Le dernier mot de l’Amour

thJTQ4FFNC

Avant de nous parler de sa louange à la divine Miséricorde, dom Guillerand veut bien nous situer dans ce plan de Dieu qui de Créateur devient Sauveur. La chute du premier homme l’invite à en décrire brièvement les dures conséquences. Écoutons ce chartreux prendre la parole en la personne d’Adam :

« Je ne comprends pas assez cela parce que je suis tombé dans la misère ; je suis un déchu, j’ai quitté les hauteurs de l’être où vous m’aviez posé en me créant. Je n’ai pas su rester à ce niveau divin qui me mettait bien en face de vous pour accueillir et reproduire le mouvement de votre Esprit, pour m’emparer de lui et de son chant dans toutes les notes créées qui le reproduisaient sans le savoir. J’avais reçu la lumière qui montre ce don de soi en tout et l’élan conscient, éveillé, en pleine clarté qui le fait rentrer en vous. J’ai perdu cette lumière et j’ai arrêté cet élan. Je l’ai dirigé vers moi au lieu de le diriger vers vous. Je vous ai frustré de cette gloire et je l’ai voulue pour moi, et je l’ai réduite à la mesure de mon être propre qui n’est pas. Je suis resté dans ce néant et j’ai obligé tous les êtres que je devais porter vers vous à y rester avec moi.

Quelle perte pour tous ! Les conséquences de la faute primitive, et dans une certaine mesure de toute faute, sont épouvantables, si on les comprenait. Jésus les a comprises et a plié sous le poids : « Mon Père, si c’est possible, que ce calice passe loin de moi! » (Matthieu 16, 39) criait-il, abîmé la face contre terre et suant du sang par tout le corps, tandis que son âme agonisait. Il était descendu aux grandes profondeurs de ma misère, il l’avait prise pour me relever ; à l’abîme de cette misère il opposait un abîme plus profond, celui de sa Miséricorde. Celui-là est si profond, qu’il rejoint Dieu et que, par ce chemin, nous remontons au sommet perdu. Il nous conduit au terme. Il achève le mouvement et, sans prétendre régler ce mouvement, j’ai l’impression que nul terme ne convient mieux à l’Amour. Se donner au néant, c’est beau, c’est une manifestation de bonté, mais se donner à la misère, c’est mieux. Relever est plus « amour », plus « don de soi » que créer. La Rédemption, le sang divin coulant à l’agonie, au Calvaire, au prétoire, voilà le dernier mot de l’Amour … si l’Amour peut avoir un dernier mot !

Mon Dieu, vous êtes cet Amour, vous êtes ce sommet suprême, et c’est là que ma vie de louange doit se fixer. La créature n’en est pas absente : je reste le chantre de tout ce que vous avez fait, mais c’est au pied de la croix que je dois jeter ma note, et toute note avec la mienne, unie à celle du Fils qui remet son âme entre vos mains. Là s’achèvent toutes choses, là tout est consommé. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 80 s)

Publié dans Adoration, Amour, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Création, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Incarnation, Jésus, Kartusija, Kloster, Rédemption, Tentation | Tagué , , , , , , | 2 commentaires

Louange des perfections divines

8c6

« Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur ; à lui, haute gloire, louange éternelle ! ». Dieu se laisse voir dans ses œuvres et les contemplatifs le savent très bien. Laissons dom Guillerand nous expliquer plus en détails, et à sa façon inimitable, ce mystère de la révélation de Dieu dans la nature créée :

« N’aurais-je pas dû commencer par là, et me contenter de ce regard qui, impuissant à tout dire et à distinguer dans cette Beauté si pleine, admire tout en bloc et jette sa louange comme un bouquet de toutes les fleurs dont est composé Celui qu’elle adore ? Car vous n’êtes pas un bouquet, vous n’êtes pas composé : toutes les fleurs sont en vous, mais elles ne sont qu’une fleur, et c’est à cette fleur que je m’adresse. Vous êtes la Beauté qui a fait toutes les beautés et s’est reproduite en elles. (…) Leur charme n’est qu’une expression pâle et lointaine du ravissement que votre vision me réserve. Ce que vous avez répandu de vous dans vos œuvres m’est précieux cependant. Elles vous représentent de très loin, elles vous représentent néanmoins, elles me font penser à vous : leurs insuffisances me disent ce que vous n’êtes pas ; leur réalité me donne quelque idée de ce que vous êtes. (…)

