Vivre au Ciel : un droit ou un privilège ?

Nouvelle_Jerusalem

Chrétiens et chrétiennes, nous constituons un peuple, un peuple en marche vers le Ciel, ce pays de lumière qu’on pourrait définir comme l’état d’union totale à Dieu. Déjà par le baptême,  unis au Christ  et plongés dans l’Esprit Saint, nous avons rencontré dans la foi cet Être mystérieux et unique qu’on appelle Père (le Dieu Très-Haut). Tels des enfants bien nés, mus par l’espérance chrétienne, nous avons alors débuté notre marche vers ces hauteurs appelées « montagne de Sion, cité du Dieu vivant, Jérusalem céleste » et vers ceux et celles qui nous y ont précédés, à savoir, les  myriades d’anges  et les esprits des justes rendus parfaits , foule céleste  jouissant déjà de la vision de Dieu,  Juge universel, et de Jésus,  médiateur d’une alliance nouvelle  (Hébreux 12, 22-24). 

L’Évangile est rempli d’images qui nous parlent de ce bonheur  promis, mais à travers cette imagerie c’est toute la vie spirituelle commencée sur terre qui se continue après la mort et s’épanouit de façon exponentielle. Est-il possible d’en avoir un avant-goût ? Très certainement, nous dit Jésus: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23). Depuis 2000 ans, des milliers de chrétiens authentiques se sont consacrés à l’ascèse et à la prière contemplative et en ont retiré d’immenses profits.

La vie après la mort n’est donc pas un voyage astral ou une rencontre exclusive d’amis ou de proches (projections humaines, trop souvent sans référence à Dieu). Non, la vie céleste et bienheureuse n’est pas un droit mais un privilège tout à fait gratuit, accordé généreusement par Dieu à ceux et celles qui auront été fidèles au Christ jusqu’au bout : « Les serviteurs de Dieu verront sa face et son nom sera écrit sur leur front. La nuit n’existera plus, ils n’auront plus besoin de la lumière d’une lampe ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les illuminera, et ils régneront pour les siècles des siècles » (Apocalypse 22, 4-5). 

Publié dans Adoration, Amour, Amour fraternel, Écriture, Église, Ésotérisme, Baptême, Bonheur, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Jésus, Joie, Jugement dernier, Miséricorde, Mort, Opinion publique, Paysage, Prière, Révélation, Saintes Écritures, Spiritualité, Vie éternelle | Tagué , , , , , , | Un commentaire

Suivre ou NE PAS suivre ?

 

R

À la toute fin de son discours inaugural, mieux connu sous le nom de Sermon sur la montagne, Jésus nous décrit une situation accablante (Matthieu 7, 21-23) : certains disciples qui prêchent en son nom, chassent les démons et opèrent des miracles seront malheureusement chassés eux-mêmes de sa présence au Jour du jugement. Pourquoi ? Car ils auront négligé d’obéir aux commandements de Dieu (commentés précisément dans ce premier discours évangélique). Grave reproche, s’il en est un, visant tous ses disciples mais spécialement ses représentants attitrés ! Même si la sainteté de l’Église dépasse de beaucoup celle de ses ministres, ceux-ci ne peuvent s’en prévaloir pour se laisser aller au relâchement. En effet, l’Esprit Saint étant l’âme de l’Église, cette dernière sera toujours opérationnelle (quelle que soit la santé spirituelle de ses fonctionnaires) mais sa vitalité et son rayonnement risquent d’en être drôlement affectés. On ne peut  servir deux maîtres : appauvrir le rayonnement de l’Église et faire comme si de rien n’était.  Certains s’en excuseront peut-être en disant qu’ils ne sont plus sous le régime de la Loi mais sous celui de la Miséricorde ; comme si la Loi de Dieu (avec ses commandements) avait subitement disparue pour faire place au régime de l’Amour et des conseils évangéliques. Bien au contraire, la Loi s’avère être le fondement des conseils :  « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Matthieu 5, 17).

