Un moine chartreux nous parle de l’Immaculée

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L’Immaculée Conception (par Tiepolo)

En la fête de la Conception immaculée de Marie, voici ce qu’en dit un chartreux du 20e siècle, notre cher dom Augustin Guillerand, soulignant la parfaite harmonie entre cette magnifique créature et son Créateur:

« La Sainte Vierge a été créée pour fournir la matière du Verbe incarné : « Il est né de la Vierge Marie ». Ce rôle lui impose avec Dieu des rapports très particuliers : mère du Verbe, épouse de l’Esprit Saint.

De tels rapports exigent des dispositions dans le corps et dans l’âme. L’un et l’autre doivent être complètement entre les mains de Dieu : « Voici la servante du Seigneur ». Il faut que le Saint-Esprit, quand il surviendra en elle, trouve un instrument dont il puisse user à son gré, donc parfaitement accordé en lui-même et parfaitement accordé avec l’action divine qui s’exercera; l’Immaculée Conception réalise cet accord. Elle n’est pas absolument indispensable, mais elle apparaît très indiquée dans un plan de sagesse et d’amour.

Le péché originel dépose au fond d’un être humain un principe qui l’empoisonne. C’est une semence de mort, essentiellement anti-divine. De ce fond empoisonné monte un mouvement qui va directement contre le mouvement de Dieu. L’Esprit d’amour, mouvement de Dieu, se heurte à lui, rencontre une opposition qui, normalement, ne cesse guère ici-bas. Les plaintes de saint Paul demeurent : « Qui me délivrera de ce corps de mort? » (Romains 7,24). (…) C’est la bataille, ou au moins la guerre avec des batailles possibles.

L’oeuvre que l’Esprit-Saint veut accomplir en Marie exige la paix parfaite, l’harmonie, l’ordre humain, une soumission totale du corps à l’âme, de l’âme au Saint-Esprit : Voici la servante du Seigneur… qu’il me soit fait selon votre parole. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 57)

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Vous cherchez un plan d’action ?

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Trop souvent, nous mettons beaucoup d’ardeur à bien vivre un temps liturgique quitte à nous retrouver comme la montagne qui accouche d’une souris … des résultats décevants, car il nous manquait un plan d’action ! Les bonnes intentions ne suffisent pas dans la vie spirituelle ; nous devons mettre la main à la pâte, surtout lorsqu’il s’agit de conversion ou de combat spirituel. Hélas, nous nous empêtrons dans la recherche d’une formule magique qui nous ferait accomplir de grandes choses pour la Gloire de Dieu alors que tout ce que Dieu attend de nous est de mourir à nous-mêmes et lui devenir plus disponibles. Ce processus de purification, si exigeant, peut néanmoins s’apparenter avantageusement à une liturgie, une offrande de nous-mêmes unie à celle du Christ en Croix. Voici comment en parle un évêque de Ravenne (Nord de l’Italie), écrivain extraordinaire du 5e siècle, surnommé le « chrysologue » ou « parole d’or » (doué qu’il était d’une grande éloquence) :

« Écoutons l’adjuration de l’apôtre Paul: « Je vous adjure d’offrir vos corps » (Romains 12, 1). L’Apôtre, par cette demande, a fait accéder tous les humains au sommet du sacerdoce: offrir vos corps, comme un sacrifice vivant! Quelle fonction sans précédent que celle du sacerdoce chrétien ! L’homme y est à lui-même et la victime et le prêtre ; l’homme n’a pas à chercher au dehors ce qu’il doit immoler à Dieu ; l’homme apporte avec lui et en lui ce qu’il doit offrir pour lui-même à Dieu en sacrifice. (…)

