Conseils pour prêtres affairés

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Il y a malheureusement des prêtres qu’on ne voit jamais prier … affairés qu’ils sont à leurs tâches apostoliques, s’efforçant d’être des « prêtres en sortie » et fuyant comme la peste l’image du « prêtre de sacristie ». Noble désir de servir les autres tout en oubliant d’être un homme de Dieu. La difficulté n’est pas d’hier ! Voici ce que conseillait, au 16e siècle, un saint évêque de Milan à ses prêtres diocésains:

« Nous sommes tous faibles, je le reconnais, mais le Seigneur Dieu nous a donné des moyens où nous pouvons facilement trouver du secours si nous le voulons. Voici un prêtre qui voudrait mener la vie irréprochable à laquelle il se sait obligé, qui voudrait être chaste et avoir la conduite digne des anges qui lui convient; mais il ne décide pas d’employer les moyens voulus: le jeûne, la prière, la fuite des relations mauvaises, des familiarités nuisibles et dangereuses. (…)

Tu as la charge de la prédication et de l’enseignement ? Étudie, applique-toi à tout ce qui est nécessaire pour bien exercer cette charge. Soucie-toi d’abord de prêcher par ta vie et tes mœurs; évite qu’en te voyant dire une chose et en faire une autre, les gens ne se moquent de tes paroles en hochant la tête.

Tu as charge d’âmes ? Ce n’est pas une raison pour négliger la charge de toi-même et pour te donner si généreusement aux autres qu’il ne reste plus rien de toi-même pour toi. Car tu dois te souvenir des âmes dont tu es le supérieur, mais sans t’oublier toi-même.

Comprenez, mes frères, que rien n’est aussi nécessaire, pour des hommes d’Église, que l’oraison mentale qui doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre. Je chanterai, dit le Prophète, et je serai attentif. Si tu administres les sacrements, mon frère, pense à ce que tu fais; si tu célèbres la messe, pense à ce que tu offres; si tu psalmodies au chœur, réfléchis à qui tu parles et à ce que tu dis; si tu diriges les âmes, songe au sang qui les a lavées; ainsi faites tout avec amour. C’est ainsi que nous pourrons vaincre facilement les innombrables difficultés que nous rencontrons nécessairement chaque jour, du fait de notre position. C’est ainsi que nous aurons la force d’engendrer le Christ en nous et chez les autres. »

(Homélie de saint Charles Borromée aux prêtres réunis en synode, 18 avril 1584)

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Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

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Cimetière paroissial (Canada)

En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens, les baptisés décédés, spécialement ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort, de la prière pour les défunts, de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout pas le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Mais gardons-nous d’en faire un lieu tout feu tout flammes … il s’agirait plutôt de l’amour du Père nous brûlant jusqu’à ce qu’il soit parvenu à nous enflammer.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de nos proches. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort ne fait pas un mort mais un vivant. Mais, comme dit le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cette échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

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Communion des baptisés entre eux

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Marcher la main dans la main nous renvoie aux amoureux, au jeune enfant qui accompagne sa maman, à l’aveugle qui s’agrippe à son compagnon. Amour, confiance, sécurité: autant de motifs qui peuvent nous inciter à nous appuyer sur une autre personne. N’est-ce pas là le fondement de toute société …  une solidarité basée sur la confiance et l’entraide mutuelles?

 En la veille de la fête de la Toussaint (1er novembre), quoi de plus merveilleux que de se rappeler cette belle et unique solidarité qui fonde l’Église: la communion de tous les baptisés entre eux! En contemplant la fresque du Jugement dernier par Fra Angelico, je remarque la joie et la bonne entente qui règnent sur le visage de ces personnes qui viennent de se faire dire:« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Matthieu 25, 34). Cette bonne entente n’est évidemment  pas nouvelle pour eux puisqu’ils l’ont vécue durant leur vie terrestre, bon an mal an. Notons également que cette charité fraternelle ne vient pas vraiment d’eux mais plutôt de Celui qu’ils ont servi dans la foi et qui leur a donné en retour son Esprit Saint. Cette aide céleste, absolument gratuite, me semble rappelée par la présence des anges gardiens qui les accompagnent dans cette joyeuse farandole.