Mon langage change un peu quand je parle des perfections bornées de la créature : son intelligence, sa volonté, par exemple. Alors je dis : Dieu est intelligence, Dieu est lumière, Dieu est libre, Dieu est amour. Mais entre la toute petite lueur d’intelligence qui est en moi et votre intelligence, la distance est telle que là encore ma perfection reste une ombre vague et lointaine. Je n’ose même pas y penser ni en écrire. Nous sommes sur la même ligne, il est vrai ; mais je suis à l’extrémité opposée : ce que je comprends, comparé à ce que vous comprenez, n’est rien ; nulle image créée ne me donne l’idée de ce qui nous sépare; et une fois de plus je me vois réduit à ne pouvoir confesser que mon néant et vous louer de ce seul aveu. (…)

Nul élan d’âme qui ne soit de Lui, nul mouvement matériel, nul glissement de rocher ou de montagne, nulle croissance de plante, nul épanouissement de rose, nul vol d’oiseau, nulle course d’animaux en mal de proie, nul cri en forêt, nul étincellement de sable au désert ou de vague dans l’océan, nul rayon de soleil dans l’air … Vous êtes là, vous intervenez, vous agissez, vous êtes moteur, vous êtes guide, vous êtes règle et exemplaire ; et dans l’acte pervers, dans ce néant retourné qui refuse de vous obéir, l’être qu’il implique est encore de vous. (…) Je pourrais continuer longtemps ainsi, promener ma pensée à travers les lieux, les temps, la diversité des êtres, y consacrer ma vie. La Bible le fait ; je le fais avec elle en mes Offices : « Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur ». Ma vie est pleine de cette louange et elle ne l’est pas encore ni assez, ni assez consciemment, ardemment, délicieusement. La lumière me manque qui me montre en ce chant la plénitude de ma vocation, et dans cette vocation la plus haute expression de l’Esprit de Dieu ici-bas. La lumière me manque qui ferait de ce chant le mouvement total de mon être, et le don parfait de moi-même à Celui qui en tout se donne, pour que je me donne à Lui en tout et que je Lui rapporte la note sublimée de ce tout. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 76 – 79)

Publié dans Adoration, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Création, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Liturgie, Nature, Paysage, Poésie, Psychologie, Simplicité, Spiritualité | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Contemplation à la portée de tous

iti-01-img02

Dieu est un mystère dont même les contours nous échappent. Lui seul peut se révéler et c’est ce qu’il a fait par la Création et par ses interventions dans l’histoire de l’homme dont l’Incarnation  est le plus bel exemple.

Jésus est donc le chemin que nous devons emprunter pour arriver à la connaissance authentique du Père. Et c’est précisément ce chemin que l’Église, animée par l’Esprit, emprunte chaque année pour nous conduire progressivement à cette connaissance qui surpasse toutes les connaissances: ce processus a pour nom la contemplation liturgique.

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique qui nous invitera, comme par les années passées, à continuer notre ascension de la montagne de Dieu par un chemin en spirale qui nous fera contempler à nouveau les mêmes paysages: naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires: Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et entre autres … la couleur! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois surutilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un vibrant appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y être favorable:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

Publié dans Adoration, Amour, Église, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Dieu, Eucharistie, Incarnation, Jésus, Liturgie, Mystère, Paysage, Pédagogie divine, Spiritualité, Tradition | Tagué , , , , , , , , | Un commentaire

Réjouissez-vous avec moi!

Le 26 novembre 1960, j’étais ordonné prêtre au monastère de La Trappe d’Oka par S.E. Mgr Émilien Frenette, évêque du diocèse de Saint-Jérôme. Le lendemain, par une faveur toute spéciale, j’ai pu sortir de la clôture du monastère pour aller célébrer ma première messe en l’église Saint-François de Sales de Pointe-Gatineau (mon village natal). Je célèbre donc aujourd’hui, mon 60e anniversaire de sacerdoce!