Sois donc et le sacrifice et le prêtre de Dieu. Ne néglige pas le don que t’a concédé la souveraineté divine. Revêts la robe de la sainteté ; boucle sur toi le ceinturon de la chasteté ; que le Christ vienne voiler ta tête ; que la croix imprimée sur ton front te protège toujours ; mets sur ton cœur le mystère de la science divine ; fais brûler sans cesse l’encens de la prière ; empoigne le glaive de l’Esprit ; fais de ton cœur un autel. Et ainsi présente ton corps à Dieu, offre-le sans crainte en sacrifice. »  (Homélie de saint Pierre ChrysologuePL 52, 499-500)

Sainteté de vie, chasteté, prière, lectures bibliques, autant de moyens aptes à remplir nos journées de bonnes actions. Le concile Vatican II, en faisant allusion au sacerdoce commun des fidèles, n’a donc rien inventé de neuf, mais n’a fait que remettre en lumière une vérité traditionnelle de notre foi: « Les fidèles exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et la charité active » (Lumen Gentium, no 10). Voilà notre mystérieuse collaboration à l’œuvre du Christ Sauveur, voilà notre dignité chrétienne, voilà notre plan d’action pour le temps de l’Avent. Que Dieu nous vienne en aide et nous le rende possible !

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Une, deux ou … trois venues du Christ ?

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Le mot Avent vient du latin « Adventus » qui signifie Venue. En effet, ce temps liturgique traite principalement des deux venues du Christ : celle d’il y a 2000 ans et celle de son retour glorieux à la fin des temps. Les chrétiens vivent donc dans l’attente ; mais, par ailleurs, nous savons bien qu’il est déjà là « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28, 20). Comment alors concilier ces deux notions de présence et d’absence du Christ ? Laissons la parole à un saint moine, docteur de l’Église, Bernard de Clairvaux qui nous l’expliquera aisément :

« Nous savons qu’il y a une triple venue du Seigneur, la troisième se situant entre les deux autres. Celles-ci, en effet, sont manifestes, celle-là, non. Dans sa première venue, Jésus a paru sur la terre et il a vécu avec les hommes, lorsque, comme lui-même en témoigne, ils l’ont vu et l’ont pris en haine. Mais lors de sa dernière venue, toute chair verra le salut de notre Dieu et ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. La venue intermédiaire, elle, est cachée : les élus seuls la voient au fond d’eux-mêmes, et leur âme est sauvée. Ainsi il est venu d’abord dans la chair et la faiblesse ; puis, dans l’entre-deux, il vient en esprit et en puissance ; enfin il viendra dans la gloire et la majesté. Cette venue intermédiaire est vraiment comme la voie par laquelle on passe de la première à la dernière : dans la première le Christ fut notre rédemption, dans la dernière il apparaîtra comme notre vie, et entre-temps, il est notre repos et notre consolation.

Mais pour que personne ne risque de penser que ce que nous disons de cette venue intermédiaire est une invention de notre part, écoutez ce que dit le Seigneur lui-même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera mes paroles, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui ». (…) Mais où ce croyant gardera-t-il ces paroles ? Dans son cœur, sans aucun doute. Comme le dit le prophète : « Dans mon cœur je conserve tes ordres pour ne point faillir envers toi ». Voici comment il te faut garder la parole de Dieu, Heureux en effet ceux qui la gardent : qu’on la fasse donc entrer dans ce qu’on peut appeler les entrailles de l’âme ; qu’elle passe dans les mouvements de ton cœur et dans ta conduite. (…) Si de la sorte tu t’es mis à garder la parole de Dieu, nul doute qu’elle ne te garde aussi. Le Fils viendra à toi, avec le Père. »

(Sermon de saint Bernard pour l’Avent, Éditions cisterciennes, 4 (1966) 188-190)

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Bonne et sainte année liturgique !

Année liturgique (Monique Berger)

(Dessin de Monique Berger)

Loin d’être des adultes avertis, nous sommes toujours des enfants face aux mystères de Dieu et de son Église. La raison en est que l’Esprit de Dieu nous échappe dans toutes ses ramifications et nous devons régulièrement l’écouter avec un cœur d’enfant. Comme une bonne maman, l’Église, animée par cet Esprit, nous aide à contempler le Christ dans ses divers mystères grâce à la succession des temps liturgiques.