La fête de la Toussaint est donc le triomphe de l’Amour miséricordieux dans notre vie personnelle et dans celle de tous nos frères et sœurs; elle est également l’annonce du triomphe final du Bien sur le Mal. Bienheureux, oui, mille fois bienheureux, ceux qui participeront aux noces de l’Agneau dans le Royaume!

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Notre nouvelle famille

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Nous concluons, aujourd’hui, la conférence de dom Guillerand sur le Notre Père alors qu’il fait longuement allusion à notre appartenance à la famille céleste, cette famille composée d’anges, de saints, de chrétiens convaincus, dont les membres font toujours la volonté du Père :

« Il y a encore une autre conséquence ou pour mieux dire cette conséquence peut être envisagée sous un aspect plus large et prolongé. L’Écriture appelle le Christ « premier-né de beaucoup de frères » (Romains 8, 29). Ces frères, il nous a dit lui-même qui ils sont, dans une circonstance et dans un mot que nous ne devrions pas nous lasser de méditer : « Qui sont ma mère, mes frères ? … Ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent » (Matthieu 12, 48.50). L’observation de la parole marque l’âme de traits qui sont les traits de famille. Car la parole c’est son Fils, c’est son Image. Ceux qui observent sa parole, ceux qui l’aiment, la font, la créent en eux; ils se font à l’image et à la ressemblance, ils se refont « à l’image et à la ressemblance de Dieu » et en Jésus, ils ne font qu’un. Quand nous disons bien ces mots « notre Père », nous ne sommes pas seuls. Une foule immense est avec nous, en Jésus et avec Jésus: « Vous en moi et moi en vous ».

Voilà pourquoi ce mot « notre » est nécessaire: il exprime une idée qui donne à notre prière et à notre âme une ampleur immense. Tout le ciel, et toute la terre, toute la famille céleste, la Trinité Sainte, les anges et les Saints le prononcent avec nous. Tel est le sens de la prière sacerdotale : « Qu’ils soient consommés dans l’unité, qu’ils soient un comme nous » (Jean 17, 11.22).

Vous voyez, ou mieux entrevoyez (car ce que je dis n’est qu’une petite, très petite part de la réalité) comme nous sommes grands quand nous disons ce mot « Père » et comme il faut le dire avec tout notre esprit, tout notre cœur, toutes nos forces, toute joie : il est le chant de la vie. Il importe souverainement de penser que tout ceci est réel, aussi réel que ce que nous voyons de nos yeux, et même plus. Ce qui manque aux âmes, c’est cela, c’est cette conviction. C’est elle qui fait les Saints ; c’est elle qui les tenait longuement en oraison ; c’est elle qui fait Jésus, la Sainte Famille ; c’est elle qui fera le ciel. Cette conviction, son caractère profond et vivant dépend de Dieu et dépend de nous : il faut une grâce, et on la développe par l’exercice. Dieu donne sa grâce, si on s’y prépare. L’exercice dispose l’âme. Une âme qui renouvelle souvent un acte de foi à la paternité divine, à la divine présence, qui sans cesse pense à lui, est une âme à qui Dieu se donne; il la fait participer à l’âme de Jésus disant : « Il ne m’a pas laissé seul parce que je fais toujours ce qui lui plaît » (Jean 8, 29). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 27 s)

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Il s’agit bien de « notre » Père

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Dom Guillerand poursuit sa conférence sur la prière du Notre Père en s’arrêtant sur l’adjectif possessif «notre» qui renferme une grande vérité trop souvent négligée. Écoutons de nouveau ce maître incontestable de la vie spirituelle :

« Nous ne disons pas seulement «Père», ni «mon Père», nous disons «notre Père». Le mot «notre» a un double sens : il signifie d’abord la possession ou la libre disposition, c’est un adjectif possessif: il signifie donc, dans la circonstance, que le Père auquel nous nous adressons est vraiment à nous ; il nous appartient, nous pouvons en disposer: c’est stupéfiant, et cependant, cela est. (…) Dieu est vraiment notre Père, et il veut que nous lui donnions ce titre. Lui-même nous a donné le droit d’employer cette formule, de prononcer ce nom. Ce droit, nous ne l’avons pas par nature : par nature, nous sommes des créatures, des serviteurs ; la filiation, le titre de fils, est un don, un don gratuit, une grâce absolument imméritée. Jamais, s’il ne nous l’avait appris, nous n’aurions pu l’employer. Mais il l’a dit, il l’a voulu ; il veut que nous nous comportions en enfants ; il veut que nos rapports avec lui soient de rapports de fils à père, que nous considérions son sein comme le sein d’un père et comme notre demeure.

