
La conscience de notre fragilité, pour ne pas dire de notre mortalité, ne peut que nous inciter à nous rapprocher tôt ou tard de Celui qui est au commencement et à la fin de toutes choses. Jésus l’a bien comprit, lui qui nous a enseigné avant tout à prier Dieu avec confiance et amour. Est-ce convenable d’invoquer Dieu comme notre Père ? Pourquoi s’adresser à Dieu « qui est aux cieux » ? Autant de questions qu’il convient d’éclaircir à l’aide du Catéchisme de l’Église catholique :
582. Pourquoi pouvons-nous « oser nous approcher en toute confiance » de notre Père ?
Parce que Jésus, notre Rédempteur, nous introduit devant la Face du Père, et que son Esprit fait de nous des fils. Ainsi, nous pouvons prier le Notre Père avec une confiance simple et filiale, avec une joyeuse assurance et une humble audace, dans la certitude d’être aimés et exaucés.
583. Comment est-il possible d’invoquer Dieu comme « Père » ?
Nous pouvons invoquer le « Père » parce que le Fils de Dieu fait homme nous l’a révélé et que son Esprit nous le fait connaître. L’invocation du Père nous fait entrer dans son mystère, avec un émerveillement toujours nouveau, et elle suscite en nous le désir de nous conduire de manière filiale. Avec la prière du Seigneur, nous prenons donc conscience d’être nous-mêmes des fils du Père, dans le Fils.
584. Pourquoi disons-nous « Notre » Père ?
« Notre » exprime une relation complètement nouvelle avec Dieu. Quand nous prions le Père, nous l’adorons et nous le glorifions avec le Fils et l’Esprit. Dans le Christ, nous sommes « son » peuple, et lui, il est « notre » Dieu, dès maintenant et pour l’éternité. En effet, nous disons « notre » Père parce que l’Église du Christ est la communion d’une multitude de frères, qui ne font qu’ « un seul cœur et une seule âme » (Actes 4, 32).
585. Avec quel esprit de communion et de mission prions-nous « notre » Père?
Étant donné que prier « notre » Père est le bien commun des baptisés, ces derniers ressentent l’urgent appel à prendre part à la prière de Jésus pour l’unité de ses disciples. Prier le Notre Père, c’est prier avec et pour tous les hommes, afin qu’ils connaissent le seul et vrai Dieu, et qu’ils soient rassemblés dans l’unité.
586. Que signifie l’expression « qui est aux cieux » ?
Cette expression biblique ne désigne pas un lieu, mais une manière d’être : Dieu est au-delà et au-dessus de tout. Elle désigne la majesté, la sainteté de Dieu, et aussi sa présence dans le cœur des justes. Le Ciel, ou la Maison du Père, constitue la vraie patrie vers laquelle nous tendons dans l’espérance, alors que nous sommes encore sur la terre. Nous vivons déjà en elle, « cachés en Dieu avec le Christ » (Colossiens 3, 3).
(Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)






Adoration locale ou en esprit?
Dans l’Israël d’aujourd’hui, certains citoyens aimeraient pouvoir rétablir, un jour, le culte au Temple de Jérusalem comme autrefois. Serait-ce conforme au Plan de Dieu? La réponse de Jésus à cette question est clairement négative, telle qu’elle ressort de son entretien avec la Samaritaine. En voici le commentaire par notre ami chartreux, dom Guillerand:
« Je vois que vous êtes prophète » (Jean 4, 19). La Samaritaine est soulevée au-dessus d’elle-même. Les pensées de religion, que son existence pécheresse recouvrait et lui faisait perdre de vue habituellement, reviennent en surface; ou, pour mieux dire: la lumière qui vient de pénétrer en elle les lui révèle au fond trop oublié de son âme; et cette fois elle se rapproche de celui qui parle, elle le rejoint sur le terrain spirituel où il l’attire: « Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là; et vous, Juifs, vous dites que Jérusalem est le lieu où il faut l’adorer ». La montagne qu’elle montrait est le Garizim. C’était le lieu sacré des Samaritains; ils y avaient leur temple et leur culte; ils l’opposaient au temple de Jérusalem et ils y vivaient leur vie religieuse nationale sans communiquer avec les Juifs. La Samaritaine se sent divisée d’avec celui qui lui parle par cette divergence qui en effet, pour l’âme de ces peuples, était capitale. Elle se posait sans cesse à tous, et elle créait non seulement des difficultés dans les rapports, mais dans la croyance même qui exige l’unité. Un seul Dieu demande une seule foi, un seul culte. La division existante s’y oppose et soulève une question troublante.
Jésus l’attendait sur les lèvres de cette femme, pour se l’unir elle-même et pour lui attirer les âmes de ses compatriotes auprès desquels il voulait en faire son apôtre: « Femme, crois-moi, crois que l’heure est venue où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous, Samaritains, vous adorez sans savoir; nous, Juifs, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut est des Juifs; mais le temps vient, et il est déjà venu, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car c’est de tels adorateurs que le Père veut avoir ». Rejoint sur le terrain religieux qui est le sien, Jésus y fait avancer aussitôt cette âme. Une difficulté encombre sa marche, il la résout d’abord. Les divisions entre Juifs et Samaritains l’arrêtent; il les supprime. Il la conduit à l’unité qu’elle devine nécessaire. Il écarte la question litigieuse, il la dépasse. Ce n’est qu’une question superficielle et une situation transitoire. Il vient précisément pour transporter les âmes par delà ce transitoire. Nil le temple de Jérusalem ni celui que porte le sommet voisin du Garizim ne limitent la rencontre des âmes avec Dieu. Dieu est partout; il est surtout au fond de ces âmes qui veulent entrer en rapport avec lui; il est au foyer essentiel de l’être humain, et c’est là qu’il l’attend pour recevoir ses adorations. La religion qu’il apporte va rétablir ces relations qui sont la vraie religion, et qui sont offertes aux Samaritains comme aux Juifs.
Ces relations intimes prenaient jusque-là une forme extérieure à laquelle on donnait trop d’importance. La forme était voulue de Dieu comme un moyen, mais ce n’est pas là qu’est la religion vraie. Juifs et Samaritains ne sont divisés que sur ce terrain des moyens: ils peuvent et doivent s’unir dans la foi qui est vérité et rapports intimes. Le divin Maître n’exclut pas les rapports officiels; il ne condamne pas le passé; il en précise au contraire la valeur en distinguant le culte authentique de Jérusalem qui seul était de Dieu de celui du Garizim qui était une idolâtrie. Il n’a pas peur de faire la lumière et de prendre parti pour la vérité; même si elle heurte ceux auxquels il s’adresse. Les Juifs ont raison contre les Samaritains; ils sont les gardiens des traditions divines; le salut est chez eux. Mais il est offert à tous, et il consiste dans une religion intérieure qui a pour temple l’âme de chacun. C’est là que Dieu est Père et attend ses enfants; c’est là que désormais Juifs et Samaritains peuvent également l’adorer, recevoir sa vie unique, et redevenir frères en cette vie. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 229 s)
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