Soixante ans au service clérical du Seigneur, OUF! Aie-je toujours été à la hauteur de cette insigne charge? Non, ce m’est clair et évident! À 26 ans, on croit tout savoir … à 86 ans, on se voit et on se sait ignorant. Héraut malgré moi du Christ ressuscité, je m’efforce présentement à « tenir en éveil la mémoire de Dieu » sur le Web. Mon long cheminement: 20 ans à Gatineau, 15 ans à Oka, 50 ans à Montréal, s’est avéré lumineux, cahoteux et, avouons-le, pénible à l’occasion mais jamais ennuyant. La Providence m’a supporté avec beaucoup de patience et de délicatesse; je me sens favorisé. Pourquoi moi, et non pas tel ou tel confrère (manifestement plus qualifié) dont la trajectoire a malheureusement bifurqué? Mystère qui me confond et m’humilie … « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi ». Les voies de Dieu ne sont pas les nôtres et, malgré tous les efforts de discernement, on ne peut que s’en remettre à sa Miséricorde et à son infinie Sagesse qui dépassent facilement notre entendement.

Voilà donc pour mes noces de diamant … avançons maintenant vers celles de platine, Dieu le voulant! En fin de compte, ce n’est pas le nombre des années qui importe mais bien l’intensité du service, l’intensité de l’amour. Faites-moi la grâce, vous qui me lisez, de prier pour celui qui a écrit ces quelques lignes et je vous en serai éternellement reconnaissant. Amen!

(P.S. Étrange coïncidence: WordPress m’avertit que le présent article est le 600e à être publié sur mon blogue . C’est également l’anniversaire de naissance de notre cher ami, dom Guillerand (26/11/1877) … comme quoi les anniversaires semblent vouloir se bousculer!)

Publié dans Adoration, Amour, Église, Bonheur, Cloître, Dieu, Dieu Père, Diocèse, Esprit Saint, Eucharistie, Jésus, Joie, Marie, Ministère, Miséricorde, Prêtrise, Providence, Sacerdoce, Trappiste, vie moderne, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , | 8 commentaires

La vie intime de Dieu, par un chartreux

la_tri14

Au cours des âges, théologiens et artistes chrétiens se sont efforcés sinon de décrire du moins d’exprimer modestement leur connaissance de Dieu en ce qu’Il aurait de plus intime, c’est-à-dire sa Vie. Dom Augustin Guillerand, chartreux du 20e siècle, n’y a pas échappé. Voici ce qu’il en dit en s’arrêtant surtout sur le rapport Père-Fils :

« Vous, ô mon Dieu, vous trouvez en vous-même l’objet de votre pensée. C’est votre Être. Vous le contemplez éternellement et, éternellement, vous produisez en vous son Image qui est votre Pensée, votre Parole intérieure, votre Verbe, votre Fils, le fruit de votre union avec vous-même.

Voilà votre vie : le mouvement intérieur qui va de vous à votre Image, qui engendre celle-ci, et qui va de votre Image à vous. C’est comme un souffle qui part de votre sein, qui y reste, qui s’y donne et vous montre en le reproduisant ce que vous êtes. Ce mouvement n’est pas une certaine forme de la vie comme celles que je connais : ce n’est pas le mouvement d’un être, c’est le mouvement de l’Être même, et c’est pourquoi c’est la Vie même. C’est le mouvement d’un océan qui n’aurait pas de rivages. Nulle source ne l’alimente, rien ne lui vient du dehors ; rien ne sort de son sein infini; il se meut en lui-même.

Je distingue cependant dans cette immensité, dans le mouvement unique, dans cette lumière qui l’emplit, deux termes. Vous regardez votre Image et votre Image vous regarde ; vous êtes l’un en face de l’autre ; vous vous opposez l’un à l’autre ; vous prenez cette position opposée (je ne dis pas contraire) pour vous voir, pour vous donner, pour vous unir, pour ne faire qu’un. Vous êtes distincts pour ne faire qu’un, et vous êtes infiniment distincts comme vous êtes infiniment un.