Un ami juif me disait un jour, après avoir lu attentivement le Nouveau Testament, que la doctrine de Jésus lui paraissait beaucoup plus stricte que celle des Pharisiens. Sage observation ! Le Seigneur n’est pas venu mettre un cataplasme sur nos blessures mais, en bon médecin, est venu s’attaquer à la racine de nos maladies: « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez certainement pas dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 5, 20). En nous octroyant l’Esprit Saint, Jésus a miséricordieusement rendu son joug «léger», mais ce joug demeure toujours un joug et la porte du Royaume demeure étroite. Avouons-le, les chrétiens seront constamment appelés à se renoncer et à se faire violence.

La tentation est grande, dans notre société permissive, d’en appeler à l’évolution des mentalités pour s’éloigner des rigueurs évangéliques et embrasser une interprétation plus accommodante de la Bible. L’exemple de certaines Églises protestantes crève les yeux. Et pourtant, la réponse n’est pas dans une modification des exigences évangéliques mais bien dans une plus grande confiance dans le législateur et  médecin de nos âmes. « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement » (Hébreux 13, 8).

Publié dans Amitié, Évangile, Baptême, Conversion, Détachement, Dieu, Esprit Saint, Jésus, Ministère, Miséricorde, Obéissance, Pédagogie divine, Prêtrise, Société, Spiritualité, Temps présent, vie moderne | Tagué , , , , , , , , , | 2 commentaires

Une religion de libération et de joie ?

thSJY8JEGC

Depuis la révolution sexuelle des années soixante, de nombreux catholiques se sont éloignés de la pratique religieuse vu leur situation matrimoniale irrégulière; d’autres se sont laissés aller à une méfiance exagérée envers une Église qui leur apparaissait déconnectée; d’autres encore sont tombés dans la drogue et toutes sortes d’addictions entraînant un éloignement certain de la vie chrétienne. Dans une société permissive où l’avortement, l’orientation sexuelle, le suicide assisté deviennent monnaie courante, les jeunes, surtout ceux qui souffrent de l’absence parentale, n’arrivent plus à se retrouver. Que de blessés de la vie en ces temps qui courent !

Dieu aurait-il tourné le dos à ses brebis égarées ? Malgré les apparences contraires, la réponse est un NON retentissant ! « L’appel et les dons de Dieu sont sans repentance » affirme clairement l’apôtre Paul (Romains 11, 29), car rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est un amour ÉTERNEL. « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit … même s’il s’en trouvait une, moi je ne t’oublierai jamais ! » (Isaïe 49, 15). Le Créateur nous a aimé jusqu’à mourir pour nous, en Jésus son Fils bien-aimé. Cette offrande de Jésus sur la croix demeure un sommet dans l’histoire du salut et rien ne saurait effacer ce pardon général offert à tous les humains. Hélas, encore trop de chrétiens croulent sous le poids de leurs fautes en oubliant que  leurs nombreux péchés sont déjà pardonnés. Car si le Seigneur a demandé à Pierre de pardonner à son frère 70 fois 7 fois (c’est-à-dire toujours), à plus forte raison doit-il lui-même donner l’exemple ! Rappelons-nous également que Vatican II nous a fait passer d’une pratique pénitentielle tatillonne et culpabilisante à une rencontre plus relaxe où le confesseur ne confirme souvent que l’état déjà pardonné du pénitent repenti. La démarche devient ainsi  moins fébrile  et plus mature!

« À vous qui cherchez Dieu, vie et bonheur » (Psaume 69, 33). La religion chrétienne est une religion de libération et de joie, une religion qui espère contre toute espérance car elle n’est pas fondée sur la perfection de la créature mais sur celle de Dieu … un Père extraordinaire dont l’amour éternel ne saurait s’éclipser !

