
On ne peut vivre comme croyants sans avoir recours à la prière, tout comme un poisson ne saurait vivre en dehors de l’eau ! Mais son utilisation peut être déficiente : ainsi, on peut prier Dieu non pour faire sa divine volonté mais pour obtenir ce que nous voulons ! La prière est également un combat, en ce sens que celui qui prie est appelé à combattre contre lui-même, contre la mentalité environnante et surtout contre le diable (qui fait tout pour détourner de la prière). Enfin, la prière n’est pas uniquement vocale mais elle est aussi réflexion priante sur Dieu et, à l’occasion, simple regard d’amour qui invite à l’abandon. Autant dire le besoin de clarifier certaines notions sur cet exercice spirituel, ce que nous nous proposons de faire immédiatement en vous présentant le point de vue de notre Mère la Sainte Église :
568. Quelles sont les expressions de la vie de prière ?
La tradition chrétienne a conservé trois expressions majeures pour exprimer et vivre la prière : la prière vocale, la méditation et la prière contemplative. Leur trait commun est le recueillement du cœur.
569. Comment se caractérise la prière vocale ?
La prière vocale associe le corps à la prière intérieure du cœur. Même la plus intérieure des prières ne saurait négliger la prière vocale. Dans tous les cas, elle doit toujours provenir d’une foi personnelle. Avec le Notre Père, Jésus nous a enseigné une formule parfaite de la prière vocale.
570. Qu’est-ce que la méditation ?
La méditation est une réflexion priante, qui part surtout de la Parole de Dieu dans la Bible. Elle met en oeuvre l’intelligence, l’imagination, l’émotion, le désir, dans le but d’approfondir sa foi, de convertir son cœur et d’affermir sa volonté de suivre le Christ. Elle est une étape préliminaire vers l’union d’amour avec le Seigneur.
571. Qu’est-ce que la prière contemplative ?
La prière contemplative est un simple regard sur Dieu, dans le silence et dans l’amour. Elle est un don de Dieu, un moment de foi pure durant lequel celui qui prie cherche le Christ, s’en remet à la volonté d’amour du Père et se recueille sous l’action de l’Esprit Saint. Sainte Thérèse d’Avila la définit comme « un commerce intime d’amitié, où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé ».
572. Pourquoi la prière est-elle un combat ?
La prière est un don de la grâce, mais elle suppose toujours une réponse décidée de notre part parce que celui qui prie combat contre lui-même, contre la mentalité environnante et surtout contre le Tentateur, qui fait tout pour détourner de la prière. Le combat de la prière est inséparable du progrès de la vie spirituelle. On prie comme on vit, parce que l’on vit comme on prie.
573. Y a-t-il des objections à la prière ?
En plus des conceptions erronées, beaucoup pensent qu’ils n’ont pas le temps de prier ou qu’il est inutile de prier. Ceux qui prient peuvent se décourager face aux difficultés et aux insuccès apparents. Pour vaincre ces obstacles, sont nécessaires l’humilité, la confiance et la persévérance.
574. Quelle sont les difficultés de la prière ?
La distraction est la difficulté habituelle de notre prière. Elle détache de l’attention à Dieu et elle peut aussi révéler ce à quoi nous sommes attachés. Notre cœur doit alors se tourner humblement vers le Seigneur. La prière est souvent envahie par la sécheresse, dont le dépassement permet, dans la foi, d’adhérer au Seigneur, même sans consolation sensible. L’acédie est une forme de paresse spirituelle due au relâchement de la vigilance et de la négligence du cœur.
575. Comment fortifier notre confiance filiale ?
La confiance filiale est éprouvée quand nous avons le sentiment de n’être pas toujours exaucés. Nous devons alors nous demander si Dieu est pour nous un Père dont nous cherchons à faire la volonté, ou s’il est un moyen pour obtenir ce que nous voulons. Si notre prière s’unit à celle de Jésus, nous savons qu’il nous accorde bien davantage que tel ou tel don : nous recevons l’Esprit Saint qui change notre cœur.
576. Est-il possible de prier à tout moment ?
Prier est toujours possible, parce que le temps du chrétien est le temps du Christ ressuscité, qui est « avec nous tous les jours » (Matthieu 28, 20). Prière et vie chrétienne sont donc inséparables.
(Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)






Adoration locale ou en esprit?
Dans l’Israël d’aujourd’hui, certains citoyens aimeraient pouvoir rétablir, un jour, le culte au Temple de Jérusalem comme autrefois. Serait-ce conforme au Plan de Dieu? La réponse de Jésus à cette question est clairement négative, telle qu’elle ressort de son entretien avec la Samaritaine. En voici le commentaire par notre ami chartreux, dom Guillerand:
« Je vois que vous êtes prophète » (Jean 4, 19). La Samaritaine est soulevée au-dessus d’elle-même. Les pensées de religion, que son existence pécheresse recouvrait et lui faisait perdre de vue habituellement, reviennent en surface; ou, pour mieux dire: la lumière qui vient de pénétrer en elle les lui révèle au fond trop oublié de son âme; et cette fois elle se rapproche de celui qui parle, elle le rejoint sur le terrain spirituel où il l’attire: « Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là; et vous, Juifs, vous dites que Jérusalem est le lieu où il faut l’adorer ». La montagne qu’elle montrait est le Garizim. C’était le lieu sacré des Samaritains; ils y avaient leur temple et leur culte; ils l’opposaient au temple de Jérusalem et ils y vivaient leur vie religieuse nationale sans communiquer avec les Juifs. La Samaritaine se sent divisée d’avec celui qui lui parle par cette divergence qui en effet, pour l’âme de ces peuples, était capitale. Elle se posait sans cesse à tous, et elle créait non seulement des difficultés dans les rapports, mais dans la croyance même qui exige l’unité. Un seul Dieu demande une seule foi, un seul culte. La division existante s’y oppose et soulève une question troublante.
Jésus l’attendait sur les lèvres de cette femme, pour se l’unir elle-même et pour lui attirer les âmes de ses compatriotes auprès desquels il voulait en faire son apôtre: « Femme, crois-moi, crois que l’heure est venue où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous, Samaritains, vous adorez sans savoir; nous, Juifs, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut est des Juifs; mais le temps vient, et il est déjà venu, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car c’est de tels adorateurs que le Père veut avoir ». Rejoint sur le terrain religieux qui est le sien, Jésus y fait avancer aussitôt cette âme. Une difficulté encombre sa marche, il la résout d’abord. Les divisions entre Juifs et Samaritains l’arrêtent; il les supprime. Il la conduit à l’unité qu’elle devine nécessaire. Il écarte la question litigieuse, il la dépasse. Ce n’est qu’une question superficielle et une situation transitoire. Il vient précisément pour transporter les âmes par delà ce transitoire. Nil le temple de Jérusalem ni celui que porte le sommet voisin du Garizim ne limitent la rencontre des âmes avec Dieu. Dieu est partout; il est surtout au fond de ces âmes qui veulent entrer en rapport avec lui; il est au foyer essentiel de l’être humain, et c’est là qu’il l’attend pour recevoir ses adorations. La religion qu’il apporte va rétablir ces relations qui sont la vraie religion, et qui sont offertes aux Samaritains comme aux Juifs.
Ces relations intimes prenaient jusque-là une forme extérieure à laquelle on donnait trop d’importance. La forme était voulue de Dieu comme un moyen, mais ce n’est pas là qu’est la religion vraie. Juifs et Samaritains ne sont divisés que sur ce terrain des moyens: ils peuvent et doivent s’unir dans la foi qui est vérité et rapports intimes. Le divin Maître n’exclut pas les rapports officiels; il ne condamne pas le passé; il en précise au contraire la valeur en distinguant le culte authentique de Jérusalem qui seul était de Dieu de celui du Garizim qui était une idolâtrie. Il n’a pas peur de faire la lumière et de prendre parti pour la vérité; même si elle heurte ceux auxquels il s’adresse. Les Juifs ont raison contre les Samaritains; ils sont les gardiens des traditions divines; le salut est chez eux. Mais il est offert à tous, et il consiste dans une religion intérieure qui a pour temple l’âme de chacun. C’est là que Dieu est Père et attend ses enfants; c’est là que désormais Juifs et Samaritains peuvent également l’adorer, recevoir sa vie unique, et redevenir frères en cette vie. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 229 s)
Partager