Cette contemplation liturgique débute aujourd’hui avec le temps de l’Avent. Tel un cycliste qui gravit une haute montagne par un chemin en spirale, nous allons contempler à nouveau les mêmes paysages que l’an dernier mais vus d’un angle différent : naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires: Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et, entre autres, la couleur ! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois surutilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un vibrant appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y être favorable:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

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Ces splendeurs éphémères

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À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses :

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

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La souffrance telle que vue par un Chartreux

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Notre vie sur terre est faite de joies et de souffrances mais on n’en retient souvent que ces dernières. Des souffrances de toutes sortes : psychiques, physiques, affectives, morales et spirituelles. Dans son infinie Miséricorde, Jésus a bien voulu nous précéder dans ces souffrances comme pour nous encourager à les supporter. Quelle bonté ! Mais y aurait-il une façon spéciale pour nous chrétiens de les assumer ? Écoutons ce que nous en dit ce cher dom Guillerand, moine chartreux du 20e siècle et éminent auteur spirituel :

« La souffrance est un vouloir divin : l’âme qui l’accepte avec amour s’unit à ce vouloir, ne fait plus qu’un avec Celui dont le vouloir c’est l’Être. Pourquoi Dieu nous appelle souvent sur ce chemin où on le rencontre le plus sûrement ? C’est une marque de prédilection. Ce sont des rendez-vous qu’il nous donne. Remercions-l’en et soyons fidèles. Être fidèle ne signifie pas ne pas souffrir. C’est notre grande illusion : nous nous figurons que nous souffrons mal, parce que nous souffrons. La souffrance est et restera toujours la souffrance, c’est-à-dire une violence faite à notre nature. Dieu lui-même ne peut pas changer cela. (…)

Nous verrons un jour que la dure période de vie que l’on doit quelquefois traverser n’est pas perdue. Elle a son sens, sa raison d’être, sa place et son rôle nécessaire dans le plan de notre vie. Il y a des choses que nous ne saurions pas et que nous ne pourrions pas comprendre si nous ne les avions pas vécues. Nous conseillerons, nous consolerons, nous soutiendrons un jour d’autres âmes d’une certaine façon et avec un certain cœur que nous devrons à notre épreuve ; et nous remercierons alors Dieu, qui voit mieux que nous, de nous l’avoir imposée. Ne nous troublons pas de n’avoir pu prier durant ce temps : pour une âme confiante, souffrir c’est prier, et c’est souvent la meilleure prière. (…)

Avec Jésus, la souffrance est devenue chemin, mais c’est accidentellement. Essentiellement et prise en elle-même, elle reste un contraire, un ennemi. C’est seulement quand on a engagé la bataille contre elle, quand on l’a vaincue, quand on a été plus fort qu’elle, en la portant, qu’elle devient un instrument et un serviteur. Continuons donc de porter vaillamment la souffrance, et de la faire servir à notre déploiement de vie ; et continuons d’aimer Dieu quand il nous prépare ces heures exceptionnellement développantes, où le cœur broyé garde juste la force de redire Fiat (que cela soit) ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 190 s)

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La souffrance : fatalité ou pédagogie divine ?

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Qu’on le veuille ou non, tout être vivant sur terre est un jour ou l’autre confronté à ce phénomène appelé « souffrance ». On peut s’y résigner à contre-coeur comme on peut l’assumer volontairement. Pour les disciples du Christ, ce phénomène n’est pas sans issue car il prépare le terrain à l’espérance chrétienne, l’espérance d’un bonheur promis.

Le Pape François disait un jour qu’il ne craignait pas la mort mais la souffrance ! En effet, on ne peut aimer la souffrance, la vraie, sans être un peu tordu. La souffrance demeure néanmoins un aspect fondamental de notre condition humaine, aspect que Jésus a voulu assumer sans pour autant l’affectionner : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse mais la tienne. » (Luc 22, 42). Et pourtant il l’aimait cette souffrance et même la désirait mais uniquement en tant qu’instrument de son amour salvifique : « C’est un baptême que j’ai à recevoir et comme il me tarde de le voir s’accomplir » (Luc 12,50).