Publié dans Amitié, Amour, Angoisse, Église, Bonheur, calme, Conversion, Création, Désespoir, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Incarnation, Jésus, Joie, Ministère, Miséricorde, Optimisme, Pardon, Péché, Prêtrise, Souffrance, Spiritualité, vie moderne | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Jean-Marie et la prière

219392389_1413328535708861_7955759653743510756_n

Qui n’a pas entendu parler de Jean-Marie Vianney (†1859), mieux connu sous le nom de Saint curé d’Ars. L’antithèse du prêtre intellectuel, Jean-Marie eut peine à se faire ordonner au sacerdoce tant était grande son ignorance du latin. Nommé curé d’un petit village des Dombes (France), sa sainteté se laissa voir peu à peu jusqu’à attirer, à la fin de sa vie, des foules nombreuses de pénitents. Confesseur recherché, il s’adonna à une œuvre de catéchèse permanente par des exhortations qui touchaient le  cœur des fidèles. Voici comment il s’exprime sur la prière:

« Voyez mes enfants, le trésor d’un chrétien n’est pas sur la terre, il est dans le ciel. Eh bien! notre pensée doit aller où est notre trésor. (…) La prière n’est autre chose qu’une union avec Dieu. Quand on a le cœur pur et uni à Dieu, on sent en soi un baume, une douceur qui enivre, une lumière qui éblouit. Dans cette union intime, Dieu et l’âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble; on ne peut plus les séparer. C’est une chose bien belle que cette union de Dieu avec sa petite créature. C’est un bonheur qu’on ne peut comprendre. (…) La prière est un avant-goût du ciel, un écoulement du paradis. Elle ne nous laisse jamais sans douceur. C’est un miel qui descend dans l’âme et adoucit tout. Les peines se fondent devant une prière bien faite, comme la neige devant le soleil. (…)

Que de fois nous venons à l’église sans savoir ce que nous venons faire et ce que nous voulons demander! Et pourtant quand on va chez quelqu’un, on sait bien pourquoi on y va. Il y en a qui ont l’air de dire au bon Dieu: «Je m’en vais vous dire deux mots pour me débarrasser de vous …» Je pense souvent que, lorsque nous venons adorer Notre Seigneur, nous obtiendrions tout ce que nous voudrions, si nous le lui demandions avec une foi bien vive et un cœur bien pur. » (Catéchisme de saint Jean-Marie Vianney sur la prière)

Si la sainteté du chrétien consiste, à bon droit, dans l’amour de Dieu et du prochain, on ne peut l’obtenir et la développer sans une vie de prière authentique. Que saint Jean-Marie Vianney nous aide à progresser dans cette intimité avec Dieu en vue d’un apostolat de service et de partage, amen !

Publié dans Adoration, Amour fraternel, Église, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Humilité, Jésus, Joie, Paix, Péché, Prêtrise, Prière, Psychologie, Simplicité, Vie cachée | Tagué , , , , , | 3 commentaires

Patience et effort sont nécessaires !

488d2ef5e68ef27e1763d569f0d99f9b

À l’occasion de cette belle fête de la Présentation de Jésus au Temple (2 février), voici un commentaire de notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, sur l’attente du messie vécue par le vieillard Siméon, attente longue et patiente mais, finalement, merveilleusement récompensée:

« Siméon orné de justice et de crainte attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était en lui.  (Luc 2,25)  Saint Luc a dessiné en quelques mots un portrait précis et complet du saint vieillard Siméon. Sa vie merveilleusement une, et à cause de cela merveilleusement belle et forte; elle tient toute en un mot: Il attendait. (…)  Il attendait le Rédempteur, Celui qui devait refaire dans les âmes l’image et la ressemblance de Dieu déformée par le péché, Celui qui est cette image, cette ressemblance, Celui donc qui porte en lui les traits de l’infinie Beauté, la figure de sa Substance, l’éclat de l’éternelle Lumière. Siméon tenait toutes ses énergies, tendues par le désir, vers lui. (…)

L’issue d’une telle attente est facile à prévoir. Le jour même et à l’heure même où la voix intérieure dit: «Il est là, il est au Temple», toutes les énergies ordonnées de son être, les muscles de son corps, les puissances de son âme se déclenchaient simplement, sans effort, s’accordaient pour trouver, reconnaître, embrasser Celui qui était son seul désir; et de tout cet être satisfait s’éleva l’hymne du repos après l’effort, de la possession après l’attente, l’hymne de la paix: «Maintenant vous laissez votre serviteur partir en paix ... » (…) La paix l’enveloppe, le baigne, l’inonde de toutes parts.

