
La vie chrétienne est essentiellement faite d’attentes de toutes sortes car le processus de conversion commencé au baptême demande du temps … beaucoup de temps! On n’y peut rien car c’est ainsi que la Providence en a décidé: l’image de Dieu dans l’homme ne peut être rétablie qu’au prix d’une longue collaboration à l’action salvifique du Christ. « Si le Christ t’a racheté au Calvaire sans ton aide, disait saint Augustin, par contre il ne te sauvera pas sans ta collaboration ». Cette longue collaboration s’impose pour pouvoir séparer le vrai du faux, le disciple authentique du disciple superficiel, l’ami sincère de l’ami intéressé.
Nous voilà donc obligés de patienter, même dans l’amour du bien et le désir du Royaume ! Ce problème n’est pas nouveau, car dès l’Ancien Testament les justes aspiraient à être immédiatement récompensés de leurs peines. Les premiers chrétiens n’étaient pas tellement différents: la vue des persécutions les horrifiaient car ils y voyaient le diable triompher dans ses desseins maléfiques. Et nous? Comment voyons-nous les scandales à répétition sur la scène ecclésiale ? Cette révélation douloureuse nous jette-t-elle dans le dégoût de l’Église ou dans un désir exacerbé du retour du Christ qui mettrait fin à cette honte collective ? Devons-nous nous décourager ? Serions-nous ennuyés de devoir revoir à la baisse notre vision quelque peu idyllique de notre sainte Église ou de faire face à la dure réalité et passer aux actes ? Allons-nous perdre la paix intérieure durant tout ce processus? À vous, simples fidèles, qui souffrez pour elle sans pouvoir espérer modifier grand chose, je redis ces sages paroles du prophète: « Va, mon peuple, entre dans tes chambres et ferme sur toi tes portes. Cache-toi un instant, le temps que passe la colère » (Isaïe 26, 20). Il ne s’agit pas de faire distraction et de « passer à autres choses » mais de souffrir en silence (en union avec les victimes) tout en sachant que de bons prêtres sont toujours là pour nous accompagner.
Ce processus peut prendre du temps, beaucoup de temps. Voici comment un ecclésiastique s’exprimait à ce sujet dans une homélie du 2e siècle: « Ayons la foi, mes frères et mes sœurs: le combat que nous menons est l’épreuve que nous impose le Dieu vivant, et nous luttons dans la vie présente pour être couronnés dans celle qui vient. Parmi les justes, aucun n’a recueilli un fruit précoce; il faut savoir attendre. Si Dieu donnait immédiatement aux hommes justes leur récompense, ce serait bientôt un marché que nous pratiquerions, et non le culte de Dieu. » (Homélie d’un anonyme du 2e siècle, PA 1, 206-210)
Patience ne veut pas dire inertie ! Un gros changement s’annonce dans l’Église catholique avec le Synode actuel qui porte justement sur la synodalité, c’est-à-dire sur l’implication concrète de tous les membres de l’Église (tant universelle que diocésaine). Soyons patients, et laissons mûrir cette espérance de nouveauté appelée à transformer le cléricalisme actuel en une véritable collaboration de tous. D’ici là, prions et gardons la foi !








SOURCE DE NOTRE PAIX
L’homme moderne est souvent fasciné par les biens qui l’entourent mais il lui arrive des moments où tout semble s’éteindre, quitte à se retrouver seul, face à lui-même. Le choc peut être brutal ! Désemparé, où peut-il trouver repos et sécurité ? La grâce du chrétien est précisément celle d’avoir trouvé cette sécurité … même si la conscience de la posséder est souvent obscurcie par sa propre négligence. Voici comment s’exprime à ce sujet saint Bernard, docteur de l’Église et expert de notre union au Christ :
« Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur ? Je m’y sens d’autant plus protégé que son salut est plus puissant. L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges ; je ne tombe pas, car je suis campé sur un roc solide. J’ai commis quelque grave péché ; ma conscience se trouble, mais elle ne perd pas courage, puisque je me souviens des plaies du Seigneur, qui a été transpercé à cause de mes fautes. Rien n’est à ce point voué à la mort que la mort du Christ ne puisse le libérer. Dès que je pense à cette médecine si forte et efficace, la pire des maladies ne m’effraie plus. (…)
Tout mon mérite, c’est donc la pitié du Seigneur, et je ne manquerai pas de mérite tant que la pitié ne lui fera pas défaut. Si les miséricordes de Dieu se multiplient, mes mérites seront nombreux. Mais qu’arrivera-t-il si j’ai à me reprocher quantité de fautes ? Là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé. Et si la bonté du Seigneur s’étend de toujours à toujours, de mon côté je chanterai sans fin les miséricordes du Seigneur. » (Homélie sur le Cantique des Cantiques, 61, 3-5)
Laissons donc la société se perdre en mille conjonctures face aux événements d’aujourd’hui ; nous avons, quant à nous chrétiens, trouvé la perle rare qu’est la foi en un Père infiniment miséricordieux. Tenons ferme nos convictions religieuses, chantons notre reconnaissance et demeurons dans la paix !
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