
Nos églises sont des lieux de prière privilégiés : les plus belles nous inspirent par leur ornementation, les plus laides par l’obligation de fermer les yeux pour nous concentrer sur l’essentiel ! Encore faut-il que l’église soit ouverte … ce qui n’est pas évident. Y aurait-il un autre lieu plus accessible ? Laissons le pieux chartreux qu’est dom Guillerand répondre à cette question :
« Il faut s’habituer à prier en tout lieu comme en tout temps. Le lieu de la prière, c’est l’âme et Dieu qui l’habite. Quand vous prierez, suivant le conseil de Jésus, entrez dans la chambre intime et retirée de votre âme, enfermez-vous là, et parlez à votre Père dont le regard aimant cherche votre regard. Voilà le vrai temple, le sanctuaire réservé. On le porte avec soi ; on peut sans cesse ou s’y tenir ou y rentrer bien vite après quelque sortie. Il faut en faire un lieu bien propre ; il faut l’orner : le grand ornement, c’est Dieu même. Il doit y retrouver ses traits. Ses traits, ce sont ses perfections. Participées par notre âme elles prennent le nom de vertus. L’âme qui les porte est belle de la beauté divine. Les vertus nous refont à l’image de Dieu, à l’image du divin Fils qui est venu les pratiquer ici-bas pour nous montrer les traits divins.
Dans ce sanctuaire réservé, nouveau ciel et royaume de Dieu, la solitude et le silence doivent régner. (…) Le colloque qui s’engage alors est silence. Parole et silence ne s’opposent pas, ne s’excluent pas. Ce qui s’oppose au silence, ce sont les paroles, c’est la multiplicité. On confond le silence de l’Être avec le silence du néant. Le néant ne sait ni parler ni se taire ; il ne sait que s’agiter et dissimuler, avec des mouvements superficiels, le vide qui est en lui. Paroles des lèvres auxquelles ne répond aucune pensée, attitudes du corps, jeux de physionomie qui ne traduisent aucune réalité ou qui mentent proprement ; voilà le langage du néant. C’est pourquoi il le multiplie. Il faut beaucoup de mots pour ne rien dire ou pour dire ce qu’on ne pense pas. Il n’en faut qu’un à l’Être pour s’exprimer tout entier.
C’est vers cette unité que nous tendons quand nous nous sommes enfermés en Dieu. Il est devenu tout, nous le lui disons et nous ne savons plus dire autre chose. C’est le silence de l’âme entrée en elle-même et occupée de Celui qu’elle y trouve. C’était le silence des longues nuits de Jésus, passées sur quelque montagne dans sa prière de Dieu. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 45 s)



« AUJOURD’HUI (15 août), la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel: parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin. » (Préface de la messe de l’Assomption de la Vierge)




Pourquoi ne puis-je pas te suivre dès maintenant?
Il n’est pas rare de vouloir entrer en action prématurément, faussement persuadés que nous en sommes capables. À la dernière Cène, alors que Jésus annonce son départ imminent, l’apôtre Pierre (angoissé, comme tous les autres d’ailleurs, devant cette absence imprévue) voudrait bien le suivre. Pierre ignore sa faiblesse et il lui faudra passer par bien des épreuves pour s’en convaincre ; alors il pourra trouver en elle sa force et sa grandeur. Mais laissons notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, nous commenter plus adéquatement ce passage évangélique :
« En Dieu seul la lumière brille éternellement d’un éclat infini. En nous les ténèbres la précèdent, et elle ne les dissipe que peu à peu. Le lever de la lumière se fait généralement dans la lutte et par l’épreuve. Elle procède de la foi, et la foi est une nuit qui enveloppe en son ombre la clarté. Pierre et les apôtres doivent traverser cette nuit avant de jouir de la lumière : « Vous me suivrez plus tard, mais vous ne pouvez pas maintenant » (Jean 13, 36). Le miroir d’âme n’est pas purifié; l’épreuve est proche qui le purifiera. Elle le purifiera en révélant ce qu’un homme ne sait jamais assez, ce qu’il apprend en dernier lieu : sa faiblesse sans bornes, et qu’il faut trouver en elle sa force et sa grandeur. C’est ce qu’explique et annonce le divin Maître, aussi riche d’amour et de lumière en le faisant qu’en se mettant aux pieds des siens pour les laver : « Jésus lui répondit: Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le déclare : avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois » (Jean 13, 38).
Tout ce chapitre 13 de saint Jean est une révélation aiguë de cette faiblesse dont la connaissance est si nécessaire, et à laquelle s’oppose, en contraste, la toute-puissance de Celui qui la révèle. Les hommes y apparaissent, avec Judas que la passion emporte au fond de l’abîme, avec Pierre et le groupe apostolique qu’anime la meilleur bonne volonté mais qui comprennent si peu et si mal. En face d’eux, Jésus se dresse immensément grand, grand de la science qui pénètre tout le dessein divin, « Jésus sachant que tout lui a été remis par le Père », grand de sa toute-puissance qui est la puissance sans limite, grand de son amour qui s’abaisse à soulever la misère humaine et qui accepte à la fois les résistances hostiles jusqu’à la trahison et les lenteurs de l’esprit qui égare les cœurs.
Le discours après la Cène ne se comprend bien que dans ce cadre : celui de la science et de l’amour infinis qui se communiquent sans réserve à des âmes si peu ouvertes ou si irrémédiablement closes. »
(Écrit spirituels, tome 1, page 419 s)
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