L’adjectif «notre» a un second sens qui se rattache intimement au précédent. Nous ne sommes pas, nous, fils unique. Il n’y en a qu’un : Celui qui est son Image parfaite, qui le reproduit tout entier. Nous devenons fils si nous sommes en Celui-ci. De là, ces mots, ces recommandations du Fils unique : « Venez à moi (Matthieu 11, 28), Demeurez en moi (Jean 15, 4) ». De là, sa prière : « Père, faites qu’ils soient un, qu’ils soient en moi comme je suis en vous et vous en moi » (Jean 17, 22). Mais si nous répondons à ces appels, alors il vit en nous et nous vivons en lui, nous ne faisons qu’un : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20).

Vous voyez aussitôt les conséquences. Notre voix n’est plus seulement notre voix, c’est la Voix aimée qui ravit le Père. En nous entendant, c’est Lui qu’il entend. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 26 s)

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La prière par excellence

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Comme tout vrai contemplatif, dom Guillerand se plaît dans les prières simples et courtes car l’attention se porte ainsi  plus facilement sur l’objet visé. Dans une conférence donnée aux frères convers de son monastère, voici comment ce moine chartreux aborde l’explication de la prière enseignée par Jésus, le Notre Père :

« L’oraison dominicale, le Pater, est la prière parfaite, la prière par excellence, la prière qui résume toutes les autres. Elle établit entre l’âme et Dieu un rapport qui est proprement et véritablement la vie éternelle.

Quand nous prononçons bien ce simple mot «Père», quand nous y mettons bien toute la richesse de sens qu’il comporte, quand, en le prononçant, nous nous tenons bien détournés de tout ce qui n’est pas lui et tout tournés vers lui seul, quand nous voyons bien par la foi le mouvement de ce Père qui verse sa vie et son être en notre âme, qui y grave ses traits, qui nous fait fils, à son image et à sa ressemblance, quand nous accueillons avec amour  ces traits, quand, en un mot, nous nous donnons comme il se donne, il est certain, absolument certain, que les trois Personnes de la Sainte Trinité sont là, en nous, que la félicité infinie qui est cette vie même est participée par notre âme, sous un voile, sans doute, le voile de la foi, mais, encore une fois, très réellement, et il faut y penser.

Et c’est pourquoi, une âme, si elle y est attirée par la grâce, peut se contenter de cette prière, et même, ce qui est évidemment plus rare et exceptionnel, s’en tenir au premier mot qui dit tout. Le divin Maître, cependant, en dictant cette prière, en a ajouté d’autres, non pour la changer ni pour la compléter, mais pour la mettre en une lumière plus vive. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 26)

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Bonne fête, saint Bruno !

Lors de sa visite en Calabre, en 1984, le Pape Wojtyla témoigna de son estime pour la vie contemplative en visitant les moines chartreux de Serra San Bruno le 5 octobre (veille de la fête de Bruno, leur fondateur). Cette abbaye, plusieurs fois détruite, abandonnée et reconstruite, rappelle le lieu de la 2e fondation de l’Ordre (après celle de la Grande Chartreuse, en 1084) ; elle a même l’honneur de conserver les restes du vénéré fondateur, décédé à cet endroit en 1101.