Résultat splendide! Nous le désirons, nous aussi, nous en avons le droit; il peut, il doit devenir nôtre. Mais nous oublions l’attente qui le précède et le long effort qui le prépare. L’heure de la paix , de repos, ne sonne qu’après le travail, et elle ne sonne que pour ceux qui ont travaillé, pour ceux qui ont su construire et orner le temple intime où l’hôte divin doit venir, pour ceux qui ont longuement écouté la voix de l’Esprit Saint et qui, en collaboration avec ce dernier, se sont façonnés peu à peu des bras spirituels, des facultés rectifiées, surélevées, divinisées, nécessaires pour recevoir et embrasser le Rédempteur attendu. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 19 ss)

Publié dans Adoration, calme, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Conversion, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Formation permanente, Inspiration, Jésus, Kartusija, Kloster, Liturgie, Marie, Paix, Péché, Prière, Psychologie, Sainte Famille, Spiritualité, Travail, Vie cachée | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Mon ami FRANÇOIS DE SALES

cq5dam.thumbnail.cropped.750.422

J’ai eu la chance de grandir dans une paroisse québécoise dédiée à saint François de Sales, cet évêque savoyard du 16e-17e siècle, canonisé en 1665 et déclaré docteur de l’Église en 1877 pour avoir su proposer aux chrétiens ordinaires une voie de sainteté « sûre, facile et douce» (Pie IX).  François de Sales peut-il encore parler aux fidèles du 21e siècle? Oui, nous répond le Pape François à travers une copieuse lettre apostolique d’une vingtaine de pages dédiée à ce saint évêque et publiée récemment pour souligner le 400e anniversaire de sa mort (28 décembre 1622). Pour ma part, je vous présente aujourd’hui un extrait de son best-seller Introduction à la vie dévote où saint François explique que la vie spirituelle n’est pas réservée aux religieux et religieuses, et encore moins aux moniales et moines contemplatifs :

[À noter que l’expression « vie dévote » n’avait pas, au 16e siècle, le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui, mais bien celui plus large de « vie spirituelle »]

« Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre; ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Serait-il à propos que l’Évêque voulût être solitaire comme les Chartreux? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’Évêque, cette dévotion ne serait-elle pas ridicule, déréglée et insupportable? Cette faute néanmoins arrive bien souvent. (…)

C’est une erreur et même une hérésie de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent dans les états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. » (Édition Ravier & Devos, 1,36-37)

Bien avant Vatican II, ce saint évêque a donc su adapter la vie spirituelle au laïcat tout en respectant les diverses branches de leur activité séculière. Un aggiornamento plus que bienvenu en ces siècles de jansénisme étouffant. J’en profite, ici, pour adresser une certaine mise en garde à mes lecteurs et lectrices : en citant régulièrement sur mon blogue la spiritualité des Chartreux, mon intention n’est pas d’inciter à l’imitation matérielle de ce genre de vie monastique mais bien de vous encourager à y puiser une certaine émulation. En effet, la recherche de Dieu est ouverte indistinctement à tous les croyants et elle se doit de demeurer adaptée aux forces et situations concrètes d’un chacun !