Le mystère de la souffrance habite la Bible du commencement à la fin, du jardin de la Genèse jusqu’au triomphe des élus dans l’Apocalypse. La rédaction du livre de Job fut un noble effort de la part des sages de l’Ancienne Alliance pour expliquer la souffrance humaine mais il n’aboutit finalement qu’à une vague confiance dans le plan insondable du Créateur : « Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur » (Job 2, 10). Avec Judith, cette héroïne qui délivra momentanément son peuple des Assyriens, on commence à voir la souffrance comme une mise à l’épreuve providentielle : « Rendons grâce au Seigneur notre Dieu qui nous met à l’épreuve, tout comme nos pères. Rappelez-vous tout ce qu’il a fait à Abraham, toutes les épreuves d’Isaac, tout ce qui arriva à Jacob » (Judith 8, 25-26). Quant aux nombreuses lamentations des psalmistes et des prophètes, elles ne font que souligner opportunément les liens entre souffrances et infidélités : « Seigneur, nous connaissons notre mal, la faute de nos pères ; oui, nous avons péché contre toi » (Jérémie14, 20).

Le mystère de la Rédemption par la Croix est évidemment centré sur les souffrances du Messie offertes en expiation pour les péchés : une kyrielle de souffrances de toutes sortes, psychiques, physiques, affectives et même spirituelles. Souffrances volontaires certes, et combien précieuses aux yeux du Père, mais qui jouent également un rôle d’exemplarité pour ses disciples. Avec Jésus, nous sommes appelés non pas à aimer la souffrance mais à la supporter comme faisant partie de notre cheminement de foi : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Marc 8, 34). Souffrances quotidiennes, petites et grandes, mais sans mesure avec la gloire qui nous attend : « J’estime en effet, dit saint Paul, que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous » (Romains 8, 18). On est bien loin de l’esprit frileux de la société actuelle qui débouche comme tout naturellement sur le suicide assisté !

Souffrance fatidique ou pédagogique ? Un peu des deux, sans doute : car s’il nous est impossible, d’une part, de faire abstraction de notre fragile condition humaine, il est également vrai, tout au moins pour nous chrétiens, qu’on ne saurait passer sous silence l’utilisation par Dieu de nos souffrances dans le contexte plus large de notre sanctification personnelle (« Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » Romains 8, 25). Le mystère de la souffrance s’éclaire donc dans celui de la Révélation … et comment pourrait-il en être autrement ?? Aussi, concluons ces quelques remarques par un extrait d’hymne liturgique qui résume bien les convictions intimes qui doivent nous habiter :

« La création tend vers le jour

où l’on dira du Dieu d’amour :

il fait mûrir toute souffrance

en fruits de paix, en liberté,

pour que son Nom soit sanctifié.« 

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Vivre le moment présent

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Jeune curé, il m’a été donné d’organiser plusieurs voyages d’un jour avec mes paroissiens. Après avoir pris place dans le bus nolisé et avoir dit une brève prière, les participants (d’un certain âge) entonnaient immanquablement le chant d’André Breton «Un jour à la fois, ô mon Dieu, c’est tout ce que je demande», ce qui m’intriguait quelque peu. Aujourd’hui, retraité et d’un âge respectable, je commence à comprendre ! Oui, le passé et l’avenir s’éloignent maintenant de mon champ de vision, seul demeure le temps présent car la vie concrète est là !  Je rejoins ainsi la sagesse de mes passagers qui poursuivaient le chant en question « … le courage de vivre, d’aimer, d’être aimé, un jour à la fois. Hier, c’est passé, ô mon Dieu, et demain ne m’appartient pas. Mon Dieu aide-moi, aujourd’hui guide-moi, un jour à la fois. »