Mais ce ne sont là que des comparaisons lointaines : si elles expriment l’unité, elles ne rendent pas la distinction ; si elles disent bien la distinction, l’unité est menacée. Dans les êtres finis, ou l’unité est imparfaite, ou ils se confondent. Seul l’Être infini peut être un et distinct.

Je suis là sur le bord de l’abîme sans fond ; je ne puis y pénétrer que les yeux fermés et l’âme adorante. Vous donnez alors à ces yeux clos une lumière nouvelle qui est votre propre lumière, la Lumière de l’amour et qui éclaire cette vie mystérieuse. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 68 s)

Publié dans Adoration, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Dieu, Dieu Père, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Mystère, Parole, Psychologie, Spiritualité, Trinité, Verbe | Tagué , , , , , , , | 2 commentaires

Message rempli d’espérance

Jesus Second Coming

Jesus second coming In the clouds

En cette fin prochaine de l’année liturgique, l’Église comme une bonne maman nous rappelle notre destinée de croyants et la promesse indéfectible de Jésus de revenir un jour nous prendre avec lui. C’est ce que nous professons publiquement chaque dimanche en récitant le Symbole des Apôtres: « … assis à la droite de Dieu le Père Tout-Puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts ». Voici, à ce sujet, le beau témoignage d’un prêtre du 2e siècle:

« Ce que je vous demande, mes frères et sœurs, c’est que vous vous convertissiez de tout cœur pour vous procurer le salut et la vie. En nous conduisant ainsi, nous proposerons un but à tous les jeunes gens qui veulent se dévouer à la piété et à la bonté de Dieu. Ne soyons pas mécontents, ne nous indignons pas, nous qui ne sommes pas des sages, si l’on nous avertit, si l’on veut nous amener de l’iniquité à la justice. Parfois, en effet, nous agissons mal sans nous en apercevoir, parce que nous avons des cœurs partagés et incrédules et que notre esprit est la proie des ténèbres par suite de nos vains désirs. Pratiquons donc la justice pour être sauvés quand la fin viendra. Heureux ceux qui obéissent à ces préceptes! Même s’ils ont à souffrir un peu de temps en ce monde, ils récolteront le fruit impérissable de la résurrection. Que l’homme religieux ne s’attriste donc pas si, pour le temps présent, il souffre misère: le temps du bonheur lui est réservé. Là-haut, après être revenu à la vie, il se réjouira avec ses pères, dans l’éternité où il n’y a plus de tristesse.

Il ne faut pas non plus laisser troubler notre esprit parce que nous voyons les méchants dans la richesse, et les serviteurs de Dieu dans l’angoisse. Ayons la foi, mes frères et sœurs: le combat que nous menons est l’épreuve que nous impose le Dieu vivant, et nous luttons dans la vie présente pour être couronnés dans celle qui vient. Parmi les justes, aucun n’a recueilli un fruit précoce: il faut savoir attendre. Si Dieu donnait immédiatement aux hommes justes leur récompense, ce serait bientôt un marché que nous pratiquerions, et non le culte de Dieu. Nous aurions l’apparence de la justice en recherchant non pas la religion mais notre profit. Et c’est pourquoi le jugement divin frappe l’esprit qui n’est pas vraiment juste et l’accable d’entraves.

Au Dieu unique et invisible, au Père de vérité qui nous a envoyé le Sauveur pour nous conduire vers l’immortalité, qui nous a manifesté par lui la vérité et la vie céleste, à lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. »

(Homélie anonyme du 2e siècle, Bréviaire romain, tome 4, page 301)

Publié dans Adoration, Angoisse, Cieux, Conversion, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Foi, Jugement dernier, Mort, Obéissance, Pédagogie divine, Résurrection, Souffrance, Temps présent, Vie éternelle | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

L’infinie bonté de Dieu

A6c(Portes)

