé à l’époque, simplement pour aider quelques personnes indigènes. Après que le gouvernement fédéral ait pris en charge le système scolaire, la plupart des mes enseignants, au secondaire, étaient des immigrants du Commonwealth britannique (Inde, Angleterre, Irlande et autres), puisqu’aucun enseignant albertain ne désirait vivre en ces contrées isolées et difficiles, alors qu’ils pouvaient vivre dans une ville ou près d’une ville dotée d’un médecin, d’une banque, d’une bonne épicerie, d’une ambulance et ma foi, même d’un policier. La qualité de mon instruction a souffert parce que tout d’un coup, en 1967, les religieuses n’étaient pas qualifiées pour nous enseigner, et ainsi je devais tenter d’intégrer des leçons de la part d’un enseignant ayant un très fort accent, très difficile à comprendre, et impatient de déménager en contrée urbaine dès que possible.

Une chance que les missionnaires ont été là pendant les trois cent ans qui ont précédé. Étaient-ils tous bons ? Non, mais plusieurs étaient merveilleux, et maintenant cela semble être oublié. Combien des critiques actuels ont des membres de leur parenté qui se sont rendus auprès de ces communautés pour tenter d’apporter de l’aide ? Je parierais qu’il n’y en a pas beaucoup. Les médias ne sont intéressés à raconter que la moitié de l’histoire, alors je sens qu’en tant que témoins directs, nous avons le devoir de dire la vérité. Si vous le désirez, je vous amènerai à une terre sacrée où des centaines de personnes ont été laissées dans les arbres ou encore simplement déposées sur le sol, après leur décès. Personne d’autre que la mémoire historique n’a marqué leurs tombes. Je vous prie de me croire lorsque je vous dis que les missionnaires n’étaient pas de sombres personnages tueurs d’enfants comme les médias le portent à croire aujourd’hui. Ce n’est pas ce que j’ai observé ni vécu. Les missionnaires savaient que les peuples anciens de nos terres ne pouvaient pas continuer d’exister en tant que société nomade et isolée, alors ils ont tenté de les éduquer, et bien sûr, de changer leur culture pour la rendre plus compatible avec les conditions de l’époque. Avaient-ils raison ? Peut-être, je ne le sais pas. Mais au moins ils avaient la volonté d’essayer d’aider. Comme je le dis à mes enfants, je ne peux pas être un Indigène comme eux, mais ils peuvent devenir des Canadiens comme moi, et ils le sont. Il y a encore plus d’histoires de réussite que vous ne pouvez l’imaginer.

Les missionnaires n’ont pas simplement jeté des corps dans le sol. La plupart était marquée d’une petite croix en bois confectionnée par les frères de la mission ou par les parents de l’enfant. Ces croix sont disparues depuis longtemps. Triste mais vrai. Je peux également vous amener aux tombes anonymes de bien des gens qui n’étaient pas indigènes, si vous le désirez. C’était simplement la façon de faire dans le Grand Nord. Désolé de radoter si longuement, mais de nombreuses choses doivent être dites, et si les aînés de notre société n’ont pas le courage de les dire, notre sort est scellé. Je vous prie d’encourager les gens à se lever et à se faire entendre autant pour le bien que pour le mal. Merci et continuez d’écrire. »

Jim Bissel

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Cette terrible réalité qu’est la souffrance !

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Notre vie sur terre est faite de joies et de souffrances mais on n’en retient souvent que ces dernières. Souffrances de toutes sortes : psychiques, physiques, affectives, morales et spirituelles. Dans son infinie Miséricorde, Jésus a bien voulu nous précéder dans ces souffrances comme pour nous encourager à les supporter. Bien ! Mais y aurait-il une façon spéciale pour nous chrétiens de les assumer ? Écoutons ce que nous en dit ce cher dom Guillerand :

« La souffrance est un vouloir divin : l’âme qui l’accepte avec amour s’unit à ce vouloir, ne fait plus qu’un avec Celui dont le vouloir c’est l’Être. Pourquoi Dieu nous appelle souvent sur ce chemin où on le rencontre le plus sûrement ? C’est une marque de prédilection. Ce sont des rendez-vous qu’il nous donne. Remercions-l’en et soyons fidèles. Être fidèle ne signifie pas ne pas souffrir. C’est notre grande illusion : nous nous figurons que nous souffrons mal, parce que nous souffrons. La souffrance est et restera toujours la souffrance, c’est-à-dire une violence faite à notre nature. Dieu lui-même ne peut pas changer cela. (…)

Nous verrons un jour que la dure période de vie que l’on doit quelquefois traverser n’est pas perdue. Elle a son sens, sa raison d’être, sa place et son rôle nécessaire dans le plan de notre vie. Il y a des choses que nous ne saurions pas et que nous ne pourrions pas comprendre si nous ne les avions pas vécues. Nous conseillerons, nous consolerons, nous soutiendrons un jour d’autres âmes d’une certaine façon et avec un certain cœur que nous devrons à notre épreuve ; et nous remercierons alors Dieu, qui voit mieux que nous, de nous l’avoir imposée. Ne nous troublons pas de n’avoir pu prier durant ce temps : pour une âme confiante, souffrir c’est prier, et c’est souvent la meilleure prière. (…)

Avec Jésus, la souffrance est devenue chemin, mais c’est accidentellement. Essentiellement et prise en elle-même, elle reste un contraire, un ennemi. C’est seulement quand on a engagé la bataille contre elle, quand on l’a vaincue, quand on a été plus fort qu’elle, en la portant, qu’elle devient un instrument et un serviteur. Continuons donc de porter vaillamment la souffrance, et de la faire servir à notre déploiement de vie ; et continuons d’aimer Dieu quand il nous prépare ces heures exceptionnellement développantes, où le cœur broyé garde juste la force de redire Fiat (que cela soit) ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 190 s)

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