On ne saurait mieux célébrer aujourd’hui saint Bruno qu’en relisant attentivement deux extraits de sa lettre envoyée de Calabre aux moines de la Grande Chartreuse quelques mois avant sa mort :

« Réjouissez-vous donc, mes frères très chers, pour votre bienheureux sort et pour les largesses de grâce que Dieu répand sur vous. Réjouissez-vous d’avoir échappé aux flots agités de ce monde, où se multiplient les périls et les naufrages. Réjouissez-vous d’avoir gagné le repos tranquille et la sécurité d’un port caché ; beaucoup désirent s’y rendre, beaucoup font même un effort pour l’atteindre et n’y parviennent point.  (…)

De vous, mes bien-aimés frères convers  [religieux, non-prêtres, consacrés aux travaux manuels], je dis : « mon âme glorifie le Seigneur », car je considère la magnificence de sa miséricorde sur vous, d’après l’exposé de votre prieur et père très aimant, qui est rempli de joie et de fierté à votre sujet. Je me réjouis  moi aussi, car bien que vous n’ayez pas la science des lettres, le Dieu tout-puissant grave de son doigt dans vos cœurs non seulement l’amour, mais la connaissance de sa loi sainte; vous montrez en effet par vos œuvres ce que vous aimez et ce que vous connaissez. » 

La fondation de l’Ordre des Chartreux se situe au 11e siècle, dans la foulée de la réforme de l’Église entreprise par le Pape Grégoire VII. Maître Bruno, ancien chanoine de Reims, instaura une nouvelle forme de vie monastique, assez semblable à celle qu’avait inaugurée, au début de ce siècle, saint Romuald (Camaldules), qui unit la vie érémitique à un minimum de vie communautaire. Comme quoi la vie silencieuse et solitaire est souvent le remède à apporter à une pratique religieuse tombée dans la tiédeur … saint Bruno serait-il de notre temps ?

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Un débordement de couleurs

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Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents, voilà déjà tout un événement; mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu (pour dire le moins). Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien: d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et en lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen. » (Romains 11, 23-26)

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L’énorme fossé entre Jésus et les Juifs

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La guérison de l’infirme à la piscine de Bethesda, un jour de sabbat, a provoqué la fureur des adversaires de Jésus. Le long discours qui s’en suit révèle l’énorme fossé qui sépare le Maître et les Juifs de Jérusalem. Voici la conclusion qu’en tire notre commentateur attitré, dom Augustin Guillerand :

« Je vous connais, je sais que vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu » (Jean 5, 42). Jésus n’est animé que par l’amour ; il ne veut que se donner et donner, se donner à son Père dans les hommes en donnant son Père aux hommes et les hommes à son Père. Les Juifs ne songent qu’à rester dans leur étroitesse légale et à y maintenir les âmes autour d’eux. L’opposition est complète. (…) Jésus ne se présente pas en son nom, mais au nom de Celui que ses adversaires lui opposent. Mais il y a entre lui et ses adversaires une différence énorme. Lui, il entend sa voix, il voit sa face; eux ils n’entendent ni ne voient. Et c’est pourquoi ils ne le reconnaissent pas en Celui qui leur parle et leur révèle cette face : « Vous n’avez jamais entendu sa voix, ni vu sa face ». Ils ne portent pas en eux-mêmes cette parole qui procède du sein du Père, et qui reçue par le Fils le fait image et expression parfaite du Père. Ils ne portent en eux que la parole de leur « moi » que heurte la prédication de Jésus.

De là leur incompréhension à son égard … et leur opposition. Jésus voit et reproduit: il est Fils … et il représente le Père ; il se présente en son nom; le Père parle et se montre en Jésus, parce que Jésus se tient tourné vers lui, ne regarde que lui et ne fait que ce qu’il lui voit faire. Les Juifs se tiennent tournés vers la créature, ne voient qu’elle, ne reproduisent qu’elle, ne cherchent leur gloire qu’en elle, sont incapables de chercher leur gloire en Dieu et de se soucier de sa gloire à lui : « Comment pourriez-vous croire, vous qui tirez gloire les uns des autres, et ne recherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? » Le divin Maître revient, sous cette forme nouvelle, à l’affirmation qu’il a posée au début de la discussion et qui la domine. Il y revient pour marquer toute la distance qui le sépare de ses ennemis, après avoir établi nettement les deux positions. Lui est en face de Dieu, porte ses traits, est Fils, donc égal. Image parfaite où brille sa beauté, où retentit sa vérité. Eux sont en face d’eux-mêmes, sur le plan humain … comme le premier homme, Adam, dont ils reproduisent la faute, à la merci du démon qui les arrête à leur vérité et à leur bien propre.