Vivre dans le présent consiste à apprécier la vie que l’on a, qui nous entoure et qui se déroule en ce moment même. Vivre par conséquent dans le concret de la réalité et non dans divers phantasmes, vivre dans le présent éclairé bien sûr par la foi chrétienne. Et, à ce sujet, je remarque l’insistance de Jésus dans l’Évangile à nous ramener constamment à l’aujourd’hui de notre courte vie :  «donnez-nous notre pain de ce jour», «qu’il prenne sa croix chaque jour», «à chaque jour suffit sa peine», «pourquoi vous inquiéter du lendemain», etc. etc. Hélas, nous avons toujours cette tendance à nous empoisonner la vie avec des regrets inutiles ou des appréhensions dommageables. Le passé et l’avenir ne nous appartiennent pas vraiment ; et il arrive même que le présent soit souvent mis de côté comme quelque chose de banale, voir un obstacle à nos désirs impatients. Dans le monde d’aujourd’hui, nombreux sont ceux et celles qui ont cessé de jouir de la vie : ils ne font qu’exister en rêvant d’utopies qui ne se réaliseront jamais. Je pense à cet étrange engouement pour les loteries nationales, signe indubitable d’une société matérialiste qui ne cesse d’inciter à la convoitise permanente !

Savoir prendre le temps de respirer, de cueillir une fleur, de sourire à quelqu’un, de l’écouter ou de lui dire quelques mots aimables. Ou encore, tel le bon Samaritain, savoir s’arrêter pour mettre son cœur sur la misère d’une autre personne. Bref, savoir privilégier la gratuité sur la rentabilité ! Vivre d’amour aujourd’hui même, n’est-ce pas là le plan initial de Dieu sur nous, Lui dont la vie est un éternel présent ?

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Pourquoi Dieu m’a-t’il créé ?

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Les Canadiens français d’un certain âge se rappelleront peut-être ces questions-réponses du Petit Catéchisme qu’il fallait apprendre par cœur à l’école primaire. Parmi ces centaines de questions, quelques-unes étaient évidemment plus importantes que d’autres et les élèves devaient s’attendre à être questionnés sur celles-ci lors de la visite périodique du curé. La question no. 4 était de ce nombre : Pourquoi Dieu m’a-t-il créé ? Réponse : « Dieu m’a créé pour le connaître, l’aimer et le servir en ce monde, et pour être heureux avec lui dans le ciel durant toute l’éternité ».

Quelle profondeur de pensée en si peu de mots! Il va de soi qu’on ne peut espérer vivre éternellement auprès de Dieu sans lui être fidèle ici-bas («le servir en ce monde»); et comment le servir ici-bas sans l’aimer et comment l’aimer sans le connaître ? Tout s’enracine donc dans la connaissance de Dieu qui nous vient par la Création et par la Révélation.  Quelle belle tâche confiée entre autres aux parents chrétiens dans le cheminement spirituel de leur enfant : favoriser l’éclosion de cette connaissance de Dieu, Père et Providence ! Connaissance initiale appelée à se développer tout au long de la vie et même au-delà : « La vie éternelle, dit saint Jean, c’est te connaître Toi le seul vrai Dieu et Celui que tu as envoyé Jésus Christ». Dieu nous a donc créé pour que nous puissions arriver à le connaître totalement et à trouver dans cette connaissance le bonheur dont Lui-même jouit de toute éternité. J’en déduis deux conséquences:

  • Tout d’abord, l’importance d’une certaine formation permanente qui incite à s’intéresser à Dieu et au sérieux de la vie, tant par l’étude et la prière que par la fidélité quotidienne … tout le contraire du «couch potato» (installé à journée longue devant son téléviseur).
  • Une autre conséquence, étant donnée notre vie en société, me semble être l’attention à apporter au prochain et à sa dignité (quelle que soit sa condition sociale ou la couleur de sa peau). Mère Teresa nous en a laissé de beaux exemples, elle qui entre autres se porta résolument à la défense des laissers-pour-compte, surtout les enfants dans le sein de leur mère (trop souvent victimes, hélas, d’une émancipation féminine mal comprise). Chapeau à ces organismes humanitaires qui militent dans le même sens !