Publié dans Adoration, Amitié, Amour, Amour fraternel, Église, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Formation permanente, Jésus, Joie, Mariage, Ministère, Miséricorde, Monachisme, Péché, Psychologie, Simplicité, Société, Spiritualité, Temps présent, vie moderne | Tagué , , , , , , , , | 2 commentaires

Renaître en contemplant le Christ

jesus-nicodemus

Lors d’un entretien nocturne avec Nicodème, notable juif passablement âgé, Jésus lui déclare qu’il lui faudra renaître de nouveau pour pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu. Dom Augustin Guillerand, moine chartreux, commente ainsi ce passage évangélique en en faisant une application très personnelle à quiconque recherche la Vérité :

« L’âme humaine est un miroir ; elle réfléchit ce qui est en face d’elle ; si une âme se met en face du Fils de Dieu fait homme, si elle le regarde, si elle fait attention à lui, si elle se tend vers lui pour le voir, la physionomie du Fils de Dieu fait homme se reproduit en elle, son Esprit l’illumine, la transforme, la fait image du Fils qui est l’image du Père. Ils ne font plus qu’un ; le Fils vit en elle, le Père vit en elle, l’Esprit vit en elle ; leur don mutuel se répète en elle; elle se donne comme ils se donnent: ils se donnent en elle, elle se donne en eux.

Elle ne fait plus qu’un avec eux : elle voit le Royaume de Dieu, elle possède la vie divine qui est cette vision ; elle voit ce que voit Dieu ; elle aime ce qu’il aime, elle dit ce qu’il dit. Elle est devenue, par l’Esprit de Dieu qui l’emplit, verbe de Dieu ; elle est baptisée dans l’eau et l’espri ; elle a pris une nouvelle vie qui la fait fille de Dieu.

Voilà ce qu’est renaître, et ce que peuvent faire même les vieillards. Le corps vieillit ; l’âme reste éternellement jeune comme Dieu dont elle est l’image, et comme l’Esprit qui la renouvelle en lui. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 215)

Publié dans Adoration, Amour, Évangile, Baptême, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Humilité, Jésus, Kartusija, Kloster, Pédagogie divine, Psychologie, Spiritualité, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , , | 2 commentaires

Double récompense pour les Mages

2c

Entreprendre un voyage, au temps du Christ, n’allait pas de soi. Les efforts consentis par les Mages pour suivre une étoile nous demeurent inconnus. Quoiqu’il en soit, notre ami dom Guillerand y voit, à bon droit, une source de mérites qui ne peut aller sans récompense devant Dieu. Écoutons-le :

« Quels efforts ont dû consentir les Mages pour entreprendre le voyage les amenant aux pieds du divin Roi ? Nous ne les connaissons pas avec précision. Nous n’en devinons que quelques-uns. A coup sûr, ils ont été énormes ; on ne voyageait pas alors en train de luxe, il fallait du temps, des préparatifs compliqués, toute une organisation très lourde ; on s’exposait à des dangers. Sur la seule indication d’un astre inaccoutumé, les Mages ont affronté tout cela. Il fallait qu’à l’appel extérieur Dieu joignît des invitations intimes bien pressantes et que ce double effort de sollicitations divines rencontrât des âmes bien généreuses et bien croyantes.

La récompense fut double, et le récit sacré a tenu à nous la décrire avec netteté. La première fut négative : elle consista à les garder des obstacles du voyage. Le grand obstacle fut le manque de foi de Jérusalem et des dirigeants juifs. A distance et avec l’habitude de lire ces récits, cela ne nous frappe plus. En fait, la surprise des Mages dut être formidable : cette naissance qui les avait mis en mouvement et pour un si grand voyage, elle n’avait pas même éveillé la curiosité des boutiquiers du pays, ni défrayé la conversation des blanchisseuses ! Indifférence complète ! Ignorance absolue à l’égard d’un événement devant soulever toutes les âmes et transformer le monde. Il est à peine croyable que devant cet état d’esprit de Jérusalem les Mages n’aient pas rebroussé chemin.