Dans un dernier trait à dessein écrasant (où, si l’on osait, on serait tenté de voir un peu de ce sarcasme divin qui est assez fréquent dans l’Ancien Testament) il les renvoie de nouveau à toutes les autorités sur lesquelles ils croient pouvoir s’appuyer. Il se dégage d’eux ; il ne veut même pas se faire leur accusateur ; il veut qu’il n’y ait rien entre lui et eux ; il leur enlève ce point d’appui dont ils se glorifient devant le peuple. Moïse et toute l’Écriture les condamnent : car ils enseignent ce que lui-même enseigne et ils ne parlent que de lui. Les Juifs ne croient pas au Maître parce qu’ils ne comprennent pas le sens caché des Saintes Lettres. Toute l’Écriture est éclairée par la Lumière qui leur parle; et en refusant cette lumière, c’est toute la Bible qui leur reste fermée. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 270 ss)

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Va et ne pèche plus !

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Après avoir guéri l’infirme à la piscine de Bethesda, Jésus le rencontre de nouveau au Temple de Jérusalem et le prévient d’un plus grand malheur si le pauvre homme ose vivre dans le péché. C’est toute la question du lien entre péché et souffrance que nous avons tendance à minimiser. Écoutons, à ce sujet, dom Augustin Guillerand, chartreux :

« Le rencontre de Jésus et du miraculé après l’intervention des Juifs a un double résultat : elle permet au divin Maître de préciser le lien entre le péché et la souffrance; elle provoque surtout la discussion capitale qui va suivre. « Tu es guéri, dit le Sauveur au paralytique, ne retombe pas dans le péché pour ne pas connaître un état de santé plus grave que le précédent » (Jean 5, 14). Ce lien entre péché et souffrance est à la fois connu et pratiquement oublié des hommes. Notre-Seigneur le rappelle pour qu’on s’en souvienne et qu’on vive dans ce souvenir. En pratique, nous avons horreur de la souffrance et nous y allons tout droit et sans cesse par un chemin qui y mène infailliblement. C’est que dans le péché nous ne voyons pas le terme lointain qui est douloureux, mais la conséquence immédiate qui est un plaisir. Le péché originel a profondément faussé la machine humaine dans l’esprit qui doit la conduire. Nos vues ne sont plus justes, c’est pourquoi notre conduite est défectueuse. Nous ne tendons plus au vrai bien parce que nous ne le connaissons pas. Le fameux début de l’Épitre aux Romains est profondément exact : nous sommes des « pervertis ». Notre activité est orientée vers le faux bien qui est la créature; nous la poursuivons en tout; nous ne cherchons notre complément d’être qu’en elle. Or, elle n’a rien à nous donner que ce que Dieu lui donne : elle est vide et nous laisse vides. Nous nous nourrissons de viandes creuses et nous mourons d’inanition. Dieu seul est ; Dieu seul vit ; la source d’eau est là ; en le délaissant nous allons à la mort. Tout mal a là sa racine. La mission du Fils a pour but de démontrer cela ; il surgira un jour au sommet du Calvaire et de la Croix pour qu’on le voie et le comprenne : « Pour que le monde sache que j’aime le Père » (Jean 14, 31). Il révèlera au monde, par cette mort et après sa vie, que le créé n’est pas, que Dieu est tout.

C’est ce dont il avertit le paralytique remis sur pied, et, par lui, le monde qu’il va racheter. Si on ne comprend pas, si on se détourne de nouveau de la vie restaurée par sa mort, le monde ira à un paganisme plus profond que le premier et à des désastres auprès desquels les misères du monde païen n’étaient qu’un jeu. Les Juifs de Jérusalem ne le suivent pas sur ce vaste terrain. Eux surtout sont des malades de l’esprit, des têtes qui se sont fermées à la grande lumière de l’Amour et ne voient plus que l’étroitesse de leurs pauvres prescriptions. La loi qui mène à Dieu par la charité n’est plus, pour eux, que la série longue et croissante des vétilles dont ils l’ont surchargée. Jésus est venu appeler le monde à l’amour et le débarrasser de ces vétilles. De là la lutte où il périra et où il trouvera le triomphe dans sa perte. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 255 s)

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