Pourquoi Dieu m’a-t-il créé ?  Pour mon bonheur personnel, bien sûr, mais également pour partager ce bonheur avec mon prochain. « L’homme n’est pas une île » écrivait Thomas Merton … et une authentique vie dans l’Esprit ne saurait faire abstraction des autres, de tous les autres. C’est en ce sens qu’il nous faut admirer les efforts du pape François qui, contre vents et marées, ne cesse de promouvoir la bonne entente des peuples et des religions. « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, écrit l’Apôtre au sujet de la prière pour les gouvernants, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 3-4).

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Cet insupportable stress !

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Derrière l’image d’ermite urbain que je projette il y a toute une vie humaine où j’ai dû affronter régulièrement des moments d’angoisse et de stress. Étant donnée ma nature hypersensible, la vie m’est souvent apparue comme une source de conflits dont je devais me protéger. Dieu merci, la Providence est venu à mon aide et elle m’a appris plusieurs trucs m’habilitant sinon à vaincre l’angoisse du moins à la mieux comprendre et à la maitriser:

  1. Cesser de visualiser avec obstination l’avenir dans tous ses détails (et surtout des détails menaçants) exige une bonne dose d’humilité, ce qui n’est pas facile pour une personne souvent remplie d’elle-même ! «Je suis sûr et certain que les choses vont arriver telles quelles ! », et cette assurance fallacieuse ne peut qu’engendrer la panique advenant un danger imminent.  Au fond, et avouons-le humblement, le jugement pratique fait souvent défaut en nous, car ce genre de confiance aveugle en notre évaluation personnelle est irréfléchi et exagéré. Humilité, humilité, humilité !
  2. L’attention au moment présent m’est encore aujourd’hui la meilleure planche de salut. Mon insécurité me faisait toujours vivre deux semaines à l’avance, l’inconnu étant plus menaçant que la réalité. Savoir respirer devant l’événement qui vient, prendre du recul et surtout ne pas se fier à sa première impression (voir l’image plus haut) : voilà le réflexe qu’il nous faut développer.
  3. Dans cette insécurité à fleur de peau, il est nécessaire d’avoir un point d’ancrage qui nous rassure. Dans ma vie personnelle, j’ai trouvé Dieu en tant qu’Être immuable dont l’amour ne défaille pas. «Rendez grâce au Seigneur car il est bon, car éternel est son amour» ; Dieu m’aime d’un amour éternel, à chaque seconde de mon existence, dont le moment que je vis présentement. Bref, dans ce genre de situations angoissantes, je me dois de mettre de côté mes appréhensions personnelles et m’attacher uniquement à la réalité des choses car Dieu est ici et il m’aime ! Dieu n’habite pas les phantasmes (pessimistes ou autres) mais le concret de la vie.

Jésus lui-même, tout équilibré qu’il était, a ressenti l’angoisse à la veille de sa mort et il l’a maîtrisée par sa prière d’abandon ainsi que par son amour de Dieu et du prochain (l’oubli de soi-même !). Dans les moments angoissants que nous rencontrons ici et là, il ne cesse de nous redire ce qu’il disait à ses Apôtres :«Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation». La tentation ici est de se replier sur soi-même et de n’y voir aucune issue autre que celle que l’on craint. La prière, par contre, fait éclater cette bulle étouffante en dirigeant notre attention vers Dieu et non vers nous-mêmes. Bienheureux ceux et celles qui en appellent à Lui lorsque les choses menacent de mal tourner : «Le Seigneur entend ceux qui l’appellent: de toutes leurs angoisses, il les délivre» (Psaume 34, 18). La solution fondamentale s’avère donc être, pour moi, une question de Confiance et de Foi !

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