La seconde récompense est positive : c’est la vision de la lumière enfin accordée à une telle foi. L’étoile reparaît et se fait guide ; le ciel prend la direction effective du voyage. Alors, il n’y a plus qu’à marcher dans la clarté et la marche illuminée est très courte ; quelques heures consolées où leurs âmes sont soutenues et comme portées par la grâce, et le divin Soleil de justice se donne à contempler à ceux qui ont su lui garder confiance, malgré toutes les difficultés, tous les retards, toutes les éclipses. Le divin Soleil ne se donne lui-même que réduit et voilé. Même à ses pieds et quand on l’a rejoint, le regard de foi seul le découvre et s’en empare. Ce Roi n’est qu’un pauvre, ce Dieu n’est qu’un enfant, cette intelligence infinie est sans paroles, et la tendresse rayonnant de son cœur ne s’exprime qu’en cris et en vagissements inarticulés. Les Mages n’en sont pas plus troublés que par les périls du parcours, la longueur des chemins ou l’indifférence des Juifs. La Lumière brille en eux, leur faisant voir par delà les langes, le silence et le dénuement. L’étoile est entrée dans leur cœur et les éclaire de clartés nouvelles. Dieu resplendit à travers tout ce que les hommes méprisent. Rien ne leur paraît plus grand que ce mépris des mépris humains, et ils adorent ce Souverain Maître dans ce petit enfant à la merci des hommes et des choses.»

(Écrits spirituels tome 2, page 72 s)

Publié dans Adoration, Amour, Église, Évangile, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Humilité, Inspiration, Jésus, Joie, Kartusija, Kloster, Liturgie, Mystère, Obéissance, Opinion publique, Paysage, Providence, Sainte Famille, Saintes Écritures, Solitude, Tentation, Vie cachée | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Solitude et vie fraternelle

comunidad3.2

Chartreuse de Porta Coeli (Espagne)

Alors que le tintamarre des Fêtes commence à s’adoucir, plusieurs sentent un besoin réel de silence et de solitude. La vie en Chartreuse nous apparaît alors enviable avec ses caractéristiques de solitude que l’on connaît bien mais … la connaissons-nous vraiment cette vie ? S’il est vrai que ces moines vivent un retrait réel du monde dans leur ermitage respectif, il n’est pas moins vrai qu’ils ne sont pas des ermites à proprement parlé. Un minimum de vie fraternelle, voulu dès le commencement par leur fondateur, leur fournit une soupape bienfaisante lorsque la pression de la solitude s’avère dangereuse. Voici comment s’exprime à ce sujet le site officiel de l’Ordre des Chartreux :

3. Une communion de solitaires

« La grâce du Saint Esprit rassemble les solitaires pour en faire une communion dans l’amour, à l’image de l’Église, une et répandue en tous lieux » (Statuts 21.1). L’originalité de la chartreuse vient (en premier lieu de la solitude, et) en second lieu, de la part de vie commune qui est indissolublement liée à l’aspect solitaire. Ce fut le trait de génie de saint Bruno, inspiré par l’Esprit Saint, d’avoir dès l’origine su allier une juste proportion de vie solitaire et de vie commune de manière à faire de la chartreuse une communion de solitaires pour Dieu. Solitude et vie fraternelle s’équilibrent mutuellement. La vie commune permet au monastère de fonctionner, mais elle est aussi un élément important pour vérifier l’authenticité de notre charité car sinon il serait facile au solitaire de vivre dans l’illusion.

La vie communautaire se nourrit quotidiennement de la liturgie chantée à l’église, une œuvre commune pour la gloire de Dieu. Les jours ordinaires elle a lieu trois fois par jour : nous nous réunissons à l’église à minuit pour le long office de nuit (qui comprend Matines et Laudes), le matin pour la messe conventuelle et le soir pour les Vêpres.

Les dimanches et solennités sont des jours plus communautaires. Nous disons presque tous les offices à l’église. Nous prenons le repas de midi ensemble au réfectoire en silence (tout en écoutant une lecture). Et l’après-midi nous nous réunissons au chapitre, où sont traitées les affaires d’intérêt commun. Ensuite a lieu la récréation hebdomadaire. En outre, le premier jour libre de la semaine a lieu une longue promenade de quatre heures environ (le spaciement), durant laquelle nous pouvons parler librement, ce qui nous permet de mieux nous connaître et de nous soutenir les uns les autres. Plusieurs fois par an a lieu une récréation commune, où pères, frères et novices se retrouvent ensemble.