Dans le monde actuel, la rencontre d’une bonne personne ne nous laisse pas indifférents. Que dire de la rencontre d’un être infiniment bon et aimable ? En traitant de la prière de louange, dom Guillerand s’arrête sur la Bonté de Dieu, source qui se laisse découvrir non seulement dans les biens matériels mais aussi et surtout dans le don de soi. Écoutons-le dans un monologue qui devient prière :

« Mon Dieu, vous êtes la Bonté en sa source essentielle. Vous ne la recevez de personne, vous la possédez en même temps que votre être; elle est votre être même ; vous êtes bon comme vous êtes, autant que vous êtes, aussi longtemps que vous êtes ; vous êtes bon depuis toujours, éternellement, immuablement, infiniment. Être et être bon, pour vous, cela ne fait qu’un ; la bonté c’est votre être et votre être est la Bonté même.

Toute bonté finie vient de votre Bonté infinie, elle en est une dérivation, un ruisselet, une gouttelette. Elle n’est que ce que vous lui donnez d’être, elle est seulement si elle se rattache à vous, elle cesse dès qu’elle coupe le lien. Toutes ces bontés finies m’attirent ; je les aime, je voudrais m’en emparer, je les poursuis, je m’épuise à ces poursuites le plus souvent irréalisables, et qui, réalisées, me laissent si vide et si altéré, et je néglige la Réalité sans bornes, pouvant seule me combler et s’offrant à moi. Pourtant, c’est vous que je désire et recherche en ces formes mêlées ; je les aime uniquement que pour ce qu’elles me représentent de votre seule vraie bonté. Vous êtes le seul vraiment aimé et désiré, et le mouvement des êtres, partant de ce désir, cesserait si vous cessiez d’être le Bien qui se donne.

Car la bonté, c’est le don de soi. La Bonté infinie, c’est le don total de soi, sans bornes, sans réserve, ni dans la durée ni dans l’espace ni dans la communication de ce que l’on a et de ce que l’on est. La Bonté se donne comme le soleil brille, rayonne et éclaire, comme le feu réchauffe, comme la source se répand. Et vous êtes cette Bonté, ce Don de soi, cette Lumière, cette Chaleur, cette Source répandue. Et vous m’avez posé en face de vous, moi, petite chose vide, froide, obscure, égoïste, pour accueillir, selon la mesure de mon être possible, votre Être qui est tout cela et veut me combler de lui. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 67)

Publié dans Adoration, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Création, Dieu, Foi, Humilité, Joie, Kartusija, Kloster, Nature, Paysage, Révélation, Vie cachée | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Vivre en Église: un luxe ou une nécessité?

02 Saint Jean de Latran-1

Demain, 9 novembre, nous célébrons le 1700e anniversaire de la construction de la première église chrétienne en Occident, par l’empereur Constantin en 320 (terminée en 324). Cette basilique romaine, appelée aujourd’hui Saint-Jean de Latran, est devenue, en tant que cathédrale de l’évêque de Rome, le symbole de l’unité de l’Église du Christ. Les Souverains Pontifes habitèrent dans le palais du Latran jusqu’à leur retour d’Avignon (fin 15e siècle) alors qu’ils déménagèrent définitivement au palais du Vatican récemment aménagé.

Les temps semblent dures pour l’Église d’aujourd’hui: contestations et critiques faciles de l’autorité pontificale, méfiance quasi générale envers le clergé, désirs toujours plus insistants de changer les normes de la vie morale, désaffection des célébrations liturgiques, persécutions sanglantes dans certains pays et profanations des lieux de culte en d’autres, sans compter tous les déboires découlant de la pandémie actuelle! Vivre en communion avec l’Église serait-elle un luxe réservé à une élite d’un autre âge? Que réserve l’avenir à cette Institution séculaire qui semble destinée à être poliment mise de côté par plusieurs gouvernements occidentaux?

L’Église n’en est pas à sa première bataille de survie: il suffit de penser aux trois premiers siècles de notre ère alors qu’elle était ouvertement persécutée et ce, de manière sanglante! C’est d’ailleurs de cette période difficile que nous vient l’adage « le sang des martyrs est une semence de chrétiens ». Pour les pays de l’Est, nul besoin de remonter bien loin dans le temps car le régime communiste est encor tout frais dans leur mémoire collective. Et que dire des chrétientés persécutées actuellement ou tout récemment en Afrique et au Proche Orient? Situation anormale? Rappelons-nous les paroles prophétiques de Jésus: « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous … S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi … L’heure vient même où qui vous tuera estimera rendre un culte à Dieu » (Jean 15, 18.20 et 16, 2).

Si l’heure est sombre pour l’Église, par contre elle n’est pas sans espoir. Nous sommes peut-être à un tournant de l’histoire humaine où se fait sentir davantage le souci de fraternité humaine, si nécessaire à l’édification d’un monde plus juste. La récente encyclique Fratelli tutti du pape François se veut un appel pressant à se soucier de tous les peuples, de leur dignité et de leur bien-être sans aucune discrimination! Le Saint-Père n’hésite pas à attaquer de front le dogme néolibéral dont l’objectif principal est le gain facile. Cette sagesse pontificale est la preuve que le Christ n’a pas déserté son Église et que le salut passe par un effort collectif dans l’esprit de l’Évangile. Oui, vivre en Église est une nécessité! Puisse la fête de la Basilique Saint-Jean de Latran nous fortifier dans la conviction que l’unité des chrétiens et celle des peuples est le fondement péremptoire d’un ordre social nouveau et bénéfique!

Publié dans Amour fraternel, Église, Évangile, Désespoir, Dieu, Espérance, Islam, Jésus, Monde, Politique, Société, Solidarité, Souffrance, Temps présent, Tuerie | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

La plus belle louange à Dieu ?

11

Tout au long de notre vie, il nous a été donné de lire telle ou telle prière de louange qui nous a enthousiasmé au point d’en faire, pour un certain temps du moins, un modèle à utiliser : psaume, prière liturgique, telle ou telle invocation pieuse rencontrée au fil de nos lectures. La grâce étant multiforme, chacun finit par trouver un texte qui s’adapte bien à son état ou à ses besoins actuels. Mais finalement, où peut-on dénicher la louange idéale qui surpasse toutes les autres ? Par ailleurs, est-ce qu’une telle recherche ne risque pas de nous faire tourner en rond ? Voici ce qu’en pense notre cher maître spirituel, le chartreux dom Guillerand :

« La plus belle louange de Dieu ? C’est un aveu d’impuissance ! Toute louange divine qui ne commence pas par là est moins pure et moins sûre. Nous devons dire à Dieu : « Mon Dieu, vous êtes essentiellement par delà toutes mes idées et tous mes mots. Entre ce que je puis dire et votre Être s’étend et s’étendra toujours l’abîme infini. Car louer c’est connaître, et je ne sais vraiment qu’une chose de vous, c’est que je ne vous connais pas. Je ramasse donc tout l’élan de mon être pour vous crier du fond de ma misère : vous êtes la Grandeur qui dépasse toute grandeur ». Seule cette louange n’est pas tout à fait indigne de lui.

Notre impuissance ne nous réduit donc pas au silence. Elle nous condamne à une double formule que nous pouvons et devons employer au gré de l’Esprit Saint : ou la parole qui se passe de mots, qui s’efforce de reproduire la simplicité du Verbe au sein du Père, qui se tient en lui, comblée … ou la multiplicité sans bornes des images, des idées, des expressions les plus variées, qui voudrait rejoindre l’infini par le chemin de l’indéfini, qui appelle tous les êtres à l’aider, à chanter avec elle et en elle. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 66)

Publié dans Adoration, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Humilité, Inspiration, Kartusija, Kloster, Moniales, Parole, Prière, Simplicité, Spiritualité | Tagué , , , , , , | Un commentaire

Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

Avatar de moinillonCarnet d'un ermite urbain

6098408881_aeea9d0036_o

En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens décédés, et spécialement pour ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort? de la prière pour les défunts? de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il…

Voir l’article original 283 mots de plus

Publié dans Dieu | Un commentaire