Ces récréations et spaciements ont pour but d’entretenir l’affection mutuelle et de favoriser l’union des cœurs, tout en assurant une bonne détente physique. » (https://chartreux.org/moines/la-voie-cartusienne/)

Publié dans Adoration, Amitié, Amour fraternel, Érémitisme, calme, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Eucharistie, Foi, Formation permanente, Jésus, Joie, Kartusija, Kloster, Liturgie, Marie, Messe, Moine, Nature, Paysage, Psychologie, Silence, Solidarité, Solitude, Vie cachée, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , , , | Un commentaire

La nouvelle et incroyable RÉALITÉ

CUERPO DE CRISTO

Dans l’évangile du 3e dimanche de l’Avent, Jésus fait l’éloge de Jean le Baptiste en affirmant sans ambage qu’il est le plus grand des prophètes, tout en ajoutant un bémol qui nous intéresse au plus haut point : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant, le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui » (Matthieu 11, 2-11). Il nous faut bien comprendre cette affirmation qui, à première vue, semble dévaluer le mérite et la sainteté de ce grand prophète. Il est clair que ce dernier est très grand aux yeux de Dieu et qu’il nous dépasse en mérite et en sainteté mais, n’ayant pas eu le privilège d’être intégré au Corps du Christ comme chacun de nous (par le baptême chrétien), il lui manque cette appartenance à l’Église, nouvelle réalité établie par la mort-résurrection de Jésus et par le don communautaire de l’Esprit saint ! Le plus petit des chrétiens est donc, du point de vue de l’union au Christ, plus à envier que tous les justes de l’Ancien Testament qui ont profité de la grâce accordée miséricordieusement mais dans une mesure moindre que nous.

Nouvelle réalité voulue de toute éternité par le Dieu trois fois saint ! Au début de sa lettre aux Éphésiens, Paul nous fait part de sa vision de l’Église avec Jésus comme Tête mais aussi comme Fils en qui nous sommes aimés de toute éternité, par qui nous sommes enfants de Dieu, de qui nous recevons la vie par le don de l’Esprit … le Christ appelé à récapituler en lui-même toute la création, mystère dont nous vivons tous sans pour autant être capables d’en saisir les dimensions (hauteur, largeur, profondeur).

Pie XII, le pape de mon adolescence, a écrit l’encyclique Mystici Corporis Christi en 1943 (en pleine guerre mondiale) justement pour relever le courage des croyants persécutés en décrivant l’Église, dans la ligne de saint Paul, comme « Corps mystique de Jésus-Christ », une communauté organique dont la tête est le Christ. Ce concept de l’Église a été repris par Vatican II dans la constitution dogmatique Lumen Gentium. Notons que si ce Corps est appelé « mystique », c’est qu’il n’est pas uniquement physique (ni uniquement spirituel) mais surnaturel. Ce Corps du Christ, l’Église catholique, est celui que nous connaissons en 2022, avec ses grandeurs et ses blessures … cette Église toujours aimée de Dieu malgré ses membres pécheurs … pourquoi ? Parce qu’il voit déjà en elle le triomphe de son Amour !

Soyons reconnaissants à Dieu pour cette Église, si facilement dénigrée par nos contemporains, mais qui demeure cette réalité nouvelle qui nous rassemble depuis 2000 ans. N’ayons garde d’oublier que ce Corps mystique du Christ, animé par l’Esprit, est en quelque sorte notre milieu de vie destiné, lui-aussi, à la gloire éternelle, Amen !

Publié dans Amitié, Amour fraternel, Angoisse, Église, Baptême, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Humilité, Jésus, Joie, Miséricorde, Monde, Mystère, Opinion publique, Péché, Rédemption, Saintes Écritures, Société, Solidarité, Temps présent, Tentation, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , , | 5 commentaires